Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE LIBERIA DE 1982 A 1997
LE LIBERIA DE 1982 A 1997

Le Liberia (2,0 millions d'habitants). Depuis sa création à l'initiative d'Américains au milieu du XIXe siècle, cet État a été dominé par le groupe des Afro-Américains ramenés d'Amérique. Ceux-ci ne constituent pourtant que 4% de la population totale. En revanche, les africains autochtones, dénommés "natives", ont été tenus longtemps en complète subordination par le groupe dirigeant qui conservait d'étroites relations avec les États-Unis, notamment avec des grandes firmes comme Firestone, qui possède au Liberia d'immenses plantations d'hévéas, ou les grands groupes sidérurgiques qui exploitent les mines de fer. L'autre ressource du Liberia, qui dépend elle aussi des multinationales, est la pratique du "pavillon de complaisance", qui fait théoriquement du Liberia la première puissance maritime du monde. En 1980, un coup d'État conduit par des officiers subalternes "natives" a renversé le pouvoir politique des Afro-américains. Mais les grandes compagnies américaines ont gardé leurs positions prépondérantes.

Le Liberia (2,1 millions d'habitants) était toujours à la mi-1984 gouverné par le régime militaire du "général" Samuel K. Doe, qui a renversé en avril 1980 le pouvoir politique des Afro-Américains, en place depuis plus d'un siècle avec des figures aussi légendaires et tyranniques que les présidents Tubman et Tolbert. Après avoir suscité quelques espoirs, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur, le pouvoir militaire des sous-officiers "natives" s'est efforcé de ne rien changer au mode de fonctionnement du système économique et politique libérien. La dépendance vis-à-vis des matières premières (hévéas, minerai de fer) est restée toujours aussi grande et la flotte marchande battant pavillon libérien est demeurée la première du monde. La situation financière était donc toujours difficile en 1983, surtout compte tenu de la mauvaise conjoncture sidérurgique mondiale, qui a affecté les exportations de minerai de fer en quantité et en valeur.

Pays indépendant depuis 1847, le Liberia (2,1 millions d'habitants) n'est pas seulement voisin géographiquement de la Sierra Leone, il lui ressemble sur de nombreux points: historiquement, il a été créé par la volonté de l'hémisphère Nord - les États-Unis en l'occurrence - de renvoyer les anciens esclaves dans leur pays ; économiquement, la dépendance vis-à-vis des matières premières (fer et hévéa) est restée excessive et l'endettement qui en résulte y est tout aussi important ; politiquement, c'est une dictature qui a connu depuis 1980 cinq coups d'État manqués.

Pourtant, la révolte militaire d'avril 1980, qui avait remplacé, au profit des natives, le pouvoir politique des Afro-Américains, en place depuis plus d'un siècle, avait été saluée favorablement par une grande majorité des Libériens. Cinq ans plus tard, la promesse du président Samuel K. Doe de procéder à des élections à la fin de 1985 pour permettre le passage à un régime civil a fait renaître un nouvel espoir malgré la permanence de la répression à l'égard des candidats à la démocratisation.

Le retrait en 1984 de la firme sidérurgique américaine Bethleem Steel de la mine des monts Nimba (Lamco) a correspondu à un désengagement des États-Unis alors que la production, commencée en 1963, devait se réduire. La mise en exploitation du même gisement, mais du côté guinéen, pourrait utiliser les infrastructures ferroviaires et portuaires du Liberia.

Au Libéria, le président Samuel Doe, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1980, voulait marquer l'année 1985 par la fin du régime militaire et le début d'un régime civil et démocratique. Mais l'espoir soulevé par l'annonce de la démocratisation a bien vite cédé le pas à la frayeur: le chef de l'État a réprimé tous ceux qui pouvaient gêner sa propre élection. Le 16 janvier 1985, le gouvernement suspendait sine die le quotidien Daily Observer, accusé de ne pas agir "dans l'intérêt national" ; entre janvier et juillet, des partis d'opposition étaient suspendus: le Parti populaire libérien (LPP) du professeur Amos Sawyer et le Parti populaire unifié (UPP) de l'ancien ministre Gabriel Bacchus Mattews ; enfin, Samuel Doe faisait arrêter des personnalités de l'opposition: John Karweay et Dusty Wolokolie, leaders du LPP ; et surtout Ellen Johnson Sirleaf, ex-ministre des Finances, responsable éminente du Parti d'action libérien (LAP).

Dans ces conditions, les "élections" du 15 octobre ont été sans surprise: Samuel Doe a été élu malgré les protestations de l'opposition accusant le chef de l'État de s'être livré à des fraudes électorales et des trucages. C'est dans ce contexte qu'en novembre 1985, le gouvernement de Monrovia a annoncé la découverte d'une tentative de coup d'État. L'instigateur présumé de ce putsch, le général Quiwonkpa, était tué. La répression qui a suivi aurait fait 1 500 morts et donné lieu à 900 arrestations, parmi lesquelles Jackson Doe, ancien candidat à l'élection présidentielle. Malgré cette terrible répression, l'avenir immédiat du régime Doe semblait de plus en plus incertain. Le FMI ayant décidé de couper les vivres à Monrovia, les caisses de l'État sont vides et les fonctionnaires libériens n'ont pas été payés au cours des premiers mois de 1986. La colère grondait dans les rues et les arrestations continuaient. Mais jusqu'à quand?

Au Libéria, le 13 mars 1986, environ mille enseignants du secteur public ont entamé une grève illimitée: ils n'avaient pas perçu leurs salaires depuis deux mois. Cinq jours plus tard, huit mille étudiants se sont mis en grève par solidarité. A la suite de ces mouvements, le gouvernement a décidé de fermer les établissements scolaires et universitaires de Monrovia. En outre, le président Samuel Doe a pris l'initiative d'inviter les partis d'opposition à discuter avec lui des problèmes du pays. Mais le Parti de l'unification du Libéria (LUP), le Parti de l'unité (UP), le Parti de l'action libérienne (LAP) ont repoussé cette offre.

Le 2 avril 1986, Mme Ellen Johnson-Sirleaf, dirigeante du LAP, ancienne ministre des Finances, était accusée de trahison et mise en état d'arrestation. Dans le même temps, vingt détenus étaient portés disparus. Aussitôt, le Parti populaire unifié (UPP) de l'ancien ministre Baccus Mathews rejoignait les rangs de l'opposition et réclamait, de concert avec les autres partis, la libération immédiate de Mme Ellen Johnson-Sirleaf. Mise en liberté surveillée en juin 1986, elle a quitté clandestinement le Libéria pour se réfugier aux États-Unis.

Sur le plan économique, le président Doe a lancé, le 8 novembre 1986, le mot d'ordre de la "révolution verte" avec pour objectif l'autosuffisance alimentaire. Au début de l'année 1986, les États-Unis avaient décidé de cesser leur aide au Libéria pour protester contre les violations répétées des droits de l'homme dans ce pays. Mais, en octobre 1986, Washington mettait fin à son boycottage économique et accordait pour l'année fiscale 1985-1986 une aide économique globale de 52 millions de dollars, dont 18 millions pour couvrir les arriérés vis-à-vis de la Banque mondiale.

L'autorité et la compétence du gouvernement de Samuel Kaneyon Doe ont été de plus en plus ouvertement mises en cause. Les principaux partis d'opposition - le Parti de l'unité (UP), le Parti de l'unification du Libéria (LUP), le Parti de l'action libérienne (LAP), le Parti populaire unifié (UPP) - ont dénoncé l'incurie du gouvernement et réclamé de nouvelles élections, considérant que celles de 1985 n'étaient pas valables car entachées d'irrégularités. Toutes les tentatives de conciliation entre le pouvoir et l'opposition, notamment celles menées par le Conseil des Églises du Libéria, ont échoué, les opposants refusant de siéger dans un gouvernement dirigé par S. Doe. C'est dans cette atmosphère que le président de la Cour suprême, Chea Cheapoo, a été destitué le 3 décembre 1987, parce qu'il aurait déclaré que le chef de l'État avait touché des pots-de-vin des compagnies pétrolières. Il a été remplacé par Emmanuel Gbalazeh.

Sur le plan économique, corruption, détournements de fonds et mauvaise gestion sont restés les principales caractéristiques du Libéria. C'est ainsi qu'une commission chargée d'enquêter sur les fraudes de la compagnie électrique a annoncé, le 26 octobre 1987, que plus de trois millions de dollars avaient été détournés par les responsables de cette compagnie.

Les institutions financières internationales considéraient le Libéria comme un mauvais payeur et son gouvernement comme un mauvais gestionnaire. Tirant les leçons de cette situation, la Banque mondiale a décidé de fermer ses bureaux à Monrovia en novembre 1987 ; le FMI a pris la même décision quatre jours plus tard. La Banque africaine de développement (BAD) a décidé elle aussi de ne plus prêter à ce pays. Le président Doe a alors lancé un appel aux créanciers en expliquant que la mauvaise situation du Libéria était due à la chute des cours du minerai du fer et du caoutchouc (80% des exportations du pays). A la fin de l'année 1987, seuls les Européens semblaient l'avoir entendu ; la CEE a décidé, le 5 novembre 1987, d'accorder au Libéria un prêt de 334 millions FF pour moderniser ses mines de fer.

Le président Samuel Kaneyon Doe a échappé en mars 1988 à la huitième tentative de coup d'État enregistrée depuis sa prise de pouvoir en 1980. Cette tentative a eu lieu dans un climat politique tendu, l'opposition accusant le parti de S. Doe de violer systématiquement la Constitution. En août 1988, le gouvernement a fait procéder à la fermeture de l'université et à la dissolution du syndicat étudiant accusé de se livrer à des activités politiques.

La situation économique n'a pas connu d'amélioration sensible. Sous prétexte que le Libéria ne remplissait pas ses engagements à leur égard, le FMI et la Banque mondiale ont fermé leurs bureaux à Monrovia alors que la Banque africaine de développement (BAD) suspendait ses prêts.

A cette situation se sont ajoutées la chute des cours du caoutchouc, de l'or et du minerai de fer, ainsi que l'aggravation du marché noir sur les carburants, consécutive à une rupture des approvisionnements. C'est dans ce contexte que le régime Doe a poursuivi son offensive contre la corruption. Près de 200 employés du ministère des Finances et de la Banque centrale ont été licenciés et un tribunal chargé de juger les crimes économiques contre l'État a été créé.

Le président Doe a par ailleurs annoncé un plan de relance pour 1988-1989, qui prévoit notamment une réduction du déficit budgétaire, la suppression de 7 800 emplois en trois ans dans la fonction publique ainsi que la "libérianisation" progressive des emplois. Dans le même temps, afin d'attirer des personnels qualifiés dans l'administration, il a été décidé une augmentation générale de 30% des traitements, étalée sur trois ans.

Sur le plan économique, le Libéria a repris des contacts, rompus depuis plusieurs années, avec le FMI. Extrêmement difficiles, les négociations concernent le remboursement de la dette libérienne, soit 1,3 milliard de dollars, dont 650 millions pour le FMI et plus de 180 millions pour les États-Unis. Une épreuve de force a d'ailleurs opposé à ce sujet Washington à Monrovia, l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) menaçant de fermer ses bureaux dans la capitale libérienne si le Libéria ne remboursait pas douze mois d'arriérés (7,2 millions de dollars) de sa dette envers les États-Unis. Fait original, le gouvernement libérien a lancé une souscription nationale qui lui a permis de s'exécuter. Dans l'ensemble, la conjoncture économique est demeurée cependant chaotique et la corruption frénétique. De plus, la LAMCO (Liberian-American-Swedish Mineral Company) qui exploitait le minerai de fer (70% des recettes d'exportation de l'État) a notablement réduit ses activités.

Au plan politique, le président Samuel Doe avait déjoué une nouvelle tentative de coup d'État, la dixième depuis son accession au pouvoir. Les prolongements en ont cependant été dramatiques puisqu'elle a entraîné une rébellion dans le comté de Nimba (Nord-Est) et de violents affrontements entre le NPLF (Front national patriotique du Libéria) de Charles Taylor et l'armée. Les massacres de villageois ont poussé à l'exode vers la Côte d'Ivoire et la Guinée plusieurs milliers de personnes. Les combats se sont poursuivis tout au long de l'année, amenant le NPLF aux portes de Monrovia. Les pourparlers pour un cessez-le-feu ont achoppé sur la question de la démission de S. Doe, réclamée par le NPLF. A la mi-1990, S. Doe était retranché dans le palais présidentiel et Monrovia se trouvait en état de siège.

La lutte pour le pouvoir opposant le président Samuel Kaneyon Doe aux deux chefs rebelles, Charles Taylor, un ancien haut fonctionnaire, dirigeant le Front national patriotique du Libéra (NPLF), et Prince Johnson, dissident de cette formation, a débouché sur la capture et la mort du chef de l'État le 9 septembre 1990. La guerre civile avait commencé en décembre 1989. Son point de départ fut une rébellion, durement matée par les forces gouvernementales, dans le comté de Nimba (Nord-Est). Les combats s'étendirent les mois suivants à l'ensemble du pays, les forces gouvernementales se trouvant bientôt encerclées dans la capitale, Monrovia.

Après plusieurs médiations extérieures, c'est finalement la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) qui a tenté de résoudre le conflit. Son plan comportait trois points: un cessez-le-feu, l'envoi d'une force d'interposition et la mise en place d'un gouvernement intérimaire. Après bien des résistances et au prix de combats avec les belligérants, la force de paix africaine sous tutelle nigériane a réussi à imposer un gouvernement de transition dirigé par Amos Sawyer. Toutefois, ce n'est que le 13 février 1991 que toutes les factions rivales signaient à Lomé un accord formel de cessez-le-feu prévoyant le désarmement des maquisards et une conférence politique nationale. Organisée à Monrovia le 15 mars 1991, celle-ci a cependant été un échec. Outre que Charles Taylor n'y participait pas personnellement, elle a achoppé sur la question de la représentativité de chacune des délégations. Aucun accord n'a donc pu se faire sur le nom de l'homme qui devrait diriger le pays jusqu'aux élections prévues en octobre 1991. La guerre civile aura fait plus de 15 000 morts, déplacé un demi-million de personnes et contraint autant d'autres à l'exode vers les pays voisins.

Après la guerre civile qui a déchiré le pays en 1990-1991, la situation est restée confuse en dépit de la signature, le 31 octobre 1991, de l'accord de Yamoussoukro (Côte-d'Ivoire) qui confère à l'Ecomog, la force ouest-africaine d'interposition, le contrôle théorique de l'ensemble du pays, préalablement à l'organisation d'élections libres. Toutefois, en dépit du soutien américain aux États participant à l'Ecomog, cet accord s'est heurté aux rivalités qui ont opposé violemment entre elles les factions combattantes, notamment le Mouvement de libération unie pour la démocratie au Libéria (Ulimo) et le Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Charles Taylor.

De son côté, Prince Johnson, leader du Front national patriotique indépendant du Libéria (INPFL), a explicitement rejeté l'accord à la négociation duquel il n'avait pas été convié à participer, et il s'est désengagé du gouvernement intérimaire du président Amos Sawyer. Plusieurs tentatives de médiation (sierra-léonaise, ivoiro-burkinabé, notamment) sont restées infructueuses.

Cette conjoncture est apparue d'autant plus préoccupante que le Libéria a semblé s'installer dans l'anarchie. En février 1992, les chefs d'État guinéen, sierra-léonais et libérien réunis à Freetown (Sierra Léone) ont ainsi dénoncé les relations commerciales de certains pays occidentaux avec le mouvement de Charles Taylor qui exploiterait pour son compte les ressources minières du pays. La France a été impliquée dans cette affaire par le biais du groupe Usinor-Sacilor qui a importé du minerai de fer de la zone contrôlée par le NPFL.

Le Libéria a continué de s'enfoncer dans la guerre qui le déchire depuis la fin de l'année 1989. Opposant à l'origine le chef d'État d'alors, Samuel Doe, aux rebelles du Front national patriotique du Libéria (NPFL) mené par Charles Taylor, celle-ci a rapidement vu l'entrée en jeu du Front national patriotique indépendant du Libéria (INPFL) dirigé par Prince Johnson, et du Mouvement de libération unie pour la démocratie au Libéria (Ulimo), cependant que l'Ecomog, force d'interposition ouest-africaine sous contrôle nigérian, tentait, mais en vain, de ramener la paix.

L'année 1992 a pourtant démarré sous de bons auspices, puisque le gouvernement intérimaire d'Amos Sawyer et les principaux belligérants ont exprimé, en avril 1992, leur volonté d'arrêter les combats; un mois plus tard, la radio a annoncé l'ouverture prochaine de négociations entre les différentes parties. Mais ces déclarations ont vite été démenties par les faits. Aussi, face au blocage de la situation, le "sommet" ouest-africain de Dakar (juillet 1992, cadre: la CEDEAO - Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) a-t-il donné un mois au NPFL, le premier des mouvements rebelles, pour désarmer ses miliciens; cet ultimatum a en outre été assorti de menaces de sanctions économiques contre les zones contrôlées par les partisans de Charles Taylor. Le 7 septembre, l'Ecomog a décidé de retirer ses troupes de ces régions, consommant ainsi sa rupture avec le NPFL. L'épreuve de force, inévitable, a alors rapidement tourné à l'affrontement armé entre la force d'interposition soutenue par l'Ulimo, d'une part, et le NPFL d'autre part. En quelques semaines, Monrovia, la capitale, a déploré plus de 3000 victimes; puis est intervenu un cessez-le-feu auquel Charles Taylor a souscrit le 23 novembre.

Éphémère comme les précédents, cet énième accord, sitôt conclu, a été violé par les diverses parties. L'Ecomog, renforcée par un nouveau contingent de 5 000 soldats, a lancé, en février 1993, une vaste offensive contre le NPFL, s'assurant assez rapidement le contrôle des régions que ce dernier "administrait". Privé de carburant et de munitions, à la suite des sanctions prises contre lui, et isolé, le mouvement de Charles Taylor aurait ainsi subi un revers décisif.

Cette conclusion ne serait cependant pas de nature à résoudre les graves problèmes que connaît le pays. Il est apparu que la légitimité du gouvernement intérimaire devrait être sanctionnée par des élections libres et régulières, uniquement possibles dans un pays pacifié. Initialement fixées à novembre 1992, elles ont dû être reportées. La guerre a, par ailleurs, ruiné un pays jadis fort de son caoutchouc, du diamant et des ressources tirées de ses pavillons de complaisance, la flotte marchande libérienne étant la plus importante du monde. La reconstruction, longue et coûteuse, a cependant déjà commencé: le 15 juillet 1992, la CEE a en effet annoncé l'octroi, sur une période de quatre ans, d'une aide de 100 millions de dollars.

Le conflit qui a ravagé le pays à partir de décembre 1989, date à laquelle des factions rebelles ont engagé une lutte farouche contre la dictature de Samuel Kaneyon Doe pour ensuite se disputer le pouvoir, est entré dans une phase apparemment décisive le 17 juillet 1993. En effet, à cette date, un accord de paix entre les trois principaux belligérants a été conclu à Genève: le gouvernement intérimaire de Amos Sawyer, le Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Charles Taylor, et le Mouvement de libération uni pour la démocratie au Libéria (Ulimo). Suivi le 25 juillet par la conclusion à Cotonou (Bénin) d'un cessez-le-feu, cet accord réglait notamment enfin la question de la composition du gouvernement tripartite. Signe de l'importance de ce pas franchi avec la médiation active de l'OUA (Organisation de l'unité africaine), le NPFL lançait peu après un appel à la démobilisation de ses troupes, en affirmant que la guerre était "finie".

Cette première étape a bientôt été suivie par la constitution du Conseil d'État appelé à se substituer au gouvernement intérimaire entré en exercice en septembre 1990. Collégial et reconnu par toutes les parties, il a été formé de cinq membres (deux au titre de l'ex-gouvernement intérimaire, deux représentants de l'Ulimo et un du NPFL). Présidé par David Kpomakpor (ex-gouvernement intérimaire), il a été installé officiellement le 7 mars 1994. La seconde institution prévue par l'accord de paix, l'Assemblée législative de transition, a été constituée le 1er octobre 1993. Ses 35 sièges ont été répartis entre les trois signataires de l'accord de paix, à raison de 13 sièges pour l'ex-gouvernement intérimaire, 13 pour le NPFL et 9 pour l'Ulimo, dont Morris Dukuly, ancien ministre du président Doe, s'est vu confier la présidence de l'Assemblée.

Cette amélioration de la situation n'a cependant pas réglé tous les problèmes nés d'une guerre qui aura fait plus de 150 000 morts selon les Nations unies. Ainsi, le désarmement des 60 000 combattants officiellement recensés, tâche incombant à l'Ecomog - la force ouest-africaine d'interposition comptant quelque 20 000 soldats fournis par huit pays africains - et devant être supervisée par 300 observateurs des Nations unies, a-t-il été amorcé seulement début 1994, bien que conditionnant le bon déroulement des élections fixées au 7 septembre 1994. La gestion de l'aide humanitaire a continué à rencontrer de gros obstacles, notamment de la part de l'Ulimo. Contrôlant le nord-ouest du pays, ce mouvement s'est livré, en décembre 1993, à des exactions sur les organisations caritatives opérant dans la région, les obligeant désormais à transiter par la Côte-d'Ivoire pour ravitailler les populations des régions Centre et Ouest "administrées" par le NPFL. De graves menaces pesaient plus particulièrement sur l'aide humanitaire dans le "Taylorland" peuplé de plus d'un million de personnes. Le Programme alimentaire mondial (PAM) y a repris ses activités en mai 1993, mais la situation était encore jugée très dangereuse par les responsables des organismes humanitaires.

Depuis décembre 1989, le pays était ravagé par un sanglant conflit, des factions rebelles ayant engagé une lutte farouche contre la dictature de Samuel K. Doe pour ensuite se disputer le pouvoir. L'enlisement du processus de désarmement prévu par les accords de paix de Cotonou, signés le 25 juillet 1993, a tourné à la catastrophe. En juin 1994, à peine 3 000 des 60 000 combattants officiellement recensés avaient déposé les armes. Les élections générales prévues pour septembre 1994 ont donc été reportées. Confrontée à la mauvaise volonté des factions rivales, l'Ecomog, la force d'interposition déployée en août 1990 par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), n'a pu mener à bien sa mission de désarmement. Impuissante, elle a même menacé de se retirer.

Afin de sortir de l'impasse, Jerry Rawlings, chef de l'État ghanéen et président en exercice de la CEDEAO, a réuni les chefs de guerre libériens. Le nouvel accord qu'ils ont passé à Akosombo (Ghana), le 13 septembre 1994, prévoyait - comme celui de Cotonou - la création d'une nouvelle institution de transition, le désarmement des factions et l'organisation d'élections le 10 octobre 1995. Il n'a fait qu'envenimer le conflit.

Pis, les Forces armées libériennes (AFL, faction formée par les membres de l'ancienne garde présidentielle de Samuel Doe, le défunt dictateur) ont tenté, le 15 septembre 1994, de déloger le Conseil d'État de Mansion House (le palais présidentiel). A la suite de ce putsch manqué, les combats ont repris de plus belle entre les AFL, le Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Charles Taylor et le Mouvement uni de libération (Ulimo) d'Alhaji Kromah, tous deux en proie à des scissions et de violents conflits internes. Le Conseil libérien de paix (LPC) de George Boley et la Force de défense du comté de Lofa (LDF) de François Massaquoi, deux autres factions apparues fin 1993, ont elles aussi repris les armes. Fuyant les massacres (200 000 morts depuis le début de la guerre), les réfugiés ont à nouveau afflué en Guinée et en Côte d'Ivoire. Toutes les médiations ensuite tentées par Jerry Rawlings ont échoué. L'accord d'Akosombo est resté lettre morte, en raison du désaccord entre les parties signataires sur la composition du futur exécutif chargé d'organiser les élections générales. Un "ultime" sommet, réuni le 17 mai à Abuja (Nigéria), s'est achevé sur le même constat d'échec. Le 26 avril 1995, les contingents tanzanien et ougandais de l'Ecomog se sont retirés, laissant sur le terrain quelque 8 500 "casques blancs" (dont 6 000 soldats nigérians). Pour éviter le retrait de cette force, qui a compté jusqu'à 20 000 hommes au plus fort de sa présence, les États-Unis ont mis à sa disposition, le 17 mai 1995, un fonds de 3 millions de dollars.

La guerre civile libérienne qui a ravagé le pays à compter de décembre 1989 a repris de plus belle. Après huit mois d'impasse diplomatique, faute d'un consensus sur la nomination d'un exécutif de transition, un douzième accord de paix a été signé le 21 août 1995 à Abuja (Nigéria). Son atout, et peut-être son erreur, aura été d'avoir permis, pour la première fois, aux chefs de faction de siéger en personne au sein d'un organe collégial. Le nouveau Conseil d'État, investi le 1er septembre 1995, comptait quatre coprésidents: Charles Taylor, chef du Front national patriotique du Libéria (NPFL), Alhaji Kromah, du Mouvement uni de libération-branche mandingue (Ulimo-M), George Boley, du Conseil libérien de paix (LPC), et Oscar Quiah, de la Conférence nationale du Libéria (LNC).

L'accord d'Abuja prévoyait, comme les précédents, le désarmement des factions et l'organisation d'élections. Comme les précédents, il est resté lettre morte. Il n'aura servi que de trêve à des seigneurs de guerre ayant érigé la situation de conflit en mode de vie, et, surtout, en véritable économie. Le Libéria est en effet devenu le paradis de tous les trafics: armes, drogue et 4 x 4, mais aussi hévéa, or et diamants.

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a tenté, en septembre 1995, d'obtenir le secours financier des États-Unis et de l'ONU dans le cadre de son projet de désarmement urgent de quelque 60 000 combattants par l'Ecomog, la force d'interposition qu'elle avait déployée en août 1990. Lorsque les bailleurs de fonds ont eu promis leur aide, à New York, le 27 octobre 1995, les combats avaient déjà repris.

Charles Taylor, chef de la plus puissante faction (contrôlant 40 % du territoire libérien et 25 000 hommes), a véritablement relancé les hostilités. À l'occasion d'une dissension au sein de l'Ulimo-M, il a cherché à se débarrasser de Roosevelt Johnson. Le 22 mars 1996, ce rival a été démis de ses fonctions de ministre de l'Agriculture par le Conseil d'État. Le contentieux a dégénéré. Monrovia, la capitale, s'est embrasée le 7 avril 1996. La seule réaction de la communauté internationale, États-Unis en tête, aura consisté à évacuer ses ressortissants - comme en 1990 et en 1992.

Le sommet de "la dernière chance" convoqué par la CEDEAO les 7-8 mai 1996 à Accra (Ghana) s'est soldé par un échec. Impuissante, la diplomatie ouest-africaine n'a pas su faire face au nouvel afflux de réfugiés libériens. Ayant fui à bord de cargos étrangers, ces boat people ont été refoulés par plusieurs pays de la sous-région.

Commencée le 24 décembre 1989, avec la rébellion du Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Charles Taylor contre le régime de Samuel K. Doe, la guerre civile a semblé avoir trouvé un début de solution. Une trêve ayant été acceptée par le NPFL, les combats qui avaient à nouveau embrasé Monrovia, le 6 avril 1996, ont progressivement cessé. La Force ouest-africaine d'interposition (Ecomog), déployée depuis le 24 août 1990 par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a repris, le 28 mai 1996, le contrôle d'une ville mise à sac. Avec la complicité de certains États de la sous-région, les factions ont fait du pillage, mais aussi de la contrebande de bois, d'hévéa et de diamants une véritable économie de guerre.

Échaudé par la lutte incessante de ces États pour le contrôle de ces richesses, Jerry Rawlings, chef de l'État ghanéen et président en exercice de la CEDEAO, a opté pour la fermeté. Dernier en date, le douzième accord de paix, signé le 21 août 1995 à Abuja (Nigéria), a été unilatéralement "révisé", le 17 août 1996, par le Comité des neuf chefs d'État ouest-africains sur le Libéria. Un calendrier de transition précis a été défini, fixant au 30 mai 1997 l'organisation d'élections générales.

Ce nouvel échéancier a pris la forme d'un ultimatum, puisqu'il a été assorti, pour la première fois, d'une batterie de sanctions à l'encontre des chefs de guerre tentés de ne pas le respecter.

Malgré le cessez-le-feu, des combats sporadiques ont persisté à l'intérieur du pays. A son terme prévu, le 31 janvier 1997, le désarmement volontaire mené par l'Ecomog n'avait porté "que" sur 22 400 des 60 000 combattants libériens. Ces opérations ont ensuite été poursuivies par la force. Les factions ont été dissoutes, le 31 janvier 1997, pour devenir des partis politiques.

Trois de leurs chefs, C. Taylor, Alhaji Kromah, du Mouvement uni de libération-branche mandingue (Ulimo-M), et Georges Boley, du Conseil de paix libérien (LPC) ont figuré parmi les treize candidats à l'élection présidentielle. Face à C. Taylor, donné favori, une femme, Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne fonctionnaire du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) a mené campagne. A l'issue des élections générales organisées le 19 juillet 1997, sous l'étroite surveillance de quelque 10 500 "casques blancs" de l'Ecomog, C. Taylor a été déclaré élu avec 75 % des suffrages.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier