Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE DI LIBERIA
ASPECT GEOPOLITIQUE

Ce petit État d'Afrique occidentale, niché entre les hauteurs de la dorsale guinéenne (mont Nimba) et la côte inhospitalière du golfe de Guinée, a une histoire unique sur le continent africain : issu de l'installation d'anciens esclaves noirs américains au début du XXe siècle, il n'a pas été colonisé par l'Europe. Ce statut particulier a été mis à profit par les puissances occidentales : sous pavillon de complaisance, le Liberia a la première flotte du monde, devant le Panamá. Ce privilège pourrait être remis en question suite à la guerre civile féroce qui le déchire depuis 1989, révélant la violence des haines tribales, notamment entre la minorité des Afro-Américains et les autres groupes de population.

Le Liberia a été fondé en 1821 par l'American Colonization Society pour y établir des esclaves noirs libérés ou rachetés à leur propriétaire. Le nom de sa capitale a été donné en l'honneur du président américain de l'époque, James Monroe. En 1847, les Afro-Américains proclamèrent l'indépendance d'une république qui ne contrôlait alors qu'une étroite bande côtière de part et d'autre de Monrovia, un des meilleurs sites portuaires de la côte du golfe de Guinée. Le territoire actuel du Liberia résulte d'une série de traités de délimitations de frontières passés avec la Grande-Bretagne, qui s'était implantée en Sierra Leone, et avec la France qui construisait son empire d'Afrique occidentale.

De 1877 à 1980, le pouvoir politique a été monopolisé par les Afro-Américains et leur parti, le True Whig Party. Ces descendants d'esclaves, d'éducation protestante et de langue anglaise, méprisent les populations indigènes, qu'ils considèrent comme primitives. Celles-ci ne formant pas un ensemble homogène, la domination de la minorité des  Américains  en a été facilitée. La moitié sud du territoire est occupée par les Kru, qui fournirent au XIXe siècle de nombreux équipages aux marines européennes. Le reste de la population est constitué de différents groupes d'origine mandingue ou ayant subi leur influence, comme les Vaï, gens de la côte qui furent les partenaires commerciaux des Européens à partir du XVe siècle.

La tardive mise en valeur du Liberia a été le fait de multinationales américaines : Firestone a créé dans les années 30 de gigantesques plantations d'hévéas : 40 000 hectares en production, le plus vaste ensemble de plantation du monde, un véritable État dans l'État. Après la Seconde Guerre mondiale le pays, riche en minerais de fer, entre dans l'ère minière. Quatre centres miniers sont mis en exploitation et reliés à la côte par des voies ferrées privées. Les gisements les plus importants, ceux du mont Nimba, sont exploités par la Lamco (capitaux américano-suédois) ; le fer transite jusqu'au port minéralier de Buchanan. La production des autres bassins miniers est évacuée par Monrovia. L'économie du Liberia est de type primaire. C'est un État rentier soumis aux variations de cours des matières premières : depuis la fin des années 70, l'érosion des cours du caoutchouc et du fer a inauguré une période de difficultés économiques aux répercussions politiques graves.

Après plus d'un siècle de domination des Afro-Américains, le sergent Samuel K. Doe, du petit groupe ethnique krahn, s'est emparé du pouvoir en avril 1980, de manière brutale et expéditive (exécution des dirigeants, dont le président William Tolbert). Après quelques années d'une apparente stabilité, le pouvoir du président Doe a été contesté par un mouvement d'opposition qui s'est organisé dans la région du Nimba : le Front national patriotique du Liberia (FNPL), dirigé par Charles Taylor. A la fin de 1989, la lutte a dégénéré en une guerre civile qui a réveillé le tribalisme.

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) a cherché vainement une issue diplomatique au conflit. En septembre 1990, la capitale était prise par les troupes rebelles et Samuel K. Doe capturé et tué. Cette guerre a été particulièrement meurtrière et plusieurs centaines de milliers de personnes se sont réfugiées à l'étranger. Depuis la mort de Doe, le professeur Amos Sawyer assume la présidence par intérim, mais les combats n'ont pas cessé, malgré la mise en place par la CÉDÉAO d'une force ouest africaine d'interposition (Ecomog) entre partisans de Sawyer, de Prince Johnson, un dissident du FNPL et de Charles Taylor. Celui-ci est parvenu à contrôler 90 % du territoire, le  Taylorland  ; il a bénéficié de l'appui de la Côte-d'Ivoire et de la France, qui comptaient sur le port de Buchanan et la voie ferrée y aboutissant pour la mise en exploitation des gisements de fer guinéens du mont Nimba.

Un plan de paix adopté en octobre 1991 à Yamoussoukro a été sans lendemain. Sous la pression du Nigeria, l'Ecomog avec ses  Casques bleus  a renforcé son action militaire contre le FNPL et imposé un blocus. Au cours des premiers mois de 1993, les partisans de Charles Taylor ont perdu la plupart de leurs positions stratégiques (port de Buchanan, aéroport de Robertsfield) : repliés dans leur bastion montagneux du Nord, ils s'organisent pour une guérilla qui pourrait résister longtemps à l'étau de l'Ecomog. Un accord de paix est intervenu en juillet 1993 entre partisans de Charles Taylor, d'Amos Sawyer et d'Alhaji Kromah (Mouvement uni de libération), mais la guerre civile sévit encore en 1995.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier