Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE LIBERIA EN UN CLIN D'OEIL
LE LIBERIA EN UN CLIN D'OEIL

Liberia, officiellement république du Liberia, pays d'Afrique de l'Ouest ouvert sur l'océan Atlantique, limité au nord-ouest par la Sierra Leone, au nord par la Guinée et à l'est par la Côte d'Ivoire. Ce pays de 99 067 km² a été, en 1847, le premier État indépendant de l'Afrique, alors colonisée par les puissances européennes. Constitué par des esclaves libérés et rapatriés du continent américain, il est dirigé jusqu'en 1980 par les Américano-Libériens. La fin de la domination politique de ces descendants d'esclaves marque le début d'un conflit qui oppose différents chefs de guerre, en lutte ouverte pour le pouvoir depuis 1989. La capitale, Monrovia, et la plupart des infrastructures économiques ont été détruites par la guerre civile.

LE PAYS ET SES RESSOURCES

Relief et hydrographie

Le Liberia possède une façade atlantique qui s'étend de l'embouchure du Mano à celle du Cavally, sur 580 km. La plaine côtière, d'une largeur de 15 km à 55 km, est dominée par des falaises escarpées au nord-ouest. Le relief est constitué d'une série de plateaux (900 m à 1 200 m), qui forment le rebord méridional de la dorsale guinéenne. Les vallées profondes sont parcourues par des fleuves qui prennent, pour la plupart, leur source sur les plateaux du Nord. Les uns descendent des monts Nimba (1 752 m), le point culminant du pays, à l'est, aux frontières de la Guinée et de la Côte d'Ivoire (Saint-John, Cess, Cavally),les autres, à l'ouest, descendent du massif de Béro (Saint-Paul), ou du mont Ziama (Loffa et Mano), en Guinée.

Climat

Le Liberia est soumis à un climat tropical humide causé par les échanges atmosphériques entre l'Atlantique et le continent. Les précipitations annuelles décroissent de la côte (5 080 mm) vers l'intérieur du pays (1 778 mm). Elles sont plus importantes au sud-est (3 000 mm à 4 000 mm) où le climat semi-équatorial est soumis aux effets de deux saisons des pluies. La température moyenne annuelle est d'environ 27,8°C.

Flore et faune

La bande côtière alterne plaine cultivée et forêt pluviale, tandis que l'arrière-pays est couvert d'immenses forêts tropicales, dont les arbres ont des feuilles persistantes au sud et caduques au nord (forêt claire). Parmi les espèces les plus représentées, on trouve les chimpanzés, les éléphants et les buffles.

Ressources naturelles

Avant 1989, les ressources minières et forestières - minerai de fer, or, diamant, bois précieux (acajou) - ont constitué une source de richesse pour le pays. Le réseau hydrographique offre un potentiel hydroélectrique important, et les terres se prêtent aux grandes plantations d'hévéas (caoutchouc).

POPULATION ET SOCIÉTÉ

Démographie

En 1981, la population du Liberia s'élevait à 1,2 million d'habitants. Elle est estimée à 2,77 millions en 1998, ce qui représente une densité faible de 28 habitants au km2. Entre 1990 et 1995, les combats ont fait plus de 200 000 morts et 800 000 Libériens ont dû trouver refuge à l'étranger (Côte d'Ivoire et Guinée), s'ajoutant au million de personnes déplacées à l'intérieur du pays. En raison de la guerre, le Liberia connaît un taux de mortalité infantile très élevé (103 p. 1 000). Les Américano-Libériens sont au nombre de 20 000 et la communauté libanaise est forte de 10 000 représentants. La population autochtone se compose d'une quinzaine de communautés. Le sud du pays est dominé par les Krous, le reste de la population appartient à des groupes rattachés à la famille mandingue (Mendé, Kpellés, Vaïs, etc.).
La population de Monrovia, capitale et principal port du pays, a considérablement augmenté du fait de l'exode des populations civiles fuyant les combats (720 000 habitants en 1994 contre 425 000 en 1984). Le second port, Buchanan (24 000 habitants en 1984), est relié par voie ferrée aux mines de fer du mont Nimba, dont la production a été arrêtée pendant le conflit.

Langues et religions

Environ 10 p. 100 des Libériens sont chrétiens, pour la plupart protestants. Les musulmans, établis principalement à l'intérieur du pays, représentent 30 p. 100 de la population. Près des deux tiers des habitants sont animistes. L'anglais est la langue officielle, mais il n'est parlé que par le cinquième des habitants, qui utilisent les diverses langues africaines (mandé, krou, etc.).

Enseignement

En 1912, le Compulsory Education Act institue l'enseignement gratuit et obligatoire pour les enfants âgés de six à seize ans. Après la Seconde Guerre mondiale, un programme de scolarisation pour tous est mis en œuvre, mais les écoles restent rares; seule une minorité d'enfants en bénéficie. Depuis 1990, le système éducatif ne fonctionne plus qu'au ralenti. En 1995, 38,3 p. 100 de la population est alphabétisée et moins de 30 p. 100 des enfants âgés entre douze et dix-sept ans sont scolarisés. Seuls 3,2 p. 100 des Libériens ont accès à l'enseignement supérieur. Nombreux sont les enfants et les adolescents, livrés à eux-mêmes et manipulés par les différents «seigneurs de guerre» qui ont pris les armes et rejoint les bandes de pillards qui terrorisent les populations civiles.

Institutions et vie politique

En 1980, à la suite du coup d'État mené par le sergent Samuel K. Doe - un membre de l'ethnie krahn -, la Constitution du Liberia, promulguée en 1847, est abolie. Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum le 3 juillet 1984. Le suffrage censitaire, qui avait permis la longue hégémonie des Américano-Libériens, est remplacé par le suffrage universel, et trois partis d'opposition sont légalisés. L'année suivante, Doe devient président de la République au terme d'une élection marquée par une fraude massive. Contre son régime, appuyé sur le Parti démocratique national du Liberia (National Democratic Party of Liberia, NDPL), s'organise une rébellion, née dans la région des monts Nimba et menée par le Front national patriotique du Liberia (National Patriotic Front of Liberia, NPFL) de Charles Taylor, Americano-Libérien qui s'appuie sur les Gio, l'ethnie de sa mère. En décembre 1989, les troupes de Taylor font le siège de Monrovia et prennent rapidement le contrôle de la plus grande partie du pays. C'est le début de la guerre civile qui oppose le NPFL de Taylor aux Forces armées libériennes (Armed Forces of Liberia, AFL), rassemblant les membres de l'ancienne garde présidentielle de Doe (assassiné en 1991). Le Mouvement uni de libération (United Liberation's Movement, ULIMO), dirigé par Alhaji Kromah, le Conseil libérien de paix (Liberian Peace's Council, LPC), de George Boley, et la Force de défense du comté de Lofa (Lofa's Defence Force, LDF), de François Massaquoi participent, à un degré ou à un autre, à ce conflit. Les différentes factions sont elles-mêmes victimes de dissensions et de dissidences.

ÉCONOMIE

Une grande partie des revenus du Liberia est assurée, depuis le milieu du XXe siècle, par des recettes provenant de l'octroi de pavillons de complaisance aux navires marchands. Jusqu'à la guerre civile, l'exploitation des richesses naturelles - caoutchouc, minerai de fer, bois - était contrôlée par des multinationales, au premier rang desquelles la firme américaine Firestone, dont l'immense plantation d'hévéas de Harbel a longtemps été - après l'État - le premier employeur du pays. En 1985, les plantations appartenant à Firestone ont été rachetées par le groupe japonais Bridgestone.
Plus de la moitié de la population active se consacre encore à l'agriculture en 1995. Des erreurs de gestion, conjuguées à la baisse des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, ont plongé le pays dans la crise économique bien avant le début de la guerre civile. Avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 200 dollars en 1993, le Liberia est un pays très pauvre. Depuis 1990, l'économie officielle s'est effondrée.

Agriculture

Seulement 4 p. 100 des terres du Liberia étaient mises en culture avant la guerre civile. Le riz occupe 38 p. 100 des surfaces cultivées, suivi du manioc (12 p. 100) et du cacao (7 p. 100). Fruits, légumes et patates douces sont également cultivés pour la consommation locale. La production dans son ensemble a brusquement chuté depuis 1990. Pour les cultures vivrières, celle du riz paddy est passée de 297 000 t en 1989 à 50 000 t en 1994, alors que les besoins de consommation sont estimés à 400 000 t par an. La principale culture d'exportation est l'hévéa. Les plantations couvraient 670 km2 en 1981. Elles produisaient environ 81 000 t de caoutchouc naturel par an, contre 10 000 t en 1994. En revanche, l'exploitation du bois a repris (6,36 millions de m³ en 1997) et s'effectue hors de tout contrôle.

Mines et industrie

Au début des années quatre-vingt, la production de fer devançait celle du caoutchouc. Grâce à d'importantes réserves et à l'exceptionnelle teneur en fer du minerai brut (68 p. 100), le Liberia produisait 18,9 millions de t par an, plaçant le pays dans les premiers rangs exportateurs mondiaux de fer. Depuis 1990, la production est arrêtée. Le contrôle des autres ressources constituées par les diamants, l'or et le mica, a été l'un des enjeux majeurs des combats entre factions en raison de la facilité de leur commercialisation et de la discrétion qui l'entoure. En 1995, la zone diamantifère est entre les mains des troupes du NPFL. La Western Mining Corporation Ltd, créée à partir de capitaux australiens, s'est proposée d'investir dans la prospection d'or et de diamant sur un quart du territoire national.

Échanges

La monnaie est le dollar libérien, qui vaut théoriquement un dollar américain depuis 1940. Mais le dollar américain, qui a aussi légalement cours, est préféré dans les transactions. Après le début de la guerre civile, des billets de banque différents ont été utilisés en territoire gouvernemental et en territoire rebelle.
Avant le conflit, le commerce extérieur (voir commerce international) libérien est excédentaire : le minerai de fer, le bois et le caoutchouc assurent 90 p. 100 des recettes d'exportation. Les importations consistent en produits énergétiques et en biens de consommation manufacturés, en provenance essentiellement des États-Unis et des pays de l'Union européenne.
Quelque 10 600 km de routes desservent le pays, dont 9 p. 100 sont recouverts de bitume. Le réseau ferroviaire, long de 493 km, qui servait à transporter le fer vers la côte, a été endommagé à la fin de l'année 1994 par les effets du conflit. Le Roberts International Airport, situé à l'est de Monrovia, n'est plus desservi que par la compagnie nationale. En 1990, environ 1 370 navires (au total 88,3 millions de tonneaux) naviguent sous un pavillon de complaisance libérien.

HISTOIRE

Le peuplement de la région est ancien. Dès le Ier millénaire avant notre ère, la métallurgie du fer y est pratiquée par les habitants des forêts. Les Krous étaient probablement établis de longue date lorsque des Mandé du Sud se sont installés sur le territoire de l'actuel Liberia. Au XVe siècle, des Mandé du Nord, islamisés, arrivent du Haut-Niger et s'installent à l'ouest du pays.
À partir de 1461, les Portugais explorent la côte et créent des comptoirs commerciaux d'où ils exportent du poivre de Guinée (malaguette), de l'or, avant de se lancer dans le commerce des esclaves. La traite négrière se développe à partir du XVIIe siècle pour se poursuivre jusqu'au début du XIXe siècle.

La création du Liberia

En 1816 est créée l'American Colonization Society, une société philanthropique anglo-saxonne, dont le but est de favoriser le retour des victimes de la traite négrière sur le sol africain. Une première tentative d'installation des esclaves américains affranchis en Sierra Leone se solde par un échec. En 1821, la société obtient des chefs locaux des terres sur le cap Mesurado, à l'embouchure du fleuve Saint-Paul. La ville, bâtie par les premiers esclaves libérés, prend le nom de Monrovia, en l'honneur de James Monroe, cinquième président des États-Unis. D'autres colonies séparées s'établissent peu à peu sur la côte, malgré l'opposition croissante des populations autochtones qui se sentent exclues. En 1841, Joseph Jenkins Roberts devient le premier Noir gouverneur de Monrovia. Une Constitution inspirée de celle des États-Unis est rédigée, et le Liberia devient république indépendante en juillet 1847. Roberts, son premier président, gouverne jusqu'en 1856.

L'institution du suffrage censitaire devait permettre aux Américano-Libériens de dominer le pays politiquement durant un siècle. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, ils étendent leur influence sur l'intérieur du pays. Leurs revendications territoriales sont cependant contestées, non seulement par les populations autochtones, mais aussi par les États européens. Les pressions exercées par les États-Unis permettent la conclusion d'une série d'accords avec la Grande-Bretagne et la France entre 1892 et 1911, qui fixent les frontières actuelles. Toutefois, le contrôle des terres et des populations de l'intérieur ne devient effectif que dans les années quarante.

Des prêts américains et britanniques permettent au nouvel État de faire face aux difficultés financières. Le Liberia, en retour, déclare la guerre à l'Allemagne le 14 août 1917, procurant ainsi aux Alliés une base supplémentaire en Afrique occidentale. En 1926, la Firestone Tire and Rubber Company obtient du gouvernement libérien une concession pour une plantation d'hévéas de 400 000 ha. La production de caoutchouc devient rapidement la principale activité économique du pays. Mais cette prospérité est largement fondée sur le travail forcé imposé par les Américano-Libériens aux populations autochtones. Cette pratique, dénoncée par la Société des Nations (SDN), en 1931, provoque un scandale qui contraint le gouvernement à la démission. Dès 1936, le nouveau gouvernement interdit le travail forcé, mais les autochtones, privés du droit de vote, sont toujours traités comme des citoyens de seconde zone.

Le régime de Tubman

Élu en mai 1943, le président William Vacanarat Shadrach Tubman resserre les liens entre son pays et les États-Unis, qui utilisent le Liberia comme base militaire contre les puissances de l'Axe. Dès 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Tubman tente de s'attirer les faveurs des Libériens autochtones en leur accordant le droit de vote. Il met en place un vaste programme de scolarisation pour tous, valorise l'exploitation de l'ensemble du territoire et lance un plan d'amélioration des infrastructures. Lors du scrutin présidentiel de mai 1951, si les propriétaires fonciers autochtones sont autorisés à voter, le régime Tubman interdit d'expression les partis de la Réforme et du Peuple uni dont les dirigeants, qui bénéficient du soutien des autochtones, sont arrêtés ou exilés. Tubman, candidat du parti majoritaire à dominante américano-libérienne, le True Whig Party, est réélu.
En 1958, une loi punissant la discrimination raciale est adoptée. Deux ans plus tard, le True Whig Party est consacré parti unique. La personnalité de Tubman va marquer l'histoire institutionnelle du Liberia pendant 20 ans, période pendant laquelle, grâce à des concessions offertes à des multinationales étrangères, notamment américaines et allemandes, pour exploiter les gisements de minerai de fer que recèle le pays, le Liberia va connaître la prospérité. En 1971, à la mort de Tubman, William Tolbert, vice-président du Liberia depuis 1951, lui succède.

Un violent changement

Le président Tolbert qui prend quelque distance avec les États-Unis pour faire entrer son pays dans la communauté africaine indépendante, fait porter ses efforts sur l'amélioration de la situation économique amorcée au début des années soixante-dix, et qui a pour effet d'accentuer le clivage entre la minorité des Américano-Libériens aisés et la majorité des autochtones, premières victimes de la crise économique. En 1979, des émeutes, provoquées par l'augmentation du prix du riz, éclatent. La répression qui s'ensuit fait plusieurs centaines de victimes. L'année suivante, les adversaires de Tolbert, enhardis par l'autorisation des partis d'opposition, tentent de le renverser. Leur meneur, Gabriel B. Matthews, ainsi qu'une douzaine d'autres insurgés, sont arrêtés. Mais le 12 avril 1980, le sergent-chef Samuel K. Doe, un Krahn, s'empare du pouvoir à l'issue d'un coup d'État sanglant. Ce changement de pouvoir subit donne lieu à un véritable bain de sang : le président Tolbert est éventré et ses plus proches collaborateurs sont exécutés et offerts à la vindicte populaire. Cette image sanguinaire va rester comme une marque indélébile apposée sur le régime de Doe. Ce putsch marque la fin du contrôle de l'État par la minorité américano-libérienne et son effacement provisoire de la scène politique.

Le sergent-chef Samuel K. Doe, qui s'octroie le grade de général, prend la tête d'un Conseil de la rédemption du peuple (People's Redemption Council). Il suspend la Constitution, supprime les libertés politiques et s'attribue les pleins pouvoirs. Sous la pression des États-Unis,  Doe, devenu général, consent à quelques gestes d'apaisement en promulguant une nouvelle Constitution en juillet 1984. Cependant, il muselle les partis d'opposition et manipule les résultats de l'élection présidentielle d'octobre 1985. Le régime est alors très clairement caractérisé par la corruption, la violation systématique des droits de l'Homme, et ce dans un contexte diplomatique (tension des relations avec les États-Unis) et économique (chômage, inflation) des plus tendus.

La guerre civile

L'opposition au régime de Samuel Doe, de plus en plus vigoureuse, s'organise sous l'impulsion et l'autorité de Charles Taylor, un économiste formé aux États-Unis et qui s'appuie sur la communauté de sa mère, les Gio. Amorcée depuis la région du mont Nimba, la révolte gagne rapidement l'ensemble du pays, sans rencontrer d'opposition sérieuse de la part des forces armées, dont la seule action consiste en actions de représailles contre les populations civiles. Très vite, les insurgés sont aux portes de Monrovia, mais des dissensions internes au NPLF empêchent Taylor de remporter la victoire décisive qui lui semble promise. Elles proviennent, pour l'essentiel, d'un désaccord entre le chef de la rébellion et un de ses principaux lieutenants, Prince Johnson qui, à l'été 1990, fait sécession et entraîne avec lui un millier de partisans afin de fonder l'INPLF (Independent National Patriotic Front of Liberia). Parallèlement, la Cedeao décide de l'envoi d'une force d'interposition, l'Ecomog, chargée de défendre Monrovia, d'instaurer un cessez-le-feu, de désarmer les factions rivales, afin d'instaurer une conférence nationale, préalable nécessaire à un retour à la paix. À la fin de l'année 1990, Charles Taylor contrôle 90 p. 100 du territoire libérien, à l'exception de la capitale. Samuel Doe, quant à lui, est assassiné par les partisans de Prince Johnson en septembre 1990. Malgré la pression internationale, la situation n'évolue guère dans les mois qui suivent, lorsqu'en 1992, les forces de Taylor engagent de nouveaux combats afin de prendre la capitale : l'échec de cette seconde bataille de Monrovia marque le début du déclin du NPLF qui doit à la fois faire face aux forces de l'Ecomog et à l'apparition de nouvelles factions menées par des chefs de guerre qui s'arrogent le contrôle de certaines portions du territoire. C'est le cas de l'ULIMO dont une première faction emmenée par Alhaji Kromah se désolidarise de celle fédérée par Roosevelt Johnson. En 1993, c'est l'enlisement, personne n'arrivant à s'octroyer un avantage décisif par les armes. À cette date, le nombre des victimes s'élève au moins à 150 000 morts et le pays souffre de l'embargo imposé par les Nations unies.

Débute alors un long processus de négociations, entrecoupé par une reprise, plus ou moins intense, des combats. Après l'échec d'une conférence de réconciliation nationale organisée sous l'égide de la Cedeao (1991), d'une tentative de signature d'accords de paix (1993) et de la formation d'un gouvernement transitoire (1994), l'accord d'Abuja de 1995 a suscité des espoirs dans la mesure où, pour la première fois, l'ensemble des chefs des factions rivales, étaient invités à participer à un gouvernement d'union nationale. Cet accord s'est révélé cependant insuffisant pour empêcher la reprise des combats qui ont lieu dès avril 1996.

Le 28 mai 1996, l'Ecomog reprend le contrôle de Monrovia, une ville morte, pillée par les combattants. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest arrive à imposer l'organisation d'élections générales et le désarmement des factions. Le désarmement volontaire n'a concerné de manière effective que le tiers des miliciens en armes. Les factions se sont transformées en partis politiques et ont accepté le processus électoral, moins par enthousiasme que par les effets d'une prise de conscience de l'impasse dans laquelle cette guerre civile a conduit le pays. C'est finalement Charles Taylor, le leader du National Patriotic Front of Liberia (NPFL), qui est élu président le 19 juillet 1997 avec 75 p. 100 des voix à la suite d'un scrutin qualifié de «globalement libre et transparent», expression qui laisse planer des doutes quant à la validité de l'élection, et ce malgré la présence de nombreux observateurs étrangers dépêchés par des organisations internationales afin de valider le scrutin. Malgré les horreurs de la guerre civile dont il a été l'initiateur, le président du Liberia bénéficie de la confiance des pays occidentaux. Ceux-ci voient en lui la seule personne capable de faire régner l'ordre dans ce pays, dont l'exploitation des richesses (forêts, diamants) est, pour l'essentiel, à l'origine du conflit. Les plaies mettront cependant longtemps à cicatriser, avec des milliers d'enfants utilisés comme combattants et qu'il faut réinsérer, plus de 200 000 morts et le quart de la population réfugiée ou déplacée.

Source :
Microsoft Encarta


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier