Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE

ANALYSE GEOPOLITIQUE

Ancienne colonie d'Afrique-Occidentale française (AOF) devenue indépendante en 1958. Le leader marxiste anticolonialiste, président tout-puissant Sékou Touré, a profondément marqué l'évolution de la Guinée, qu'il a soumise, jusqu'à sa mort en 1984, à un régime tyrannique. Entre le quart et le tiers de la population a dû émigrer, principalement en Côte-d'Ivoire ¨ et au Sénégal ¨. La Guinée d'aujourd'hui s'efforce d'effacer un quart de siècle d'arriération et d'une oppression particulièrement sanglante.

Les hasards du découpage colonial ont rassemblé dans la même entité territoriale quatre ensembles régionaux et ethniques assez bien individualisés. La Guinée maritime est le domaine des Soussou ; elle abrite la capitale, Conakry, agglomération portuaire de l'ordre du million d'habitants. La moyenne Guinée est formée par les plateaux étagés (500 à 1 500 m) du Fouta Djalon ; c'est le bastion des pasteurs peuls, qui comptent pour environ 30 % de la population. La haute Guinée correspond à la partie méridionale des plateaux mandingues ; c'est le pays des Malinkés, d'importance numérique comparable à celle des Peuls mais qui avaient accaparé le pouvoir avec Sékou Touré. La Guinée forestière, enfin, se confond avec la  dorsale guinéenne , massif montagneux frontalier du Liberia et de la Sierra Leone, qui comprend divers groupes ethniques se prolongeant au-delà des frontières.

Le lourd héritage de Sékou Touré

Sékou Touré a dominé la vie politique pendant près de quarante ans : il se fit connaître comme jeune leader syndicaliste dès 1945. L'action syndicale servit de tremplin à la constitution du Parti démocratique de Guinée (PDG) dont il prit la tête en 1953. Son parti triompha aux élections consécutives à la loi-cadre de 1956. En 1958, ce combattant anticolonialiste s'opposa à de Gaulle et appela à voter non au référendum. Le non l'emporte massivement, la rupture avec la France est consommée et l'indépendance proclamée le 2 octobre. Sékou Touré a désormais une stature internationale : la Guinée est la première colonie française à accéder pacifiquement à l'indépendance. Son chef sera alors l'objet d'une immense admiration en Afrique, à l'instar de Kwame Nkrumah.

Solidement installé au pouvoir, Sékou Touré organisa un régime totalitaire sous le vocable d'une  révolution guinéenne  censée conduire à une décolonisation intégrale des structures du pays et à l'avènement d'une société socialiste grâce à l'action d'un parti-État. C'est en fait une dictature, une des plus brutales du continent, qui s'imposa par la violence.

Une attaque surprise de Conakry par un commando portugais ¾ l'opération avait pour but de libérer des Portugais faits prisonniers en Guinée-Bissau par le mouvement indépendantiste, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qui bénéficiait de l'aide de la Guinée ¾ servit de prétexte à une grande purge, lancée en 1971, qui frappa la population de terreur. En 1976 Diallo Telli, ancien secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), est arrêté et interné au camp Boiro, devenu tristement célèbre, où il meurt bientôt. Craignant une réaction des Peuls, Sékou Touré leur déclara une véritable guerre. Il est difficile de connaître le nombre des victimes du régime, que certaines sources estiment à 50 000. D'autre part, l'émigration aurait concerné environ 2 millions de personnes, dont un grand nombre d'intellectuels, privant le pays des enseignants, médecins, ingénieurs, dont il aurait eu besoin.

La politique de Sékou Touré a consisté en un neutralisme envers les grandes puissances mondiales, mais ses relations ont été orageuses avec la Côte-d'Ivoire et le Sénégal. Sur le plan intérieur, elle a conduit au naufrage de l'économie, à l'exception du secteur minier : les multinationales de l'aluminium (Alcan, Pechiney), associées à l'État, n'ont jamais cessé leur activité (la Guinée est le 2e producteur mondial de bauxite). Cette économie d'enclave mise à part, le pays s'est gravement appauvri.

Le départ des entreprises françaises après 1958, la sortie de la zone franc, l'étatisation de l'économie, l'exode des forces vives du pays, l'accaparement et le détournement des ressources par le clan présidentiel, tous ces facteurs cumulés sont à l'origine du passif que le pays essaie de surmonter depuis 1984 avec l'aide, notamment, du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de la France. Celle-ci, qui n'avait normalisé ses relations avec son ancienne colonie qu'en 1975, réactive des liens économiques et culturels un temps interrompus par l'histoire

La mort de Sékou Touré, saluée par la liesse populaire, a signé la fin de son régime. Le colonel Lansana Conté a été porté à la tête de l'État, dès avril 1984, par un Comité militaire de redressement national (CMRN). Celui-ci s'est ouvert aux civils en 1991 en devenant Comité transitoire de redressement national (CTRN) ; il s'est donné cinq ans pour normaliser la situation politique, mais il doit faire face à une agitation qui se développe en réaction aux lenteurs des transformations économiques et sociales, et à une opposition qui s'organise, notamment, autour du Rassemblement du peuple guinéen d'Alpha Condé. Initialement prévue pour décembre 1992, l'élection du président de la République a été reportée en raison d'une épreuve de force avec une opposition qui réclamait la formation d'un gouvernement d'union nationale. En 1994, Lansana Conté a été élu chef de l'État et du gouvernement.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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