
LES POLITIQUES INDUSTRIELLES DES ETATS INDEPENDANTS
C'est moins contre les politiques
industrielles du colonisateur que contre l'exploitation économique
et généralisée qu'au lendemain de la seconde guerre
mondiale les pères de l'indépendance africaine vont porter
leurs principales critiques. Toutefois, au début des années
cinquante, l'idée se répand que le développement économique
des colonies passe aussi par un développement industriel progressif.
À l'époque déjà, il s'aperçoivent que
la réalisation de l'objectif d'industrialisation prendrait du temps
et qu'elle exigerait aussi l'aide et assistance de l'ex-colonisateur et
des capitaux extérieurs. Mais, peu peu, une autre idée vient
compléter cette position, surtout au moment où se dessine
le succès des revendications politiques : le développement
industriel n'est pas seulement une des tâches habituelles de l'état
; il est aussi une exigence de souveraineté et d'indépendance
nationale.
Les fondements du nationalisme industrialiste
en Afrique se développent avec les indépendances politique
africaine. Il implique partout l'application d'une politique industrielle
plus nettement volontariste qu'à l'époque de la domination
coloniale ou semi coloniale. Mais à travers les expériences
et les déclarations d'intention, les politiques industrielles des
états indépendants doivent globalement être classés
en deux catégories, si l'on excepte, depuis 1948 surtout, le cas
particulier de l'Afrique du sud.
LES POLITIQUES A TENDANCE NON CAPITALISTE
Le Ghana de N'Krumah, l'Algérie
de Boumediene ont affirmé l'option d'une politique industrielle
sur le modèle socialiste.
Le Ghana, en 1957, entrait dans
l'ère postcoloniale avec une industrie embryonnaire.Bien que à
la tête de son pays depuis 1951, Kwame N'Krumah, devant tenir compte
du rapport des forces intérieures, ne commenca à mettre vraiment
en application ses idées sur le développement industriel
qu'à partir de 1959 avec l'adoption du second plan quinquennal du
Ghana. Pour lui, l'objectif fondamental était de réaliser
une révolution économique qui permettaient la rupture progressive
avec le capitalisme : cette révolution devait passer par une industrialisation
très large du pays conduite principalement par l'état détenteur
de l'essentiel des moyens de production dans l'industrie locale. Le secteur
privé pouvait subsister, mais l'effort volontaire de l'état
devait permettre d'assurer ici, à terme, la prééminence
du secteur public.
Le chef de l'état du Ghana
défendait en outre l'idée d'une formation professionnelle
systématique et d'une planification de l'effort de développement
industriel. Le second plan quinquennal (1959-1963) et le premier plan septennale
(1964-1972 ) rendait parfaitement compte de cette stratégie industrielle
: 72 pour cent des crédits en 1959-1963 et 61% en 1964-1970 devaient
être affectés à l'industrie contre 38 pour cent en
1951-1957 (époque du premier plan de développement) ; en
1965, de 10 à 12% de la production industrielle était le
fait d'un secteur public quasi inexistant avant 1961.
La chute du premier chef d'état
du Ghana en 1966 et les changements successifs de régimes et de
choix économiques ne permirent pas de poursuivre cette politique
qui s'inspiraient largement de son anti-capitalisme et de son nationalisme
radical.
L'Algérie, à l'indépendance,
avaient des atouts naturels non négligeables : le fer, sur tout
le pétrole dont la hausse des prix allait fournir les moyens d'une
politique systématique. Trois axes prévalurent à partir
des thèses du FLN, surtout après 1969 : l'investissement
des ressources de l'état, avec ou sans nationalisation, dans des
entreprises géantes et à forte capacité d'entraînement,
comme essai de structuration d'un espace industrielle ; la valorisation
maximale des ressources naturelles ; la décentralisation des implantations
industrielles afin de favoriser l'intégration des régions
délaissées sous la colonisation et lutter contre les déséquilibres
régionaux en la matière. Mais la politique de priorité
aux industries lourde n'excluait pas le soutien de l'état au secteur
privé orienté vers l'industrie de produits de consommation
courante. C'est le dernier axe de cette politique de développement
industriel qui s'est poursuivi, avec plus ou moins de correctif et quelles
qu'en aient été les limites, après la mort de Boumediene.
À la question de savoir si
les cas du Ghana et de l'Algérie sont spéciaux, il peut être
répondu pas tout à fait par le volontarisme industrialiste,
l'idée de planification sans le discours anti capitaliste et socialisant,
la place importante du secteur public dans le domaine industrielle se retrouvent
dans la politique de certains jeunes état à économie
dite libérale.
LES POLITIQUES DE PAYS A ECONOMIE DITE LIBERALE
Malgré un faible tissu industriel lors de l'accession à l'indépendance et bien que les années 1955-1960 est correspondu à une des périodes vives du nationalisme africain, plusieurs pays d'Afrique refusaient de lier leur sous-industrialisation aux stratégies du capitalisme international depuis l'époque coloniale. L'option libérale et capitaliste fut affirmée dans le domaine économique ; l'évolution vers l'économie industrielle devaitrépondre aux lois de l'économie de marché. Mais l'analyse des politiques particulières révèle certaines nuances, voire des différences. La Côte d'Ivoire et le Nigeria en traduisent quelques-unes.
La Côte d'Ivoire, pays agricole
ou a fleuri l'économie de traite coloniale comme le Ghana voisin,
était en 1960, et malgré un commerce extérieur positif,
très peu industrialisée. Dès 1959, le choix fut fait
de rester délibérément dans le cadre d'une économie
de marché. Pour l'industrie, tout en reconnaissant la nécessité
d'une participation de l'état, le secteur privé devait assurer
l'essentiel par l'appel aux capitaux extérieurs. D'où l'un
des premiers codes d'investissements les plus favorables aux entreprises
étrangères sur le continent. Exemption fiscale diverse, transfert
des bénéfices, de garantie contre les nationalisations ou
les revendications sociales et autres facilitée. En raison de faible
aptitude industrielle au départ (peu de richesses naturelles connues,
faible niveau de qualification professionnelle), et pour respecter la stratégie
industrielle d'avant 1960, l'on misa d'abord sur la politique de substitution
aux importations de biens de grande consommation. Beaucoup plus préoccupé
par la politique de diversification et de croissance de la production agricole
(surtout les matières premières agricoles), l'état
intervint peu dans ce secteur. Cette politique aboutissait à dégager
des profits substantiels pour les entrepreneurs, et pas toujours pour la
collectivité. L'encouragement donné aux industries exportatrices,
aux entreprises misant sur le facteur main-d'oeuvre, mais surtout la politique
de promotion des investissements nationaux dans ce secteur d'activité
à partir de 1970 visèrent ensuite a relancé le développement
industriel.
Enfin, troisième axe qui
apparaît dans le plan quinquennal 1976-1980, la valorisation des
ressources locales à la promotion surtout de l'agro-industrie d'exportation.
L'état allait ici intervenir directement à travers des sociétés
d'état s'occupant de plantation de palmier à huile, de canne
à sucre, de coton et d'autres productions, au nom d'une théorie
du capitalisme d'état comme transition au capitalisme classique.
En attendant l'éclosion d'une bourgeoisie nationale, l'état
assurait la présence ivoirienne dans l'investissement industriel
et rétrocédait ensuite ses parts aux ivoiriens capable de
poursuivre cet effort. L'état entrepreneur ne l'était qu'à
titre provisoire.
A coté de cette politique
ivoirienne que certains analystes ont loué (le miracle ivoirien)
ou vivement critiquée (croissance sans développement), il
y a le cas du Nigeria.
On retrouve dans ce dernier pays
la même orientation libérale sur la base d'une politique de
plus grande diversification et de décentralisation de la production
industrielle et d'un rôle plus actif du secteur privé. En
effet, en 1960, l'industrie représentait peu de choses dans l'économie
nigériane et bénéficiait d'une faible part des investissements
projetés. Entre 1960 et 1967, sur la lancée de ses options
libérales et de l'appel aux capitaux extérieurs, le gouvernement
fédéral intervint peu, sinon pour encourager l'industrie
pétrolière. La crise politique de 1966 et la guerre civile
de 1967 réduisirent la marge de manoeuvre de l'état.
La fin de la guerre civile (1970),
la nécessité d'une restructuration de l'économie bouleversée
par cette crise, l'accroissement des revenus de l'état fédéral
et des gouvernements régionaux permirent d'asseoir une ample politique
de développement industriel. Celle-ci s'articula autour de 3 axes
principaux : la libération sélective des importations
de produits industriels qui permettait, par de plus grandes facilités
d'importations de matières premières et de machines, un soutien
et une protection de l'industrie d'import-substitution de plus en plus
développée; l'appui plus ou moins direct de l'état
à l'industrie de biens d'équipement; enfin, en même
temps qu'un encouragement à la valorisation des matières
premières locales, la politique dite de nigérianisation qui
réservait prioritairement à des nationaux les secteurs d'intervention,
des commandes de l'état et des facilités d'association avec
les capitaux extérieurs.
Le Nigeria devait être un
géant de l'industrie africaine.
