Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997

LE PAYS DE 1982 A 1997

La Guinée-Bissau (0,8 million d'habitants) est célèbre en Afrique et dans tout le tiers monde par l'opiniâtreté de sa guerre d'indépendance (onze ans de lutte) contre l'armée portugaise. Pour une grande part, cette lutte a été animée par des Cap-Verdiens, notamment par Amilcar Cabral, leader révolutionnaire d'envergure mondiale qui fut assassiné en 1973, à Conakry, lors d'un raid portugais. Depuis l'indépendance, en 1975, c'est le même parti marxiste-révolutionnaire, le PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), qui dirige la Guinée-Bissau et l'archipel du Cap-Vert. Mais en 1980, après un coup d'État écartant du pouvoir Luis Cabral (frère d'Amilcar Cabral), ces liens sont devenus moins étroits: certaines ethnies africaines supportent mal le rôle dirigeant des métis capverdiens.

Malgré l'aide de l'URSS, la situation économique est fort mauvaise et la Guinée-Bissau fait l'expérience des difficultés d'application des méthodes "socialistes" aux pratiques agricoles africaines. Reste un problème géopolitique, l'éventualité du regroupement de la Guinée-Bissau et de la Guinée-Conakry, l'une et l'autre se réclamant du socialisme. Ce regroupement auxquels s'opposaient les éléments capverdiens, écartés par le coup d'État de 1980, comblerait en revanche les voeux de Sékou Touré, maître de la Guinée-Conakry.

La Guinée-Bissau, (594 000 habitants), coincée entre la Casamance (Sénégal) et la Guinée (Conakry) est une ancienne colonie portugaise qui a du mal à assainir une économie ruinée par une guerre d'indépendance de onze années, célèbre dans toute l'Afrique et le tiers monde. Depuis le coup d'État de 1980, qui a écarté du pouvoir Luis Cabral (frère d'Amilcar Cabral, fondateur du PAIGC - Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert - et théoricien des luttes de libération nationale), le gouvernement du général J.B. Vieyra mène un programme rigoureux de stabilisation économique et financière: la monnaie a été dévaluée de 50%, et un contrôle des changes très strict est observé.

La Guinée-Bissau dépend pour la réalisation de ses objectifs planifiés du bon vouloir des bailleurs de fonds, compte tenu du déficit chronique de la balance commerciale (38 millions de dollars en 1982) et le niveau d'endettement extérieur, supérieur en dollars au produit intérieur brut. Les perspectives de mise en valeur de gisements miniers (phosphates, bauxite) restent encore éloignées, tandis que la production agricole n'assure pas l'autosuffisance alimentaire, notamment pour le riz.

La Guinée-Bissau (880 000 habitants), petit pays enclavé entre la Guinée et le Sénégal - des problèmes frontaliers avec ce dernier ont été soumis à la justice internationale -, est célèbre dans le tiers monde pour sa lutte de libération nationale contre le Portugal qui a duré plus de onze années. Le coup d'État de 1980 contre le président Luis Cabral, frère d'Amilcar Cabral, dirigeant et théoricien de la lutte de libération nationale au Cap-Vert et en Guinée-Bissau, a marqué une volonté d'autonomie des Bissau-Guinéens par rapport aux Cap-Verdiens, omniprésents dans les lieux de décision de Bissau.

Le chef de l'État, le général João Bernardo Vieira, s'est efforcé depuis 1980 de redresser l'économie du pays de manière pragmatique, et s'est moins engagé sur le plan diplomatique. La cure d'assainissement imposée par les bailleurs de fonds s'est fait sentir durement au cours de l'année 1984: privatisation d'une grande partie du secteur commercial, augmentation des prix à la production mais aussi à la consommation, arrêt des recrutements dans la fonction publique. Cette politique d'austérité, accompagnée d'une dévaluation de la monnaie nationale, le peso, d'environ 150% en douze mois, a été jugée comme un préalable pour obtenir le financement du plan de développement et également pour aborder favorablement la renégociation de la dette extérieure au début de 1985 (125 millions de dollars).

La recherche d'une autosuffisance alimentaire, bien compromise en 1985, est allée de pair avec le souci d'engager quelques grands projets plus ouverts sur le marché extérieur: exploitation de la forêt ou des mines (bauxite, phosphates, pétrole).

Les maux dont souffre la Guinée-Bissao, petit pays lusophone, enclavé entre la Guinée et le Sénégal, sont communs à beaucoup d'autres pays africains: le PNB par habitant est inférieur à 200 dollars par an ; l'industrie occupe moins de 5% de la population active, la facture énergétique est de 15 millions de dollars, soit deux fois la valeur des exportations ; le déficit céréalier a dépassé 30 000 tonnes en 1985... Mais le pays possède quelques atouts: la forêt, le phosphate, la bauxite. Le sous-sol contient en outre du pétrole, mais l'exploitation ne pourra réellement démarrer que lorsque seront réglés les différends frontaliers avec la Guinée et le Sénégal.

Après avoir appliqué un plan de rigueur conseillé par le FMI, la Guinée-Bissau a obtenu en 1985 auprès des bailleurs de fonds étrangers un prêt de 132 millions de dollars pour équilibrer sa balance des paiements et garantir ses importations. L'entrée de la Guinée-Bissau dans la zone franc reste une question ouverte.

En Guinée-Bissao, l'année 1986 a été marquée par le procès des conjurés de la tentative de coup d'État d'octobre 1985. Le 12 juillet 1986, le tribunal militaire spécial a prononcé des peines très sévères: douze condamnations à mort, sept condamnations à quinze ans de travaux forcés, trente-quatre peines allant de un à treize ans de travaux forcés. Quatre inculpés ont été acquittés et libérés. Six sont morts en détention. Six des douze condamnés à mort ont été exécutés le 21 juillet 1986 à Bissao.

Au plan économique, le général-président João Bernardo Vieira a annoncé le 14 août 1986 la fin du monopole d'État sur le commerce extérieur. Cette décision a été confirmée par le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) en son Congrès de la mi-novembre 1986 qui a décidé d'engager la "seconde lutte de libération nationale". Cette phase doit se caractériser par l'abandon de la mainmise de l'État sur l'économie et par l'appel aux capitaux privés. Pour encourager les investisseurs étrangers, l'État a promis d'alléger les procédures administratives pour la constitution de sociétés, d'adopter un code d'investissement favorable, de faciliter l'accès au crédit, et d'accorder la priorité aux entreprises tournées vers l'exportation. La Guinée-Bissao envisage d'intégrer la zone franc.

Le Club de Paris, qui réunit des organismes et des pays créanciers, a décidé, le 27 octobre 1987, de rééchelonner la dette de la Guinée-Bissao (42 millions de dollars) sur vingt ans, avec une période de grâce de dix ans. Ce rééchelonnement doit, entre autres, appuyer le programme d'ajustement (1987-1989) dont l'objectif est d'arriver à une croissance de 3,5% par an et de faire passer l'inflation de 45% en 1986 à 8% en 1989.

Dans son message de nouvel an, le président João Bernardo Vieira a annoncé qu'il poursuivrait la réduction des effectifs de la fonction publique, qu'il relèverait de 50% en moyenne les salaires des fonctionnaires et qu'il poursuivrait les négociations en vue de l'adhésion à l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA).

En octobre 1987, le gouvernement bissao-guinéen a annoncé que six personnes étaient mortes du SIDA dans le pays. La même source annonçait qu'une épidémie de choléra avait fait déjà 25 victimes, 275 cas ayant été détectés. Pour lutter contre cette épidémie, Bissao a reçu des dons en médicaments de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), de la France (10 tonnes de médicaments), du Portugal (23 tonnes) ; la CEE a offert 13 000 ECU et l'Italie 1,37 million FF.

La mise en oeuvre du programme d'ajustement structurel s'est poursuivie sous le signe de l'austérité économique avec, notamment, le licenciement de quelque 1 500 agents de la fonction publique. L'assainissement de l'économie a reposé sur la politique de libéralisation préconisée par le FMI et la Banque mondiale. Le prix du riz a évolué en conséquence. Ajouté aux effets du désengagement de l'État des circuits de commercialisation et à une bonne pluviométrie, cela a permis une croissance substantielle de la production rizicole. Mais l'ajustement a eu des conséquences sociales négatives: une pression fiscale accentuée pour les paysans et une baisse du pouvoir d'achat pour les fonctionnaires.

La conjoncture générale est demeurée précaire. En mars, la CEE a consenti une aide alimentaire de 1,8 million de dollars pour couvrir le déficit céréalier. Un projet de stockage de déchets toxiques en provenance des pays occidentaux qui aurait pu rapporter 600 millions de dollars a suscité les vives réactions de l'ONU et du Parlement européen.

Les élections régionales de juin 1989 ont vu le triomphe de la liste unique du PAIGC, Parti africain de l'indépendance de Guinée-Bissao au pouvoir. Parmi les conseillers régionaux désignés par le suffrage populaire, 60% ont été de nouveaux élus, 30% des femmes et 40% des paysans.

La situation économique est restée difficile, imposant la poursuite du plan d'ajustement structurel et l'intervention de la Banque mondiale pour équilibrer la balance des paiements. Les bailleurs de fonds internationaux sont convenus d'une action spéciale pour régler le problème de la dette et assurer la poursuite du plan d'assainissement engagé. Dans le cadre de la politique de libéralisation économique, les taxes douanières affectant plusieurs produits ont été diminuées. Un moment envisagée, l'adhésion à la zone franc a été abandonnée, comme suite à un accord monétaire avec le Portugal.

Alors que la situation alimentaire demeurait marquée par un important déficit céréalier, une certaine décrispation politique s'est affirmée avec la libération des vingt-deux personnes détenues depuis 1985 sous l'inculpation de tentative de coup d'État.

Démocratisation et libéralisation économique ont résumé les grandes tendances de l'évolution bissao-guinéenne en 1990-1991. Le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) a mis volontairement un terme à son hégémonie politique lors de son congrès extraordinaire tenu en janvier 1991. Devant se faire sans précipitation, selon le président João Bernardo Vieira, la mise en place du multipartisme s'est cependant fait attendre. Elle devait être précédée d'une phase de transition qui devrait aboutir, en 1991, à l'instauration des libertés syndicales et de la presse et, en 1993, à celle d'un régime présidentiel. Les chefs religieux et coutumiers ont été priés d'oublier les "erreurs" passées du PAIGC.

Dans le cadre de la politique d'ajustement structurel, les entreprises publiques non rentables devaient être privatisées ou liquidées. L'État a, par ailleurs, décidé de réduire son train de vie en diminuant le nombre des missions ministérielles à l'étranger et en imposant un plus grand contrôle du ministère de l'Économie et des Finances sur les dépenses publiques.

Après le Cap-Vert, São Tomé et Principe, autres anciennes colonies portugaises, la Guinée-Bissau s'est engagée, par la voix du président João Bernardo Vieira, à organiser des élections libres en 1992. Dans cette perspective, le chef de l'État a procédé à des changements ministériels dans le but de redorer le blason de son parti, le Parti africain de l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), aux yeux de l'électorat.

Mais les échéances électorales se sont annoncées délicates pour l'ancien parti unique: en novembre 1991, la Banque mondiale a décidé de suspendre son aide, le gouvernement bissau-guinéen n'ayant pas respecté un certain nombre d'engagements concernant le crédit, l'inflation et le train de vie de l'État. La situation alimentaire a connu également des difficultés: les autorités bissau-guinéennes ont dû importer 500 tonnes de riz du Sénégal pour faire face à une pénurie de cette denrée et le Programme alimentaire mondial (PAM) a accordé une aide, sous forme de don, de 17,3 millions de dollars.

La conjoncture économico-financière de la Guinée-Bissau est restée préoccupante, avec une dette extérieure de 556 millions de dollars, soit plus du triple de son PNB. Dans le secteur alimentaire, la production céréalière de 1992 a été, comme celle de l'année précédente, inférieure de 60% à celle de 1990. Parallèlement, les prix des produits de première nécessité ont considérablement augmenté. Le gouvernement a donc décidé, en juin 1992, de réduire drastiquement le train de vie de l'État, et procédé à un remaniement ministériel destiné à frayer la voie à des ministres "Bissau-Guinéens de souche, compétents, dynamiques et responsables".

En août, les "magasins du peuple", créés pendant la guerre de décolonisation (1963-1974), ont été privatisés; 200 de leurs 370 employés ont été licenciés, l'État annonçant qu'il les prenait en charge. En dépit de ces réformes, l'aide de la Banque mondiale est restée suspendue.

La vie politique bissau-guinéenne a continué d'être rythmée par les tâtonnements d'une transition démocratique plaçant, dans le cadre de cette évolution au sein du continent africain, cet État à la traîne de la plupart des autres. L'étape majeure de ce processus devait être l'élection présidentielle fixée au 27 mars 1994.

Tel était du moins l'engagement pris par le président João Bernardo Vieira qui, dans son message de fin d'année 1993, avait en outre annoncé une augmentation de 20% des salaires pour 1994, en même temps que la poursuite de la politique d'austérité. L'échéance n'a pas été respectée, à la suite du retard de cinq mois pris par le recensement électoral. L'élection présidentielle s'est trouvée reportée. Au premier tour, le 3 juillet 1994, le président sortant est arrivé en tête (46%), son parti obtenant la majorité absolue des sièges de la future Assemblée nationale.

João Bernardo Vieira, le président sortant, a remporté, le 7 août 1994, les premières élections pluralistes organisées dans le pays, avec 52% des voix. Cela n'a pas empêché sa formation, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, ex-parti unique), de se déchirer de plus belle entre "anciens" et "modernes". Le gouvernement finalement formé, le 18 novembre 1994, priorité est enfin revenue à l'économie.

Bissau a renoué sans grande difficulté avec les institutions financières internationales. L'impossible remboursement d'une dette de 742 millions de dollars avait, entre septembre 1991 et juillet 1993, privé le pays des décaissements de la Banque mondiale. Un deuxième programme d'ajustement structurel a été négocié, visant à prendre d'urgentes mesures sociales, dans un pays où le chômage frappe 40% de la population active. Bissau a posé de nouveaux jalons en vue de son entrée dans la Zone franc, demandée depuis 1990, mais refusée en raison de l'état des finances publiques du pays. Une participation a ainsi été prise en janvier 1994 dans le capital d'Air Afrique.

Le nouveau gouvernement, formé le 18 novembre 1994, trois mois après les premières élections pluralistes, s'est attelé à la difficile mise en oeuvre d'un second programme d'ajustement structurel (1994-1997). Deux augmentations du salaire minimum, passé de 10 à 30 dollars entre avril et octobre 1995, ont entraîné une hausse généralisée des prix. L'opposition, qui dispose de 38 des 100 sièges au Parlement, a vivement critiqué la gestion du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, ancien parti unique, au pouvoir). A la demande insistante de "Nino" Vieira, le chef de l'État, le Premier ministre Manuel Saturnino da Costa s'est résigné, le 19 janvier 1996, à former un nouveau gouvernement censé être plus "efficace".

La dépréciation continue du peso guinéen, non convertible, a dissuadé les investisseurs étrangers, malgré les opportunités offertes par les secteurs touristique, halieutique et minier. Bissau a plaidé, une nouvelle fois, en faveur de son intégration au sein de la Zone franc. Rouvertes le 13 novembre 1995, les discussions avec la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest n'ont pas abouti. Cependant le principe d'une adhésion à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a été acquis, le 10 mai 1996, à l'issue du sommet des chefs d'État de cette communauté (Bénin, Burkina Faso, Côte-d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo).

Demandée depuis 1986, l'entrée de la Guinée-Bissau dans la Zone franc a été officialisée le 31 mars 1997. Cette adhésion s'est traduite par l'admission de Bissau, le 2 janvier 1997, au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le processus de remplacement progressif du peso guinéen par le franc CFA a commencé le 2 mai 1997. Le FCFA est lié au franc français par une parité fixe et sa convertibilité illimitée est garantie par le Trésor public français. En cours dans quatorze autres pays africains, le franc CFA devrait permettre à ce petit pays lusophone de sortir de l'ornière. En perpétuelle dépréciation, le peso guinéen a longtemps dissuadé les investisseurs intéressés par le tourisme, la pêche et les minerais. Au cours de sa première visite officielle au Portugal, du 1er au 4 juillet 1996, João Bernardo Vieira, chef de l'État et héros de la guerre d'indépendance menée jusqu'en 1975 contre Lisbonne, a préparé l'adhésion de son pays à la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).

Source : L'Etat du Monde 1982-1997


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier