Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Le Kenya en un clin d'oeil
LE KENYA EN UN CLIN D'OEIL

Kenya, officiellement république du Kenya, pays d'Afrique de l'Est, baigné par l'océan Indien, bordé au nord par le Soudan et l'Éthiopie, à l'est par la Somalie et au sud par la Tanzanie. Le Kenya, dont la capitale est Nairobi, couvre une superficie de 582646km2.

Le pays et ses ressources

Relief et hydrographie

Le Kenya possède plus de 400km de côtes bordées d'îles (Lamu) et séparées de l'océan Indien par des récifs de corail. Dans la vaste plaine côtière coulent les deux principaux fleuves, Tana et Galana (appelé Athi dans son cours supérieur). Le terrain s'élève progressivement en un large plateau aride qui couvre une grande partie du nord et de l'est. Dans la zone centrale, de grandes chaînes de montagnes volcaniques culminent à 5199m au mont Kenya. Plus à l'ouest, l'immense dépression de la Rift Valley est marquée par une succession de falaises abruptes. Le Kenya englobe la presque totalité du lac Turkana (ou lac Rodolphe) et une petite partie du lac Victoria.

Climat

Le Kenya est traversé dans sa partie centrale par l'équateur. Les régions situées au nord de celui-ci (soit les deux tiers du pays) sont soumises à un climat désertique ou semi-désertique. Sur la côte, chaude et humide, la température moyenne varie de 24,4°!C en juin-juillet à 27,8°!C de février à avril. Les Hautes Terres sont plus tempérées (de 11!°C à 21!°C à Nairobi en juillet!; de 13!°C à 26!°C en février). La région du lac Victoria est tropicale, avec deux saisons des pluies d'octobre à décembre et d'avril à juin.

Flore et faune

Une mangrove de palétuviers couvre partiellement la côte, où poussent également les palmiers. Teck et santal comptent parmi les espèces précieuses de la forêt côtière. Baobabs, euphorbiacées et acacias couvrent les steppes jusqu'à une altitude de 900m. Les vastes étendues de savane sont parsemées de bouquets d'acacias et de papyrus -de 900m et 2700m environ. Le camphrier et le bambou poussent dans les denses forêts équatoriales qui couvrent les pentes montagneuses de l'Est et du Sud-Est. Au-dessus de 3500m, poussent encore d'immenses plantes de type alpin (sénés, lobélies). Le Kenya est également réputé pour sa faune riche en animaux sauvages: éléphants, rhinocéros, zèbres, girafes, lions et autres grands félins. Parcs nationaux et réserves de chasse les protègent en principe. Mais le braconnage, qui concerne principalement les porteurs d'ivoire, éléphants et rhinocéros, semble irréductible. Le Kenya abonde en oiseaux et en reptiles (pythons et cobras).

Population et société

Démographie

La population du Kenya était estimée à 28260000millions en 1995 (densité absolue: 50habitants/km2). Son taux d'accroissement annuel demeurait très important sur la période 1990-1995 (3,6p.100). Sur la même période, l'indice de fécondité était de 6,3enfants par femme et la mortalité infantile s'élevait à 69p.1000.
Près de la moitié des Kenyans sont d'origine bantoue (Kikouyous, Kambas et Luyhas). Les Massaïs et les Luos appartiennent au groupe nilotique auquel se rattachent également les Kalenjins. Le pays abrite aussi des minorités asiatiques, européennes et arabes.

Langues et religions

Les langues officielles sont le swahili, langue véhiculaire de l'Est africain, et l'anglais, langue de l'ancien colonisateur. Le kikouyou et le luo sont également très utilisés (voir Afrique, langues d'). Environ 66p.100 des Kenyans sont chrétiens (protestants 38p.100!; catholiques28p.100), 28p.100 sont animistes et 6p.100 sont musulmans.

Éducation et institutions culturelles

L'enseignement n'est pas obligatoire au Kenya, mais les huit années d'école primaire sont gratuites. Au début des années 1990, près de 63p.100 des enfants âgés de 12 à 17ans étaient scolarisés!; moins de 700000élèves fréquentaient les écoles secondaires, le troisième degré accueillant 2,2p.100 des jeunes de la tranche d'âge concernée. Le Kenya possède cinq universités: deux sont situées dans la capitale (université de Nairobi, fondée en 1956 et université Kenyatta, 1972)!; l'université Egerton fut fondée en 1939 à Nakuru!; Eldoret abrite l'université Moi, créée en 1984 et le Jomo Kenyatta University College of Agriculture and Technology.
Les établissements culturels du Kenya sont presque tous situés à Nairobi et à Mombasa. Dans la capitale se trouvent de riches collections d'histoire naturelle et de géologie, une importante collection d'art africain (Mac Millan Memorial Library) ainsi que les Archives nationales. À Mombasa, le Fort Jesus Museum, situé dans un fort portugais du XVIesiècle, abrite un musée historique. Le Kitale Museum organise des expositions scientifiques et historiques.
Les cinq titres de la presse quotidienne kenyane, tous publiés à Nairobi, totalisent un tirage de 300000exemplaires. Parmi les trois principaux quotidiens, deux sont en langue anglaise (Daily Nation et The Standard), et l'un en swahili (Taifa Leo). La Kenya Broadcasting Corporation exploite des stations de radio et de télévision diffusant des programmes en anglais et en langues africaines et asiatiques.

Divisions administratives et villes principales

Le Kenya est divisé en huit provinces (Centre, Côte, Est, Nord-Est, Nyanza, Rift Valley, Ouest et district de Nairobi), gérées chacune par un conseil consultatif dont les membres sont nommés par le président de la République. Chaque province est divisée en quarante districts, dotés de conseils locaux. Une large autonomie est accordée aux autorités locales qui perçoivent leurs propres taxes pour financer la santé publique et l'enseignement, les projets de route ou de construction, les plans de sécurité sociale. La région de Nairobi est dotée d'un statut spécial.
Près des trois quarts des Kenyans vivaient dans les campagnes en 1995. La capitale Nairobi est la plus grande ville (1800000habitants en 1994). Le premier port maritime est Mombasa (537000habitants en 1990). Kisumu (167100habitants en 1983) est le principal port kenyan sur le lac Victoria. L'importance d'Eldoret, au nord-est de Kisumu (51000habitants) tient à son rôle de nœud ferroviaire.

Gouvernement

La Constitution adoptée après que le pays eut accédé à l'indépendance au sein du Commonwealth, en 1963, instituait un régime présidentiel, au sein duquel le pouvoir exécutif était exercé par un président élu au suffrage universel pour cinq ans. Le vice-président et les ministres étaient choisis par le président parmi les membres de l'Assemblée nationale unicamérale, détentrice du pouvoir législatif, constituée de 188députés élus au suffrage direct. Dix membres de cette Assemblée étaient également nommés par le président. L'Union nationale africaine du Kenya (Kenya African National Union, KANU), fondée en 1960 et dirigée dès 1961 par Jomo Kenyatta, fut le seul parti politique légal entre 1982 et 1991. À cette date, tandis que se multipliaient les manifestations et les affrontements intercommunautaires, les bailleurs de fonds internationaux suspendirent leur aide économique au Kenya, liant sa reprise à la libéralisation du régime. Les partis d'opposition furent alors reconnus et les premières élections libres eurent lieu en décembre 1992. Daniel Arap Moi, qui avait succédé à Jomo Kenyatta en 1978, fut reconduit à la tête de l'État et la KANU obtint une majorité confortable à l'Assemblée. Mais ces élections donnèrent lieu à des troubles violents, souvent dirigés contre les Kikouyous, ethnie de Kenyatta, autrefois privilégiée. En 1995, la KANU a consolidé son pouvoir, en attirant dans ses rangs de nombreux parlementaires de l'opposition. Les deux grandes formations issues du Forum pour la restauration de la démocratie (FORD) -Ford Asili et Ford Kenya- sont minées par les divisions.

Économie

Longtemps cité en modèle par les pays occidentaux pour sa relative réussite économique à l'échelle du continent africain, le Kenya a vu son image se ternir dans les années 1980: la corruption et l'autoritarisme avaient pris le pas sur la stabilité et l'ouverture. La crise amorcée en 1990 avait amené les bailleurs de fonds à lier leur aide à la démocratisation du régime. Après les élections libres de décembre 1992, le gouvernement a pu regagner la confiance des milieux financiers internationaux et s'est engagé dans un ensemble de réformes radicales. Il s'agissait de réduire le déficit budgétaire -privatisations, diminution des effectifs de la fonction publique-, et d'assainir la situation financière -dévaluation et flottement du shilling kenyan, libéralisation du commerce extérieur, suppression du contrôle des prix, y compris agricoles. Depuis, le niveau des exportations a augmenté (15p.100 en 1993) et les investissements étrangers ont repris. Mais l'inflation atteignait près de 50p.100 en 1994 et le chômage urbain s'élevait à 27p.100 tandis que le produit national brut (PNB) du Kenya continuait de baisser pour atteindre 6,8milliards de dollars -soit un très faible PNB par habitant de 235dollars. La majorité des Kenyans vivent de l'agriculture, qui occupait 60p.100 de la population active et représentait 25p.100 du PNB en 1994.

Agriculture

Le Kenya produit presque toutes les denrées alimentaires de base. La première culture vivrière est le maïs, qui couvre 62p.100 des terres cultivables (2,7millions de tonnes en 1994). Le sorgho, les pommes de terre, les haricots, les arachides et le tabac sont également cultivés sur les Hautes Terres, principale région agricole. La canne à sucre, le blé, le manioc, les ananas, le coton et les noix de cajou sont produits sur la côte et dans les Basses Terres. La principale culture commerciale est le thé (200000tonnes en 1994), suivie de loin par le café, le sisal et les produits horticoles. L'élevage -pour la viande et les produits laitiers- est important. En 1993, le Kenya possédait environ 11millions de têtes de bovins, 5,5millions d'ovins et 7,3millions de caprins.
L'exploitation forestière représente une source non négligeable de revenus: la production de bois de construction atteignait 37,3millions de mètres cubes par an en 1992. La pêche, essentiellement pratiquée dans les fleuves et les lacs de l'intérieur, suffit à satisfaire le marché local (186800tonnes en 1992).

Mines et industries

Le secteur minier occupe une place très faible dans l'économie kenyane (soude, sel, fluor et minerais). D'importants gisements de plomb et d'argent ont cependant été découverts près de Mombasa. Bien qu'en expansion, l'industrie est encore modeste: en 1994, elle occupait 10p.100 de la population active et réalisait 14p.100 du PNB. Elle concerne essentiellement l'agroalimentaire, dont la production est destinée à la consommation locale.
La production hydroélectrique des barrages de Kiambare et de Turkwell est la plus grande richesse industrielle du pays. Grâce à celle-ci ainsi qu'aux centrales géothermiques, le Kenya est énergétiquement autosuffisant: en 1992, il produisait près de 490millions de kilowattheures.

Échanges

L'unité monétaire est le shilling kenyan, divisible en 100cents. Le Kenya est lourdement endetté, sa dette extérieure brute égalant pratiquement son PNB. Les devises apportées par le tourisme (440millions de dollars en 1994 soit 6,5p.100 du PNB) ne suffisent pas à équilibrer la balance des paiements. Le commerce extérieur demeure déficitaire: en 1994, le taux de couverture des importations par les exportations atteignait près de 72p.100. Les principaux clients sont l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Ouganda (thé, café, ananas en conserve). Les importations proviennent essentiellement de Grande-Bretagne, d'Allemagne, des Émirats arabes unis et du Japon (pétrole brut, machines-outils, automobiles, fer et acier, produits pharmaceutiques et engrais).
Le Kenya est desservi par la Kenya Railways Corporation, qui exploite environ 2650km de voies ferrées. Le réseau intérieur est connecté aux réseaux ougandais et tanzanien. Le réseau routier atteint 54700km (dont 15p.100 sont bitumés). Mombasa dessert également l'Ouganda et l'Éthiopie. Des bateaux à vapeur sillonnent le lac Victoria et le relient aux lacs Albert et Kioga, situés en Ouganda. L'aéroport Jomo-Kenyatta, à Nairobi, et celui de Mombasa, accueillent les compagnies nationale (Kenya Airways) et internationales.

Histoire

C'est dans la Rift Valley, au Kenya et en Tanzanie, qu'ont été effectuées les premières grandes découvertes d'australopithèques. Les fouilles menées par les équipes réunies autour des paléontologues Louis et Mary Leakey, puis de leur fils Richard Leakey, ont permis de mettre au jour des restes d'australopithèques datés de 2 à 3millions d'années.
Durant le Iermillénaire av.J.-C., des agriculteurs bantous s'établirent sur les hauts plateaux, sur les bords du lac Victoria. À partir du XIesiècle, des populations nilotiques, venues du Nord, introduisirent l'élevage des bovins et développèrent de puissants royaumes.
Les Massaïs, pasteurs-guerriers d'origine nilotique, seraient arrivés au XVIIesiècle par le nord du lac Turkana. Laissant les Hautes Terres aux Bantous, ils préférèrent s'établir dans les plaines du Centre et du Sud. En 1830, leur territoire s'étendait du nord-est du lac Victoria jusqu'à la latitude de Zanzibar. Une barrière que les marchands swahilis puis les Européens durent contourner par le sud pour parvenir jusqu'aux Grands Lacs.

Le commerce swahili

Après le XIesiècle, les régions côtières furent dominées par des négociants arabes, originaires du sud de la péninsule Arabique. Ils créèrent des comptoirs zenj (mot désignant l'«!homme noir!»), dont les plus importants furent Malindi et Mombasa. De là, ils contrôlaient le commerce avec l'intérieur (esclaves, ivoire et plumes d'autruche). Ces ports constituaient un maillon essentiel pour le commerce de l'océan Indien. Une culture composite arabo-bantoue s'y développa dont la langue, le swahili, devint celle des échanges en Afrique orientale. Indépendants les uns des autres, les États zenj, progressivement formés, furent souvent dominés par des puissances extérieures. Ainsi, le sultanat de Mascate-et-Oman (voir Oman) rivalisa des siècles durant avec les Européens pour la suprématie sur cette côte. Les Portugais, à la suite de Vasco de Gama qui, en route vers l'Inde, avait contourné le cap de Bonne-Espérance en 1497 et fait escale à Mombasa en 1498, tentèrent de monopoliser le commerce de l'océan Indien. Durant plus d'un siècle -et malgré les résistances-, ils dominèrent les États zenj. Fort-Jésus, forteresse édifiée au XVIesiècle à Mombasa, demeure le témoin de leur ancienne puissance sur la côte. Dans la première moitié du XVIIIesiècle, ils en furent chassés par les Omanais.

La dynastie omanaise

Au début du XIXesiècle, le sultanat d'Oman -qui avait conclu un traité d'amitié avec les Britanniques, dont l'influence s'affirmait dans cette partie de l'Afrique- avait conquis tous les États zenj situés au nord du cap Delgado. Maître d'un vaste empire commercial, Oman n'essaya pas de dominer les populations de l'intérieur. En 1830, la capitale du sultanat était transférée de la péninsule Arabique dans l'île de Zanzibar, au large de l'actuelle Tanzanie. Les plantations de girofle de Zanzibar et les palmeraies à huile de Mombasa nécessitaient une main-d'œuvre importante, qui fut pourvue par la traite des Noirs. Contrôlée depuis Mombasa et Zanzibar, la traite négrière (voir Commerce triangulaire) s'étendit à l'intérieur de l'Afrique jusqu'au Congo. Les négriers swahilis effectuaient parfois des raids mais, le plus souvent, achetaient les esclaves aux ethnies ou tribus locales dominantes. Les Kambas du Kilimandjaro participèrent ainsi au «!commerce honteux!».
Le consul britannique à Zanzibar prit la tête du mouvement antiesclavagiste. Vers 1850, en échange de garanties concernant le maintien de sa domination sur la côte, le sultan d'Oman signa des traités limitant ce commerce. En 1873, il accepta d'abolir la traite.

La colonisation britannique

De 1873 à 1886, le consul britannique John Kirk encouragea le sultan à annexer à son empire les territoires de l'intérieur. L'unification territoriale aurait à terme profité aux Britanniques, en lutte avec les Allemands pour le contrôle de l'Afrique orientale. Les zones d'influence respectives furent définies au congrès de Berlin, en 1885. Les Allemands obtinrent la côte du Tanganyika (une partie de l'actuelle Tanzanie) et le Kenya revint aux Britanniques. Dans un premier temps, les intérêts britanniques furent représentés par l'Imperial British East Africa Company. Mais en 1896, le Foreign Office en prit le contrôle direct, sous prétexte de construire une voie ferrée reliant Mombasa au lac Victoria. Des travailleurs indiens furent employés à la construction de cette ligne qui devait faciliter la conquête de l'intérieur du pays. Les populations locales ne résistèrent guère à l'extension du protectorat britannique.
Les chefferies autochtones furent maintenues, supervisées par les chefs de district britanniques placés sous l'autorité d'un gouverneur nommé par Londres. Les meilleures terres étaient cependant réservées aux colons. Avant 1900, certains avaient commencé à s'installer dans la région de Nairobi. À la fin de la Première Guerre mondiale, durant laquelle plus de 150000Kenyans avaient été enrôlés dans l'armée britannique, environ 9000colons étaient établis sur les hauts plateaux.
En 1919, la population autochtone fut gravement affectée par la famine!; Kikouyous, Kambas et Luos se révoltèrent à plusieurs reprises contre l'accaparement de leurs terres. En 1920, le Kenya devint une colonie de la Couronne, mais la situation des autochtones n'évolua guère. Elle fut même aggravée par les effets de la crise économique de 1929. Nombreux furent ceux qui furent contraints d'émigrer vers les villes. Le nouveau statut colonial permit cependant la création d'associations: les Kikouyous fondèrent ainsi, en 1925, leur formation, afin de lutter pour la redistribution des terres. Jomo Kenyatta devint le secrétaire général de la Kikuyu Central Association (KCA). Il se rendit, en 1929, à Londres afin d'en appeler à l'opinion britannique et internationale. En 1940, la KCA fut interdite. Kenyatta demeura en exil jusqu'en 1946. Revenu dans son pays, il prit la tête du mouvement indépendantiste.

La lutte pour l'indépendance

En 1952, les Mau-Mau, membres d'une société secrète kikouyou, se révoltèrent contre les autorités et les colons britanniques. La révolte des Mau-Mau, qui devait durer quatre ans, fut violemment réprimée. La répression frappa l'ensemble des Kikouyous sans distinction: 13000 d'entre eux furent tués. Kenyatta fut emprisonné pour complicité présumée avec les Mau-Mau. Le changement, pourtant, était inéluctable: les autorités coloniales favorisèrent la constitution d'une classe moyenne africaine, en encourageant les autochtones à s'engager dans les cultures d'exportation. En 1957, les petits planteurs africains furent autorisés à élire huit représentants au Conseil législatif de la colonie.
Le mouvement indépendantiste, dans le même temps, se structurait. En 1960, fut fondée l'Union nationale africaine du Kenya (Kenya African National Union, KANU), dont Kenyatta prit la direction après sa libération, l'année suivante. Ronald Ngala et Daniel Arap Moi firent rapidement scission, entraînant les ethnies minoritaires opposées à la domination des Kikouyous. Ils fondèrent l'Union démocratique africaine du Kenya (Kenya African Democratic Union, KADU).
Une conférence constitutionnelle prépara l'accession à l'indépendance, effective le 12décembre 1963. Kenyatta, dont le parti avait remporté les élections, devint président de la nouvelle République.

