
MARTIN LUTHER K I N G
A) B I O G R A P H I E ( Résumé)
Martin Luther King est né
en 1929 à Atlanta (Georgie). Il est issu d'une famille très
pieuse, son père est pasteur baptiste et sa mère est institutrice.
Son père est engagé dans diverses organisations pour l'amélioration
de la condition des noirs.
L' enfance de M.L. King est aisée.
King est entré à l'école publique en 1935,
passe ensuite dans une institution privée, l'école expérimentale
de l'Université d'Atlanta, puis fréquente l'école
secondaire Booker T. Washington. Il est bon élève, saute
des classes et commence des études Universitaire au Morehouse College.
A cette époque, il pense entreprendre une carrière juridique.
Au cours de ses études, King décide d'embrasser une
carrière pastorale.
En 1947, il devient pasteur
adjoint de la paroisse de son père. Pendant les vacances
de Morehouse college, il travaille comme ouvrier et magasinier
ce qui lui permet de partager la triste condition des masses.
En 1948 , M.L. King quitte Atlanta
pour se rendre à la Faculté de théologie Crozer (Pennsylvanie).
King est un étudiant modèle dans cette faculté fréquentée
par une majorité de blancs. Il trouve le temps de suivre des cours
complémentaires de philosophie. Il lit en dehors des cours plusieurs
auteurs dans le but de trouver une méthode intellectuelle pour éliminer
les plaies de la société.
En 1950, il découvre la philosophie
non-violente de Gandhi et Thoreau. Tous deux estiment que la force
de résistance non-violente de la part d'une minorité est
énorme, dès l'instant ou l'on a l'inébranlable volonté
de remporter la victoire et que l'on est prêt à payer le prix.
En 1951, il reçoit son diplôme
de la Faculté de théologie Crozer. On lui attribue le lauréat
du meilleur étudiant et une bourse pour lui permettre de poursuivre
ses études.
La même année, M.L.
King s'inscrit aux cours de philosophie de l'Université de Boston.
Il étudie la philosophie personnaliste qui affirme que la personnalité
est la clef permettant de comprendre l'univers et que, non seulement l'homme,
mais aussi Dieu est, comme le dit King "suprêmement personnel".
En 1953, M.L. King épouse
Coretta Scott. Sa femme possèdait un diplôme pour travailler
dans l'enseignement, mais suite à des problèmes raciaux
pour trouver un poste de travail, elle décida de poursuivre des
études de chant au conservatoire.
En 1955, M.L. King se voit
décerner un doctorat en philosophie avec spécialisation en
théologie systématique. A cette époque déjà,
il s'était acquis une solide réputation de prédicateur
et d'orateur.
En cette même année,
on lui demande d'assurer la tache de pasteur dans une église de
Montgomery (Alabama).
C'est dans cette ville du Sud que
M.L King entamera la grève des bus qui va durer 382 jours.
Il faut bien se rendre compte
du fossé existant entre les Noirs et les Blancs à cette époque
:
- 63 % des femmes Noires sont
employées comme domestique.
- 48% des hommes Noirs sont employés
comme ouvriers ou comme domestiques.
- Les salaires des Blancs sont deux
fois plus élevés que celui des Noirs.
- Les écoles sont différentes
pour les deux races.
- Sur les 30 000 Noirs présents
à Montgomery, il n'y a seulement que 3000 électeurs.
- Les places dans les bus sont différenciées
par rapport à la couleur de peau.
- Les Noirs ont l' interdiction
de prendre le taxi.
M.L King propose des méthodes visant à améliorer la situation : 1) modification de l'attitude des individus. 2) mettre fin aux excès. 3) par l'éducation, transformer les sentiments négatifs. 4) par des actions législatives et juridiques, contrôler les effets extérieurs de ces sentiments.
C'est Rosa Parks qui déclencha
ce que l'on a appelé à l'époque " l'affaire de Montgomery
". En effet, elle refusa de céder sa place à un Blanc dans
un bus, ce qui la conduit directement en prison.
Par suite d'une extraordinaire convergence
de forces, parce que ce moment était l'aboutissement d'un mouvement
qui se préparait depuis des décennies, l'arrestation de Rosa
Parks fit ce qu'aucun autre événement, si horrible fut il,
n'avait réussi à faire : elle unifia et concentra le mécontentement
d'une communauté noire toute entière.
A la suite de nombreuses réunions,
la communauté noire de Montgomery décida de boycotter les
bus de la ville. Cela eut un succès considérable.
Le 21 décembre 1956,
la ségrégation est abolie dans les autobus de
Montgomery. A la fin de la campagne de boycottage, King est devenu
un leader à l'échelle nationale, ayant acquis un soutien
populaire d'une profondeur et d'une ampleur inconnue en Amérique
depuis le temps de Booker T. Washington .
Le 10 et 11 janvier 1957, création
de la Southern Christian Leadership Conférence (SCLC). Elle est
constituée de soixante leaders noirs, pour la plupart des pasteurs,
appartenant à dix états du Sud. L'organisation, comme l'indiquait
son nom initial, s'intéressait surtout à la ségrégation
dans les transports en commun et à l'inscription sur les listes
électorales. La même année, King est invité
officiellement au Ghana afin de célébrer l'indépendance
du pays.
Le 19 septembre 1957, King est poignardé
par une démente dans un grand magasin de Harlem. Il est sauvé
de justesse après trois heures d'opération.
En juin 1958, King est reçu
par le président Eisenhower. Le pasteur lui demande son appui dans
le combat qu'il mène pour l'égalité. Le président
des Etats Unis lui répondra : " Je ne crois pas que l'on puisse
changer le coeur des hommes avec des lois et des décisions".
En octobre 1958, il décide,
sur l'invitation de Nehru (premier ministre indien, disciple de Ghandi),
de se rendre aux Indes.
En 1959, un programme est mis en
oeuvre par la SCLC pour accomplir sans violence des actions interdites
en acceptant d'en payer le prix. Les techniques de lutte se diversifient
: " Le sit-in " devient l'arme de choix. Les Noirs envahissent tous les
lieux où règne la ségrégation, ils s'assoient
et ne bougent plus.
En 1960, King est arrêté
lors d'une manifestation de protestation dans un grand magasin (douzième
arrestation depuis 1956). Il est condamné à quatre mois de
travaux forcés. Il est libéré sous caution grâce
à Robert Kennedy, frère du sénateur et directeur de
sa campagne électorale. Cette démarche permis à J.F.
Kennedy, selon des spécialistes de la campagne de l' époque,
de l'emporter d'un cheveu sur R. Nixon.
En 1961, le CORE (Congrès
pour l' égalité raciale) organise des "voyages de la liberté
" dans le Sud afin de démontrer que malgré les lois, la ségrégation
dans les transports entre états existe toujours. Les voyages de
la liberté consistaient à organiser des trajets en autocar
qui regroupaient des Noirs et des Blancs.
La même année, King
subit sa première défaite à Albany en Georgie. En
effet, lors des réunions avec la municipalité, les dirigeants
Noirs n'obtiennent aucune concession. King renonce à la lutte et
quitte la ville. Cet épisode constitue une défaite atterrante
pour King et le mouvement de la liberté. Les manifestations assises
et les "voyages de la liberté" leur avaient donné une confiance
excessive dans le pouvoir de manifestation.
Le 16 octobre 1962, King est reçu
par le président Kennedy à la Maison-Blanche. Cette rencontre
n'apportant rien de concret, le pasteur comprend qui faut redescendre dans
la rue.
Le 3 avril 1963, King débute
sa campagne à Birmingham (Alabama). Les premiers jours d'avril,
policiers et manifestants s'affrontent. Le 2 mai 1963, King prend
la responsabilité d'envoyer des milliers d'enfants Noirs aux premières
lignes d'une bataille que policiers et pompiers livrent à
coups de matraques et de lances à incendie. Les medias délivrent
des images d'enfants maltraités, ce qui ne manque pas de marquer
l'opinion publique.
Fort de son succès, King
organise la même année les célébres marches
de la liberté qui réunissent respectivement 125 000 manifestants
à Detroit et 250 000 personnes à Washington dont 60 000 Blancs.
C'est à cette occasion qu'il prononce le fameux discours qui
débute par cette phrase : " I made a dream...".
A 34 ans, il est élu homme
de l'année par le magazine TIME.
En 1964, M. L. King se voit décerner
le Prix Nobel de la paix. Paradoxalement, au moment où le Prix Nobel
le mène au sommet de la gloire mondiale, son audience en Amérique
semble décliner. En effet, beaucoup de ceux qui s'inclinent devant
King-symbole mettent désormais en doute l'efficacité de King-leader.
Jusqu'en 1964, la non-violence que prônait le pasteur donnait des
résultats. Mais les années qui suivirent seront marquées
par des émeutes dans des villes comme Chicago, Los Angeles, San
Francisco...
D'une manière générale,
les Noirs des grandes villes et surtout des ghettos se tournent vers les
leaders de mouvements plus radicaux.
Le 4 Avril 1968 M. L. King est assassiné
à Memphis dans le Tennessee, où il préparait
une manifestation antiségrégationniste.
B) I N S P I R A T I O N S
- " Désobéissance civique " de Thoreau . Celui-ci est fasciné par l'idée de refuser un système mauvais: premier contact de Martin Luther King avec la théorie Non Violente. L'idée de la résistance passive, la certitude que le monopole de la vérité n'appartient pas toujours aux plus nombreux, vont entrer dans l'esprit de Martin Luther King et n'en sortiront plus.
- Walter Rauschenbusch " Christianisme et crise sociale " . Il déclare que l'évangile est destiné à " l'homme tout entier ", pas seulement à son âme mais aussi à son corps : il ne vise pas uniquement sa santé spirituelle, mais aussi son bien-être matériel.
- " Généalogie de la morale et Volonté de puissance " de Nietzche. D'après lui toute vie exprime la volonté de puissance. Elle découle directement du mépris de la morale ordinaire. Il reprochait à la morale biblique, qui enseigne la piété, l'humilité, le renoncement au monde et l'acceptation de la souffrance, de n'être qu'une glorification de la faiblesse, de présenter la misère et l'impuissance comme des vertus. Il attendait l'apparition d'un surhomme, qui différerait de l'homme actuel autant que celui-ci diffère du singe.
- " Le Capital et le Manifeste Communiste " de Karl Marx. Le marxisme est un système philosophique fondé sur le matérialisme dialectique, l'interprétation matérialiste de l'histoire et la lutte des classes, c'est-à-dire de la société bourgeoise et du prolétariat, qui se terminera par le triomphe de ce dernier, et l'instauration d'une société sans classes. M.L King se livrera à une critique approfondie du communisme.
- Différents ouvrages sur l'oeuvre et la vie de Gandhi . Martin Luther King trouva dans la doctrine de Gandhi un cadre pour le courant impétueux d'espoirs, d'idées et de sentiments qui commencaient à s'organiser en lui.
- Hegel " Phénoménologie
de l'Esprit " et " Philosophie de l'Histoire et du Droit" . La philosophie
de Hegel prétend atteindre à la connaissance absolue de la
réalité, dans l'identité du sujet et de l'objet, par
le moyen de la dialectique . Cette dialectique tient en trois démarches
successives : la thèse, l'antithèse et la synthèse.
" Tout ce qui est réel est
rationnel, tout ce qui est rationnel est réel ". Le conflit qui
caractérise la moralité est résolu dans la vie réelle,
et non dans la vie future comme chez Kant. Doctrine utilisée par
Karl Marx .
- Différents ouvrages de Reinhold Niebuhr et en particulier " L'homme moral et la société immorale ". Pour cet auteur, la résistance non violente n'a de chances de porter des fruits que si le groupe auquel elle s'oppose n'est pas dépourvu de moral. Il aida M.L King à reconnaître la complexité du phénomène social et la réalité brutale du malheur collectif .
- E. Franklin Frazier " Black Bourgeoisie ". Pour lui, de nombreux Noirs sont surtout préoccupés d'obtenir des privilèges et d'accéder au rang de petits bourgeois. Ils sont beaucoup plus soucieux de leurs signes extérieurs de richesse que de la cause de la justice, et ne sont probablement pas prêts aux épreuves et aux sacrifices qu'exige l'action non violente. Par chance, dit M.L King, il suffit qu'une poignée de Noirs fasse preuve de non-violence pour en entraîner des centaines à l'adopter comme simple technique.
- Arnold Thornbee " A Study of History ". Il écrit que ce sera peut-être le Noir qui donnera à la civilisation occidentale le nouveau dynamisme spirituel dont elle a tant besoin pour survivre.
C) P H I L O S O P H I E
1) R E L I G I ON :
Pour King, une religion fidèle
à sa vocation doit se préoccuper des conditions d'existence
de l'homme. Cela implique qu'elle tienne compte de la destinée terrestre
aussi bien que spirituelle de l'humanité, du temps comme de l'éternité.
Elle recherche l'unité, non seulement entre Dieu et les hommes,
mais aussi parmi les hommes.
M. L. King déclare : " Toute
religion qui prétend se soucier des âmes et qui ne se soucie
pas des taudis ou elles se damnent, de la misère qui les étouffe
et de la situation sociale dans laquelle elles s'étiolent n'est
qu'une parodie de la religion."
Selon M. L. King, l'universalité
de l'Evangile fait que la ségrégation est injustifiable.
Il s'exprime en ces termes : " En Christ, il n'y a plus ni Juif, ni Grec,
ni esclave, ni homme, ni Noir, ni Blanc. La mission de l'Eglise a toujours
été d'élargir les horizons, de remettre en question
le status quo, d'aller contre les usages reçus. Différentes
taches, bien précises, lui sont offertes. Pour commencer, il faudrait
qu'elle s'attaque aux racines même du préjugé racial,
ce que la loi ne peut faire. L'Eglise pourrait faire beaucoup en corrigeant
les croyances populaires. Par sa vocation catéchistique, elle a
la possibilité de démontrer le non-fondé des préjugés
raciaux. C'est à elle de souligner que les Noirs ne sont pas moins
doués que les autres pour les études et l'apprentissage de
l'hygiène et de la morale. Elle peut également aider à
faire comprendre les véritables intentions des Noirs; à faire
savoir qu'ils ne cherchent pas à dominer le pays, mais simplement
à vivre en citoyens à part entière, avec toutes les
responsabilités que cela entraîne. Elle peut aussi contribuer
à abolir les préjugés aussi répandus que stupides
concernant les mariages interraciaux, en affirmant que le mariage est une
affaire strictement personnelle, qui doit se décider en fonction
des qualités de l'individu ".
Pour Martin Luther King, la relation
entre Dieu et l'homme est primordiale : " Pour aider les hommes à
fraterniser, l'Eglise doit surtout attirer leur attention et leurs pensées
sur la personne même de Dieu. La plupart des problèmes qui
se posent actuellement à l'Amérique s'expliquent par la peur.
Il ne s'agit pas seulement de libérer le Noir des chaînes
de la ségrégation, mais aussi de libérer ses frères
Blancs des entraves ou les tient la terreur de l'intégration. Or,
l'un des meilleurs moyens de se délivrer de la peur consiste à
centrer sa vie sur la volonté et le dessein de Dieu. La première
Epître de Jean ne dit elle pas : " l'Amour parfait bannit la crainte
". L'Eglise doit sans cesse rappeler à ses fidèles que l'homme
est plus en sécurité quand il consacre sa vie aux exigences
de Dieu, que lorsqu'il obéit aux exigences éphémères
de l'homme. En fait, l'homme a deux patries : il vit à la fois dans
le temps et dans l'éternité, au ciel et sur la terre ".
Martin Luther King insiste sur le
fait que l'Eglise doit prendre position dans la lutte contre la ségrégation
: " Pour contribuer à résoudre le problème racial,
l'Eglise devrait également prendre la tête des réformes
sociales. Il ne suffit pas, en effet, de rester dans le domaine de la pensée;
il faut descendre dans l'arène de l'action sociale, en commençant
par abolir la ségrégation au sein même de l'Eglise.
Que l'Eglise est riche en paroles et pauvres en actes ". " Ce serait
l'une des tragédies de l'histoire chrétienne si un historien
futur pouvait dire qu'en plein 20 ème siècle, l'Eglise fut
l'un des derniers bastions de la ségrégation. Enfin, l'Eglise
doit être ouverte aux problèmes sociaux du monde. Elle a pour
devoir de maintenir les contacts entre la communauté Noire et la
communauté Blanche. Elle doit protester activement contre les injustices
que subissent les Noirs en matière de logement, d'enseignement,
de protection policière et juridique. Gardienne de la vie spirituelle
et morale de la société, l'Eglise ne peut rester indifférente
à ces fléaux sociaux.
En dernière analyse, c'est
à l'homme d'église de faire son choix : " Tout ministre de
l'Evangile a la mission de servir la justice, de proclamer les vérités
éternelles du message chrétien et de sortir les hommes des
ténèbres où les tiennent l'erreur et crainte, pour
les mener vers la lumière de l'amour et de la vérité.
L'important, pour tout homme d'église, est de se consacrer à
l'idéal chrétien de fraternité, et de s'assurer qu'il
fait quelque chose de positif pour le réaliser. C'est l'affaire
de chacun de veiller à ce que l'attitude qui consiste à ne
rien dire mais à agir dans le secret, ne finisse pas par devenir
un prétexte pour ne rien faire. Beaucoup pourraient faire infiniment
plus qu'ils ne le font, sans risquer la destitution. Pourquoi ne pas créer
dans toutes les villes du Sud des associations pastorales interraciales,
grâce auxquelles les pasteurs Blancs et Noirs se retrouveraient en
Christ pour penser leurs problèmes communs. Les pasteurs pourraient
également lancer un appel collectif à l'obéissance
aux lois et à la cessation de la violence. Si un jour les pasteurs
Blancs du Sud décident de proclamer, dans l'unité, la vérité
évangélique à l'égard du problème racial,
le passage de la ségrégation à l'intégration
sera infiniment plus souple ".
"On ne peut parler du ministère
pastoral sans dire à quel point nous avons besoin de prophètes.
Tous les hommes d'Eglise ne peuvent pas être des prophètes,
mais il faut que certains soient prêts à subir les souffrances
que peut impliquer cette haute vocation et à accepter de les endurer
courageusement au nom de la justice. C'est à ces hommes que Jésus
s'adresse quand il dit " Heureux serez-vous quand on vous outragera, qu'on
vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de
mal. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que
votre récompense sera grande dans les cieux ".
Pour terminer, citons le célèbre discours de King prononcé à Washington devant 250 000 personnes : " J'ai rêvé aujourd'hui qu'un jour sur les célèbres collines rousses de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils de ceux qui furent leurs maîtres, prendraient place tous ensemble à la table de la fraternité et rompraient le même pain. Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de New York....Au versant de chaque montagne, que sonne la cloche de la liberté. Quand elle sonnera dans chaque village et chaque hameau, dans chaque état et chaque ville, nous serons en mesure de hâter l'avènement du jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Protestants et les Catholiques, pourront se tenir les mains et chanter les paroles de ce vieux cantique Noir : " Libres enfin, Grâce en soit rendu au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres ".
3 ) I D E E S C O N D U C T R I C E S :
Martin Luther King définit les différentes attitudes d'un peuple confronté à la ségrégation : elles sont au nombre de trois.
1) "La première attitude est
celle de l'acceptation. Les opprimés se résignent à
leur sort. Ils s'adaptent à leur situation, et
par la même,
finissent par y être conditionnés. Tout mouvement de libération
a connu le cas de ces opprimés qui préfèrent le rester.
Il y a presque 2800 ans que Moise décida un jour d'arracher les
enfants d'Israël à l'esclavage de l'Egypte, pour les conduire
à la liberté de la Terre Promise. Il ne tarda pas à
constater que les esclaves ne sont pas toujours reconnaissants envers ceux
qui les délivrent. Ils préfèrent les tourments de
l'Egypte aux épreuves de l'émancipation.
Certaines personnes sont tellement
usées par le joug de l'oppression, qu'elles cessent complètement
de regimber. C'est dans cette fausse liberté, dans cette résignation
que sombre si souvent la vie de l'opprimé.
Accepter passivement un système
injuste, c'est en fait collaborer avec ce système. L'opprimé
devient par là aussi pécheur que l'oppresseur. Ne pas collaborer
au mal est une obligation morale, au même titre que collaborer au
bien. L'opprimé ne doit jamais laisser en repos la conscience de
l'oppresseur : accepter passivement un système injuste -la ségrégation-
revient à dire à l'oppresseur que ses actes sont moralement
bons. L'acceptation, si elle est plus souvent la solution de facilité,
n'est pas une solution morale : c'est la solution des lâches.
Le Noir ne se fera jamais respecter
par son oppresseur en se soumettant; il ne fera qu'augmenter son arrogance
et son mépris, car on y voit toujours une preuve de l'infériorité
du Noir. Celui-ci n'obtiendra pas le respect des Blancs du Sud s'il accepte
d'échanger l'avenir de ses enfants contre un peu de tranquillité
personnelle dans l'immédiat".
2) "La deuxième attitude consiste
à réagir par la violence physique et la haine. Souvent, la
violence obtient des résultats éphémères. De
nombreuses nations ont conquis leur indépendance sur les champs
de bataille. Mais malgré ces victoires, la violence n'apporte jamais
de paix durable. Elle ne résout aucun problème social; elle
en crée simplement de nouveaux, qui sont plus complexes que ceux
d'avant.
Pour ce qui est de la justice raciale,
la violence est aussi inefficace qu'immorale Elle est inefficace car elle
engendre un cycle infernal conduisant à l'anéantissement
général. Elle est immorale parce qu'elle veut humilier l'adversaire
et non le convaincre; elle veut annihiler, et non pas convertir. La violence
est immorale car elle repose sur la haine et non sur l'amour. Elle contraint
la société au monologue, là ou devrait régner
le dialogue.
En fin de compte, la violence se
détruit elle même. Elle crée le ressentiment chez les
survivants et la brutalité chez les vainqueurs. Si dans leur combat
de libération, les Noir américains et les autres victimes
de l'oppression succombent à la tentation de la violence, les générations
futures hériteront d'un monde sinistre et sombre, ou le chaos régnera
à tout jamais".
3) "La troisième attitude
consiste à adopter la résistance non-violente. Le principe
de la non violence tente de concilier ce qu'il y a de vrai dans les deux
autres -acceptation et violence- tout en évitant les extrêmes
et l'immoralité de l'une comme de l'autre.
Le résistant non violent
reconnaît, comme ceux qui se résignent, qu'il ne faut pas
attaquer physiquement l'adversaire; inversement, il reconnaît, avec
les violents, qu'il faut résister au mal. Grâce à la
résistance non violente, les individus et les groupes n'ont plus
besoin de se résigner au mal, ni de recourir à la violence.
Pour moi, telle est la méthode
que doivent adopter les Noirs d'Amérique aujourd'hui. Par la résistance
non violente, ils pourront se montrer assez nobles pour combattre un système
injuste, tout en aimant ceux qui le perpétuent. C'est la résistance
non violente qui permettra au Noir de rester dans le Sud et d'y combattre
pour faire respecter ses droits.
La solution n'est pas dans la fuite
: il ne saurait écouter les suggestions de ceux qui le pressent
d'émigrer en masse vers d'autres régions. Par la résistance
non violente, le Noir peut aussi entraîner tous les hommes de bonne
volonté dans sa lutte pour l'égalité. Ce n'est pas
une lutte entre des personnes, mais une tension entre la justice et l'injustice.
La résistance non violente ne s'en prend pas aux oppresseurs mais
à l'oppression.
Quand un mouvement de masse s'interdit
la violence, tout en marchant résolument vers son but, il devient
évident que si des drames se produisent, seuls ses adversaires en
sont responsables. Alors, l'opinion publique penche presque inévitablement
en faveur des apôtres de la non violence et les autres sont littéralement
désarmés par la condamnation unanime dont ils sont frappés".
Martin Luther King définit le concept de la non violence en cinq points :
1) "La résistance non violente est le choix des forts, car elle ne consiste pas à rester dans un immobilisme passif. L'expression "résistance passive" peut faire croire, à tort, à une attitude de laisser aller qui revient à subir le mal en silence. Rien n'est plus contraire à la réalité. En effet, si le non violent est passif, en ce sens qu'il n'agresse pas physiquement l'adversaire, il reste sans cesse actif de coeur et d'esprit et cherche à le convaincre de son erreur. C'est effectivement une tactique ou l'on demeure passif sur le plan physique, mais vigoureusement actif sur le plan spirituel".
2) "La non-violence ne cherche pas à vaincre ni à humilier l'adversaire, mais à conquérir sa compréhension et son amitié. Le résistant non-violent est souvent forcé de s'exprimer par le refus de coopérer ou de boycotter, mais il sait que ce ne sont pas là des objectifs en soi. Ce sont simplement des moyens pour susciter chez l'adversaire un sentiment de honte. Il veut la Rédemption et la Réconciliation. La non violence veut engendrer une communauté de frères, alors que la violence n'engendre que haine et amertume".
3) "C'est une méthode qui s'attaque aux forces du mal, et non aux personnes qui se trouvent être les instruments du mal. Car c'est le mal lui-même que le non-violent cherche à vaincre, et non les hommes qui en sont atteints. Quand il combat l'injustice raciale, le non violent est assez lucide pour voir que le problème ne vient pas des races elles-mêmes. Si les Blancs nous parlent et nous traitent comme ils le font, c'est parce qu'ils ont été élevés avec ces idées là. Du berceau à la tombe, on leur répète que le Noir est un être inférieur. Très probablement, leurs parents leurs ont enseigné cela, les livres qu'ils ont lu et même leurs églises et leurs pasteurs leur ont enseigné cela. En voulant maintenir la ségrégation, ils cherchent simplement à maintenir ce que la tradition locale leur a appris à respecter.
4) "La résistance non-violente
implique la volonté de savoir accepter la souffrance sans esprit
de représailles, de savoir recevoir les coups sans les rendre. Gandhi
disait aux siens : "Peut-être faudra t'il que soient versés
des fleuves de sang avant que nous ayons conquis notre liberté,
mais il faut que ce soit notre sang". Le non-violent doit être prêt
à subir la violence, si nécessaire, mais ne doit jamais la
faire subir aux autres. Il ne cherchera pas à éviter la prison.
Ici, certains demanderont : "Pourquoi
faire du vieux précepte -tendre l'autre joue- une politique générale
?". Pour répondre à cette question, il faut comprendre que
la souffrance imméritée a valeur de Rédemption. Le
non-violent sait que la souffrance est un puissant facteur de transformation
et d'amélioration. Gandhi disait à ce sujet : "Mieux que
la loi de la jungle, la souffrance a le pouvoir de convertir l'adversaire
et d'ouvrir son esprit qui sinon reste sourd à la voix de la raison".
5) "La non-violence refuse non seulement
la violence extérieure, physique, mais aussi la violence intérieure.
Le résistant non-violent est un homme qui s'interdit non seulement
de frapper son adversaire, mais même de le haïr.
Au centre de la doctrine non violente,
il y a le principe de l'amour. Le non-violent affirme que, dans la lutte
pour la dignité humaine, l'opprimé n'est pas obligatoirement
amené à succomber à la tentation de la colère
où de la haine. Répondre à la haine par la haine,
ce serait augmenter la somme de mal qui existe déjà sur terre.
Quelque part, dans l'histoire du monde, il faut que quelqu'un ait assez
de bon-sens et de courage moral pour briser le cercle infernal de la haine.
La seule façon d'y parvenir est de fonder notre existence sur l'amour.
Dans notre contexte, amour signifie
compréhension, bonne volonté rédemptrice. En grec,
cet amour est appelé agapé. C'est un amour débordant,
qui jaillit spontanément et sans raison, gratuit, créateur.
L'agapé est un amour désintéressé : l'individu
n'y poursuit pas son propre bien, mais le bien de son prochain. Il ne fais
pas de distinction entre ceux qui méritent d'être aimés,
et ceux qui ne le méritent pas; l'agapé, c'est aimer les
autres pour eux-mêmes. C'est pourquoi l'agapé ne fait pas
de distinction entre les amis et les ennemis; elle s'adresse aux deux.
Quiconque aimera autrui pour la seule raison qu'il est aimable, ne l'aimera
que pour les avantages qu'il trouvera à son amitié et non
pour lui-même. Ainsi, le meilleur moyen de connaître l'Amour
désintéressé, c'est de s'exercer à aimer ceux
dont on ne peut attendre aucun bienfait, ceux qui nous sont hostiles et
qui nous persécutent".
"La non-violence peut toucher les
hommes, même lorsque la loi ne peut plus les atteindre. Dans la mesure
ou elle règle le comportement, la loi contribue, indirectement,
à former l'opinion publique. Par elle même, l'application
de la loi est une forme de persuasion sans violence. Mais la loi
doit être soutenue par autre chose. Les tribunaux peuvent certes
décrétés l'intégration dans les écoles
publiques, mais que peut-elle faire pour effacer la peur, chasser la haine,
éliminer la violence et déraciner les préjugés
qui vont à l'encontre de l'intégration ?. Si l'on veut que
les hommes obéissent aux lois, il faut d'abord qu'ils les jugent
bonnes.
C'est ici que la non-violence intervient
comme forme ultime de persuasion. En effet, elle cherche à faire
appliquer une loi juste en faisant appel à la conscience de ceux
qui, par aveuglement, peur, vanité ou illogisme, ont laissé
s'endormir leur conscience. Les résistants non-violents peuvent
résumer leur message en une formule très simple : nous entendons
agir directement contre l'injustice, sans attendre que d'autres le fassent
pour nous. Nous n'obéiront pas à des lois injustes, nous
ne nous soumettront pas à des pratiques injustes. Nous ferons tout
cela paisiblement, ouvertement et joyeusement, parce que notre objectif
est de persuader. Nous tenterons de persuader par nos paroles, mais si
nos paroles sont innefficaces, nous tenterons de persuader par nos actes.
Nous accepterons toujours de discuter et de rechercher un compromis loyal,
mais nous sommes prêts à souffrir, et même à
risquer nos vies pour témoigner de la vérité telle
que nous la concevons.
Choisir la non violence, c'est accepter
de souffrir et de se sacrifier. Cela peut mener jusqu'à la prison.
S'il le faut, les résistants doivent se tenir prêts à
remplir les prisons du Sud. Cela peut même mener jusqu'à la
mort. Mais si, au prix de sa mort, un homme parvient à délivrer
ses enfants et ses frères Blancs d'une destruction spirituelle définitive,
il n'est pas de sacrifices plus rédempteur.
Le réalisme m'oblige à
reconnaitre que beaucoup de noirs trouveront difficiles de suivre cette
voie de la non-violence. Certains jugeront que c'est insensé; d'autres
prétendront que nous n'avons ni la force, ni le courage, de nous
unir pour une démonstration de masse non-violente. Comme le souligne
E.Franklin Frazier, dans Black Bourgeoisie, de nombreux Noirs sont surtout
préoccupés d'obtenir des privilèges et d'accéder
au rang de petits bourgeois. Ils sont beaucoup plus soucieux de leurs signes
extérieurs de richesse que de la cause de la justice, et ne sont
probablement pas prêts aux épreuves et aux sacrifices qu'exige
l'action non-violente. Par chance, c'est une méthode qui n'a pas
besoin pour être efficace d'être adoptée par tous. Il
suffit dans chaque ville qu'une poignée de Noirs faisant profession
de non-violence pour en entraîner des centaines d'autres à
l'adopter comme simple technique, et jouer le rôle de force morale
propre à éveiller la conscience nationale endormie.
A la suite du boycott, M.L King déclara : "La non-violence était apparue en tant que technique du mouvement, tandis que l'amour restait son guide idéal. Le Christ donnait au mouvement son sens et son objectif et Gandhi sa méthode. L'unité possède un pouvoir extraordinaire, car quand elle est authentique, toute tentative de division ne peut que la renforcer".
Martin Luther King définit
les objectifs qui permettront aux Noirs d'acquérir leur liberté
:
"Parmi les objectifs à atteindre,
l'amélioration de la situation économique des Noirs représente
un grand pas en avant. En organisant des associations de crédit,
d'épargne et de prêt, ainsi que des coopératives, le
Noir peut considérablement améliorer son sort. Il doit prendre
des habitudes d'économie et apprendre à investir prudemment.
Dans le cadre de ce programme, s'inscrit également une campagne
pour que les Noirs aillent se faire inscrire sur les listes électorales
et voter. Ils se heuteront certainement à d'innombrables barrières.
En effet, on continue dans le Sud à avoir recours aux processus
les plus sournois pour empêcher les Noirs de voter, ce qui non seulement
entraîne l'injustice, mais cause du tort à un pays que nous
aimons et que nous devons protéger. Lorsque les dirigeants américains
réclament à grands cris des élections libres dans
certains pays d'Europe, ce n'est que pure hypocrisie de leur part, étant
donné qu'il n'y a jamais eu d'élections libres en mainte
régions des Etats-Unis.
Chaque Noir doit apprendre à
s'améliorer. Sachons bien que ce n'est pas à cause d'une
infériorité congénitale que le peuple Noir est en
retard sur les autres américains, mais que la faute en incombe au
système ségrégationniste. Les déviations du
comportement observées dans les milieux Noires s'expliquent par
les privations économiques, les frustrations affectives et l'isolement
social qui accompagnent inévitablement la ségrégation.
Quand le Blanc affirme que la ségrégation doit être
maintenue parce que le Noir est en retard, il refuse d'admettre qu'il faut
faire exactement le raisonnement inverse.
Pourtant les Noirs doivent être
assez honnêtes pour avouer qu'ils ne sont pas parfaits. La maturité
se reconnait à ce que l'on sait voir ses propres torts. Notre taux
de criminalité est encore bien trop élevé et notre
hygiène souvent trop rudimentaire. Trop souvent, ceux d'entre nous
qui appartiennent à la classe moyenne vivent au dessus de leurs
moyens, font mille dépenses inutiles au lieu d'aider les causes
importantes, les organismes et les établissements scolaires qui
ont désespérément besoin d'argent. Comme le crime
procède souvent du sentiment que l'on est inutile et que l'on n'a
plus rien à perdre, les parents Noirs doivent apprendre à
entourer leurs enfants d'affection, d'attentions et de ce sentiment d'appartenance
dont les prive notre société ségrégationniste.
En nous améliorant dès aujourd'hui, nous ferons beaucoup
pour réduire à néant les accusations des ségrégationnistes".
Pour terminer, M.L King définit
un programme très précis :
"Tel doit être notre programme
actuel : résistance non-violente à toutes les formes d'injustice
raciale, y compris les lois et pratiques régionales ou locales,
même s'il faut faire pour cela de la prison; ensuite, action imaginative,
hardie et constructive en vue de sortir d'un marasme hérité
d'un passé d'esclavage et de ségrégation, d'infériorité
scolaire, de taudis et de sous-développement politique. Si elle
est menée dans la dignité, la lutte non-violente contribuera
par elle même à faire disparaitre cette situation morale déplorable.
Mais une nouvelle guerre contre le paupérisme, la maladie et l'ignorance
d'un peuple longtemps ignoré par la conscience américaine
rendra cette victoire plus certaine encore. Bref, nous devons attaquer
sur deux fronts. D'une part, il faut continuer à résister
à la ségrégation, cause fondamentale de notre retard;
d'autre part, nous devons faire tous nos efforts pour rattraper ce retard.
Nous devons donc simultanément lutter contre les causes et réparer
leurs effets.
Grâce à la non-violence,
le Noir pourra peut-être témoigner aux yeux du monde entier
d'une espérance telle, que ce sera un défi à
la guerre et à la destruction. A l'époque des satellites
et des fusées téléguidées, à l'époque
de ces courses mortelles à travers l'espace, personne ne peut espérer
gagner une guerre. Il ne s'agit plus de choisir entre la violence et la
non violence, il s'agit de choisir entre la non-violence et le néant".
Faut-il être assassiné
pour devenir un symbole vivant ?
Une révolution ne peut elle
avancer sans une moisson de martyrs ?
2) O R G A N I S A T I O N E T C R E A T I O N D E S M O U V E M E N T S :
C'est d'Atlanta que W.E.B Du Bois
lança, à l'aube du 20 ème siècle, le mouvement
opposé à Booker T.Washington qui allait aboutir à
la fondation de la NAACP en 1909 ( National Association for The Advancement
of Colored People ). Au début, le secrétaire de ce mouvement
fut Walter White.
Dominée au début par
des Blancs progressistes, l'association révéla aux Noirs
toute une perspective de protestations respectables, d'actions judiciaires,
de manoeuvres politiques de couloirs et de propagandes ( la NAACP comptait
en ses rangs un certain nombre d'avocats Noirs ). Entre 1920 et 1930, des
branches se formèrent dans tout le pays, y compris à Atlanta,
qui devint la source du mouvement de protestation ( on se rappelle que
le grand père et le père de King ont tenus une place importante
à l'intérieur de la NAACP ).
Martin Luther King travailla avec
la NAACP, notamment lors du boycott des autobus de Montgomery.
Quand Walter White mourut en 1955,
Roy Wilkins le remplaça. Le programme de celui-ci n'avait pas changé
depuis l'époque du grand-père de King. Selon lui, ce qui
servait de mieux les intérêts des Noirs, était la tactique
de l'action juridique et des pressions de couloir. Il ne croyait pas à
l'emploi de la tactique de combat ( manifestations, boycottages....) comme
moyen fondamental de lutte.
En 1942, le CORE ( Congress of Racial Equality ) fut crée par James Farmer. Celui-ci proposa une application créatrice de la tactique de Gandhi au problème racial américain, en évitant une reproduction aveugle des méthodes Gandhistes dans l'organisation et l'exécution. L'idée maîtresse de son plan était une mobilisation nationale s'étendant sur une période de 5 à 10 ans, "qui espérait-on, provoquerait partout et chaque fois que ce serait possible, un impitoyable refus de coopérer ainsi que le boycottage économique et la désobéissance civique. Le CORE, dont Farmer fut le premier directeur national, réussit à obtenir en 1947, la fin de la ségrégation dans les services publics de plusieurs Etats du Nord et de quelques Etats frontières.
En Janvier 1957, les leaders Noirs
de dix Etats du Sud se rassemblèrent pour créer une organisation
qui s'appellera bientôt la SCLC ( Southern Christian Leadership Conference
). En Février, King est élu président de cette organisation.
Dès l'origine, l'appel de la SCLC à la lutte reflétait
les idées de King, qui demandait à tous les Noirs d'affirmer
leur dignité humaine en refusant de coopérer avec le mal.
L'organisme se proposait d'obtenir l'égalité raciale, au
niveau des transports en communs et de l'inscription sur les listes électorales,
par les méthodes de la non-violence. C'est d'Atlanta que Martin
Luther King dirigea la SCLC qui jouera un rôle de premier plan dans
le développement de la révolte Noire.
La SCLC, instrument plutôt
que base de sa puissance, fut une organisation du Sud composée d'une
centaine de groupes à orientation religieuse. Sous la direction
de King, la SCLC partit d'un noyau de cinq personnes disposant d'un budget
de 63 000 dollars en 1960, pour arriver en 1963 à un état
major de 40 personnes et à un budget de 800 000 dollars.
En Avril 1959, 200 étudiants
se réunirent en Caroline du Nord autour du pasteur King. Celui-ci
leur parla de la nécessité de créer une organisation
permanente. Il leur proposa deux objectifs immédiats : une campagne
nationale de discrimination dans les achats et la constitution d'un groupe
de volontaires prêt à aller en prison plutôt que de
payer des amendes.
Le SNCC ( Student Non Violent Coordinating
Commitee ), plus connu sous le nom de SNICK, naquit de cette rencontre.
Stockely Carmichael, qui fut un des présidents du SNICK, diffusa
l'idée de la création des Black Power en 1966.
Tous ces mouvements se rejoignirent dans la Marche de Washington, qui rassembla 250 000 personnes, dont quelques 60 000 Blancs, devant le monument de Lincoln, pour la plus grande manifestation que l'on ait jamais vu en faveur des droits civiques.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier