Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

L'élection présidentielle du 14 décembre 1998 ne s 'est guère déroulée dans la transparence. Réclamée par l'opposition, l'instauration d'un Haut Conseil électoral indépendant n'a été d'aucun secours, car il a été privé de tout moyen matériel de contrôle. Le Parti de l'unité et du progrès (PUP, au pouvoir) était tellement assuré de l'emporter que rien n'avait été organisé en vue d'un éventuel second tour. Marquée par de nombreuses échauffourées, la carnpagne électorale avait laissé présager le pire, mais le vote s'est déroulé dans le calme. Dès le 15 décembre, cependant, Alpha Condé, leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), a été arrêté et détenu dans un camp militaire. Il avait annoncé son intention de manifester en cas de nouvelles fraudes. Toujours emprisonné à la mi-1999, il a entamé une grève de la faim. Le président sortant l'a emporté avec 56 % des voix, un score meilleur qu'en 1993 (51,7 %),lors du premier scrutin multipartite du pays. Au pouvoir depuis la mort de Sékou Touré, en 1984, le général LansanaConté (64 ans) a été réélu avec l'aval d'observateurs étrangers, qui ont estimé que !es irrégularités constatées n'empêchaient pas la validité des résultats. Mamadou Bâ, leader du Parti pour le renouveau et le progrès (PRP) , est arrié en deuxième position (24,6 %) devant A Condé (16,5 %) Une fois de plus ,ce scrutin a mis en évidence les cliages ethniques du pays, les Soussous (au sud, 15% de la population) était acquis à L.Conté ; les Peuls (au nord, 35 % ) à M. Bâ ; et les Malinkés (au centre, 30 % ) à A. Condé. La détérioration du climat politique, dans ce pays voisin de Sierra Léone et du Libéria, a entravé l'activité économique. Pourtant, l'assainissement financier prévu dans le cadre d'une Facilité d'ajustement structurel renforcée (FASR) , signée le 13 janvier 1997 avec le FMI, a été rigoureusement respecté. Nouveau code de l'assurance, remplacement de la plupart des magistrats : l'environnement juridique guinéen, dont la réputation était plus que mauvaise, a lui aussi bénéficié d'un grand. coup de balai ..le limogeage de Sydia Touré n'a pas contribué à restaurer la confiance. Premier ministre populaire et efficace (avec l'amorce d'une réforme de l'administration et une remise au travail générale) , il a été remplacé, le 8 mars 1 999, par Lamine Sidimé, ancien président de la Cour suprême, qui a conservé pour l'essentiel l'équipe gouvernementale en place. Bien qu'intéressés par le potentiel du pays, les investisseurs étrangers faisaient, plus que jamais, défaut à la Guinée.

1999

Une lettre bouleversante sur le cadavre d'un adolescent aura fait découvrir au monde entier la désespérance d'un peuple. Le 2 août 1999, Yaguine Koïta, quatorze ans, et son compagnon d'infortune, Fodé Kountara, quinze ans, sont retrouvés morts dans le train d'atterrissage d'un avion reliant Conakry et Bruxelles. Une dizaine de jours avant d'entreprendre ce voyage insensé, Yaguine écrivait: « Si vous voyez que nous sacrifions et exposons notre vie, c'est parce qu'on souffre trop en Afrique. » L'émotion est si forte qu'à l'ouverture de la réunion du FMI en septembre, son directeur général, Michel Camdessus, décide de citer, dans son allocution, les dernières lignes de ce jeune Guinéen devenu un symbole.
Etant peu ou prou parvenu, hors de ses frontières, à redorer le blason de sa gestion économique, le président Lansana Conté se serait volontiers passé de cette célébrité funèbre. Même sa réélection hautement contestée à la tête de l'Etat, en décembre 1998, avait très vite été entérinée. Ne restait plus qu'à renouveler le premier ministre, en faisant passer le relais d'un technicien à un autre, en l'occurrence à Lamine Sidimé, un ancien avocat, président de la Cour suprême. Celui-ci a eu à préparer deux visites officielles de la plus haute importance pour le général Conté: en juillet, celle du président français, Jacques Chirac, qui a inauguré un barrage hydroélectrique financé par l'Agence française de développement (AFD), puis en octobre, celle du secrétaire d'Etat américain, Madeleine Albright.
Dans son environnement régional immédiat (Guinée-Bissau, Sierra Leone et Liberia), la Guinée entend, en effet, s'imposer comme un acteur essentiel, mais d'une curieuse façon. A peine oubliée sa piteuse aventure bissau-guinéenne de 1998, elle a failli ouvrir, en 1999, un conflit armé avec Monrovia. Le chef de l'Etat libérien, Charles Taylor, qui accuse Conakry de soutenir des factions rebelles, s'est alors fait menaçant.
Outre ces velléités guerrières, les bailleurs de fonds pourraient ne pas apprécier les conclusions de l'enquête ouverte dans l'affaire du détournement présumé de fonds massifs au sein de la société Friguia, qui exploite la principale richesse du pays, la bauxite. L'avant-projet de budget 2000, pétri d'austérité, pourrait ne pas suffire à les convaincre si le scandale venait à éclabousser le gouvernement.

2000

Du strict point de vue des critères du FMI, Conakry ne saurait être qualifié de mauvais élève. Le programme d'ajustement structurel adopté en janvier 1997 a donné lieu à une refonte appliquée de l'appareil administratif et juridique guinéen. Certes, la faiblesse des cours de la bauxite et de l'aluminium, les principaux produits d'exportation, a provoqué un ralentissement de la croissance en 1999, à + 3,7 %, mais un rebond à + 5% est attendu pour 2000.

Illusion, répliquent les opposants au régime du général Lansana Conté, dont son propre ancien premier ministre, Sidia Touré, qui a conduit les réformes. Les indicateurs sociaux de la Guinée restent nettement en deçà de ceux de ses voisins ouest-africains, même si des améliorations peuvent être constatées en matière d'accès à l'eau potable ou d'éducation primaire.

Très peu porté sur ces questions, le chef de l'Etat guinéen préfère concentrer son énergie à se maintenir coûte que coûte au pouvoir . L'opposant historique Alpha Condé, chef de file du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), arrêté en décembre 1998 au cours de l'élection présidentielle, a été condamné, le 11septembre dernier, à cinq ans de réclusion criminelle pour « atteinte à l'autorité de l'Etat ». A noter, toutefois, que le parquet avait requis la perpétuité.

Les législatives du 26 novembre ont été boycottées par le RPG et l'ensemble des forces d'opposition, à l'exception d'une seule formation. Parvenant à contenir la contestation interne, le pouvoir en place éprouve plus de difficultés à faire face aux coups de boutoir en provenance du Liberia et de la Sierra Leone. Dans les zones limitrophes, au sous-sol riche en diamant et en or, les incursions armées des membres du Revolutionary United Front (RUF) sierra-léonais, d'éléments armés libériens et de « rebelles » guinéens mal identifiés provoquent des déplacements massifs de civils. Les organisations humanitaires ont réduit leur action dans ces régions, tandis que sont arrivés des renforts en provenance de Conakry.

Les quelque 480 000 réfugiés libériens et sierra-léonais installés en territoire guinéen sont l'objet de la vindicte policière et populaire. Le président Conté ayant appelé à « écraser l'envahisseur », des chasses à l'homme sont lancées, au risque de déclencher une guerre régionale.

Source :
Bilan du Monde 2000-2001

 Répartitions par secteurs d'activités :
Africulture : 22.6%; Industrie : 4.4%; Mines : 30.9%; Services : 42.1%

AGRICULTURE :
Importateur net d'aliments. La Guinée est un pays extraordinairement bien loti par la nature: tout y est encore vert à la fin de la saison sèche. Pourtant, les terres ne sont pas correctement exploitées et le pays n'assure pas la sécurité alimentaire de ses habitants. Les principales cultures sont le riz, le café (l'un des seuls produits d'exportation), l'ananas, le manioc, la banane et la patate douce. Les surfaces consacrées à l'élevage (bovins essentiellement) sont plus importantes, mais la production de bois est médiocre. La pêche est une importante source de devises.

MINES ET INDUSTRIE :

Le sous-sol riche mais un tissu industriel peu développé : le sous-sol regorge de richesses : or, diamant, bauxite ( dont le pays est l'un des premiers producteurs au monde), ainsi que des réserves de fer, de titane, de cuivre, d'uranium et de nickel encore inexploitées. La production d'alumine, première transformation de la bauxite pour l'aluminium, se développe. Cette industrie attire de nos jours la majeure partie des investissements étrangers dans le pays. Par ailleurs, le Sud Africain De Beers s'est lancé dans un vaste programme d'exploration diamantifère. S'il existe en Guinée des fonderies d'aluminium, l'industrie est généralement plus légère, dominée par l'agroalimentaire.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Le satisfecit du FMI. La Guinée est arrivée en 1999 au terme d'un premier programme triennal d'ajustement structurel avec le , FMI, qui jugeait alors " globalement satisfaisantes » les performances économiques guinéennes, leur reconnaissant d'autant , plus de" valeur » qu'elles furent réalisées dans un environnement régional instable (référence à la situation dans certains pays voisins -Sierra Leone, Liberia et Guinée-Bissau). La Guinée a pris au cours des dernières années des mesures de libéralisation, réalisé quelques privatisations et remis de l'ordre dans ses principaux indicateurs macroéconomiques. Mais, malgré ses ressources abondantes (le secteur minier représente les trois quarts des exportations du pays), le développement reste encore handicapé par un manque d'infrastructures, ce qui rend difficile l'essor du potentiel touristique souhaité par les autorités, et surtout par la faiblesse des investissements, notamment étrangers. Le redressement reste donc fragile. En 1998, l'afflux de réfugiés des pays voisins a pesé lourdement sur le budget du pays. A long terme il faudra, pour qu'un décollage économique puise avoir lieu, mettre de l'ordre dans la fiscalité du pays, améliorer .la formation et mettre en place un cadre Juridique clair pour les investisseurs.

Source :
Atlaseco, Nouvel Observateur 2000


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier