
En 1996 s'est déroulé
en Gambie un cérémonial dont le rituel est désormais
fixé dans toute l'Afrique : le chef de l'Etat, qui avait pris le
pouvoir en uniforme, a revêtu le costume traditionnel pour recevoir
l'onction du suffrage universel. Pour le lieutenant Yahya Jammeh, qui avait
déposé le président Dawda Kairaba Jawara en juillet
1994, l'élection présidentielle du 26 septembre a été
d'autant plus facile à remporter qu'il avait écarté
du suffrage les représentants des partis en activité sous
l'ancien régime et n'affrontait que des néophytes.
Le bilan économique du pouvoir
militaire n'est pas négligeable. En quatre ans, il a construit autant
d'écoles que son prédécesseur en seize ans. Par ailleurs,
la Gambie a su profiter de l'« option taïwanaise », qu'elle
partage avec le Sénégal. Les fonds en provenance de l'Île
nationaliste chinoise -ainsi que d'autres pays comme l'Iran -ont permis
de rénover l'aéroport de Banjul ou encore de créer
une station de télévision.
Toutefois, l'économie gambienne reste morose. Elle reposait, avant 1994, sur la contrebande à destination du Sénégal. La restructuration des douanes sénégalaises et la dévaluation du franc CFA ont porté un sérieux coup à ce commerce informel. Le tourisme a également durement souffert. L 'hostilité déclarée de Londres et du Commonwealth à l'égard du régime militaire ont détourné les voyageurs de la Gambie, qui était jusqu'alors une destination très populaire en Grande-Bretagne. La légitimation du président Jammeh, qui a démissionné de l'armée après avoir été porté au rang de général, permettra peut-être à la Gambie de se réinsérer dans l'économie régionale.
L'élection, en septembre 1996,à la présidence de la République du capitaine putschiste Yahya Jammeh a fait revenir la Gambie dans le cercle des régimes démocratiques. Cette stabilisation a eu des conséquences immédiates avec la reprise du tourisme, l'une des principales sources de devises pour ce petit pays anglophone, enclavé à l'intérieur du Sénégal. Britanniques, Allemands et Scandinaves sont revenus en nombre, 72000 en 1996, alors qu'ils étaient 100000 avant le coup d'Etat.
Cette embellie ne peut pas cacher
les réelles difficultés économiques que doit affronter
le pays. Pour l'année fiscale 1996-1997, la croissance économique
(2,1 %) devrait être inférieure à la croissance démographique
(3 %) et les maigres ressources de l'Etat sont accaparées à
hauteur de 40% par le service de la dette. L'économie reste largement
tributaire du commerce informel et de la contrebande. Les tarifs douaniers
de la Gambie, très inférieurs à ceux de son grand
voisin francophone, encouragent le passage en fraude des marchandises vers
le Sénégal, même si les profits que l'on peut tirer
du circuit ne sont plus aussi juteux depuis la dévaluation du franc
CFA.
L'intégration économique
entre Sénégal et Gambie a repris à petit pas, entre
autres avec un accord permettant aux transporteurs routiers des deux pays
de rouler sans tenir compte des frontières. Mais les réticences
des routiers sénégalais ont bien montré que le chemin
qui reste à parcourir sera long et difficile. Quant à l'amélioration
des infrastructures du pays, qui reste l'un des plus défavorisés
de la région, elle n'a été possible -et encore dans
une faible mesure -que grâce à Taïwan, qui a payé
sa reconnaissance diplomatique d'une tour de contrôle pour l'aéroport
de Banjul et d'une route vers l'intérieur du pays.
Fort de sa légitimité
démocratique acquise lors de la présidentielle de 1997, le
président Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir lors d'un coup
d'Etat trois ans plus tôt, multiplie les efforts pour intégrer
son petit pays dans l'économie régionale. La respectabilité
retrouvée, et l'amélioration des liens avec le Commonwealth
ont permis le redémarrage du secteur touristique avec 120000 visas
accordés en 1997, essentiellement à des vacanciers venus
de pays anglosaxons. Cette activité, concentrée dans la région
de Banjul, reste la plus importante du secteur formel, pendant que la contrebande
de cette enclave dans la zone franc reste l'épine dorsale du secteur
informel, comme l'a prouvé le récent procès pour corruption
d'un groupe de douaniers, dont l'ancien directeur des douanes.
Grâce à ses bonnes
relations avec les bailleurs de fonds, le pays a pu équiper la capitale,
Banjul, d'un nouvel aéroport et poursuivre les mesures de désenclavement
de l'arrière-pays, qui reste très largement sous-développé.
Le gouvernement gambien a engagé des négociations avec les
institutions de Bretton Woods pour restructurer sa dette et pu réaliser
plusieurs projets grâce à l'aide des pays arabes et de Taïwan,
la Gambie ayant choisi, à l'instar du Sénégal ou du
Tchad, d'établir des relations diplomatiques avec l'île nationaliste,
qui récompense généreusement les rares Etats qui font
ce choix.
La célébration du cinquième anniversaire du coup d'Etat de juillet 1994 a, de nouveau, illustré la difficulté qu'éprouve le régime gambien à s'assagir. Fustigeant « certains pays occidentaux » qui veulent imposer « leur conception de la démocratie », le président Yahya Jammeh a exigé le remboursement de l'or accumulé par l'Europe durant la période coloniale. Le discours doit plaire à Tripoli, où le chef de l'Etat gambien se rend avec régularité. En retour, les lots de médicaments, les machines agricoles, les équipements scolaires et les financements divers récompensent cette fidélité.
Mais Banjul sait ne point trop sacrifier
à l'idéologie révolutionnaire, comme le prouve l'appréciation
favorable, décernée, en juin 1999, par le FMI. L'inflation
reste maîtrisée, dans le contexte d'une activité soutenue
(dans le secteur des travaux publics notamment) et d'une progression des
réserves de change. La restructuration bancaire avance convenablement.
Un « écotourisme » rémunérateur est en
cours de développement.
Malgré ce palmarès,
le régime a encore fort à faire avant de démontrer
son adhésion aux principes de la « bonne gouvernance ».
La réforme fiscale et administrative s'avère insuffisante.
Les scandales politico-financiers se multiplient. La puissante société
arachidière d'Etat GDC a fait l'objet d'accusations de malversations.
Des responsables de la présidence ont été limogés
à la suite de détournements de fonds publics. Pire, l'opposition
a mis en cause le chef de l'Etat dans les variations anormales du prix
du riz, l'aliment de base des Gambiens.
Entre coups d'Etat avortés, ministres congédiés et manifestations réprimées dans le sang, l'année 2000 aura représenté un tournant décisif pour le régime du président Yahya Jammeh, un ancien militaire putschiste jusqu'ici crédité d'un rôle de stabilisateur pour l'un des pays les plus miséreux de la planète.
A la mi-janvier, un complot de deux
officiers de la garde présidentielle est déjoué. Quatre
mois plus tard, alors que le chef de l'Etat se trouve à l'étranger,
des centaines d'élèves et d'étudiants mettent à
sac des édifices gouvernementaux et des entreprises publiques dans
plusieurs villes du pays. Fin juin, une nouvelle tentative de coup d'Etat
est étouffée dans l'oeuf. Pendant ce temps, on ne compte
plus les limogeages de ministres.
Dans ce désordre devenu permanent,
des résultats fort honorables ont été obtenus sur
les plans du déficit budgétaire et de l'inflation. Le FMI
a repris, mi-juillet, son assistance financière, pour prix des réformes
structurelles mises en oeuvre depuis 1999. Et les largesses de la Libye,
dans le cadre de sa nouvelle stratégie d' « Union africaine
», et de Taïwan, toujours preneur d'un soutien diplomatique
supplémentaire face à Pékin, sont toujours là
pour mettre quelques gouttes d'huile dans les rouages.
Source :
Bilan du Monde, 1997-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier