Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE
ASPECT GEOPOLITIQUE

On pourrait dire que Madagascar est marquée par une double insularité, externe et interne : externe puisqu'il s'agit de la plus ancienne et d'une des plus grandes îles du monde ; interne car la diversité des écologies et des modes d'occupation de l'espace et les difficultés de circulation font de la Grande Ile une sorte d'archipel. A la différence de nombreux États africains, cependant, Madagascar se caractérise par la diffusion d'une langue autochtone commune, le malgache. Cette île, fragment du continent de Gondwana, coupé de l'Afrique depuis le crétacé moyen, a développé des systèmes écologiques d'une grande originalité : on y voit aujourd'hui un remarquable réservoir génétique qui peut même représenter un enjeu économique mondial, ce qui pèse sur l'attitude des puissances financières à l'égard du pays.

Qui dit insularité dit isolement de populations tardivement établies. Cette île, proche du continent africain, a bénéficié, grâce aux migrations à travers l'océan Indien, de nombreux apports de l'Asie tropicale, principalement d'Insulinde d'où sont venues les méthodes de la riziculture intensive. Les rizières malgaches n'ont pas d'équivalent en Afrique. Ne se sentant ni africains ni asiatiques, mais ne pouvant s'imposer comme puissance régionale, les Malgaches tendent à se replier sur eux-mêmes. Les solidarités ou les conflits entre ethnies frontalières, typiques de l'Afrique, leur sont étrangers. La crise économique souligne, en Afrique, le rôle des régions frontalières, lieux de trafic ; la frontière malgache, maritime, est une frontière  froide  que seuls franchissent les riches.

Le handicap de l'insularité serait-il compensé par l'atout de la situation ? Tout est affaire de circonstances. Madagascar était un passage obligé avant l'ouverture du canal de Suez ¨. Depuis 1869, sa position sur le canal de Mozambique a été épisodiquement valorisée par la fermeture de Suez et par l'apparition des supertankers, contraints de suivre la route du Cap. Mais la crise économique mondiale, la diversification des sources d'approvisionnement européen et le détournement vers le Japon de la production du Moyen-Orient ont réduit l'importance de la position géostratégique de Madagascar. Avec la fin de la guerre froide, l'île, ayant cessé d'être dans l'océan Indien une sorte de porte-avions convoité par les superpuissances, ne peut plus se livrer au  chantage  en flirtant avec l'Est ou en prônant une zone de paix dans l'océan Indien.

Ses relations de voisinage sont marquées par l'histoire. Madagascar est un élément de l'ensemble francophone du sud-ouest de l'océan Indien, bloc hétérogène qui comprend un département d'outre-mer français (la Réunion) et des États issus les uns du tout premier empire colonial français (Maurice, les Seychelles) et du second (les Comores, Madagascar), autant d'éléments qui n'ont les mêmes rapports ni avec la France, ni avec l'ensemble culturel francophone. L'insularité malgache pousse à la fois au repli sur soi, à un nationalisme intransigeant et à une référence quasi exclusive à la France ou à son image exotique, la Réunion. Une communauté régionale des pays du sud-ouest de l'océan Indien n'est pas concevable sans la Grande Ile car les autres îles sont concurrentes ; Madagascar, en revanche, peut, par ses dimensions et par son peuplement relativement modeste, fournir produits agricoles et matières premières aux petites îles surchargées d'hommes. L'habileté  asiatique  et le bas prix de sa main-d'oeuvre lui donnent des atouts pour un développement industriel. Mais une communauté régionale n'est pas une bouée de sauvetage : elle ne prospère qu'en associant des éléments en bonne santé.

Or Madagascar, autant que les Comores ¨, est le pays malade du sud-ouest de l'océan Indien. Soumis depuis deux décennies à un régime marxisant, il peut néanmoins se prévaloir d'entamer une transition démocratique  douce , puisque la succession entre les présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy en 1993 s'est opérée par des élections dont la régularité n'a pas été contestée. Le nouveau chef de l'État est issu du mouvement des Forces vives précédemment dans l'opposition. Mais la situation économique est catastrophique au vu tant des indicateurs macroéconomiques formels que des conditions de vie des gens. Quelle part de responsabilité revient à des faits courants (mauvaise gestion économique, crise économique mondiale) et quelle part à des traits propres de géopolitique interne et externe ?

Merina et côtiers : une opposition à relativiser

Parmi les handicaps de Madagascar, on fait toujours figurer une opposition ethnique qui serait fondamentale entre les Merina des hautes terres (¨Imerina) et les  côtiers , terme vague désignant tous ceux qui ne sont pas merina, c'est-à-dire aussi bien de vrais côtiers au sens géographique (les Sakalava ¨, les Betsimisaraka, ou les ethnies du Sud-Est, par exemple) que des habitants des hautes terres (les Betsileo ¨ ou les Bara). Entre ces deux groupes d'importance démographique inégale (les Merina formeraient un quart de la population totale, mais leur croissance démographique est supérieure à la moyenne) existerait une opposition fondamentale. Tout conflit politique devrait être lu en fonction de cet antagonisme, les  côtiers  craignant constamment la mainmise sur le pouvoir de la minorité merina : cette dernière, plus instruite, forte de son avance dans la maîtrise des techniques de production et d'encadrement politique et dans les rapports avec le monde extérieur, et qui, habitant une région qui n'a rien à exporter, vivrait du prélèvement d'une rente de position aux dépens des populations côtières dont l'activité est source de devises. Certains ajoutent que les Merina sont des Asiatiques, cependant que les côtiers seraient plus africains.

Ce pont aux ânes d'une géopolitique malgache mérite un examen attentif. Sans nul doute, la Grande Ile a été peuplée au hasard, par de petits groupes de naufragés ou de navigateurs hardis, d'origines variées (tous les vents et courants peuvent conduire sur les côtes malgaches) qui abordèrent en de multiples points d'une île écologiquement très variée et qui, compte tenu des dimensions de son territoire (587 000 km²), auraient pu s'ignorer et développer des civilisations contrastées. L'étonnant est que se soit au contraire élaborée une langue unique, de structure malayo-polynésienne mais de vocabulaire très varié, qui permet (à qui le veut...) l'intercompréhension sur la totalité du territoire ; l'étonnant est aussi que les civilisations matérielles et intellectuelles soient, somme toute, aussi peu différentes. Les écarts ne se sont creusés qu'au début du XIXe siècle, quand les Britanniques, soucieux de s'allier à une monarchie qui interdise la traite des esclaves, choisirent de soutenir le royaume merina qui entamait alors son expansion territoriale : leur aide financière et technique et l'action modernisatrice de missionnaires protestants créèrent (malgré la rupture des contacts entre 1835 et 1862) un fossé entre une Imerina (le royaume merina) devenue conquérante et les régions périphériques, durement exploitées sous couvert de civilisation. Mais mieux vaudrait parler, ce qui relativise l'opposition, de la domination sur l'ensemble de l'île d'une minorité de Merina et d'assimilés sur une masse rurale soumise à la corvée ou à l'esclavage, et ce aussi bien sur les hautes terres que près des côtes.

La colonisation française n'a pas créé une rupture radicale : les Français se méfiaient des Merina, jugés anglophiles, et tentèrent un moment de les cantonner dans leur région par la  politique des races  et par des essais d'administration indirecte sur les côtes. Mais les Merina, présents dans presque toute l'île comme commerçants, comme instituteurs ou comme prêcheurs, apparurent vite comme les petits cadres indispensables à la colonisation.

Sous cet angle, les hautes terres tiraient bien leurs revenus, au moins indirectement, de l'exploitation des côtes. Modeste exploitation d'ailleurs, car l'importance relative des cadres coloniaux français et même d'une colonisation de peuplement (notamment réunionnaise) cantonnait les Merina dans des rôles très subalternes. Cependant les Français, divisant pour régner, ne manquèrent pas de souligner l'opposition merina-côtiers. Cette opposition devint sans doute plus sensible en 1947 quand la revendication nationaliste, impulsée par les Merina au sein du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), déboucha sur une rébellion de la côte orientale : qu'ils aient été jugés complices du colonisateur, politiciens sans courage ou dangereux nationalistes, les Merina furent victimes tant des révoltés que des forces de répression coloniales.

Après l'indépendance

Le MDRM ayant été interdit, le Parti des déshérités de Madagascar (PADESM), encouragé par l'administration, put exprimer au grand jour une opinion dite  côtière , mais que partageait aussi une part des groupes défavorisés d'Imerina : point d'indépendance avant que fût comblé le retard des  défavorisés . Parmi les héritiers du PADESM, le parti social-démocrate fut mis en avant par une administration à dominante socialiste SFIO, et son chef, Philibert Tsiranana, fut, en 1960, le  père de l'indépendance .

L'alignement du gouvernement de la  Ire République  sur la France tint au souci des côtiers de se ménager cet appui face aux Merina et au caractère très limité des relations extérieures qui caractérisaient ce pays insulaire. Cet alignement eut pour conséquence une apparente léthargie de l'évolution politique et économique, léthargie que rompit la chute de Tsiranana (1972) et l'avènement de la  IIe République  présidée par Didier Ratsiraka. L'opposition entre côtiers et Merina apparut alors plus ou moins périmée, puisque le mouvement étudiant de 1972 prenait ouvertement le relais de l'insurrection du Sud, en 1971.

Ratsiraka (officier de marine formé en France, fort influencé par le marxisme) joua différemment de la géopolitique malgache. Il souligna la spécificité malgache (sortie de la zone franc, malgachisation de l'enseignement) et les spécificités internes de l'île (création de collectivités décentralisées), en les contrebalançant largement par l'adoption d'une idéologie marxiste-léniniste qui impliquait la centralisation. L'ouverture, voire l'alignement, sur les pays socialistes exploitait la position de Madagascar sur la route du pétrole et permettait un  chantage  à l'établissement de bases soviétiques. L'orientation tiers-mondiste faisait de la spécificité un atout, et de l'île une charnière entre l'Afrique et l'Asie.

Cette stratégie ne pouvait cependant être efficace que si elle produisait des effets économiques et si la tension Est-Ouest se maintenait. L'économie fut le premier point faible : les aberrations de la socialisation, dans un contexte mondial défavorable, contraignirent dès le début des années 80 Madagascar à négocier avec les institutions internationales, donc à se tourner de fait vers l'Ouest et surtout vers les États-Unis. La chute du bloc de l'Est ne put que renforcer cette sujétion.

L'évolution politique interne fut au moins aussi sensible. La combinaison de la décentralisation et du centralisme, la dégradation des infrastructures, la croissance de l'insécurité avaient atomisé le pays en unités mal reliées entre elles et soumises à l'inégal arbitraire de puissances locales fortes de leur relation au président. La crise et la tutelle du Fonds monétaire international provoquèrent un effondrement du niveau de vie en ville et suscitèrent le désir de revanche des campagnes les mieux douées et les mieux situées. Ces facteurs de démembrement paraissent toutefois avoir été contrariés par l'affirmation de réseaux non étatiques, notamment ceux des Églises qui, présents jusqu'au fond des campagnes, jouèrent un rôle essentiel dans la naissance du mouvement des Forces vives et dans l'expansion d'une manifestation libre de l'opinion. Les thèses  fédéralistes , maniées par Ratsiraka comme un contre-feu à une contestation plus affirmée dans la capitale qu'ailleurs, ne rencontrèrent ainsi guère de succès auprès de l'opinion.

Un avenir en suspens

L'unité malgache est-elle pour autant renforcée ? L'évolution de l'économie mondiale a de grands effets sur les équilibres régionaux : les produits d'exportation classiques de la côte orientale perdent leurs marchés cependant que le centre de l'île peut compter sur son avance technologique pour bénéficier de l'industrialisation de zone franche ¾ qui est largement une délocalisation des industries de main-d'oeuvre mauriciennes ¾ et peut même espérer vendre ses produits vivriers dans les îles voisines. L'opposition entre un centre   parasite  et une périphérie productrice paraît dépassée. Les liens croissants avec le pôle nord-américain sont aussi un facteur d'inégalité car les élites des hautes terres ont un temps d'avance dans la relation avec les États-Unis. L'opposition centre-côtes peut donc prendre un nouveau sens, mais elle est moins évidente qu'une atomisation de l'espace, fruit de l'incompétence gouvernementale et de la dégradation des infrastructures. Cette décomposition entrave sans doute le développement d'oppositions de classe que justifierait la constante aggravation de la situation économique.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion

MADAGASCAR - Actualité (1990-1998)

 Le 8 juillet 1991, une grande manifestation regroupe près de 400 000 personnes à Tananarive. C’est la plus importante organisée par le mouvement de contestation, qui réclame depuis le 10 juin une révision de la Constitution et le départ du président Ratsiraka . Le 16, le mouvement Forces vives, qui regroupe toute l’opposition, décide de créer un gouvernement de transition: le général Jean Rakotoharison et Albert Zafy sont nommés respectivement président et Premier ministre. Le 23, l’état d’urgence est décrété et les lois d’exception votées 15 jours auparavant par le Parlement entrent en vigueur. Toutefois, les manifestations se poursuivent les jours suivants. Le pouvoir fait enlever 4 membres du gouvernement de transition. Le 28, le président Ratsiraka annonce la dissolution de son gouvernement et la préparation d’une nouvelle Constitution. Il fait libérer les ministres enlevés. L’opposition continue à exiger son départ.

Le 8 août, Guy Willy Razanamasy est nommé Premier ministre. Le 10, l’opposition organise une «marche de la liberté» sur le palais présidentiel d’Iavoloha. Les autorités choisissent cette fois la répression: les forces de l’ordre tirent dans la foule, faisant au moins une douzaine de morts, selon un bilan officiel. La presse avance le chiffre de 200 morts.
Le 1er novembre, Guy Razanamasy forme un gouvernement de coalition. Le 23, l’entrée en fonctions de la Haute Autorité de l’État, chargée d’assurer la transition jusqu’à la nouvelle République et présidée par Albert Zafy, met fin à la crise politique. Le président Didier Ratsiraka reste en fonctions en tant que symbole de l’unité nationale et chef des forces armées.

Le 19 août 1992, une nouvelle Constitution est approuvée par 76 p. 100 des votants.
Le 25 novembre, le candidat de l’opposition Albert Zafy est en tête au premier tour de l’élection présidentielle.
Le 10 février 1993, Albert Zafy est élu président avec 66,62 p. 100 des voix, contre 33,38 p. 100 pour Didier Ratsiraka. Il devient le premier président de la IIIe République.
Le 16 juin, élections législatives. Le mouvement Forces vives, sur lequel s’appuie le nouveau président, se retrouve avec une majorité diminuée. La direction du gouvernement est confiée à Francisque Ravony qui obtient le 24 août la confiance de l’Assemblée nationale.

Le 2 février 1994, le cyclone Geralda s’abat sur Madagascar; il laisse, en plus des 300 morts et disparus, 360 000 personnes sans abri. Le gouvernement fait appel, le 6, à la solidarité internationale.
Le 17 septembre 1995, les électeurs approuvent par référendum, à 72,28 p. 100, la réforme constitutionnelle visant à confier au chef de l’État, et non plus au Parlement, le soin de nommer le Premier ministre. Cette mesure doit permettre de résoudre la crise politique provoquée par les luttes d’influence continuelles entre le président Albert Zafy, le Premier ministre Francisque Ravony et le président du Parlement Richard Andriamanjato. Le 13 octobre, Francisque Ravony présente sa démission. Le 30 octobre, il est remplacé par Emmanuel Rakotovahiny.
Le 28 mai 1996, le Premier ministre Emmanuel Rakotovahiny – choisi par le chef de l’État – ayant été censuré par l’Assemblée, le président Zafy nomme à la tête du gouvernement Norbert Lala Ratsirahonana.
Le 26 juillet, l’Assemblée nationale vote, sur l’initiative de Richard Andriamanjato et à la majorité des deux tiers, l’empêchement du président Zafy. Ce dernier est accusé d’avoir violé la Constitution en retardant l’adoption de plusieurs lois et en rattachant à la présidence l’inspection générale de l’État dont la mission est de contrôler l’administration. Albert Zafy était de plus en plus critiqué, tant par l’opposition que par la majorité présidentielle, pour sa personnalisation du pouvoir et son inaction face à la crise économique.
Le 5 septembre, la Haute Cour constitutionnelle confirme la motion d’empêchement. Elle désigne le Premier ministre comme président par intérim.

Le 29 décembre, Didier Ratsiraka remporte de justesse le second tour de l’élection présidentielle, avec 50,71 p. 100 des suffrages contre 49,29 p. 100 pour le président sortant, Albert Zafy. Didier Ratsiraka a déjà été président de 1975 à 1991. Le taux de participation est faible, 49,66 p. 100.
Le 10 février 1997, le président Ratsiraka désigne Pascal Rakotomavo comme Premier ministre. Celui-ci forme, le 27, un gouvernement dominé par les membres de ’la formation de Didier Ratsiraka.
En août, la décision est prise de reporter les élections législatives en avril 1998, en raison des destructions occasionnées par les cyclones et dans lesquelles les autorités voient un «cas de force majeure». L’opposition proteste.
Le 15 mars 1998, les Malgaches approuvent de justesse, par référendum, la nouvelle Constitution qui introduit la décentralisation et accroît les pouvoirs du chef de l’État.
Le 17 mai, lors des élections législatives, l’Aréma, parti du président Ratsiraka, obtient 62 sièges sur 150 au Parlement, face à une opposition divisée. L’alliance passée avec des élus indépendants lui permet d’atteindre la majorité absolue. Le 23 juillet, Tantely Andrianarivo est nommé Premier ministre.

Vie économique
En 1990, le président Ratsiraka poursuit la remise en ordre de l’économie. Les résultats sont inégaux. La récolte de riz bénéficie des mesures de libéralisation en faveur des planteurs, en vigueur depuis 4 ans.
En 1991, la crise politique contribue aux difficultés économiques. La suppression des subventions accordées aux produits alimentaires renchérit le prix du riz, dont les Malgaches sont les plus grands consommateurs mondiaux. Les importations en provenance du Vietnam doivent désormais être payées en devises et aux cours mondiaux. Les cours des principales denrées d’exportation (litchis, poivre, girofle) baissent.
En 1992, Madagascar ne parvient pas à conclure d’accord avec les institutions financières internationales, ces dernières préconisant une dévaluation du franc malgache, mesure à laquelle le ministre des Finances est opposé.
En août 1993, Francisque Ravony présente un programme qui rompt de façon radicale avec l’orientation marxiste du passé. Le Plan de développement économique et social s’appuie sur un accroissement de l’initiative privée. L’objectif est de lutter contre le chômage, l’inflation et la corruption. Le marché malgache est ouvert aux nouveaux investisseurs, nationaux ou étrangers. La Banque mondiale estime que le niveau de vie des Malgaches a diminué de 40 p. 100 entre 1971 et 1991. L’endettement atteint 120 p. 100 du P.I.B.
En 1994, la situation de l’économie malgache continue de se dégrader alors que les luttes se poursuivent entre le Premier ministre, partisan de l’application de mesures de rigueur en vue de satisfaire aux exigences des organisations multilatérales, et le chef de l’État, soutenu par le président du Parlement, qui préconise le recours à des «financements parallèles» – d’origine douteuse – en vue d’échapper à la tutelle des institutions de Bretton Woods. Le flottement du franc malgache sur le marché des changes est toutefois institué. L’année est également marquée par le déclin des cultures traditionnelles de vanille et de café.

En 1995, le limogeage du gouverneur de la banque centrale, principal exécutant de la pratique des «financements parallèles», permet à Madagascar de signer une lettre d’intention avec le F.M.I., mais les exigences de celui-ci tardent à être satisfaites. À la suite du référendum constitutionnel et de la démission du Premier ministre, le président Zafy se dit partisan d’un accord rapide avec le F.M.I. Celui-ci conditionne l’apport de capitaux étrangers qui, seul, doit permettre à la Grande Île de renouer avec la croissance.
En 1996, la nomination d’un Premier ministre apprécié par le F.M.I. et le remplacement d’Albert Zafy à la tête de l’État apparaissent comme des éléments favorables en vue de l’obtention, auprès de l’organisation financière internationale et des donateurs, des crédits nécessaires à la consolidation de la politique d’assainissement financier et de libéralisation de l’économie engagée par Norbert Lala Ratsirahonana. Les revenus de la pêche et du tourisme sont en passe de supplanter ceux du café et de la vanille.

En 1997, les résultats de l’économie s’améliorent. Le taux de croissance augmente et l’inflation régresse. Mais les privatisations prennent du retard et les investissements étrangers font toujours défaut. En mars, le gouvernement obtient le rééchelonnement de sa dette auprès du Club de Paris.
En 1998, une ’invasion de criquets dévaste l’agriculture malgache, ce qui aggrave le déficit de la balance commerciale. Le F.M.I. bloque toujours le versement de la seconde tranche de la facilité d’ajustement structurel renforcé en raison du retard pris par les autorités dans l’application du programme de privatisations. L’évasion fiscale reste la principale cause de la faiblesse des moyens budgétaires.
Relations internationales
Les 14 et 15 juin 1990, Tananarive reçoit, pour la première fois depuis l’indépendance en 1960, un chef d’État français. François Mitterrand confirme l’annulation de la dette publique de Madagascar.
Le 14 août, des accords de coopération sont conclus avec l’Afrique du Sud, à l’occasion de la visite du président Frederik De Klerk.
Le 9 février 1994, le Premier ministre malgache, en visite à Paris, déclare qu’il souhaite renouer avec la France, car «la coopération a beaucoup diminué depuis 3 ans».
En mars 1997, le nouveau président Ratsiraka visite les principaux bailleurs de fonds de son pays: France, États-Unis, Belgique.
 
Source :
Encyclopédie Universalis


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