Au total, qu'il s'agisse d'états se proclamant socialistes ou d'économies dites libérales, les politiques de développement industriel dans l'Afrique indépendante révèlent un caractère commun : lutter efficacement contre la sous-industrialisation de l'époque coloniale pour assurer une autosuffisance industrielle. Mais l'Afrique des années 1960-80 partait de trop loin, avec des handicaps divers dont les moindres n'étaient pas les stratégies élaborées hors du continent pour maintenir ou préserver une division internationale du travail qui lui était progressivement imposée à la faveur surtout des années de crise économique (1973-1980).
On peut dire ceci : qu'il s'agisse du niveau de la production, du taux de croissance industrielle ou de la part de l'industrie dans l'économie africaine, avant les années 60, l'industrialisation moderne du continent était à peine engagée.
LES PROGRES DE LA PRODUCTION ET DE LA CONSOMMATION (période postcoloniale)
Que l'on examine la production de
matières premières industrielles ou celle de produits manufacturés,
il est indéniable qu'entre 1960 et 1980, l'industrie en Afrique
a fait des progrès sur le plan quantitatif. Cette augmentation de
la production industrielle met en lumière deux éléments
principaux : d'une part, et dans de nombreux pays, un accroissement important
de la production de matières industrielles - certes le pétrole,
mais aussi les métaux, les minerais stratégiques; et d'autre
part, la généralisation de l'industrie de biens de consommation
courante pour la satisfaction des besoins intérieurs mais aussi
pour la conquête de marchés extérieurs, les échanges
interafricains comme les exportations vers les pays industrialisés.
Pourtant, la diversification de
la production encore à ses balbutiements dans de nombreux pays était
largement engagée dans d'autres (Egypte, Algérie, Afrique
du sud...). Toutefois, la part de cette industrie africaine de représentait
qu'une faible part de la consommation de produits industriels qui, elle,
crût beaucoup plus vite : en 1978, les importations de produits manufacturés
représentaient plus de 60% des importations totales de la plupart
des pays du continent, tandis que les exportations de ces mêmes produits
étaient généralement inférieures à 10%
des exportations totales.
Ce n'est pas seulement le poste
énergétique qui crût en valeur mais la demande en produits
finis ou semi-finis. Il y avait donc eu progrès, mais par rapport
à la période de première industrialisation et non
en fonction des besoins les plus importants, La rareté voire la
quasi-inexistence dans certains pays d'une industrie de biens d'équipement
oblige à nuancer fortement l'idée de progrès dans
ce domaine d'activité.
LA PART DE L'INDUSTRIE DANS L'ECONOMIE POSTCOLONIALE
La part de l'industrie dans le PIB s'est accrue régulièrement depuis au moins la fin des années 50. Dans les anciennes colonies européennes et lorsque l'autorisait une relative stabilité politique, l'époque postcoloniale avait même permis d'accélèrer le processus, marquant ainsi une intégration plus systématique de certains secteurs de l'artisanat au marché mondial.
L'Afrique indépendante occupait-elle
une meilleure place dans l'économie industrielle de 1980 au terme
d'une période particulièrement marquée par le volontarisme
industriel ?
Après 15 à 20 ans
d'indépendance, il est difficile de tout transformer et l'Afrique
ne représente que 0,9% de la fabrication de produits finis dans
le monde. Il est indéniable que sa part dans la production de matières
premières industrielles est plus importante qu'avant 1960. L'Afrique
reste le continent le moins industrialisé du globe et, à
l'analyse des flux du commerce mondial, un continent principalement pourvoyeur
des pays industrialisés européens et américains en
matière premières industrielles.
Aucune des politiques mises en application
n'est parvenues jusqu'ici à rompre le cercle vicieux de la dépendance
économique et de la sous-industrialisation du continent. On a pour
cela évoqué des arguments politiques (choix erroné
dans un climat d'instabilité politique chronique qui effraie l'investisseur
privé) ou techniques (faible niveau de formation professionnelle,
faiblesse de l'épargne intérieure qui est mal ou difficilement
orientée vers le développement industriel).
La fragilité du développement
industriel tient à 4 facteur : la dépendance absolue vis
à vis de l'investissement extérieur; les illusions d'un transfert
possible de technologie par les sociétés transnationales
opérant sur le continent; la faiblesse de la productivité
dans une industrie surtout primaire; le faible niveau d'intégration
des entreprises industrielles dans un march que le sous-peuplement et la
modicité générale des revenus restreignent considérablement.
Nul ne peut nier la part considérable
prise par l'extérieur dans l'industrialisation moderne du continent
africain, au moins depuis 1935. Elle a même constitué jusqu'à
ces dernières années l'essentiel des capitaux investis dans
l'industrie : investissement public direct, ou investissements privés,
ou investissements par le biais d'organismes internationaux. Pour l'Afrique
noire francophone, avant 1960 particulièrement, la métropole
(investissement public) et le secteur privé français intervenait
pour 95 à 98% dans investissement industriel ; la part des holdings
et intérêts étrangers était de 95% dans l'économie
du Congo belge (presque de 100 pour cent dans l'industrie) en 1958.
Au milieu des années soixante,
le recours aux capitaux publics et les nationalisations d'entreprise privés
(très souvent non africaines), la politique d'indigénisation
de l'industrie (les décrets de 1974 et 1977 au Nigeria) ont réduit
le poids de l'extérieur dans l'investissement industriel.
Mais en réalité, par
beaucoup deux détours et d'artifices, par l'appel aux capitaux extérieurs
pour le financement des nouveaux projets industriels, la dépendance
vis-à-vis de l'extérieur reste une réalité.
C'est cette dépendance qui explique les principales orientations
de l'industrie de la plupart des pays. En effet, déjà dans
les années 1930 à 1950, l'essentiel des investissements industriels
était effectué dans l'industrie extractive, plus rémunératrice
pour les entreprises européennes que les plantations et l'industrie
de transformation. Le rendement des entreprises coloniale française
en 1938 était de 5,6% pour l'industrie contre 24,9 pour cent pour
les mines et 15.2 pour cent pour les plantations ; en 1954, ce rendement
et de 6 pour cent pour l'industrie, 9,7 pour cent pour les plantations
et 8,6 pour cent pour les mines.
Aujourd'hui, la situation a peu
changé sauf dans des cas particuliers : 18 pour cent des investissements
agrées dans les états d'Afrique noire francophone pour 1965-1970
étaientt destinés à l'industrie et extractive; en
1976, l'examen des divers plans de développement des même
pays montrent que l'on se situe dans une fourchette de 60 à 75 pour
cent.
Avant la seconde guerre mondiale
et sauf dans le secteur minier, les sociétés transnationales
interviennent peu en Afrique. C'est en 1946 et 1955 que les principales
implantations s'effectuent, soit à partir d'une restructuration
avec absorption de grandes compagnies coloniales, soit par intervention
directe quoique timide. Mais il est plus manifeste que c'est après
l'accession de la plupart des pays à la souveraineté internationale
que cette présence massive, soit par la multiplication de firmes
relaie ou de firmes primaires, soit par la création de filiales
nationales. Les facilités qu'offraient les codes d'investissement
des nouveaux états, le souci de minorer les coûts de production
en se rapprochant des régions productrices de matières premières
à main-d'oeuvre bon marché ont, entre autres éléments,
permit cette évolution après les années soixante.
La croissance des activités
industrielles des multinationales est conditionnée par la nécessité
de s'assurer un marché. Les mesures protectionnistes prises par
les états offrent cette garantie. Mais, outre le fait que la plupart
de ces entreprises misaient sur l'industrie de substitutions et les mines,
elles n'avaiten pas assuré un transfert de technologies industrielles
dans les pays africains : leurs parts dans la formation professionnelle
était incomparablement plus faible que celle des états ou
même que celle d'entreprises plus modestes. La technologie mise en
oeuvre dans leur unité restait circonscrite aux seules importations
de la compagnie mère : en Côte d'Ivoire comme dans de nombreux
autres pays africains, on n'a ni élargissement de l'offre par la
production de nouveaux biens favorisants de nouveaux secteurs d'activité
industrielle ni création de nouveaux procédés de fabrication
provoquant l'augmentation de la productivité du travail, ce qui
renforce l'un des caractères de l'industrie africaine, sa faible
productivité. C'est l'une des principales désillusions quant
au rôle des multinationales, cette situation s'ajoutant aux stratégies
transnationales de ces entreprises, qui ignore les frontières et
les politiques nationales de développement industriel, pour maintenir
sinon aggraver la fragilité de l'industrie.
L'un des facteurs de faiblesse de
l'industrie africain en 1980 réside dans son incapacité à
supporter la concurrence des produits extérieurs, sinon au prix
de subventions d'Etat ou de taxes douanières élevées.
Moins bien organisée et caractérisée par une faible
productivité, l'industrie africaine ne peut, sans risques financiers
importants, accéder toujours à l'étape des exportations,
sauf par des accords dits de coopération intercontinentale dont
les avantages sur le plan financier ou commercial pour les produits de
base et les produits industriels de substitution équilibrent mal
les inconvénients du rôle principal de pourvoyeur de matières
premières industrielles. L'industrie moderne n'a pas dégagé
de liens sectoriels entre ses diverses composantes du fait de sa dépendance
absolue par rapport aux capitaux extérieurs et de ses besoins en
biens intermédiaires. Il est donc difficile d'établir des
rapports de complementarité entre des secteurs géographiques
à intégrer. L'intensification permanente et autonome des
échanges extracontinentaux de chaque pays sur le plan industriel,
qu'il s'agisse des capitaux, des minerais ou des matières premières
agricoles, constitue le corollaire d'une telle situation, d'où la
vulnérabilité de l'industrie africaine qui ne peut, par ses
propres moyens, faire face à une crise de la balance des paiements
ou à un recul des investissements extra-africains.
Enfin , la faiblesse des liens établis
entre l'industrie d'équipement et de transformation et l'agriculture
pour rendre celle-ci plus performante et donner à celle-là
des assises plus larges rend la production industrielle africaine moins
compétitive que les produits non africains, même à
l'intérieur de chaque pays.
Depuis 1935 sinon bien avant, la
géographie industrielle du continent africain met en lumière
deux grands types de déséquilibres historiquement liés
dans le cas de nombreux pays : déséquilibres entre secteurs
géographiques industrialisés de longue date et secteurs géographiques
d'abord essentiellement agricoles et tard venus dans l'activité
industrielle; déséquilibres aussi à l'intérieur
des différents pays, entre villes d'évacuation portuaire
et zones de production industrielle.
L'EXPLOSION DEMOGRAPHIQUE DANS LES VILLES
Pour l'ensemble du continent, on
estime que la population urbaine est passée de 31,8 millions en
1950 à 49,5 millions en 1960 et à 132,9 millions en 1980,
avec un taux moyen annuel de 4,8% entre 1950 et 1980. L'accélération
du processus s'effectue surout après 1960.
Malgrè cela, la part de la
population urbaine dans la population totale de l'Afrique est relativement
modeste, même si elle plus importante dans certaines parties du continent.
La population urbaine africaine
commence à augmenter régulièrement avant même
que le continent ne s'engage vivement dans l'économie industrielle.
Dans les années 1965-1980, l'attrait d'un emploi industriel peut
servir de prétexte à une émigration vers la ville.
Mais, d'une part, l'amélioration
des conditions de prévention sanitaire favorise la croissance naturelle
dans les villes et, d'autre part, l'exode rural très important après
la seconde guerre mondiale n'est pas essentiellement déclenché
par la concurrence que le secteur secondaire fait à l'agriculture,
mais bien par la crise même d'une agriculture de plus en plus mal
adaptée à l'économie monétaire. La crise dans
le domaine de l'agriculture est bien la cause principale à ce boom
démographique qu'ont connu les villes africaines.
L'emploi industriel n'est pas la
seule tentation de cette économie monétarisée. C'est,
plus globalement, la recherche de revenus monétaires réguliers,
la capacité collective et individuelle de résister à
une dégradation des termes de l'échange pour les produits
agricoles.Notamment dans des pays ou la colonisation européenne
a provoqué très tôt une soif de terres cultivables
en milieu africain (Algérie, Kenya..) et dans ceux que les catastrophes
naturelles ont frappé (Ethiopie, pays du Sahel), c'est simplement
la recherche de moyens de subsistance. La crise de l'agriculture africaine
l'emporte sur l'offre d'emplois industriels dans les villes, au moins depuis
1935, comme principal facteur explicatif de la croissance urbaine.
En Algérie, entre 1970 et
1980, le pays a connu une croissance spectaculaire de l'emploi industriel
urbain (de 117 000 emplois en 1967 on est passé à 347 000
en 1977 et à 400 000 en 1980); mais on constate que, avec un taux
de croissance annuelle moyen de 4,3% entre 1966 et 1977, la population
urbaine de ce pays est passée de 4,16 millions en 1966 à
6,57 millions en 1977 : l'industrie continuait d'être très
loin derrière les activités de services et du tertiaire en
général.
Toujours en Algérie, on constate
que la population urbaine a doublé entre 1966 et 1977, passant de
3 700 000 à 6 800 000 citadins; le taux d'urbanisation qui était
de 25% en 1954 est passé à 41% en 1977, la croissance annuelle
étant alors de 4,3% en moyenne entre 1966 et 1977.
En Côte d'Ivoire aussi on
remarque le même phénomène avec des taux de croissance
annuelle varaint de 6 à 9% pour les villes de 100 000 habitants
et de 11% pour Abidjan.
Bibliograghie générale :
- Histoire générale de l'Afrique par l'UNESCO

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier