Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Le 29 octobre, le chef de l'Etat, Teodoro Obiang Nguema, et des dirigeants de la Compagnie américaine Mobil ont inauguré le champ pétrolier de Zafiro, le premier du pays voué J une exploitation commerciale. Si sa production a commencé modestement, autour de 40000 barils par jour, les chances de nouvelles découvertes, notamment par une autre compagnie, Nomeco, laissent espérer que le pays pourrait, dans cinq ans, produire 500 000 barils par jour. Ce serait une révolution, car les revenus pétroliers, estimés dans un premier temps à 100 millions de dollars, équivaudraient déjà au double du PNB actuel. Reste à savoir si ce pactole sera utilisé à bon escient, pour développer un pays arriéré et améliorer le sort d'une population très pauvre. Car dans le seul territoire hispanophone d'Afrique subsaharienne, l'eau courante et l'électricité sont un luxe, l'éducation et la santé sont totalement délaissées, le paludisme et la typhoïde sont endémiques. La production de cacao, autrefois prospère, ne cesse de décliner.
Le régime changera-t-il ses méthodes autoritaires et répressives, méritant enfin de recevoir une aide étrangère qui, pour sanctionner ses manquements aux droits de l'homme, lui est pour l'instant chichement comptée ? L'introduction du multipartisme en 1992 n'a guère fait progresser la démocratie. Et, seul candidat à l'élection de février après le retrait des principaux opposants, le président Obiang a été réélu avec plus de 97% des suffrages.

Le gouvernement a décidé d'adopter le français comme deuxième langue officielle après l'espagnol. Cette décision a été formalisée par la signature d'un décret présidentielle 20 septembre. Le gouvernement a spécifié qu'il s'agissait là d'une décision logique marquant la volonté équato-guinéenne de s'inscrire dans le processus d'intégration régionale, le pays constituant de facto une enclave dans une sous région francophone. Le pays est membre de la francophonie depuis 1988. Il fait partie de l'Union pour le développement économique de l'Afrique centrale (Udeac) et de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (Ceeac).
Invité pour les fêtes du 14 Juillet à Paris, Teodoro Obiang Nguema a affirmé à Jacques Chirac que son pays en avait terminé avec « les tensions politiques », précisant que les élections législatives devraient avoir lieu en 1998. L'opposition équatoguinéenne n'en a pas moins créé une nouvelle plate-forme, le Conseil de libération nationale (Colina), regroupant plusieurs partis ainsi que des personnalités civiles, militaires et religieuses.
La production pétrolière monte lentement en puissance et la production de bois est en plein essor: elle a presque quadruplé entre 1991 et 1996, passant de 121000 à 471000 mètres cubes. Elle a été de quelque 800000 mètres cubes en 1997.

Teodoro Obiang Nguema, le président de l'ancienne colonie espagnole, a ses habitudes à Paris. En juillet 1997, il était invité aux cérémonies officielles du 14 juillet. Du 22 février au 2 mars 1998, en visite en France, il a rencontré plusieurs dirigeants de grandes entreprises, des responsables économiques et il a eu un entretien de près d'une heure avec Jacques Chirac. Il semble que certains groupes français commencent à prendre au sérieux la Guinée-Equatoriale, petit pays parmi les moins avancés du monde, mais appelé à connaître un bel essor économique grâce à ses réserves pétrolières. Les réserves prouvées ne cessent d'augmenter et la production croît de manière exponentielle, passant de 240000 tonnes en 1994 à 845000 tonnes en 1996 pour atteindre 3 millions de tonnes en 1997 et 5 millions en 1998. Le produit intérieur brut par habitant est passé dans le même temps de 314 dollars (1 880 francs) en 1994 à 1 017 dollars en 1997, illustrant cette évolution. Le pays enregistre des taux de croissance records: 105,2% en 1997; l'inflation semble être maîtrisée et se situe à 3 %, pour la même année.
Le pays ne profite pas encore de ses nouvelles richesses, n'encaissant que 10% du prix de chaque baril exporté. Les contrats signés avec les compagnies américaines qui exploitent le pétrole prévoient que celles-ci récupèrent d'abord leurs investissements avant de partager les bénéfices de la production avec l'Etat. La Guinée-Equatoriale ne devrait recevoir sa part de la production de son pétrole qu'à compter de 2003.

« La gestion de la Guinée-Equatoriale: une catastrophe », fustige le chargé du dossier de ce pays au sein d'une organisation internationale. Effectivement, dans son dernier rapport annuel sur la zone franc, dont Malabo est membre depuis 1985, la Banque de France parle de « forte et inquiétante poussée des dépenses extrabudgétaires ». Les versements des institutions de Bretton Woods ont cessé depuis plusieurs années. En conséquence, de nombreux projets agricoles, d'adduction d'eau potable ou d'électrification ont été renvoyés à des jours meilleurs.
Début août 1999, une circulaire des services du premier ministre a enjoint aux membres du nouveau gouvernement issu des élections législatives de mars (75 sièges sur 80 revenant à l'ex-parti unique), d' « éviter à tout moment le détournement(...) des biens de l'Etat ». Une inspection surprise du chef du gouvernement à la direction générale du commerce, par exemple, a abouti à la suspension de la totalité de ses cadres. Cette rigueur toute neuve est censée accompagner la manne de quelque 750 millions de francs de revenus pétroliers pour 1999. La production est passée à 120000 barils/jour, permettant au PIB de progresser de 15 %. Les sociétés américaines Nouméko, Nixon et Oxy prévoient un bond de leurs investissements. Un document d'expertise de la Banque des Etats de l' Afrique centrale (BEAC) révèle qu'un objectif de 500000 barils /jour est même envisageable à l'horizon 2001.
Aussi, lors d'un discours prononcé en octobre, le président Teodoro Obiang Nguema a-t-il promis à ses concitoyens, dont près des trois quarts vivent dans la misère, « la construction de routes, d'écoles, d'hôpitaux, ainsi que l'amélioration des salaires du secteur public ».

2000

Les élections municipales du mois de mai ont permis au Parti démocratique de Guinée-Équatoriale (PDGE) de remporter l'ensemble des villes, dans des conditions douteuses. Aussitôt élu, le conseil municipal de Malabo n'a pas trouvé de meilleure initiative que d'ordonner aux taxis de la capitale équato-guinéenne d'adopter les couleurs de l'ancien parti unique. Le régime en place depuis trente deux ans ne perd rien de sa virulence. Et le président Teodoro Obiang Nguema apprécie toujours autant le désordre. Fustiger les « étrangers chômeurs » ou les programmes « irréalistes » des institutions de Bretton Woods ne lui suffit pas. Depuis des mois, le chef de l'Etat veut voir tomber son propre gouvernement, sans pour autant lui porter le coup de grâce. Les ministres de l'agriculture, des finances et de la fonction publique sont traînés dans la boue par les députés du PDGE. Le titulaire de la justice a été arrêté, en septembre, pour conspiration.

Le flux croissant des pétrodollars Malabo est la quatrième destination des investissements américains en Afrique subsaharienne -pourrait avoir fait perdre le sens commun à certains responsables. En 2001, la production de pétrole devrait passer de 100000 à 140000 barils jour. Le port pétrolier de Luba commencerait à être opérationnel en mars de cette année-là. De spectaculaires projets d'infrastructures publiques sont lancés, mais les trois quarts des logements de Malabo restent insalubres.

Source :
Bilan du Monde 1996-2001


 


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