Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

La Grande île n'en finit pas d'être secouée par des crises politiques à répétition. La dernière a abouti à la démission du président Albert Zafy, qui avait pourtant réussi à stabiliser son pouvoir à l'issue d'un référendum en septembre 1995. Neuf mois plus tard, le Parlement a destitué M. Zafy.
Comme en 1993, le second tour se jouera en janvier 1997, entre Didier Ratsiraka (au pouvoir de 1975 à 1993) et Albert Zafy, qui dispose d'un solide soutien dans les campagnes. Tous deux se sont engagés à poursuivre l'assainissement et la libéralisation de l'économie malgache engagés par le premier ministre, Norbert Ratsirahonana.
Ce dernier a présenté à la Banque mondiale, en septembre 1996, une lettre d'intention qui, si elle est acceptée, permettra à Madagascar d'obtenir une facilité d'ajustement structurelle renforcée ainsi qu'un crédit du FMI, d'une valeur totale de 170 millions de dollars. Cela devrait inciter les donateurs bilatéraux à reprendre leur assistance à Madagascar et permettre le rééchelonnement de sa dette multilatérale.
Malgré ces incertitudes politiques, l'économie malgache semble se discipliner. Le taux d'inflation ne devrait pas dépasser 15% en 1996 (contre 50% en 1995). Mais il subsiste des craintes d'agitation socio-politique qui peuvent contrarier les investisseurs étrangers.
Les cours de la vanille ont chuté des deux tiers ces dernières années et les exportations de café ne devraient rapporter que 64 millions de dollars en 1996 (75% des recettes de 1994). La pêche et le tourisme ont d'ailleurs supplanté le café comme sources majeures de devises. Les investissements dans le secteur touristique ont fortement progressé pour atteindre 60 millions de dollars en 1994 (contre 16 millions quatre ans plus tôt).
Pour regagner les faveurs du FMI, le Parlement a enfin voté une loi rectificative des finances par laquelle il s'engage à réduire l'inflation, à libéraliser les prix et à maîtriser le déficit des finances publiques.

La décision de la Cour suprême de repousser de dix mois, à la demande du gouvernement, les élections législatives prévues pour août 1997, en invoquant les cyclones dans le sud comme un « cas de force majeure », a suscité les protestations de l'opposition, qui n'est pas pour autant descendue dans la rue comme elle l'avait annoncé. Un référendum sur la nouvelle Constitution, amendée de manière à octroyer plus de pouvoir au président, est prévu en janvier 1998 et doit être suivi, en avril, par les élections parlementaires.
Le FMI a enregistré avec satisfaction une amélioration des indicateurs économiques durant la première moitié de 1997, avec une inflation inférieure à 5 % et un taux de croissance de 4 % supérieur à celui de la progression démographique. Il a déploré par contre les faibles rentrées fiscales et la mauvaise gestion budgétaire.
La Banque mondiale, pour sa part, note que la réalisation du programme des privatisations prend du retard et que rien n'est fait pour attirer les investisseurs étrangers. Le FMI attendra sans doute l'issue des législatives pour débloquer ou non la troisième tranche de la facilité d'ajustement structurel renforcé. Le gouvernement risque d'avoir des difficultés à respecter les exigences du FMI en période électorale.
Les prévisions économiques ont été revues à la baisse après les cyclones et les invasions de criquets qui ont frappé le sud-est de la Grande Ile. Le taux de croissance devrait être de 3,5% en 1997 contre 3% l'année précédente. Plusieurs contrats de prospection ont été signés avec des compagnies pétrolières, bien qu'à ce jour les recherches soient restées infructueuses. Un gisement de titane dans le sud pourrait enfin entrer en exploitation si l'Office national pour l'environnement donne son accord. En mars 1997, Madagascar a obtenu le rééchelonnement de sa dette bilatérale auprès du Club de Paris.

Le scrutin de mai 1998 a donné à la coalition gouvernementale une faible majorité à l'Assemblée nationale, qui compte aussi un cinquième d'élus indépendants, révélant la méfiance de l'électorat envers les partis politiques. L'opposition s'est montrée incapable de former un front commun contre le président Ratsiraka. Deux mois plus tôt, ce dernier avait remporté de justesse un référendum constitutionnel proposant une décentralisation et un renforcement des pouvoirs du chef de l'Etat au détriment du Parlement. On attend pour 1999 les élections, prévues par la nouvelle Constitution, des gouverneurs des six « provinces autonomes ».
Le FMI est préoccupé par les effets de la décentralisation annoncée, dans la mesure où des choix fiscaux et des orientations d'investissements pourraient être décidés sans contrôle par ces lointaines autorités provinciales. Enfin, la répartition des crédits aux provinces par le gouvernement centra] promet d'être une affaire éminemment politique, compte tenu des rivalités ethno-régionalistes. Pour essayer d'attirer les investisseurs, le gouvernement malgache a annoncé qu'il était prêt à indemniser les sociétés étrangères nationalisées dans les années 70, durant la première présidence de Didier Ratsiraka.

Deux ans seulement après leur dernière invasion, les criquets ont à nouveau dévasté la Grande Ile, dont près du tiers a été affecté, et les autorités ont été critiquées pour leur manque de vigilance dans la lutte anti-acridienne. Les vivres qu'il a fallu importer pour compenser les faibles récoltes locales ont aggravé le déséquilibre de la balance commerciale, mais il n'y a pas eu de famine. La vanille, deuxième recette d'exportation de Madagascar, est concurrencée, cette année, par la production indonésienne, rendue plus compétitive par l'effondrement de la roupie.
Pour lutter contre l'évasion fiscale, le gouvernement a choisi de publier les noms de 120 contribuables n'ayant pas réglé leurs impôts, soit 5,6 millions de dollars (33 millions de francs). Cette initiative spectaculaire, destinée à prouver au FMI la détermination des autorités, a accéléré les rentrées d'impôts. Le versement de la seconde tranche de la facilité d'ajustement structurel renforcée, accordée en 1996, était toujours en discussion fin 1998, le FMI n'étant pas convaincu que le gouvernement cherche réellement à engager le processus de privatisation.

Le régime du président Albert Zafy (1993-1996), installé après le renversement du président Didier Ratsiraka par un mouvement populaire en 1991, a été d'une telle confusion que la confiance des investisseurs s'en est trouvée durablement affectée. Paradoxalement, il a fallu le retour de Ratsiraka à la tête de l'Etat, fin 1996, pour que l'inflation se tasse (de 45,2% en 1995 à 7 ,9% en 1998, avec une remontée probable à 8,6 % en 1999) et que l'économie retrouve le chemin de la croissance, de + 1,7 % en 1995 à + 4% en 1998 et un taux pour 1999 qui devrait se situer entre + 5% et + 6%.
Pourtant, c'est le régime du président Zafy qui avait jeté les bases de l'expansion des entreprises franches (116 en activité effective) dont la production destinée à l'exportation représentait en 1998 plus de 30% des exportations malgaches et qui employaient 50000 personnes (surtout dans le textile), soit 30% de la population active industrielle. Les laborieuses négociations avec la Banque mondiale et le FMI ont été sanctionnées par des accords de financement en 1999, et le programme de privatisation des principales sociétés d'Etat a enfin démarré malgré les réticences de l'administration et de la bourgeoisie malgaches.
Le gouvernement a du mal à satisfaire aux conditions liées au débourse ment de ces fonds. A la mi-novembre 1999, le versement de la première tranche du second crédit d'ajustement structurel de la Banque mondiale (100 millions de dollars ou 600 millions de francs) était toujours suspendu à la privatisation effective de la Solima (produits pétroliers), au lancement du processus de mise en vente d'autres sociétés nationales (Air Madagascar) et à la constitution de réserves foncières touristiques.

Avec des recettes qui représentaient un quart des exportations de services en 1998 et une progression de 20 % du nombre des visiteurs par an, le tourisme est un secteur en pleine croissance. Mais à cause de ses infrastructures insuffisantes et vétustes, Madagascar est en retard par rapport à ses voisins (80000 touristes en 1998, contre  500000 à Maurice et 370000 à la Réunion). Le gouvernement projette de faire de la province de Diego-Suarez une zone touristique disposant d'un aéroport international et desservie par des compagnies étrangères. Mais l'armée, qui a des droits fonciers dans cette région, refuse toujours de s'en dessaisir.

2000

Alors que 1999 avait été une année plutôt bonne, les trois cyclones qui ont touché le pays entre février et avril 2000 ont stoppé cette évolution favorable, et surtout le dernier, qui, début avril, a dévasté le nord-est de la Grande Ile, causant des pertes en vies humaines, des destructions d'habitations, d'importants dommages aux infrastructures (réseaux d'irrigation, routes) et la ruine de plantations de vanille et de girofle. Les autorités malgaches ont estimé à 22,2 milliards de francs les travaux de reconstruction, dont 170 millions de francs seront couverts par l'aide internationale.

Dès lors, la croissance des exportations en 2000 ne devrait pas dépasser 5 %, tandis que le taux de croissance stagnerait au même niveau qu'en 1999 (4,8% du PIB), dans le meilleur des cas. A cause des dommages causés à la production de riz, 120 000 tonnes supplémentaires de cette denrée ont été importées. La balance commerciale malgache s'en ressentira, tout comme la balance des paiements, dont le déficit devra être comblé par de nouveaux rééchelonnements de la dette. Le gouvernement de Madagascar doit accéder en mars 2001 à l'initiative de réduction de dettes; il a d'ores et déjà réussi d'assez bonnes opérations dans ce domaine avec des créanciers discrets mais importants tels que la Libye, l'Irak et la Russie.

La lenteur du processus de réformes économiques, principalement des privatisations, caractérise toujours le climat de la Grande Ile. C'est d'ailleurs ce qu'a, une nouvelle fois, constaté une mission du FMI dans un document daté du 18 septembre 2000. Après les difficultés de la privatisation de la Solima (raffinage et distribution des produits pétroliers), dues notamment au statut imprécis des terrains sur lesquels se trouvaient ses stations-service, la direction d'Air Madagascar a tout fait pour temporiser, en novembre 2000, afin d'éviter la vente de la compagnie au seul repreneur en lice, le consortium formé par Air France, sa filiale régionale Air Austral et Air Mauritius. Les dirigeants d'Air Madagascar aimeraient que cette vente ne porte que sur les liaisons internationales de la compagnie (essentiellement en direction de la France et de Singapour) et que des repreneurs privés malgaches soient trouvés pour les lignes intérieures et régionales.

Cette lenteur des privatisations a des conséquences financières: les recettes liées à la cession des entreprises d'Etat sont largement en deçà des objectifs. D'autre part, les résistances à la réforme de la fonction publique sont telles qu'aucun des textes prévus pour être adoptés au Parlement en 2000 n'était encore prêt en septembre.

Source :
Bilan du Monde 1997-2001


 
 


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