Le Kenya de Kenyatta

Contrairement aux craintes des colons, le pouvoir africain se montra modéré, pro-occidental et progressiste. La structure foncière ne fut pas radicalement modifiée. Les terres rachetées aux Européens furent redistribuées selon des critères ethniques et tribaux et une élite kenyane, en majorité formée par les Kikouyous, se constitua. La stabilité politique, due à l'hégémonie de la KANU, parti unique de facto à partir de 1969, attira d'importants investissements étrangers. Une nouvelle zone industrielle fut créée près de Thika, et le centre de Nairobi fut modernisé. L'industrie du tourisme, reposant sur les grandes réserves nationales d'animaux sauvages, se développa rapidement et devint une ressource importante. Le prestige de Kenyatta, nommé le Mzee (l'ancien avisé), demeurait grand lorsqu'il mourut, en 1978.

Une succession difficile

L'arrivée au pouvoir de Daniel Arap Moi, un Kalenjin, ne se fit pas sans tensions au sein de l'appareil d'État. Le président Moi renforça son autorité, en juin 1982, en consacrant dans les textes le multipartisme. Deux mois plus tard, des unités de l'armée de l'air tentèrent de le chasser, mais elles furent repoussées par des troupes loyalistes. Les tensions sociales suscitées par la crise économique et l'accroissement démographique très important ne cessèrent de s'exacerber durant toute la décennie, alors même que le régime réprimait toute opposition et répondait aux aspirations démocratiques des manifestants par la violence.
En 1990, l'assassinat du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, un Luo, fut à l'origine d'affrontements intercommunautaires. L'année suivante était créé le Forum pour la restauration de la démocratie (FORD) dont les appels à la libéralisation du régime furent entendus par la communauté internationale. Le gel de l'aide financière contraignit Daniel Arap Moi à accepter le multipartisme. Les partis d'opposition furent alors reconnus. Malgré la politique menée par le pouvoir qui, dès le milieu des années 1980, avait attisé les rivalités entre communautés dans la Rift Valley, et les effets sociaux négatifs des mesures d'ajustement économiques, Daniel Arap Moi fut réélu en 1992, lors des premières élections libres.
Depuis cette date, les affrontements intercommunautaires se sont poursuivis. Des dizaines de milliers de Kikouyous ont été chassés de la Rift Valley par les Kalenjins et les Massaïs. Des centaines de fermiers luos ont également dû quitter leurs terres. En juillet 1995, la Grande-Bretagne suspendait à nouveau son aide au Kenya, en raison des violations des droits de l'Homme.
En 1997 et 1998, des Kikuyu et des Kamba font l'objet d'attaques et d'exactions qui entraînent la mort de plusieurs centaines de personnes et l'exode de 150 000 autres. Daniel Arap Moi, qui brigue un cinquième mandat, est réélu en janvier 1998 au terme d'un processus électoral marqué par de nombreuses irrégularités. L'opposition, qui n'a jamais su présenter une alternative crédible au pouvoir, accuse le président Moi d'attiser les tensions communautaires afin d'apparaître comme le seul recours possible dans un contexte troublé. Celui-ci entame son dernier mandat, et une lutte pour la succession a commencé au sein de la KANU.

Source :
Microsoft Encarta


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier