Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
PRESSE AFRICAINE
PRESSE AFRICAINE

En abritant le sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l' Afrique centrale (CEEAC), le 24 fëvrier 2000, la Guinée Equatoriale a opté pour le resserrement des liens de coopération avec ses voisins. Le sommet a en effet adopté deux textes, le premier relatif à l'intégration à la CEEAC au Conseil de paix et de sécurité en Afrique centrale (COPAC) chargé d'intensifier la coopération sous-régionale
en matière de défense et de sécurité, et le second à la mise en oeuvre d'un pacte d'assistance mutuelle entre les onze Etats membres de l'institution.
La volonté d'ouverture de cette ancienne colonie espagnole se traduit en outre par le réchauffement de ses relations de coopération avec Madrid, en froid depuis sept ans à cause de la « difficile adaptation démocratique du régime de Malabo ». Aujourd'hui, le climat s'est détendu, soit grâce à la nomination en juillet dernier de l'ancien ambassadeur à Madrid, Santiago Nsobeya Efuma, au poste de ministre des Affaires étrangères, soit à la présence du conservateur José Maria Aznas à la tête du gouvernement espagnol. Ou à l'effet combiné des deux. La Guinée Equatoriale, il faut le préciser, est « le premier pays récepteur per capita de la coopération non remboursable espagnole dans le monde, et l'un des cinq pays bénéficiaires absolus de cette aide, recevant en 1998 par exemple quelque 6 milliards de Fcfa non remboursables de Madrid.

BOYCOTT ANNONCÉ
L'opposition équato-guinéenne accuse le pouvoir de Malabo de « laxisme » et d' « affairisme », dénonçant au passage « l ' inégale répartition du revenu pétrolier » qui ne profiterait en réalité qu'à 5 % de la population, le « favoritisme », les meilleurs postes de l'administration étant, selon elle, réservés aux seuls fidèles du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) au pouvoir. Réclamant en outre des élections transparentes, l'Union populaire (UP), la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS) et l'Alliance démocratique progressiste (ADP) -les trois grands partis de l'opposition -ont annoncé déjà leur intention de boycotter les prochaines élections municipales, officiellement prévues pour le premier semestre 2000, arguant premièrement que « le gouvernement ne veut pas négocier avec eux pour mettre en place les conditions nécessaires à la transparence électorale », secondement qu'il s'agit d'une nouvelle « parodie électorale ». Lors des législatives de mars 1999, faut-il le rappeler, l'UP et le CPDS, crédités respectivement de quatre et un sièges, avaient dénoncé des irrégularités et refusé de siéger au parlement. En 1995 aussi, l'opposition avec neuf municipalités (dont la capitale Malabo) sur vngt-sept, avait contesté la victoire aux élections municipales du PDGE.

Mais, pendant que l'opposition a le regard rivé sur les échéances électorales, le président Obiang Nguema entame le grand ménage en s'attaquant à la corruption. Déjà, de hauts fonctionnaires de l'administration et de la magistrature sont tombés dans les filets de la commission spéciale anti-corruption.
Un rapport, produit par cette commission et remis publiquement au chef de l'Etat, fait état de « détournements de fonds et d'escroqueries » au sein de
l'institution judiciaire portant sur au moins 5 milliards de Fcfa en sept mois. Obiang Nguema, qui a déjà pris le taureau par les cornes, a bien le pied à l'étrier. Signe d'un nouveau départ.

A l'orée des élections municipales du 28 mai, les intentions du Parti démocratique de Guinée-Equatoriale (PDGE ex-parti unique toujours au pouvoir) sont on ne peut plus claires: assurer une assise électorale confortable au président Obiang Nguema en s'imposant dans organes locaux du pouvoir d'Etat.
Dans ce dessein, le pouvoir compte en particulier sur les dissensions régnant au sein de l'opposition. Plus l'échéance des élections municipales approche, plus il y a en effet comme un syndrome de division au sein même de l'opposition radicale au président Obiang Nguema. La plate-forme de l'opposition conjointe (POC) qui avait permis de remporter 9 mairies contre 18 pour le parti au pouvoir -des résultats contestés par celle-ci -n'est plus qu'un souvenir.
La Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), l'Union populaire (UP), et l' Alliance démocratique et progressiste (ADP), qui dernièrement avait fait front pour dénoncer les municipales comme une mascarade électorale, estimant que les conditions de transparence n'étaient pas remplies, sont elles-mêmes à la veille du dépôt
des candidatures minées de l' intérieur par des divergences et une atmosphère de suspicion qui pourraient contribuer
à les affaiblir encore davantage. Et bien que les légalistes de l'UP et de l' ADP accusent le gouvernement de susciter par des manoeuvres ces dissidences au sein de leurs formations respectives, les observateurs notent que le malaise est plus profond, reposant sur la meilleure attitude à tenir le 28 mai : boycotter ou participer. L'Union populaire, déjà en crise pour des raisons d'intérêts personnels (2 de ses 4 députés ayant décidé de siéger au Parlement contre l'avis de leur direction) a aujourd'hui éclaté en trois tendances dont deux sont favorables à la participation aux municipales. Quant aux autres formations de l' opposition, les municipales agissent comme un catalyseur qui sépare ceux qui pensent qu'il est plus raisonnable d'être dans la course que de rester à l' écart, et ceux qui souhaitent ne pas donner un blanc seing à des élections qu'ils jugent à priori, non transparentes. Résultat :
« une grave situation » selon les termes employés fin avril par onze des douze partis de l'opposition dans une doléance envoyée au vice-premier ministre en charge de l'Intérieur, Demetrio Elo Ndong.
Or, la position radicale à la non-participation à ces élections n'est guère appréciée au plan international comme la meilleure tactique pour renforcer le processus démocratique en course en Guinée-Equatoriale. Pour certains, elle s'apparente en effet à un défaitisme avoué face la puissante organisation du PDGE (parti au pouvoir).

LE DIALOGUE EST POSSIBLE
Début avril, le gouvernement français à travers les propos du ministre délégué à la Coopération et la Francophonie, M. Charles Josselin, a ainsi estimé, en marge de la réunion des ministres des Finances de la zone franc à Malabo, qu'il fallait qu'il y ait une sorte de confiance réciproque, de façon à éviter des positions de boycottage vécu aux dernières élections. Cet appel encourageant les leaders politiques équato-guinéens à s'ouvrir à toutes actions de dialogue faisait suite à l'échec de l'initiative gouvernementale
de mars dernier qui n'avait pas abouti en raison des revendications figées de l' opposition, telles que sur: le renouvellement des chefferies traditionnelles et des Conseils de villages, le recensement électoral, l'accès des formations politiques aux médias d'Etat, l'avance de 10 millions de FCFA (100000 FF) par formation politique ainsi que l'arrêt des tracasseries administratives pour ne citer que les principales.
Un premier signe d'ouverture à ces doléances a depuis été effectué avec le déclenchement des opérations de révision des listes électorales.
Mais il reste désormais à l'opposition de trouver les moyens de renouer le fil du dialogue avec le gouvernement sur un minimum de consensus.
Sinon, elle ne pourra s'en vouloir qu'à elle-même d'avoir laissé grand ouvert les portes de la victoire électorale au PDGE.

ECONOMIE

Sur le plan économique, le pays offre des attraits dont sont sensibles ses partenaires au développement. La multiplication des conventions de financement confirme un partenariat économique avec les pays développés qui va s'accentuant. Dans la zone franc, Malabo est devenu un partenaire incontournable, un exemple de prospérité. Ce n'était pas un hasard, si la réunion des ministres des Finances de la zone franc qui s'est tenu début avril, a choisi Malabo. Ce n'était que justice que de parler des grandes questions liées à la santé du franc CFA dans le second pays le plus riche de la zone franc sur le plan économique. Les bénéfices que la Guinée-Equatoriale tire de cette position illustre sur le plan diplomatique. En avril dernier, en marge de la réunion ministérielle du Sommet de la zone franc, le président Obiang a reçu plusieurs hautes personnalités françaises parmi lesquelles, le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, François Huwart, et le directeur général de l'Agence française de développement (AFD), Antoine Pouilleute. Lors de ces rencontres, le partenariat avec la France s'est concrétisé par la livraison prochainement d'un nouvel aéroport à Malabo (2,6 milliards par le gouvernement et 1,2 milliard par la Caisse française de développement) ainsi que l'installation du système de téléphone cellulaire GSM par France-Cable (à hauteur de 40 % des investissements). Outre les relations privilégiées avec la France et l'Espagne (ancienne puissance tutélaire) mais aussi avec l'Europe en général, ce petit pays, en pleine expansion grâce à la manne pétrolière, affirme sa place de plaque tournante des nombreuses rencontres institutionnelles de haut niveau en Afrique centrale.

Tout juste après la réunion des ministres des Finances de la zone franc, qui a drainé un nombre impressionnant d'experts, d'investisseurs et de financiers internationaux, la capitale équato-guinéenne accueillait des ministres des six pays de la Communauté économique monétaire des Etats d'Afrique centrale (CEMAC) regroupant le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la Centrafrique et bien évidemment la Guinée Equatoriale. La Réunion sectorielle des transports qui a adopté, le 15 avril dernier, le code de l'aviation civile de cette Communauté avec à l'horizon 2002 la création d'une compagnie aérienne sous-régionale, se passait dans un cadre plus élargi: la CEEAC (Communauté économique des Etats d'Afrique centrale) composé en plus des six pays déjà cités, du Rwanda, du Burundi, de Sao Tome et Principe et de l'Angola.
Grâce à son bond économique et la recherche d'une stabilité politique pour consolider le processus démocratique, la Guinée-Equatoriale semble sur le point de gagner le pari d'une plus grande ouverture du pays sur le monde, d'en faire non seulement un pôle économique en Afrique centrale mais également jouer un rôle plus significatif sur le plan régional, continental et international. Avec toutes ses performances et ses potentialités pétrolières, ce petit pays est inexorablement voué à une plus grande présence sur le plan des relations diplomatiques et économiques.

Source :
Continental


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier