
Synthèse de divers articles parus dans la presse internationale
"La Guinée? Un pays ghetto",
reconnaît d'emblée l'homme fort du régime, M.Alseny
René Gomez, ministre de l'Intérieur. A chaque pas, dans ce
"pays oublié", dit l'opposant Alpha Condé, on rencontre sans
cesse ce sentiment diffus de relégation et d'isolement, voire de
découragement total, qui en fait l'un des pays les plus tristes
de l'expansive Afrique de l'Ouest.
Les 26 années de sanglante
dictature sous le président Sékou Touré n'expliquent
pas tout. L'absence d'épuration massive de l'administration, les
carences actuelles de l'Etat et de ses dirigeants sont pour beaucoup dans
la "décénnie perdue" - celle qui a suivi la mort de celui
qui avait osé dire " non " au général De Gaulle.
L'état des lieux suffoque
le visiteur : en partie retournée à la brousse, Conakry n'est
plus cette "ville qui, sous ses cocotiers et ses manguiers, garde l'allure
désuète, la vétusté qui donnaient leur prestige
aux vieilles cités coloniales. Toute la vieille ville est un immense
bidonville", commente un cadre guinéen : les Soussous, en principe
fils privilégié du régime, survivent dans des taudis
aux murs lépreux et aux tôles rouillées, à deux
pas des principaux ministères.
Le réseau routier est dans
un état catastrophique; à la moindre averse, Conakry se transforme
en cloaque, faute de réseau d'égouts; moutons et volailles
errent jusque dans le centre-ville; se déplacer tient de l'exploit
dans les taxis-bus antédiluviens du privé; sur les centaines
de bus de la société d'Etat, seule une demi-douzaine circulent.
Pourtant, "si les rues sont mauvaises,
les 4x4 climatisés passent".. la morgue des nouveaux riches et officiels
du régime n'a d'égale que la consommation ostentatoire de
certains coopérants occidentaux. Et tant pis si les multiples projets
de développement dont ils ont la tutelle sont vite grevés
de salaires et de charges somptuaires. Ceux-là souffrent peu des
délestages permanents d'électricité et d'eau et chaque
villa a son propre groupe électrogène - tandis que les quartiers
pauvres s'éclairent dès la tombée de la nuit à
la bougie ou à la lampe à pétrole. Tous se rejoignent
sur l'insécurité.
"La corruption équivaut à
un véritable gangstérisme", affirme Abdoulaye Y, jeune financier.
Du fonctionnaire au policier, de l'homme d'affaire au douanier, tout pouvoir
se monnaye.
A la façon d'un pays de l'est
européen qui se serait échoué sous les tropiques,
la Guinée désenchantée n'est plus une dictature. Mais,
dans un décor figé, la population - comme brisée par
les soubresauts politiques - semble ne s'occuper que d'une survie quotidienne,
l'Etat deliquescent n'assurant qu'une référence formelle.
Après la mort du "Grand Sylly"
en Mars 1984, le cours politiquea suivi des chemins incertains. Beaucoup,
comme Alpha Condé, s'accordent dans le souvenir "d'un an de véritable
démocratie", avant que le putsch manqué du colonel
Diarra Traoré, en Juillet 1985, ne marque le coup d'arrêt
de l'ouverture, le début des réglements de compte
et du durcissement du régime.
Selon Amnesty International, le
régime du général Lansana Conté voulut dès
1985 régler ses comptes avec tous ses adversaires : partisans et
proches de SékouTouré, proches du colonel Diarra. Les uns
et les autres étant d'origine malinké, les membres de cette
ethnie furent souvent molestés et menacés à Conakry,
leur langue interdite au public : on menaça même d'éradiquer
ce groupe, jusqu'au Mali inclus.
Depuis le retout mouvementé
d'Alpha Condé, dirigeant du RPG, en Mai 1991, le multipartisme a
effectivement été accepté. Après avoir silloné
les quartiers déshérités de Conakry, les hauts plateaux
des pasteurs peuls et les villages reculés de la Haute-Guinée
forestière, malgré les instructions officieuses et les interdictions
préfectorales, les différents partis ont pu se préparer
pour les élections législatives. L'élection présidentielle
remportée officiellement par Lansana Conté, le 19 Décembre
1993, avec 51.7% des suffrages exprimés, a été vivement
critiquée : sans l'annulation contestable des votes de Siguiri et
de Kankan, fiefs de l'opposition, le score d'un éventuel second
tour entre Alpha Condé et Lansana Conté était difficilement
prévisible.
Les opposants au pouvoir ont souvent
dénoncés les tentatives d'intimidation du pouvoir, surtout
en provinve : interdictions professionnelles, emprisonnements arbitraires,
ou annulation de meetings par les préfets. Alpha Condé considère
que le pays ne connaît "qu'un multipartisme nominal".
Et si le dispositif politique était
en réalité une "ethnodémocratie" ? Le jeu entre
les quatre blocs communautaires - Soussous (côtiers), Malinkés,
Peuls et ressortissants de Haute-Guinée - régit, selon M.Ali
Oularé, sociologue à l'université de Conakry, la vie
politique de la Guinée. Ils correspondent à des territoires
- les Soussous, par exemple, ont un droit d'aînesse sur Conakry -,
mais aussi à des communautés en exil et à des quartiers
de la capitale, ou à des professions traditionnelles (éleveurs
et commerçants peuls ...). Sous un gouvernement d'apparence équilibrée,
19 ambassadeurs sur 23, par exemple, sont soussous, de même
que les directeurs de cabinet, les conseillers principaux, les responsables
des affaires étrangères, des finances et de l'armée,
et bon nombre de dirigeants de sociétés d'Etat. Chaque parti
d'opposition s'efforce d'équilibrer l'origine ethnique de son dirigeant
et de sa clientèle dominante par un entourage le plus diversifié
possible.
Avec une université neutralisée
par ses luttes fractionelles, des syndicats impuissants, une diaspora discréditée,
les corps intermédiaires manquent de substance. Réseaux clientélistes
ou commerçants, affiliations régionales, ethniques ou religieuses,
restent les meilleurs passeports pour investir les institutions, mais contribuent
à déconstruire totalement l'Etat, laissant le président
et l'armée dans un dangeureux tête-à-tête avec
une société morcelée.
Malgré la mainmise de l'Etat
sur la radio-télévision, la Guinée peut cependant
s'enorgueillir d'une nouvelle presse très diversifiée..mais
qui lit ? Pas les 60 à 70% d'analphabètes qui, selon l'archevêque
de Conakry, ne sont informés que par l'unique radio d'Etat...et
par la rumeur.
Quelques lieux de parole sont pourtant
né, reprenant la richesse des sociétés orales : le
soir, les concessions, les maquis, les cités d'étudiants
retentissent d'un activisme politique quasi clandestin. Parmi les intellectuels,
rares sont ceux qui se sont aventurés à critiquer le nouveau
pouvoir et ont risqués d'être publiés à Conakry.
Fuyant une université sinistrée et déconsidérée,
beaucoup se sont convertis dans le journalisme, les affaires ou la toute
puissante bureaucratie d'Etat, et se trouvent ainsi neutralisés.
Seules la puissance et la cohésion
de solides communautés villageoises ont permis la survie du pays,
malgré ce dépérissement de l'Etat. Indice de ces solidarités,
le Crédit rural, qui s'est essayé à des formes de
prêts villageois à responsabilité collective, obtient
aujourd'hui d'excellents taux de remboursement. Dans chaque communauté
rurale de développement (CRD), qui comprend de 2 à 15 villages,
c'est le conseil des sages, décalque officiel des hiérarchies
locales, qui construit les écoles, dispensaires, puits... en particulier
dans le Fouta Djallon.
L'économie elle-même
obéit é cette logique parcellaire : archipel d'enclaves industrielles,
comme les sites d'aluminium et de bauxite; contrebande commerçante
aux frontières; trafic côtier de cigarettes et d'alcool; pillage
généralisé des sociétés d'Etat privatisées
à la va vite.... Seules recommencent à fonctionner les succurcales
des compagnies étrangères, revenues dans la foulée
d'une recolonisation néolibérale. Les gigantesques installations
minières de Fria, à 80Km de Conakry, longtemps base d'un
troc avec l'URSS - de la bauxite contre des produits manufacturés
- n'ont pas rouillée longtemps. Les actionnaires étrangers
- Pechiney ainsi que des sociétés canadiennes et norvégiennes
- détiennent 51% de la société d'économie mixte
Friguia. De même retrouve-t'on France Télécom pour
le téléphone, Bouygues pour l'eau et les travaux publiques,
Total et Elf dans les pétroles, Accor pour l'hôtellerie....de
quoi confirmer les commentaires des Guinéens :"Les Blancs sont de
retour".
Bien que satisfaite de la réhabilitation
des infrastructures, l'opinion est consciente de l'immense gaspillage de
l'aide, d'ailleurs reconnu par les institutions occidentales : les 5,6
milliards de francs prêtés en dix ans comprennent certes l'aide
liée aux entreprises françaises mais les sommes détournées
sur les projets et l'aide au secteur privé, ont permis l'enrichissement
personnel des proches du régime.
Après le licenciement de
la moitié d'une fonction publique pléthorique, les ambassades
et organisations internationales, découragées, adoptent un
profil bas. Reconnaissant à demi-mot l'échec des privatisations
- pour les investisseurs guinéens - elles se bornent à un
appui technique ponctuel ou à une aide concentrée sur les
grands projets, tel le barrage de Garafiri.
Cadres, ingénieurs, professeurs
ne manquent pas mais ils sont à l'étranger !! Désireux
de rentrer au pays après le changement de régime, ils se
sont heurtés, tout comme les Occidentaux, au repli guinéen.
D'autant que le général Conté, valorisant ceux qui
"ont souffert ensemble", diabolise volontiers la diaspora - deux millions
d'expatriés environ (ils n'ont pas le droit de vote).
Le président Lansana Conté,
qui exerce le pouvoir depuis 10 ans, est en effet un exemple rare en Afrique
du général-fermier, préférant de beaucoup son
prospère domaine rural au coeur du pays soussou au microcosme politique
de la capitale. Il met l'accent sur l'agriculture, et fait l'éloge
de cette terre qui ne ment pas : de fait, très peu des 50 000 déflatés
de la fonction publique acceptent de "retourner à le terre pour
l'autosuffisance alimentaire", ainsi que le recommande un slogan officiel.
Comme les très nombreux chômeurs urbains, ils savent que la
débrouille à tous les niveaux, le trafic sur l'or et les
diamants ou la contrebante, sont bien plus fructueux, même s'ils
ne s'y livrent pas le plus souvent avec bonne conscience. Beaucoup rêvent
d'un Etat de droit qui sortirait la Guinée de son monde à
part......
Conakry ravagée, le président
de la République assiégé dans son palais et contraint
de négocier avec des mutins, le bilan de ce que les Guinéens
appellent "les événements de Février 1996" s'est avéré
très lourd. Les conséquences de ce soulèvement militaire
se font encore sentir. Le général Lansana Conté a
été contraint de se séparer d'une partie de ses collaborateurs,
dont le tout-puissant ministre de l'Intérieur René Alseny
Gomez, et de nommer un premier ministre. A peine revenu dans sa patrie
(il était en Côte d'Ivoire), Sydia Touré a entrepris
de remettre le pays en état de marche.
La tâche est gigantesque :
bénéficiant d'un potentiel hydraulique, agricole et minier
impressionnant, le pays n'a toujours pas trouvé la méthode
pour mettre en valeur ses ressources, situation qualifiée de "scandale
géologique d'Afrique de l'Ouest".
D'autre part, si la réduction
des effectifs de la fonction publique a été mené à
bien - assez brutalement - dès les années 80, les autres
mesures d'ajustement structurel recommandés par les bailleurs de
fonds sont restées pour la plupart inappliquées. Le gouvernement
de M.Touré devra donc remettre de l'ordre dans les services fiscaux
et les douanes - la Guinée est la porte d'entrée de nombreux
produits de contrebande qui destabilisent les industries d'Afrique de l'Ouest;
il devra également poursuivre un programme de privatisation limité
à la cession de la compagnie de téléphone à
Malaysian Telecom.
La neutralité de l'opposition
a jusquà présent facilité l'action du gouvernement.
Mais en Novembre, des incidents entre partisans du général
Conté et militants du Rassemblement du peuple de Guinée d'Alpha
Condé, chef de l'opposition, ont prouvé que les esprits étaient
loin d'être calmés.
L'année 1998 doit se clore
par l'élection présidentielle , prévue en Décembre.
Cette échéance est porteuse de risques dans un pays où
les clivages politiques recoupent les clivages ethniques et qui a connu
ces dernières années plusieurs épisodes violents,
le dernier en date étant la tentative de coup d'Etat de 1996. Pourtant,
certains éléments autorisent un relatif optimisme. Depuis
la nomination de Sydia Touré au poste de premier ministre, la gestion
de la chose publique s'est nettement améliorée, les recettes
fiscales, notamment douanières, ont augmenté, ce qui n'était
guère difficile dans un pays où l'exemption - officiellement
sanctionnée où négociée illégalement
- était la règle. Il n'empêche qu'en 1996 le poids
de la fiscalité ne représentait que 10% du PIB, un des chiffres
les plus faibles d'un continent déja sous-fiscalisé. La baisse
des cours de l'aluminium aggrave encore cet état de fait, puisque
les exportations de bauxite représentent encore plus de 80% des
ressources de l'Etat.
Faute de ressources, la Guinée
a bien du mal à procéder aux investissements structurels
nécessaires à son développement. Le barrage de Garafiri,
qui doit enfin régulariser l'alimentation en électricité
des grands centres urbains, progresse et devrait être achevée
en l'an 2000. Mais le réseau routier reste délabré,
ce qui explique en parti la sous-exploitation des ressources agricoles.
La Guinée est presque absente des grands marchés de produits
tropicaux. Malgré des possibilités immenses, la production
de coton a baissé, au moment où, dans des conditions comparables,
les voisins maliens battaient tous leurs records.
Dans le secteur minier, seuls la
bauxite, l'or et le diamant (ces deux derniers faisant l'objet de toutes
les fraudes) sont exploités, alors que le pays dispose de gigantesques
réserves de fer (région du mont Nimba, avec 880 millions
de tonnes), de titane, de cuivre, de nickel.... Mais les incertitudes politiques
interdisent encore les investissements massifs que demenderait leur exploitation.
LA GUINEE DE NOS JOURS :
L'élection présidentielle
est prévue à la fin de l'année 1998 : le parlement
vient d'adopter une loi qui exclut de la course à la magistrature
suprême tous les concurrents sérieux du chef de l'Etat. Le
Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dont le président
est le célèbre Professeur Alpha Condé, est le principale
parti d'opposition. Ses concurrents (parti de l'unité et du progrès
PUP du président Lansana Conté, les radicaux du gouvernement
..) l'accuse de préparer un retour militaire à l'instar de
Kabila, de bloquer les dossiers financiers de la Guinée au FMI,
d'être pris en otage par les extrémistes malinké..
bref, de tous les maux du monde afin de l'éliminer de la course
à l'élection présidentielle prévue en Décembre
1998. Il s'est fait exclure du jeu politique pour absentéisme parlementaire
répété lors des sessions de l'Assemblée nationale.
En réalité, l'opposant
numéro un est devenu l'écran d'un conflit entre les radicaux
de l'opposition et ceux du pouvoir. A 58 ans, malinké né
en pays soussou, Alpha Condé appartient à la première
génération d'élèves guinéens envoyés
en France au milieu des années 1950. Il s'inscrit en Sciences Politique,
préside la Fédération des étudiants d'Afrique
Noire en France (connue pour ses chaudes luttes militantes pour la décolonisation
et la libération de l'Afrique). Alpha Condé reste quelqu'un
de très modeste et très simple (peu mondain, préférant
la marche à pied à la voiture !).
Il prend très tôt ses
distances de l'aile droite de l'opposition à Sékou Touré.
Il ne participe pas à la tentative de renversement du régime
en 1970 : le président Sékou Touré profite de l'occasion
pour éliminer tous ses adversaires dans le pays. En 1972, Alpha
Condé publie un ouvrage où il critique la dérive droitière
du parti démocratique de Guinée de Sékou Touré.
Hostile au régime de Sékou Touré et qualifié
de gauchiste par certains camarades, il est professeur de droit et de science
politique à la Sorbonne de 1969 à 1975. A ce stade de la
lutte, il n'y a ni malinké, ni soussou, ni peul... tout est donné
pour la révolution.
Il anime le Mouvement national démocratique
(MND) en 1977 et crée en 1988 le RPG qui manque de gagner le pouvoir
à Conakry en 1993. Alpha Condé s'est aussi lancé dans
le négoce au sein de la multinational "Sucres et Denrées".
Ses amitiés sont éclectiques (ministres béninois,
ivoiriens, français...). Depuis son retour triomphal en 1991, Condé
brave le pouvoir : suite aux premiers démêlés avec
le pouvoir, il demande l'asile à l'ambassade du Sénégal
à Conakry et sort de cet endroit suite à une médiation
du président sénégalais Diouf.
En 1993, il est candidat à
l'élection présidentielle et manque à deux doigts
d'imposer un second tour au général Lansana Conté
qui ne doit son salut qu'à "la technologie électorale" du
ministre de l'Intérieur qui annule pour irrégularités
le scrutin dans trois villes où le RPG a fait pourtant plus de 90%
des voix. Malgré la pression des militants, Condé a accepté
la victoire de Lansana Conté pour ne pas plonger le pays dans la
violence. Radicalisé dans son conflit avec le pouvoir, le RPG est
à chaque prise dans la ligne de mire et Alpha Condé se voit
coller des affaires sur le dos, même si certaines accusations sont
souvent puériles (il serait responsable des pannes d'électricité
survenues à Conakry !!).
Ecoutons un professeur d'université
à Conakry : "Il a un problème avec une élite soussou;
chez les Peuls, c'est la fascination et le rejet, quant aux cadres malinké
aux affaires ou proches de Conté, ils ne l'aiment pas mais le petit
peuple l'adore".
Le Parlement guinéen a voté
une loi interdisant la candidature des titulaires d'une double nationalité
: 5 des 8 candidats de la précédente élection !! Alpha
Condé en fait parti. Il travaille à l'extérieur pour
que l'élection se déroule dans de meilleures conditions.
Alpha Condé est sûr que les yeux des guinéens sont
désormais ouverts.
Aujourd'hui, il y aurait trois catégories
de Guinéens : ceux qui peuvent être électeurs sans
être éligibles, ceux qui sont éligibles et électeurs
(parce que n'ayant que la nationalité guinéenne) et, enfin,
la nouvelle "ethnie des Guinéens de l'étranger" qui sont
insultés à chaque élection parce que les candidats
les plus sérieux de l'opposition sont issus de ses rangs.
Cette nouvelle loi qui exclut les
Guinéens posssédant une double nationalité fait scandale
parmi l'opposition.
Pour beaucoup de Guinéens,
la faute incombe d'abord principalement à l'ancien parti unique,
le Parti démocratique de Guinée (PDG) qui a "avalé"
le Parti de l'unité et du progrès au pouvoir (PUP) de l'actuel
chef d'Etat, en recyclant en son sein tous les anciens secrétaires
fédéraux de l'ancien régime, alors que l'ex-parti
unique a enregisté moins de 1% des voix à la dernière
élection présidentielle. Les gros ténors de l'actuelle
majorité sont tous issus de cet ancien parti unique qui ne s'est
jamais dissocié des crimes du régime Sékou Touré,
après avoir évincé toute la branche non PDG du PUP,
en majorité des Guinéens de l'étranger. En attendant,
le clivage entre Guinéens de dedans et Guinéens du dehors
savamment entretenu par le régime de l'ex-président Sékou
Touré fait des émules. Certains partis politiqus se sont
lancés dans une croisade contre la nouvelle loi (par exemple l'Union
des forces démocratiques). Malgé cela, certains prennent
position en faveur de la nouvelle loi, à l'instar de Sékou
Traoré, leader du Parti guinéen du travail et de la démocratie
: "Aucun Guinéen patriote et fier ne peut tolérer que le
président de la Guinée soit un Français; la France
a fait beaucoup de mal à la Guinée et aucun progressiste
français ne peut tolérer qu'un nègre soit président
de France. Je condamne donc toutes les doubles nationalités".
L'année 1998 devrait également
être, si tout se passe bien, l'année de la concrétisation
d'une réduction substancielle voire de l'extinction de la dette
commerciale extérieure. Un accord a été signé
le 19 Février 1998 entre l'Association internationale de développement
/AID), une branche de la Banque mondiale et le gouvernement guinéen.
Cet accord fait suite à l'approbation par le conseil d'administration
de la Banque mondiale, réuni le 19 Décembre 1997, de l'octroi
"d'un don équivalent à 13,5 millions de dollars américains
pour contribuer au financement du projet de réduction de la dette
commerciale de la République de Guinée. Ce don comprend également
une contribution de 1,7 million de dollars du gouvernement suisse, 1,7
millions de dollars du gouvernement français, et un million de dollars
du gouvernement norvégien".
L'opération de désendettement
proposé par le gouvernement guinéen porte sur un total de
créances s'élevant à 130 millions de dollars, dont
80% de principal et 20% d'intérêts en arriérés.
Quelle que soit l'option choisie par le créancier, celui-ci accepte
de renoncer aux intérêts en arriérés accumulés
car la transaction ne porte que sur le montant du principal. Cette opération
de désendettement se déroule sous la forme d'un appel d'offres
lancés aux créanciers commerciaux extérieurs de l'Etat
guinéen. Elle devrait durer jusqu'à la fin du mois de Juin
1998. Mais, elle ne sera effective que si "65% des réponses faites
par les créanciers sont favorables". L'assistance de la Banque mondiale
à la Guinée se justifie pour deux raisons. D'abord, car le
pays est sous ajustement : rappelons que le gouvernement guinéen
s'est assigné des objectifs macroéconomiques pour la
période allant du 1er octobre 1996 au 30 septembre 1999. Ce plan
triennal bénéficie d'une facilité d'ajustement structurel
renforcé négociée avec le Fonds monétaire international
(FMI) et la Banque mondiale.
Les résultats économiques
qu'enregistre la Guinée sont encourageants et doivent être
consolidés. Ensuite, parce que le gouvernement du premier ministre
Sidya Touré, a adopté une stratégie globale de gestion
efficiente de la dette extérieure guinéenne, qui était
estimé à 3 milliards de dollars américains (70% du
PIB).
Le gouvernement guinéen fonde
beaucoup d'espoirs sur le programme
d'épurement de la dette commerciale
extérieure du pays en raison de l'aggravation des difficultés
budgétaires auquel il est confronté. Le secteur minier qui
est le principal pouvoyeur de devises du pays traverse actuellement une
situation difficile en raison de la chute des prix de l'aluminium sur le
marché mondial : les recettes issues du secteur minier ont diminué
de 45% entre 1990 et 1997 et par rapport au PIB, la part du secteur minier
a chuté de 8,5% en 1991 à 2,9% en 1997. Pour le gouvernement
guinéen, l'enjeu majeur est aujourd'hui l'amélioration de
l'environnement des affaires. Le but est de normaliser les relations du
gouvernement avec ses créanciers commerciaux et d'effacer la dette
commerciale en arriérés.
Il s'agit surtout pour la Banque
mondiale d'organiser un retour ordonné et progressif de la République
de Guinée sur les marchés internationaux des capitaux. Si
cette opération de désendettement devait être menée
à bien, comme tout semble l'indiquer, ce serait alors un acquis
important à mettre à l'actif de l'actuel gouvernement.
Pour Alpha Condé, le président
Lansana Conté ne veut pas d'élections transparentes : " Il
existe aujourd'hui en Guinée, au sein de la mouvance présidentielle,
deux groupes qui veulent tenter un coup de force : d'un côté
Lansana Conté et son fils; ce groupe a crée une garde prétorienne
composée uniquement de gens de son ethnie (soussou), basée
en partie à Gbantama et Kindia. Le but est de créer des troubles
pour empêcher des élections, ou faire en sorte que le président
spoit l'unique candidat à ce scrutin. De l'autre, le colonel Sama
Panival Bangoura, actuel procureur du procès des militaires impliqués
dans la mutinerie de Février 1996; le Ministre de l'Economie et
des Finances Ibrahima Kassory Fofana et Aboubacar Samparé, le secrétaire
général du parti au pouvoir. Ces deux clans, qui veulent
déclencher une révolution de palais, multiplient les provocations
afin que le pouvoir reste entre les mains des extrémistes soussous.
Ajourd'hui, plus de 120 000 personnes,
peuhles à 90%, ont perdu leurs maisons et sont dans la rue
à Conakry (référence aux événements
de Kaporo Rails pendant lesquels Ba Mamadou, chef du collectif des partis
d'opposition, a été arrêté) : ces populations
ont été délogées par la force; les maisons
ont été cassé, les gens tués.... Le pouvoir
souhaite que le peuple se révolte pour que l'un des deux groupes,
celui du fils de Conté ou de Kassory Fofana en profite pour confisquer
le pouvoir et renvoyer les élections aux calendres grecques.
On a l'impression que les dirigeants
veulent vraiment une guerre civile ethnique. En 1985 déja, des exactions
graves avaient été commises contre des malinkés (
à la suite de l'exécution du colonel Diara Traoré
pour complot, lui-même malinké). Le président Lansana
Conté n'avait alors pas exprimé sa compassion aux victimes,
pire, il avait félicité les commanditaires.
Les extrémistes soussous
veulent créer un pouvoir à eux mais le pays ne peut pas accepter
une seule ethnie. Le pouvoir de Lansana Conté n'est pas un pouvoir
soussou, c'est celui de son clan, puisque l'écrasante majorité
des soussous vivent dans des conditions sociales très dures, c'est
un petit groupe d'extrémistes qui veut créer une tension
avec les autres ethnies ".
Alpha Conté prône un
nationalisme panafricain, un regroupement pour une économie viable
et une intégration vers de grands marchés. Il critique donc
Lansana Conté qui se replie sur lui-même, empêchant
l'investissement nécessaire de l'étranger.
E-mail reçu fin Juin 1998
:
"Il faut insister sur le fait qu'en
Guinée les ethnies majoritaires sont très fortement implantées
dans les partis politiques :
RPG (malinkés), PUP (soussous)...."
- Nouvelles économiques de la Guinée (Août 1998) :
Le premier ministre Sidya Touré
a été chargé par le président Lansana Conté
d’assainir l’économie guinéenne. Plusieurs programmes successifs
engagés avec le FMI et la Banque Mondiale n’avaient jamais abouti
par le passé.
Si le premier ministre guinéen
et son équipe composée de cadres de haut niveau bénéficient
de jugés favorables de la part des institutions financières
de Washington, il faut reconnaître que les profondes réformes
structurelles qu’ils ont mis en place de Juillet à Novembre 1996
ont largement contribué à la conclusion de l’accord en vue
d’une Facilité d’ajustement structurel renforcé (FASR). Celle-ci
ouvre la période triennale d’Octobre 1996 à Octobre 1999,
passage obligé, à l’heure actuelle, vers le dialogue avec
les bailleurs de fonds. Le respect des grands équilibres macro-économiques
est une chose élémentaire qui fait partie du travail de tout
gouvernement : « Ce à quoi nous nous attachons maintenant,
c’est le programme de développement pour créer la richesse,
nous allons passer à une deuxième phase qui est l’économie
réelle », affirme Sydia Touré.
Pour cela, la répartition
des tâches entre les principaux responsables des départements
économiques est très claire. Le premier ministre est au sommet
de la tour de contrôle de l’économie nationale. Il dirige
le Conseil interministériel hebdomadaire et les questions sont ensuite
soumises au Conseil des ministres pour recueillir l’avis du président
Lansana Conté.
Le jeune ministre de l’Economie
et des Finances, Ibrahima Kassory Fofana, a le regard fixé sur le
budget général de l’état et sur le strict respect
des grands équilibres macro-économiques intérieurs
et extérieurs. Il veille scrupuleusement à l’orthodoxie financière.
Une centaine de cadres de la Haute Administration viennent d’être
mis en état d’arrestation pour diverses malversations financières.
Signe que la lutte contre la corruption sera poursuivie fermement en cette
année électorale (élection présidentielle prévue
pour Décembre 1998), alors que l’on s’attendait, en de pareilles
circonstances, à plus de laxisme de la part du gouvernement.
C’est le premier train de réformes
en gagé en Janvier 1986 avec l’option en faveur du libéralisme
qui a permis de relancer la machine économique. Cette année-là,
le PIB s’établit à 4.6% : ce n’est pas mal : compte tenu
d’une croissance démographique de l’ordre de 3% par an, ce qui dégage
une nette amélioration du revenu par tête. Mais à ce
rythme, il faudrait 50 à 60 ans pour sortir du sous-développement.
C’est pourquoi le gouvernement planifie le Forum des investisseurs pour
la fin Mai 1998 et la réunion du groupe consultatif pour Juin 1998.
Ces deux événements permettent de prévoir un taux
de croissance économique de l’ordre de 6% en 2000 et de 8% après
2005.
Le chemin à parcourir est
encore long : en effet, le revenu par tête n’est que de 570 dollars
en 1997, 40% de la population se trouve en dessous du seuil de pauvreté
et l’espérance de vie n’est que de 45ans.
Réuni au grand complet au
cœur du Fouta Djalon, le gouvernement a adopté un document important
nommé Guinée : Horizon 2010 : cette étude exceptionnelle
est en cours de discussion au sein de l’Assemblée nationale et du
Conseil Economique et Social.
Sydia Touré souhaite que
la population s’engage dans la bataille économique : « C’est
une stratégie de forte croissance que nous ambitionnons de mettre
en place pour 2005, affirme le premier Ministre. Nous avons tous les secteurs
de soutien à la croissance : l’infrastructure de base, la santé
publique, la formation professionnelle, la protection des couches sociales
les plus défavorisées ». Objectif : atteindre 6% de
taux de croissance en l’an 2000 et 8% dans les années 2010. Cela
suppose le respect d’un certain nombre de contraintes liées à
un montant donné des investissements, un déficit raisonnable
de la balance des paiements courants, une inflation modérée
de l’ordre de 4%, un solde primaire du budget positif.
C’est le résultat de toutes
ces considérations que le gouvernement a présenté
aux bailleurs de fonds lors de la réunion du groupe consultatif
de la Banque Mondiale, les 25 et 26 Juin 1998. Ils ont annoncé des
engagements de 1.972 milliards de dollars, ce qui correspond à 400
millions par an et à 772 millions d’allégement de la dette
extérieure.
Le secteur privé a été
associé à cette réunion du groupe consultatif dans
le but de voir comment la communauté des bailleurs de fonds juge
les progrès accomplis par le pays.
Dans le cadre des relations avec
la banque Mondiale, le gouvernement travaille avec deux hypothèses
: l’une basse et l’autre haute. Si le cadre macro-économique continue
de s’améliorer et si la réforme du secteur bancaire s’achève,
la Banque Mondiale va débloquer immédiatement un montant
de 80 millions de dollars.
Pays essentiellement minier, la
Guinée dispose de formidables atouts agricoles qu’elle envisage
de mettre en valeur, mais sans pour autant délaisser le secteur
minier. Pour élever le niveau de vie des habitants, le gouvernement
a pris trois initiatives : augmentation du prix du coton au producteur
; libéralisation des importations de riz qui relevaient jusqu’alors
du monopole de l’état ; livraison à crédit aux producteurs
de fruits et légumes d’intrants remboursables après la récolte.
L’exploitation minière se
poursuivra, notamment par la mise en œuvre du projet de Dian-Dian dans
la région de Boké, en Basse-Guinée, dont les investissements
sont estimés à près de2 milliards de dollars, qui
seront essentiellement fournis par les Emirats arabes unis.
En Juillet 1998, la commission nationale
d’enquête instituée par le président Lansana Conté,
vient de démenteler un réseau spécialisé dans
le détournement des fonds publics en Guinée.
18 millions de dollars auraient
été détourné par des agents et certaines entreprises
privées de la place, au préjudice de l’état : 60 personnes
ont été arrêté. Des sommes fabuleuses auraient
été sorties au compte des projets fictifs, au titre
de l’achat de carburant; à cela s’ajoute des factures payées
pour des services non rendus à l’état.
Il s’agit pour Lansana Conté
de récupérer tout ce qui a été volé
et de punir les auteurs de ce détournement.
En septembre, une court martial
condamnait les chefs de la mutinerie armée de 1996 à 15 ans
de prison : 51 des 96 accusés ont été libéré,
à cause du manque de preuves.
Le major Yaya Sow a été
condamné à 10 ans de prison et deux lieutenants à
15 ans de prison.
Des élections devraient se
tenir en Décembre : parmi les prétendants à l’élection
présidentielle figure l’opposant Ba Mamadou (président «
The Union for Progress and Renewal Party »).
Le groupe d’opposition au gouvernement,
« The Democratic Opposition Coordination » a protesté
contre les élections prévues en Décembre, en particulier
car seuls 1/3 des bulletins de vote avaient été distribué,
surtout pour les supporters du parti dirigeant; des accords auraient aussi
été passé avec les Guinéens vivant au Sénégal
et en Côte d’Ivoire en vue de l’élection présidentielle.
Le 1er Décembre, l’opposant
Alpha Condé était de retour au pays (exil volontaire au Sénégal)
pour disputer le « match » des élections présidentielles
: il est le chef du parti d’opposition « Guinean People’s Rally ».
Il est le principal opposant à Lansana Conté.
Le 13 Décembre, les autorités
guinéennes ont pris des mesures afin de faciliter la participation
aux élections présidentielles, après un week-end de
tensions dans la capitale Conakry (émeutes et pillages; conflit
entre partisans et opposants de Conté). Les personnes sur les listes
électorales qui n’ont pas de cartes d’enregistrement pourront voter
grâce à leurs papiers d’identité. L’opposition dit
que les cartes d’enregistrement n’ont été distribué
qu’aux supporters de Lansana Conté.
La violence déchirait toujours
la capitale deux jours avant les élections : une douzaine de personnes
ont été blessé. L’opposition demande que les élections
soient repoussées, car les élections auraient déja
truqué le jeu électoral.
Le 14 Décembre, des tanks
et soldats faisaient route vers la capitale Conakry tandis que le peuple
guinéen vote pour élire son président : les autorités
ont aussi bloqué les frontières, les aéroports et
les ports. Les campagnes pour l’élection ont été marqué
par des violences d’origine ethnique. Les supporters de Mamadou Ba, les
Fulani, se sont battus avec les Soussous, ethnie du président Conté.
Alpha Condé déclare
que seulement 33% des votants ont reçu une carte de vote dans les
zones qu’il a visité (le gouvernement parle de 90 à 95%..!!).
L’opposition pense même que
Lansana Conté n’aurait pas de peine à remporter ces élections
tant les trucages sont importants : support de l’armée, mainmise
sur les médias, financement de la campagne électorale...
L’opposition avait déja fortement
critiquée les élections de 1993... Quelques 3 608 704 personnes
ont voté pour élire le président le 14 Décembre.
Aucun mouvement de violence n’a eu lieu dans la capitale, sous haute surveillance.
Lansana Conté a été réélu..
Le 31 Décembre 1998, on apprenait
qu’Alpha Condé avait été arrêté (arrestation
datant du 17 Décembre), accusé officiellement de complot
contre le gouvernement : accusé de recruter des mercennaires étrangers
afin de renverser Conté et accusé de quitter le pays de manière
illégale.
Réorganisation
Le 13 décembre, Lansana Conté
s'est proclamé réélu à l'issue du scrutin présidentiel.
Un scrutin chargé de risques dans un pays où la vie politique
est plus profondément marquée par les divisions ethniques
que dans le reste de la région, où l'armée a prouvé
récemment qu'elle était capable de se faire entendre à
coups de canon.
C'est l’embellie économique
actuelle qui permet d'espérer que la Guinée ne succombera
pas à ses vieux démons. Il a fallu plus d'un an pour que
Conakry panse les plaies laissées par la tentative de putsch de
février 1996. Mais celle-ci a provoqué aussi une réorganisation
de l'activité gouvernementale avec l'arrivée du premier ministre
Sydia Touré. Même si, depuis sa nomination, celui-ci a vu
ses compétences restreintes au profit de fidèles du président
Lansana Conté, les Institutions financières Internationales
sont assez satisfaites de la manière dont est dorénavant
géré l’état guinéen.
L'agriculture retrouve un dynamisme
certain. le secteur reste très en deçà de ses possibilités,
toujours sinistré par les expériences aberrantes de l'ère
Sekou Touré, mais on note par exemple un décollage de la
production de coton (24000 tonnes en 1997-1998) qui reste très modeste
au regard de performances du voisin malien. La mauvaise qualité
des Infrastructures routières, la réticence des investisseurs
étrangers ne permettent pourtant toujours pas à la Guinée
de retrouver le statut d'exportateur de produits tropicaux qui était
le sien pendant la période coloniale. le secteur minier reste le
moteur de l'économie guinéenne. Le pays est le deuxième
producteur de bauxite au monde, et les recettes d'exportation du minerai
et de l'alumine transformée sur place procure toujours. plus de
80 % des recettes, avec une production d'or et de diamants croissante
Le secteur privé reste très
faible, en raison de l'insécurité juridique et de l'insuffisance
des infrastructures ; Conakry n'est correctement approvisionnée
en électricité que depuis un an et les liaisons terrestres
avec le reste de la région et même l'intérieur du pays
sont presque inexistantes. Il est vrai que la Guinée est entourée
de trois pays ravagés par la guerre civile (Liberia, Sierra Leone,
Guinée Bissau), ce qui ne favorise ni la stabilité ni l'ouverture
économique.
- La démocratie selon Lansana Conté :
La boucle des élections en
1998 en Afrique est bouclée. Après Gnassingbé Eyadéma
au Togo, Omar Bongo au Gabon, Biaise Compaoré au Burkina Faso, Lansana
Conté se succède à lui-même pour cinq ans à
la tête de la Guinée. Mieux, le chef de l'Etat guinéen
s'est offert au passage un petit plaisir supplémentaire en faisant
arrêter sa bête noire, le remuant Alpha Condé, leader
du principal parti de l'opposition, le Rassemblement du peuple de Guinée
(RPG). Appréhendé le 17décembre dernier à Lola,
dans l'extrême sud-est du pays, officiellement pour avoir tenté
de se rendre en Côte-d'Ivoire alors que les frontières étaient
fermées. Son acte d'accusation s'est soudainement alourdi comme
par enchantement une quinzaine de jours plus tard : violation des règlements
adrninistratifs de l'autorité, violence sur les dépositaires
de la force publique, transfert frauduleux de devises, atteinte à
la sûreté intérieure de l'Etat par le recrutement de
mercenaires dans le but de les introduire dans le pays afin de remplacer
par la force le gouvernement guinéen. Selon M' Sidrame Camara, l'un
de ses trois avocats, qui n'avait pas pu rencontrer son client jusqu'au
31 décembre, "officiellement, il était poursuivi pour franchissement
illégal des frontières. Or cette accusation n 'est plus retenue.
Cela laisse clairement entendre que d'autres chefs d'accusation ont été
forgés pour la circonstance."
La Commission internationale de
juristes (CIJ), une organisation non gouvernementale basée à
Genève, dans un communiqué daté du 18 décembre,
s'était dite "grandement préoccupée par l'arrestation
de l'opposant Alpha Condé". Quant au Parti socialiste français,
il avait exprimé le même jour sor "souhait de voir Alpha Condé
libéré au plus vite". Pierre Guidoni, son secré taire
national chargé des relations internationales, s'était notamment
indign dans un communiqué en ces termes: "En arrêtant sous
un prétexte fallacieux le député Alpha Condé,
président du Rassemblement du peuple de Guinée,et en laissant
pas libre de ses mouvements le député Mamadou Bâ, président
de la Coordination de l'opposition démocratique (Codem), tous deux
candidats à la présidentielle, les autontés guinéennes
donnent une piètre image de leur conception de la démocratie."
A croire que la crainte qu'inspire M Alpha Condé au gouvernement
de Lansana Conté est telle que fouler au pied des principes élémentaires
de la démocratie lui paraît un moindre mal. "L'origine de
cette peur remonte à 1996", explique une importante personnalité
guinéenne. A l'époque, le gouvernement avait augmenté
les salaires des policiers, à la grande fureur des militaires qui
se plaignaient depuis fort longtemps de la minceur de leurs émoluments.
D'où une révolte des hommes de troupe. Une mutinerie habilement
instrumentalisée par certains officiers supérieurs - surtout
des Malinkés - qui avaient trouvé là une occasion
de renverser le régime. Lansana Conté avait alors miraculeusement
échappé à la mort. Dans son proche entourage, on reste
convaincu qu'Alpha Condé était de mèche avec nombre
de ces officiers, puisqu'il est... lui aussi de l'ethnie malinké.
Autre indice indiscutable de la complicité de ce dernier, selon
les amis du chef de l'Etat : bien que député, il avait quitté
le pays peu apres l'échec du putsch et passé dix-huit mois
à l'étranger.
Il n'était effectivement rentré
en Guinée que deux semaines avant l'élection présidentielle.
Pourtant, rien n'est jamais venu confumer ces soupçons. Les putschistes,
longuement interrogés et torturés, ne l'ont jamais mis en
cause tout au long de leur procès.
Quelles que soient les responsabilités
réelles ou supposées du chef de l'opposition, force est de
constater que son arrestation, qui, comme par hasard, est intervenue à
la veille de la publication officielle des résultats du scrutin,
a pour le régime l'avantage de faire diversion. Qui plus est, son
probable élargissement apparaitrait comme un geste de mansuétude
susceptible de faire retomber la pression. Ce qui serait tout bénéfice
pour le général Conté, dont l'objectif premier semble
être de détourner à tout prix l'attention de l'opinion
guinéenne et internationale du vrai problème du moment :
une élection présidentielle suspecte. Si tel n' avait pas
été le cas, pourquoi la Codem a-t-elle été
tenue à l'écart des travaux des commissions administratives
de recensement des votes, obligeant ainsi ses dix-huit représentants
à démissionner en bloc du Haut Conseil aux affaires électorales?
Certes, les rares observateurs étrangers,
africains et européens, présents à Conalrry ont estimé
que les opérations de vote s'étaient bien déroulées,
malgré des irrégularités qui ne remettaient pas en
cause le scrutin. Il n'empêche : rassembler 56,12% des suffrages
dès le premier tour, comme l'a réussi Lansana Conté,
tient du tour de force dans un pays, où, selon les analystes de
la région, le choix électoral se fait - plus que partout
ailleurs en Afrique de l'Ouest - largement en fonction de l'appartenance
ethnique des candidats. Rappelons qu'en 1993, Conté avait officiellement
obtenu au premier tour 51,70% des voix... grâce à l'annulation
providentielle du scrutin dans les préfectures favorables à
l'opposition. La Guinée est en fait divisée entre quatre
groupes ethniques principaux. Les Peulhs, originaires du Fouta-Djalon,
représentent environ 35 % de la population les Malinkés,
qui vivent essentiellement en Haute-Guinée, quelque 30 % ; les Soussous,
de Basse-Guinée, à peu près 15 %, tout comme les "Forestiers"
du Sud-Est du pays. Le reste de la population est composé de petits
groupes ethniques minoritaires.
Certes, on peut mettre à
l'actif de Lansana Conté quelques réalisations, notamment
dans le domaine des infrastructures routières. Ce qui est la moindre
des choses, le réseau routier hérité de Sékou
Touré étant dans un état lamentable. Par ailleurs,
la disparition du parti unique et la politique de décentralisation
ont libéré des énergies créatrices dans le
monde rural. Pour le reste, son bilan est globalement négatif, selon
la plupart des observateurs. Obnubilé par des complots vrais ou
supposés - legs du régime de Sékou Touré -,
il aura surtout été préoccupé de se maintenir
au pouvoir. C'esi seulement en 1996 qu'il a entrepris de réformer
l'Etai en nommant au poste de Premier ministre Sydia Touré. ancien
chef de cabinet de l'ancien Premier ministre de Félix Houphoue't
Boigny, Alassane Ouattara.
Ce brillant technocrate ivoiro-guinéen
a su en quelques mois mettre l'économie du pays en état de
marche Mais son orthodoxie, sa rigueur et sa tentative de remise en question
des privilèges d'une partie de la haute administration gênaient
au plus haut point nombre de caciques du régime. En particulier
les cadres d'origine soussou, que Lansana Conté avaient placés
à la tête des services publics à caractère financier,
tels que la dîrection des douanes, le ministère de l'Economie
et des Finances, le Trésor ou le secteur des mines. Résultat
moins d'un an après la nomination de Sydia Touré, le ministère
de l'Economie et des Finances et celui dt
Plan, directement rattachés
à la primature, son redevenus autonomes.
De l'avis des analystes les plus
avisés de la vie politique guinéenne, Sydia Touré
est maintenu à son poste uniquement pour rassurer les bailleurs
de fonds internationaux. Conséquence,
la Guinée continue
à souffrir de ses maux endémiques : une machine étatique
faible, inefficace et corrompue, où règne l'arbitraire et
qui décourage les investisseurs étrangers une insuffisance
des infrastructures la plupart des grandes villes de l'intérieur
n'ont pas d'adduction d'eau potable et souffrent d'un délestage
chronique de l'électricité.
Quant à la capitale Conakry,
elle n'est régulièrement approvisionnée en électricité
que depuis 1997. Le pays dépend toujours pour l'essentiel des exportations
de bauxite et d'aluminium. La politique d'exportation agricole est un échec.
Seul rayon de soleil dans cette grisaille, la réduction des importations
de riz de cent mille tonnes en 1997 grâce à la hausse de la
production locale.
En somme, pas de quoi déclencher
l'enthousiasme des électeurs malinkés et peulhs qui aurait
permis une réélection aisée de Lansana Conté
au premier tour. Il n'y a que le chef de l'Etat français Jacques
Chirac, qui n'en est plus à un dérapage près sur l'Afrique,
pour s'empresser de le féliciter deux heures après l'annonce
officielle des résultats provisoires. Peut-être avait-il été
influencé par la jubilation de l'ambassadeur de France en Guinée
qui s'était déclaré "personnellement heureux de voir
que le président Conté avait été élu
dès le premier tour". D'ailleurs, alors que ses homologues allemand
et américain ont demandé, et obtenu, de rendre visite à
Alpha Condé, l'ambassadeur de France n'a même pas daigné
se joindre à cette démarche.
Mamadou Bâ, un Peulh de 68 ans, représentant le Parti du renouveau et du progrès (PRP), affirmait au lendemain de la consultation que, mathématiquement parlant, une victoire au premier tour de Lansana Contè était impossible. Et pour cause. Ce militaire discret, abrupt et peu disert, est de l'ethnie soussou. Seul un bilan exceptionnellement positif de sa gestion aurait pu inciter de nombreux Malinkés ou Peulhs à voter pour Conté. Or, on est loin du compte. Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1984, à la mort de Sékou Touré, il a pris la direction d'une Guinée exsangue, ruinée par vingt six ans d'un régime devenu, dans les dernières années, dictatorial et sanguinaire.
PROCES ALPHA CONDE (12 avril 2000)
ll était candidat à la présidentielle de décembre 1998. Il a été arrêté, prétendument en «flagrant délit», deux jours après le scrutin, remporté par le général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984. Sans avoir été inculpé, les chefs d'accusation variant d'ailleurs dans le temps avec une fâcheuse tendance à l'aggravation, il a été longtemps privé de tout contact avec sa famille et ses avocats. Parlementaire, son immunité n'a jamais été levée. Détenu depuis seize mois, d'abord au secret, puis à la prison centrale de Conakry, l'opposant Alpha Condé comparaît aujourd'hui devant la Cour de sûreté de l'Etat, un tribunal d'exception, mis en place en 1997 pour juger alors les auteurs d'une sanglante mutinerie militaire. Alpha Condé aura-t-il droit à un procès équitable? Lorsque le ministre français de la Coopération, Charles Josselin, s'est permis d'insister, en novembre dernier, pour qu'il soit enfin jugé, le président Conté lui a répondu : «Vous m'emmerdez»...
Quelques mois auparavant, lors de la visite de Jacques Chirac à Conakry, en juillet 1999, le général-président avait déjà du mal à respecter un minimum de forme. Pour désarmer toute critique, même au nom des «relations personnelles et amicales» qu'invoquait alors le chef de l'Etat français, il avait fait annoncer le procès de son opposant pour le 7 septembre. Pure fantaisie. Elle a permis à Lansana Conté de se gausser de la France et des droits de l'homme en présence de son hôte. «Tous les jours, vous êtes en train de mettre en examen en France, a-t-il ironisé lors d'une conférence de presse commune. On entend qu'un ministre est mis en examen, que tel député est en examen. Tout le monde est en examen! Alors, pourquoi la Guinée vous tracasse tellement?»
C'est facile à expliquer. Au lendemain de la présidentielle, Alpha Condé, dirigeant du Rassemblement du peuple guinéen (RPG), est appréhendé dans un village non loin de la frontière ivoirienne. Dans un premier temps, on lui reproche d'avoir voulu franchir la frontière - fermée - illégalement, de s'être livré à un «trafic de devises», puis d'avoir recruté des mercenaires dans le pays voisin. La Côte-d'Ivoire proteste énergiquement. On frôle l'incident diplomatique. Malgré de nombreuses protestations, tant en Guinée qu'à l'étranger, Alpha Condé reste détenu, victime d'une lettre de cachet présidentielle. Ce n'est qu'à l'automne dernier que «l'instruction», menée par le commandant Soumah, l'aide de camp du chef de l'Etat, reprend. Des dizaines de partisans du RPG sont alors raflés, et de nouveaux chefs d'accusation ajoutés aux anciens. Alpha Condé aurait porté atteinte à la sûreté de l'Etat en stipendiant des chefs de guerre au Liberia et en Sierra Leone, dont le fantasque Sam Bokary, connu comme «général Mosquito». Une «cellule intérieure» aurait été chargée, en Guinée, de «liquider physiquement» le président Conté.
La procédure est ubuesque au point que, même le parlement guinéen au sein duquel le parti présidentiel dispose pourtant d'une écrasante majorité, a adressé en février une lettre au chef de l'Etat, lui demandant des «mesures de grâce pour l'honorable député Alpha Condé». Un «comité de libération» présidé par Albert Bourgi, universitaire et éditorialiste de Jeune Afrique, a demandé à l'Union européenne de suspendre l'aide à la Guinée, à défaut de minima démocratiques. Guy Labertit, le «Monsieur Afrique» du Parti socialiste français, a estimé qu'on «s'orientait vers une prise de sanctions économiques». Mais lors de la dernière réunion de la commission mixte franco-guinéenne, en novembre, l'idée de couper les vivres n'était venue à personne, bien que «le renforcement de la démocratie et de l'Etat de droit» fût identifié comme l'un des «axes prioritaires» de la coopération bilatérale.
Successeur de Sékou Touré, le président Conté est un autocrate au petit pied, qui vieillit mal. Passible de réclusion perpétuelle, Alpha Condé sera jugé aujourd'hui en même temps que 47 complices présumés - des civils et des militaires - qui auront le choix entre la comparution comme «coaccusés» ou comme «témoins à charge»....
Sources :
Le Monde Diplomatique 1987-1997
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier