
ARTICLES DE LA PRESSE AFRICAINE
LE DERNIER DES DINOSAURES (Octobre 1997)
Aux premières loges de la
réalité kényane, le président Daniel Arap Moi,
ancien membre du gouvernement de Jomo Kenyatta, véritable potentat
coulé dans le même moule que les Mobutu et autres Habyarimana,
ses amis aujourd'hui disparus. Comme eux, Arap Moi a révélé
son vrai visage à l'orée des années quatre-vingt-dix,
alors que soufflait la vague de démocratisation sur l'Afrique. A
l'instar de tous les régimes autoritaires de la région confrontés
à l'option du multipartisme, celui de Moi s'est alors désespérément
accroché à ses prérogatives, semant la terreur et
ravivant les pulsions tribalistes. Dès 1992, les premières
élections législatives furent émaillées de
graves incidents fomentés par le Président et ses sbires
regroupés dans la Kanu, l'ex-parti unique. Après une réélection
sans surprise, qui doit beaucoup à la désorganisation de
l'opposition, Moi, en 1994, décide d'élargir sa base électorale,
et, pour ce faire, n'hésite pas à mener une politique de
répression Ct d'intimidation systématique destinée
à étrangler toute velléité d'opposition. Alors
que le génocide bat son plein au Rwanda voisin, des bandes armées
de Kalanjins, l'ethnie entamer des réformes du Président,
sèment la terreur dans la vallée du Rift peuplée de
paysans kikuyus (qui ont voté contre le dictateur aux premières
élections multipartites). Bilan plusieurs milliers de morts et plus
de trois cent mille déplacés.
Daniel Arap Moi a d'autant plus
de facilité à étendre cette politique que l'action
de l'opposition se révèle singulièrement inefficace.
Seul Richard Leakey, zoologue, président du parti d'opposition Safina,
a pu représenter un réel danger pour le pouvoir en place.
IL BÉNÉFICIMT AU DÉBUT
DES années quatre-vingt dix d'une popularité certaine qui
menaçait directement Moi et, à partir de 1995, il a basé
toute sa campagne sur la lutte anticorruption, d'où ses ennuis...
Il a perdu les deux jambes dans un accident d'avion que beaucoup avaient
interprété comme "un ultime avertissement." En 1995,
il a été fouetté
et lapidé, par des miliciens de la Kanu suppose-t-on. Si son parti
n'a pas été interdit - comme l'a été le seul
parti islamiste kényan, très populaire dans la région
de Mombasa -, c'est qu'il n'avait même pas été légalisé.
La communauté internationale, impuissante, s'était contentée
à l'époque de lancer des mises en garde qui ne furent, bien
entendu, suivies d'aucun effet, Si ce n'est que le Président fut
contraint, pour preuve de bonne volonté, d'organiser les premières
élections libres. Elles furent entachées de multiples fraudes
et irrégularités. Non content de semer le chaos dans son
propre pays, Moi décida de se mêler des affaires des pays
avoisinants. Après la victoire du Front patriotique rwandais (FPR)
en juillet 1994, il offrira l'hospitalité à tous les anciens
dignitaires rwandais et plus particulièrement à ceux qui
s'étaient pleinement compromis dans le génocide. Ainsi, à
l'époque, les belles villas de Nairobi furent mises à disposition
de Hassan Ngese, directeur du journal extrémiste Kangura, ou encore
d'Agathe Habyarimana, veuve de Juvenal Habyarimana. A plusieurs reprises,
le gouvernement rwandais réclama, en vain, l'extradition de ces
criminels qui menaient grand train, en toute impunité, dans la capitale
kényane. Alors que les relations entre les deux pays se détérioraient
au fil des mois, en 1995 un incident allait précipiter la rupture.
Il s'agit de l'affaire Francis Mugabo, du nom de ce diplomate rwandais
à Nairobi accusé par les autorités kényanes
d'avoir tiré sur Seth Sendashonga, ministre de l'Intérieur
sous la présidence de Faustin Twangiramungu, en exil au Kenya. Faisant
fi de l'immunité diplomatique, les autorités kényanes
décidèrent d'emprisonner le diplomate avant d'exiger de Kigali
de lever son immunité. il faut dire qu'à l'époque,
Moi affichait un total mépris à l'égard de ce nouveau
pouvoir rwandais qui avait mis fin au génocide. Loin de se laisser
intimider, Kigali répondit par la menace, etFrancis Mugabo fut relâché.
Mais les relations diplomatiques entre les deux pays étaient rompues.
CORRUPTION, TERREUR, TRIBALISME,
INCURIE I CE MÉLANGE
détonnant a donné
lieu à l'explosion que l'on connaît actuellement. Depuis mai
dernier, l'opposition manifeste afin de contraindre Arap Moi à entamer
des réformes constitutionnelles, avant les élections présidentielle
et législatives prévues fin 1997. L'enjeu est de taille dans
un pays où le Président détient tous les pouvoirs,
le Parlement se contentant de valider les décisions de la présidence.
L'opposition - conduite par Mwai Kibaki, Martin Shiku, Kijana Wamalwa,
James arengo et Onyengo Midiku - a donc incité la population à
descendre dans les rues de Nairobi dès le 31 mai. Deux jours auparavant,
le Président avait interdit cette manifestation, menaçant
ceux qui y participeraient des pires représailles. La promesse fut
tenue. Les forces de l'ordre n'ont pas hésité à tirer
sur une population aux mains nues. Au terme de cette journée, Nairobi
était défigurée. Le lendemain, de très nombreux
responsables et militants de l'opposition étaient arrêtés.
Toutefois, l'opposition ne baissa pas la garde, contrairement aux prévisions
du tout-puissant Président. Une formidable coalition nationale,
voire internationale, se dressera alors contre Arap Moi, et l'on a pu voir
les grèves succéder aux manifestations. Fait symptomatique
: pour la première fois, la classe moyenne s'est jointe aux habitants
des bidonvilles de Nairobi pour nourrir les rangs des mécontents.
Débordé, le pouvoir a eu recours à sa réplique
favorite la répression par les armes. Le 7 juillet, treize morts
jonchaient les trottoirs de Nairobi. Début août, réagissant
à un mouvement de grève des aiguilleurs du ciel, le pouvoir
décide de mettre deux cents grévistes sous les verrous. Le
Fonds monétaire international retire alors sa confiance au Kenya
en supprimant une aide de 36 millions de dollars mensuels. La contestation
populaire s'étend à Mombasa, deuxième ville du pays,
cité touristique sur le bord de l'océan Indien. Moi, en butte
à l'hostilité générale, va déployer
les méthodes déjà éprouvées dans les
années 1991, 1992 et 1994 : terroriser l'opposition intérieure
tout en intimidant l'opinion internationale. Alors qu'il prend à
témoin cette dernière en agitant le spectre du chaos, le
Président tient l'opposition pour responsable des troubles et multiplie
déclarations fracassantes et menaces explicites, le tout relayé
par la presse gouvernementale.
COURANT AOÛT, MOMBASA EST
À SON TOUR EN PROIE AUX pillages et aux meurtres. Le 13, on compte
quarante-six morts dans la région. Fin août, l'opposant Joseph
Njenga accuse Moi d'être le principal responsable de ces violences.
L'église anglicane, solidaire de l'opposition, se fait plus précise
dans la dénonciation de la terreur:
elle désigne, à la
base de ces toutes ces violences, des miliciens recrutés parmi les
jeunes chômeurs et qui seraient téléguidés par
le parti au pouvoir, la Kanu. Prudence Bushnell, de l'ambassade américaine,
déclare: "On a affaire à une terreur organisée." L'opinion
internationale s'émeut et treize pays occidentaux lancent un appel
pour dénoncer "un acte de barbarie". La France, qui ne s'engage
pas sur cet appel, aurait préféré une initiative spécifique
de l'Union européenne, marquant ainsi une nouvelle manière
de se désolidariser des Etats-Unis sur le terrain de la diplomatie
africaine.
La pression de la population et
de la communauté internationale aura porté ses premiers fruits.
Mi-juillet, Moi promet des réformes constitutionnelles et, simultanément,
rencontre un représentant du FMI. Face à l'opposition intérieure
et, surtout, à la condamnation des partenaires financiers, le Président
décide de lâcher du lest. L'affaire Balala en sera la preuve
la plus probante. Célèbre opposant, tribun musulman réfugié
en Allemagne, le cheick Balala décidait, mi-juin, de regagner son
pays. Par deux fois, dès sa sortie de l'aéroport il fut refoulé
par les forces de l'ordre.
L'homme, très populaire dans
la région de Mombasa, avait menace Moi de monter contre lui toute
l'opposition extérieure et de lui mener une guerre sans merci. Il
a pu enfin poser le pied sur la terre kényane à la mi-juillet.
Fragilisé, Moi ne peut plus
se permettre le luxe de se mettre les pays voisins à dos. Rappelons
que dès le début du mois de juin, une requête provenant
de Nairobi était adressée au gouvernement rwandais pour la
reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. Dans une des ambassades
rwandaises de la région, on murmurait que les relations ne reprendraient
que lorsque la question de la présence des génocidaires rwandais
au Kenya serait réglée. Etrangement courant juillet, un des
suspects accusé de génocide et détenu à Arusha
dénonce sept de ses "camarades" contre une remise de peine. La police
kényane les arrête aussitôt pour les livrer à
la justice du Tribunal international pour le Rwanda. En septembre, de source
diplomatique rwandaise, nous apprenions que la requête concernant
la reprise des relations diplomatiques des deux pays avait été
acceptée par le Rwanda et qu'un chargé d'affaires serait
envoyé très prochainement à Nairobi. Il semble évident
que la chute de Mobutu a subitement entraîné l'isolement de
Moi dans la région. Ce dernier entrevoit dans les événements
qui font trembler son régime une sorte de réplique du destin
de son ami déchu. L'issue du problème kényan est pourtant
loin d'être acquise. Les violences continuent d'ébranler et
d'ensanglanter le pays.
DANS cette CONFRONTAflON ENTRE
le pouvoir et les forces du changement, l'opposition demeure toujours aussi
divisée. Consciente du fait que
l'absence de cohésion
constitue une faiblesse initiale qui pourrait lui être fatale aux
prochaines élections, elle tente de se structurer. Récemment,
le NCA (National
Convention African) a créé
un conseil exécutif le NCEC, un appareil de combat qui, loin d'unir
les opposants, accentue leur division. La raison du désaccord: une
partie de l'opposition souhaiterait entamer les réformes constitutionnelles
après les élections, tandis
que les radicaux voudraient aborder
la présidentielle avec une nouvelle Constitution. Ainsi, seules
la brutalité de l'Etat et son incompétence largement reconnue
constituent un facteur d'union entre les opposants. Mais si ceux-ci ne
parviennent pas à établir dans les prochaines semaines une
plate-forme politique commune, ils pourraient, malgré eux, entraîner
le pays vers une réélection de Moi. Rappelons qu'en 1992,
l'émiettement de l'opposition lui avait permis de se faire élire
avec seulement 30% des voix. Alors que toute la sous région s'est
débarrassée des despotes issus des indépendances et
devenus les relais du néocolonialisme, le Kenya pourrait-il
se permettre de supporter, durant cinq ans encore, et par le biais d'une
nouvelle mascarade électorale, cette survivance des temps révolus
?
Le régime de Mol, outre qu'il
cumule tous les ingrédients d'un autoritarisme criminogène,
est traversé depuis des années par de nombreux scandales
financiers, dont le plus retentissant fut l'affaire Goldenberg,
du nom d'un homme d'affaires lié au pouvoir kényan. En 1992,
400 millions de dollars, soit 6 % du revenu national, furent versés
à des hommes d'affaires à titre de "subvention à l'exportation".
En fait d'exportation, il s'agissait d'énormes détournements
d'argent, et l'affaire dut être portée sur la place publique
lorsqu'on s'aperçut qu'il s'agissait d'exporter, entre autres, des
diamants, dont le Kenya n'a jamais été producteur. Une
vaste contrebande de café
fut aussi mise au jour. Bien entendu, ces magouilles financières,
fraudes et autres trafics d'influence ne pouvaient s'effectuer sans la
complicité des autorités locales. Les hommes d'affaires incriminés
ne furent jamais poursuivis, malgré les injonctions des Institutions
internationales.
L'ECHEC DE L'OPPOSITION (Février 1998)
C'est la deuxième fois que Arap Moï a été reconduit par des électeurs kenyans qui avaient pourtant en 1997, comme en 1992, plusieurs raisons de vouloir le changement. Les problèmes économiques d'un pays autrefois considéré comme l'un des plus favorisés se sont aggravés ces dernières années. Le chômage est très répandu, l'inégalité économique criarde. Le système kenyan de l'enseignement, longtemps admiré à juste titre, est en plein déclin. La violence et l'arrogance du gouvernement du Kenya African National Union (KANU), parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1963, et des gens d'affaires liés avec ce parti (tels les promoteurs immobiliers qui font raser des bidonvilles de Nairobi) sont notoires. La corruption aussi, dont plusieurs cas spectaculaires ont été largement décriés, comme le scandale des importations frauduleuses et superflues de sucre, minant l'industrie sucrière nationale. Les faveurs accordées à la région d'origine du président et à son ethnie, les Kalenjin, sont allées jusqu'à l'autorisation - si ce ne fut pas un ordre direct – donnée à des bandes kalenjin d'attaquer d'autres ethnies lors des violences de 1992 qui coûtèrent la vie à des milliers de citoyens.
Un régime largement décrié
Les méfaits du régime
Moi ont été souvent dénoncés par la presse
kenyane qui s'est distinguée par son le courage, déjà
sous le parti unique; par les dirigeants des églises chrétiennes
dont l'influence est grande; et par des opposants comme la célèbre
Wangari Maathai, universitaire très respectée en Occident
pour ses campagnes pour la préservation de l'environnement et pour
les droits de l'homme. La liberté d'expression, réelle depuis
le début de la décennie, a permis une flambée de critiques
à l'égard d'un régime toujours prisonnier des défauts
du monopartisme et de ses dirigeants, notamment Arap Moi lui-même
et surtout son homme à poigne et bras droit Nicholas
Biwott, un homme d'affaires richissime
et politicien spécialisé dans les coups bas; c'est lui qui,
très probablement, a organisé l'assassinat en 1990 d'un de
ses collègues en exercice, le ministre des Affaires Etrangères
Robert Ouko. Les critiques des Kenyans contre le régime Moi ont
trouvé un écho à l'étranger, surtout en Grande-Bretagne
où, durant les deux dernières années, le Kenya, sans
doute le pays africain le mieux connu des Anglais, a vu se dégrader
profondément son image de marque. Le gouvernement britannique a
souvent été amené à condamner la conduite du
gouvernement Moi; idem pour le gouvernement américain, bien que
Moi ait été parmi ses meilleurs alliés africains au
temps de la Guerre froide. Les critiques ont parfois été
accompagnées de suspensions de l'aide au développement, une
mesure que même le FMI a fini, à son tour par prendre l'année
dernière pour pénaliser le manque de transparence dans la
gestion de l'économie.
Mais alors, que s'est-il passé
? Un président parmi les plus vilipendés a été
réélu. Il n'importe pas qu'on le qualifie de "dinosaure",
qu'on le compare à Mobutu. Il reste au pouvoir; légalement
réélu, jusqu'à la fin de son mandat - son dernier;
dit-il - en 2002.
Aux élections législatives
organisées en même temps que les présidentielles, le
KANU a obtenu une courte majorité au parlement; soit 210 députés
élus et 12 nommés. Les chiffres définitifs montrent
le relatif succès des partis de l'opposition aux législatives
(en tout 107 sièges sur 214); cela confirme un fait déjà
évident:
Arap Moi doit sa victoire aux présidentielles
à l'incapacité des partis de l'opposition de s'unir pour
soutenir un candidat unique. En fait, la majorité des Kenyans paraît
avoir voté pour le changement: mais comme en 1992, il y avait trop
de candidats présidentiels promettant le changement, chacun promettant
de faire mieux que les autres mieux. Cette fois, plus précisément,
il y avait 14 candidats pour s'opposer à Daniel Arap Moi aux présidentielles,
dont quatre candidats de poids.
Aux élections de 1992, Kenneth
Matiba, Mwai Kibaki et Jaramogi Oginga Odinga, trois candidats de poids,
avaient obtenu ensemble bien plus de scrutins que Moi, qui est arrivé
quand même, avec 40,12%, à en gagner plus que chacun d'eux.
Après cela, des appels à l'unité derrière un
candidat unique contre Moi aux élections suivantes, se sont succédés.
En vain. L'unité s'est révélée impossible en
raison des ambitions et des rivalités entre les dirigeants politiques
et des divisions ethniques qui dominent la politique kenyane.
Dans un contexte où les partis
recherchent habituellement des soutiens sur une base régionale,
l'ethnie du président, tant accusée de domination, ne figure
pas, curieusement, parmi les plus importantes du pays. Mais tout en accusant
les Kalenjin, les Kenyans des deux ethnies principales - les Kikuyu et
les Luo - n'ont pas quand même pas été capables de
réaliser l'unité politique contre eux...
Les Kikuyus, au nombre de six millions
sur 30 millions de Kenyans, n'ont même pas réussi à
trouver déjà un terrain d'entente entre eux: Si le candidat
le plus sérieux parmi les concurrents de Moi, l'ex-vice-président
Mwai Kibaki, est kikuyu, six autres candidats battus aux présidentielles
ont estimé l'être aussi. D'ailleurs
les partis politiques n'ont pas
arrêté, ces dernières années, de se scinder
pour des considérations ethniques.
Le Forum for the Restoration of
Democracy (FORD), créé pour faire campagne pour le multipartisme,
s'est divisé en deux, même avant les élections de 1992
: Matiba dirigeait alors FORD-Asili et Odinga FORD-Kenya, tous les deux
étaient candidats à la présidence. Après la
mort en 1994 du vieux combattant Odinga, son fils Raila Odinga a perdu
une lutte à base ethnique pour la direction de FORD Kenya, remportée
par Kijani Wamalwa. Raila Odinga a alors créé le National
Democratic Party. FORD-Asili a également connu une lutte intestine
similaire et Matiba a été vaincu par Martin Shikuku. Aux
présidentielles de décembre 1997, Odinga, Wamalwa, Shikuku
étaient tous candidats, ainsi que Munyua Waiyaki, ancien ministre
des Affaires étrangères, plus tard secrétaire général
de FORD-Kenya, puis candidat du nouveau United Patriotic Party of Kenya.
Un bon niveau de transparence
Matiba était cependant le
grand absent des dernières présidentielles. On peut se demander
si cela a aggravé les problèmes de l'opposition ou non. Matiba,
arrivé en deuxième place en 1992, est resté populaire
dans les bidonvilles : mais l'opposition aurait-elle fait mieux avec 15
candidats au lieu de 14 ? Malgré des problèmes de santé,
la raison avancée par Matiba pour son refus de se présenter
était sa conviction que les conditions d'un scrutin transparent
n'étaient pas réunies malgré certaines mesures acceptées
par le gouvernement pour renforcer la transparence. La politique de la
chaise vide est une erreur souvent commise par les opposants africains;
en l'occurrence, les mesures de transparence arrachées à
Moi étaient largement considérées comme importantes.
C'était le résultat d'une puissante campagne de protestation
menée par des dirigeants
ecclésiastiques ainsi que
des députés de l'opposition; elle visait à obtenir
des réformes de
nature de réduire à
l'avance les nombreux avantages du parti au pouvoir dans le déroulement
des élections. Une liste des réformes réclamées
fut rédigée en juillet 1997 et la campagne fut menée
avec une unité impressionnante (mais limitée à cette
action...). Après y avoir répondu d'abord par les violences
policières habituelles, le gouvernement, contre l'avis des durs
comme Biwott, a fini par accepter plusieurs réformes qui ont été
adoptées par le parlement en novembre; l'ouverture de la Commission
électorale à des représentants de l'opposition, l'obligation
faite aux médias d'Etat de traiter tous les partis sur le même
pied d'égalité, notamment.
Malgré ces concessions, beaucoup
de Kenyans croyaient à l'approche du scrutin que Moi allait tout
de même truquer le vote s'il l'estimait nécessaire. Et le
jour des élections, le 29 décembre, des tentatives de fausser
les résultats n'ont pas manqué; le chaos administratif regrettable,
observé dans plusieurs élections africaines, n'était
pas, non plus, totalement innocent - il fut cependant bien pire en Tanzanie
en 1995, par exemple, qu'au Kenya - et les violences ont fait des morts.
Mais ni les violences, ni les truquages ne sont la cause de la victoire
d'Arap Moi. Quand il disait avant le scrutin: "Personne ne doitl imaginer
que je vais perdre", il pouvait bien miser sur le manque d'unité
parmi ses opposants.
Moi a gagné à cause
de la multiplicité des candidats de l'opposition, dont les plus
importants étaient Mwai Kibaki (31,09%), Raila Odinga (10,92%),
Kijani Wamalwa (8,29%), et Charity Ngilu. Cette dernière était
une candidate-surprise qui n'avait pas été au premier plan
de la politique, mais dont la popularité grandissait rapidement
en 1997. Femme d'affaires de 45 ans, de l'ethnie Kamba, Charity Ngilu faisait
une campagne déterminée contre la corruption et les méfaits
du gouvernement, avec son parti le Social Democratic Party. Elle refusait
de distribuer de l'argent aux électeurs, comme le faisaient des
partis de l'opposition ainsi que le KANU. En appelant au véritable
changement de moeurs, elle suscitait beaucoup d'espoirs de changement,
et on prévoyait qu'en cas de deuxième tour entre Charity
Ngilu et Daniel Arap Moi, une femme deviendrait président d'un pays
africain pour la première fois - avec l'aval enthousiaste des bailleurs
de fonds. Mais certains ont espéré à tort que la multiplicité
de candidatures pouvait coûter à Moi la présence au
second tour Avec ses 7,71%, Charity Ngilu n'est finalement qu'un des nombreux
perdants.
Charity Ngilu est reconnue comme
exceptionnelle. Parmi les autres opposants vaincus, quelques-uns avaient
été membres influents du régime KANU, comme Kibaki,
tandis que d'autres sont mal placés pour condamner le régime
pour incitation aux rivalités ethniques et la corruption. Néanmoins,
on retiendra surtout la division comme la principale cause indiscutée
de la défaite de l'opposition. Elle a oublié un texte biblique
que les dirigeants chrétiens si influents en son sein connaissent
bien: "Toute maison divisée périra"
PROBLEME AU NORD-KENYA (Janvier 1999)
The elder stooped to collect the
pitiful remains of five-monthold Mohamed Said, wrapping the bones in a
blood-stained orange cloth together with his mother's amber necklace beads
found hanging on a thorn bush. Hyenas had got to his tiny body before the
burial team. And even now, shaggy-necked vultures, fat on human flesh,
eyed us from their treetop perches around the rocky watering hole.
Already we had counted the graves
of 60 victims of the massacre, hastily dug at night by the light of fires
and marked by mounds of stones. Kher Abduliahi, who guided us back to the
site, showèd us where he and other survivors had buried Shimaya
Aden with her young daughter and the twins she had given birth to prematurely
after being shot by the raiders. A few yards away a purpie canvas child's
shoe and an orange flip-flop lay by the grave of Halima Isaq, buried with
her three children.
Survivors recounted how the raiders
struck around dawn on October 24, 1998, surrounding an ancient volcanic
crater in the Wajir district of Kenya's Northeast Province. The
nomadic Degodia herdsmen, of Somali origin like most inhabitants
in the area, had driven their animais to the crater for the lush, wet season
grazing. Well-armed, and with military precision, the assailants rampaged
through the seasonal settiements - Tuli, Buthutha, Jerar and Tularoba.
Women and children were their first
victims. They had been left to pack Up the household items and grass rolling-mats
for an escape that was never made. The Degodia men, trying to save their
precious livestock, were no match for the învading army that was
made up, according to many eyewitness accounts, of the nonSomali Boranas
and Cabbras from the neighbouring Moyale district and Oromos from Ethiopia
who have forged links with the Boranas Despite govemment denials it is
an open secret that fighters from the rebel Oromo Lîberation Front
have had bases inside northern Kenya, which borders Ethiopia, for some
time. The raiders rounded Up 17,000 head of cattie, camels, sheep and goats,
a valuable booty, and herded them away.
Govemment officiais made a Iew apathetic
forays to the area of the attack but did not attempt to record accurately
the number of people killed. No one pursued the raiders The security forces,
witht helicopters and aircraft at their
disposal, failed to track down the
huge herd of animals that could easily have been spotted from the air.
Theories of a conspiracy at some high level of government began to abound.
Panic spread in the aftermath of
the massacre and thousands of people fled with their livestock towards
Wajir town and other centres for safety. The wheels of justice remained
stili and Wajir seethed with a primai desire for revenge.
In a special parliamentary debate
three weeks later, Adan Keynan, MP for Wajir West and member of the opposition
SAFINA party, announced that 187 people from his constituency were known
to have died in the raid and that 48 others were missing, presumed dead.
Accusations rained from both sides of the house, with Mohamed Mohamud,
the running KANU party MP for Wajir Fast threatening to quit his party
if the government did not change its attitude to the mostly Somali nomadic
communities of the neglected northeast. "We are treated like second- class
citizens," he said. "Somalis are taken as living in the eighth province.
We always come last During the debate, one MF from
Ianother area apparently muttered,
"Let them kill themselves."
For years, northeastern Kenya, with
its largely flat, featureless, drought-prone terrain, has been plagued
by inter-clan conflict and banditry.
Under the British colonial govemment, the area was declared ciosed under emergency rules that required permits to travel in or out. While the settlers logic was to protect the health of their animals further south and their monopoly of the livestock market, the emergency laws restricting movement were inherited by the post-independence govemment and were lifted only as recently as 1992 after the advent of multi-party politics. Traditional clan rivailites over grazing and water were exacerbated by the colonial imposition of strict administrative boundaries that adhere today.
Violence took a flrm hold in the
first years after independence, when bandits known as shifta fought as
organised clan armies, pressing for the results of a 1959 referendum to
be honoured in which the province had voted to secede from Kenya and join
neighbouring Somalia.
The secessionist movement disintegrated
and the shifta resorted once again to
clan-based banditry. Guns flow freely
through the province, seeping in across the porous borders with Ethiopia
and anarchic Somalia. Little is done to police these borders or to control
the traffic in arms. Bullets are "sold like potatoes", according
to the Kenyans. The guns have not only increased the level of insecurity
in the northeast itself, but have also undoubtedly fuelled the rising crime
in Nairobi and other parts of the country.
Such a history has contributed to what analysts describe as the "attitude gap" that now separates Northeastern Province from the rest of Kenya. The authorities have designated it an area of hardship for civil servants. So administrators are posted there for a maximum of 18 months, typically building littie commitment to the area. Few people from this country's gentier landscapes would choose to be sent to Kenya's so-called 'Wild West', and many arrive thinking they have crossed into Somalia
T he province has fallen far behind
the rest of the country in every aspect of life. Statistics
gathered in 1992 -the last time a major survey was attempted - show that
up to 70 percent of the pastoralists in Wajir district have little or no
access to essential services. Infant mortality rates are seven times higher
than the national average. More than 87 per cent of the people are illiterate
and fewer than ten per cent of livestock are immunised against disease.
It's almost as if the govemment
forgets that 60 per cent of the country 15 arid and semi-arid and inhabited
by people whose livelihood is derived solely from animals. At the time
of the survey, the ministry of agriculture and livestock had posted 150
crop staff but fewer than ten veterinary specialists to Wajir district.
Policy-makers concentrate on ways of improving national exports of coffee,
green beans and flowers, but ignore the potential of meat. Northeastern
Province does not even have a slaughterhouse. Chronic underdevelopment,
analysts argue, has fuelled insecurity as creeping poverty embellishes
the lure of earning a living by the gun.
The government would much rather
pretend that Northeastern Province did not exist. "NEP: Nothing
Except Problems," officiais tell you wryly.
Indeed, when the electoral commission
announced the results of the 1997 general elections, much of the area,
submerged by El Nino floods, had not even voted. Communities were already
weakened by Rift Valley Fever, a mysterious epidemic that claimed scores
of lives, with the governinent barely batting an eyelid.
When President Moi paid a half-day
visit to Wajir in November, he chided the local clan eiders for not sitting
down to resolve their differences before they escalated into
large-scale killing. But the elders argue that their traditional methods
of reconciliation and justice have been eroded. Once upon a time misbehaviour
would have been punished by hanging the offender from a tree for a day,
or by slaughtering his best camel for food. Nowadays that is outlawed as
primitive, but modem practices of law and justice are barely enforced here
as an alternative.
The names of Mohamed Said, Shîmaya
Aden, Halima Isaq and the rest of the 187 people killed on October 24 are
not recorded in any police files. This massacre will doubtless feed the
bloody cycle of violence that revolves unchecked in the northeast.
LA MISERE AU KENYA (Juin 1999)
Long before first light, andbefore
the roar of commuter traffic begins, thousands of workers start the long
trudge from the sprawling Kibera slum to the factories of Nairobi's Industrial
Area. Drifting out of the mud lanes between the densely packed shacks,
more and more people join the trail of walkers that snakes three abreast
up the hill. In the distance, the pinkish sky glows over the nafional park
although few of the walkers spare themselves the luxury of a
glance.
Kenya today ranks as the 22nd poorest country in the world with a per capita GNP of $280. Those with jobs in the factories are probably classed among the lucky ones. More than haif the populafion has to survive on less than $1 a day. They include most of the residents of the burgeoning urban slums like Kibera, where an average farniiy lives in a one-room shack without running water, electricity or a toilet. Wages are pitiffilly low and most of these workers are casual labourers.
Taking a bus to and from the factory's
every day would cost more than they earn. Surviving on one meal a day,
usually of the staple maizemeal dough, ugali, and boiled spinach, is normal.
Poverty, Kenyans tell you with irony,
is the country's biggest growth industry. One indicator is the falling
rate of enrolment in schools. Around a third of children of scbool age
in Nairobi don't go to school because their parents can't afford the tees.
The govemment is ail but broke and the capital city shows ail the signs
of an economy well-advanced in decline. The city council stopped providing
rubbîsh collection services to most areas long ago and piles of stinking
refuse pose unseemly but now familiar landmarks. Boys and old men dressed
in rags forage in the rubbish for anything salvageable. Downtown business
areas like Kirinyaga Road, the place to go for spare parts, are ail but
unreachable because of the crater-like potholes that you navigate at your
peni in a small car.
In broader terms, every key sector
of the economy is troubled. Tourism, once the country' s biggest
foreign-exchange earner, has slumped to an ail time low.
Hotels at the coast have closed
down and many of those remaining in business have laid off staff. Struck
by the wave of pre-election political violence in 1997, Kenya has struggled
to recover its image as a holiday destination. Poor infrastructure, high
prices, low standards of service and rising crime are keeping tourists
away.
Tea, coffee products, subject to
world prices, are assets to Kenya, but littie trickle-down effect from
these resources. Small-scale tea growers demonstrated in Nairobi recently
complaining that the profits that belonged to them were being siphoned
off by the government-run Kenya Tea Deveiopment
Association. Cross mismanagement
ttnd corruption have eroded the profitability of most agricultural sectors
- tea, coffee, sugar, maize, milk. Liberalisation has failed to free farmers
from the burden of control by inefficient govemment bodies.
There is money to be made, of course,
and a small number of people continue to make it by fair means or foul.
Kenya is said to have the third-largest gap between rich and poor in the
world. Here it is no contradiction to talk about cconomic crisis while
new luxury shopping mails spring up every month, and the ranks of the wa
Benzi - those who drive flashy Mercedes vehicles - swells.
The tact that the economy is in dire
straits was spelled out by the former finance minister Simeon Nyachae.
His frankness may have contributed to his downfall earlier this year. His
successor, Francis Masaichalia, is tryîng to persuade the International
Monetary Fund and World Bank to resume desperately needed foreign aid frozen
because of officiai corruption.
Chris Kirubi, chairman of the Kenya
Association of Manufacturers, says the depression this year is even greater
than last year. "There are many things to
blame," he said. "Low purchasing
power of the consumers, corruption, bad infrastructure such as the roads,
power and water; taxation is to heavy and the cost of raw materials is
too high. There's a catalogue of things to be done and the govemment must
join hands with the private sector and decide on action."
With the poor getting poorer, successful
businessmen like Mr Kirubi know that the future depends on stopping the
economic rot. "We surely need to expand our economy, otherwise the instability
and insecurity will set in to this nation and we will flot have a Kenya
that we ail know."
It's galling for Kenyans to read that public money is still disappearing at a rapid rate despite the crisis. The latest report by the audîtor-general said President Moi's office had spent 3.1 billion shillings ($46.2 million) in 1997-8, taken from govemment accounts without the supporting documentation - in other words, receipts - to "confirm its propriety". The ministries of defence and transport were accused of misusing funds, wîth decade-old defence projects costîng more than $50 million never having been completed.
At a grand ceremony earlier this
year, Moi launched the National Foverty Eradication Flan, ostensibly aimed
at implementing measures to tackle the scourge of poverty. But on past
record, the govemment has proven reluctant to involve fully stakeholders
such as poor peopie themselves and their representatives.
At the jua kali workshops at Kamukunji,
on the seamier side of the city, the sound of hammering is deafening. Jua
kali (literally "cruel sun") refers to the metalworkers and carpenters
who labour in the open, often at the roadside, as part of Kenya's vast
informai sector of industry. "The govemment does nothing for us except
terrorise us," said Joel, sitting beneath a tattered umbrella. Jua kali
workers, hawkers and kiosk vendors -who represent the spirit of hard work
and entrepreneurship - suffer frequent harassment by the security forces,
including destruction of their wooden structures and wares. Far from building
the economy, the govemment punishes many of its strongest contributors.
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental
Site infobeat

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier