Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Untitled
Synthèse de divers articles parus dans la presse internationale

"La Guinée? Un pays ghetto", reconnaît d'emblée l'homme fort du régime, M.Alseny René Gomez, ministre de l'Intérieur. A chaque pas, dans ce "pays oublié", dit l'opposant Alpha Condé, on rencontre sans cesse ce sentiment diffus de relégation et d'isolement, voire de découragement total, qui en fait l'un des pays les plus tristes de l'expansive Afrique de l'Ouest.
Les 26 années de sanglante dictature sous le président Sékou Touré n'expliquent pas tout. L'absence d'épuration massive de l'administration, les carences actuelles de l'Etat et de ses dirigeants sont pour beaucoup dans la "décénnie perdue" - celle qui a suivi la mort de celui qui avait osé dire " non " au général De Gaulle.
L'état des lieux suffoque le visiteur : en partie retournée à la brousse, Conakry n'est plus cette "ville qui, sous ses cocotiers et ses manguiers, garde l'allure désuète, la vétusté qui donnaient leur prestige aux vieilles cités coloniales. Toute la vieille ville est un immense bidonville", commente un cadre guinéen : les Soussous, en principe fils privilégié du régime, survivent dans des taudis aux murs lépreux et aux tôles rouillées, à deux pas des principaux ministères.
Le réseau routier est dans un état catastrophique; à la moindre averse, Conakry se transforme en cloaque, faute de réseau d'égouts; moutons et volailles errent jusque dans le centre-ville; se déplacer tient de l'exploit dans les taxis-bus antédiluviens du privé; sur les centaines de bus de la société d'Etat, seule une demi-douzaine circulent.
Pourtant, "si les rues sont mauvaises, les 4x4 climatisés passent".. la morgue des nouveaux riches et officiels du régime n'a d'égale que la consommation ostentatoire de certains coopérants occidentaux. Et tant pis si les multiples projets de développement dont ils ont la tutelle sont vite grevés de salaires et de charges somptuaires. Ceux-là souffrent peu des délestages permanents d'électricité et d'eau et chaque villa a son propre groupe électrogène - tandis que les quartiers pauvres s'éclairent dès la tombée de la nuit à la bougie ou à la lampe à pétrole. Tous se rejoignent sur l'insécurité.
"La corruption équivaut à un véritable gangstérisme", affirme Abdoulaye Y, jeune financier. Du fonctionnaire au policier, de l'homme d'affaire au douanier, tout pouvoir se monnaye.
A la façon d'un pays de l'est européen qui se serait échoué sous les tropiques, la Guinée désenchantée n'est plus une dictature. Mais, dans un décor figé, la population - comme brisée par les soubresauts politiques - semble ne s'occuper que d'une survie quotidienne, l'Etat deliquescent n'assurant qu'une référence formelle.
Après la mort du "Grand Sylly" en Mars 1984, le cours politiquea suivi des chemins incertains. Beaucoup, comme Alpha Condé, s'accordent dans le souvenir "d'un an de véritable démocratie", avant que le putsch manqué du colonel Diarra Traoré, en Juillet 1985, ne marque le coup d'arrêt de l'ouverture, le début des réglements de compte et du durcissement du régime.
Selon Amnesty International, le régime du général Lansana Conté voulut dès 1985 régler ses comptes avec tous ses adversaires : partisans et proches de SékouTouré, proches du colonel Diarra. Les uns et les autres étant d'origine malinké, les membres de cette ethnie furent souvent molestés et menacés à Conakry, leur langue interdite au public : on menaça même d'éradiquer ce groupe, jusqu'au Mali inclus.
Depuis le retout mouvementé d'Alpha Condé, dirigeant du RPG, en Mai 1991, le multipartisme a effectivement été accepté. Après avoir silloné les quartiers déshérités de Conakry, les hauts plateaux des pasteurs peuls et les villages reculés de la Haute-Guinée forestière, malgré les instructions officieuses et les interdictions préfectorales, les différents partis ont pu se préparer pour les élections législatives. L'élection présidentielle remportée officiellement par Lansana Conté, le 19 Décembre 1993, avec 51.7% des suffrages exprimés, a été vivement critiquée : sans l'annulation contestable des votes de Siguiri et de Kankan, fiefs de l'opposition, le score d'un éventuel second tour entre Alpha Condé et Lansana Conté était difficilement prévisible.
Les opposants au pouvoir ont souvent dénoncés les tentatives d'intimidation du pouvoir, surtout en provinve : interdictions professionnelles, emprisonnements arbitraires, ou annulation de meetings par les préfets. Alpha Condé considère que le pays ne connaît "qu'un multipartisme nominal".
Et si le dispositif politique était en réalité une "ethnodémocratie" ? Le jeu entre les quatre blocs communautaires - Soussous (côtiers), Malinkés, Peuls et ressortissants de Haute-Guinée - régit, selon M.Ali Oularé, sociologue à l'université de Conakry, la vie politique de la Guinée. Ils correspondent à des territoires - les Soussous, par exemple, ont un droit d'aînesse sur Conakry -, mais aussi à des communautés en exil et à des quartiers de la capitale, ou à des professions traditionnelles (éleveurs et commerçants peuls ...). Sous un gouvernement d'apparence équilibrée, 19 ambassadeurs sur 23, par exemple, sont soussous, de même que les directeurs de cabinet, les conseillers principaux, les responsables des affaires étrangères, des finances et de l'armée, et bon nombre de dirigeants de sociétés d'Etat. Chaque parti d'opposition s'efforce d'équilibrer l'origine ethnique de son dirigeant et de sa clientèle dominante par un entourage le plus diversifié possible.
Avec une université neutralisée par ses luttes fractionelles, des syndicats impuissants, une diaspora discréditée, les corps intermédiaires manquent de substance. Réseaux clientélistes ou commerçants, affiliations régionales, ethniques ou religieuses, restent les meilleurs passeports pour investir les institutions, mais contribuent à déconstruire totalement l'Etat, laissant le président et l'armée dans un dangeureux tête-à-tête avec une société morcelée.
Malgré la mainmise de l'Etat sur la radio-télévision, la Guinée peut cependant s'enorgueillir d'une nouvelle presse très diversifiée..mais qui lit ? Pas les 60 à 70% d'analphabètes qui, selon l'archevêque de Conakry, ne sont informés que par l'unique radio d'Etat...et par la rumeur.
Quelques lieux de parole sont pourtant né, reprenant la richesse des sociétés orales : le soir, les concessions, les maquis, les cités d'étudiants retentissent d'un activisme politique quasi clandestin. Parmi les intellectuels, rares sont ceux qui se sont aventurés à critiquer le nouveau pouvoir et ont risqués d'être publiés à Conakry. Fuyant une université sinistrée et déconsidérée, beaucoup se sont convertis dans le journalisme, les affaires ou la toute puissante bureaucratie d'Etat, et se trouvent ainsi neutralisés.
Seules la puissance et la cohésion de solides communautés villageoises ont permis la survie du pays, malgré ce dépérissement de l'Etat. Indice de ces solidarités, le Crédit rural, qui s'est essayé à des formes de prêts villageois à responsabilité collective, obtient aujourd'hui d'excellents taux de remboursement. Dans chaque communauté rurale de développement (CRD), qui comprend de 2 à 15 villages, c'est le conseil des sages, décalque officiel des hiérarchies locales, qui construit les écoles, dispensaires, puits... en particulier dans le Fouta Djallon.
L'économie elle-même obéit é cette logique parcellaire : archipel d'enclaves industrielles, comme les sites d'aluminium et de bauxite; contrebande commerçante aux frontières; trafic côtier de cigarettes et d'alcool; pillage généralisé des sociétés d'Etat privatisées à la va vite.... Seules recommencent à fonctionner les succurcales des compagnies étrangères, revenues dans la foulée d'une recolonisation néolibérale. Les gigantesques installations minières de Fria, à 80Km de Conakry, longtemps base d'un troc avec l'URSS - de la bauxite contre des produits manufacturés - n'ont pas rouillée longtemps. Les actionnaires étrangers - Pechiney ainsi que des sociétés canadiennes et norvégiennes - détiennent 51% de la société d'économie mixte Friguia. De même retrouve-t'on France Télécom pour le téléphone, Bouygues pour l'eau et les travaux publiques, Total et Elf dans les pétroles, Accor pour l'hôtellerie....de quoi confirmer les commentaires des Guinéens :"Les Blancs sont de retour".
Bien que satisfaite de la réhabilitation des infrastructures, l'opinion est consciente de l'immense gaspillage de l'aide, d'ailleurs reconnu par les institutions occidentales : les 5,6 milliards de francs prêtés en dix ans comprennent certes l'aide liée aux entreprises françaises mais les sommes détournées sur les projets et l'aide au secteur privé, ont permis l'enrichissement personnel des proches du régime.
Après le licenciement de la moitié d'une fonction publique pléthorique, les ambassades et organisations internationales, découragées, adoptent un profil bas. Reconnaissant à demi-mot l'échec des privatisations - pour les investisseurs guinéens - elles se bornent à un appui technique ponctuel ou à une aide concentrée sur les grands projets, tel le barrage de Garafiri.
Cadres, ingénieurs, professeurs ne manquent pas mais ils sont à l'étranger !! Désireux de rentrer au pays après le changement de régime, ils se sont heurtés, tout comme les Occidentaux, au repli guinéen. D'autant que le général Conté, valorisant ceux qui "ont souffert ensemble", diabolise volontiers la diaspora - deux millions d'expatriés environ (ils n'ont pas le droit de vote).
Le président Lansana Conté, qui exerce le pouvoir depuis 10 ans, est en effet un exemple rare en Afrique du général-fermier, préférant de beaucoup son prospère domaine rural au coeur du pays soussou au microcosme politique de la capitale. Il met l'accent sur l'agriculture, et fait l'éloge de cette terre qui ne ment pas : de fait, très peu des 50 000 déflatés de la fonction publique acceptent de "retourner à le terre pour l'autosuffisance alimentaire", ainsi que le recommande un slogan officiel. Comme les très nombreux chômeurs urbains, ils savent que la débrouille à tous les niveaux, le trafic sur l'or et les diamants ou la contrebante, sont bien plus fructueux, même s'ils ne s'y livrent pas le plus souvent avec bonne conscience. Beaucoup rêvent d'un Etat de droit qui sortirait la Guinée de son monde à part......

Conakry ravagée, le président de la République assiégé dans son palais et contraint de négocier avec des mutins, le bilan de ce que les Guinéens appellent "les événements de Février 1996" s'est avéré très lourd. Les conséquences de ce soulèvement militaire se font encore sentir. Le général Lansana Conté a été contraint de se séparer d'une partie de ses collaborateurs, dont le tout-puissant ministre de l'Intérieur René Alseny Gomez, et de nommer un premier ministre. A peine revenu dans sa patrie (il était en Côte d'Ivoire), Sydia Touré a entrepris de remettre le pays en état de marche.
La tâche est gigantesque : bénéficiant d'un potentiel hydraulique, agricole et minier impressionnant, le pays n'a toujours pas trouvé la méthode pour mettre en valeur ses ressources, situation qualifiée de "scandale géologique d'Afrique de l'Ouest".
D'autre part, si la réduction des effectifs de la fonction publique a été mené à bien - assez brutalement - dès les années 80, les autres mesures d'ajustement structurel recommandés par les bailleurs de fonds sont restées pour la plupart inappliquées. Le gouvernement de M.Touré devra donc remettre de l'ordre dans les services fiscaux et les douanes - la Guinée est la porte d'entrée de nombreux produits de contrebande qui destabilisent les industries d'Afrique de l'Ouest; il devra également poursuivre un programme de privatisation limité à la cession de la compagnie de téléphone à Malaysian Telecom.
La neutralité de l'opposition a jusquà présent facilité l'action du gouvernement. Mais en Novembre, des incidents entre partisans du général Conté et militants du Rassemblement du peuple de Guinée d'Alpha Condé, chef de l'opposition, ont prouvé que les esprits étaient loin d'être calmés.
L'année 1998 doit se clore par l'élection présidentielle , prévue en Décembre. Cette échéance est porteuse de risques dans un pays où les clivages politiques recoupent les clivages ethniques et qui a connu ces dernières années plusieurs épisodes violents, le dernier en date étant la tentative de coup d'Etat de 1996. Pourtant, certains éléments autorisent un relatif optimisme. Depuis la nomination de Sydia Touré au poste de premier ministre, la gestion de la chose publique s'est nettement améliorée, les recettes fiscales, notamment douanières, ont augmenté, ce qui n'était guère difficile dans un pays où l'exemption - officiellement sanctionnée où négociée illégalement - était la règle. Il n'empêche qu'en 1996 le poids de la fiscalité ne représentait que 10% du PIB, un des chiffres les plus faibles d'un continent déja sous-fiscalisé. La baisse des cours de l'aluminium aggrave encore cet état de fait, puisque les exportations de bauxite représentent encore plus de 80% des ressources de l'Etat.
Faute de ressources, la Guinée a bien du mal à procéder aux investissements structurels nécessaires à son développement. Le barrage de Garafiri, qui doit enfin régulariser l'alimentation en électricité des grands centres urbains, progresse et devrait être achevée en l'an 2000. Mais le réseau routier reste délabré, ce qui explique en parti la sous-exploitation des ressources agricoles. La Guinée est presque absente des grands marchés de produits tropicaux. Malgré des possibilités immenses, la production de coton a baissé, au moment où, dans des conditions comparables, les voisins maliens battaient tous leurs records.
Dans le secteur minier, seuls la bauxite, l'or et le diamant (ces deux derniers faisant l'objet de toutes les fraudes) sont exploités, alors que le pays dispose de gigantesques réserves de fer (région du mont Nimba, avec 880 millions de tonnes), de titane, de cuivre, de nickel.... Mais les incertitudes politiques interdisent encore les investissements massifs que demenderait leur exploitation.
 

LA GUINEE DE NOS JOURS :

L'élection présidentielle est prévue à la fin de l'année 1998 : le parlement vient d'adopter une loi qui exclut de la course à la magistrature suprême tous les concurrents sérieux du chef de l'Etat. Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dont le président est le célèbre Professeur Alpha Condé, est le principale parti d'opposition. Ses concurrents (parti de l'unité et du progrès PUP du président Lansana Conté, les radicaux du gouvernement ..) l'accuse de préparer un retour militaire à l'instar de Kabila, de bloquer les dossiers financiers de la Guinée au FMI, d'être pris en otage par les extrémistes malinké.. bref, de tous les maux du monde afin de l'éliminer de la course à l'élection présidentielle prévue en Décembre 1998. Il s'est fait exclure du jeu politique pour absentéisme parlementaire répété lors des sessions de l'Assemblée nationale.
En réalité, l'opposant numéro un est devenu l'écran d'un conflit entre les radicaux de l'opposition et ceux du pouvoir. A 58 ans, malinké né en pays soussou, Alpha Condé appartient à la première génération d'élèves guinéens envoyés en France au milieu des années 1950. Il s'inscrit en Sciences Politique, préside la Fédération des étudiants d'Afrique Noire en France (connue pour ses chaudes luttes militantes pour la décolonisation et la libération de l'Afrique). Alpha Condé reste quelqu'un de très modeste et très simple (peu mondain, préférant la marche à pied à la voiture !).
Il prend très tôt ses distances de l'aile droite de l'opposition à Sékou Touré. Il ne participe pas à la tentative de renversement du régime en 1970 : le président Sékou Touré profite de l'occasion pour éliminer tous ses adversaires dans le pays. En 1972, Alpha Condé publie un ouvrage où il critique la dérive droitière du parti démocratique de Guinée de Sékou Touré. Hostile au régime de Sékou Touré et qualifié de gauchiste par certains camarades, il est professeur de droit et de science politique à la Sorbonne de 1969 à 1975. A ce stade de la lutte, il n'y a ni malinké, ni soussou, ni peul... tout est donné  pour la révolution.
Il anime le Mouvement national démocratique (MND) en 1977 et crée en 1988 le RPG qui manque de gagner le pouvoir à Conakry en 1993. Alpha Condé s'est aussi lancé dans le négoce au sein de la multinational "Sucres et Denrées". Ses amitiés sont éclectiques (ministres béninois, ivoiriens, français...). Depuis son retour triomphal en 1991, Condé brave le pouvoir : suite aux premiers démêlés avec le pouvoir, il demande l'asile à l'ambassade du Sénégal à Conakry et sort de cet endroit suite à une médiation du président sénégalais Diouf.
En 1993, il est candidat à l'élection présidentielle et manque à deux doigts d'imposer un second tour au général Lansana Conté qui ne doit son salut qu'à "la technologie électorale" du ministre de l'Intérieur qui annule pour irrégularités le scrutin dans trois villes où le RPG a fait pourtant plus de 90% des voix. Malgré la pression des militants, Condé a accepté la victoire de Lansana Conté pour ne pas plonger le pays dans la violence. Radicalisé dans son conflit avec le pouvoir, le RPG est à chaque prise dans la ligne de mire et Alpha Condé se voit coller des affaires sur le dos, même si certaines accusations sont souvent puériles (il serait responsable des pannes d'électricité survenues à Conakry !!).
Ecoutons un professeur d'université à Conakry : "Il a un problème avec une élite soussou; chez les Peuls, c'est la fascination et le rejet, quant aux cadres malinké aux affaires ou proches de Conté, ils ne l'aiment pas mais le petit peuple l'adore".
Le Parlement guinéen a voté une loi interdisant la candidature des titulaires d'une double nationalité : 5 des 8 candidats de la précédente élection !! Alpha Condé en fait parti. Il travaille à l'extérieur pour que l'élection se déroule dans de meilleures conditions. Alpha Condé est sûr que les yeux des guinéens sont désormais ouverts.
Aujourd'hui, il y aurait trois catégories de Guinéens : ceux qui peuvent être électeurs sans être éligibles, ceux qui sont éligibles et électeurs (parce que n'ayant que la nationalité guinéenne) et, enfin, la nouvelle "ethnie des Guinéens de l'étranger" qui sont insultés à chaque élection parce que les candidats les plus sérieux de l'opposition sont issus de ses rangs.
Cette nouvelle loi qui exclut les Guinéens posssédant une double nationalité fait scandale parmi l'opposition.
Pour beaucoup de Guinéens, la faute incombe d'abord principalement à l'ancien parti unique, le Parti démocratique de Guinée (PDG) qui a "avalé" le Parti de l'unité et du progrès au pouvoir (PUP) de l'actuel chef d'Etat, en recyclant en son sein tous les anciens secrétaires fédéraux de l'ancien régime, alors que l'ex-parti unique a enregisté moins de 1% des voix à la dernière élection présidentielle. Les gros ténors de l'actuelle majorité sont tous issus de cet ancien parti unique qui ne s'est jamais dissocié des crimes du régime Sékou Touré, après avoir évincé toute la branche non PDG du PUP, en majorité des Guinéens de l'étranger. En attendant, le clivage entre Guinéens de dedans et Guinéens du dehors savamment entretenu par le régime de l'ex-président Sékou Touré fait des émules. Certains partis politiqus se sont lancés dans une croisade contre la nouvelle loi (par exemple l'Union des forces démocratiques). Malgé cela, certains prennent position en faveur de la nouvelle loi, à l'instar de Sékou Traoré, leader du Parti guinéen du travail et de la démocratie : "Aucun Guinéen patriote et fier ne peut tolérer que le président de la Guinée soit un Français; la France a fait beaucoup de mal à la Guinée et aucun progressiste français ne peut tolérer qu'un nègre soit président de France. Je condamne donc toutes les doubles nationalités".

L'année 1998 devrait également être, si tout se passe bien, l'année de la concrétisation d'une réduction substancielle voire de l'extinction de la dette commerciale extérieure. Un accord a été signé le 19 Février 1998 entre l'Association internationale de développement /AID), une branche de la Banque mondiale et le gouvernement guinéen. Cet accord fait suite à l'approbation par le conseil d'administration de la Banque mondiale, réuni le 19 Décembre 1997, de l'octroi "d'un don équivalent à 13,5 millions de dollars américains pour contribuer au financement du projet de réduction de la dette commerciale de la République de Guinée. Ce don comprend également une contribution de 1,7 million de dollars du gouvernement suisse, 1,7 millions de dollars du gouvernement français, et un million de dollars du gouvernement norvégien".
L'opération de désendettement proposé par le gouvernement guinéen porte sur un total de créances s'élevant à 130 millions de dollars, dont 80% de principal et 20% d'intérêts en arriérés. Quelle que soit l'option choisie par le créancier, celui-ci accepte de renoncer aux intérêts en arriérés accumulés car la transaction ne porte que sur le montant du principal. Cette opération de désendettement se déroule sous la forme d'un appel d'offres lancés aux créanciers commerciaux extérieurs de l'Etat guinéen. Elle devrait durer jusqu'à la fin du mois de Juin 1998. Mais, elle ne sera effective que si "65% des réponses faites par les créanciers sont favorables". L'assistance de la Banque mondiale à la Guinée se justifie pour deux raisons. D'abord, car le pays est sous ajustement : rappelons que le gouvernement guinéen s'est assigné des objectifs macroéconomiques  pour la période allant du 1er octobre 1996 au 30 septembre 1999. Ce plan triennal bénéficie d'une facilité d'ajustement structurel renforcé négociée avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Les résultats économiques qu'enregistre la Guinée sont encourageants et doivent être consolidés. Ensuite, parce que le gouvernement du premier ministre Sidya Touré, a adopté une stratégie globale de gestion efficiente de la dette extérieure guinéenne, qui était estimé à 3 milliards de dollars américains (70% du PIB).
Le gouvernement guinéen fonde beaucoup d'espoirs sur le programme d'épurement de la dette commerciale extérieure du pays en raison de l'aggravation des difficultés budgétaires auquel il est confronté. Le secteur minier qui est le principal pouvoyeur de devises du pays traverse actuellement une situation difficile en raison de la chute des prix de l'aluminium sur le marché mondial : les recettes issues du secteur minier ont diminué de 45% entre 1990 et 1997 et par rapport au PIB, la part du secteur minier a chuté de 8,5% en 1991 à 2,9% en 1997. Pour le gouvernement guinéen, l'enjeu majeur est aujourd'hui l'amélioration de l'environnement des affaires. Le but est de normaliser les relations du gouvernement avec ses créanciers commerciaux et d'effacer la dette commerciale en arriérés.
Il s'agit surtout pour la Banque mondiale d'organiser un retour ordonné et progressif de la République de Guinée sur les marchés internationaux des capitaux. Si cette opération de désendettement devait être menée à bien, comme tout semble l'indiquer, ce serait alors un acquis important à mettre à l'actif de l'actuel gouvernement.

Pour Alpha Condé, le président Lansana Conté ne veut pas d'élections transparentes : " Il existe aujourd'hui en Guinée, au sein de la mouvance présidentielle, deux groupes qui veulent tenter un coup de force : d'un côté Lansana Conté et son fils; ce groupe a crée une garde prétorienne composée uniquement de gens de son ethnie (soussou), basée en partie à Gbantama et Kindia. Le but est de créer des troubles pour empêcher des élections, ou faire en sorte que le président spoit l'unique candidat à ce scrutin. De l'autre, le colonel Sama Panival Bangoura, actuel procureur du procès des militaires impliqués dans la mutinerie de Février 1996; le Ministre de l'Economie et des Finances Ibrahima Kassory Fofana et Aboubacar Samparé, le secrétaire général du parti au pouvoir. Ces deux clans, qui veulent déclencher une révolution de palais, multiplient les provocations afin que le pouvoir reste entre les mains des extrémistes soussous.
Ajourd'hui, plus de 120 000 personnes, peuhles à 90%, ont perdu leurs maisons et sont dans la rue à Conakry (référence aux événements de Kaporo Rails pendant lesquels Ba Mamadou, chef du collectif des partis d'opposition, a été arrêté) : ces populations ont été délogées par la force; les maisons ont été cassé, les gens tués.... Le pouvoir souhaite que le peuple se révolte pour que l'un des deux groupes, celui du fils de Conté ou de Kassory Fofana en profite pour confisquer le pouvoir et renvoyer les élections aux calendres grecques.
On a l'impression que les dirigeants veulent vraiment une guerre civile ethnique. En 1985 déja, des exactions graves avaient été commises contre des malinkés ( à la suite de l'exécution du colonel Diara Traoré pour complot, lui-même malinké). Le président Lansana Conté n'avait alors pas exprimé sa compassion aux victimes, pire, il avait félicité les commanditaires.
Les extrémistes soussous veulent créer un pouvoir à eux mais le pays ne peut pas accepter une seule ethnie. Le pouvoir de Lansana Conté n'est pas un pouvoir soussou, c'est celui de son clan, puisque l'écrasante majorité des soussous vivent dans des conditions sociales très dures, c'est un petit groupe d'extrémistes qui veut créer une tension avec les autres ethnies ".
Alpha Conté prône un nationalisme panafricain, un regroupement pour une économie viable et une intégration vers de grands marchés. Il critique donc Lansana Conté qui se replie sur lui-même, empêchant l'investissement nécessaire de l'étranger.

E-mail reçu fin Juin 1998 :
"Il faut insister sur le fait qu'en Guinée les ethnies majoritaires sont très fortement implantées dans les partis politiques :
RPG (malinkés), PUP (soussous)...."

- Nouvelles économiques de la Guinée (Août 1998) :

Le premier ministre Sidya Touré a été chargé par le président Lansana Conté d’assainir l’économie guinéenne. Plusieurs programmes successifs engagés avec le FMI et la Banque Mondiale n’avaient jamais abouti par le passé.
Si le premier ministre guinéen et son équipe composée de cadres de haut niveau bénéficient de jugés favorables de la part des institutions financières de Washington, il faut reconnaître que les profondes réformes structurelles qu’ils ont mis en place de Juillet à Novembre 1996 ont largement contribué à la conclusion de l’accord en vue d’une Facilité d’ajustement structurel renforcé (FASR). Celle-ci ouvre la période triennale d’Octobre 1996 à Octobre 1999, passage obligé, à l’heure actuelle, vers le dialogue avec les bailleurs de fonds. Le respect des grands équilibres macro-économiques est une chose élémentaire qui fait partie du travail de tout gouvernement : « Ce à quoi nous nous attachons maintenant, c’est le programme de développement pour créer la richesse, nous allons passer à une deuxième phase qui est l’économie réelle », affirme Sydia Touré.
Pour cela, la répartition des tâches entre les principaux responsables des départements économiques est très claire. Le premier ministre est au sommet de la tour de contrôle de l’économie nationale. Il dirige le Conseil interministériel hebdomadaire et les questions sont ensuite soumises au Conseil des ministres pour recueillir l’avis du président Lansana Conté.
Le jeune ministre de l’Economie et des Finances, Ibrahima Kassory Fofana, a le regard fixé sur le budget général de l’état et sur le strict respect des grands équilibres macro-économiques intérieurs et extérieurs. Il veille scrupuleusement à l’orthodoxie financière. Une centaine de cadres de la Haute Administration viennent d’être mis en état d’arrestation pour diverses malversations financières. Signe que la lutte contre la corruption sera poursuivie fermement en cette année électorale (élection présidentielle prévue pour Décembre 1998), alors que l’on s’attendait, en de pareilles circonstances, à plus de laxisme de la part du gouvernement.
C’est le premier train de réformes en gagé en Janvier 1986 avec l’option en faveur du libéralisme qui a permis de relancer la machine économique. Cette année-là, le PIB s’établit à 4.6% : ce n’est pas mal : compte tenu d’une croissance démographique de l’ordre de 3% par an, ce qui dégage une nette amélioration du revenu par tête. Mais à ce rythme, il faudrait 50 à 60 ans pour sortir du sous-développement. C’est pourquoi le gouvernement planifie le Forum des investisseurs pour la fin Mai 1998 et la réunion du groupe consultatif pour Juin 1998. Ces deux événements permettent de prévoir un taux de croissance économique de l’ordre de 6% en 2000 et de 8% après 2005.
Le chemin à parcourir est encore long : en effet, le revenu par tête n’est que de 570 dollars en 1997, 40% de la population se trouve en dessous du seuil de pauvreté et l’espérance de vie n’est que de 45ans.
Réuni au grand complet au cœur du Fouta Djalon, le gouvernement a adopté un document important nommé Guinée : Horizon 2010 : cette étude exceptionnelle est en cours de discussion au sein de l’Assemblée nationale et du Conseil Economique et Social.
Sydia Touré souhaite que la population s’engage dans la bataille économique : « C’est une stratégie de forte croissance que nous ambitionnons de mettre en place pour 2005, affirme le premier Ministre. Nous avons tous les secteurs de soutien à la croissance : l’infrastructure de base, la santé publique, la formation professionnelle, la protection des couches sociales les plus défavorisées ». Objectif : atteindre 6% de taux de croissance en l’an 2000 et 8% dans les années 2010. Cela suppose le respect d’un certain nombre de contraintes liées à un montant donné des investissements, un déficit raisonnable de la balance des paiements courants, une inflation modérée de l’ordre de 4%, un solde primaire du budget positif.
C’est le résultat de toutes ces considérations que le gouvernement a présenté aux bailleurs de fonds lors de la réunion du groupe consultatif de la Banque Mondiale, les 25 et 26 Juin 1998. Ils ont annoncé des engagements de 1.972 milliards de dollars, ce qui correspond à 400 millions par an et à 772 millions d’allégement de la dette extérieure.
Le secteur privé a été associé à cette réunion du groupe consultatif dans le but de voir comment la communauté des bailleurs de fonds juge les progrès accomplis par le pays.
Dans le cadre des relations avec la banque Mondiale, le gouvernement travaille avec deux hypothèses : l’une basse et l’autre haute. Si le cadre macro-économique continue de s’améliorer et si la réforme du secteur bancaire s’achève, la Banque Mondiale va débloquer immédiatement un montant de 80 millions de dollars.
Pays essentiellement minier, la Guinée dispose de formidables atouts agricoles qu’elle envisage de mettre en valeur, mais sans pour autant délaisser le secteur minier. Pour élever le niveau de vie des habitants, le gouvernement a pris trois initiatives : augmentation du prix du coton au producteur ; libéralisation des importations de riz qui relevaient jusqu’alors du monopole de l’état ; livraison à crédit aux producteurs de fruits et légumes d’intrants remboursables après la récolte.
L’exploitation minière se poursuivra, notamment par la mise en œuvre du projet de Dian-Dian dans la région de Boké, en Basse-Guinée, dont les investissements sont estimés à près de2 milliards de dollars, qui seront essentiellement fournis par les Emirats arabes unis.

En Juillet 1998, la commission nationale d’enquête instituée par le président Lansana Conté, vient de démenteler un réseau spécialisé dans le détournement des fonds publics en Guinée.
18 millions de dollars auraient été détourné par des agents et certaines entreprises privées de la place, au préjudice de l’état : 60 personnes ont été arrêté. Des sommes fabuleuses auraient été sorties  au compte des projets fictifs, au titre de l’achat de carburant; à cela  s’ajoute des factures payées pour des services non rendus à l’état.
Il s’agit pour Lansana Conté de récupérer tout ce qui a été volé et de punir les auteurs de ce détournement.
En septembre, une court martial condamnait les chefs de la mutinerie armée de 1996 à 15 ans de prison : 51 des 96 accusés ont été libéré, à cause du manque de preuves.
Le major Yaya Sow a été condamné à 10 ans de prison et deux lieutenants à 15 ans de prison.
Des élections devraient se tenir en Décembre : parmi les prétendants à l’élection présidentielle figure l’opposant Ba Mamadou (président « The Union for Progress and Renewal Party »).
Le groupe d’opposition au gouvernement, « The Democratic Opposition Coordination » a protesté contre les élections prévues en Décembre, en particulier car seuls 1/3 des bulletins de vote avaient été distribué, surtout pour les supporters du parti dirigeant; des accords auraient aussi été passé avec les Guinéens vivant au Sénégal et en Côte d’Ivoire en vue de l’élection présidentielle.
Le 1er Décembre, l’opposant Alpha Condé était de retour au pays (exil volontaire au Sénégal) pour disputer le « match » des élections présidentielles : il est le chef du parti d’opposition « Guinean People’s Rally ». Il est le principal opposant à Lansana Conté.
Le 13 Décembre, les autorités guinéennes ont pris des mesures afin de faciliter la participation aux élections présidentielles, après un week-end de tensions dans la capitale Conakry (émeutes et pillages; conflit entre partisans et opposants de Conté). Les personnes sur les listes électorales qui n’ont pas de cartes d’enregistrement pourront voter grâce à leurs papiers d’identité. L’opposition dit que les cartes d’enregistrement n’ont été distribué qu’aux supporters de Lansana Conté.
La violence déchirait toujours la capitale deux jours avant les élections : une douzaine de personnes ont été blessé. L’opposition demande que les élections soient repoussées, car les élections auraient déja truqué le jeu électoral.
Le 14 Décembre, des tanks et soldats faisaient route vers la capitale Conakry tandis que le peuple guinéen vote pour élire son président : les autorités ont aussi bloqué les frontières, les aéroports et les ports. Les campagnes pour l’élection ont été marqué par des violences d’origine ethnique. Les supporters de Mamadou Ba, les Fulani, se sont battus avec les Soussous, ethnie du président Conté.
Alpha Condé déclare que seulement 33% des votants ont reçu une carte de vote dans les zones qu’il a visité (le gouvernement parle de 90 à 95%..!!).
L’opposition pense même que Lansana Conté n’aurait pas de peine à remporter ces élections tant les trucages sont importants : support de l’armée, mainmise sur les médias, financement de la campagne électorale...
L’opposition avait déja fortement critiquée les élections de 1993... Quelques 3 608 704 personnes ont voté pour élire le président le 14 Décembre. Aucun mouvement de violence n’a eu lieu dans la capitale, sous haute surveillance. Lansana Conté a été réélu..
Le 31 Décembre 1998, on apprenait qu’Alpha Condé avait été arrêté (arrestation datant du 17 Décembre), accusé officiellement de complot contre le gouvernement : accusé de recruter des mercennaires étrangers afin de renverser Conté et accusé de quitter le pays de manière illégale.

Réorganisation

Le 13 décembre, Lansana Conté s'est proclamé réélu à l'issue du scrutin présidentiel. Un scrutin chargé de risques dans un pays où la vie politique est plus profondément marquée par les divisions ethniques que dans le reste de la région, où l'armée a prouvé récemment qu'elle était capable de se faire entendre à coups de canon.
C'est l’embellie économique actuelle qui permet d'espérer que la Guinée ne succombera pas à ses vieux démons. Il a fallu plus d'un an pour que Conakry panse les plaies laissées par la tentative de putsch de février 1996. Mais celle-ci a provoqué aussi une réorganisation de l'activité gouvernementale avec l'arrivée du premier ministre Sydia Touré. Même si, depuis sa nomination, celui-ci a vu ses compétences restreintes au profit de fidèles du président Lansana Conté, les Institutions financières Internationales sont assez satisfaites de la manière dont est dorénavant géré l’état guinéen.
L'agriculture retrouve un dynamisme certain. le secteur reste très en deçà de ses possibilités, toujours sinistré par les expériences aberrantes de l'ère Sekou Touré, mais on note par exemple un décollage de la production de coton (24000 tonnes en 1997-1998) qui reste très modeste au regard de performances du voisin malien. La mauvaise qualité des Infrastructures routières, la réticence des investisseurs étrangers ne permettent pourtant toujours pas à la Guinée de retrouver le statut d'exportateur de produits tropicaux qui était le sien pendant la période coloniale. le secteur minier reste le moteur de l'économie guinéenne. Le pays est le deuxième producteur de bauxite au monde, et les recettes d'exportation du minerai et de l'alumine transformée sur place procure toujours. plus de 80 % des recettes, avec une production d'or et de diamants croissante
Le secteur privé reste très faible, en raison de l'insécurité juridique et de l'insuffisance des infrastructures ; Conakry n'est correctement approvisionnée en électricité que depuis un an et les liaisons terrestres avec le reste de la région et même l'intérieur du pays sont presque inexistantes. Il est vrai que la Guinée est entourée de trois pays ravagés par la guerre civile (Liberia, Sierra Leone, Guinée Bissau), ce qui ne favorise ni la stabilité ni l'ouverture économique.

- La démocratie selon Lansana Conté :

La boucle des élections en 1998 en Afrique est bouclée. Après Gnassingbé Eyadéma au Togo, Omar Bongo au Gabon, Biaise Compaoré au Burkina Faso, Lansana Conté se succède à lui-même pour cinq ans à la tête de la Guinée. Mieux, le chef de l'Etat guinéen s'est offert au passage un petit plaisir supplémentaire en faisant arrêter sa bête noire, le remuant Alpha Condé, leader du principal parti de l'opposition, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Appréhendé le 17décembre dernier à Lola, dans l'extrême sud-est du pays, officiellement pour avoir tenté de se rendre en Côte-d'Ivoire alors que les frontières étaient fermées. Son acte d'accusation s'est soudainement alourdi comme par enchantement une quinzaine de jours plus tard : violation des règlements adrninistratifs de l'autorité, violence sur les dépositaires de la force publique, transfert frauduleux de devises, atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat par le recrutement de mercenaires dans le but de les introduire dans le pays afin de remplacer par la force le gouvernement guinéen. Selon M' Sidrame Camara, l'un de ses trois avocats, qui n'avait pas pu rencontrer son client jusqu'au 31 décembre, "officiellement, il était poursuivi pour franchissement illégal des frontières. Or cette accusation n 'est plus retenue. Cela laisse clairement entendre que d'autres chefs d'accusation ont été
forgés pour la circonstance."
La Commission internationale de juristes (CIJ), une organisation non gouvernementale basée à Genève, dans un communiqué daté du 18 décembre, s'était dite "grandement préoccupée par l'arrestation de l'opposant Alpha Condé". Quant au Parti socialiste français, il avait exprimé le même jour sor "souhait de voir Alpha Condé libéré au plus vite". Pierre Guidoni, son secré taire national chargé des relations internationales, s'était notamment indign dans un communiqué en ces termes: "En arrêtant sous un prétexte fallacieux le député Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée,et en laissant pas libre de ses mouvements le député Mamadou Bâ, président de la Coordination de l'opposition démocratique (Codem), tous deux candidats à la présidentielle, les autontés guinéennes donnent une piètre image de leur conception de la démocratie." A croire que la crainte qu'inspire M Alpha Condé au gouvernement de Lansana Conté est telle que fouler au pied des principes élémentaires de la démocratie lui paraît un moindre mal. "L'origine de cette peur remonte à 1996", explique une importante personnalité guinéenne. A l'époque, le gouvernement avait augmenté les salaires des policiers, à la grande fureur des militaires qui se plaignaient depuis fort longtemps de la minceur de leurs émoluments. D'où une révolte des hommes de troupe. Une mutinerie habilement instrumentalisée par certains officiers supérieurs - surtout des Malinkés - qui avaient trouvé là une occasion de renverser le régime. Lansana Conté avait alors miraculeusement échappé à la mort. Dans son proche entourage, on reste convaincu qu'Alpha Condé était de mèche avec nombre de ces officiers, puisqu'il est... lui aussi de l'ethnie malinké. Autre indice indiscutable de la complicité de ce dernier, selon les amis du chef de l'Etat : bien que député, il avait quitté le pays peu apres l'échec du putsch et passé dix-huit mois à l'étranger.

Il n'était effectivement rentré en Guinée que deux semaines avant l'élection présidentielle. Pourtant, rien n'est jamais venu confumer ces soupçons. Les putschistes, longuement interrogés et torturés, ne l'ont jamais mis en cause tout au long de leur procès.
Quelles que soient les responsabilités réelles ou supposées du chef de l'opposition, force est de constater que son arrestation, qui, comme par hasard, est intervenue à la veille de la publication officielle des résultats du scrutin, a pour le régime l'avantage de faire diversion. Qui plus est, son probable élargissement apparaitrait comme un geste de mansuétude susceptible de faire retomber la pression. Ce qui serait tout bénéfice pour le général Conté, dont l'objectif premier semble être de détourner à tout prix l'attention de l'opinion guinéenne et internationale du vrai problème du moment : une élection présidentielle suspecte. Si tel n' avait pas été le cas, pourquoi la Codem a-t-elle été tenue à l'écart des travaux des commissions administratives de recensement des votes, obligeant ainsi ses dix-huit représentants à démissionner en bloc du Haut Conseil aux affaires électorales?

Certes, les rares observateurs étrangers, africains et européens, présents à Conalrry ont estimé que les opérations de vote s'étaient bien déroulées, malgré des irrégularités qui ne remettaient pas en cause le scrutin. Il n'empêche : rassembler 56,12% des suffrages dès le premier tour, comme l'a réussi Lansana Conté, tient du tour de force dans un pays, où, selon les analystes de la région, le choix électoral se fait - plus que partout ailleurs en Afrique de l'Ouest - largement en fonction de l'appartenance ethnique des candidats. Rappelons qu'en 1993, Conté avait officiellement obtenu au premier tour 51,70% des voix... grâce à l'annulation providentielle du scrutin dans les préfectures favorables à l'opposition. La Guinée est en fait divisée entre quatre groupes ethniques principaux. Les Peulhs, originaires du Fouta-Djalon, représentent environ 35 % de la population les Malinkés, qui vivent essentiellement en Haute-Guinée, quelque 30 % ; les Soussous, de Basse-Guinée, à peu près 15 %, tout comme les "Forestiers" du Sud-Est du pays. Le reste de la population est composé de petits groupes ethniques minoritaires.
Certes, on peut mettre à l'actif de Lansana Conté quelques réalisations, notamment dans le domaine des infrastructures routières. Ce qui est la moindre des choses, le réseau routier hérité de Sékou Touré étant dans un état lamentable. Par ailleurs, la disparition du parti unique et la politique de décentralisation ont libéré des énergies créatrices dans le monde rural. Pour le reste, son bilan est globalement négatif, selon la plupart des observateurs. Obnubilé par des complots vrais ou supposés - legs du régime de Sékou Touré -, il aura surtout été préoccupé de se maintenir au pouvoir. C'esi seulement en 1996 qu'il a entrepris de réformer l'Etai en nommant au poste de Premier ministre Sydia Touré. ancien chef de cabinet de l'ancien Premier ministre de Félix Houphoue't Boigny, Alassane Ouattara.
Ce brillant technocrate ivoiro-guinéen a su en quelques mois mettre l'économie du pays en état de marche Mais son orthodoxie, sa rigueur et sa tentative de remise en question des privilèges d'une partie de la haute administration gênaient au plus haut point nombre de caciques du régime. En particulier les cadres d'origine soussou, que Lansana Conté avaient placés à la tête des services publics à caractère financier, tels que la dîrection des douanes, le ministère de l'Economie et des Finances, le Trésor ou le secteur des mines. Résultat moins d'un an après la nomination de Sydia Touré, le ministère de l'Economie et des Finances et celui dt
Plan, directement rattachés à la primature, son redevenus autonomes.
De l'avis des analystes les plus avisés de la vie politique guinéenne, Sydia Touré est maintenu à son poste uniquement pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux. Conséquence, la Guinée continue à souffrir de ses maux endémiques : une machine étatique faible, inefficace et corrompue, où règne l'arbitraire et qui décourage les investisseurs étrangers une insuffisance des infrastructures  la plupart des grandes villes de l'intérieur n'ont pas d'adduction d'eau potable et souffrent d'un délestage chronique de l'électricité.

Quant à la capitale Conakry, elle n'est régulièrement approvisionnée en électricité que depuis 1997. Le pays dépend toujours pour l'essentiel des exportations de bauxite et d'aluminium. La politique d'exportation agricole est un échec. Seul rayon de soleil dans cette grisaille, la réduction des importations de riz de cent mille tonnes en 1997 grâce à la hausse de la production locale.
En somme, pas de quoi déclencher l'enthousiasme des électeurs malinkés et peulhs qui aurait permis une réélection aisée de Lansana Conté au premier tour. Il n'y a que le chef de l'Etat français Jacques Chirac, qui n'en est plus à un dérapage près sur l'Afrique, pour s'empresser de le féliciter deux heures après l'annonce officielle des résultats provisoires. Peut-être avait-il été influencé par la jubilation de l'ambassadeur de France en Guinée qui s'était déclaré "personnellement heureux de voir que le président Conté avait été élu dès le premier tour". D'ailleurs, alors que ses homologues allemand et américain ont demandé, et obtenu, de rendre visite à Alpha Condé, l'ambassadeur de France n'a même pas daigné se joindre à cette démarche.

Mamadou Bâ, un Peulh de 68 ans, représentant le Parti du renouveau et du progrès (PRP), affirmait au lendemain de la consultation que, mathématiquement parlant, une victoire au premier tour de Lansana Contè était impossible. Et pour cause. Ce militaire discret, abrupt et peu disert, est de l'ethnie soussou. Seul un bilan exceptionnellement positif de sa gestion aurait pu inciter de nombreux Malinkés ou Peulhs à voter pour Conté. Or, on est loin du compte. Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1984, à la mort de Sékou Touré, il a pris la direction d'une Guinée exsangue, ruinée par vingt six ans d'un régime devenu, dans les dernières années, dictatorial et sanguinaire.

PROCES ALPHA CONDE (12 avril 2000)

ll était candidat à la présidentielle de décembre 1998. Il a été arrêté, prétendument en «flagrant délit», deux jours après le scrutin, remporté par le général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984. Sans avoir été inculpé, les chefs d'accusation variant d'ailleurs dans le temps avec une fâcheuse tendance à l'aggravation, il a été longtemps privé de tout contact avec sa famille et ses avocats. Parlementaire, son immunité n'a jamais été levée. Détenu depuis seize mois, d'abord au secret, puis à la prison centrale de Conakry, l'opposant Alpha Condé comparaît aujourd'hui devant la Cour de sûreté de l'Etat, un tribunal d'exception, mis en place en 1997 pour juger alors les auteurs d'une sanglante mutinerie militaire. Alpha Condé aura-t-il droit à un procès équitable? Lorsque le ministre français de la Coopération, Charles Josselin, s'est permis d'insister, en novembre dernier, pour qu'il soit enfin jugé, le président Conté lui a répondu : «Vous m'emmerdez»...

Quelques mois auparavant, lors de la visite de Jacques Chirac à Conakry, en juillet 1999, le général-président avait déjà du mal à respecter un minimum de forme. Pour désarmer toute critique, même au nom des «relations personnelles et amicales» qu'invoquait alors le chef de l'Etat français, il avait fait annoncer le procès de son opposant pour le 7 septembre. Pure fantaisie. Elle a permis à Lansana Conté de se gausser de la France et des droits de l'homme en présence de son hôte. «Tous les jours, vous êtes en train de mettre en examen en France, a-t-il ironisé lors d'une conférence de presse commune. On entend qu'un ministre est mis en examen, que tel député est en examen. Tout le monde est en examen! Alors, pourquoi la Guinée vous tracasse tellement?»

C'est facile à expliquer. Au lendemain de la présidentielle, Alpha Condé, dirigeant du Rassemblement du peuple guinéen (RPG), est appréhendé dans un village non loin de la frontière ivoirienne. Dans un premier temps, on lui reproche d'avoir voulu franchir la frontière - fermée - illégalement, de s'être livré à un «trafic de devises», puis d'avoir recruté des mercenaires dans le pays voisin. La Côte-d'Ivoire proteste énergiquement. On frôle l'incident diplomatique. Malgré de nombreuses protestations, tant en Guinée qu'à l'étranger, Alpha Condé reste détenu, victime d'une lettre de cachet présidentielle. Ce n'est qu'à l'automne dernier que «l'instruction», menée par le commandant Soumah, l'aide de camp du chef de l'Etat, reprend. Des dizaines de partisans du RPG sont alors raflés, et de nouveaux chefs d'accusation ajoutés aux anciens. Alpha Condé aurait porté atteinte à la sûreté de l'Etat en stipendiant des chefs de guerre au Liberia et en Sierra Leone, dont le fantasque Sam Bokary, connu comme «général Mosquito». Une «cellule intérieure» aurait été chargée, en Guinée, de «liquider physiquement» le président Conté.

La procédure est ubuesque au point que, même le parlement guinéen au sein duquel le parti présidentiel dispose pourtant d'une écrasante majorité, a adressé en février une lettre au chef de l'Etat, lui demandant des «mesures de grâce pour l'honorable député Alpha Condé». Un «comité de libération» présidé par Albert Bourgi, universitaire et éditorialiste de Jeune Afrique, a demandé à l'Union européenne de suspendre l'aide à la Guinée, à défaut de minima démocratiques. Guy Labertit, le «Monsieur Afrique» du Parti socialiste français, a estimé qu'on «s'orientait vers une prise de sanctions économiques». Mais lors de la dernière réunion de la commission mixte franco-guinéenne, en novembre, l'idée de couper les vivres n'était venue à personne, bien que «le renforcement de la démocratie et de l'Etat de droit» fût identifié comme l'un des «axes prioritaires» de la coopération bilatérale.

Successeur de Sékou Touré, le président Conté est un autocrate au petit pied, qui vieillit mal. Passible de réclusion perpétuelle, Alpha Condé sera jugé aujourd'hui en même temps que 47 complices présumés - des civils et des militaires - qui auront le choix entre la comparution comme «coaccusés» ou comme «témoins à charge»....

Sources :
Le Monde Diplomatique 1987-1997
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier