Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

En 1996, le Liberia a de nouveau été le théâtre d'affrontements meurtriers. En avril, la capitale Monrovia, jusqu'ici à peu près épargnée, a été totalement ravagée par les combats qui ont opposé les milices krahns, peu représentées au sein du gouvernement de transition, à la puissante faction de Charles Taylor. Ce qui restait des services publics a volé en éclats sous les coups des milices d'enfants-soldats.
Le processus catastrophique qui a abouti à la destruction de Monrovia a été déclenché par un affrontement entre l'une des factions, implantée dans l'ouest du pays, et la force d'interposition ouest-africaine (Ecomog) dominée par le Nigeria. L'objet de cette querelle était le produit des mines d'or de la région. On touche là au ressort économique du drame libérien : les factions mettent les zones qu'elles contrôlent en coupe réglée, pillant les ressources agricoles, se livrant au trafic de l'or ou du latex, volant le matériel des organisations humanitaires -plus de cinq cents véhicules appartenant à ces dernières ont disparu pendant la bataille de Monrovia. Ces pratiques permettent par exemple au Front national patriotique libérien, la faction de M. Taylor, de recueillir, selon le département d'Etat américain, 40 millions de dollars par an, dont l'essentiel profite à un petit groupe de dirigeants tandis que les combattants vont nu-pieds et ne touchent pas de solde.
En juillet, les factions ont conclu un accord en marge du sommet de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) réuni à Abuja, au Nigeria. Le texte prévoit la cessation des hostilités, le désarmement des combattants avant janvier 1997 et l'organisation d'élections en mai 1997. Depuis cet accord, la situation politique est restée calme, dans ce pays sans économie.

1997

Pour la première fois depuis huit ans, l'année devrait s'achever sans que le Liberia ait connu la guerre. En juillet, le pays a élu Charles Taylor à la tête d'un Etat à reconstruire. Depuis, celui-ci a multiplié les initiatives diplomatiques afin d'obtenir une aide sans laquelle la reconstruction sera impossible. La Libye et Taïwan ont été sollicitées et il semble que les Etats Unis, qui s'étaient depuis quelque temps résignés à l'accession de M. Taylor au pouvoir, verraient sans déplaisir se reconstituer leur traditionnelle tête de pont en Afrique de l'Ouest.
Reste à savoir si l'équipe de M. Taylor, composée essentiellement d'anciens compagnons d'armes, sera capable de se débarrasser des habitudes prises au long d'une guerre civile financée par le pillage. Autre hypothèque qui pèse sur l'avenir du pays: l'attitude du Nigeria. Celui-ci a imposé les élections et en a assuré l'organisation. Mais aujourd'hui le président Taylor voudrait se débarrasser de l'encombrante Force d'interposition ouest-africaine, l'Ecomog, dirigée et financée par le Nigeria. De leur côté, les généraux d'Abuja voudraient garder dans leur orbite un pays qui leur a beaucoup coûté, en matériel militaire et en vies  humaines, mais aussi beaucoup rapporté.
Si ce différend se règle pacifiquement, le Liberia ne manque pas d'atouts, miniers (diamants, or et fer) et agricoles (hévéas, cacao). Reste à reconstruire ports, et routes, qui permettraient leur mise en valeur.

1998

Deux ans après la fin de la guerre civile, 1998 n'aura pas confirmé les espoirs que les Libériens avaient conçu après l'élection à la présidence du chef de guerre Charles Taylor. Certes, la paix a été dans l'ensemble maintenue, même si de sérieux accrochages ont encore secoué la capitale, Monrovia, en septembre. Les centaines de milliers de réfugiés et de déplacés rentrent peu à peu chez eux, mais ils ne peuvent que participer à une économie de subsistance. Au bout de presque une décennie de guerre civile, le pays est dépourvu de toute infrastructure. Pas de routes pour apporter les produits au marché, pas d'électricité ou de carburant pour faire tourner des équipements de toute façon dégradés ou pillés.
L'insécurité est le fait des forces de l'ordre, qui n'ont pas hésité à pénétrer dans l'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis pour poursuivre leurs adversaires lors des incidents de septembre. Cet épisode, conjugué au jeu trouble de Charles Taylor dans la Sierra Leone voisine, l'a définitivement fâché avec les Américains, ancienne puissance tutélaire et premier donateur avant la guerre civile. Le Liberia s'est lancé dans un flirt avec la francophonie, et plusieurs entreprises françaises ont marqué un intérêt pour le pays à la suite de la visite de Charles Taylor à Paris.

1999

Depuis la fin de la guerre, officiellement terminée en 1997, le Liberia ne parvient pas à sortir du trou noir où l'a plongé Charles Taylor, ancien chef de guerre et aujourd'hui chef de l'Etat. En dix ans, ce pays prospère, dont le taux de scolarisation et de couverture sanitaire sont les plus élevés de la région, a anéanti des décennies de développement. La précarité de la paix, comme l'ont montré, en août 1999, les offensives de rebelles non identifiés dans le nord du pays, n'a pas permis de remettre le pays sur les rails.
Personne ne fait confiance au Liberia ni à son président qui a réussi à se mettre à dos le plus proche et le plus ancien partenaire de son pays, les Etats-Unis, dont l'ambassade avait été attaquée en août 1998 par des hommes en armes, pour des raisons de « sécurité intérieure ». Accusées de harceler les civils et de se livrer à des exécutions sommaires, les forces de sécurité libériennes, formées pour l'essentiel par les anciens combattants de la faction de M. Taylor, sont tout aussi dangereuses qu'intouchables. En novembre, malgré l'appel de plusieurs organisations humanitaires, ce dernier a refusé de démanteler l'unité « antiterroriste », dirigée par son fils, qui sème la terreur dans le pays.
Le gouvernement n'a guère plus de crédibilité que le président, qui procède sans cesse à des remaniements, sans parvenir à éradiquer la corruption et le laxisme qui caractérisent l'équipe au pouvoir. Avec une dette extérieure d'environ 3 milliards de dollars (18 milliards de francs) qu'il est totalement incapable de rembourser et un budget annuel qui dépasse à peine les 50 millions de dollars (300 millions de francs), le Liberia n'a toujours pas reçu l'appui des bailleurs de fonds nécessaires à sa reconstruction. Le FMI et la Banque mondiale, qui travaillent à mettre en place des programmes adaptés aux pays sortant de conflits armés, se contentent pour le moment d'envoyer à Monrovia des missions d'observation.
Les rares et timides investissements réalisés en 1999, avec notamment le français Bolloré dans la filière hévéa et des fonds asiatiques dans l'exploitation forestière, sont loin de donner au pays l'espoir d'un retour à la normale et le secteur agricole est à peu près le seul à commencer à se restructurer. Même les pavillons de complaisance, qui rapportaient encore au pays 65 % de ses devises en 1997, ne représentent plus qu'un tiers des recettes en provenance de l'extérieur. De plus, l'absence d'investissements dans le secteur électrique hypothèque totalement la reprise économique dans un pays qui s'éclaire toujours à la lampe à pétrole ou -pour les privilégiés -avec des groupes électrogènes.

2000

Trois ans après la fin de la guerre civile et l'élection à la présidence de l'ancien chef de faction Charles Taylor, le Liberia est toujours un pays instable, et son économie se relève difficilement de huit années de chaos. La coopération internationale a été à nouveau compromise suite à d'importants dérapages, mais aussi en raison de la mise en cause de plus en plus directe du Liberia dans le conflit sierra-léonais.

Considéré comme le «parrain » du mouvement de rébellion en Sierra Leone, le Front révolutionnaire uni (RUF), le Liberia est accusé de continuer à fournir des armes au RUF en échange de diamants. Il a d'ailleurs fallu au printemps faire appel au président Charles Taylor pour obtenir la libération de quelque 500 casques bleus enlevés par la rébellion sierra léonaise.

A la mi-2000, l'Union européenne a gelé sa coopération avec le Liberia, lui demandant de se comporter « de manière responsable et cohérente » vis-à-vis de la Sierra Leone. Cette sanction a privé le budget libérien d'une aide d'environ 380 millions de francs. Engagé depuis le début de l'année 2000 dans un programme avec le FMI et la Banque mondiale, le Liberia n'a pas convaincu les bailleurs de fonds de sa bonne volonté. Certes, le pays enregistre un fort taux de croissance, estimé à environ 20 % en 1999 et entre 15% et 20% pour l'an 2000. Cette augmentation est due à la reprise de la production de bois, de riz et de caoutchouc. Mais le revenu par habitant reste des deux tiers inférieur à ce qu'il était avant le déclenchement de la guerre en 1989.

Le Liberia a accumulé d'importants arriérés intérieurs et le FMI a dénoncé des dérapages budgétaires. Les services de la présidence absorbent à eux seuls 28% des dépenses, alors que la santé et l'éducation plafonnent à 9 %.

Le gouvernement a justifié une partie des dépenses extra-budgétaires par les frais liés à la libération des otages en Sierra Leone et à la recrudescence de l'insécurité dans le Nord. La région est à nouveau le théâtre d'affrontements avec des bandes armées venues, selon Monrovia, de la Guinée voisine, elle-même attaquée par des combattants qu'elle dit soutenus par la rébellion sierra-léonaise et par le Liberia.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier