Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Ghana économie et social


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

La population ghanéenne a subie ces deux dernières années, les effets particulièrement douloureux de la politique d'ajustement structurel dont le pays s'est fait le précurseur sur le continent. Cette situation s'est traduite par une relative désaffection pour le régime du capitaine Jerry Rawlings. L'un des signes les plus notables en a été le ralliement des syndicats à l'opposition. Le président Rawlings n'en a pas moins été réélu, en décembre, face au ticket constitué par l'alliance contre nature du centre-droit et des héritiers de Kwame N'Krumah. Les élections législatives, également organisées le 7 décembre, ont toutefois sérieusement entamées son emprise sur le Parlement, d'autant que plusieurs scandales ont mis en lumière la corruption de certains proches du chef de l'Etat. Cependant, le Ghana continue d'enregistrer une croissance soutenue (5 % prévus pour 1996) qui s'appuie sur la bonne santé retrouvée du secteur du cacao et sur l'expansion des mines d'or aux mains, pour l'essentiel, de la compagnie Ashanti Goldfields Corporation (AOC), ces exploitations ont rapporté environ 660 millions de dollars en 1996 (490 millions pour le cacao). Constituée de capitaux majoritairement sud-africains, AGC devrait être prochainement concurrencée par de nouveaux investisseurs, canadiens et australiens.
Le Ghana reste toutefois handicapé par l'inflation, qui devrait encore dépasser 50 % en 1996 et qui décourage l'arrivée de nouveaux capitaux, ainsi que par un système douanier encore très pesant. Mais les autorités n'ont pas d'autre choix que de poursuivre leur politique de libéralisation, dont le plus gros succès reste à ce jour la privatisation des mines d'or. C'est ainsi que la compagnie téléphonique sera privatisée dans les prochains mois.

1997

Après la brillante réélection à la présidence de la République de Jerry Rawlings en décembre 1996, le Ghana a connu une année 1997 plutôt calme sur le plan politique, même si les querelles entre factions de la mouvance présidentielle ont considérablement retardé la formation du nouveau gouvernement, dont un poste était encore vacant en novembre. En revanche, la situation sociale donne quelques inquiétudes. Le gouvernement en est conscient qui s'apprête à faire une nouvelle tentative d'introduction de la TVA. La précédente, en 1995, avait provoqué de violentes émeutes et cette fois les autorités affirment qu'elles procéderont à une campagne d'explication avant l'imposition de cette nouvelle taxe.
Celle-ci est d'ailleurs nécessaire, car le déficit budgétaire reste important - plus de 550 milliards de cedis cette année - alors que la loi de finances prévoyait un excédent. Cette situation s'explique en partie par la baisse des cours de l'or. Le métal jaune est l'une des principales sources de revenus et de devises pour le Ghana. Or la production a légèrement diminué en volume, pour des raisons essentiellement techniques, et encore plus en valeur pour se situer aux alentours de 530 millions de dollars (3 milliards de francs). L'autre grande source de revenus, le cacao, se porte en revanche relativement bien. même si la récolte record de 1996 (plus de 400000 tonnes) ne sera pas égalée, cette baisse en volume devrait être compensée par la bonne tenue des cours mondiaux. Le cedi a continué de se déprécier, aussi bien par rapport au dollar qu'aux monnaies voisines (franc CFA et naira nigérian), ce qui favorise les exportations mais également les tendances inflationnistes.
La croissance s'est maintenue aux alentours de 5 % cette année, après les 5,2 % enregistrés en 1996, un chiffre qui permet un léger mieux être pour les populations, mais qui reste insuffisant pour envisager le décollage de l'économie ghanéenne

1998

Pour les optimistes, 1998 restera pour le Ghana l'année de la visite de Bill Clinton, qui a entamé son périple africain par un discours à Accra devant des centaines de milliers de Ghanéens. Le président des Etats-Unis entendait rendre hommage au bon élève des institutions internationales, qui, sous la houlette du président Jerry Rawlings, a contenu ses déficits et renoué avec la croissance.
Pour les pessimistes, l’année aura surtout été marquée par la grave pénurie d'électricité qui a considérablement ralenti l'activité pendant le premier semestre. provoquée par la baisse de niveau du réservoir du barrage d'Akosombo, cette pénurie a durement touché les industries (le Ghana transforme entre autres de la bauxite en aluminium) et les activités artisanales. Elle a montré que l'application des réformes prônées par le FMI et la Banque mondiale manquait de rigueur dans certains secteurs. Déclenchée par la sécheresse, la baisse du réservoir d'Akosombo a été accentuée par la croissance frénétique de la consommation d'électricité qui - héritage des années 70 - était facturée à un prix sans rapport avec son coût. Malgré ces déboires, les autorités ghanéennes continuent d'annoncer une croissance supérieure à 5 % pour l’année. La baisse du prix de l'or, deuxième source de devises, a été en partie compensée par l’augmentation de la production (près d'un million d'onces) et par une excellente récolte de cacao, d'environ 400 000 tonnes, soit un nouveau record national. Sans rattraper les performances ivoiriennes, le Ghana retrouve peu à peu une place de leader sur le marché du cacao avec d'autant plus de facilité que ses produits sont d'excellente qualité.
L'inflation reste proche de 20 %, mais la tendance est au ralentissement et, pour la première fois depuis bien longtemps, le cedi ghanéen est resté presque stable face au dollar. Reste un nouvel obstacle à franchir: le gouvernement doit introduire enfin la TVA, projet reporté en 1995 après avoir provoqué des émeutes dans une population qui reste très proche du seuil de pauvreté.

1999

Après une vingtaine d'années au pouvoir, auquel il a accédé par un coup d'Etat en 1981, Jerry John Rawlings, dit « JJ », devrait prendre sa retraite politique en décembre 2000.

Elu en 1992 et 1996, il ne peut selon la Constitution briguer un nouveau mandat. Rawlings s'est transformé petit à petit en chef d'Etat pragmatique, cédant au libéralisme prôné par les institutions de Bretton Woods, pour devenir finalement le meilleur élève du FMI et de la Banque mondiale de la région. Il a su tenir compte de l'opinion publique. Ce fut le cas notamment pour l'instauration de la TVA, prévue depuis 1995, reportée maintes fois, puis appliquée en douceur à partir de décembre 1999. De plus, entouré de brillants techniciens et de ministres compétents, notamment aux finances, il a su discuter point par point les propositions du FMI et de la Banque mondiale, qui lui ont laissé une marge de manoeuvre dans la conception et l'application des réformes.
L'exemple le plus frappant est celui de la libéralisation de la filière cacao, dont le Ghana est le second exportateur mondial, avec 400 000 tonnes par an. Alors que la Côte d'Ivoire a dû accepter une libéralisation brutale, le Ghana a négocié un changement à petits pas garantissant aux planteurs un prix stable, le mettant à l'abri des fluctuations du marché. Le Ghana a privatisé sans heurt la commercialisation intérieure du produit et fournit un des cacaos les meilleurs du monde, surcoté sur le marché international en raison de sa qualité.
Au rang des réussites les plus notables du régime, on note également la lutte contre la corruption, qui fait aujourd'hui de ce pays l'un des plus « propres » d'Afrique. Le gouvernement est parvenu à maîtriser l'inflation qui, de quelque 200 %, est aujourd'hui contenue à moins de 15 %. L'objectif pour l'an 2000 est de la ramener à 5% pour les deux prochaines années.
Mais les relatives bonnes performances du Ghana n'ont toujours pas tiré le pays de son extrême pauvreté. Lors de la dernière présidentielle, les bailleurs de fonds avaient d'ailleurs dénoncé des dérapages budgétaires, et ils ne cachent pas leurs inquiétudes pour l'an 2000.

2000

L 'heure de la retraite a sonné pour le président Jerry John Rawlings, qui a dirigé le Ghana pendant près de vingt ans. A son successeur, John Kufuor, il laisse un pays relativement stable, bénéficiant de bonnes relations avec les bailleurs de fonds internationaux, mais toujours très dépendant de ses deux principales ressources d'exportation, l'or et le cacao.

Comme en 1996, lors de la précédente élection, le Ghana s'est laissé aller, avant le scrutin, à un certain laxisme dans la gestion des finances publiques. Après un bras de fer de plusieurs mois, le gouvernement a cédé aux revendications du Congrès des syndicats en acceptant, en novembre, une forte augmentation du salaire minimum, qui est passé de 0,41 dollar par jour à 0,60 dollar. En mai 2000, il avait déjà accepté d'augmenter de 20 % les salaires des fonctionnaires. Le déficit budgétaire a également été creusé par une envolée des dépenses liées directement aux élections, notamment en matière de sécurité, de transports et de communications.

Ces dérapages budgétaires ont conduit les bailleurs de fonds à suspendre provisoirement une partie de leur aide, contraignant le gouvernement à emprunter auprès des banques commerciales. Dans le même temps, les recettes se sont réduites à cause de la chute des cours du cacao et de l'or. La monnaie nationale, le cedi, a perdu pendant les sept premiers mois de l'année la moitié de sa valeur, et l'inflation a atteint près de 30 %. La croissance, qui s'était élevée à 4,2% en 1999, ne devrait pas dépasser 1 % en 2000.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier