Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Le Kenya de 1982 à 1997
LE KENYA DE 1982 A 1997

Le Kénya (17,8 millions d'habitants) est du point de vue des orientations économiques, très différent de la Tanzanie: il se caractérise par une croissance économique relativement forte, un régime capitaliste libéral et un rôle considérable des firmes multinationales. Après la fameuse révolte des Mau-Mau (1952-56), que les Britanniques parvinrent à écraser, le Kénya a connu une longue période de relative stabilité politique sous la direction de Jomo Kényatta, le responsable de cette insurrection aux yeux des colonisateurs. Sous la présidence de Kényatta (1964-1978), les tendances populistes ou radicales de son parti ont été éliminées au profit des tendances "modérées", dont les dirigeants ont profité des relations qu'ils entretenaient avec les firmes britanniques, puis avec les multinationales. La famille du vieux leader kényan s'est alors enrichie de façon spectaculaire.

Les exportations sont principalement celles du thé et du café, produites dans de grandes plantations européennes. Cette prospérité qui bénéficie à une petite minorité, connaît cependant depuis quelques années un tassement certain, en raison principalement des effets de la crise économique mondiale. Les rivalités ethniques, loin de s'estomper ont par ailleurs tendance à s'accroître: si la grande tribu des Kikouyou (20% de la population), celle de Kenyatta, est relativement favorisée, ce n'est pas le cas de ses rivales traditionnelles. Dans les régions semi-arides du nord, les tribus de pasteurs de langue somali sont sensibles à leur appartenance au peuple somali, ce qui a entraîné une période de tension entre le Kénya et la Somalie jusqu'en 1981.

En juin 1982, Daniel Arop Moi, le successeur de Kenyatta, a fait proclamer parti unique la Kanu (Kenya African National Union) pour renforcer son pouvoir, en dépit des protestations de l'opposition. Mais une partie de l'armée, notamment l'armée de l'air, s'est soulevée en août 1982, suivie par un grand nombre d'étudiants. Ce putsch, bien mal préparé semble-t-il, a été écrasé, mais le malaise reste grand parmi les milieux dirigeants.

Le Kénya (18,7 millions d'habitants) représente sans conteste l'un des plus beaux fleurons du néocolonialisme anglo-saxon en Afrique. Après la révolte des Mau-Mau (1952-1956) sauvagement réprimée par les Anglais, ce pays a connu à partir de son indépendance en 1963 une relative stabilité sous la férule de Jomo Kenyatta. Un habile leader populiste qui sut revendiquer l'héritage de ce qui fut, contrairement à la mythologie, une véritable lutte de libération nationale, tout en mettant en pratique des options politiques conservatrices. Sous sa direction, et jusqu'à son décès en 1978, l'économie connut deux décennies de vitalité, grâce à l'agriculture des hautes terres, le tourisme, et les facilités accordées à l'implantation des firmes étrangères.

La mort du "père de l'indépendance", l'inflation mondiale, la crise pétrolière, une mainmise clanique sur l'appareil d'État, montreront cependant que le Kénya n'était pas un "îlot" préservé en Afrique. Sous la présidence d'Arap Moi (dirigeant du parti unique, la KANU - Kenya African National Union), les divisions ethniques entre les Kikouyou (20% de la population, l'ethnie de Kenyatta) et les autres communautés ont été ravivées. La corruption, la mainmise d'une petite classe politique sur les affaires, la baisse des cours du café et du thé, l'endettement extérieur ont engendré une crise larvée dont l'une des expressions les plus spectaculaires a été la tentative de coup d'État avortée d'août 1982, conduite par l'armée de l'air. En tout cas, ce putsch a été utilisé par Arap Moi pour se doter de l'autorité qui jusqu'ici lui faisait défaut.

Le redressement économique amorcé en 1983 au Kénya (19,5 millions d'habitants) s'est traduit par un excédent de la balance des paiements de 737 millions de francs en 1984. Le taux d'inflation de 22% en 1983 est passé à 14,6% en 1984, et le déficit budgétaire de 9,5% à 4,2% du produit national. Cette reprise économique a été ralentie par le remboursement de la dette extérieure, évaluée à 25% des exportations, et par la sécheresse qui a obligé le Kénya à importer 60 000 tonnes de céréales par mois. Coût de cette opération: 20 millions de dollars pour la seule année 1984. La sécheresse a d'autre part entraîné une dégradation des conditions sanitaires, et au début de 1985, six provinces sur huit, dont la capitale Nairobi, étaient touchées par le choléra.

La mise sur la touche de Charles Njonjo, ancien ministre des Affaires constitutionnelles, accusé de vouloir prendre le pouvoir, l'éviction des Kikuyous (20% de la population) des postes importants du gouvernement et de l'armée au profit des Kalenjins minoritaires, menaçaient un équilibre ethnique déjà fragile. Le gouvernement a aussi été confronté à la grogne du clergé, qui lui reprochait notamment l'installation de trois camps, destinée à réduire le taux annuel de croissance démographique (4%), en stérilisant chaque année neuf cents femmes issues du milieu rural.

Face à ce marasme social, le président Arap Moi (chef du parti unique, le KANU, Kenya African National Union), a choisi la fermeté. L'université de Nairobi a été fermée en février 1985 à la suite de violents affrontements entre les forces de l'ordre et les étudiants qui protestaient contre l'autoritarisme du gouvernement. A partir de janvier 1985, tous les fonctionnaires ont été obligés de s'inscrire au parti unique et de payer une cotisation annuelle. Cette mesure a été étendue à la communauté indo-pakistanaise (150 000 personnes) tandis que les Blancs de nationalité kenyane (2 000 personnes) ont été priés de taire leurs critiques et de s'identifier au pouvoir.

Au Kénya, l'année 1985 a vu la fin de la sécheresse et la reprise de l'activité économique. La production de maïs, aliment de base de la population, est devenue excédentaire ; celle du café et du thé a sensiblement augmenté. Les touristes sont venus plus nombreux. Si les effets de la sécheresse se sont encore fait sentir au début de 1985, le gouvernement a su y faire face - toutes proportions gardées - avec une certaine efficacité.

Le président Daniel Arap Moi, pour la première fois depuis huit ans, a organisé les élections du parti unique, l'Union nationale africaine du Kénya (KANU). Il n'y a pas eu de grands changements mais le président a pu renforcer son emprise sur l'appareil. Une fois de plus, le gouvernement a affronté avec maladresse une grève des étudiants de l'université de Nairobi qui a été fermée en février 1985. Mais cette fois, un étudiant a été tué. A la fin de l'année, Martin Shikuku, leader fort populaire en raison de son franc parler d'inspiration populiste, a perdu son poste de ministre-assistant à la suite d'une confrontation avec le puissant "chief secretary" de la KANU, Simon Niachae. Il a pu cependant conserver son poste de député, et donc sa tribune, les tentatives visant à l'éliminer du parti ayant échoué.

Au début de 1986, l'amélioration des perspectives économiques s'est confirmée avec le boom du café et la diminution du prix du pétrole. Mais des nuages sont apparus à l'horizon politique: l'autorité du gouvernement s'est heurtée à des velléités d'indépendance de la magistrature et surtout à l'armée, qui a imposé le limogeage du général J. W. Sawe au président alors que celui-ci voulait le placer à sa tête. L'université Kenyatta a été fermée à la suite d'incidents. Les activités d'un mouvement clandestin "Mwakenya" ont entraîné des arrestations. De sombres manoeuvres agitent la population kikuyu: réunion d'anciens Mau Mau, attaques contre Mwai Kibaki, vice-président de la République.

Au Kénya, l'année 1986 a été politiquement agitée et le gouvernement a durci son attitude. Une centaine de membres du mouvement d'opposition clandestin Mwakenya ont été emprisonnés. Certains ont même été accusés de sabotage. Le mouvement recrute au-delà des milieux intellectuels et mord sur le paysannat kikuyu. Le parti unique, l'Union nationale africaine du Kénya (KANU), soutenu par le président Daniel Arap Moi, a été constamment en flèche, ce qui a déclenché un conflit avec les Églises, alliées pourtant traditionnelles du "très chrétien" président.

En août, le parti a ratifié la décision d'instituer des élections primaires, non plus au vote secret, mais par alignement derrière les candidats. Cela a déclenché une réaction très vigoureuse du Conseil national des Églises du Kénya (NCCK) qui regroupe la majeure partie des Églises protestantes du pays (six millions de membres). La Kenya Law Society a elle aussi protesté. Le président a tenu bon sur le principe, acceptant seulement des dérogations exceptionnelles, en faveur notamment des leaders religieux... En décembre, nouveau conflit entre ces deux institutions et le pouvoir, à l'occasion du vote d'un amendement constitutionnel dont une des dispositions portait atteinte aux prérogatives traditionnelles de l'Attorney général, du contrôleur et de l'auditeur général. Les évêques catholiques sont à leur tour intervenus dans le débat. Le président a été alors jusqu'à proclamer que le parti était au-dessus de toutes les institutions, y compris la Cour suprême.

Sur le plan économique, en raison de la baisse du prix du pétrole et du boom du café - qui a été pourtant de courte durée -, les résultats ont été satisfaisants. M. Saitoti, ministre des Finances, a pu faire valoir un taux de croissance de 4,1%, et des résultats d'ensemble qu'on avait pas vus depuis longtemps. Mais la crise du capitalisme kikuyu qui s'était esquissée à la fin de 1984, avec la faillite de la Rural Urban Credit Finance, s'est brutalement aggravée avec l'effondrement de la Continental Bank, de l'Union Bank et de leurs filiales, ainsi que de deux autres entreprises kényanes importantes. Ces entreprises surendettées et mal gérées s'étaient vu refuser d'autres crédits supplémentaires. Autant qu'une crise économique, cette affaire est aussi, indirectement, un signe de crise politique.

L'isolement du président Daniel Arap Moi s'est poursuivi en 1987. La méfiance du pouvoir envers les intellectuels s'est accrue avec la persistance des activités clandestines du mouvement Mwakenya. En octobre, les opposants en exil se sont regroupés à Londres au sein de l'UMOJA (Mouvement uni pour la démocratie au Kénya). Pour la dix-septième fois depuis 1970, l'université a été fermée au mois de novembre à la suite de violentes manifestations motivées par l'arrestation de dirigeants syndicaux étudiants. Le front des adversaires du régime s'est par ailleurs singulièrement diversifié et dépasse la seule élite intellectuelle. La répression et les atteintes aux droits de l'homme ont entraîné de sévères critiques de la part d'Amnesty International, relayées localement par les Églises chrétiennes. La réforme du mode de scrutin, substituant le vote par alignement au vote à bulletin secret lors des élections primaires, a accentué l'hostilité des Églises. Au mois de novembre, l'agitation musulmane s'est emparée de Mombasa, deuxième ville du pays, et a mis en évidence l'influence nouvelle de l'islam dans le pays.

La classe politique, de son côté, a confirmé l'ampleur de ses rivalités, conduisant le chef de l'État à ériger le parti unique KANU (Union nationale africaine du Kénya) en véritable gendarme de la vie politique et parlementaire. Le président a limogé ou rétrogradé personnellement certains de ses proches. Le gouverneur de la Banque centrale a été démis de sa fonction dans un contexte économique difficile, caractérisé par les déficits extérieurs et une pénurie de devises aggravée par la corruption. La proximité d'échéances électorales a toutefois atténué quelque peu l'autoritarisme présidentiel.

La dégradation du climat politique intérieur s'est prolongée dans le domaine international. Les relations se sont tendues avec les États-Unis et les pays scandinaves sur la question des droits de l'homme ainsi qu'avec la Libye, dont plusieurs diplomates ont été expulsés. Après quelques escarmouches, le conflit armé avec l'Ouganda à la fin de l'année 1987 n'a été évité que de justesse.

Les élections législatives du 18 mars 1988, disputées en partie par alignement des électeurs derrière les candidats, ont permis au président Moi d'affirmer son ascendant. Les opposants ont été battus, ce qui a alimenté les accusations d'irrégularité. J. Karanja, homme politique kikuyu méconnu, a été propulsé vice-président au détriment de M. Kibaki (principal allié-rival du chef de l'État), nommé simple ministre. En mai 1989, J. Karanja a été remplacé par un technocrate d'origine masaï, G. Saiyoti. Les élections internes à la KANU (Union nationale africaine du Kénya, parti unique), à la fin du mois de septembre, ont accentué la suprématie du président: M. Kibaki a été cette fois encore rétrogradé et la direction du parti profondément renouvelée, ce qui a accéléré le processus de personnalisation du pouvoir et modifié les équilibres ethniques au sommet de l'État, au détriment des Kikuyu. Les pratiques autoritaires ont culminé au mois d'août 1988 avec l'amendement constitutionnel plaçant la hiérarchie judiciaire sous la coupe directe du président et l'allongement de 24 heures à 14 jours de la durée de la garde à vue. Les Églises, en particulier les Églises protestantes, ont incarné de fait, avec l'Association des juristes, les institutions de résistance au régime. L'Université a connu une nouvelle fermeture en octobre et 7 000 étudiants ont été renvoyés chez eux.

L'activité clandestine du mouvement Mwakenya s'est poursuivie. Les opposants en exil fédérés au sein de l'UMOJA (Mouvement uni pour la démocratie au Kénya) n'ont pu éviter l'émergence de dissensions internes. Le problème de l'asile politique a envenimé les relations avec la Suède. Des tensions avec le Soudan se sont manifestées sur la question du soutien aux opposants au régime de Karthoum et le "spectre" de la Libye a lourdement affecté les relations avec l'Ouganda. Une normalisation fragile est néanmoins intervenue en décembre en dépit d'incidents frontaliers répétés. Interrompues depuis quinze ans, les relations diplomatiques avec Israël ont repris.

L'économie a connu une embellie avec une inflation aux environs de 10%, une croissance supérieure à 5% et une explosion de l'activité touristique (+25%). Le FMI et la Banque mondiale ont accordé de larges facilités financières. Pour autant les questions vitales de la croissance démographique, de l'urbanisation et de l'autosuffisance alimentaire demeurent.

L'opposition au régime n'a cessé de s'amplifier en 1989-1990. Les luttes de factions combinées à l'action des défenseurs des droits de l'homme, des étudiants et même des écologistes ont contribué à isoler encore plus le président Daniel Arap Moi. La libération de prisonniers politiques, au mois de juin 1989, s'est accompagnée d'une répression diffuse et multiforme. Ainsi, 27 500 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la campagne anti-changaa qui, derrière la mise en cause des méfaits sur la santé de cet alcool populaire, visait à déstabiliser les lieux de consommation où s'exprime la contestation. Les assassinats non éclaircis de George Adamson, figure nationale de la conservation de la faune, en août 1989 puis du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, en février 1990, ont symbolisé l'éclosion d'une violence sociale et politique qui s'est étendue aux trafiquants d'ivoire et, accessoirement, aux touristes. Les circonstances étranges de la disparition de Robert Ouko ont déclenché des scènes d'émeute tant à Nairobi qu'à Kisumu, faisant plusieurs morts. La perte de ce diplomate de talent a affaibli le réseau d'alliances que Daniel Arap Moi avait tissé en direction de la communauté luo, et l'incapacité du régime à faire la lumière sur le meurtre a concentré les soupçons sur les plus hauts responsables de l'État.

La situation intérieure a été aggravée par la dégradation des relations avec les proches voisins. La lutte pour le pouvoir à Mogadiscio a précipité sur le territoire kényan plusieurs milliers de Somaliens. Le gouvernement a procédé à des rafles puis a organisé un recensement des populations d'ethnie somali, tandis que des incidents mettaient aux prises des militaires des deux pays. De multiples voix se sont élevées dans le pays et à l'étranger pour critiquer ce racisme officiel. Les relations avec le Canada et la Suède en ont été affectées.

L'instabilité des régimes éthiopien, soudanais et ougandais voisins et la perméabilité des frontières kényanes ont contraint Daniel Arap Moi à jouer les médiateurs entre groupes rivaux pour enrayer les risques de contamination.

La situation économique a présenté un tableau contrasté. La progression continue du tourisme a favorisé une croissance supérieure à 5%. Mais la chute des exportations et la détérioration de la balance des paiements ont créé une véritable "détresse financière" selon les termes du FMI. L'octroi d'une facilité d'ajustement structurel de 306,1 millions de dollars a obligé en contrepartie les autorités à adopter des mesures draconiennes: réduction du déficit budgétaire de 4,5%, baisse de l'impôt sur les hauts revenus pour favoriser l'investissement et réduire la fuite des capitaux, suppression de la gratuité totale des soins et de la scolarité. L'austérité a été allégée avec l'annulation de la dette publique par la France et l'Allemagne fédérale à hauteur de 3,7 milliards de francs. De plus, l'annonce, pour la première fois, d'une baisse du taux de natalité a quelque peu atténué le pessimisme traditionnel en matière démographique. Mais la progression du SIDA (le taux de séropositivité atteint 2% de la population totale) a confirmé les craintes pour l'avenir.

Contestation et répression n'ont cessé de se renforcer mutuellement. L'incapacité du régime à faire la lumière sur l'assassinat en février 1990 de Robert Ouko, ministre des Affaires étrangères, a pesé lourdement sur l'atmosphère politique. Un rapport de Scotland Yard, non diffusé, en attribuerait les responsabilités aux services de sécurité kényans, sans aller jusqu'à impliquer directement les dirigeants politiques.

Les appels à la démocratie émanant en particulier des Églises chrétiennes ont été relayés dans la classe politique par deux anciens ministres, Kenneth Matiba et Charles Rubia. A la suite de leur arrestation, des manifestations ont éclaté le 7 juillet 1990. De Nairobi, les troubles ont gagné l'ensemble des villes kikuyu, faisant une trentaine de morts. L'engrenage autoritaire s'est accéléré devant la multiplicité des protestations de l'intérieur comme de l'extérieur. Les États-Unis, après avoir accordé l'asile à un juriste en vue, Gibson Kamau Kuria, ont conditionné leur aide à des changements politiques significatifs. En juillet 1990, les arrestations d'opposants politiques (Raila Odinga, George Anyona), de juristes et de journalistes se sont multipliées sans épargner le simple citoyen. La mort, en août 1990, dans des circonstances accidentelles douteuses, d'un évêque protestant parmi les plus critiques, Alexander Muge, n'a fait qu'amplifier la contestation. La circulation de cassettes musicales, le plus souvent en kikuyu, a popularisé la dissidence.

Le régime a répliqué en alternant répression et timide ouverture. La KANU (Union nationale africaine du Kénya, parti unique) a entériné en décembre 1990 quelques changements institutionnels: suppression du système électoral par alignement (queuing system) et levée des mesures d'expulsion prononcées contre 31 membres du Parti. Devant l'insuffisance des réformes, l'ancien vice-président Oginga Odinga a annoncé la création en février 1991 d'un Parti national démocratique dont l'enregistrement a été refusé.

Au plan diplomatique, le régime de Daniel Arap Moi, gravement menacé, a bénéficié du soutien discret des Britanniques mais aussi des Américains qui ont levé les mesures de gel de l'aide militaire pour récompenser le Kénya de son attitude pendant la guerre du Golfe. En revanche, les liens se sont distendus avec les pays scandinaves. Les relations diplomatiques avec la Norvège ont été rompues en avril 1991 à la suite de l'arrestation d'un ancien parlementaire auparavant exilé à Oslo, Koigi Wa Wamwere. Une nouvelle fois les frictions avec l'Ouganda ont menacé de dégénérer en affrontement ouvert, contribuant à alourdir encore plus le climat politique général.

La morosité de l'économie a entretenu un malaise social croissant, notamment à Nairobi, consécutif aux expulsions des bidonvilles. L'inflation a atteint officiellement 15% en 1990 (près de 30% dans la réalité). La facture pétrolière brutalement alourdie - suite à la crise du Golfe - a entraîné une dégradation de la balance des paiements. Le tourisme a diminué tandis que le service de la dette a représenté 30% de la valeur des exportations en 1990. Le gouvernement a décidé de ne pas pourvoir 40% des postes vacants dans la fonction publique et a envisagé de faire payer les services sociaux par les usagers.

C'est contraint et forcé que le président Daniel Arap Moi s'est résolu à autoriser le multipartisme, à la fin de l'année 1991. Le groupe consultatif de la Banque mondiale a suspendu toute aide financière au Kénya pour une durée de six mois lors de sa réunion à Paris les 25 et 26 novembre 1991, dans l'attente de réformes de fond tant dans les domaines politique qu'économique.

En effet, la corruption endémique a fini par exaspérer, d'autant plus que le recours à la répression n'a cessé de se banaliser. Les révélations sur l'implication d'un proche du président, le ministre de l'Énergie Nicholas Biwott, dans l'assassinat du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, en avril 1990, ont servi de catalyseur à une opposition déterminée. En dépit de quelques concessions de façade (remaniement gouvernemental, limogeage puis brève arrestation en novembre 1991 de N. Biwott en personne), le régime n'a pu se refaire une virginité à temps.

Les sanctions internationales ont accéléré les difficultés de l'économie déjà perturbée par la sécheresse. Les mauvaises récoltes de maïs ont entraîné des importations alimentaires coûteuses pour un pays lourdement endetté (plus de 5,5 milliards de dollars en 1990-1991) et confronté à un déficit budgétaire en accroissement sensible (5,3% du PIB). En février 1992, le Kénya ne disposait plus que de quatre jours de réserves en devises, alors que les bailleurs de fonds envisageaient de poursuivre le gel de leur assistance financière.

Bien qu'en difficulté, le président A. Moi n'a cependant pas renoncé à se maintenir au pouvoir. Tout débat sur d'éventuelles réformes constitutionnelles a été refusé tandis que le doute persistait, en juin 1992, sur la tenue d'élections législatives anticipées avant l'échéance normale de 1993.

L'opposition, légitimée dans son existence, n'a donc pas véritablement inversé le rapport des forces et s'est même trouvée fragilisée par l'incertitude calculée que le président a laissé planer. Il a su prévenir une désertion des membres du parti au pouvoir, la KANU (Union nationale africaine du Kénya), en brandissant l'arme des élections partielles pour tout élu qui ferait défection.

Les violences qui ont opposé, à partir de la fin de 1991, dans la Rift Valley et en Nyanza, des ressortissants de l'ethnie kalenjin à des membres des ethnies luo, luhya et kikuyu ont été attisées par le gouvernement qui cherchait à faire la preuve que le tribalisme est inhérent à toute politique de pluralisme. Fin avril 1992, on avait dénombré de 140 à 200 victimes. A Nairobi, ce sont les mères des prisonniers politiques qui ont fait face à la répression, tandis que les Églises chrétiennes, une fois de plus, ont dénoncé la responsabilité du pouvoir dans les exactions.

Les difficultés rencontrées par l'opposition ont été accentuées par ses divisions. Si le Parti démocratique de l'ancien vice-président Mwai Kibaki jouit d'une relative cohérence, sa représentativité est réduite. En revanche, le principal mouvement d'opposition, le FORD (Forum pour la restauration de la démocratie), a connu une intense bataille interne entre factions rivales dominées par des hommes politiques chevronnés (Oginga Odinga, Kenneth Matiba, Martin Shikuku) ou plus jeunes, mais pas moins pressés, tel le brillant Paul Muite.

Au cours de l'année 1992, le pouvoir en place a semblé avoir perdu l'essentiel de ses soutiens. Le clergé chrétien, tant protestant que catholique, souvent allié à des juristes, a poursuivi sa sape du régime en dénonçant la corruption, les atteintes aux droits de l'homme, la dérive autoritaire du gouvernement. L'apparition du multipartisme à la fin de 1991 a amplifié la crise du régime en proposant des programmes politiques et économiques viables. De plus, la reconnaissance des partis d'opposition n'a pas entraîné l'émiettement des forces politiques que l'on a constaté dans d'autres pays africains. Très vite, l'opposition s'est organisée autour de trois forces, FORD-Kénya (Forum pour la restauration de la démocratie), FORD-Asili et le Parti démocratique, dirigées par des hommes politiques expérimentés qui avaient occupé des postes importants au sein d'anciens gouvernements (respectivement, Oginga Odinga, Kenneth Matiba et Mwai Kibaki).

Néanmoins, le président Daniel Arap Moi a profité des querelles qui ont opposé les dirigeants des forces d'opposition et tenté d'accréditer l'idée que ces partis amenaient une ethnicisation de la vie politique kényane. Ainsi, des troubles graves dans la Rift Valley et dans l'ouest du pays ont opposé durant le deuxième trimestre de 1992 plusieurs communautés, laissant sur le terrain plusieurs centaines de morts et des dizaines de milliers de personnes sans domicile. Nicholas Biwott, un ministre proche du chef de l'État, déjà impliqué dans le meurtre d'un important leader politique, Robert Ouko, a été accusé d'avoir fomenté ces violences ethniques. Cependant, le discrédit de certaines personnes au sommet de l'État ne semble avoir affaibli ni le président, qui, en décembre 1992, s'est fait réélire avec 10% de voix d'avance sur son suivant immédiat, K. Matiba, ni l'ancien parti unique, la KANU (Union nationale africaine du Kénya), qui a obtenu la majorité absolue aux élections législatives.

Ces résultats auraient pu inaugurer une certaine libéralisation du régime. Ainsi, le 6 janvier 1993, sheikh Khalid Balala, un prédicateur musulman qui avait fondé le Parti islamique du Kénya (toujours non reconnu), provoquant ainsi son incarcération, et suscité des troubles importants à Mombasa, a été acquitté et remis en liberté. De même, Koigi wa Wamwere, un ancien député arrêté en 1990, a été relâché. Mais cette embellie n'a guère duré. Plusieurs journaux ont été censurés et, surtout, la session parlementaire a été suspendue "pendant quelques semaines" après une séance inaugurale émaillée d'incidents, le pouvoir semblant redouter une opposition qui est pourtant restée très divisée malgré ses succès récents aux élections municipales.

Cette difficulté à gérer la transition démocratique a mal auguré des négociations avec les organisations internationales et les pays occidentaux qui ont longtemps suspendu leurs crédits. Or, une aide extérieure était vivement souhaitée afin d'améliorer une situation économique difficile.

Les élections générales de la fin de 1992 ont reconduit au pouvoir le président sortant Daniel Arap Moi et son parti, la KANU (Union nationale africaine du Kénya), dont le régime autoritaire corrompu avait pourtant largement été dénoncé en 1992.

Les tensions et affrontements dans plusieurs régions ne s'en sont pas trouvés résolus. Ainsi le Nord-Est est-il apparu comme de plus en plus livré aux exactions des nombreuses bandes de pillards apparues dans les années quatre-vingt, à la suite des guerres civiles en Éthiopie et en Somalie. Dans cette zone, la souveraineté de l'État s'est révélée largement fictive. Sur la Côte, des révoltes urbaines ont plusieurs fois opposé les militants de l'Islamic Party of Kenya (IPK; Parti islamique du Kénya), toujours interdit, et les partisans des United Muslims of Africa (UMA; Musulmans unis d'Afrique). Dans l'Ouest, les affrontements communautaires dans la Rift Valley qui ont causé, en l'espace de deux ans, près d'un millier de morts et provoqué l'exode d'au moins 250 000 réfugiés ont repris sporadiquement avec la complicité évidente d'une élite trouvant un moyen commode pour ranimer des ethnicités fragiles et divisées (en particulier les identités kalenjin et luhyas) et de certains notables spéculant sur le rachat des terres et des commerces abandonnés par les populations persécutées. Les évêques catholiques et certaines Églises protestantes ont dénoncé ces pratiques avec d'autant plus de détermination que les élus de l'opposition se révélaient incapables d'adopter une stratégie cohérente pour lutter contre l'inertie de l'État. En effet, l'opposition parlementaire est apparue comme impuissante, marquée par de vifs ressentiments entre les dirigeants des trois principaux partis: Ford-Kénya (Forum pour la restauration de la démocratie), Ford-Asili et le Parti démocratique. La mort, en janvier 1994, d'Oginga Odinga, le responsable du premier, a semblé devoir amener un renouvellement au sein de la formation susceptible de faciliter une collaboration entre les opposants.

Durant toute l'année 1993, la situation économique s'est détériorée. Les citadins et en particulier les salariés ont subi de plein fouet une inflation de près de 40% (contre 27% en 1992). Ces difficultés ont stimulé un certain renouveau des activités syndicales. La direction de la fédération des syndicats, la COTU, a rapidement été remplacée, mettant fin ainsi aux velléités revendicatrices de certains. Cela n'a pas empêché une agitation parfois violente dans des branches du secteur public et notamment les universités. Le gouvernement a tenté de se "mériter" à nouveau une aide internationale largement tarie. Le nouveau ministre des Finances a donc amorcé une politique monétaire plus rigoureuse et assaini un secteur bancaire fragile. Il a proposé, en outre, toute une série de privatisations d'entreprises publiques.

En définitive, le régime en place a profité de sa nouvelle légitimité électorale pour regagner le contrôle du pays et verrouiller le système politique sans répondre aux frustrations de citoyens ayant de moins en moins d'occasions et de moyens de s'exprimer.

L'hémorragie de parlementaires de l'opposition rejoignant les forces de la majorité ne s'est toujours pas tarie: cinq d'entre eux ont rallié la KANU (Union nationale africaine du Kénya), l'ancien parti unique. Le parti dominant, qui n'a cessé de consolider son pouvoir, pouvait donc jouir d'une confortable majorité au Parlement, ce qui a permis à certains députés de proposer une réforme constitutionnelle accordant davantage de pouvoirs aux régions. Jusque-là, le gouvernement n'a pas donné suite à ces projets, l'élite en place étant assurée de rester à la tête de l'État et du Parlement pour une longue période. L'opposition s'est, en effet, révélée toujours aussi divisée. Ford (Forum pour la restauration de la démocratie)-Asili n'a pas mis fin à sa guerre des chefs et Ford-Kénya, qui s'est donné en janvier 1994 un nouveau président par intérim, Michael Kijana Wamalwa, a manifesté des difficultés à sauvegarder son unité. En effet, le premier vice-président du parti, Paul Muite, a fondé le 5 septembre 1994 une nouvelle organisation, le Mwangaza Trust, dont le projet très vague est de travailler avec les partis politiques et les ONG (organisations non gouvernementales) à la mise en place d'un nouvel ordre constitutionnel.

Les gesticulations des leaders de l'opposition cachaient, en fait, mal leurs difficultés à agir, notamment parce que la presse a eu de plus en plus de mal à sauvegarder sa liberté de manoeuvre, le pouvoir arrêtant ou expulsant les journalistes les plus volontaires. En dépit de la grève des universitaires et des médecins du secteur public à l'automne 1994, les syndicats ont hésité à s'exprimer et les organisations chrétiennes, qui ont joué un rôle important durant la démocratisation, sont restées muettes tout au long de l'année.

Dans ces conditions, le pouvoir a pu continuer de capitaliser les "nettoyages ethniques", amorcés dès 1991. En mars et avril 1994, certaines zones de la Rift Valley ont à nouveau connu des violences et plusieurs milliers de Kikuyu ont rejoint les camps de réfugiés. Au mois de mai suivant, huit Luo ont été tués à Mtondia (district de Kilifi, sur la côte) et quelques centaines de fermiers ont dû quitter la région.

Enfin, le gouvernement a bénéficié d'une certaine embellie de l'économie: l'inflation a considérablement baissé, certains agriculteurs ont profité de l'augmentation du prix du café et le tourisme a semblé surmonter une crise de fréquentation notable depuis la guerre du Golfe (1991). De plus, le Kénya a semblé pouvoir tirer profit de la reprise économique en Afrique de l'Est et australe en exportant les produits de son secteur industriel, plus développé que celui de ses voisins, et ce d'autant plus que la diplomatie kényane s'est livrée à une politique prudente vis-à-vis des pays de la région.

Ainsi, le Kénya n'entretient plus des relations crispées qu'avec l'Ouganda, accusé en février 1995 d'héberger le brigadier John Odongo, un exilé kényan qui aurait tenté de fomenter un coup d'État. En fait, il a semblé que le pouvoir utilisait ces péripéties internationales dans l'espoir de discréditer un peu plus l'opposition interne.

Arrivé au pouvoir dix-huit ans plus tôt, le président Daniel Arap Moi, profitant de l'impuissance d'une opposition en mal de structuration et de projets cohérents, a encore consolidé son emprise sur le pays. Certes, en mai 1995, Richard Leakey, Paul Muite, Robert Shaw et quelques autres ont annoncé la création d'un nouveau parti, Safina, mais n'ont pas réussi à le faire enregistrer, et ont été bastonnés par de jeunes membres du KANU (Union nationale africaine du Kénya, au pouvoir depuis l'indépendance) quand ils ont tenté, le 10 août 1995, d'assister au procès de Koigi wa Wamwere, un ancien député accusé de complot contre l'État à Nakuru. Cela n'a pas empêché Safina de prendre part, le 28 janvier 1996, à la fondation de l'Alliance nationale, une organisation rassemblant les principaux partis d'opposition (Ford-Kenya, Ford-Asili, Parti démocratique). Pour autant, cette structure avait du mal à prospérer, chacun des partis qui la composent étant particulièrement divisé.

L'équipe au pouvoir, quant à elle, préparait déjà les échéances électorales (présidentielle et législatives) de 1997. Ainsi, le président Moi s'est chargé d'attiser les divisions des partis adverses en recevant au mois de mars 1996 les leaders de Ford-Kenya, du Parti démocratique et le secrétaire général de Ford-Asili. En outre, les gouvernants se sont efforcés de museler la presse en interdisant les publications trop virulentes comme Inooro, la lettre d'information du diocèse catholique de Murang'a et en rachetant certains journaux comme le quotidien The Standard. Enfin, le gouvernement s'est répandu en discours populistes, dénonçant la corruption - le renvoi de hauts fonctionnaires de la Kenya Ports Authority et de la Kenya Revenue Authority cachait mal la responsabilité des politiciens - et la délinquance en constante progression; on en a profité pour accuser les étrangers.

Cependant, le meilleur atout du pouvoir restait la situation économique qui a semblé, en 1995 comme en 1996, s'améliorer. La rigueur financière des dernières années a paru porter ses fruits puisque l'inflation a baissé et que la crise bancaire s'est apurée. De plus, les cultures d'exportation (thé, café et pyrèthre) ont connu une bonne année. Les politiques monétaire et industrielle de l'État (privatisation partielle de plusieurs grosses entreprises et mise en place de zones franches) n'ont pas été pour déplaire aux investisseurs internationaux, à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI) qui avaient partiellement suspendu leur aide depuis quatre ans. Enfin, la création, au mois de mars 1996, du secrétariat de la Commission tripartite pour la coopération est-africaine, siégeant à Arusha (Tanzanie), a semblé augurer de la mise en place d'un vaste marché économique régional devant profiter avant tout au Kénya qui possède les plus importantes infrastructures industrielles de la région.

La perspective des élections générales de décembre 1997 a conditionné pendant plusieurs mois la vie politique du pays, ainsi que le fonctionnement de l'État. Si la victoire du président "sortant" Daniel Arap Moi et de son parti, le KANU (Union nationale africaine du Kénya, organisation au pouvoir depuis l'indépendance), semblait d'ores et déjà acquise, l'attitude de l'opposition apparaissait comme la plus sûre garantie qu'avait le pouvoir de rester en place.

En effet, depuis la reconnaissance du multipartisme en 1991, celle-ci n'a cessé de se diviser. Ainsi, le 31 décembre 1996, Raila Odinga et sa faction luo ont consacré les dissensions qui régnaient au sein de Ford-Kénya (Forum pour la restauration de la démocratie) en faisant sécession. Kenneth Matiba, leader de Ford-Asili, a eu du mal, quant à lui, à contrôler le groupe minoritaire dirigé par Martin Shikuku. Seul Mwai Kibaki n'a pas vu son autorité contestée au sein du Parti démocratique, les plus fortes personnalités du mouvement ayant déjà fait défection pour rejoindre le KANU. Par ailleurs, il paraissait impossible que les leaders de ces partis parviennent à s'entendre sur un candidat unique. En fait, la véritable opposition au régime semble être la société civile. Ainsi les organisations chrétiennes se sont-elles montrées toujours aussi virulentes pour dénoncer les dérives du régime.

Cette situation confortable du KANU explique que le pays n'ait pas connu de dérapages semblables à ceux qu'avaient amenés les précédentes élections générales, en 1992. Certes, le Kénya ne respecte pas l'intégralité de la politique d'ajustement structurel de son économie, conduisant le FMI (Fonds monétaire international) à ne pas verser la seconde tranche de son aide, mais la stagnation économique de l'année 1996-1997 a semblé davantage due au report d'investissements productifs caractéristique des périodes pré-électorales, qu'à l'irresponsabilité des dirigeants. Cette situation est apparue en partie compensée par les profits drainés par la construction de la Communauté est-afraine dont les industries kényanes ont tiré parti.

Pour autant, la direction du KANU a été sujette à des remous, le véritable enjeu n'étant pas les résultats des scrutins de 1997, mais la préparation de la succession du président Moi (au pouvoir depuis 1978) qui, dans cinq ans, ne devrait pas se représenter devant les électeurs. Depuis 1996, les factions du parti au pouvoir ont semblé se recomposer autour d'un clivage opposant le KANU-A (les réformateurs) dirigé par Simon Nyachae au Kanu-B (les conservateurs) qui compte dans ses rangs un proche du président, Nicholas Biwott, considéré par certains comme l'un des organisateurs des troubles ethniques de la Rift Valley, qui ont agité la région au début des années quatre-vingt-dix. Le 15 janvier 1997, un remaniement ministériel a redistribué les cartes en accordant des promotions aux membres du KANU-B et en sanctionnant le KANU-A. Le président entendait ainsi signifier que la succession n'est pas ouverte et qu'il restait durablement accroché à la tête du pays.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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