Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Politiques industrielles des Etats indépendants
LES POLITIQUES INDUSTRIELLES DES ETATS INDEPENDANTS

C'est moins contre les politiques industrielles du colonisateur que contre l'exploitation économique et généralisée qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale les pères de l'indépendance africaine vont porter leurs principales critiques. Toutefois, au début des années cinquante, l'idée se répand que le développement économique des colonies passe aussi par un développement industriel progressif. À l'époque déjà, il s'aperçoivent que la réalisation de l'objectif d'industrialisation prendrait du temps et qu'elle exigerait aussi l'aide et assistance de l'ex-colonisateur et des capitaux extérieurs. Mais, peu peu, une autre idée vient compléter cette position, surtout au moment où se dessine le succès des revendications politiques : le développement industriel n'est pas seulement une des tâches habituelles de l'état ; il est aussi une exigence de souveraineté et d'indépendance nationale.
Les fondements du nationalisme industrialiste en Afrique se développent avec les indépendances politique africaine. Il implique partout l'application d'une politique industrielle plus nettement volontariste qu'à l'époque de la domination coloniale ou semi coloniale. Mais à travers les expériences et les déclarations d'intention, les politiques industrielles des états indépendants doivent globalement être classés en deux catégories, si l'on excepte, depuis 1948 surtout, le cas particulier de l'Afrique du sud.

LES POLITIQUES A TENDANCE NON CAPITALISTE

Le Ghana de N'Krumah, l'Algérie de Boumediene ont affirmé l'option d'une politique industrielle sur le modèle socialiste.
Le Ghana, en 1957, entrait dans l'ère postcoloniale avec une industrie embryonnaire.Bien que à la tête de son pays depuis 1951, Kwame N'Krumah, devant tenir compte du rapport des forces intérieures, ne commenca à mettre vraiment en application ses idées sur le développement industriel qu'à partir de 1959 avec l'adoption du second plan quinquennal du Ghana. Pour lui, l'objectif fondamental était de réaliser une révolution économique qui permettaient la rupture progressive avec le capitalisme : cette révolution devait passer par une industrialisation très large du pays conduite principalement par l'état détenteur de l'essentiel des moyens de production dans l'industrie locale. Le secteur privé pouvait subsister, mais l'effort volontaire de l'état devait permettre d'assurer ici, à terme, la prééminence du secteur public.
Le chef de l'état du Ghana défendait en outre l'idée d'une formation professionnelle systématique et d'une planification de l'effort de développement industriel. Le second plan quinquennal (1959-1963) et le premier plan septennale (1964-1972 ) rendait parfaitement compte de cette stratégie industrielle : 72 pour cent des crédits en 1959-1963 et 61% en 1964-1970 devaient être affectés à l'industrie contre 38 pour cent en 1951-1957 (époque du premier plan de développement) ; en 1965, de 10 à 12% de la production industrielle était le fait d'un secteur public quasi inexistant avant 1961.
La chute du premier chef d'état du Ghana en 1966 et les changements successifs de régimes et de choix économiques ne permirent pas de poursuivre cette politique qui s'inspiraient largement de son anti-capitalisme et de son nationalisme radical.
L'Algérie, à l'indépendance, avaient des atouts naturels non négligeables : le fer, sur tout le pétrole dont la hausse des prix allait fournir les moyens d'une politique systématique. Trois axes prévalurent à partir des thèses du FLN, surtout après 1969 : l'investissement des ressources de l'état, avec ou sans nationalisation, dans des entreprises géantes et à forte capacité d'entraînement, comme essai de structuration d'un espace industrielle ; la valorisation maximale des ressources naturelles ; la décentralisation des implantations industrielles afin de favoriser l'intégration des régions délaissées sous la colonisation et lutter contre les déséquilibres régionaux en la matière. Mais la politique de priorité aux industries lourde n'excluait pas le soutien de l'état au secteur privé orienté vers l'industrie de produits de consommation courante. C'est le dernier axe de cette politique de développement industriel qui s'est poursuivi, avec plus ou moins de correctif et quelles qu'en aient été les limites, après la mort de Boumediene.
À la question de savoir si les cas du Ghana et de l'Algérie sont spéciaux, il peut être répondu pas tout à fait par le volontarisme industrialiste, l'idée de planification sans le discours anti capitaliste et socialisant, la place importante du secteur public dans le domaine industrielle se retrouvent dans la politique de certains jeunes état à économie dite libérale.

LES POLITIQUES DE PAYS A ECONOMIE DITE LIBERALE

Malgré un faible tissu industriel lors de l'accession à l'indépendance et bien que les années 1955-1960 est correspondu à une des périodes vives du nationalisme africain, plusieurs pays d'Afrique refusaient de lier leur sous-industrialisation aux stratégies du capitalisme international depuis l'époque coloniale. L'option libérale et capitaliste fut affirmée dans le domaine économique ; l'évolution vers l'économie industrielle devaitrépondre aux lois de l'économie de marché. Mais l'analyse des politiques particulières révèle certaines nuances, voire des différences. La Côte d'Ivoire et le Nigeria en traduisent quelques-unes.

La Côte d'Ivoire, pays agricole ou a fleuri l'économie de traite coloniale comme le Ghana voisin, était en 1960, et malgré un commerce extérieur positif, très peu industrialisée. Dès 1959, le choix fut fait de rester délibérément dans le cadre d'une économie de marché. Pour l'industrie, tout en reconnaissant la nécessité d'une participation de l'état, le secteur privé devait assurer l'essentiel par l'appel aux capitaux extérieurs. D'où l'un des premiers codes d'investissements les plus favorables aux entreprises étrangères sur le continent. Exemption fiscale diverse, transfert des bénéfices, de garantie contre les nationalisations ou les revendications sociales et autres facilitée. En raison de faible aptitude industrielle au départ (peu de richesses naturelles connues, faible niveau de qualification professionnelle), et pour respecter la stratégie industrielle d'avant 1960, l'on misa d'abord sur la politique de substitution aux importations de biens de grande consommation. Beaucoup plus préoccupé par la politique de diversification et de croissance de la production agricole (surtout les matières premières agricoles), l'état intervint peu dans ce secteur. Cette politique aboutissait à dégager des profits substantiels pour les entrepreneurs, et pas toujours pour la collectivité. L'encouragement donné aux industries exportatrices, aux entreprises misant sur le facteur main-d'oeuvre, mais surtout la politique de promotion des investissements nationaux dans ce secteur d'activité à partir de 1970 visèrent ensuite a relancé le développement industriel.
Enfin, troisième axe qui apparaît dans le plan quinquennal 1976-1980, la valorisation des ressources locales à la promotion surtout de l'agro-industrie d'exportation. L'état allait ici intervenir directement à travers des sociétés d'état s'occupant de plantation de palmier à huile, de canne à sucre, de coton et d'autres productions, au nom d'une théorie du capitalisme d'état comme transition au capitalisme classique. En attendant l'éclosion d'une bourgeoisie nationale, l'état assurait la présence ivoirienne dans l'investissement industriel et rétrocédait ensuite ses parts aux ivoiriens capable de poursuivre cet effort. L'état entrepreneur ne l'était qu'à titre provisoire.
A coté de cette politique ivoirienne que certains analystes ont loué (le miracle ivoirien) ou vivement critiquée (croissance sans développement), il y a le cas du Nigeria.
On retrouve dans ce dernier pays la même orientation libérale sur la base d'une politique de plus grande diversification et de décentralisation de la production industrielle et d'un rôle plus actif du secteur privé. En effet, en 1960, l'industrie représentait peu de choses dans l'économie nigériane et bénéficiait d'une faible part des investissements projetés. Entre 1960 et 1967, sur la lancée de ses options libérales et de l'appel aux capitaux extérieurs, le gouvernement fédéral intervint peu, sinon pour encourager l'industrie pétrolière. La crise politique de 1966 et la guerre civile de 1967 réduisirent la marge de manoeuvre de l'état.
La fin de la guerre civile (1970), la nécessité d'une restructuration de l'économie bouleversée par cette crise, l'accroissement des revenus de l'état fédéral et des gouvernements régionaux permirent d'asseoir une ample politique de développement industriel. Celle-ci s'articula autour de 3 axes principaux :  la libération sélective des importations de produits industriels qui permettait, par de plus grandes facilités d'importations de matières premières et de machines, un soutien et une protection de l'industrie d'import-substitution de plus en plus développée; l'appui plus ou moins direct de l'état à l'industrie de biens d'équipement; enfin, en même temps qu'un encouragement à la valorisation des matières premières locales, la politique dite de nigérianisation qui réservait prioritairement à des nationaux les secteurs d'intervention, des commandes de l'état et des facilités d'association avec les capitaux extérieurs.
Le Nigeria devait être un géant de l'industrie africaine.

Au total, qu'il s'agisse d'états se proclamant socialistes ou d'économies dites libérales, les politiques de développement industriel dans l'Afrique indépendante révèlent un caractère commun : lutter efficacement contre la sous-industrialisation de l'époque coloniale pour assurer une autosuffisance industrielle. Mais l'Afrique des années 1960-80 partait de trop loin, avec des handicaps divers dont les moindres n'étaient pas les stratégies élaborées hors du continent pour maintenir ou préserver une division internationale du travail qui lui était progressivement imposée à la faveur surtout des années de crise économique (1973-1980).

On peut dire ceci : qu'il s'agisse du niveau de la production, du taux de croissance industrielle ou de la part de l'industrie dans l'économie africaine, avant les années 60, l'industrialisation moderne du continent était à peine engagée.

LES PROGRES DE LA PRODUCTION ET DE LA CONSOMMATION (période postcoloniale)

Que l'on examine la production de matières premières industrielles ou celle de produits manufacturés, il est indéniable qu'entre 1960 et 1980, l'industrie en Afrique a fait des progrès sur le plan quantitatif. Cette augmentation de la production industrielle met en lumière deux éléments principaux : d'une part, et dans de nombreux pays, un accroissement important de la production de matières industrielles - certes le pétrole, mais aussi les métaux, les minerais stratégiques; et d'autre part, la généralisation de l'industrie de biens de consommation courante pour la satisfaction des besoins intérieurs mais aussi pour la conquête de marchés extérieurs, les échanges interafricains comme les exportations vers les pays industrialisés.
Pourtant, la diversification de la production encore à ses balbutiements dans de nombreux pays était largement engagée dans d'autres (Egypte, Algérie, Afrique du sud...). Toutefois, la part de cette industrie africaine de représentait qu'une faible part de la consommation de produits industriels qui, elle, crût beaucoup plus vite : en 1978, les importations de produits manufacturés représentaient plus de 60% des importations totales de la plupart des pays du continent, tandis que les exportations de ces mêmes produits étaient généralement inférieures à 10% des exportations totales.
Ce n'est pas seulement le poste énergétique qui crût en valeur mais la demande en produits finis ou semi-finis. Il y avait donc eu progrès, mais par rapport à la période de première industrialisation et non en fonction des besoins les plus importants, La rareté voire la quasi-inexistence dans certains pays d'une industrie de biens d'équipement oblige à nuancer fortement l'idée de progrès dans ce domaine d'activité.

LA PART DE L'INDUSTRIE DANS L'ECONOMIE POSTCOLONIALE

La part de l'industrie dans le PIB s'est accrue régulièrement depuis au moins la fin des années 50. Dans les anciennes colonies européennes et lorsque l'autorisait une relative stabilité politique, l'époque postcoloniale avait même permis d'accélèrer le processus, marquant ainsi une intégration plus systématique de certains secteurs de l'artisanat au marché mondial.

L'Afrique indépendante occupait-elle une meilleure place dans l'économie industrielle de 1980 au terme d'une période particulièrement marquée par le volontarisme industriel ?
Après 15 à 20 ans d'indépendance, il est difficile de tout transformer et l'Afrique ne représente que 0,9% de la fabrication de produits finis dans le monde. Il est indéniable que sa part dans la production de matières premières industrielles est plus importante qu'avant 1960. L'Afrique reste le continent le moins industrialisé du globe et, à l'analyse des flux du commerce mondial, un continent principalement pourvoyeur des pays industrialisés européens et américains en matière premières industrielles.
Aucune des politiques mises en application n'est parvenues jusqu'ici à rompre le cercle vicieux de la dépendance économique et de la sous-industrialisation du continent. On a pour cela évoqué des arguments politiques (choix erroné dans un climat d'instabilité politique chronique qui effraie l'investisseur privé) ou techniques (faible niveau de formation professionnelle, faiblesse de l'épargne intérieure qui est mal ou difficilement orientée vers le développement industriel).
La fragilité du développement industriel tient à 4 facteur : la dépendance absolue vis à vis de l'investissement extérieur; les illusions d'un transfert possible de technologie par les sociétés transnationales opérant sur le continent; la faiblesse de la productivité dans une industrie surtout primaire; le faible niveau d'intégration des entreprises industrielles dans un march que le sous-peuplement et la modicité générale des revenus restreignent considérablement.

Nul ne peut nier la part considérable prise par l'extérieur dans l'industrialisation moderne du continent africain, au moins depuis 1935. Elle a même constitué jusqu'à ces dernières années l'essentiel des capitaux investis dans l'industrie : investissement public direct, ou investissements privés, ou investissements par le biais d'organismes internationaux. Pour l'Afrique noire francophone, avant 1960 particulièrement, la métropole (investissement public) et le secteur privé français intervenait pour 95 à 98% dans investissement industriel ; la part des holdings et intérêts étrangers était de 95% dans l'économie du Congo belge (presque de 100  pour cent dans l'industrie) en 1958.
Au milieu des années soixante, le recours aux capitaux publics et les nationalisations d'entreprise privés (très souvent non africaines), la politique d'indigénisation de l'industrie (les décrets de 1974 et 1977 au Nigeria) ont réduit le poids de l'extérieur dans l'investissement industriel.
Mais en réalité, par beaucoup deux détours et d'artifices, par l'appel aux capitaux extérieurs pour le financement des nouveaux projets industriels, la dépendance vis-à-vis de l'extérieur reste une réalité. C'est cette dépendance qui explique les principales orientations de l'industrie de la plupart des pays. En effet, déjà dans les années 1930 à 1950, l'essentiel des investissements industriels était effectué dans l'industrie extractive, plus rémunératrice pour les entreprises européennes que les plantations et l'industrie de transformation. Le rendement des entreprises coloniale française en 1938 était de 5,6% pour l'industrie contre 24,9 pour cent pour les mines et 15.2 pour cent pour les plantations ; en 1954, ce rendement et de 6 pour cent pour l'industrie, 9,7 pour cent pour les plantations et 8,6 pour cent pour les mines.
Aujourd'hui, la situation a peu changé sauf dans des cas particuliers : 18 pour cent des investissements agrées dans les états d'Afrique noire francophone pour 1965-1970 étaientt destinés à l'industrie et extractive; en 1976, l'examen des divers plans de développement des même pays montrent que l'on se situe dans une fourchette de 60 à 75 pour cent.

Avant la seconde guerre mondiale et sauf dans le secteur minier, les sociétés transnationales interviennent peu en Afrique. C'est en 1946 et 1955 que les principales implantations s'effectuent, soit à partir d'une restructuration avec absorption de grandes compagnies coloniales, soit par intervention directe quoique timide. Mais il est plus manifeste que c'est après l'accession de la plupart des pays à la souveraineté internationale que cette présence massive, soit par la multiplication de firmes relaie ou de firmes primaires, soit par la création de filiales nationales. Les facilités qu'offraient les codes d'investissement des nouveaux états, le souci de minorer les coûts de production en se rapprochant des régions productrices de matières premières à main-d'oeuvre bon marché ont, entre autres éléments, permit cette évolution après les années soixante.
La croissance des activités industrielles des multinationales est conditionnée par la nécessité de s'assurer un marché. Les mesures protectionnistes prises par les états offrent cette garantie. Mais, outre le fait que la plupart de ces entreprises misaient sur l'industrie de substitutions et les mines, elles n'avaiten pas assuré un transfert de technologies industrielles dans les pays africains : leurs parts dans la formation professionnelle était incomparablement plus faible que celle des états ou même que celle d'entreprises plus modestes. La technologie mise en oeuvre dans leur unité restait circonscrite aux seules importations de la compagnie mère : en Côte d'Ivoire comme dans de nombreux autres pays africains, on n'a ni élargissement de l'offre par la production de nouveaux biens favorisants de nouveaux secteurs d'activité industrielle ni création de nouveaux procédés de fabrication provoquant l'augmentation de la productivité du travail, ce qui renforce l'un des caractères de l'industrie africaine, sa faible productivité. C'est l'une des principales désillusions quant au rôle des multinationales, cette situation s'ajoutant aux stratégies transnationales de ces entreprises, qui ignore les frontières et les politiques nationales de développement industriel, pour maintenir sinon aggraver la fragilité de l'industrie.

L'un des facteurs de faiblesse de l'industrie africain en 1980 réside dans son incapacité à supporter la concurrence des produits extérieurs, sinon au prix de subventions d'Etat ou de taxes douanières élevées. Moins bien organisée et caractérisée par une faible productivité, l'industrie africaine ne peut, sans risques financiers importants, accéder toujours à l'étape des exportations, sauf par des accords dits de coopération intercontinentale dont les avantages sur le plan financier ou commercial pour les produits de base et les produits industriels de substitution équilibrent mal les inconvénients du rôle principal de pourvoyeur de matières premières industrielles. L'industrie moderne n'a pas dégagé de liens sectoriels entre ses diverses composantes du fait de sa dépendance absolue par rapport aux capitaux extérieurs et de ses besoins en biens intermédiaires. Il est donc difficile d'établir des rapports de complementarité entre des secteurs géographiques à intégrer. L'intensification permanente et autonome des échanges extracontinentaux de chaque pays sur le plan industriel, qu'il s'agisse des capitaux, des minerais ou des matières premières agricoles, constitue le corollaire d'une telle situation, d'où la vulnérabilité de l'industrie africaine qui ne peut, par ses propres moyens, faire face à une crise de la balance des paiements ou à un recul des investissements extra-africains.
Enfin , la faiblesse des liens établis entre l'industrie d'équipement et de transformation et l'agriculture pour rendre celle-ci plus performante et donner à celle-là des assises plus larges rend la production industrielle africaine moins compétitive que les produits non africains, même à l'intérieur de chaque pays.
Depuis 1935 sinon bien avant, la géographie industrielle du continent africain met en lumière deux grands types de déséquilibres historiquement liés dans le cas de nombreux pays : déséquilibres entre secteurs géographiques industrialisés de longue date et secteurs géographiques d'abord essentiellement agricoles et tard venus dans l'activité industrielle; déséquilibres aussi à l'intérieur des différents pays, entre villes d'évacuation portuaire et zones de production industrielle.

L'EXPLOSION DEMOGRAPHIQUE DANS LES VILLES

Pour l'ensemble du continent, on estime que la population urbaine est passée de 31,8 millions en 1950 à 49,5 millions en 1960 et à 132,9 millions en 1980, avec un taux moyen annuel de 4,8% entre 1950 et 1980. L'accélération du processus s'effectue surout après 1960.
Malgrè cela, la part de la population urbaine dans la population totale de l'Afrique est relativement modeste, même si elle plus importante dans certaines parties du continent.
La population urbaine africaine commence à augmenter régulièrement avant même que le continent ne s'engage vivement dans l'économie industrielle. Dans les années 1965-1980, l'attrait d'un emploi industriel peut servir de prétexte à une émigration vers la ville.
Mais, d'une part, l'amélioration des conditions de prévention sanitaire favorise la croissance naturelle dans les villes et, d'autre part, l'exode rural très important après la seconde guerre mondiale n'est pas essentiellement déclenché par la concurrence que le secteur secondaire fait à l'agriculture, mais bien par la crise même d'une agriculture de plus en plus mal adaptée à l'économie monétaire. La crise dans le domaine de l'agriculture est bien la cause principale à ce boom démographique qu'ont connu les villes africaines.
L'emploi industriel n'est pas la seule tentation de cette économie monétarisée. C'est, plus globalement, la recherche de revenus monétaires réguliers, la capacité collective et individuelle de résister à une dégradation des termes de l'échange pour les produits agricoles.Notamment dans des pays ou la colonisation européenne a provoqué très tôt une soif de terres cultivables en milieu africain (Algérie, Kenya..) et dans ceux que les catastrophes naturelles ont frappé (Ethiopie, pays du Sahel), c'est simplement la recherche de moyens de subsistance. La crise de l'agriculture africaine l'emporte sur l'offre d'emplois industriels dans les villes, au moins depuis 1935, comme principal facteur explicatif de la croissance urbaine.
En Algérie, entre 1970 et 1980, le pays a connu une croissance spectaculaire de l'emploi industriel urbain (de 117 000 emplois en 1967 on est passé à 347 000 en 1977 et à 400 000 en 1980); mais on constate que, avec un taux de croissance annuelle moyen de 4,3% entre 1966 et 1977, la population urbaine de ce pays est passée de 4,16 millions en 1966 à 6,57 millions en 1977 : l'industrie continuait d'être très loin derrière les activités de services et du tertiaire en général.
Toujours en Algérie, on constate que la population urbaine a doublé entre 1966 et 1977, passant de 3 700 000 à 6 800 000 citadins; le taux d'urbanisation qui était de 25% en 1954 est passé à 41% en 1977, la croissance annuelle étant alors de 4,3% en moyenne entre 1966 et 1977.
En Côte d'Ivoire aussi on remarque le même phénomène avec des taux de croissance annuelle varaint de 6 à 9% pour les villes de 100 000 habitants et de 11% pour Abidjan.

Bibliograghie générale :


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier