Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Mali XII
ANALYSE GEOPOLITIQUE

État continental d'Afrique de l'Ouest, le Mali occupe une position de contact entre le Sahara et les régions soudano-guinéennes. Ce carrefour au débouché des grandes routes transsahariennes a été très tôt valorisé : constructions politiques et civilisations parmi les plus brillantes du continent s'y sont succédé entre le VIIIe  et le XIXe  siècle. De nombreux voyageurs arabes ont décrit les empires médiévaux de ce blad as-sudan ( pays des Noirs ). Les territoires soudanais conquis par la France à la fin du XIXe  siècle devinrent, en 1904, la colonie du Haut-Sénégal-Niger au sein de l'Afrique-Occidentale française (AOF).

Après que sa partie orientale en eut été détachée en 1919 pour créer la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), la colonie reçut le nom de Soudan français en 1920. En 1958, après l'échec d'une grande fédération qui se serait substituée à l'AOF, le Soudan et le Sénégal s'associèrent au sein d'un Mali qui ne résista pas aux rivalités entre le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Soudanais Modibo Keita. La fédération dénoncée en août 1960, l'ancienne colonie du Soudan a gardé le nom de Mali en accédant à l'indépendance.

Ce nom est celui du plus prestigieux des empires qui s'étaient développés dans l'espace situé entre les fleuves Sénégal et Niger. Il succédait au Ghana ¨, avant d'être absorbé par le Songhaï ¨ après un brillant apogée au XIVe siècle. Ces formations politiques tenaient leur richesse du commerce régional (sel et kola) et surtout transsaharien : les marchands arabes et berbères venaient se procurer l'or en échange de marchandises du monde méditerranéen. Les Soninké (ou Sarakolé ¨) y gagnèrent leur réputation de commerçants. Les villes du Sahel (Djenné, Gao, Tombouctou) connurent alors leurs grandes heures.

Cette dernière cité, aujourd'hui léthargique, fut un grand centre intellectuel de l'islam arabo-africain. Un Arabe de Cordoue vint y construire les mosquées dont le style a inspiré l'architecture  soudanaise . A la suite du djihad ( guerre sainte ) des Almoravides au XIe siècle, l'islam a pénétré les régions soudaniennes ; il est devenu la religion dominante du Mali, même s'il a dû composer avec un fond d'animisme.

Une terre de contact au coeur du Sahel

Dans sa configuration actuelle achevée en 1947 (des territoires peuplés de Maures ont alors été intégrés à la Mauritanie), le Mali est d'une grande diversité écologique et humaine. Un contraste majeur oppose le Nord saharien au Sud soudano-guinéen, le Sahel formant zone de transition. La partie saharienne, très peu peuplée, est le domaine des peuples pasteurs, les Maures et surtout les Touareg qui nomadisent entre l'Adrar et la boucle du Niger. Les Touareg n'ont jamais accepté la domination politique qu'exercent les populations mandingues depuis l'indépendance et se sont révoltés à plusieurs reprises contre le pouvoir de Bamako. La dernière rébellion sévit dans tout le Nord du pays depuis juin 1990, provoquant une répression brutale de l'armée. Le renversement du président Moussa Traoré a depuis lors facilité l'établissement de négociations, avec l'aide de la diplomatie algérienne, entre les rebelles touareg et le nouveau pouvoir de Bamako. Reste que la question d'un territoire touareg demeure posée.

Les neuf dixièmes de la population, des Noirs sédentaires, se concentrent dans le Sud du pays, le  Mali utile  en terme de potentialités agricoles. Les Mandingues constituent le groupe le plus nombreux (40 % de la population malienne), avec en particulier les Bambara, dont la langue tend à devenir la langue véhiculaire du Mali. Les autres ethnies se rattachent aux familles voltaïques, comme les Sénoufo ¨ de la région de Sikasso (qui s'étendent aussi dans le nord de la Côte-d'Ivoire), ou soudaniennes, comme les Dogon ¨.

Le Sahel malien a été durement affecté par les sécheresses des années 70 et celle de 1984-1985 ; elles ont ravivé les conflits entre cultivateurs et éleveurs pour l'usage, par exemple, des berges du Niger, et accéléré l'exode vers les villes de populations sans ressources. Au coeur du Sahel, le delta intérieur du Niger, avec sa crue annuelle, représente un atout important pour le développement agricole, si du moins on parvient à une maîtrise de l'eau efficace. Depuis 1932, l'Office du Niger s'y emploie, avec un succès mitigé mais une remarquable persévérance.

L'agriculture est en effet pratiquement la seule ressource du pays. On se plaît à évoquer les richesses possibles de son sous-sol (bauxite, uranium, manganèse, or), mais il n'y a pas de perspective d'exploitation à court terme et le Mali compte parmi les États les plus pauvres d'Afrique. Le commerce transsaharien a vécu. L'enclavement pèse sur le développement : le pays dépend pour ses liaisons extérieures de la voie ferrée Bamako-Dakar (achevée en 1924) ou du transport routier vers Abidjan.

Conséquence d'une pauvreté qu'une croissance démographique de plus de 3 % par an ne fait qu'aggraver, le Mali est terre d'émigration : on retrouve ses commerçants sarakolé jusqu'en Afrique centrale et d'importants courants d'émigration, contrôlée ou clandestine, se dirigent vers la France : de nombreux villages du Sahel malien survivent grâce aux mandats.

Sous l'impulsion de son premier président, Modibo Keita, qui fut une grande figure du nationalisme africain, le Mali a cru trouver une voie de développement dans le socialisme et les entreprises d'État ; il a créé sa propre monnaie, le franc malien. L'expérience fut un grave échec, elle a provoqué une paralysie de l'activité économique pour le seul bénéfice d'une bureaucratie pléthorique. En 1968 un coup d'État militaire a porté au pouvoir Moussa Traoré, qui a pratiqué une politique de rapprochement avec la France. En 1983 le Mali a réintégré la zone franc. Une part de ses maigres ressources a fondu dans le conflit frontalier qui l'a opposé en 1985 au Burkina Faso dans la région contestée de l'Agacher ; l'arrêt d'arbitrage rendu par la Cour internationale de justice de La Haye en 1986, a été accepté par les deux pays.

Au fil des ans le régime de Moussa Traoré, appuyé sur un parti unique (l'Union démocratique du peuple malien), a sombré dans le népotisme et la corruption ; il a été renversé en mars 1991 après plusieurs mois d'émeutes sanglantes à  Bamako. (Au terme d'un procès exemplaire, l'ancien maître du Mali a été condamné à mort en février 1993.) Un Comité transitoire pour le salut du peuple ayant à sa tête le lieutenant-colonel Amadou Toumany Touré a rétabli les libertés publiques et organisé les premières élections démocratiques du Mali. En avril 1992 Alpha Oumar Konaré était élu Président de la République. La réussite de la démocratie dépendra des capacités du nouveau régime à répondre d'urgence au défi économique et au problème touareg.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier