Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997
LE PAYS DE 1982 A 1997

La Guinée équatoriale (0,4 million d'habitants), ancienne colonie espagnole, est formée de deux territoires: sur le continent, le territoire du Rio Muni, en grande partie couvert de forêts ; l'île de Fernando Po (au large du Cameroun), où se trouvent des plantations de bananes et de cacao. C'est en 1979 qu'a été renversée la dictature sanguinaire de Macias Nguema (soutenu par l'URSS en raison de ses slogans marxistes-léninistes) qui avait obligé près de la moitié de la population à fuir dans les pays voisins.

Petit État à la fois continental (territoire du Rio Muni) et insulaire (île de Fernando Po au large du Cameroun), la Guinée équatoriale (381 000 habitants) connaît des problèmes tels que l'on se demande si ce pays pourra s'en sortir un jour. Le manque de devises (le pays n'a même pas un million de dollars de réserve) interdit à la Guinée d'importer même les produits de première nécessité ; le pétrole fait défaut et Malabo n'a que quelques heures d'électricité par jour ; les produits alimentaires (viande, poisson...) sont inexistants sur les marchés ; la monnaie nationale, l'ékwélé, n'est pas convertible ; les exportations (essentiellement le cacao) stagnent ; le service de la dette extérieure équivaut au double de la valeur des exportations...

Pour essayer de s'en sortir, le régime du président Obiang a pris une série d'initiatives. Le gouvernement équato-guinéen a en effet demandé l'assistance du FMI ; celui-ci a mis en place un plan d'austérité draconien. Les pourparlers avec l'Espagne, l'ancienne puissance coloniale, ont abouti en septembre 1983 à une remise de dettes de 45 millions de dollars au bénéfice de Malabo. À la suite de longs pourparlers avec ses voisins francophones, la Guinée équatoriale a adhéré en octobre 1983 à la Communauté économique des États de l'Afrique centrale et en décembre à l'Union douanière et économique de l'Afrique centrale ; elle s'apprêtait à entrer dans la zone franc.

À la suite de la découverte d'une "tentative de coup d'État" contre le régime du président Obiang Nguéma en mai 1983, près de quatre-vingts militaires ont été arrêtés ; deux d'entre eux ont été condamnés à mort et fusillés en juillet.

La Guinée équatoriale (380 000 d'habitants). Le "golpe de la libertad" ("coup de la liberté"), ainsi qu'on a baptisé le coup d'État de 1979 qui a porté au pouvoir le colonel Teodoro Obiang Nguéma Mbazogo, semble avoir été un coup pour rien. La répression a continué de plus belle de sorte qu'environ 35% de la population totale du pays vit en exil (140 000 exilés, soit plus d'un quart de la population totale). L'opposition politique en exil s'est organisée au sein de la "Convergence sociale démocrate" (CSD) qui a publié à Paris, le 14 août 1984, un communiqué demandant à la France d'intercéder auprès du chef de l'État équato-guinéen pour que soit organisée une "réunion de réconciliation" entre Malabo et l'opposition. Julian Ashono, ancien ambassadeur de Malabo à Paris (1979-1983), est arrivé en janvier 1985 à Paris, où il a demandé l'asile politique et s'est joint à la CSD.

Après avoir adhéré à l'Union douanière et économique de l'Afrique centrale (UDEAC) en décembre 1983, la Guinée équatoriale est devenue membre de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) et, le 1er janvier 1985, elle a intégré la zone franc. L'ékwélé a donc été remplacé par le franc CFA. Le service de la dette de la Guinée équatoriale a été estimé à 17 millions de dollars pour 1984.

L'économie de la Guinée équatoriale repose sur trois produits - le café, le cacao et le bois - dont la production n'a cessé de baisser jusqu'en 1983. A partir de 1983, tout en maintenant ses liens privilégiés avec l'ancienne métropole (l'Espagne), la Guinée équatoriale a réorienté son économie vers ses voisins francophones et s'est intégrée à la zone franc en janvier 1985.

Ces dispositions, accompagnées d'un certain nombre de mesures économiques internes, ont permis à l'économie équato-guinéenne d'amorcer son redressement et de recevoir l'appui des bailleurs de fonds: le Club de Paris a permis le rééchelonnement sur dix ans de 246 millions de francs français d'échéances de sa dette garantie en 1985 et 1986. Le FMI a accordé un crédit de 9,2 millions de dollars. Le service de la dette, qui représentait 90% des exportations en 1983, n'était plus que de 60% en 1985. La production agricole d'exportation a repris ; le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 140% en 1985.

Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a constitué un gouvernement de "redressement" en janvier 1986.

La Guinée équatoriale, qui s'est intégrée à l'Union douanière et économique de l'Afrique centrale (UDEAC) et à la zone franc en 1985, a connu une année assez agitée dans le domaine de la politique intérieure. Le remaniement ministériel du 17 janvier 1986 a été marqué par le départ du ministre des Finances, Guillermo Ngueme Ella, principal artisan de l'entrée dans la zone franc, et par le rattachement à la Présidence du ministère de la Défense, dans le but d'affaiblir le deuxième personnage du régime, le vice-Premier ministre Fructuoso Mba Onana. Après une tentative de coup d'État (17 juillet), un procès a condamné à mort l'un des conjurés (exécuté le 18 août) et à des peines relativement légères des proches du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, parmi lesquels son oncle, Mba Onana.

En 1987, la Guinée équatoriale a connu un redémarrage économique sensible. L'intégration du pays à l'UDEAC (Union douanière et économique de l'Afrique centrale) en 1984 et à la zone franc en 1985 semble avoir permis de relancer les principales activités. Les prévisions de production de cacao étaient ainsi de 7 000 tonnes pour 1987-1988 (5 500 tonnes en 1985-1986). L'exploitation forestière tournée vers l'exportation devait produire 200 000 tonnes en 1987 (140 000 tonnes en 1986). Différents projets de développement ont été lancés: construction d'un hôtel, création d'une compagnie aérienne, mise en place d'une station de communications ; les finances du pays ont été assainies.

La création du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) a marqué une nouvelle étape de la consolidation du régime. Plusieurs détenus politiques, dont l'oncle du président Obiang, le colonel Mba Onana, impliqués dans la tentative de coup d'État de juillet 1986, ont été graciés en octobre 1987 à l'occasion du dix-neuvième anniversaire de l'indépendance.

La Guinée équatoriale a poursuivi en 1988 son programme de redressement économique, avec l'aide du FMI qui lui a accordé un prêt de 16 millions de dollars destiné à améliorer les investissements publics, à réformer le système bancaire et à accélérer la croissance. Une réunion des bailleurs de fonds a eu lieu en novembre 1988 et a permis de rassembler 58 millions de dollars d'aide internationale pour les trois années suivantes. L'économie, fondée sur l'exportation du cacao, du café et du bois, souffre encore des désordres du régime précédent ; les productions se sont améliorées depuis 1986, mais restent encore loin du niveau qu'elles atteignaient à l'indépendance.

La visite en France du chef de l'État, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, en septembre 1988, a traduit le rapprochement des deux pays. La Guinée équatoriale a sollicité son entrée dans la francophonie et le français a été élevé au rang de langue de travail. Le chef de l'État s'est également rendu en Espagne en janvier 1989 afin de réchauffer les relations entre les deux pays. L'ancienne colonie espagnole a accumulé une dette de 250 millions FF vis-à-vis de l'Espagne. Celle-ci, à l'occasion de cette visite, en a annulé le tiers. Sur le plan intérieur, deux militaires accusés de complot contre la sécurité de l'État auraient été exécutés en septembre 1988. Le chef de l'État a d'autre part gracié le chef d'un parti d'opposition, José Luis Jonés, arrêté en juin 1988 à son retour dans le pays et condamné à dix-sept ans de prison.

Candidat unique du Parti démocratique de Guinée équatoriale, le chef de l'État, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a été réélu au suffrage universel avec 99,96% des voix, lors des élections présidentielles de juin 1989. Le président T. Obiang a déclaré que ces élections, les premières du pays, constituaient un début de démocratisation, mais que le multipartisme n'était pas souhaitable.

La situation économique n'a pas connu d'amélioration sensible en 1989. Les productions de cacao, de café et de bois (principaux produits d'exportation) ont stagné tandis que les importations ne cessaient d'augmenter. Le pays fait face à une grave crise économique et financière et a conclu, en juillet 1988, un programme d'ajustement structurel avec le FMI. En décembre 1989, les mesures prises n'ayant pas produit les résultats escomptés, le FMI a retardé l'octroi de nouveaux crédits à mai 1990. De plus, le pays souffre de son isolement depuis la liquidation de la compagnie aérienne EGA à la fin de 1989. Les liaisons routières sur la partie continentale du pays sont mauvaises et les communications entre la capitale Malabo et le reste du pays sont très insuffisantes.

L'appel au "dialogue national" lancé au président Teodoro Obiang Nguema Mbsasogo par l'Union pour la démocratie et le développement social (UDDS) et le Mouvement d'union nationale de Guinée équatoriale (MUNGE) - créés tous deux fin 1990 en exil - n'a eu pour seule réponse qu'une nouvelle vague d'arrestations.

Le chef de l'État qui, en 1979, avait mis fin aux onze ans de dictature sanglante de son oncle Francisco Macias Nguema, s'est mis à défendre à son tour le "monolithisme politique". Encadrée par plusieurs centaines de militaires marocains, sa Garde présidentielle brise toute velléité d'opposition. Pour avoir suggéré, fin novembre 1990, l'instauration du multipartisme, le vice-président du Parlement, Antonio Mbela Abang, a été arrêté et déchu de ses droits civiques. Un sort enviable par rapport à celui réservé aux nombreux contestataires anonymes. Dans ce pays isolé du reste du monde, seule l'Église catholique contredit le pouvoir.

Relativement coupée du reste du monde, la Guinée équatoriale n'a pas vraiment connu de "frisson démocratique", même si le gouvernement formé le 23 janvier 1992 a associé des personnalités présentées comme proches de l'opposition. Les arrestations d'opposants ont repris dès février. Le référendum constitutionnel du 17 novembre 1991 a été qualifié de "mascarade" par une opposition réduite à la clandestinité ou à l'exil et principalement animée par l'Union pour la démocratie et le développement social (UDDS). La Constitution prévoit le multipartisme, mais la loi régissant les partis, promulguée le 8 janvier 1992 par le chef de l'État, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a imposé de telles contraintes que le Parti démocratique de la Guinée équatoriale (PDGE), celui du président, restait un parti unique de fait à la mi-1992.

Cet État très endetté (cinq fois la valeur annuelle des exportations) a bénéficié d'un rééchelonnement en septembre 1991 et d'un nouveau prêt du FMI en décembre. La mise en exploitation du champ pétrolier d'Alba devrait augmenter le PIB de 15% en 1992.

Au sommet France-Afrique, en octobre 1992 à Libreville, il avait embarrassé ses pairs par une sortie très violente contre "l'ingérence des étrangers qui, sous prétexte de démocratisation, [les] déstabilis[ai]ent". Aussi, le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, n'a-t-il fait dans son pays que des concessions d'apparence à la communauté internationale. Si la nouvelle Constitution, adoptée en novembre 1991, a formellement instauré le pluralisme, la loi régissant la légalisation des partis a exigé, en effet, entre autres, une présence ininterrompue des candidats dans le pays depuis dix ans et le dépôt préalable d'environ 900 000 FF, alors que le salaire moyen est de moins de 300 FF. Par ailleurs, la répression, l'une des plus brutales d'Afrique, s'est poursuivie. Au début de mars 1993, le président gabonais Omar Bongo a lancé un appel à "son frère" T. Obiang pour qu'il accepte le "nouveau jeu de la démocratie". Deux semaines plus tard, le président équato-guinéen a souscrit à un pacte national démocratique et, le 31 mars, il a décrété une amnistie générale pour tous les prisonniers politiques.

Malgré les premières exportations de pétrole de janvier 1993, les recettes du gisement pétrolier d'Alba - exploité par une société américaine (Walter International Equatorial Guinea Inc.) - n'ont pas atteint le Trésor public, même via le système fiscal. Quant aux législatives du 21 novembre qui devaient couronner la transition, elles n'ont abouti, au fil d'un processus dénoncé par les observateurs et boycotté par les trois principaux partis d'opposition, qu'à confirmer la dictature de Teodoro Obiang Nguema et son "clan de Mongono". Avec Madrid, l'ancienne puissance coloniale, la détérioration des relations a entraîné la réduction de moitié de la coopération.

La démocratisation n'a guère progressé et les atteintes aux droits de l'homme n'ont pas cessé. A la fin d'octobre 1994, le président et le vice-président de l'Assemblée nationale, pourtant issus du parti du président Teodoro Obiang Nguema, ont démissionné en signe de protestation. Les relations diplomatiques avec l'Espagne, ancienne métropole coloniale et principal pourvoyeur d'aide bilatérale - avec les États-Unis -, se sont améliorées, tout en demeurant tendues. La production pétrolière, contrôlée par des sociétés américaines, a continué d'augmenter.

Lors des élections municipales de septembre 1995, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) du président Teodoro Obiang avait obtenu des résultats médiocres. Le 29 février 1996, ce dernier a pourtant été réélu pour un mandat de sept ans avec 97,9 % des suffrages exprimés. L'opposition crédible avait retiré ses candidats de ce scrutin qu'ont refusé de cautionner les rares observateurs présents. Il a clôturé quatre années d'une des plus décevantes tentatives de démocratisation. Les relations de plus en plus mauvaises avec les bailleurs de fonds - surtout l'Espagne, ancienne tutelle coloniale - ont conduit au cours des années passées à une baisse de moitié de l'aide au développement.

La Guinée équatoriale a opté pour une diversification de ses soutiens extérieurs, se tournant vers la Chine, le Maroc et les États-Unis. C'est d'ailleurs avec un consortium américain que le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a inauguré, le 29 octobre 1996, le lancement de la production pétrolière du champ de Zafiro. Ce secteur en pleine expansion est apparu comme le probable pourvoyeur principal de devises puisque, pour 1997, un triplement du budget de l'État par rapport à 1996 était attendu, alors que l'État n'avait toujours pas réussi à signer un accord avec le FMI.

Source :
L'Etat du Monde 81-98


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier