Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Géopolitique du Ghana
GEOPOLITIQUE DU PAYS

État d'Afrique de l'Ouest, riverain du golfe de Guinée, compris entre la Côte-d'Ivoire et le Togo, l'ancienne colonie britannique de la Gold Coast (Côte-de-l'Or) est devenue indépendante en 1957 sous le nom du premier grand empire médiéval ouest-africain. Le territoire du Ghana ne correspond absolument pas à celui de cet empire, qui occupait une partie de l'actuel Mali. C'est Kwame Nkrumah, le père du premier État négro-africain décolonisé, qui lui donna ce nom prestigieux renouant symboliquement avec le passé de l'Afrique.

De Nkrumah à Rawlings

L'histoire contemporaine du Ghana est en effet inséparable de celle du docteur Nkrumah, entré en politique en 1947 après des études en Angleterre et aux États-Unis. En 1949 il fonde le Gold Coast Convention People's Party (CPP) ; il remporte les premières élections, organisées en 1951 à la suite d'une explosion sociale (grève générale de 1950) qui conduisit la Grande-Bretagne à accorder l'autonomie interne à sa colonie.

Le premier gouvernement Nkrumah prépara, en collaboration avec l'ancienne métropole, l'accession progressive à l'indépendance, proclamée le 6 mars 1957. L'évolution pacifique de la Gold Coast a constitué un modèle de décolonisation pour l'Afrique noire, conférant à son leader un prestige incomparable.

Jusqu'à son renversement en 1966, Nkrumah a été le porte-parole du panafricanisme ¨. Le modèle américain a sans doute influencé son choix en faveur de la constitution d'États-Unis d'Afrique. Le panafricanisme, élevé au rang d'une foi mystique, aurait corrigé une  balkanisation  ¨ héritée du découpage colonial du continent, mais cette conception d'un nationalisme africain n'a touché qu'une poignée d'intellectuels ; elle allait à l'encontre des nationalismes d'État qui se développèrent dans la foulée des décolonisations. Même à l'échelle régionale, Nkrumah échoua dans sa tentative de constituer une union Ghana-Guinée-Mali en 1959-1960. Après ces échecs, le père du Ghana moderne s'efforça d'imposer sa philosophie politique, le  conscientisme , une idéologie exprimant en termes socialisants le culte du rédempteur, c'est-à-dire lui-même.

Au plan de l'économie, Nkrumah a mené une politique peu cohérente et tué la poule aux oeufs d'or en usant sans discernement des ressources du Marketing Board, l'organisme officiel (créé par les Britanniques) de commercialisation du cacao, première richesse nationale, pour financer une bureaucratie proliférante. C'est l'addition des mécontentements des commerçants, des planteurs et des intellectuels qui a conduit à sa chute.

La succession de Nkrumah, dont les partisans menèrent jusqu'à sa mort en 1972 une vigoureuse opposition au nouveau pouvoir installé à Accra, a été marquée par quinze années d'instabilité politique au terme desquelles le coup d'État militaire du 30 décembre 1981 porta le lieutenant Jerry Rawlings à la tête de l'État. Depuis, celui-ci dirige le Ghana d'une poigne de fer. Dix ans après la prise du pouvoir, il se refuse à instaurer un multipartisme qui, il est vrai, avait conduit auparavant à une réelle gabegie. L'opposition, longtemps contrainte à l'exil, a cependant commencé à s'organiser à l'intérieur du pays, avec notamment la création en 1990 d'un Mouvement pour la liberté et la justice.

Le Ghana tel qu'il résulte des découpages coloniaux présente une grande diversité humaine, défi permanent à la réalisation de l'unité nationale. Un fort contraste oppose un Nord assez peu peuplé et à dominante musulmane, à un Sud animiste et partiellement christianisé. Le groupe méridional des Akan forme l'ensemble ethnique le plus important, avec en particulier les Fanti sur le littoral, et les Achanti ¨, héritiers d'un royaume prestigieux qui pratiquait autrefois la traite des esclaves au détriment des peuples voisins. Il rayonnait autour de l'ancienne capitale de Kumasi, aujourd'hui seconde ville du pays. Les populations du Nord connurent aussi dans le passé des royaumes bien organisés, tels ceux des Dagomba ou des Mamprusi, qui se rattachent au groupe mossi ¨.

Les Britanniques avaient tenu compte de cette diversité pour organiser leur colonie : administration directe au Sud, indirecte en pays achanti et dans le Nord. Le puzzle ethnique s'est encore compliqué avec l'incorporation au Ghana de l'ancien Togo britannique à la suite du référendum de 1956. Les Éwé ¨, peuple attaché à l'unité de son territoire, avaient voté contre. Répartis aujourd'hui entre Ghana et Togo, ils alimentent la discorde entre les deux États dont les relations ont souvent été tendues. Accra et Lomé ne se privent pas d'accueillir réciproquement les opposants au régime voisin. En 1992, plusieurs dizaines de milliers d'habitants de Lomé, fuyant les troubles politiques du Togo, se sont réfugiés au Ghana.

Économie : la reprise après le déclin

Au plan économique, la Gold Coast était une des colonies africaines les plus riches. Les options politico-économiques prises sous Nkrumah ont renforcé le poids d'une bureaucratie parasite et paralysé le processus de développement pendant les deux premières décennies de l'indépendance. Autrefois premier producteur mondial de cacao, le Ghana a été supplanté par la Côte-d'Ivoire. Faute d'entretien et de rémunérations satisfaisantes, la production de ses plantations a diminué de moitié dans les années 80 (elle a, depuis, retrouvé son niveau des années 60 qui en fait le 3e producteur mondial), du moins la production officielle, car une partie du cacao est écoulée clandestinement en Côte-d'Ivoire et au Togo ; le franc CFA (Communauté financière africaine), plus recherché que le cedi, la monnaie ghanéenne, active naturellement la contrebande.

La prospérité de l'économie ghanéenne dans les années 1940-1960 avait attiré une très nombreuse main-d'oeuvre étrangère : près d'un million d'immigrés originaires de Haute-Volta, du Niger, du Togo. La crise politico-économique a entraîné des expulsions massives, y compris celles des Libano-Syriens et des Indiens, en 1970.

La grande réalisation de la période de Nkrumah fut la construction du barrage d'Akosombo, sur la Volta. Achevé en 1965, il a entraîné la formation d'un immense lac de retenue pénétrant profondément le territoire ghanéen, mais les changements hydrologiques ont étendu l'onchocercose ; l' Organisation mondiale de la santé (OMS) mène de très importantes campagnes pour éliminer cette maladie qui rend aveugle. Autre conséquence du barrage : il retient les alluvions de la Volta. Les eaux vives parvenant dans l'Atlantique ont modifié la dynamique de la dérive littorale qui ronge la côte à l'est de l'embouchure ; ce problème prend une dimension internationale, puisque les côtes togolaises sont également touchées.

Akosombo a d'abord été destiné à la production d'électricité. La centrale alimente l'usine d'aluminium de la Valco (Volta Aluminium Company), créée par les compagnies américaines Kaiser et Reynolds (le Ghana partage avec l'Égypte le premier rang africain pour la production d'aluminium). L'usine traite de l'alumine importée de Guinée, ce qui correspond typiquement à une économie d'enclave. L'autre partie de la production électrique est distribuée sur le réseau domestique du Ghana et exportée vers la Côte-d'Ivoire et le Togo.

Les premières années de pouvoir de Rawlings avaient créé des inquiétudes et une certaine tension régionale due à ses relations avec la Libye de Kadhafi. Il s'est en fait rapproché des États-Unis et a entrepris un programme de redressement économique sur la voie du libéralisme avec l'aide du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Un pouvoir politique fort a pu imposer un programme d'austérité, incluant des licenciements dans les entreprises publiques qui, au bout de dix ans, porte ses fruits. Cité comme  bon élève du FMI , le Ghana fait figure de modèle dans l'application des plans d'ajustement structurel. L'économie a retrouvé la voie de la croissance : reste à savoir si cela favorisera une évolution vers la démocratie.

En 1994, de graves affrontements ont opposé dans le nord du pays les Namumba et les Konkomba, ce qui a provoqué l'exode d'environ 150 000 personnes vers le Togo.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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