Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
EN UN CLIN D'OEIL
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL

Madagascar, officiellement République démocratique de Madagascar, pays insulaire de l'océan Indien, séparé de la côte sud-est de l'Afrique par le canal du Mozambique, constitué de l'île de Madagascar, la quatrième du monde par sa superficie, et de plusieurs petites îles, dont celle de Nosy-Be. Le pays couvre une superficie totale de 587 041 km². Sa capitale est Antananarivo (Tananarive).

Relief et hydrographie
Un plateau central montagneux de 800 à 1 200 m d'altitude - les Hautes Terres - domine l'île. Partiellement volcaniques, les montagnes s'élèvent jusqu'à 2 876 m au Maromokotro, dans le Tsaratanana au nord. La chaîne de l'Ankaratra, près de la ville d'Antananarivo, atteint 2 643 m d'altitude. À l'est, le terrain s'abaisse en pente raide vers une étroite bande côtière en bordure de l'océan Indien, tandis qu'à l'ouest, il décline doucement vers une plaine côtière plus large, bordant le canal du Mozambique. Les terres les plus fertiles se trouvent le long de la côte et dans les vallées fluviales du plateau central. La côte nord jusqu'au cap d'Ambre est très découpée (baie d'Antseranana). Cet aspect massif du relief et la complexité du système de drainage des eaux ne favorisent pas l'établissement de voies de communications.
Aucun des principaux fleuves et rivières de Madagascar n'est navigable, en raison de la forte déclivité du terrain. La ligne de partage des eaux est située dans les Hautes Terres orientales. La Betsiboka, la Tsiribihina, la Mangok et l'Onilahy coulent vers l'ouest pour se jeter dans le canal du Mozambique à travers des vallées fertiles. En revanche, les fleuves qui coulent vers l'océan Indien sont courts et rapides, dévalant souvent des Hautes Terres en cascades. Le lac le plus important est le lac Alaotra sur les hauteurs, à l'ouest de Toamasina.

Climat
La partie orientale de Madagascar reçoit beaucoup d'eau, apportée par les alizés (voir vent) humides venus du sud-est. La mousson du nord-est est à l'origine des pluies violentes et orageuses qui s'abattent l'été sur les massifs du Nord?; les précipitations annuelles peuvent atteindre 3 050 mm. Le climat se tempère sur le plateau central, où les précipitations sont moins abondantes, les étés assez chauds et les hivers frais. Les régions arides du sud et du sud-ouest reçoivent moins de 380 mm par an. Le plus gros des pluies tombe entre novembre et avril. La chaleur règne sur les régions côtières toute l'année.

Faune et flore
La déforestation constitue l'un des problèmes écologiques majeurs de l'île, que l'isolement géographique a dotée d'une faune et d'une flore uniques et exceptionnellement diverses. La forêt couvre encore 15 millions d'hectares (26 p. 100 de la superficie du pays) mais, excepté dans le Nord, il s'agit de formations secondaires. La savane prédomine dans les régions plus sèches de l'Ouest et une végétation désertique à épineux couvre l'extrême sud-ouest. L'érosion due au déboisement et au surpâturage sur les Hautes Terres fait apparaître de profondes entailles dans un sol d'où la terre arable a quasi disparu.
La faune malgache compte de nombreuses espèces endémiques. Les lémuriens, famille de primates primitifs, se trouvent principalement à Madagascar. Les espèces indigènes présentent des caractéristiques de la faune africaine et indienne, mais elles ont évolué d'une façon autonome.

Ressources minières
Le sous-sol recèle de la bauxite, du chrome, du nickel, du graphite, du minerai de fer, du charbon, du pétrole offshore et du cuivre.

Démographie
En 1998, la population était estimée à 14,5 millions d'habitants. La croissance démographique, assez élevée, atteignait un taux annuel de 3,2 p. 100 sur la période 1990-1995. La mortalité infantile s'élevait à 91 p. 1 000, et l'espérance de vie moyenne à la naissance ne dépassait pas 53 ans.
En 1998, la densité globale de population était de 25 habitants au km2, les Hautes Terres étant plus densément peuplées que les côtes.

Les origines du peuplement malgache constituent un problème autant politique qu'historique (quel est le premier occupant de l'île?? Asiatique ou Africain??). Les principales communautés des plateaux sont les Merinas, qui représentent le quart de la population, et leurs cousins les Betsileo (12 p. 100). Les membres de ces deux groupes descendent essentiellement d'immigrants venus de Malaisie et d'Indonésie qui colonisèrent Madagascar par vagues successives il y a environ 2 000 ans. Les régions côtières sont habitées surtout par des populations métissées de Malais, d'Indonésiens, de Noirs africains et d'Arabes?; parmi ces groupes, citons les Betsimisaraka (7 p. 100), les Sakalava (6 p. 100), les Antaisaka (5 p. 100), les Antondroy, les Mahafaly et les Vezo.

Langues et religions
Malgré la diversité du peuplement, une langue nationale s'est constituée : le malgache, d'origine malayo-indonésienne, est la langue officielle avec le français. Environ 41 p. 100 des Malgaches sont chrétiens (protestants et catholiques)?; près de 52 p. 100 ont conservé des croyances traditionnelles, africaines ou malayo-polynésiennes (comme l'exposition des morts) et 7 p. 100 sont musulmans.

Enseignement et institutions culturelles
Depuis 1976, les six premières années de scolarité sont obligatoires. En 1995, 80,2 p. 100 des Malgaches savaient lire et écrire; presque tous les enfants de six à onze ans fréquentaient l'école primaire et 35 p. 100 de ceux de douze à dix-sept ans étaient inscrits dans le secondaire. En revanche, seulement 4 p. 100 des jeunes de la classe d'âge poursuivaient leurs études dans l'enseignement supérieur, l'université d'Antananarivo (1961) étant le principal établissement du troisième degré.
La capitale abrite les grandes institutions culturelles et les bibliothèques touchant à l'histoire et à la littérature : Bibliothèque nationale, bibliothèques de l'Université et de l'Académie malgaches. Le Musée historique et le musée d'Art et d'Archéologie de l'université, eux aussi à Antananarivo, sont les principaux musées et complètent les organismes de recherche sur l'histoire du pays.
Les émissions de la radio et de la télévision publiques sont diffusées par Radio-Télévision Malagasy et Radio Madagasikara, deux entreprises publiques. Les quotidiens les plus influents sont le Madagascar Tribune, contrôlé par le gouvernement, et le journal d'opposition Imongo Vaovao, tous deux édités à Antananarivo.

Divisions administratives et villes principales
Le pays est divisé en 6 provinces, elles-mêmes subdivisées en 111 préfectures, sous-préfectures et cantons.
En 1997, seulement 28 p. 100 des Malgaches étaient citadins. Mais la population des villes augmente de manière cyclique : chaque crise économique dans les campagnes provoque un afflux de paysans qui retournent chez eux lorsque la situation s'est améliorée.
Antananarivo, la capitale, compte plus de 1,05 million d'habitants. Les autres centres urbains importants - Toamasina, Mahajanga, Toliary et Antseranana - ne dépassent guère 200 000 habitants.

Institutions et vie politique
La Constitution de 1975 consacrait l'établissement de la République démocratique malgache et d'un régime marxisant. Le président, élu pour un mandat de sept ans au suffrage universel, possédait l'essentiel du pouvoir. Les 135 membres de l'Assemblée nationale populaire étaient élus au suffrage universel pour cinq ans. En 1991, de violentes manifestations, dirigées contre le président Didier Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975, entraînèrent la mise en place d'un gouvernement provisoire et la démocratisation de la vie politique. Une nouvelle Constitution d'orientation parlementaire fut approuvée en août 1992. En janvier 1993, Albert Zafy, dirigeant de l'opposition, remportait l'élection présidentielle. Ce dernier, en septembre 1995, après de longs mois de conflit avec son Premier ministre, organisa un référendum constitutionnel. La révision proposée obtint l'approbation de 63 p. 100 des votants (35 p. 100 des électeurs inscrits ne participèrent pas au vote) : le Premier ministre est désormais nommé par le président de la République et non plus par l'Assemblée nationale. S'il reste responsable devant les députés, son renversement est plus difficile, une majorité des deux tiers étant nécessaire pour cela.

ÉCONOMIE
Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde. En 1997, le produit national brut (PNB) était de 4 milliards de dollars, soit un PNB par habitant de 250 dollars. L'économie demeure essentiellement agricole. De nombreuses exploitations contrôlées par des capitaux français ou appartenant à des Français restés dans le pays après l'indépendance furent nationalisées en 1975. L'abandon de la politique économique socialiste n'a pas permis le redressement. La dette extérieure représentait 112 p. 100 du PNB en 1995 et le désaccord entre le gouvernement, d'une part, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, d'autre part, n'a fait qu'aggraver la situation économique, les institutions financières refusant dans ces conditions d'accorder des aides supplémentaires. L'attitude à adopter vis-à-vis de ces institutions était au centre du conflit opposant le président Zafy à son Premier ministre.

Agriculture
Le secteur agricole occupe 80 p. 100 de la population active, mais ne contribue que pour 45 p. 100 au PNB. Le relief montagneux et l'érosion dramatique des sols réduisent les surfaces cultivables à 5 p. 100 de la superficie totale. L'agriculture est également tributaire des conditions climatiques. En 1994, le cyclone Geralda a détruit une grande partie des cultures.
L'essentiel de la production est destiné à la consommation intérieure et l'autosuffisance est à peine atteinte. Les principales cultures sont le riz, le manioc, les haricots, le maïs, les patates douces, les pommes de terre et le taro. Le café, les clous de girofle, la canne à sucre, le sisal, le tabac et la vanille (dont Madagascar est le premier producteur mondial et qui constituait la première recette du pays) sont destinés à l'exportation. Ce dernier produit subit la concurrence de la vanille de synthèse. Pays d'élevage, Madagascar possède en 1998 un cheptel de 10,3 millions, 2 millions de chèvres et de moutons et 1,67 million de porcs, qui restent dans le circuit national.
En 1904, l'exploitation forestière a produit 6,6 millions de m3 de bois, utilisé principalement pour la satisfaction des besoins locaux (bois de cuisson, de chauffe et pâte à papier). Des programmes de reforestation des Hautes Terres, les plus touchées par l'érosion, et de gestion écologique des zones exploitées ont été mis en place. Les produits de la pêche sont peu commercialisés et l'essentiel des quelque 64 000 tonnes de poissons pêchées chaque année est consommé sur place. Les exportations de crevettes sont en hausse et ne sont pas loin de détrôner la vanille.

Mines et industries
La production minière demeure marginale. Le secteur industriel, qui occupe 9 p. 100 de la population active, contribue pour 41 p. 100 au PNB. Il est dominé par les industries alimentaires (conserves de viande, brasseries et raffinage de sucre). Le raffinage du pétrole et l'assemblage des véhicules automobiles se développent ainsi que la confection, branche favorisée par la création de zones franches en 1990. Depuis 1997, les capitaux étrangers investissent dans la prospection pétrolière et ont acquis des droits d'exploitation des gisements de cobalt et de nickel.
En 1997, Madagascar produisait annuellement 745 millions de kWh. 67,11 p. 100 de l'électricité est d'origine hydroélectrique grâce aux nombreuses rivières que compte le pays.

Échanges
L'unité monétaire est le franc malgache, divisé en 100 centimes. Les banques furent nationalisées en 1975 et sont contrôlées par la Banque centrale de Madagascar.
Les exportations de produits agricoles et le faible niveau des importations ne permettent pas toujours au pays d'équilibrer la balance du commerce extérieur (en 1996, les importations s'élevaient ainsi à 764 millions de dollars pour 580 millions d'exportations). Le café représente 30 p. 100 de la valeur totale des produits exportés. Les principales importations concernent les produits chimiques, les machines-outils, le pétrole brut, les automobiles et les produits métallurgiques. Les principaux partenaires commerciaux sont la France, les États-Unis, l'Allemagne et le Japon.
Antananarivo est le nœud du réseau de communications, limité en raison de la topographie et de la pauvreté de l'infrastructure et du parc automobile. Au début des années 1990, le pays était desservi par 883 km de voies ferrées en exploitation, et par quelque 18 610 km de routes, dont 30 p. 100 étaient bitumées. Près de 36 400 véhicules à moteur étaient en circulation. Un tiers du commerce avec l'étranger transite par Toamasina (Tamatave), le port principal. Madagascar possède quatre grands aéroports, dont l'aéroport international d'Antananarivo. La compagnie aérienne nationale est Air Madagascar dont les appareils suppléent à l'insuffisance des moyens de communications terrestres.

HISTOIRE
Un clivage oppose traditionnellement les Merinas, vivant dans les Hautes Terres, et les groupes «côtiers» d'origine africaine. Dès l'indépendance, la recherche sur l'histoire du peuplement de Madagascar fut encouragée. S'appuyant sur les données archéologiques et ethnologiques, les chercheurs ont mis en évidence un peuplement simultané de l'île par des populations d'origine malayo-indonésienne et africaine, plusieurs vagues d'immigration se succédant au cours des siècles, depuis le début de notre ère. Les Malayo-Indonésiens apportèrent le taro, la culture du riz irrigué et la pirogue à balancier, les Africains la culture sur brûlis et le système des classes d'âge. Longtemps, ils vécurent en petites principautés séparées et participèrent au commerce de l'océan Indien par l'intermédiaire des Comores, comme en témoignent des poteries du Xe millénaire trouvées dans le Sud. Le commerce arabo-persan (shirazi) toucha les côtes vers la même époque et les Malgaches exportèrent vers l'Afrique orientale de la vaisselle en chloritoschiste (pierre tendre) produite au nord du pays dans la région de Vohimarina (Vohémar). De petites communautés de marchands musulmans s'établirent également sur les côtes. L'île condense tout ce que l'océan Indien a inventé, qu'il s'agisse des techniques, des structures sociales et des systèmes religieux.

La colonisation française
En 1500, Diogo Dias, navigateur portugais en route vers les Indes, fut le premier Européen à approcher les côtes de Madagascar. Au cours du XVIIe siècle, les Européens qui avaient ouvert en Inde des comptoirs à épices tentèrent de s'établir sur les côtes malgaches. Quelques comptoirs portugais furent fondés sur le littoral nord-ouest, concurrençant le commerce arabe. Les Français s'installèrent à la pointe méridionale de l'île en 1642 où ils créèrent le port de Fort-Dauphin. Louis XIV, afin de prendre de vitesse les Anglais, proclama la souveraineté française sur le territoire malgache, baptisé île Dauphine. La résistance armée des populations locales contraignit cependant les Français à évacuer Fort-Dauphin pour l'île Bourbon (actuelle Réunion) en 1674. Au XVIIIe siècle, alors que pirates anglais et français, chassés de la mer des Antilles, utilisaient l'île comme base pour leurs expéditions dans l'océan Indien, une nouvelle tentative de colonisation fut menée. Quelques comptoirs commerciaux s'implantèrent sur la côte est. Mais depuis le XVIIe siècle, les communautés s'étaient structurées en entités politiques. Sur le plateau central, les Merinas avaient formé un royaume puissant?; sur la côte ouest, les Sakalava, qui avaient acquis la maîtrise de la métallurgie du fer, avaient entrepris d'unifier sous leur domination les communautés d'éleveurs de zébus. La puissance sakalava fut cependant minée par les querelles de succession et buta sur l'opposition des Merinas des Hautes Terres, auxquels les Sakalava durent finalement se soumettre. Seule subsista une principauté qui allait résister par la suite à la colonisation française. L'unificateur du royaume merina, et de Madagascar, fut Andrianampoinimerina (1745-1810).

Il soumit les Betsileo et les Sihanaka des Hautes Terres et organisa son royaume en fokolona, unités sociopolitiques constituées à partir des structures traditionnelles. Son fils et successeur, Radama Ier, céda aux sollicitations des Britanniques, installés sur l'île Maurice et inquiets de voir la France prendre pied sur Madagascar. Des officiers britanniques entraînèrent les troupes merinas?; les missionnaires britanniques fondèrent des écoles et introduisirent le protestantisme. Doté d'armes modernes et forts de l'appui anglais, Radama poursuivit l'unification entreprise par son père. À sa mort, une forte réaction contre la culture européenne commença à naître?; elle sera désormais une constante dans la politique du pays.

Son épouse Ranavalona Ire lui succéda en 1828. Elle mit fin à la politique de réformes menées par Radama Ier, les missionnaires furent persécutés et les traités avec le Royaume-Uni dénoncés. Les Français en profitèrent pour revenir dans l'île : le palais de la reine, le Rova de Manjakamiadana, à Antananarivo, fut bâti à l'initiative du négociant Jean Laborde. La rivalité franco-britannique gagna en intensité en 1856, date du retour des Britanniques sur l'île. Les Français, accusés de complot contre la reine, furent expulsés - ainsi que les autres étrangers. Leur absence fut brève?; Radama II, monté sur le trône en 1862, fut assassiné l'année suivante pour avoir encouragé leur implantation. Le pouvoir échut alors au Premier ministre Rainilaiarivony qui épousa les trois reines successives du pays : Rasoherina, Ranavalona II et Ranavalona III. Il réorganisa le pays mais ne put résister à la pression de la France qui s'était fait attribuer Madagascar au congrès de Berlin en 1885. Elle avait donné en contrepartie toute liberté sur Zanzibar à la Grande-Bretagne. L'unité du pays fut achevée contre la France. Pourtant, en 1895, une expédition militaire française lancée contre Antananarivo vint à bout de la résistance de la reine Ranavalona III, qui se soumit avant d'être exilée, deux ans plus tard, à la Réunion puis à Alger. La monarchie et la féodalité furent abolies, l'esclavage interdit. Un système de corvées s'y substitua, qui fut à son tour supprimé en 1901 pour être remplacé par l'impôt.

En 1896, Madagascar était intégrée à l'empire colonial français. La résistance anticoloniale se poursuivit, conduite par une société secrète, la Vy, Vato, Sakelika (fer, pierre, ramification), qui fut démantelée en 1916 mais demeura une référence dans la conscience nationale. Les Hautes Terres, favorisées par la douceur du climat, devinrent une colonie de peuplement, où s'établirent de nombreux colons français, tandis que Diégo-Suarez, dans le Nord, devint la plus importante base navale française de la région, protégeant la route de l'Indochine.
En mai 1942, deux ans après la débâcle française face à l'armée allemande, les Britanniques, craignant que le Japon ne s'emparât de Madagascar - alors aux mains du gouvernement de Vichy - envoya dans l'île un corps expéditionnaire. En 1943, ils remirent le contrôle de l'île au gouvernement de la France libre.

Vers l'indépendance
La période d'après-guerre fut marquée par la reprise de l'agitation nationaliste. En 1946, Madagascar obtint le statut de territoire français d'outre-mer et fut dotée d'une assemblée élue, aux pouvoirs limités. En mars 1947, les nationalistes organisèrent un soulèvement armé dans la région orientale. La rébellion ne fut réduite qu'au mois d'août, et la répression fit près de 50 000 morts. Le gouvernement colonial multiplia dès lors les efforts pour améliorer l'économie, développant le réseau routier et exploitant plus méthodiquement les gisements de charbon. Toutes les tentatives de réformes politiques se brisèrent en revanche sur les intérêts coloniaux.

Durant les années 1950, l'autonomie de l'île fut renforcée. En 1958, la Constitution de la Ve République française fut approuvée par 78 p. 100 de l'électorat malgache et Madagascar devint une république autonome dans le cadre de la Communauté française. Philibert Tsiranana, chef du Parti social démocrate, en devint le président. Le pays accéda à l'indépendance le 26 juin 1960 tout en conservant des relations privilégiées avec la France. En septembre, il fut admis au sein de l'Organisation des Nations unies. Il intégra ensuite l'Organisation de l'unité africaine.

Le gouvernement militaire et la démocratisation
Après une décennie de stabilité politique, l'île fut ébranlée par de graves troubles politiques et sociaux, révélant l'usure du pouvoir. Tsiranana fut néanmoins réélu pour la seconde fois en janvier 1972. Au printemps de la même année, une grève estudiantine se transforma en grève générale. Le gouvernement donna l'ordre de tirer sur les manifestants. Tsiranana fut contraint de laisser le pouvoir au chef de l'état-major, le général Gabriel Ramanantsoa. Celui-ci lança une révolution visant à la «malgachisation» des moyens de production et de la société. En février 1975, le colonel Ratsimandrava le remplaça?; il fut assassiné six jours après avoir pris ses fonctions. En juin, un Conseil suprême de la révolution (CSR), présidé par le capitaine de frégate Didier Ratsiraka, prit le pouvoir. Le 30 décembre, le pays devint la République démocratique de Madagascar et le 4 juillet 1976, Ratsiraka accéda à la présidence pour sept ans. Le gouvernement révolutionnaire engagea une politique d'étatisation de l'économie et se rapprocha du bloc communiste, rompant avec la position modérée que le pays avait toujours adoptée dans les instances internationales.

La fin de la décennie fut marquée par de graves difficultés économiques qui relancèrent la contestation; le gouvernement réagit par des arrestations et décréta à plusieurs reprises l'état d'urgence, prétextant des complots (1977, 1980, 1982). Réélu sans opposition en novembre 1982 et en mars 1989, Ratsiraka prévint une nouvelle tentative de coup d'État en mai 1990. L'année suivante, après une série de grèves générales et de manifestations massives dans les rues de la capitale - violemment réprimées par les forces de l'ordre, le président malgache amorça une démocratisation du régime et l'arrivée à la présidence du professeur en médecine Albert Zafy, choisi pour son intégrité. La démocratisation demeura fragile, comme en témoigna le retour à un régime présidentiel fort, entériné par un référendum en septembre 1995. La tâche des nouvelles autorités civiles fut rendue plus difficile par la situation économique, laquelle a nourri le conflit entre le président Zafy, son Premier ministre et les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire international). La popularité des dirigeants malgaches a été entamée par des affaires financières, liées au «financement parallèle» de la dette et causée notamment par le manque d'autorité du président Zafy et son impuissance à combattre la corruption.

Mécontente de la réforme constitutionnelle permettant au président, et non plus à l'Assemblée, de nommer le Premier ministre, l'Assemblée destitua Zafy en 1996, année de la destruction par un incendie du palais de la reine, un symbole national. L'élection présidentielle de décembre 1996 vit l'affrontement des deux anciens présidents, et Didier Ratsiraka l'emporta de justesse face à Albert Zafy (50,7 p. 100), mais le résultat fut contesté par l'opposition. Il en fut de même lors des élections législatives d'avril 1998, les partis de l'opposition réunis au sein des Forces vives accusant le pouvoir d'avoir manipulé les listes électorales. Tentant de faire oublier son passé, le président Ratsiraka s'est lancé dans une nouvelle politique visant à promouvoir une «république humaniste et écologiste» et fait voter une nouvelle Constitution. Il a également renoué avec les grandes institutions financières internationales pour solliciter un réaménagement de la dette.

Source :
Microsoft Encarta


 
 

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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier