
L'incertitude et la confusion politiques
règnent au Malawi après la rupture, en juin, de la coalition
gouvernementale entre le Front démocratique uni (UDF) du président
Bakili Muluzi et l'Alliance pour la démocratie (Aford). Dans l'attente
de décisions judiciaires et d'élections partielles, l'UDF
continue à gouverner sans majorité au Parlement que boycottent
l' Aford et le Parti du Congrès du Malawi (MCP), le principal parti
d'opposition. Ce dernier a fait l'objet d'une tentative de discrédit
orchestrée par le pouvoir à travers les poursuites judiciaires
lancées contre deux de ses principales figures. John Tembo, bras
droit de Hastings Kamuzu Banda, l'ex-dictateur, et Cecilia Kadzamira, sa
compagne, sont accusés d'avoir comploté l'assassinat de plusieurs
ministres.
Le gouvernement, de son côté,
a dû faire face à de nouvelles accusations de corruption.
L'Eglise catholique a apporté une importante contribution à
ces accusations dans une lettre des évêques dénonçant
l'étendue du mal. Les ambassadeurs américain et britannique
se sont, eux, publiquement inquiétés de l'effet du phénomène
sur la confiance des donateurs et des investisseurs étrangers.
La création d'un «
bureau anti-corruption » par le gouvernement n'a convaincu personne.
Mais fort heureusement pour lui, le pouvoir bénéficie d'une
conjoncture économique particulièrement bonne. Lors d'une
visite d'inspection en septembre, les délégués du
FMI et de la Banque mondiale se sont félicités des résultats
du plan d'ajustement structurel mis en place sous l'égide de ces
institutions. Elles devraient bientôt débloquer un prêt
de 66 millions de dollars en faveur du Malawi.
Nombre d'indicateurs économiques,
il est vrai, sont au beau fixe. La croissance continue de progresser autour
des 10% et le déficit public s'établit à 5,5% pour
l'année budgétaire 1996-1997 contre près de 15 % pour
l'année précédente. Il n'en reste pas moins que la
population du Malawi continue à souffrir d'une immense pauvreté
aggravée par une inflation certes en baisse mais qui demeure à
un niveau important (environ 20%). Les excellentes récoltes de 1996
vont soulager temporairement le fardeau des Malawites.
Mais le fléau du sida continue,
lui, de les accabler et prend des proportions d'épidémie.
Sur une population totale d'environ 11 millions d'habitants, le Malawi
compte 225 000 cas déclarés. Selon une estimation de la Banque
mondiale, 2 millions de Malawites pourraient être contaminés
par le virus d'ici à 2010.
La situation politique s'est clarifiée et la tension est retombée au Malawi après la confusion qui avait régné en 1996. Les partis d'opposition ont mis fin au boycottage du Parlement et une rencontre de la réconciliation a eu lieu, en août, entre le président Bakili Muluzi et son ennemi juré, l'ancien dictateur Hastings Kamazu Banda. Il s'agissait de la première entrevue entre les deux hommes depuis les élections démocratiques de 1994. M. Muluzi avait remporté le scrutin, mettant fin aux trente ans de règne de M. Banda. Depuis, les poursuites judiciaires lancées par le nouveau pouvoir contre l'ex président à vie empoisonnaient la vie politique du pays. Les accusations de détournement de fonds publics contre M. Banda ont finalement été abandonnées, quelques jours après que l'ancien dictateur, âgé de quatre-vingt dix-sept ans a annoncé son retrait définitif de la vie politique. M. Banda est décédé fin novembre.
L'apaisement des tensions politiques
devrait permettre au gouvernement de se consacrer entièrement au
redressement économique du pays, qui demeure l'un des plus pauvres
du continent africain. Le Malawi est engagé depuis plusieurs années
dans un plan d'ajustement structurel mis en place sous l'égide du
FMI et de la Banque mondiale. Dans ce cadre, le budget pour l'année
1997-1998 prévoit l'instauration d'incitations fiscales pour attirer
les investisseurs étrangers et la réduction des taxes sur
les importations. Un programme de privatisations devrait également
bientôt se mettre en place.
La croissance demeure forte -entre
6% et 7% du PIB et l'Union européenne a accordé une nouvelle
aide de 230 millions de dollars en 1997 Mais le kwacha a dû être
dévalué de 12 % et l'inflation reste supérieure à
10 %. En avril, les fonctionnaires ont fait grève pour réclamer
une hausse de salaire. Lors d'une marche sur le Parlement, ils s'en sont
violemment pris à des responsables du gouvernement, lapidant leurs
voitures. Aujourd'hui encore, environ 60%, des Malawites vivent en dessous
du seuil de pauvreté. Selon uni: étude des Nations unies,
près de deux millions d'entre eux pourraient mourir du sida dans
les vingt-cinq prochaines années.
L'approche des élections, qui doivent se tenir en mai 1999, a provoqué un durcissement du débat politique entre le président Bakili Muluzi et ses opposants tout au long de l'année 1998. Aux accusations de corruption portées contre le dirigeant du Malawi, le pouvoir a répondu par l'inculpation d'un responsable de l'opposition pour insulte au chef de l'Etat. Plus tôt dans l'année, le principal journal d'opposition avait été attaqué par des militaires et des partisans du parti au pouvoir, le Front démocratique uni (UDF).
La dissolution de la commission électorale et son remplacement par un nouveau comité désigné par Bakili Muluzi ont soulevé la crainte d'une manipulation du scrutin. La montée de l'intolérance politique s'est aussi manifestée par l'appel aux fonctionnaires lancé par le chef de l'Etat pour leur demander d'être fidèles à l'UDF. Les tensions politiques ont même pris des connotations religieuses. Musulman dans un pays majoritairement chrétien, le président Muluzi s'est vu accusé de vouloir islamiser le Malawi en développant des liens avec des pays comme le Koweït et la Libye.
Sur le plan économique, le débat politique a provoqué une flambée électoraliste des dépenses publiques. Le budget de l'Etat pour l'année 1998-1999 prévoit un déficit qui avoisine 13% du PIB. Grâce à de bonnes récoltes, la croissance se maintient aux alentours de 4,5 %. Dans le cadre des réformes engagées sous l'égide des institutions internationales, le programme de privatisations a progressé en 1998 avec, notamment, la vente partielle des parts de l'Etat dans la banque commerciale du Malawi, la deuxième du pays. D'un montant de 2,2 milliards de dollars (13 milliards de francs), la dette extérieure continue de représenter un fardeau très lourd pour le gouvernement. Ce dernier n'arrive toujours pas à diminuer les inégalités sociales et le chômage. Environ 10 % des Malawites contrôlent encore la moitié des richesses du pays et moins de deux millions d'entre eux ont un emploi à temps plein.
Sans surprise, les élections présidentielle et parlementaires du 12 juin 1999 ont été très contestées. La réélection avec 51 % des suffrages du président Bakili Muluzi a été suivie de heurts à Blantyre, la capitale économique, et surtout dans le Nord, bastion de l'opposition. Des membres du parti au pouvoir y ont été pris à partie et leurs maisons détruites, tandis que des mosquées étaient incendiées, une façon de rappeler le divorce entre un président musulman et son pays majoritairement chrétien.
L'opposition accuse la commission
électorale d'avoir favorisé le parti au pouvoir en fournissant
du matériel électoral en quantités insuffisantes dans
les régions hostiles et d'avoir fait imprimer des bulletins supplémentaires
pour bourrer les urnes dans les régions qui le soutiennent. 160
000 personnes auraient été dans l'incapacité de s'inscrire
sur les listes électorales, essentiellement dans le Nord. Ce scrutin
a consacré la séparation entre le Sud, peuplé, prospère
et fief du président, et le reste du pays. Après les élections,
de nouveaux districts ont été créés pour favoriser
les supporteurs du parti au pouvoir, le United Democratic Front (UDF).
Ce redécoupage administratif en forme de récompense a aussi
pour fonction de préparer le terrain pour les élections locales,
prévues pour avril 2000.
La commission électorale
a fait savoir qu'elle estimait le coût de ce scrutin à 23
millions de dollars (138 millions de francs), ce qui, compte tenu des difficultés
du Malawi, devra être financé essentiellement par les bailleurs
de fonds. Les caisses de l'Etat ont été vidées par
le scrutin, les difficultés économiques et la mauvaise gestion.
Pour améliorer ses rentrées fiscales, le gouvernement n'a
pas hésité à augmenter le prix de l'essence de 25
%, aggravant ainsi la tension sociale dans le pays, classé parmi
les huit plus pauvres de la planète.
Les dévaluations du kwacha (70 % en 1998 et, sans doute, 20% en 1999) n'ont pas amélioré la situation financière. Le Malawi a été obligé de compter sur un soutien budgétaire de 100 millions de dollars (600 millions de francs) des bailleurs de fonds pour couvrir ses besoins budgétaires. Quelques signes encourageants sont apparus: l'inflation, après avoir flirté avec les 50 %, devrait être ramenée sous la barre des 30 %. Pour ses efforts, le Malawi a reçu quelques encouragements, puisque, en octobre, le FMI a débloqué un prêt de 10,6 millions de dollars (64 millions de francs) dans le cadre d'une facilité d'ajustement structurel renforcé.
Après l'effondrement de l'année
1998, puis le sursaut de 1999, le Malawi poursuit son rétablissement.
Même si la croissance, espérée à 5,1 % en début
d'année, ne devrait atteindre que 3,4 %, la confiance nouvelle des
bailleurs de fonds et une série de bons résultats laissent
entrevoir une période plus sereine.
La production agricole a enregistré
une nouvelle année faste, grâce aux 2,33 millions de tonnes
de maïs récoltées qui permettent d'exporter les surplus
vers les pays de la région, ou grâce au rétablissement
in extremis du tabac (60% des recettes à l'exportation), dont les
recettes se sont stabilisées à 1 ,2 milliard de francs après
un début d'année difficile. Au-delà de ces résultats,
des mesures jusqu'ici inimaginables ont été prises pour mettre
de l'ordre dans les finances de l'Etat, dont un tiers des recettes est
habituellement détourné chaque année par les hauts
fonctionnaires.
Fait marquant, le président
Bakili Muluzi a tranché pour la première fois dans la corruption,
qui a envahi toutes les sphères de l'Etat. Début novembre,
deux jours après avoir reçu un rapport parlementaire mettant
en cause des ministres et des hauts fonctionnaires dans des détournements
concernant un montant de 19 millions de francs, le président a dissous
son cabinet et décidé que trois ministres feraient l'objet
de poursuites. Autre signe de bonne volonté, l'achat de 39 Mercedes
par le gouvernement, qui avait provoqué la fureur des bailleurs
de fonds, a été annulé.
Le dérapage financier, encore
sensible en 1999 lorsque le nombre des bons du Trésor avait été
multiplié par cinq, a été jugulé, au point
que les bailleurs de fonds se sont engagés à financer, sous
forme de prêts et de dons, un total de 8,3 milliards de francs pour
les deux années à venir , notamment au titre d'un soutien
budgétaire.
Dans ce pays où plus de 80
% de la population vit avec moins d'un dollar par jour, l'inflation est
toujours préoccupante, puisqu'elle devrait atteindre 30 %, à
cause de l'augmentation des produits pétroliers. Mais les perspectives
pour les années à venir sont bonnes, avec une croissance
qui pourrait continuer à augmenter. Le pays devrait économiser
5,5 milliards de francs en coûts de transport en devises et par an
grâce à l'utilisation du « corridor de Nacala »,
au Mozambique, rouvert à la fin de l'année.
Source :
Bilan du Monde 1997-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier