

LES CONDITIONS ECONOMIQUES
La Mali ne dispose que de très
peu de richesses minières et, de tout temps, il a basé son
économie sur l'agriculture et sur l'élevage. Ceux-ci sont
confinés dans la partie sud du pays, car la partie nord est entièrement
constituée par des sables.
La population malienne est à
85% rurale, et ce pays a longtemps été considéré
comme le grenier de l'Afrique de l'ouest : ce n'est plus, hélas,
le cas de nos jours.
Ce déclin est à attribuer
aux sécheresses dramatiques qui ont marqué les 20 dernières
années mais aussi à la mauvaise conjoncture internationale
et à la situation économique propre au Mali; ajoutons à
cela certaines mesures prises par le régime Keita qui laissent encore
de nos jours des traces bien difficiles à effacer.
S'agissant de la conjoncture internationale,
par sa position continentale et par son éloignement à la
mer, le Mali a été sériusement éprouvée
ces dernières années par la crise, en raison du renchérissement
des produits pétroliers. Certes, le contexte international n'a pas
que des effets négatifs : la baisse du prix du pétrole est
un point favorable pour un pays importateur; on remarquera aussi que l'aide
extérieure s'est nettement accrue. L'économie malienne, relativement
peu extravertie, a sans doute moins souffert de la crise mondiale que celle
d'autres pays. Toutefois, le Mali, comme les autres états sahéliens,
reste fortement tributaire des marchés - et des cours - mondiuax,
sur lesquels il ne peut guère peser; même limitée,
l'intégration à l'économie mondiale agit comme facteur
de déséquilibre autant, sinon plus, que comme élément
de stabilité.
Prenons l'exemple du coton : celui-ci
concourrait pour une bonne part aux recettes de l'état; il a subi
une chute des cours internationaux. Si l'on s'intéresse à
la production proprement dite, tous les indicateurs ou presque apparaissent
comme positifs. Les surfaces cultivées en cotonniers au sein de
la zone CMDT (compagnie malienne poue le développement des textiles,
partie sud du pays) sont passées de 102 352 hactares (1981-1982)
à 139 218 hectares en 1985-1986. Pour l'ensemble du territoire,
la production de coton-graine et celle de coton-fibre croissent régulièrement
depuis 1975, à l'exception de la période 81-82. Les prix
officiels d'achat aux producteurs passent de 55 FCFA le Kg (1980-81) à
85 FCFA en 1986-1987. Mais la perspective change si l'on compare les revenus
à l'exportation : de 1985 à 1986, les quantités vendues
s'accroissent de 28,6%, et le produit des ventes...BAISSE de 26,2%.
En ce qui concerne enfin la conjoncture
propre au pays, la Mali se semble pas s'être encore totalement relevé
des mesures de nationalisation prises au lendemain de l'indépendance
par Modibi Keita. En 1975, sur plus de 40 entreprises d'état, une
seule n'était pas déficitaire, selon les statistiques officielles.
Ce phénomène était dû à des effectifs
pléthoriques et à une gestion souvent discutable, la corruption
s'avérant l'un des maux chroniques de ce pays. Les autorités
lancent des campagnes contre la corruption, et des procès de personnes
accués de prévarication ont fréquemment lieu. Depuis
quelques années, un processus de désétatisation est
amorçé, qui n'a pas encore totalement porté ses fruits.
En outre, le régime de Moussa Traoré a au à affronter
la mauvaise humeur d'une frange de la population touchée dans ses
privilèges, qui s'opposait aux mesures d'assainissement des entreprises
d'état, prévoyant notamment de nombreux licenciements.
Enfin, la décote du franc
malien, dont la décision avait été prise sous Keita,
a crée un grave préjudice au pays. Le franc malien équivalait
en effet à 1 centime français, alors que le franc CFA, qui
avait cours dans les pays voisin, équivalait à 2 centimes
français. Depuis 1985, le Mali est revenu dans la zone franc, mais
il sera difficile d'annuler les conséquences funestes de plusieurs
années de franc malien. Le Mali s'est vite trouvé totalement
isolé; les salaires demeuraient très faibles; l'état
devait artificiellement réviser en baisse les cours de nombreux
produits - notamment des denrées de première nécessité,
tel le riz. Conséquence : les paysans faisaient offrir en fraude
à l'étranger leurs productions agricoles, mieux rétribuées
à l'extérieur et, qui plus est, en francs CFA.
Tout cela a contribué à
faire du Mali, pays enclavé, une zone de pauvreté, mais,
dans les années 1980, le régime Moussa Traoré a réagi,
édictant des mesures d'assairnssement et de redressement, en concertation
principalement avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international,
ainsi qu'avec la commission de la Communauté économique européenne.
Le projet, réalisé notamment dans le cadre d'un plan de développement
quinquennal, devrait porter ses fruits avant la fin du siècle, et
permettre au Mali d'échapper au triste statut de P.M.A. (pays les
moins avancés de la planète).
Depuis son accession à l'indépendance,
en effet, le Mali a fait du développement rural son objectif prioritaire,
mais les recettes de ce secteur n'ont cessé de baisser. On a vu
ce qu'il en était pour le coton, dont la vente apportait, jusqu'à
la chute des cours, 50% des ressources en devises. Les exportations d'arachide
ont cessé. Tout aussi préoccupante est la situation des cultures
vivri~es, qui a entraîné des importations de céréales
aggravant le déficit de la balance commerciale. Certes, une meilleure
pluviométrie, pour les années 1985 et 1986, a permis une
reprise de la production intérieure et une diminution des importations,
mais la fragilité de l'économie et les aléas climatiques
interdisent tout optimisme excessif (3). Les importations représentent
en moyenne 30 % du P.I.B., avec un record de 45 % en 1985, et ne sont couvertes
qu'à 50 % par les exportations, essentiellement constituées
de bétail sur pied et de coton-fibre. Selon des chiffres publiés
par le P.N.U.D. (Programme des Nations unies pour le développement)
(4), en 1986, le P.I.B. du Mali aurait reculé pour la troisiême
année consécutive, ce qui représenterait,
(3) Résultats provisoires
du commerce extérieur pour 1986 :
- réduction du déficit
commercial de 20 %, avec 85,3 milliards dc FCFA (-106,6 milliards en 1985,
Soit + 49,1 % par rapport à 1984);
- diminution des exportations
de 18,1%, avec 66,4 milliards de FCFA (89,4 milliards en 1985);
- diminution des importations
de 19,2 %, avec 151,7 milliards de FCFA (187,7 milliards en 1985);
- diminution des importations
de céréales, avec 8,2 % du total et 123 000 tonnes (26,6
% du total en 1985, avec 370 000 tonnes).
(4) Conseil d'administration
du P.N.U.D., 34' session (26 avril-19 juin 1987, New York) Planification
des programmes, programme du Mali ».
compte tenu d'une croissance démographique
évaluée à 2,85 % par an, une diminution par tête
de 15% et une réduction de 8 % de la consommation par tête.
Cette situation est évidemment
lourde de conséquences, au niveau de l'état comme du simple
citoyen. L'aide extérieure publique au développement demeure
une nécessité vitale, qu'il s'agisse de rééquilibrer
la balance des paiements ou de financer les investissements. Selon des
chiffres de la Banque mondiale, cette aide a atteint jusqu'à 32
% du P.N.B., compte tenu d'une assistance exceptionnelle liée au
retour du Mali au sein de l'Union monétaire ouest-africaine. Parallèlement,
la dette extérieure ne cesse de s'accroître, avec un montant
de 1 469,2 millions de dollars. Selon certaines projections, le service
de cette dette devrait passer de 65,2 millions de dollars en 1987 à
une moyenne de 100 millions de dollars pour les années 1990-1993.
D'où des difficultés considérables de trésorerie,
entraînant des retards dans les paiements de l'état, et dans
le versement des salaires des fonctionnaires, ainsi qu'une pression fiscale
accrue, notamment sur les revenus des activités productives, ce
qui n encourage guère le développement de ce secteur.
Pourtant, le premier plan quinquennal
(1961-1966) s'était fixé comme but d'accroître la production
agricole d'environ 40 %, en pratiquant près de 40 milliards de francs
maliens d'investissements. Or, seulement la moitié des investissements
prévus initialement a pu être réalisée.
A la période dirigiste (1960-1968)
devait succéder une période marquée par la création
d'opérations de développement rural (O .D R.) à partir
de 1972. Celles-ci étaient cependant axées sur une seule
culture (coton, arachide, tabac, riz ou mil).
Les deux périodes se caractérisent
par le souci des autorités de maîtriser les circuits de production
et de commercialisation pour procurer des ressources à l'État.
Le point le plus positif, durant
la période 1972-1976, est le fait que le pays a pu accroître
son matériel agricole de manière sensible 106 000 charrues
contre 80 300, 32 000 multiculteurs contre 7 700, 48 000 charrettes contre
25 000, tandis que le plan quinquennal 1974-1978 se proposait même
de doubler cet équipement.
Cependant, ce matériel était
très mal réparti dans le pays, concentré dans certaines
zones spécifiques, notamment en zone de production cotonnière.
La production de coton connaît un développement considérable
(plus de 100 000 tonnes en 1976) en raison des meilleurs rendements obtenus.
Alors que le coton ne représentait que 18,7 des exportations en
1961, il dépasse les 60 % en 1978, mais la chute des cours dans
les années 1980, nous l'avons vu, devait faire fléchir considérablement
ces chiffres.
Par contre, de l'indépendance
à 1980, les productions vivrières ne se sont accrues que
de 2 % (mil-sorgho, paddy), d'où le grave déficit alimentaire
enregistré.
La sécheresse n'explique
pas tout, et on reconnaît dans de nombreux milieux que la dégradation
des conditions de vie des paysans, liée à la nature même
de la politique agricole menée par l'État, a une part de
responsabilité dans cette situation. Le blocage des prix et le fait
que les denrées agricoles étaient très mal rétribuées
aux producteurs ont eu des conséquences hautement néfastes.
Mors que les prix des différents matériels s'étaient
accrus de 131% en moyenne en 1978, les prix payés aux producteurs
n'avaient augrnenté que de 20%. Ces derniers devaient donc se tourner
vers les circuits parallèles.
Le retour des pluies et l'accroissement
de la production agricole qui en découle normalement n'impliquent
pas nécessairement une amélioration significative du revenu
paysan. Le retour des pluies en 1984-1985 et 1985-1986 a permis de dégager
des excédents (production de 1,67 million de tonnes de céréales
en 1985-1986, de 1,78 million de tonnes en 1986-1987, pour des besoins
évalués à 1,57 million de tonnes). Malheureusement,
les problèmes de stockage aidant, Si l'on peut dire, l'O.P.A.M.
(Office des productions agricoles du Mali) n'a commercialisé qu'un
tiers des excédents. En outre, les céréales locales
subissaient sur le marché la concurrenoe... des produits de l'aide
alimentaire La production en souffrance fut donc achetée par des
commerçants privés à des prix bradés, le kilo
de mil se vendant par exemple à 30, voire 15 FCFA pour un cours
officiel de 55 FCFA. Bien évidemment, semblable situation ne constitue
guère une incitation à la multiplication des cultures vivrières...
L'Office du Niger
Parmi les principales mesures prises
par les autorités maliennes pour améliorer la situation de
l'agriculture figure la réhabilitation de l'Office du Niger, destiné
à mettre en valeur une vaste cuvette naturelle inondable dans le
delta intérieur du fleuve, et créé il y a un demi-siècle
par la France, principalement pour la culture du coton.
La zone concernée représente
en effet la principale chance de ce pays défavorisé par la
nature: elle comporte d'immenses étendues de bonnes terres, entre
la ville de Ségou et la frontière mauritanienne. Ce delta
est irrigué naturellement, et il suffisait de construire des canaux
dc ramifications pour parfaire les zones de culture.
Mors que l'Office était créé
le 5 janvier 1932 par l'administration coloniale, le barrage de Markala
était achevé en 1947, alimentant plusieurs miffiers de kilomètres
de canaux. L'Office du Niger emploie actuellement 3 500 ouvriers. Depuis
les années 1970, il a développé la culture de la canne
à sucre et celle du riz.
Toutefois, depuis 1980 également,
l'Office doit affronter une grave crise financière, et, à
la fin de 1981, le déficit atteignait 7 milliards de francs maliens.
Pourtant, l'augmentation de la production de riz et de canne à sucre
avait été régulière jusqu'en 1979, avant de
chuter, tant en raison de la restriction des zones cultivées que
des baisses de rendement à l'hectare.
Les raisons invoquées, selon
un rapport des bailleurs de fonds contactés par le gouvernement
malien pour renflouer l'Office du Niger, tiendraient à des considérations
d'ordre socio-économiques. S'agissant de la canne à sucre,
les mstallations d'irrigation ont été mal entretenues, et
les deux usines de traitement fournies par la Chine populaire sont devenues
vétustes. Le riz a souffert lui aussi d'un entretien insuffisant
des parcelles cultivées et d'un manque de matériel. Enfin,
les familles de « colons » qui cultivent les surfaces de l'Office
ne bénéficieraient pas toujours de la sollicitude des responsables,
d'où des relations conflictuelles, préjudiciables à
de bons rendements. Les « colons »représentent une population
d'environ 60 000 personnes.
Face à cette situation, un
plan en trois temps a été élaboré, à
la demande des bailleurs de fonds (France, Pays-Bas et Banque mondiale).
La priorité est accordée aux travaux les plus indispensables
et à la remise en état des équipements dans les conditions
les plus économiques. Il s'agit, dans ce premier temps, d'obtenir
une meilleure gestion des eaux permettant l'alimentation hydraulique globale
de la totalité des parcelles destinées à l'irrigation.
En outre, il s'agit de réduire les pertes, pour qu'elles passent
de 7 milliards à 3, puis à moins de 1 milliard de francs
maliens.
La deuxième période,
de quatre ou cinq années, aura pour objectif la restauration et
la modernisation des aménagements (dont certains remontent à
plusieurs décennies), afin d'accroître leur rentabilité,
d'augmenter substantiellement la productivité des terres et d'améliorer
le niveau de vie des paysans. L'effort sera alors porté sur la réhabilitation
des investissements et la modernisation technique. L'Office devra fournir,
au moins partiellement, une participation autofinancée.
Enfin, la troisième période
sera marquée par le retrait des bailleurs de fonds, l'Office devant
pouvoir à cette même période étendre ses activités
à de nouvelles zones de la région.
Chacun s'accorde à reconnaître
cependant que, pour sauver l'Office, il conviendra aussi de mobiliser davantage
les familles de « colons » qui travaillent sur ses terres.
ce qui revient à mieux rémunérer les productions,
et à faciliter la création d'associations de paysans.
Les paysans se font entrepreneurs
Il est d'ores et déjà
clair qu'une vraie nouvelle classe d'entrepreneurs a vu le jour les
paysans. « La décentralisation et la responsabilisation poussée
des paysans leur a fait prendre leur propre sort en main : ils commencent
à s'autogérer et à s'auto-administrer et ils ne semblent
plus se contenter de rester de simples producteurs. Ils sont en train de
devenir de vrais opérateurs économiques qui ne veulent plus
être spoliés de leur production.
Les paysans se sont regroupés
en associations villageoises basées sur leur propre culture et dont
la forme la plus sophistiquée est le ton, ce qui en bambara veut
dire association. L'erreur de la Banque mondiale a été de
croire que le paysan allait rester simple producteur et que le commerçant
resterait commerçant sur toute la ligne, or, par le biais de ses
propres organisations, le monde rural a repris la commercialisation des
céréales en main.
Malgré les excédents,
les prix qu'ils obtiennent sont les plus élevés maintenant
depuis des années et à la longue, d'ici un à deux
ans, je ne serais pas étonné de voir des associations villageoises
occuper des surfaces dans les villes où elles vendraient directement
en détail leurs céréales et ultérieurement
pourraient même se lancer dans l'exportation.
Des trois barrages (Manantali, Markala
et Sélingué) dont dispose le Mali, non seulement le potentiel
hydro-électrique mais aussi le potentiel hydro-agricole est largement
sousutilisé. En fait, selon certaines sources, sur un total de 12
millions d'hectares cultivables, seulement 2 millions seraient mis en valeur.
Partout, et évidemment en étroite coopération avec
les donateurs extérieurs, l'on essaie maintenant d'aménager,
voire parfois de réaménager certains périmètres
irrigués couvrant plusieurs milliers d'hectares afin d'augmenter
le degré de sécurisation de la production agricole.
Une grande tradition agro-pastorale
La lutte contre la désertification
est aussi une des principales préoccupations du ministre de l'Environnement
et de l'Élevage, qui insiste sur le fait que « cela fait partie
des priorités ». Le gouvernement a adopté et lancé
un programme national de lutte contre la désertification allant
de campagnes d'information et de sensibilisation aux textes législatifs
couvrant tout ce qui peut avoir une incidence négative sur l'éco-système,
en passant par l'aménagement multidisciplinaire du territoire, le
recentrage des activités traditionnelles et la mise en place de
« barrières » vertes, qui, plus qu'une simple zone arborée,
constituent en fait un ensemble d'éléments agroforestiers
et d'élevage.
La rationalisation de l'exploitation
du cheptel visant son insertion dans la vie économique globale se
fait dès Jors dans une optique du moindre risque pour l'éco-système.
Cela n'est pas une sinécure car le Mali est un pays à grande
tradition agro-pastorale : l'élevage y représente près
d'un cinquième du PIB et ce secteur est aussi le plus important
pour réaliser des recettes d'exportation estimées à
plus de 18 milliards en 1988, devancé en cela uniquement par le
coton. Le cheptel malien est un des plus importants du Sahel en 1988, il
totalisait plus de 4,7 millions d'ovins-caprins et environ 231 000 camelins.
Chaque transhumance pose des problèmes non seulement au niveau des
relations agriculteurs-éleveurs mais aussi pour le bétail
proprement dit son approvisionnement en eau et alimentation, d'une
part, et son état sanitaire, d'autre part, entraînent souvent
des pertes d'effectifs. En période de sécheresse, ces phénomènes
sont évidemment exacerbés ainsi les pertes causées
par la sécheresse de 1972-73 sont évaluées à
plus de 13 milliards de FCFA et celles encourues lors de la sécheresse
de 1982-85 totalisaient presque 18 milliards de FCFA.
Normalement, l'essentiel des exportations
se fait avec du bétail sur pied - avec tous les problèmes
que cela comporte - en direction surtout des pays côtiers voisins.
Protéger l'environnement agricole
Permettre aux régions semi-arides
d'Afrique de lutter contre la sécheresse, tel est le but des chercheurs
en génétique, agrophysiologie, science du sol, agronomie,
agroclimatologie, économie qui se sont réunis à Bamako
lors d'un colloque international organisé par le CIRAD et l'INSAH
(Institut du Sahel) dans le cadre du réseau R3S (Réseau international
de recherche sur la résistance à la sécheresse), de
la CORAF (Conférence des responsables de recherche agronomique africains).
Une certitude pour tous ces chercheurs
: la sécheresse n'est pas un mal inévitable. Il est possible
d'améliorer la productivité des espèces cultivées
dans les zones sèches Si l'on préserve l'environnement et
la reproductibilité des systèmes de cultures.
Les exposés ont surtout mis
en valeur les acquis importants réalisés en matière
de
- préparations culturales
permettant d'augmenter les capacités de stockage de l'eau, d'améliorer
son infiltration
- gestion de la matière organique
qui valorise les ressources en eau disponibles
- adaptation des cycles, date de
semis, permettant de s'ajuster à la durée des pluies.
Il est notamment possible d'identifier,
de hiérarchiser et d'expliquer scientifiquement les problématiques
agricoles par zone agroclimatique et de mieux comprendre le comportement
des paysans face à l'intensification et de leur proposer des améliorations
ayant des chances de succès.
Il ressort des débats, d'une
pluridisciplinarité exemplaire, tout l'intéret de faire le
point des connaissances sur l'hydrosystème agricole tropical de
façon
- à optimiser les flux hydriques
productifs à partir des précipitations disponibles,
- à définir le rôle
de l'alimentation hydrique dans la variabilité des rendements observés,
etc.
A partir de ces données déjà
disponibles, on peut grâce à un modèle de simulation
du bilan hydrique
- prévoir les récoltes,
- proposer des systèmes de
culture réduisant les risques de sécheresse, adaptés
à chaque site.
Quant aux travaux déjà
réalisés sur la sélection de varié-tés
adaptées à la sécheresse, ils permettent de mieux
comprendre les mécanismes qui font que certaines plantes sont capables
d'esquiver la sécheresse, que d'autres l'évitent en conservant
des niveaux élevés d'hydratation de leurs tissus hydriques,
et que d'autres encore la tolèrent malgré de faibles niveaux
d'hydratation.
Des résultats importants
ont déjà été réalisés sur l'arachide
dont on a considérablement réduit les cycles végétatifs
pour une meilleure adaptation à la sécheresse.
En conclusion, les membres du réseau
R3S ont rappelé qu il était important de synthétiser
et de valoriser tous ces acquis.
Les participants se sont accordés
à dire qu'une intervention pluridisciplinaire à l'échelle
des territoires est indispensable ; qu'il est nécessaire de travailler
plus étroitement avec les groupes d'agriculteurs et d'éleveurs
; que la collaboration avec les agro-économistes doit être
renforcée, et qu'il faut construire des choix de scénarios
possibles pour chaque type de production.
Nous avons surtout traité
jusqu'à présent de l'agriculture, mais l'élevage représente
également au Mali un secteur d'activité considérable,
même Si des troupeaux entiers ont été décimés
ces dernières années par la sécheresse.
Tout Malien est éleveur dans
l'âme, et, selon certaines statistiques officieuses, l'élevage
rapporterait autant de devises que le coton, même si les exportations
clandestines, rendues faciles par des frontières très perméables,
représentent un fort pourcentage de la fuite de capitaux.
L'élevage est un pilier de
l'économie vivrière et il concourt à l'autosuffisance
alimentaire du pays. On a estimé qu'en 1983 le cheptel avait pu
être reconstitué à son niveau d'avant la première
grande sécheresse de 1972, ce qui donne une idée des capacités
de redressement pasloral de ce pays.
Les effectifs, très difficiles
à évaluer, seraient de plus de 5 millions de bovins et 13
millions de petits ruminants. Le Mali se suffit en viande, en cuirs et
en peaux, et exporte une grande partie de sa production. L'élevage
fournit également à l'agriculture quelque 200 000 boeufs
de labour.
Avec la pêche, l'élevage
représenterait la moitié du PIB agricole. La valeur annuelle
des exportations de bétail vif serait proche de 15 milliards de
francs CFA, auxquels s'ajoutent les cuirs et peaux (exportations clandestines
et exportations contrôlées).
Le Mali fournit principalement les
pays voisins : Côte d'Ivoire, Nigeria, Ghana, Liberia, Sénégal,
achetant 70 % de la production). Avec le Burkina Faso et le Niger, le Mali
contribue donc largement à combler le déficit en viande des
pays ouest-africains.
Mines et industries peu développées
Alors que la prépondérance
du secteur primaire est manifeste dans l'économie malienne, la contribution
du secteur secondaire au PIB est restée relativement faible (de
l'ordre de 12% en 1991). Jusqu'aux récentes réformes structurelles,
parmi les entreprises industrielles, bon nombre relevaient du secteur public
et avaient grandement besoin d'assainissement ou de privatisation ou même
de liquidation pure et simple ; les entreprises privées, quant à
elles, souffraient d'un environnement national souvent peu enclin à
leur développement et cela en plus dc leurs handicaps « classiques
» dus à l'étroitesse et à l'enclavement du marché,
de mauvaise conjoncture internationale, etc. De toute façon, ce
secteur est largement tributaire des performances agricoles, la part de
l'agro-industrie représentant presque 40% du total sectoriel et
les industries textiles réalisant près du quart de la valeur
ajoutée industrielle.
Beaucoup d'efforts ont été
faits pour la recherche géologique et minière puisque, vraisemblablement,
par analogie avec des pays voisins tels que le Niger, l'Algérie,
la Mauritanie et la Guinée, le potentiel pourrait être important.
En fait, des gisements notables, par exemple de bauxite (800 millions de
tonnes),de minerai de fer (environ 1 milliard de tonnes) et de manganèse
(environ 3,5 millions de tonnes) ont été relevés mais
leurs conditions d'exploitation (enclavement et éloignement, manque
d'énergie, etc.), sans parler du financement, sont loin d'être
parfaites. Des prospections ont également eu lieu pour l'uranium
et le pétrole mais sans aboutir jusqu'à présent. Sel,
phosphates, diamant et gypse sont déjà exploités,
et le Mali a renoué avec une vieille tradition : la production d'or
en dehors des petits orpailleurs artisanaux qui ont toujours opéré.
Ainsi, en février dernier le gisement aurifère de Dyama a
pu produire ses premiers 55,249 kg d'or.
Depuis le début des années
quatre-vingt, d'importantes études sont faites, notamment avec le
concours du PNUD, du BRGM (Bureau français de recherches géologiques
et minières) et d'une firme américaine, la BHP-Utah.
A partir des données ainsi
obtenues, une société minière est en train de se constituer,
dont l'État malien détiendra 51% du capital et le BRGM 49%.
Avec, comme principaux bailleurs de fonds la Caisse centrale de coopération
économique (France), la Banque européenne d'investissements,
la Banque africaine de développement et la Banque islamique de développement.
Cette société, qui vise avant tout à exploiter le
gisement de Loulo (région de Kéniéba) dans l'ouest
du pays, espère commencer sa production vers la fin de 1989.
Une autre société
est en cours de formation, associant à l'État malien la BHP-Utah
et des capitaux australiens. Elle se propose d'exploiter des gisements
découverts dans la région de Sikasso, dans le sud du pays.
L'étude de factibilité est pratiquement terminée.
Des permis de recherche ont été
concédés à d'autres sociétés étrangères,
américaines, canadiennes, allemandes et australiennes, notamment,
sans parler de la concession accordée à l'Union soviétique
: celle du gisement de Kalana, dans le cercle de Bougouni (sud du pays),
entrée en production en 1985 et dont les royalties sont payées
par Moscou en biens d'équipement.
Les principaux gisements aurifères
répertoriés sont ceux de l'ouest du Mali, dans la zone de
Kéniéba, qui englobe un vaste périmètre allant
de ce cercle aux frontières de la Guinée et du Sénégal.
La seconde zone est celle qui s'étend au sud du pays. Elle est constituée
par un périmètre allant de la frontière de la Guinée
à celle du Burkina, suivant une ligne passant au nord de Bougouni
et de Sikasso.
Pour mettre en valeur ces ressources
minières, le gouvernement malien a délibérement opté
en faveur d'une politique très libérale. Le code des investissements
permet aux personnes et aux sociétés privées de prospecter
librement dans tous les domaines miniers. Durant toute la phase de la prospection,
les pionniers sont complètement exonérés d'impôts.
les matériels et équipements importés pour les besoins
d'exploitation sont exonérés pendant cinq ou dix ans selon
les cas. Les profits réalisés par les investisseurs peuvent
être exportés sans problème.
Les richesses minières des régions touarègues
Les immenses dunes sablonneuses qui
se perdent à longueur de vue sur le Nord malien recouvrent des richesses
incalculables, diffusées pour la première fois par un document
d'études réalisé par les Nations unies (Projet PNUD/DCTDFMALI
85/007) avec la collaboration du gouvernement malien. Ce document existe
depuis 1987, mais il a été publié seulement en 1991
par le journal Aurore de Bamako. Le sous-sol du Nord et du Nord-Est est
porteur d'espoir. Les minerais suivants y ont été découverts
- L'or : il a été
identifié par la SONAREM (Société nationale de recherche
et d'exploitation minière du Mali) dans les années 1960 sur
le site d'In Darset, situé à proximité de la piste
transsaharienne Gao-Tamanrasset. Une réserve de 3 tonnes d'or à
une teneur de 4,4 g/t est estimée jusqu'à la profondeur de
100 mètres sur une longueur de 1,250 mètres. La région
de Timétrine, située à l'ouest de l'Adrar des Iforas,
contient également de l'or sur 20 km environ.
Le fer : d'importants niveaux de
roches calcaires ferrugineuses ont été signalés aux
pourtours de la chaîne de l'Adrar des Iforas, mais aucun essai n'
a été fait pour évaluer leur potentiel. Des gisements
importants de ce type existent plus au sud, au bord du Niger de part et
d'autre de la frontière Bénin/Niger.
- Le manganèse : ce minerai
est localisé dans le gisement d'Ansongo. Le niveau manganésifère
s'étend sur 20 km environ et est réparti en trois groupes
de collines Takavasita, Agaula et Tondibi.
- Le cuivre : des indices de cuivre
sont assez nombreux dans l'Adrar des Iforas et dans la région d'Ansongo.
- Le plomb et le zinc : trois sondages
ont été effectués par Bumifon (Bureau minier français
d'Outre-Mer) sur le gisement de Tessalit, situé dans la partie nord-ouest
de l'Adrar, près de la piste de Tamanrasset.
- L'uranium : des indices ont été
relevés à Samit, dans la vallée de Tilemsi à
100 km au nord-est de Gao avec une réserve de 200 tonnes de minerai
d'uranium.
- Le pétrole : des organismes
et compagnies (SAP, SONAREM, TEXACO, ELF) ont effectué cinq sondages
dont deux dans le bassin de Taoudeni, un dans le fossé de Goa et
deux dans la partie malienne du bassin des lulmeden.
- Les lignites et schistes bitumineux
des indices de lignites et de schistes bitumineux ont été
identifiés aux environs de Ménaka, situé à
peu près à 250 km de Gao. D'autres indices de lignites ont
été signalés en plusieurs endroits dans des forages
d'eau. Près d'Agamor et d'Almoustrat, à 100-120 km au nord
de Gao, des schistes bitumineux ont été prospectés
par sondages. Leur teneur moyenne en pétrole est de 17,87 1/t.
Sur la zone prospectée, les
réserves ont été évaluées à 870
millions de tonnes de schistes, soit l'équivalent de 31 millions
de barils de pétrole : les ressources possibles ont été
évaluées par la SONAREM à 10 milliards de tonnes de
schistes bitumineux.
- Les phosphates : les gisements
de phosphates du Mali sont surtout situés dans le fossé de
Gao et au sud de l'Adrar des Iforas. Seul le site de Tamaguilett a été
l'objet d'une prospection assez détaillée.
- Les sels : seule la Sebka de Taoudeni
a été l'objet d'une prospection (82 sondages faits par la
SONAREM). D'une superficie de 160 km2, la réserve calculée
est de 53 millions de tonnes de sel gemme.
- Le gypse : les indices de gypse
très nombreux se localisent dans l'Adrar des Iforas et dans la région
de Taoudeni. A In Kerait, à 80 km au nord de Tessalit, se trouve
un gisement qui, selon la SONAREM recèle 370 000 tonnes de réserves.
- Les diatomites : elles sont connues
au Mali surtout dans les anciens fonds des lacs (Daounas et Behri) situés
à l'ouest de Goundam. A la suite d'une reconnaissance effectuée
en 1981, la DNGM a estimé les réserves probables des diatomites
de Douana Behri à 65 tonnes. Ainsi l'administration décentralisée
des trois régions Gao, Tombouctou, Kidal, conférée
au mouvement touareg, permettra aux rebelles « de prendre des décisions
importantes en matière économique et sociale, là où
l'État seul intervenait dans le temps ».
Crise et austérité
Le troisième accord de confirmation
consécutif signé en 1986 entre le gouvernement malien et
le Fonds monétaire international (F.M.I.) s'est caractérisé
par des mesures d'austérité, car, malgré les lourds
sacrifices imposés aux populations maliennes, de « graves
déséquilibres » ont affecté l'économie.
« La position des finances publiques et celle des comptes extérieurs
» ont continué à « poser des problèmes,
en particulier du fait des obligations au titre du service de la dette
». En effet, la somme d'une quarantaine de millions de dollars accordée
au gouvernement malien par le gouvernement français n'aura pas suffi
àrembourser la dette de 60 millions de dollars contractée
vis-à-vis du F.M.I.
Un mémorandum économique
et financier élaboré, toujours en 1986, par le gouvernement
malien assisté par des experts du F.M.I. a confirmé que les
objectifs prioritaires restaient la limitation de l'importance du secteur
public dans l'économie et la création des conditions propices
au développement et au renforcement du secteur privé et extérieur.
Quant aux finances publiques, l'objectif était de réduire
le déficit global, qui se chiffrait à 46,3 milliards de FCFA
en 1984, à environ 36,1 milliards de FCFA (soit 6,5% du PIB) à
la fin de 1986.
Le gouvernement malien a d'abord
décidé d'accroitre la fiscalité en taxant le sel,
les noix de kola, le thé, les timbres sur les correspondances ordinaires,
et les licences, l'importation de toutes les marchandises, de réduire
le recrutement de nouveaux agents et de bloquer les salaires. Ensuite,
dans le cadre de l'encouragement au secteur privé, il a adopté
un nouveau code des impôts et un programme de réforme économique
financé par les États-Unis. Ce programme, selon les informations
d'avril 1987, devait voir sa réalisation accélérée.
Le coût en était alors évalué à 18 millions
de dollars, et la durée à trois ans. La relance de l'activité
du secteur privé devait être facilitée par un net allégement
de la pression fiscale. Parallèlement, les dépenses budgétaires
en personnel (54% des dépenses publiques pour l'année 1987)
devaient être révisés en baisse au profit des dépenses
en matériel. Les effectifs de la fonction publique devaient être
réduits, notamment par l'incitation au départ volontaire
en retraite (versement de primes modulées selon le grade des agents
: 1,7 millions de FCFA pour la catégorie C, 2,7 millions pour la
catégorie B, 4 millions pour la catégorie A).
Ces mesures ont déjà
commencé à entrer dans les faits au 30 juin 1987, 213 fonctionnaires
(sur un effectif total de 52 000 agents) avaient pris leur retraite anticipée,
une deuxième vague devant toucher 396 fonctionnaires en juin 1988.
D'autres mesures ont été la limitation de l'accroissement
de la masse monétaire et du crédit bancaire accordé
à l'État, et la libéralisation de la production, à
laquelle l'Office du Niger s'était jusqu'ici opposé. Ainsi
les commerçants privés ont été autorisés
à participer à la commercialisation, l'Office du Niger n'étant
plus tenu de vendre des quantités déterminées, à
des prix préétablis, àl'Office des produits agricoles
du Mali (O.P.A.M.), l'organisme étatique chargé de tempérer,
par ses ventes, les spéculations sur le marché céréalier.
Le nouveau « projet révisé
» mis au point par la Banque mondiale précisait de son côté
qu'il fallait désormais agir moins dans le sens d'une « réhabilitation
physique »des entreprises publiques que dans celui d'une restructuration
financière du secteur, contrairement aux objectifs initiaux. 7 sociétés
d'État seulement ont été maintenues la Compagnie malienne
de navigation, l'Énergie du Mali, l'Office du Niger, l'Office des
produits agricoles du Mali, la Régie des chemins de fer, les P.T.T.
et l'Office chargé de la gestion du barrage de Sélingué.
Quant aux autres entreprises publiques, elles ont été réparties
en 3 catégories. Un premier groupe a été destiné
à une privatisation totale ; parmi les il entreprises visées,
on peut citer la Compagnie malienne pour le développement des textiles
(C.M.D.T.), la Pharmacie populaire, la Société des tabacs
et allumettes (Sonatam), une société d'équipement
agricole et une autre chargée de constructions immobilières.
Dans une deuxième catégorie figurent les sociétés
liquidées ou en voie de liquidation ; entre autres, la Compagnie
malienne des transports routiers (C.M.T.R.), la Société malienne
d'import-export (Somiex). Une dernière catégorie comprenait
les sociétés destinées à être soit privatisées
soit liquidées (au nombre de 10), parmi lesquelles la Compagnie
malienne des textiles (Comatex), la Librairie populaire, la Société
des oléagineux (Sepom) et la Société des travaux publics
(Sonetra). Quant à la compagnie Air Mali, dissoute en 1985 à
la suite de graves difficultés financières, elle devait être
remplacée, selon des informations officielles en date de la mi-novembre
1987, par une compagnie aérienne mixte soviéto-malienne.
Ces dispositions impliquaient la
mise au chômage d'une dizaine de milliers de travailleurs, qui se
sont ajoutés aux 3 000 licenciés du secteur étatique
de ces dernières années. La liste de ceux qui n auront plus
droit à aucun salaire devrait s'allonger et s'accompagner de paiements
irréguliers et de hausses de prix importantes. Chômage, faible
pouvoir d'achat et de précarité, des conditions d'existence
continuent d'affecter la grande majorité de la population (paysans,
ouvriers, petits commerçants, employés et moyens fonctionnaires,
jeunes), tandis qu'une petite minorité d'affairistes, gros commerçants,
hauts cadres de l'État et du parti mène un train de vie ostentatoire
; l'austérité semble toujours appliquée à sens
unique. Et pourtant, la général Moussa Traoré a fustigé
l'incurie des autorités politiques et gouvernementales et demandé,
après le conflit frontalier avec le Burkina Faso, un rapport sur
l'état de la nation. Dans ce document, rédigé par
une commission regroupant des membres de la direction du parti et du gouvernement,
on parlait de « sérieuses hésitations dans la mise
en oeuvre de l'option », dont les responsables politiques étaient
«incapables d'expliquer les concepts fondamentaux », et de
la difficulté d'appliquer les réformes économiques
décidées par le parti. On reconnaissait que les revenus ne
suivaient pas l'inflation et on critiquait «la corruption, le népotisme
et le goût de la réussite sans effort ».
Le conseil national de l'Union démocratique
du peuple malien (U.D.P.M.) avait pris deux importantes décisions
après la réunion de mars 1986 la tenue d'un nouveau congrès
extraordinaire et la mise en place d'une commission chargée de l'application
de la loi sur l'enrichissement illicite, qui avait été adoptée
dès 1981 - année qui avait déjà vu un congrès
extraordinaire pour dynamiser le parti, après les mouvements d'étudiants.
En 1982, ce fut le congrès de la « clarification » et,
en mars 1985, celui du « renouveau ».
Les bailleurs de fonds et I'autosuffisance alimentaire
Autosuffisant dans les années
1960, le Mali est aujourd'hui installé dans une situation de déficit
alimentaire croissant. Pour en sortir, le gouvernement a élaboré
une stratégie pour l'autosuffisance alimentaire, qui a été
le thème central de la XXème Conférence internationale
des bailleurs de fonds pour le redressement économique et le développement
du Mali, qui s'est tenue à Bamako du 2 au 5 décembre 1985.
« La politique de développement
que le Mali entend poursuivre au cours des dix années à venir,
a précisé le chef de l'Etat malien, sera axée essentiellement
d'une part sur la stratégie alimentaire, la lutte contre la sécheresse
et la désertification, et d'autre part sur la maîtrise de
l'eau en vue d'atteindre l'autosuffisance alimentaire... » Pour ce
faire, 12 projets de développement relatifs au secteur de l'économie
rurale, au sous-secteur de l'hydraulique et au sous-secteur agro-industriel
ont été présentés à l'attention des
bailleurs de fonds.
Dans le secteur de l'économie
rurale, il s'agit de consolider l'Office du Niger en vue de doubler la
production de riz et de sucre, d'aménager la zone lacustre, d'irriguer
100 000 hectares et de reboiser certaines zones dans la région de
Niafunké, Goundam et Djiré. Trois autres projets concernent
l'extension de l'opération riz de Ségou, la réhabilitation
du périmètre irrigué de Baguineda, aménagement
de la zone du barrage de Sélingué en vue d'accroître
les périmètres irrigués et de mieux soutenir l'activité
de pêche. Le sixième projet concerne la production de semences
sélectionnées en vue d'améliorer la production céréalière
nationale, tandis que le septième projet concerne un programme de
développement intégré dans la région de Kayes.
Dans le domaine hydraulique, trois actions ont été envisagées
: une étude relative à l'aménagement intégré
du bassin supérieur du Bani, dans la région de Sikasso, un
plan d'action national pour l'aménagement de petites retenues d'eau
villageoises, et enfin la construction de retenues d'eau dans le cercle
de Kita. Quant à l'agro-industrie, deux projets sont soumis aux
bailleurs de fonds : la création d'un complexe sucrier à
Bankoumana (en amont de Bamako), d'une capacité de 30 000 tonnes,
et le développement des petites et moyennes entreprises agropastorales.
Notons au demeurant que les paysans
n'attendent pas passivement l'aide nationale ou internationale comme une
manne céleste qui viendrait résoudre opportunément
leurs problèmes alimentaires. Nous illustrerons notre propos avec
le cas des habitants de Manako (village de la région de Mopti),
qui ont réalisé un montage asidiovisuel pour expliquer comment
ils ont fait face à la grande sécheresse de 1984, année
au cours de laquelle la récolte a été nulle.
Après une réunion
avec le chef de village, il a été décidé que
la moitié des familles partirait à la ville, l'autre moitié
demeurant sur place pour cultiver les abords d'une mare située à
proximité du village. Chaque famille restée au village a
reçu un terrain, une parcelle ayant été cultivée
collectivement ; la production commune devait permettre d'acheter les semences
pour l'année suivante. Grâce à une récolte de
pastèques particulièrement abondante, vendue à Mopti,
les villageois ont pu se procurer des céréales (mil et maïs)
et du riz. La coopérative créée par les villageois,
fonctionnant grâce aux cotisations et à un prêt gouvernemental,
leur a permis d'acheter en ville du grain à meilleur prix ; ce grain
a été revendu avec un petit bénéfice. Parallèlement,
Manako a pu profiter d'une distribution de céréales en provenance
de l'étranger. De plus, les paysans ont décidé de
vendre leurs boeufs et d'acheter des chèvres, qui consomment moins
de nourriture et d'eau et apportent leur lait et leur viande. Ainsi, et
grâce à la constitution de groupements s'appuyant sur des
associations traditionnelles (les ton), les villageois ont pu rester sur
place et lutter efficacement contre les difficultés climatiques.
Cependant, l'aide alimentaire, et
en particulier l'aide d'urgence, risque d'être encore indispensable
pendant de longues années au Mali, mais la mobilisation de cette
aide et son acheminement aux victimes posent d'énormes problèmes.
C'est pourquoi le gouvernement malien a présenté à
l'attention de ses partenaires de développement des propositions
visant à renforcer sa capacité pour mieux gérer l'aide
d'urgence et aussi à désenclaver progressivement les différentes
régions du pays. Il s'agit pour l'essentiel de restructurer la Comité
national d'aide aux victimes de la sécheresse (C.N.A.V.S.). Serait
instauré un secrétariat permanent doté d'un système
informatique et de moyens logis-tiques permettant la collecte continue
des données sur le terrain, leur traitement et une meilleure gestion
de l'aide.
Le volet désenclavement s'articule
essentiellement autour de la construction de nouvelles routes, notamment
de desserte nationale, et, dans les 2ème et 6ème régions,
de la reconstruction et du renforcement du réseau routier et ferroviaire,
et des travaux de drainage du fleuve Niger entre Mopti et Gao. On a aussi
proposé la création d'entreprises pilotes de transport à
caractère mixte (état constructeur de véhicules et
transporteurs privés) et d'une filiale de la Comanav (Compagnie
malienne de navigation, mixte également) dont l'activité
principale serait la fabrication de pinasses en métal.
Cette seconde conférence
des bailleurs de fonds aura été également l'occasion
de présenter un bilan des politiques de redressement économique
et de financement des actions de développement entreprises depuis
1981, ce qui a aboutit à des résultats encourageants, tels
le redressement des comptes extérieurs, l'entrée dans l'U.M.O.A.
(union monétaire ouest-africaine), le redressement partiel des entreprises
publiques, la libéralisation du marché des céréales,
une plus grande rigueur dans les dépenses publiques, l'institution
du concours d'entrée dans la fonction publique... Les différentes
mesures, bien que jugées satisfaisantes, devraient être complétées,
notamment par une libéralisation totale des prix (sauf pour les
produits de première nécessité), par une réforme
de la fiscalité, une restructuration des O.D.R., une révision
du code des investissements... Toutefois, cette deuxième étape
entraînerait un effort financier qui ne peut pas être assumé
par le seul Mali.
Quelques exemples le financement
des réformes du secteur des sociétés et entreprises
d'État exigerait près de 20 milliards de FCFA ; le coût
de restructuration de l'ensemble des O.D.R. se chiffrerait à 13,7
milliards, répartis sur cinq ans. L'aide des bailleurs de fonds
s'avère donc indispensable.
Le gouvernement malien entend centrer
ses efforts de développement dans un cadre bien coordonné
et réaliste. Cette orientation s'est traduite par un nombre réduit
de projets (12 projets prioritaires contre 79 présentés lors
de la conférence des bailleurs de fonds en décembre 1981)
bien choisis, en fonction de la stratégie alimentaire et des financements
externes souhaités.
Un pays qui ne sort pas de la pauvreté
Les nombreuses contraintes naturelles,
difficilement maîtrisables (enclavement, sécheresse, fragilité
des sols, etc.) combinées aux handicaps dont souffrent les ressources
humaines concourent à faire subir à la production nationale
malienne, les variations les plus erratiques.
Le redressement récent et
assez spectaculaire du secteur productif, surtout grâce aux performances
tant dans la production que dans la commercialisation des productions vivrières
et de rente, à évidemment contribué à réduire
certains des déficits et des déséquilibres financiers.
De ce point de vue, le Mali a historiquement la réputation de faire
face à des « difficultés endémiques ».
Au cours des années soixante-dix, la plupart des sources parlaient
à son sujet de « politiques économiques et financières
inadéquates »causant des problèmes structurels qui
à leur tour étaient aggravés par, d'une part, la détérioration
rapide des termes de l'échange, et d'autre part, par des calamités
naturelles répétées. Face à cette situation,
le gouvernement avait, en 1982, ouvert le dialogue avec le FMI et entamé
avec son aide une première série d'ajustements financiers
et économiques. Certes, des progrès furent réalisés
mais, dès 1986, année où le prix mondial de la principale
exportation, le coton, s'effondra, l'on commença à parler
de « graves dérapages » menant en fait à une
rupture avec le FMI en 1987. La crise financière devint alors telle
que le gouvernement décida de réouvrir le dialogue avec les
institutions de Bretton Woods, ce qui mena à la conclusion d'un
accord en août 1988 avec le FMI sur un nouveau programme d'ajustement.
Celui-ci reçut l'aval de nombre de donateurs bilatéraux et
multilatéraux, dont la CEE, qui contribuèrent à différents
degrés à la libéralisation de l'économie en
général et à la réduction du rôle de
l'État qui se désengagea au profit du secteur privé.
Toutefois, le poids de la dette
extérieure reste considérable et cela, malgré les
rééchelonnements, voire même des annulations de créances
obtenues ; ainsi, fin 1988, le Mali faisait face à une dette s'élevant
à 727 milliards de FCFA, soit 126 % de son PIB d'alors. Comptant
sur un engagement continu de ses partenaires extérieurs pour le
soutenir dans ses efforts de redressement, l'État du Mali cherche
pour sa part entre-temps à se désengager là où
il le peut, afin de réduire ses charges budgétaires et d'accroître
ses recettes, en faisant place à l'économie productive basée
sur la croissance du secteur privé.
Le budget pour 1991 s'est élevé,
en recettes, à 224,95 milliards CFA et, en dépenses, à
230,795 milliards. Pour l'exercice précédent, les chiffres
étaient de 245 milliards en recettes, contre 261 en dépenses.
Le programme d'ajustement structurel adopté avait pour objet de
réduire le déficit qui atteignait 57 milliards CFA en 1989.
L'exercice 1991 devait être marqué par l'introduction de la
taxe sur la valeur ajoutée qui, selon ses initiateurs, devait encourager
le développement des investissements et de la production
Avec une population qui excède
les neuf millions d'habitants, le Mali dispose de l'un des revenus par
tête d'habitant les plus bas du monde : 130 dollars. La dette extérieure
est de l'ordre de 2,05 milliards de dollars (1991).
Le pays continue à vivre
de ses céréales et du coton qui forme l'essentiel des recettes
d'exportation. Le bétail qui fut l'une de ses richesses a énormément
souffert. Le cheptel, peu à peu, s'est reconstitué et retrouve
sa place sur les marchés des pays voisins.
Si 86 ~ de la population vit de
l'agriculture et de l'élevage, l'industrie n'emploie que 2 <¼>
d'une main-d'oeuvre touchée par le chômage.
Longtemps, le Mali aura besoin d'aide
extérieure. Celle-ci n'est pas marchandée par la Communauté
économique européenne ni par des aides bilatérales
France, Pays-Bas, États-Unis d'Amérique et certains pays
arabes. Leur aide sera-t-elle désormais conditionnée ? Tout
porte à penser que les bailleurs de fonds se montreront plus rigoureux
quant à la gestion de leur aide. La rue a trop dénoncé
la corruption, le népotisme, la gabegie, pour qu'elle ne soit pas
entendue.
La coopératiou CEE-Mali
Les relations avec la Communauté
sont d'autant plus importantes que le Mali dépend fortement de l'extérieur
pour ses approvisionnements comme pour le financement de son développement.
La Communauté est le premier partenaire commercial du Mali qui réalise
avec elle plus de la moitié de ses échanges extérieurs.
Depuis l'entrée en vigueur
de la politique de Lomé avec le 4e FED, l'on peut constater à
la fois une augmentation des ressources, leur adaptation aux circonstances
du moment, sans oublier les aides non programmées destinées
à parer les conséquences nuisibles pour le Mali de situations
imprévisibles, telles que la sécheresse, la baisse du cours
de ses exportations, des épidémies, etc.
Sous Lomé I, les ressources
ont totalisé 97,7 millions d'écus, dont 79,9 millions pour
les projets et programmes FED-BEI, 9,8 millions de Stabex, I million pour
des aides exceptionnelles et 7 millions pour le « Plan Natali ».
Avec Lomé Il, on arrivait à un total de 124,6 millions d'écus
avec une ventilation de 99,4 millions pour les projets et programmes FED-BEI,
10,6 millions de Stabex, 13,3 millions d'aides exceptionnelles et 1,3 millions
pour le « Plan Natali ». Lomé III totalisait 178,6 millions
d'écus dont 157,5 pour les projets et programmes FED-BEI, 20,3 de
Stabex, 0,8 d'aides exceptionnelles et 15 sur le programme « Dette
».
Les ressources pour appuyer la coopération
régionale ont également été augmentées
tout au long des conventions successives et, pour Lomé III, 185
millions d'écus étaient disponibles pour l'Afrique de l'Ouest.
Le Mali participe àplusieurs actions au niveau régional pour
mieux prévoir les conditions agricoles pour chaque campagne et pour
conserver les ressources naturelles de la région.
En dépit de l'augmentation
sensible des ressources, le rythme
des dépenses par rapport aux
engagements n'a pas toujours suivi ; les retards sont imputables non seulement
à la lourdeur des procédures
de part et d'autre mais aussi à la complexité des programmes
mis en place depuis peu. En ce qui concerne Lomé IV, la Commission
européenne
a annoncé une dotation initiale
de 155 millions d'écus pour le programme indicatif; s'y ajouteront
sans doute d'autres ressources de la Commission, notamment du Stabex et
de la facilité d'appui à l'ajustement structurel, sans oublier
une quote-part dans les aides régionales ainsi que des aides hors-convention.
Ainsi, le 4ème FED a mis
l'accent sur les infrastructures (barrages de Sélingué, de
Diama et de Manantali) et sur le secteur rural (développement de
la pêche, des cultures vivrières, etc.) sans négliger
pour autant le secteur social (renforcement des infrastructures sanitaires
à Bamakpo); le 5c FED, quant à lui, a continué dans
cette direction ; des actions nouvelles ont cependant été
lancées telles le projet d'hydraulique villageoise en Ire, 2e et
5ème régions, le développement de l'élevage
dans le Nord-Est, la recherche géologique et minière, le
financement de micro-réalisations, ainsi que l'assistance au ministère
du Plan afin de faciliter la programmation des actions de la Commission
au Mali.
Avec le 6ème FED, plusieurs
originalités apparaissent l'apparition de programmes plurîsectoriels,
y compris un programme spécial d'importations, et la concentration
des actions de la Commission en 4e et 5ème régions. La mise
en oeuvre de ces programmes devrait renforcer l'impact de la coopération
de la Communauté européenne dans la zone de concentrations
en 4e et 5e régions. Outre un programme de micro-réalisations,
deux autres programmes relatifs àla sécurité alimentaire
et à la production agricole sont en oeuvre ; ils sont complétés
par un programme spécial d'importations de 25 millions d'écus
qui a pour but de réduire le poids des déséquilibres
économiques et financiers auxquels le Mali est confronté
grâce au financement de l'importation de sucre et d'hydrocarbures,
deux produits essentiels pour l'économie malienne. Le produit de
leur vente sur les marchés locaux servira à alimenter un
fonds de contrepartie destiné à financer la création
d'emplois, des actions de développement et l'appui à l'ajustement
structurel.
Ainsi, toujours sous le 6ème
FED, le financement de manifestations commerciales, l'achat et la distribution
de médicaments essentiels en 6e et 7e régions, le financement
de la ligne à haute tension Bamako-Ségou et l'appui à
la CMDT avec des capitaux de la BEI pour un montant de 20,5 millions d'écus
complètent cette panoplie à laquelle il convient d'adjoindre
deux actions à la fois originales et à fort impact, l'appui
à la restructuration du marché céréalier (PRMC)
et celui à la création de petites entreprises.
La restructuration du marché céréalier
La nouvelle politique inclut la libéralisation
des prix et du commerce des céréales. Elle marque le désengagement
de l'État par la transformation de l'Office céréalier,
monopolistique, en office concurrentiel qui devra se limiter àassurer
la sécurité alimentaire. Par cette politique, un secteur
privé informel se voit transformé en secteur socioprofessionnel
pouvant assurer la majeure partie des tâches assumées jusqu'alors
par le secteur public.
La première phase d'application
de cette politique a été fortement marquée par un
contexte de pénurie.
Il a donc fallu raisonner d'abord
en termes de disponibilité céréalière, ce qui
incluait, outre la production locale, des aides extérieures en céréales
et des importations commerciales.
Notons que, pendant ces années
de pénurie, le gouvernement a conservé l'option politique
importante de la libéralisation et a évité une remise
en vigueur des contrôles économiques anciens.
De plus, l'administration a engagé
les échanges directs entre groupements de producteurs et coopératives
de consommateurs, entre producteurs et éleveurs ; elle a aussi encouragé
les transports, par le secteur privé, des zones productives vers
les zones déficitaires et vers les centres urbains.
Dans le même temps, l'Office
des produits agricoles du Mali (OPAM) a constitué un stock régulateur
écoulé essentiellement par le canal des coopératives
de consommateurs sur la base d'un plan national de ravitaillement élaboré
annuellement pour répartir équitablement les ressources programmées.
L'ensemble de ces mesures, sans
faire disparaître la totalité des problèmes posés,
a considérablement diminué des tensions dont on pouvait craindre
le pire.
A partir de 1985-86, avec le retour
longtemps attendu de récoltes « normales », la notion
de sécurité alimentaire a pu être abordée.
Le problème était de restreindre l'offre réelle, face à une demande solvable trop réduite. Pour cela, on encouragea le stockage paysan, l'achat et le stockage par les structures villageoises, ainsi que le stockage par le secteur privé.
De son côté, le secteur public limitait strictement ses achats aux besoins du Stock national de sécurité (SNS).
Il s'agissait de découvrir de nouveaux modes de financement pour passer d'une situation de pénurie à une situation d'équilibre du bilan céréalier, et cela sans participation excessive de l'État, compte tenu des ressources mobilisab les.
La Commission, outre sa participation massive au sein du PRMC (45 000 tonnes de céréales versées en équivalent monétaire depuis 1986), finance également un assistant technique au ministère des Finances chargé d'assurer la liaison entre les autorités maliennes et le groupe des donateurs.
L'autre volet original de l'action de la Commission au Mali concerne la création d'entreprises et l'insertion des jeunes diplômés ; grâce aux quatre antennes de Bamako, Ségou, Sikasso et Mopti, près de trois cents petites entreprises ont été financées par le projet, avec, à la clé, près de 1 100 emplois créés ; les financements effectués touchent à tous les secteurs de l'économie par le biais du secteur «informel» qui, jusqu'à présent, ne pouvait que très difficilement avoir accès au crédit bancaire. Les résultats encourageants de la première phase de deux ans, qui se termine, permettent d'envisager le démarrage d'une seconde phase avec optimisme.
Les actions de coopération régionale
L'énumération des domaines de coopération de la Commission au Mali serait incomplète Si l'on ne faisait pas référence aux actions d'envergure régionale. Les actions prioritaires retenues comprennent
- l'utilisation de l'énergie
solaire photovoltaïque pour le pompage des eaux souterraines et de
surface, ainsi que pour des équipements communautaires,
- la promotion du gaz butane pour
la substitution au bois de sources d'énergies variées, et
- la formation-information des maîtres
et des élèves des écoles primaires pour la protection
de l'environnement.
Elles compléteront les actions
déjà engagées au titre du diagnostic permanent pour
la Sécurité alimentaire régionale (DIAPER). Ces dernières,
qui visent à une meilleure connaissance du milieu rural afin d'améliorer
les instruments de prévision, sont appuyées par la mise en
place au Mali, depuis 1985, d'une cellule de l'OSCE.
Outre son assistance au DIAPER,
cette dernière a fourni également une assistance au Système
d'alerte précoce (SAP) chargé de repérer les zones
à risque de déséquilibre alimentaire, et de cibler
les populations qui souffrent de déficit alimentaire chronique ou
épisodique.
La compréhension des bailleurs de fonds
Les bailleurs de fonds du Mali, après
le coup d'État qui a mis fin au régime du général-président
Moussa Traoré. ont accepté de lancer une bouée de
sauvetage au nouveau régime, engagé dans un processus de
démocratisation. Les « amis du Mali » - c'est ainsi
qu'on appelle le groupe de ses créanciers publiques - ont accepté
d'accorder une aide supplémentaire de près dc 170 millions
de francs français. Ils permettront au gouvernement de combler son
trou budgétaire estimé à 100 millions de francs.
Cette réunion, organisée
à l'initiative de la France, a rassemblé le Japon, l'Italie,
les Pays-Bas, l'Allemagne, les États-Unis, le FMI, la Banque mondiale,
la CEE, la BAD et la Banque islamique de développement.
La France avait déjà fait un geste en débloquant 90 millions de francs d'aide budgétaire extraordinaire. Mais pour l'année à venir, le gouvernement malien escompte plus de 2 milliards de francs de ses différents partenaires.
Source :
Le Mali par Attilio Gaudio, Karthala 1988

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier