
Le roi Moshoeshoe II a trouvé la mort, le 15 janvier, dans un accident de voiture, quelques jours avant le premier anniversaire de son retour sur le trône le 25 janvier 1995. On pouvait craindre que sa disparition n'entraîne une résurgence de l'instabilité politique des années précédentes, causée par les tensions entre l'année et la royauté. Son fils, a assuré, sans troubles, sous le nom de Letsie III, la continuité de l'Etat.
De violents incidents ont par contre marqué l'année 1996 sur l'immense chantier hydroélectrique du Lesotho Highlands Water Project, véritable poumon économique du pays. Plusieurs grèves ont éclaté, et l'une d'entre elles a donné lieu, en septembre, à des affrontements avec les forces de l'ordre qui ont causé la mort d'une dizaine d'ouvriers. Ces incidents ne semblent pas compromettre la mise en service, à partir de la fin 1997, d'une centrale hydroélectrique, d'un coût de 4 milliards de dollars, financé en grande partie par les institutions internationales, et qui devrait mettre fin à la dépendance énergétique du Lesotho vis-à-vis de l'Afrique du Sud. Elle inclut aussi la construction d'une immense retenue d'eau destinée à alimenter la région de Johannesburg. Ce transfert devrait rapporter plus de 100 millions de francs par an au Lesotho, sous forme de royalties.
Il représente la seule source
importante de revenus que le pays peut espérer tirer de ses propres
ressources dans les prochaines années. Le Lesotho vit pour l'instant
de l'aide internationale et des transferts de revenus des travailleurs
basothos émigrés en Afrique du Sud: 40% de la population
active masculine du Lesotho travaille chez le puissant voisin. Cette manne
financière, estimée à plus de 300 millions de dollars
par an, devrait diminuer dans les prochaines années. Les mines sud-africaines,
qui emploient la plupart des travailleurs venus du Lesotho, se sont en
effet engagées dans un important dégraissage de leurs effectifs.
Le chômage devrait s'en trouver
aggraver d'autant. Il touche déjà 35%, de la population active.
La croissance de l'économie locale, de l'ordre de 4% ne suffira
pas à compenser cette perte d'emplois. Malgré un assainissement
de ses finances publiques effectué sous la tutelle des institutions
financières internationales, le Lesotho est encore condamné
à vivre sous perfusion de l'aide étrangère pour les
prochaines années.
Après avoir succédé
à son père, décédé en 1996, le roi Letsie
III a officiellement été couronné le 31octobre. La
cérémonie a été quelque peu ternie par le climat
d'instabilité politique qu'a connu la monarchie parlementaire tout
au long de l'année. En février, une mutinerie de la police
a ébranlé le régime pendant plus d'une semaine avant
d'être matée par ]'armée restée fidèle
aux autorités. En juin, le premier ministre, Ntsu Mokhehle, a plongé
le pays dans une nouvelle crise politique en quittant le parti au pouvoir
pour former sa propre formation. Suivi par la majorité des parlementaires,
M. Mokhehle s'est maintenu à la tête du gouvernement. La manoeuvre
a provoqué la fureur de ses anciens alliés, qui ont boycotté
Je Parlement avant d'appeler leurs partisans à manifester leur colère
dans la rue.
La tension s'est un peu apaisée
par la suite, et les deux camps devraient avoir l'occasion de se départager
lors des prochaines élections, au début de l'année
1998. Le scrutin sera suivi de près par les investisseurs et par
les bailleurs de fonds étrangers dont dépend le Lesotho pour
sa survie économique. Enclave montagneuse en territoire sud-africain,
Je pays ne produit toujours pas de quoi nourrir sa population. Les mauvaises
récoltes de 1997, dues à une érosion continue des
rares sols cultivables, ne devraient satisfaire qu'un quart environ des
besoins alimentaires.
La croissance, malgré tout,
s'élève à 8 % environ, dopée par l'immense
chantier hydroélectrique du Lesotho Highlands Water Project, poumon
économique du pays. La première phase du projet est terminée,
et la retenue d'eau destinée à alimenter la région
de Johannesburg est entrée en service à la fin de l'année.
Le Lesotho devrait tirer de ce transfert plus de 100 millions de francs
par an, sous forme de royalties versées par l'Afrique du sud. Le
pays pourrait bénéficier d'une autre source de revenus dans
les prochaines années avec le possible développement de la
production de diamants. Une compagnie minière canadienne semble
s'intéresser de près aux richesses du pays encore largement
inexplorées dans ce domaine.
Au lieu de mettre fin à l'instabilité
politique comme espéré, les élections législatives
du 23 mai ont plongé le Lesotho dans une crise sans précédent.
La contestation des résultats par l'opposition a engendré
une situation de chaos et de violence qui a débouché, le
22 septembre, sur l'intervention militaire de l' Afrique du Sud et du Botswana
afin de rétablir l'ordre. Dès le mois d'août, le gouvernement
s'est trouvé confronté à une campagne de protestation
émaillée de nombreux incidents entre forces de l'ordre et
partisans de l'opposition. Contre l'avis des observateurs internationaux,
ces derniers ont estimé que le scrutin du 23 mai était entaché
de fraudes. Ils ont refusé de reconnaître l'écrasante
victoire (79 sièges remportés sur 80) du parti au pouvoir,
le Congrès du Lesotho pour la démocratie (LCD).
Après l'échec d'une
tentative de médiation régionale menée par l'Afrique
du Sud, la situation a dégénéré, en septembre,
avec la mutinerie de jeunes officiers et la paralysie complète de
Maseru, la capitale. Dans une ambiance d'anarchie et de coup d'Etat, plusieurs
centaines de soldats sud-africains, appuyés par des troupes botswanaises,
ont été déployés dans la ville, à la
demande du gouvernement. La force d'intervention régionale a repris
le contrôle de la situation, mais après plusieurs jours de
combats avec une partie de l'armée restée fidèle
à l'opposition. Après le retour au calme, l'Afrique du Sud
s'est efforcée de renouer le dialogue politique.
Lc gouvernement et l'opposition se sont mis d'accord pour organiser de nouvelles élections d'ici quinze à dix-huit mois. Une autorité de transition, où doivent siéger des représentants de l'opposition, est censée veiller au bon déroulement de cette période intérimaire. Les perspectives d'avenir sont d'autant plus sombres que les troubles politiques ont considérablement entamé la confiance des investisseurs étrangers et porté un sérieux coup à l'économie. D'après les premiers chiffres officiels, près de 250 entreprises ont été détruites lors des violences et environ 2 500 personnes ont perdu leur emploi. Dans un pays dépourvu de ressources et déjà touché par un taux de chômage de 50%, ces conséquences sont catastrophiques.
La conjoncture est aggravée par les licenciements dans les mines sud africaines, où plus d'un tiers de la population active du Lesotho travaille. La chute d'environ 60% de la production céréalière en 1998 contribue aussi à la détérioration de la situation économique et creuse le déficit alimentaire du pays. Plus que jamais, le Lesotho dépend de l'aide étrangère et de la redistribution des revenus qu'il tire de sa participation à l'Union douanière sud-africaine (SACU). Le seul projet économique d'importance demeure le complexe hydroélectrique géant destiné à alimenter la région de Johannesburg. Officiellement mis en service en janvier, i] devrait être complété par une seconde tranche d'ici à 2001 et devrait rapporter plusieurs centaines de millions de malotis au pays sous forme de royalties versées par l'Afrique du Sud.
Neuf mois après leur intervention de septembre 1998 pour mater une mutinerie dans l'armée consécutive aux élections du 23 mai 1998 contestées par l'opposition, les troupes sud-africaines et botswanaises se sont retirées. Quelques unités demeurent prêtes à intervenir en cas de désordres. Ne restent sur place que quelques instructeurs des deux pays et du Zimbabwe dans une atmosphère assez hostile. La question est de savoir si l'autorité politique intérimaire installée au lendemain de l'intervention étrangère pourra fonctionner sans heurts jusqu'aux élections programmées pour avril ou mai 2000. Non seulement le pays est divisé quant au sort à réserver aux 50 officiers accusés de mutinerie, mais la situation sociale s'est beaucoup aggravée en 1999.
L'économie, qui avait connu une croissance de 10% par an lors de la première phase de la réalisation du vaste projet hydraulique Lesotho Highlands Water Project de 1995 à 1997, a connu un coup d'arrêt avec les combats de septembre 1998. Quelque 250 entreprises ont été détruites au cours des affrontements. La chute du cours de l'or a provoqué une vague de licenciements dans les mines sud-africaines et entraîné au Lesotho des répercussions catastrophiques : selon la Banque mondiale, la moitié des revenus dans les zones rurales (85 % de la population) et 30 % du PIB proviennent des envois de devises des mineurs basothos employés en Afrique du Sud. Plus du tiers de la population active était au chômage avant les événements. L'exiguïté des parcelles agricoles est telle que le gouvernement encourage les habitants à acquérir des terres dans l'Etat libre d'Orange sud-africain, dans lequel est enclavé le royaume. Le pays connaît un déficit céréalier de 162000 tonnes.
Le gouvernement escompte, pour 1999-2000, 20 millions de dollars (120 millions de francs) de recettes budgétaires au titre des royalties du Highlands Project, dont le coût total est estimé à 10 milliards de francs. Toutefois, le montant exact de ces royalties fait l'objet d'âpres négociations avec le principal bénéficiaire de l'eau: l'Afrique du Sud. Le scandale de la corruption de fonctionnaires basothos par des sociétés européennes et américaines, désireuses d'être retenues à l'issue de l'appel d'offres sur ce projet, secoue toute l'administration. Les firmes impliquées risquent de figurer sur une liste noire de la Banque mondiale, l'un des bailleurs de fonds du projet.
La plus grande incertitude prévaut
dans le royaume au sujet de la date des futures élections initialement
programmées en 2000, mais reportées d'un an. Le premier ministre
Pakalitha Bethuel Mosisili et l'autorité politique intérimaire,
installée après l'intervention des armées sud-africaine
et botswanaise venues mater une mutinerie consécutive aux élections
contestées de mai 1998, s'accusent mutuellement de manoeuvres dilatoires.
Les rapports entre le premier ministre
et son rival, le major général en retraite Metsing Lekhanya,
sont mauvais. Au troisième trimestre 2000, le second a intenté
un procès en diffamation au chef du gouvernement pour l'avoir accusé
publiquement d'incitations à la violence et de malversations. Quelques
gestes de décrispation ont toutefois été faits par
le pouvoir, qui a retiré les plaintes concernant dix des cinquante
officiers accusés de mutinerie.
Davantage que les incertitudes sur
l'avenir institutionnel du pays, de grands défis économiques
menacent son équilibre politique et social. La restructuration dans
les mines d'or sud africaines est un drame pour les zones rurales dont
la moitié des revenus provient des migrants basotho qui y travaillent.
La colère gronde chez les mineurs artisanaux depuis la décision
du gouvernement d'août 2000 de les expulser des concessions diamantifères
de Kao attribuées à une firme étrangère.
L'accord de libre-échange
entre l'Union européenne et l'Afrique du Sud, qui fait partie avec
le Lesotho, le Swaziland et le Botswana de la même union douanière
et monétaire, mais aussi le démantèlement des barrières
tarifaires au sein de la Communauté pour le développement
de l'Afrique australe sont autant de menaces pour l'équilibre des
finances publiques: la fiscalité douanière procure l'essentiel
des recettes de l'Etat et la libéralisation des échanges
risque de porter un coup dur à l'agriculture et à l'industrie
du pays, qui rivalisent difficilement avec leurs concurrents régionaux.
Selon les prévisions gouvernementales,
le taux de croissance de l'économie pour 2000 a été
au mieux de 2 %, bien en deçà des 10% enregistrés
lors de la première phase de la réalisation du vaste projet
hydraulique Lesotho Highlands Water Project, de 1995 à 1997.
Source :
Bilan du Monde, 1996-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier