Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997
LE PAYS DE 1982 A 1997

Madagascar (9 millions d'habitants). La majeure partie de la population de cette île, plus vaste que la France, se trouve sur les hauts plateaux. En dépit de sa relative proximité de l'Afrique, Madagascar présente d'importantes similitudes avec l'Asie méridionale ou du Sud-Est, ne serait-ce qu'en raison d'une riziculture très perfectionnée. C'est que les Merinas (prononcer Mern) qui forment le groupe dominant de la population malgache, sont venus de l'archipel indonésien, à la fin du Moyen-Age. Ils y ont exercé leur prépondérance sur des populations d'origine africaine qui se trouvent aujourd'hui surtout dans les plaines côtières et dans le sud de l'Ile, les Merinas s'étant installés sur les hautes terres de l'intérieur. Les rivalités restent grandes entre les Merinas et les "côtiers".

Madagascar a été une colonie française et une situation typiquement néo-coloniale s'est perpétuée une quinzaine d'années après l'indépendance (1960), les firmes françaises conservant la plupart de leurs avantages. Mais depuis 1975, après la chute en 1972 du Président Tsiranana, un régime d'orientation socialiste dirigé par Didier Ratsiraka s'est installé: les grands domaines, les banques, les grandes compagnies d'import-export ont été nationalisés, entraînant une réduction de l'aide française jusque-là considérable et des difficultés économiques assez importantes. Le nouveau régime s'appuie sur le mouvement des "fokonolona", associations politiques villageoises (ou de quartiers) cherchant à impulser l'autogestion. Mais la désorganisation des activités commerciales et de transport a provoqué des difficultés de ravitaillement. En 1981-82, l'Ile a par ailleurs été ravagée par une succession de cyclones tandis que de graves troubles avaient lieu à Antananarivo en février et novembre 1981.

Le principal mouvement politique, l'AREMA (Avant-garde de la révolution malgache), dont Didier Ratsiraka est le secrétaire général, est assez divisé, non seulement entre des tendances "de droite" et de "gauche", mais aussi par des rivalités régionales (Ratsiraka n'est pas un merina, mais un "côtier") qui expliquent dans une large mesure les rivalités multiples des organisations politiques. En novembre 1982, Ratsiraka a été réélu président de la République, grâce au vote des campagnes. Mais les populations urbaines, notamment celles de la capitale, ne lui ont pas accordé leurs suffrages. En décembre 1982, des manifestations se sont produites à Antananarivo pour obtenir la libération de Monja Jaona, le vieux leader du MONIMA (Parti de l'indépendance nationale), lui aussi socialiste, incarcéré pour avoir contesté la régularité de ces élections. Il avait déjà dénoncé la férocité avec laquelle la gendarmerie mène certaines opérations dans les campagnes, sous prétexte de pourchasser des "voleurs de bétail": en mai 1982, les gendarmes ont ainsi tué "par méprise" une centaine de paysans dans la région de Tuléar.

L'aide des pays socialistes n'étant pas suffisante pour atténuer les difficultés économiques, le gouvernement malgache fait de nouveau appel aux puissances occidentales, et notamment à la France.

Madagascar (9,2 millions d'habitants). Plus vaste que la France, la "grande île" fut peuplée au cours des siècles par des vagues d'immigrants venus d'Indonésie, qui se mêlèrent aux Africains que l'on trouve surtout dans les plaines côtières. Leurs descendants - les Merinas, habitant surtout les hauts plateaux - continuent d'être le groupe le plus influent. 80% de la population active travaille dans l'agriculture, mais les terres cultivées ne couvrent que 5% du territoire. Les principales exportations sont le café, le clou de girofle et la vanille. Après l'indépendance (1960) et la période néo-coloniale, l'île a mis fin en 1975 à la tutelle des firmes françaises. À cette date, le régime de Didier Ratsiraka optait pour une orientation "socialiste", fondée notamment sur la nationalisation du commerce extérieur et des industries stratégiques. Sur le plan politique, un relatif consensus institutionnel existe depuis 1977 grâce à l'existence d'un Front national de défense de la Révolution, regroupement des six formations de l'île dans lequel celle de Ratsiraka, l'AREMA (Avant-garde de la révolution malgache), se taille la part du lion. Sans ressources minières ou pétrolières, victime de pénurie alimentaire, endettée auprès de l'étranger, Madagascar tente aujourd'hui de diversifier ses alliances et de jouer la carte régionale pour éviter l'asphyxie qui la guette.

A Madagascar (9,6 millions d'habitants), l'année 1984 a été marquée par un début de reprise économique et un rééquilibrage des relations internationales, mais la crise politique et sociale a continué de miner le pays. L'île est devenue, en fin de compte, un bon élève du Fonds monétaire international (FMI): elle n'avait pas le choix, avec une dette de 1,5 milliard de dollars, contractée dans de très mauvaises conditions. Madagascar a dû comprimer ses dépenses publiques, dévaluer deux fois en 1984, libéraliser les prix et adopter un Code des investissements favorable au secteur privé. Mais le rééchelonnement de la dette a limité le service annuel à 35% des recettes extérieures (au lieu de 75%). L'aide extérieure a eu tendance à augmenter: celle de la France (la moitié du total) est restée stable (480 millions de francs français - FF), mais celle des États-Unis devait doubler en 1985 (19 millions de dollars), et les quatre compagnies pétrolières américaines présentes ont développé leurs activités.

Cette évolution a coïncidé avec une réorientation de la diplomatie: le partenaire soviétique s'est fait plus discret, même s'il a continué d'assurer le ravitaillement en pétrole, indispensable à Madagascar qui ne dispose d'aucune ressource minière et pétrolière ; les rapports sont devenus cordiaux avec les États-Unis ; le français a commencé de réapparaître dans l'enseignement primaire. Au fil de ses discours, le président Didier Ratsiraka est revenu aux références bibliques, chères à une bonne partie de la population.

Mais, au début de 1985, il fallait parer au plus pressé: réhabiliter réseaux hydrauliques et routes, fournir aux usines pièces détachées et matières premières. Or, si l'on ne peut se contenter de reconstituer l'économie du début des années soixante-dix, peut-on faire fonctionner des usines dont le marché est insuffisant? Des projets discutables ont été élaborés, comme la rénovation du canal des Pangalanes. Les relations régionales ont été remises à l'ordre du jour: elles peuvent assurer des débouchés à certaines usines et à des produits agricoles. On estime que le PNB a augmenté de 1% en 1984, mais que valent ces chiffres? Les exportations agricoles ont stagné ; les importations de riz ont diminué mais sont restées supérieures aux achats dans le circuit intérieur officiel. Les mesures de libéralisation n'ont pas provoqué de baisse des prix. L'ensemble de l'appareil économique et social a été déréglé ; le marché noir est devenu une réalité quotidienne.

Au début de 1985, le climat politique était lourd: la coalition du Front de défense de la révolution n'était qu'une façade, et seuls l'AREMA (Avant-garde de la révolution malgache), parti dominant, et l'AKFM (prosoviétique) s'entendaient peu ou prou. L'Église catholique exprimait ouvertement ses critiques. Deux faits marquants témoignent du climat social troublé qui régnait dans l'île: en décembre 1984, des membres des "Jeunesses conscientisées", troupes de choc du régime, ont été massacrées par les Kung-Fu, faisant plus de cent morts ; dans les campagnes, l'insécurité a augmenté avec les vols de boeufs, de récoltes et les meurtres qui ont provoqué la constitution de groupes d'autodéfense, dont certains sont influencés par des courants messianiques. Au printemps 1985, il apparaissait que le président Ratsiraka devait tailler dans le vif s'il voulait provoquer un sursaut national.

A Madagascar, selon un document de la Banque mondiale, "les vigoureux efforts de redressement menés par le gouvernement se traduisent par des conséquences socialement intolérables". On ne saurait mieux dire... Certains indicateurs macro-économiques qui s'étaient améliorés en 1984 (taux de croissance, inflation, exportations) se sont à nouveau détériorés. L'équilibre des finances publiques est resté précaire en 1985: les remboursements au FMI ont été supérieurs aux droits de tirage. Surtout, la comptabilité ne rend pas compte de la misère et du désordre économique et social. La reprise des activités est faible. Les aides ont permis de remettre en route des usines mais la production industrielle est restée au-dessous de son niveau de 1970.

L'agriculture est stagnante: de légers progrès ont été enregistrés pour le coton et l'arachide, mais la production de riz est en légère baisse, et des plantations de café n'ont pas été renouvelées. Le bas niveau des prix d'achat au producteur suffirait à dissuader de produire. Le riz est acheté à un dixième de son prix au marché noir. La suppression du monopole d'achat de l'État n'a pas eu d'effet positif, car les acheteurs sont restés les mêmes et gagnent plus encore sur le riz importé. En 1984, sur un kilo de café, le producteur ne touchait que 3,8 francs, un quart du prix FOB.

L'insécurité chronique décourage peut-être plus encore: avoir des biens c'est s'exposer au vol, voire risquer sa vie. En ville, le salaire ouvrier moyen, que beaucoup n'ont pas, ne permet plus d'assurer le riz quotidien. A Tananarive, un quart de la population vit au-dessous du "seuil de pauvreté absolue", tandis que l'"élite" consomme à un niveau encore jamais atteint. L'étatisation de l'économie a enrichi des rentiers de la contrebande et du marché noir. Privatisation et appel au capital étranger sont à l'ordre du jour: de discrètes négociations ont été menées, notamment avec la Société commerciale de l'Ouest africain (SCOA) et les Sucreries de Bourbon (Réunion). Mais, très favorable aux étrangers, le nouveau code des investissements a suscité l'opposition conjuguée de "bourgeois nationaux" et de socialistes sincères. Marx est passé de mode ; le président a déclaré dans une assemblée oecuménique: "Dieu commande à l'Univers ; que son nom soit béni."

Mais la libéralisation n'a pas touché la vie politique: alors que les partis sont sans prise sur le réel, la répression frappe mouvements d'autodéfense paysans ou groupes urbains de pratiquants d'arts martiaux. Au massacre des TTS - "Jeunesses conscientisées" - par les Kung-fu, en décembre 1984, a répondu, le 31 juillet 1985, la destruction, par des engins blindés, de la villa du leader Kung-fu (des dizaines de morts), suivie de nombreuses arrestations. Les Kung-fu tentaient d'empêcher le marché noir et avaient fourni un service d'ordre au Monima et au MFM (mouvement prolétarien), les plus critiqués des partis du "Front".

Non-aligné, Madagascar l'est resté à sa manière: très bon élève du FMI, bien vu des États-Unis, fortement aidé par la France, le gouvernement, où les "idéologues" contrôlent l'information et la jeunesse, compte sur l'Est pour l'essentiel de son armement et sa police: une répartition des tâches déjà vue ailleurs...

Les potions du FMI semblent inefficaces pour Madagascar. Le pays est malade. Les indicateurs globaux sont inquiétants: en 1985, la croissance du PIB (2,4%) a été inférieure à la croissance démographique, et le niveau de consommation par tête a encore baissé (de 20% entre 1982 et 1984). La dévalorisation du franc malgache (132 FMG pour un franc français en janvier 1987, contre 90 en juillet 1986) a obligé à réduire de moitié les importations. Mais la dévaluation (août 1986) n'a pas eu d'effet réel sur les exportations, à cause du très mauvais état des communications et des situations de monopole existant dans le commerce. Le ravitaillement ne va pas mieux: il est plus profitable de vendre cher du riz importé que d'acheter le paddy en brousse. Quelques régions excédentaires et bien situées sont avantagées, mais l'essentiel du pays doit vivre dans l'autarcie. Les zones qui comptaient sur les migrations de travail et de commerce, interrompues par l'insécurité, sont dans une situation tragique. On meurt de faim dans le Sud comme en Betsileo, sans que les médias puissent en parler. L'aide pourtant ne fait pas défaut (300 millions de dollars en 1986). Mais, malgré les rééchelonnements, elle reste insuffisante pour rembourser la dette. Le chef de l'État, Didier Ratsiraka, comptait sur le nouveau code des investissements, très favorable aux étrangers, mais son application s'est heurtée à l'hostilité des gros possédants nationaux et de leurs prête-noms locaux, indiens surtout, qui veulent se réserver les bénéfices de la libéralisation économique.

Cette aggravation de la crise est intervenue dans un contexte alourdi. Le Front de défense de la révolution, syndicat des partis autorisés, ne s'est pas réuni depuis trois ans ; plusieurs partis MFM (Mouvement prolétarien), Vonjy et Monima n'ont pas voté le budget de 1987 et essaient de récupérer les luttes sociales. Chacun se place dans la perspective d'élections anticipées. Non autorisé, le Parti démocrate-chrétien, affilié à l'Internationale démocrate-chrétienne, cherche des relais intérieurs. Le vieux leader Monja Jaona multiplie les philippiques. Mais les partis ont-ils prise sur le réel?

Le second semestre 1986 et les premiers mois de 1987 ont été marqués par une succession d'événements graves. En juillet, un accident d'avion, jugé suspect par beaucoup, provoquait la mort du ministre de la Défense, Guy Sibon, considéré comme hostile à l'URSS. En décembre, les entrepôts de Tamatave étaient pillés. Le ministre de l'Enseignement supérieur a provoqué la colère en voulant expulser des cités universitaires les étudiants jugés inaptes à poursuivre leurs études et en introduisant un début de sélection: des manifestations ont causé des morts en février. En mars, le pillage (suscité?) de maisons d'Indiens a dégénéré et bon nombre de commerçants ont quitté le pays. On peut craindre un cycle manifestations-répression alors que le régime voulait célébrer avec faste le quarantième anniversaire de la rébellion de 1947.

L'année 1987 a été particulièrement rude et agitée avec la crise économique comme arrière-fond constant. Malgré les rééchelonnements, la dette est restée écrasante: plus de 2,5 milliards de dollars, 105% du PNB, un service qui a atteint 335 millions de dollars en 1988. La médecine du FMI fait sentir durement ses effets: la valeur du franc malgache est tombée et l'inflation qui en a résulté a été considérable ; les importations ont été réduites de façon drastique, sans que l'industrie, dont la production avait baissé en 1986, puisse satisfaire la demande.

Les prix agricoles ont été relevés (le kilogramme de café est passé à 800 FMG), mais qu'acheter? En ville, le pouvoir d'achat s'est dégradé de façon dramatique. "Krismasy" (Noël) est devenu "Krisa mafy" (la dure crise). Car les mesures prises n'ont pas encore fait sentir d'effets positifs: la rénovation des équipements a seulement été engagée ; on réduit l'emploi dans le secteur d'État sans que l'investissement étranger (trente-cinq entreprises seulement ont été créées) provoque déjà une relance. 1988 devrait, pour les optimistes, être la dernière année de rigueur ; le redressement s'amorcerait en 1989, année d'élections.

Dès lors, le développement de troubles n'avait rien de surprenant. En mars ce fut le pillage, très systématique, des magasins indiens à Tananarive, Antsirabe, Tuléar, Fianarantsoa... L'origine n'en a pas été élucidée: réaction spontanée de xénophobie, face à l'enrichissement d'une minorité étrangère qui profite de la crise? Ou manoeuvre pour détourner la colère de l'opinion contre les étrangers? Dans le même temps, une fois de plus, l'université était en grève. Le malaise y est évident: où mènent des études dans des campus dégradés, quand les perspectives d'emploi sont quasi nulles? Dans la classe politique, ni la maladie ni la mort ne paraissent plus naturelles, et on n'a cessé de gloser sur la mort du chef d'état-major, le jour de la fête nationale, ou sur la démission pour maladie du Premier ministre, Désiré Rakotoarijaona, remplacé par le lieutenant-colonel Victor Ramahatra.

Dans ce contexte, l'opposition légale s'est considérablement animée. Quatre partis membres du Front (Vonjy, MFM, Monima, VS Monima) ont refusé de voter le budget et appelé à une manifestation le 1er mai 1987. Ils ont engagé une concertation pour définir une alternative politique. Mais les débats s'éternisent, et chacun se prépare sans trop d'illusion à l'échéance électorale de 1989. D'autres forces ont sans doute plus de poids dans la société civile, notamment les Églises, qui paraissent à beaucoup une puissance et un dernier recours, et pour qui l'oecuménisme devient réalité. Or, elles ne ménagent pas leurs critiques, et toutes les forces politiques tentent de se les concilier: le cent cinquantième anniversaire de la mort des martyrs protestants a été l'occasion de grandes manifestations officielles et l'on attend la visite du pape!

La brousse a réélu Didier Ratsiraka le 12 mars 1989 tandis que les villes, y compris Tamatave, le fief du président, votaient massivement pour les candidats de l'opposition. Le "président-candidat", comme la presse l'a désigné durant toute la campagne, a recueilli 62,71% des voix, soit 18 points de moins qu'en 1982 et cela malgré une campagne à l'américaine menée par l'AREMA, le parti présidentiel, avec distribution massive de fonds électoraux. Incapable de s'entendre sur un candidat unique, l'opposition avait présenté trois candidats. Rakotonirina Manandafy, le chef du MFM et tombeur du précédent régime de Philibert Tsiranana, s'est affirmé à l'issue du scrutin comme le véritable chef de file de l'opposition en obtenant 19,32% des voix. Razanabahiny Marojama, leader du Vonjy (14,92%), a nettement devancé Monja Jaona (3,03%), le vieil opposant nationaliste dont le score a traduit la perte de vitesse de son parti, le MONIMA.

L'engagement solennel du Conseil oecuménique des Églises (FFKM) à surveiller par ses propres moyens la régularité du scrutin n'a pas empêché de nombreuses irrégularités dans l'établissement des listes et des cartes électorales, donnant lieu à de nombreux recours. Didier Ratsiraka aura tout de même levé, semble-t-il durablement, la censure de la presse, ce qui aura permis à ses adversaires de faire entendre leur voix. Sans renoncer à son petit Livre rouge, fort critiqué pendant la campagne, D. Ratsiraka a semblé prêt à tirer les leçons du scrutin en envisageant de réformer le cadre de la vie politique malgache. La suppression du Front national de défense de la révolution (FNDR) et son remplacement par un multipartisme moins rigide semblaient probables.

Sur le plan social, l'année 1988 restera marquée par le très lourd tribut payé au paludisme (150 000 morts). La maladie a fait un retour foudroyant sur les hauts plateaux, parmi une population sans moyens de prévention, faute de devises pour acheter des médicaments. La libéralisation accélérée de l'économie, sous la pression du FMI, n'a toujours pas permis, malgré six années d'ajustement structurel, d'atteindre un taux de croissance au moins égal à celui de la population (3,2% par an), d'où une nouvelle détérioration du niveau de vie et une aggravation du chômage. Madagascar a bénéficié d'une annulation par la France d'un tiers de ses dettes.

Didier Ratsiraka a confirmé ses intentions annoncées durant la campagne pour l'élection présidentielle de mars 1989, dont il est sorti vainqueur, en acceptant d'introduire dans la vie politique malgache un vrai multipartisme. L'ordonnance du 9 mars 1990 a reconnu la liberté d'association politique ; ainsi peuvent se constituer des partis qui ne se réclament plus seulement des idéaux de la révolution et du socialisme. En outre, 1989 a vu la dissolution du Front national de défense de la révolution (FNDR), auparavant seul cadre légal de la vie politique malgache. Plusieurs nouveaux partis ont ainsi vu le jour, comme l'Union nationale pour le développement et la démocratie fondée par Zafy Albert, un ancien partisan du général Ramanantsoa, ou encore le Parti social démocrate, dirigé par André Resampa, une des principales figures du régime de l'ancien président Philibert Tsiranana.

Mais l'année 1989 aura aussi été marquée par l'apparition d'une secte d'extrême droite se réclamant d'une relation privilégiée avec Didier Ratsiraka, la Sakelimihoajoro, animée par l'ancien gourou du président, Désiré Ramelison. L'activisme de ce dernier et son populisme (distribution de riz aux pauvres, dénonciation de la corruption de plusieurs parents du président) ont exacerbé les divisions au sein de l'AREMA, le parti présidentiel.

Sur le plan diplomatique, la visite du pape Jean-Paul II (28 avril-1er mai 1989) a été un des temps forts de l'année, ainsi que celle du président français, François Mitterrand, le 14 juin 1990. Il a annoncé l'effacement de la dette publique malgache (4 milliards de francs). En contrepartie, D. Ratsiraka a annoncé que Madagascar allait indemniser les entreprises françaises nationalisées en 1975 et que les navires de guerre français pourraient désormais faire escale à Antseranana (ex-Diego Suarez).

La scène économique a, quant à elle, était dominée par l'adoption, en décembre 1989, d'un nouveau code des investissements et la création de zones franches industrielles tournées vers l'exportation, Madagascar s'efforce notamment d'attirer les investisseurs implantés à l'île Maurice. Le processus de privatisation de nombreuses sociétés d'État, à la demande de la Banque mondiale et du FMI (qui a octroyé à la Grande île une facilité d'ajustement structurel renforcée de 76,9 millions de DTS, droits de tirage spéciaux, en mai 1989), s'est poursuivi. Sous l'effet de la politique d'austérité et de la forte dépréciation de la monnaie qui ont entraîné une importante contraction des importations en volume, la balance commerciale est devenue positive en 1989. Mais l'économie malgache reste fragile. Les recettes en devises reposent toujours principalement sur trois produits d'exportation: le café pour plus de 30%, la vanille pour 15% et le girofle pour 10%. En 1989, les exportations se sont situées entre 250 et 280 millions de dollars. La balance des paiements courants a enregistré un solde négatif voisin de 175 millions de dollars. Malgré plusieurs rééchelonnements de la dette (3,7 millions de dollars) le service de la dette représentait encore en 1989 plus du tiers des exportations des biens et des services.

Sur le plan social, la misère est restée particulièrement criante, surtout dans les villes. La Grande île, qui compte 11 millions d'habitants et a un revenu annuel par tête de 210 dollars, connaît une démographie galopante (3% par an) supérieure aux possibilités d'absorption actuelles de son économie.

Le climat social s'est à nouveau fortement dégradé en 1991 malgré le relatif apaisement apparu au lendemain de la réélection du président Didier Ratsiraka en mars 1989. En juin 1991, d'importantes manifestations et une grève générale ont connu une participation sans précédent. Le projet de révision de la Constitution soumis à l'Assemblée nationale populaire le 31 mai 1991 en vue d'adapter ce texte "à la conjoncture nationale et internationale" a été au coeur du spectaculaire mouvement de protestation qui s'est développé dans la capitale pendant plusieurs semaines. L'opposition demandait en effet à participer à une conférence de concertation nationale et à la révision de la Constitution. Le 29 juillet 1991, le gouvernement a démissionné et des élections législatives anticipées ont été annoncées (dans un délai non précisé).

Bien qu'ayant favorisé l'atomisation de l'opposition (plus de 25 partis ont été légalisés en l'espace de deux ans), le président et ses conseillers ont tenté tout au long de 1990 de maintenir un certain dialogue avec celle-ci, tout en gardant leurs distances avec le Conseil chrétien des Églises de Madagascar (FFKM), à l'origine de la création du Conseil permanent des forces vives qui a réuni, en août 1990, plus de 400 délégués pour parler de l'avenir du pays et qui a mobilisé la population d'Antananarivo lors des manifestations de juin 1991. De son côté, face à une opposition oeuvrant en ordre dispersé, le front qui a soutenu le président D. Ratsiraka, le Mouvement militant pour le socialisme malgache (MMSM), a renforcé ses structures. On notera également que le tribunal chargé de juger les quinze accusés impliqués dans l'occupation de la radio nationale, le 15 mai 1990, a fait preuve de clémence.

Sur la scène diplomatique, la visite dans la Grande Ile de François Mitterrand, le 15 juin 1990, a coïncidé avec le 15e anniversaire de l'accession au pouvoir du président malgache, un "cadeau" de l'ancienne puissance coloniale à un régime qui a été fermement critiqué par l'opposition. Didier Ratsiraka, à cette occasion, a proposé une indemnisation "juste et équitable" des entreprises françaises nationalisées en leur temps. Par ailleurs, Madagascar a resserré ses liens avec l'Afrique du Sud. La normalisation avait été consacrée avec la visite à Antananarivo en août 1990 du président sud-africain Frederik De Klerk.

Sur le front économique, une dévaluation de 13% du franc malgache a été annoncée en janvier 1991 et a été assortie d'une augmentation de 15% des salaires du secteur public ainsi que d'une taxe de 30% sur les importations de riz. Sous la pression des bailleurs de fonds (essentiellement la Banque mondiale et la France), le gouvernement a poursuivi son programme de libéralisation économique. C'est ainsi qu'un code minier plus favorable aux investisseurs étrangers, adopté en août 1990, a été mis en oeuvre. Une zone économique spéciale a également été créée au sud de Toamasina avec une firme de Hong Kong. Les entreprises franches se sont multipliées dans le secteur textile. Cependant, les difficultés économiques sont demeurées. Le gouvernement a dû geler le crédit durant les quatre premiers mois de 1991 en raison de graves problèmes de trésorerie. Le déficit de la balance commerciale malgache s'était fortement accru en 1990 en raison de l'accroissement des importations consécutif à la libéralisation de l'accès aux devises, ainsi qu'en raison de l'insuffisance de la production agricole traditionnelle (vanille et café). Un nouveau programme d'investissements publics (1991-1993) a été adopté en février 1991. L'agriculture (22%), l'industrie, les mines et l'énergie (21%), les transports et les communications (30%) constituent les principaux postes de dépenses de ce programme qui s'élève à 1 692 milliards de francs malgaches dont 1 112 milliards devront être financés par des apports extérieurs. La Banque mondiale, inspiratrice de ce programme, a voulu faire des transports et des infrastructures un domaine privilégié de la libéralisation économique engagée.

Après des mois de grèves et de protestations contre le régime du président Didier Ratsiraka, la formation d'un gouvernement fantôme de l'opposition et les événements sanglants du 10 août 1991, dans lesquels plusieurs manifestants ont été tués par des militaires aux abords du palais présidentiel, de nouvelles institutions ont vu le jour en décembre 1991, qui s'inscrivaient dans le cadre d'une convention signée par le Premier ministre de D. Ratsiraka, Guy Razanamasy, et les représentants des "Forces vives" de l'opposition (Hery Velona) pour mettre un terme à l'agitation et limiter les pouvoirs du président. Un nouveau gouvernement a été constitué par Guy Razanamasy et des membres de l'opposition, dont Francisque Ravony, du MFM (Mpitolona ho amin'ny Fandrosoan'i Madagasikara). Deux nouvelles institutions ont été créées: la Haute Autorité de l'État (HAE) présidée par Albert Zafy et le Comité de redressement économique et social (CRES) coprésidé par deux autres opposants, le pasteur Richard Andriamanjato et le leader du MFM, Manandafy Rakotonirina.

Un Forum national s'est tenu, fin mars 1992, pour élaborer une nouvelle Constitution qui devait être soumise à un référendum, initialement prévu fin juin puis reporté en juillet ou août 1992. Des élections présidentielles étaient prévues pour août et des législatives devaient avoir lieu avant la fin de l'année 1992. Les débats du Forum national se sont polarisés sur le refus du fédéralisme prôné par certains partisans du président Ratsiraka et l'"empêchement" pour ce dernier de briguer un nouveau mandat: un article du nouveau code électoral interdit à un président en exercice le droit de concourir pour un troisième mandat consécutif.

La transition vers la IIIe République malgache ne pouvait être que chaotique. Les institutions transitoires, tricéphales (Premier ministre, président Ratsiraka et président de la HAE), se contredisant en permanence. C'est ainsi par exemple qu'un contrat d'approvisionnement pétrolier de la Grande Ile, attribué à une société suisse par la compagnie d'État Solima, dont le directeur avait été nommé par le président Ratsiraka, a été annulé par la HAE qui a préféré rechercher en vain un accord d'État à État avec l'Iran. En fait, les nouvelles autorités sont apparues prises en contradiction entre leurs promesses à la population (baisse du prix du pétrole et du riz) et les conditions posées par la Banque mondiale et le FMI à la poursuite du programme d'ajustement structurel (dévaluation du franc malgache, privatisations accélérées, hausse des taxes pétrolières, arrêt des subventions aux produits de première nécessité).

Les discussions entre les autorités malgaches et les experts de la Banque et du FMI n'ont donc pas été aisées. Une première mission internationale, fin décembre 1991, a estimé que le dossier malgache n'était pas suffisamment préparé. La mission suivante, qui a visité l'île en mars 1992, a également convenu de la nécessité d'un "complément d'information". Cette aide extérieure apparaissait indispensable compte tenu de la faiblesse des réserves en devises de l'État (200 000 dollars en avril 1992). Ce problème était d'autant plus aigu que la menace d'une dévaluation poussait les exportateurs malgaches à retarder le rapatriement de leurs devises. En 1991, 400 millions de dollars se trouvaient ainsi sur des comptes de citoyens malgaches en Europe et aux États-Unis.

En fait, l'amorce de reprise de l'économie a été mise à rude épreuve par la longue grève générale qu'a connue le pays entre juillet et novembre 1991. Selon certaines estimations, la croissance économique aurait enregistré un recul net de 6%, soit une baisse de la production per capita de 9%. Les recettes d'exportations ont baissé, d'où des arriérés vis-à-vis des créditeurs bilatéraux. Les recettes fiscales ont baissé de 30%.

Durant cette ère de transition, la diplomatie malgache a été elle aussi marquée par de multiples conflits de préséance entre représentants des diverses institutions. Le président Didier Ratsiraka, qui a conservé un important staff de conseillers, a continué à mener sa propre diplomatie, envoyant par exemple en avril 1992 un émissaire en Afrique du Sud pour réclamer une aide financière et matérielle qui lui a été refusée.

La victoire au second tour de l'élection présidentielle, le 10 février 1993, du candidat des "Forces vives" de l'opposition, Albert Zafy (66,9% des suffrages), face au président sortant, Didier Ratsiraka, a inauguré l'ère de la IIIe République malgache.

Agrégé de médecine, chirurgien, licencié en mathématiques et en physique, Madagascar a porté à la présidence un homme bardé de diplômes. Il a été ministre de la Santé en 1972 sous l'éphémère gouvernement du général Gabriel Ramanantsoa, avant de devenir un opposant irréductible à D. Ratsiraka contre lequel il avait essayé, en vain (sa candidature n'ayant pas été acceptée), de se présenter lors de l'élection présidentielle de 1982. Après avoir créé en 1990 une petite formation d'opposition se réclamant de l'écologie, l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), A. Zafy s'est imposé comme le principal leader de la "révolution tranquille" malgache, le soulèvement anti-Ratsiraka démarré en mai 1991.

Malgré les craintes que suscitaient sa réaction et les menées subversives de ses partisans fédéralistes à Toamasina, Antsiranana et Tulear, l'ex-président a finalement accepté sa défaite électorale. Mais il entendait conserver un rôle politique à la mesure du nombre de sièges que remporterait son parti aux élections législatives du 16 juin 1993, le scrutin qui viendrait parachever le processus de transition.

L'enfantement du nouveau régime aura été à peu près non-violent, mais long, complexe et incertain. Ainsi, à plusieurs reprises les échéances électorales ont-elles été reportées. Le mandat du gouvernement du Premier ministre Guy Razanamasy a été prorogé au-delà de son terme initial, afin de tenir jusqu'aux législatives à venir.

La période comprise entre l'investiture du président Zafy, début mars 1993, et les législatives de juin, a été marquée par la poursuite du bras de fer - entamé dès le début de la transition - entre le nouveau président et G. Razanamasy. Dès le premier conseil des ministres qu'il a présidé, le 16 avril 1993, A. Zafy a voulu dicter la marche à suivre au gouvernement de transition que certains de ses partisans lui demandaient de dissoudre avant les législatives. Selon les termes de la Constitution malgache, adoptée lors du référendum du 19 août 1992, l'Assemblée nationale issue des législatives de la mi-1993 devait désigner un nouveau Premier ministre aux pouvoirs étendus. Pour ce poste, la candidature du vice-premier ministre du gouvernement Razanamasy, Francisque Ravony, était l'une des hypothèses mises en avant par l'entourage d'A. Zafy, à la veille du scrutin. Mais certains milieux merina estimaient au contraire que le président étant un "côtier", le poste de Premier ministre devait revenir à un Merina et non pas au "métis" F. Ravony. Cette réaction a alimenté les ambitions du co-président du Comité de redressement économique et social (CRES), le pasteur Richard Andriamanjato.

La transition politique ayant traîné en longueur, les négociations des autorités malgaches avec les bailleurs de fonds internationaux s'en sont trouvées retardées. Rien ne devait être réglé avant la mise en place d'un nouveau gouvernement après les législatives de juin 1993. Mais les premiers prêts de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international (FMI) semblaient dès lors ne pas pouvoir être accordés avant le début 1994.

Après son investiture, A. Zafy a manifesté son intention de renouer des relations commerciales et diplomatiques avec plusieurs pays, notamment la Corée du Sud, l'Afrique du Sud et Israël avec lesquels Madagascar avait eu, auparavant, des rapports antagoniques. Début mai 1993, le vice-premier ministre malgache s'est rendu au Maroc, à la tête d'une délégation gouvernementale et porteur d'un message du président Zafy au roi Hassan II. Les deux pays ont décidé de mettre à l'étude les domaines d'une possible coopération. Leurs relations diplomatiques étaient au point mort depuis la reconnaissance de la République sarahouie (Sahara occidental), par D. Ratsiraka en 1976.

La mouvance politique du président Albert Zafy, dont l'élection, le 27 mars 1993, a inauguré la IIIe République (après une quinzaine d'années de dictature de Didier Ratsiraka et dix-huit mois de soulèvement populaire), a remporté la majorité des sièges aux législatives du 16 juin 1993. Le pasteur Richard Andriamanjato a été élu président de l'Assemblée nationale, laquelle a ratifié, début août 1993, la nomination du Premier ministre, Francisque Ravony. Ces trois centres de pouvoir de la IIIe République n'ont cessé, dès lors, de se concurrencer.

Leur méfiance réciproque, assortie de certaines divergences, a ralenti le processus de prise de décision, paralysant le nouveau régime. Le président entouré de conseillers aux opinions opposées, a montré le plus grand mal à trancher les questions sensibles. Le Premier ministre, conscient de la fragilité de sa majorité parlementaire, allait devoir composer avec le Parlement. Le président de l'Assemblée nationale, selon ses propres dires l'homme fort du régime, a, quant à lui, torpillé nombre d'initiatives du Premier ministre. Les débats parlementaires de décembre 1993 sur la loi des finances pour 1994 ont illustré cette situation. Les députés ont imposé au gouvernement des amendements (décentralisation budgétaire et réaménagement des salaires des fonctionnaires) contraires au projet gouvernemental élaboré en accord avec le FMI (Fonds monétaire international).

Cette complexité du jeu politique est apparue déroutante aux investisseurs étrangers, lesquels ont souvent critiqué l'immobilisme, voire l'incurie, du nouveau régime. La confusion risquait cependant encore de s'accroître avec la décentralisation administrative prévoyant la création d'une vingtaine de collectivités territoriales avec moyens financiers et pouvoirs de décision. Les élections pour ces assemblées locales ont été fixées au second semestre 1994.

Fin mars 1994, les autorités malgaches n'avaient toujours pas obtenu d'accord avec la Banque mondiale et le FMI sur leur programme de réformes. Au-delà de certaines réticences politiques (dévaluation, rythme de la libéralisation et des privatisations) ou des retards enregistrés à cause des dégâts cycloniques, l'impasse de ces discussions a été attribuable principalement à des défaillances des autorités malgaches. A plusieurs reprises, cette partie n'a tout simplement pas élaboré à temps les documents nécessaires aux négociations. Ainsi est-ce environ 1 milliard de dollars d'aide internationale qui n'avaient pas été décaissés un an après l'élection de A. Zafy.

Aussi, pour résoudre ses problèmes de devises, le gouvernement d'Antananarivo a été contraint d'user d'expédients. Le prix de la vanille malgache à l'exportation a été baissé de 74 dollars le kilo à 60 pour l'année 1994 et la Grande Ile a dû vendre, encore en dessous de ce prix, une cargaison de 50 tonnes pour obtenir les devises nécessaires à l'achat de 12 000 tonnes de riz, en janvier 1994. A. Zafy et R. Andriamanjato ont également signé en août 1993 un accord pour obtenir un financement privé de 2 milliards de dollars contre un droit de recherche et d'exploitation de vingt-cinq ans sur l'ensemble des mines d'or du pays. La communauté des bailleurs de fonds s'est alarmée de ces démarches auprès d'intermédiaires financiers généralement considérés comme peu fiables. Finalement, des discussions de la dernière chance avec les institutions de Bretton Woods ont eu lieu en avril 1994, à Washington, et un accord-cadre de politique économique a été adopté par le gouvernement en mai.

En matière de diplomatie, l'État s'est ouvert à la Corée du Sud, à l'Afrique du Sud et à Israël, dans l'espoir d'attirer de nouveaux investisseurs.

Après de longues transactions, le Premier ministre Francisque Ravony a présenté, le 19 août 1994, le deuxième gouvernement de sa première législature. Au nombre des ministres partants figurait celui de la Promotion industrielle et du Tourisme (par ailleurs dirigeant du groupe Leader), Herizo Razafimahaleo. Ce remaniement n'a pas mis fin aux sourdes luttes d'influence s'exerçant entre les trois pôles du pouvoir malgache (le président Albert Zafy, le Premier ministre et le président de l'Assemblée nationale, Richard Andriamanjato).

Alors que le Premier ministre (et des bailleurs de fonds internationaux) s'opposait au maintien à son poste du gouverneur de la Banque centrale, Raoul Ravelomanana, ce dernier bénéficiait du soutien de R. Andriamanjato, avec lequel il avait participé à plusieurs opérations financières destinées à rechercher des "financements parallèles". De son côté, le président de l'Assemblée nationale ne cachait pas son opposition au ministre des Finances, José Yvon Raserijaona. R. Ravelomanana a finalement été limogé, début janvier 1995, après le scandale de l'"affaire Flamco" du nom d'une société commerciale présidée par le prince Constantin du Lietchtenstein qui a accumulé une dette de plusieurs millions de dollars auprès d'une banque étatique malgache.

Un autre sujet de discorde résidait dans le choix de l'attitude à adopter vis-à-vis des institutions de Bretton Woods: le Premier ministre souhaitait un accord avec le FMI et la Banque mondiale, alors que le président de l'Assemblée nationale, fidèle à son discours populiste, estimait qu'on pouvait éviter d'avoir recours à leurs financements. Un nouveau round de négociations a finalement débouché sur la signature à Antananarivo, en février 1995, d'une lettre d'intention entre les autorités malgaches et le FMI en vue de l'octroi d'une "facilité d'ajustement structurel renforcée" (FASR). Les négociations avec la Banque mondiale sont cependant demeurées dans l'impasse. Le Premier ministre malgache a accepté les conditions du FMI parce qu'elles étaient essentiellement d'ordre fiscal, tandis que les conditionnalités de la Banque mondiale portaient sur un large éventail de réformes pour libéraliser plusieurs secteurs de l'économie (vanille, transport aérien, système bancaire...). Après que, le 3 mai 1995, les ministres du Tourisme, Alphonse Ralison, et de l'Aménagement du territoire, Henri Rakotonirainy, ainsi que le commissaire général au Sport, Ahmad, tous trois membres du groupe Leader, avaient démissionné pour protester contre la lenteur de ces négociations, les nouvelles discussions avec la Banque mondiale ont finalement eu lieu en juin.

Durant les premiers mois de l'année 1995, Madagascar a reçu plusieurs délégations commerciales étrangères (Israël, Corée du Sud, Taïwan...) illustrant ses nouvelles options diplomatiques. La Grande Ile s'est également inscrite dans le projet d'Indian Ocean Rim Association (qui doit réunir les pays riverains de l'océan Indien) et une délégation malgache a assisté, en juin 1995, en Australie à une réunion régionale à ce sujet. En outre, à l'issue d'une visite du ministre malgache des Affaires étrangères, Jacques Sylla, à Maurice, fin avril 1995 (laquelle avait été précédée d'une visite du président Zafy dans l'île soeur, fin août 1994), des mesures ont été décidées pour renforcer le commerce et les contrôles douaniers (trafic d'or) entre les deux États.

La Grande Ile s'est enfoncée dans le marasme politique, trois ans après l'élection du président Albert Zafy. Le référendum constitutionnel voulu par le président pour lui donner le pouvoir de choisir lui-même son Premier ministre, et qu'il a remporté le 17 septembre 1995, n'a pas débouché sur un apaisement politique. Le président Zafy s'est séparé du Premier ministre Francisque Ravony avec lequel il ne s'entendait pas, mais le gouvernement d'Emmanuel Rakotovahiny (un leader de l'Union nationale pour la démocratie et le développement, d'origine côtière comme A. Zafy), qui a pris la suite le 10 novembre 1995, s'est trouvé paralysé par des querelles intestines. L'élaboration du budget 1996 a donné lieu à une série de passes d'armes entre, d'un côté, le Premier ministre et son ministre de l'Économie, Tovonanahary Rabetsitonta, et, de l'autre, le ministre des Finances et du Plan, Jean-Claude Raherimanjato.

A ces clivages internes est venue s'ajouter une relance de l'agitation antigouvernementale de l'opposition. Surtout après les municipales du 5 novembre 1995 où les candidats d'opposition ont remporté les mairies des principales villes du pays.

Le Premier ministre et son gouvernement sont devenus la cible des critiques et des appels à un remaniement ministériel ont émané du sein même d'une majorité présidentielle comptant de nombreux prétendants à des portefeuilles ministériels. À partir du début 1996, certains dirigeants du régime, tels le président de l'Assemblée nationale, Richard Andriamanjato, ou le président du département politique des Forces vives Rasalama (majorité présidentielle) et ancien conseiller présidentiel, Alain Ramaroson, sont venus ajouter leurs voix à celles des opposants pour réclamer le départ concomitant d'Emmanuel Rakotovahiny et de son ministre des Finances. Le président Zafy se refusant à trancher ce débat, il s'est trouvé progressivement en butte à des accusations plus directes contre sa personne. Au point qu'A. Ramaroson en est venu, le 25 mars 1996, à se dissocier publiquement du chef de l'État. Sur le fond, l'élite politique Merina - aussi bien ses membres issus de l'opposition que ceux appartenant à la mouvance présidentielle - a accepté de plus en plus mal la présence d'un tandem côtier (le président et son Premier ministre) à la tête du pays et a mené un véritable travail de sape à leur égard. L'éventualité d'élections décentralisées, et surtout la perspective d'un nouveau scrutin présidentiel en 1997 n'ont fait qu'accroître les pressions centrifuges sur le régime du président Zafy.

Résultat de cette situation, un nouveau Premier ministre, merina celui-là, a été désigné en la personne de Norbert Lala Ratsirahonana, le 28 mai 1996, et un nouveau gouvernement a été formé début juin. Une modification du cabinet avait d'ailleurs été demandée par le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Michel Camdessus, lors d'une visite à Madagascar en mai 1996. Il a souhaité la mise en place d'un gouvernement "uni", sincèrement disposé à négocier un programme de réformes économiques et décidé à tourner définitivement le dos à toute recherche de "financements parallèles" privées en dehors du FMI.

En l'absence d'accord avec le FMI, Madagascar est voué à voir les aides de ses autres bailleurs de fonds se réduire au fil des ans. D'autant que la confiance de ces derniers est entamée par l'instabilité politique et l'accumulation d'arriérés de paiement. C'est ainsi que l'aide de la France distribuée par la Caisse française de développement (CFD) a considérablement baissé en 1995.

La Haute Cour constitutionnelle (HCC) a prononcé, à la demande de l'Assemblée nationale malgache, l'empêchement définitif du président Albert Zafy, le 5 septembre 1996. Le Premier ministre Norbert Ratsirahonana a ensuite été désigné pour assurer les fonctions présidentielles à titre intérimaire et préparer de nouvelles élections. Dans la foulée, il a nommé un gouvernement, le 13 septembre 1996, ouvert à de nombreuses sensibilités, mais excluant les représentants de l'Union nationale pour le développement et la démocratie (UNDD), la formation du président "empêché" Albert Zafy. Payant le prix du mandat présidentiel brouillon qu'il avait exercé depuis 1992, ce dernier n'a pas été en mesure de regrouper ses alliés d'autrefois autour de sa candidature pour le premier tour de la présidentielle du 3 novembre 1996.

C'est l'ancien dictateur Didier Ratsiraka (au pouvoir pendant quinze ans et que A. Zafy avait battu aux élections de 1992) qui est arrivé en tête de ce scrutin. Toutefois, l'ancien ministre de l'Industrie du président sortant, Herizo Razafimahaleo (qui avait été, au milieu des années quatre-vingt, un conseiller économique du président Ratsiraka sous la IIe République), est arrivé en troisième position avec 15 % des voix. Il s'est donc retrouvé en position de faire pencher la balance lors du second tour, le 29 décembre 1996, et s'est désisté en faveur de D. Ratsiraka. Après une semaine de controverses sur le dépouillement des résultats, la HCC confirma finalement la victoire de justesse de D. Ratsiraka, crédité de 50,7 % des suffrages face à Zafy.

Deux semaines après son investiture, le 10 février 1997, le président Ratsiraka désignait son directeur de campagne électorale, Pascal Rakotomavo (soixante-deux ans) au poste de Premier ministre. Celui-ci a formé, le 27 février, un gouvernement comprenant trois vice-premiers ministres: Herizo Razafimahaleo (Affaires étrangères), Tantély Andrianarivo (Finances et Économie), et l'ancien ambassadeur aux États-Unis, Pierrot Rajaolarivelo (Décentralisation et Budget). Pour le reste, son cabinet a fait la part belle aux membres de l'Aréma (le parti de Ratsiraka).

A la mi-mars 1997, le nouveau président malgache a effectué un périple en France, aux États-Unis et en Belgique pour rencontrer les principaux bailleurs de fonds de son pays. Il a signé un accord d'ajustement structurel de l'économie avec les institutions de Bretton Woods à Washington et obtenu de la France un soutien dans la négociation de la réduction de la dette malgache au Club de Paris. En signe de bonne volonté, D. Ratsiraka s'est rendu, le 19 mars 1997, à l'enterrement (à Paris) de Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" du gaullisme. Après cela, une mission financière française s'est rendue à Antananarivo, début avril 1997, pour décider de l'affectation d'une assistance de 120 millions FF. Une première tranche (80 millions FF) devait être rapidement disponible afin d'apurer les arriérés de paiements extérieurs malgaches auprès de la Caisse française de développement (CFD) et de permettre à cette dernière de reprendre ses prêts à la Grande Ile.

Néanmoins, au fur et à mesure des nominations officielles se profilait le retour aux affaires d'un certain nombre de dinosaures de la IIe République. Après le général Monibou Ismaël, placé à la tête des forces armées, et le général Jean-Paul Bory, devenu secrétaire d'État en charge de la Gendarmerie, le président Ratsiraka a nommé directeur de cabinet l'ancien président de la HCC de 1982 à 1991 (durant son précédent mandat présidentiel), Honoré Rakotomanana. Enfin, il a attribué à l'un de ses gendres, José Vianney, le poste d'ambassadeur auprès de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, les sciences et la culture) à Paris.

Source :
L'Etat du Monde 1981-1998


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