Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
La Mauritanie de 1982 à 1997
LA MAURITANIE DE 1982 A 1997

La Mauritanie (1,7 million d'habitants) subit encore les contrecoups de l'aventure dans laquelle ses dirigeants l'ont engagée en devenant partenaire du Maroc dans le partage du Sahara occidental, évacué par les Espagnols en 1975. Les commandos du Polisario basés en Algérie ont d'abord porté la plus grande partie de leurs coups contre la Mauritanie, pour éviter une guerre ouverte entre le Maroc et l'Algérie. Ils ont coupé la voie ferrée permettant l'exportation du minerai de fer extrait des grandes mines de Zouérate par le port minéralier de Nouadhibou, paralysant ainsi l'économie moderne de la Mauritanie. Après diverses péripéties et coups d'État, les uns soutenus par les Algériens ou les Libyens, les autres par les Marocains, les militaires mauritaniens ont dû renoncer en 1979 à leurs prétentions sur le sud du Sahara occidental. Ils ont constitué un "Comité révolutionnaire de salut national" qui dirige le pays et s'efforce de faire entrer en application un certain nombre de réformes, telle l'abolition de l'esclavage officiellement décidée en 1980. Elle concerne principalement les populations négro-africaines (30% de la population totale) de la vallée du fleuve Sénégal. Leur position sociale est encore caractérisée par leur subordination à l'égard des tribus nomades arabo-berbères, d'où sortent quasiment tous les dirigeants du pays et les cadres de l'armée. La situation économique du pays est précaire: la crise économique mondiale entraîne une réduction des exportations de minerai de fer et la baisse des cours.

Une nouvelle période de grave sécheresse s'annonçait en 1983: elle risque d'avoir pour cette société pastorale des conséquences aussi catastrophique que douze ans plus tôt. Grâce au courant froid qui longe ses côtes, la Mauritanie est bordée d'eaux extrêmement poissonneuses, mais cette richesse ne lui profite guère car elle est pillée par les chalutiers japonais, soviétiques et espagnols. Des péripéties politico-militaires sont enfin encore à craindre, car le Maroc rend la Mauritanie responsable des raids du Polisario: elle a bien du mal, il est vrai, à faire respecter des frontières que les tribus Maures ont l'habitude de franchir sans contrôle.

Après s'être dégagée en 1979 du conflit du Sahara occidental, pays qu'elle partageait avec le Maroc depuis l'évacuation des Espagnols en 1975, la Mauritanie (1,7 million d'habitants), qui a reconnu le 27 février 1984 la République arabe sahraouie démocratique, a semblé amorcer un redressement économique. Mais cinq ans plus tard, celui-ci apparaissait très compromis. Formé en 1979, le Comité militaire de salut national (CMSN, dirigé en 1984 par le lieutenant-colonel Ould Haïdalla) a marqué le pas après avoir entrepris certaines réformes comme l'abolition de l'esclavage en 1980, accompagnée plus tard d'une réforme foncière. En dépit de ces mesures, la société anti-esclavagiste de Londres estimait en 1983 à 100 000 le nombre de Mauritaniens en situation d'esclaves et 300 000 étaient discriminés en tant qu'anciens esclaves. Une certaine inefficacité dans l'action gouvernementale a entraîné plusieurs remaniements ministériels, le chef de l'État prenant successivement en main les portefeuilles de la Pêche et la Défense.

La situation économique n'a guère été brillante en 1983. Jusqu'à une date récente la Mauritanie avait peu profité des eaux très poissonneuses de ses côtes, pillées par les chalutiers soviétiques, japonais et espagnols. En 1984 néanmoins, le poisson a dépassé le minerai de fer, en tant que principale exportation, et représente près de 25% du PIB. En outre, une sécheresse persistante a frappé sévèrement le cheptel (près de la moitié des têtes) et la production céréalière, qui n'a couvert que 10% des besoins contre 40% d'ordinaire: un plan d'urgence dans ce domaine a été élaboré au début de 1984. La crise de la sidérurgie européenne a entraîné un recul des exportations de minerai de fer, de 45% entre 1974 et 1978. Après une légère récupération, celles-ci ont à nouveau diminué (-16%) en 1982, et sont restées à ce niveau déprimées en 1983 (8 millions de tonnes contre 12,5 en 1974).

Dans un tel contexte, aggravé par la révélation de malversations (scandale de la Banque internationale pour la Mauritanie), ce pays qui est parmi les moins avancés doit compter sur d'importants concours financiers extérieurs provenant surtout des pays arabes pétroliers et dans une moindre mesure de la CEE. Cette situation précaire a affaibli davantage encore le régime militaire, déjà largement divisé sur le problème de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique.

C'est une révolution de palais qui a marqué la fin de l'année 1984 en Mauritanie (1,8 million d'habitants). Le 12 décembre, le colonel Maaouya Sid'Ahmed Ould Taya a renversé le colonel Ould Haïdalla alors que ce dernier participait à Bujumbura (Burundi) au sommet des chefs d'État de France et d'Afrique. Ce changement est le reflet de divergences qui divisaient le Comité militaire de salut national (CMSN) formé en 1979. Elles s'étaient accentuées en février 1984, avec la reconnaissance par Nouakchott de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), imposée de fait par le président déchu.

Une gestion peu rigoureuse des secteurs clés de l'économie du pays (fer, pêche) avait aggravé la situation économique, déjà très précaire en raison de la sécheresse persistante en Mauritanie. De plus, la personnalisation du pouvoir et l'établissement d'un régime de plus en plus policier sous la houlette de M. Ould Haïdalla avaient augmenté le mécontentement.

Le nouveau régime a réaffirmé son attachement aux grandes orientations de politique extérieure qui sont celles de la Mauritanie: respect de l'accord d'amitié signé avec l'Algérie et la Tunisie et reconnaissance de la RASD, même si en son temps le colonel Ould Taya avait montré bien des réticences à cette initiative. La reprise des relations diplomatiques avec le Maroc, suspendues depuis 1978, risquait cependant de compliquer la tâche du Front Polisario sur le terrain et Nouakchott semblait vouloir rééquilibrer ses rapports avec Rabat et Alger.

Les mesures d'amnistie générale - environ 200 détenus politiques ont été libérés - ont détendu le climat politique à l'intérieur du pays mais le nouveau régime a dû affronter une situation économique des plus difficiles. En 1984, le pays a accusé un déficit alimentaire de 142 000 tonnes et la production céréalière n'a été que de 20 000 tonnes, contre 120 000 tonnes au début des années soixante. La sécheresse a continué de frapper le cheptel ovin (70%) et les cultures vivrières. L'avancée du désert a conduit les populations du Nord, de l'Est et du Centre à se replier sur la capitale Nouakchott, qui comptait en 1985 près de 400 000 habitants, contre 150 000 en 1983.

La mévente du fer, liée à la crise de la sidérurgie en Europe, persiste (moins de 8 millions de tonnes exportées en 1984 contre 12 quelques années auparavant). Le pays profite peu de ses eaux très poissonneuses que continuent de piller les chalutiers soviétiques, japonais ou espagnols. De surcroît, une mauvaise gestion des ressources de la pêche n'a pas contribué à redresser une balance des échanges toujours déficitaire. Pays endetté, la Mauritanie de 1985 restait très tributaire des concours financiers provenant des pays arabes (Arabie Saoudite) et de la CEE. La coopération militaire avec la France s'est renforcée depuis 1983.

Au printemps 1985, la marge de manoeuvre du nouveau régime paraissait donc particulièrement étroite, d'autant que les contradictions subsistaient au sein du CMSN. La reprise en main des secteurs clés (fer, pêche), la relance d'une mobilisation populaire dans la lutte contre l'analphabétisme ont contribué à donner l'image d'un pouvoir plus ouvert, plus moderniste que le précédent. Une réunion du Club de Paris (regroupant les pays développés créanciers du tiers monde) s'est tenue en mars 1985 pour rééchelonner la dette mauritanienne. Mais si le régime ne s'en remet qu'aux remèdes traditionnels du Fonds monétaire international (FMI) - dévaluation de la monnaie nationale, l'ouguiya (0,12 FF), et restrictions des dépenses sociales - pour redresser la barre, l'état de grâce risque d'être de courte durée.

En prenant la tête du Comité militaire de salut national (CMSN), organe dirigeant du pays, suite à une révolution de palais en décembre 1984, le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya entendait assainir l'économie de la Mauritanie et contribuer à la mise en place d'institutions démocratiques. L'État, dirigé par les militaires depuis le renversement du président Ould Daddah en 1978, devrait, selon un discours du chef de l'État, être doté d'ici à la fin de 1986 d'instances élues assurant la gestion des affaires des collectivités dans les capitales régionales et à Nouakchott. Certes, le dernier président renversé, Ould Haïdalla, et quelques-uns de ses proches restent en résidence surveillée, mais les putschistes de mars 1981 ont été amnistiés et le président Ould Daddah peut rentrer en Mauritanie.

Mais la priorité reste l'assainissement économique. Dotée d'importantes richesses minières (fer, cuivre) et de côtes très poissonneuses, la Mauritanie a pourtant été inscrite en février 1986 sur la liste des pays les moins avancés (PMA), et son endettement par rapport à son produit intérieur brut est le plus élevé d'Afrique (1,7 milliard de dollars, soit 2,5 fois le PIB). Marché du fer déprimé, sécheresse persistante depuis les années soixante-dix - qui a fait affluer à Nouakchott 300 000 de ses 500 000 habitants - mais surtout, une gestion peu rigoureuse des secteurs clés (fer, pêche) ont contraint les autorités à adopter en 1985 un plan de redressement financier et de relance économique sous la férule du FMI. Dévaluation de 16% de l'ouguiya, réduction des dépenses sociales, ces mesures devraient contribuer à ramener à un niveau acceptable - selon les critères du FMI - les déficits budgétaires d'ici à 1988 et celui de la balance des paiements vers 1990. Pour réaliser ce plan, le Club de Paris a laissé espérer, en novembre 1985, un concours de 700 millions de dollars, soit 245 milliards de francs CFA pour la période 1986-1988, dont 87,5 milliards de francs serviraient à couvrir les investissements de 1986.

Une meilleure pluviosité en 1985 permet d'envisager que la production agricole nationale couvrira 40% des besoins en 1986 (10% en 1984). L'accent a été mis sur la restructuration de la pêche qui représente plus de la moitié de la valeur totale des exportations: augmentation du nombre de licences accordées à l'armement étranger, participation à des sociétés mixtes de pêche, maîtrise des exportations par une société nationale de commercialisation. Par ailleurs, un tiers des enfants seulement étant scolarisés, une campagne contre l'analphabétisme a été lancée en mars 1986.

La Mauritanie, qui s'est dégagée en 1979 du conflit du Sahara occidental, a rétabli ses relations diplomatiques avec le Maroc en 1985, tout en reconnaissant la République arabe sahraouie démocratique. Elle a renforcé ses liens de coopération avec les pays du Maghreb (Tunisie, Algérie), mais aussi avec le Mali et le Sénégal, tout en maintenant des liens économiques et militaires privilégiés avec la France.

Assainissement économique de la Mauritanie et démocratisation de sa vie politique, tels étaient les objectifs avancés par le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya lorsqu'il prit la tête du Comité militaire de salut national (CMSN) en décembre 1984, à la suite d'une révolution de palais.

Organisées en décembre 1986, les élections municipales au suffrage universel, avec plusieurs candidatures, ont constitué une première dans la vie de ce pays. En effet, après son indépendance (1960), la Mauritanie avait connu un régime de parti unique, et depuis 1978, aucune organisation politique n'était plus reconnue. La perspective de cette ouverture n'a pas pour autant réduit l'opposition politique intérieure, réveillée par la publication en avril 1986 d'un "manifeste du Négro-Africain opprimé" qui condamne la domination politique et économique des Arabo-Berbères sur la population négro-africaine et dénonce l'arabisation croissante de la société mauritanienne. La condamnation, en septembre 1986, d'une vingtaine de personnes à de lourdes peines de prison (six mois à cinq ans) pour "atteinte à l'unité nationale" traduisait l'irritation des dirigeants mauritaniens envers les Forces de libération africaine de Mauritanie (organisation clandestine créée en 1983 et qui est à l'origine du manifeste).

Bénéficiant de côtes très poissonneuses et d'importantes ressources minières (fer, cuivre), la Mauritanie est pourtant classée parmi les pays les moins avancés (PMA) et son taux d'endettement par rapport à son produit intérieur brut reste le plus élevé d'Afrique. Sous la férule du FMI - dévaluation de l'ouguiya, réduction des dépenses sociales... -, le pays s'est engagé dans un plan de redressement économique (1985-1988). Cela s'est traduit en 1986 par une réduction relative des déséquilibres financiers qui a valu à l'État mauritanien un crédit de confirmation du FMI, accompagnant un rééchelonnement de sa dette par le Club de Paris. Ce répit a été conforté par une bonne campagne agricole 1986-1987 couvrant 32% des besoins en céréales (contre 22% en 1985-1986), en dépit de pluies tardives et de l'invasion des sautériaux, sévèrement combattue grâce à des financements extérieurs. Malgré une gestion plus rigoureuse de ses secteurs clés (pêche, mines), la Mauritanie reste en effet largement tributaire des bailleurs de fonds arabes et européens (96% des investissements de 1986). Après la visite de son ministre de la Coopération, Michel Aurillac, en septembre 1986, la France a confirmé son intention de renforcer encore ses liens économiques (déjà privilégiés) et de maintenir sa coopération militaire (école de formation d'Atar).

Dégagée du conflit du Sahara en 1979, la Mauritanie, tout en reconnaissant la République arabe sahraouie démocratique, s'est rapprochée du Maroc depuis 1985. Elle a renforcé sa coopération avec le Maghreb (avec la Tunisie notamment, en matière de pêche) et avec d'autres pays de l'Afrique sahélienne (Sénégal, Mali, Niger).

Prenant la tête du Comité militaire de salut national (CMSN) à la suite d'une révolution de palais en décembre 1984, le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya a poursuivi dans un climat politique incertain le double objectif qu'il s'était assigné: démocratisation de la vie politique et assainissement économique.

A la suite d'une tentative de coup d'État déjouée le 22 octobre 1987, trois officiers ont été exécutés en décembre et une quarantaine de personnes condamnées à de très lourdes peines. Les exécutions ayant provoqué des incidents sérieux, 500 sous-officiers ont été radiés de l'armée, de la gendarmerie et de la garde nationale en janvier 1988. Formé en 1983 sur des bases ethniques, le mouvement clandestin d'opposition des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) y a vu la marque de l'oppression de la population négro-africaine par les Arabo-Berbères. De fréquents remaniements ministériels, qui ne sont pas toujours liés à la lutte contre la corruption - comme ce fut le cas en septembre 1987 pour le ministre de l'Économie et des Finances et celui de la Pêche -, traduisent la persistance d'un équilibre fragile au sein du CMSN.

En janvier 1988, les élections municipales dans les 32 chefs-lieux de département ont connu un taux de participation de 60 à 70%. Elles faisaient suite aux scrutins de décembre 1986 dans les treize chefs-lieux de région et devaient être suivies par des consultations dans les communes rurales. Le nombre de listes autorisées a été limité à quatre, celles à caractère tribal ou ethnique n'étant pas admises, mais les partis politiques demeurent interdits depuis 1978.

La situation économique, liée au bon vouloir des bailleurs de fonds, est restée fragile. Des mesures draconiennes réduisant les dépenses sociales ont arrêté la dégradation des finances publiques. En outre, la Mauritanie a couvert 40% de ses besoins alimentaires en 1987 grâce à une campagne agricole exceptionnelle et à une meilleure utilisation - par de nouveaux accords bilatéraux - de son très riche domaine maritime jusque-là pillé par les flottes étrangères (soviétique, japonaise et espagnole). L'entrée en service de deux barrages sur le fleuve Sénégal, en 1988, et l'important programme de modernisation du secteur fer de Zouérate (5,24 milliards d'ouguiyas) suffiront-ils à compenser les effets négatifs d'une campagne agricole 1988-1989 compromise par l'attaque des criquets migrateurs dans le nord du pays et par la mévente persistante du fer?

Le conflit du Sahara, dont la Mauritanie s'est dégagée en 1979, ajoute à l'incertitude politique et économique - un sixième "mur de défense" marocain ayant été construit en 1987 pratiquement sur la frontière entre le Sahara et la Mauritanie.

Sous la présidence du colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya au pouvoir depuis décembre 1984, le Comité militaire de salut national mène une action politique et économique aux résultats ambigus. L'élection des 163 maires des communes rurales en janvier 1989 a achevé un processus de décentralisation de la vie administrative initié en 1986. Le Conseil économique et social créé en 1989 doit être consulté sur les grandes orientations du pays. La diversification de la presse écrite et, en décembre 1988, la libération du précédent chef d'État Khouna Ould Haïdalla et de ses proches, détenus depuis quatre ans sans jugement, ont semblé confirmer la démocratisation de la vie politique. Mais la condamnation en septembre 1988 de treize opposants baathistes pro-irakiens, dont un ancien ministre, la mort à la même époque dans la sinistre prison de Walata de plusieurs détenus politiques, dont l'écrivain Tene Youssouf Gueye, les mauvais traitements infligés aux étudiants arrêtés lors de la grève de l'université de Nouakchott (fin décembre 1988) ont traduit la persistance d'un climat de répression.

La Mauritanie, structurellement déficitaire en matière alimentaire, doit avoir recours aux importations. La campagne agricole 1988-1989 a cependant été satisfaisante malgré le péril acridien. L'intensification de la pêche artisanale en dépit d'une légère baisse de la production liée à un pillage récent, représente 60% des recettes d'exportation. Elle devance le secteur minier (fer de la région de Zouérate où l'Europe finance une relance de la prospection). Adopté en septembre 1988, un "programme de consolidation et de relance" donne la priorité au secteur rural (35% des investissements). La situation économique est restée très précaire mais les remises de dette de la France et de la RFA en 1988 ont permis de maintenir un fragile équilibre financier. Fidèle au monde arabe, la Mauritanie a aussitôt reconnu l'État palestinien proclamé, accueillant Yasser Arafat le 18 novembre 1988 et, après avoir reçu le "numéro deux" du Front Polisario, elle s'est réjouie des progrès enregistrés dans le règlement du conflit du Sahara occidental. Elle a bien sûr ratifié le traité d'Union du Maghreb arabe (UMA) signé avec l'Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie en février 1989 à Marrakech.

En avril 1989, des incidents survenus entre paysans et éleveurs dans la zone frontalière du fleuve Sénégal ont servi de prétexte au massacre de centaines de personnes d'origine sénégalaise à Nouakchott. En réponse, de semblables exactions ont frappé à Dakar des populations d'origine mauritanienne. Ce drame s'est doublement nourri de l'antagonisme historique maure/négro-africain qui marque la vie politique de la Mauritanie et d'une situation économique et sociale catastrophique dans la capitale sénégalaise. Si tout espoir de réconciliation entre les deux États, sous l'égide de l'OUA, n'est pas écarté, les populations resteront durablement traumatisées, à l'image de l'exode constaté de plus de cent mille personnes entre les deux pays.

La Mauritanie a connu en avril-mai 1989 la plus violente tension ethnique de son histoire et une épreuve de force sans précédent avec le Sénégal. Des heurts, traditionnels, entre pasteurs et cultivateurs des deux rives du fleuve Sénégal ont fait des morts au début avril. Ils ont été prolongés par des affrontements sanglants entre Mauritaniens et Sénégalais, Maures (arabo-berbères) et Négro-Africains, à partir du 23 avril, quand les commerces maures ont été pillés sur le territoire sénégalais, faisant de nombreuses victimes. Le 25 avril, des Sénégalais connaissaient le même sort en Mauritanie, à Nouakchott et à Nouadhibou. Les bilans sont difficiles à chiffrer et sujets à controverses. Selon le président Maawiya Ould Sid Ahmed Taya, sur 350 000 à 500 000 Maures installés de longue date au Sénégal, il y aurait eu 10 000 tués et le nombre des morts sénégalais ou négro-africains en Mauritanie n'aurait pas dépassé 35 (mais d'après la presse internationale, il aurait été de 200 à 400).

Les deux pays ont procédé à des transferts de population. Quelque 230 000 Maures, selon Nouakchott, ont fui le Sénégal ou ont été expulsés. Les autorités mauritaniennes ont, de leur côté, expulsé 100 000 "vrais Sénégalais" et 40 000 "faux Mauritaniens" (Sénégalais ayant acquis la nationalité mauritanienne dans des conditions contestées a posteriori par Nouakchott). Les relations diplomatiques ont été rompues par le Sénégal le 21 août et le chef de l'État égyptien, Hosni Moubarak, président en exercice de l'OUA (Organisation de l'unité africaine) a entrepris une mission de médiation qui n'avait toujours pas abouti à une réconciliation des deux pays en avril 1990.

En raison de la crise structurelle, aggravée par l'invasion des criquets en 1989, et de l'affrontement avec le Sénégal, la situation économique est demeurée précaire. On a noté toutefois un accroissement des superficies irriguées le long du fleuve grâce aux barrages de Diama et de Manantali, une remontée des cours du fer (+8%) et des quantités exportées (12 millions de tonnes, +20%), une gestion plus rigoureuse bien qu'insuffisante des richesses halieutiques et une légère amélioration des recettes fiscales.

Le président Taya, au pouvoir depuis le 12 décembre 1984, s'est efforcé, malgré les difficultés, d'accélérer la modernisation du pays: depuis l'automne 1989, le port du costume européen a remplacé celui du boubou dans les activités professionnelles ; un Code civil ou Code des obligations et des contrats a été adopté fin 1989 ; un Code de la famille ou de statut personnel et un Code du commerce devaient entrer en vigueur avant la fin de 1990. Enfin, prévue pour la fin 1989, dans le cadre de la décentralisation et du processus de démocratisation, l'élection des maires pour cinq ans a été ajournée d'un an en raison des tensions ethniques.

Le 15 avril 1991 au soir, le président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya annonçait l'avènement prochain du multipartisme, la tenue d'un référendum constitutionnel avant la fin de l'année et le rétablissement, à la suite d'élections concurrentielles, de l'Assemblée nationale et du Sénat. Plongée dans l'état d'exception depuis la chute de Mokhtar Ould Daddah et la prise du pouvoir par les militaires en 1978, la Mauritanie voyait enfin s'entrouvrir les portes de la démocratie.

Cet événement a été le résultat d'une double pression. Extérieure tout d'abord: dans la crise du Golfe consécutive à l'invasion du Koweït par l'Irak, après quelques hésitations, le pouvoir, pourtant réputé entretenir des liens "étroits" avec Bagdad, s'est efforcé d'affirmer une attitude diplomatique indépendante, refusant tout à la fois l'invasion du Koweït et l'intervention américaine; attitude perçue à Washington et à Paris comme quasi hostile, d'autant que se multipliaient à Nouakchott les manifestations pro-irakiennes. La fin de la guerre laissait donc la Mauritanie isolée, voire suspecte.

Pression intérieure ensuite. L'annonce par les autorités, en novembre 1990, de la découverte d'un nouveau "complot" fomenté par des Négro-Mauritaniens, allait précipiter en prison plusieurs centaines de militaires appartenant à l'ethnie pular, la plus remuante et la plus ambitieuse des communautés établies sur la rive droite du fleuve Sénégal. En mars 1991, on apprenait que des dizaines d'entre eux (deux cents selon Amnesty International) étaient morts au cours de leur détention. Le pouvoir réagit rapidement à cette révélation publique en libérant la totalité des prisonniers. Mais l'émotion fut extrêmement vive dans le pays et les pétitions humanitaires débouchèrent aussitôt sur la revendication démocratique de la part du syndicat unique, de divers groupes de notables, de l'opposition en exil et des mouvements communautaires comme El Hor (La Liberté) qui regroupe nombre de harratines (esclaves affranchis).

Il fallait donc réagir. En entamant des pourparlers sérieux avec le Sénégal en vue de la reprise des relations diplomatiques rompues depuis août 1989, après de sanglants affrontements intercommunautaires. Mais surtout en précipitant la démocratisation. Le 12 juillet 1991, la nouvelle constitution a été adoptée par référendum.

Pluripartisme, élections présidentielles et législatives concurrentielles, dissolution du Comité militaire au pouvoir, réapparition du poste de Premier ministre, reprise des relations avec le Sénégal... En 1991-1992, la Mauritanie a changé d'apparence plus peut-être qu'en trente ans d'indépendance. Mais bien des problèmes sont demeurés intacts.

Après deux semaines de campagne électorale acharnée, les élections présidentielles se sont soldées, fin janvier 1992, par la victoire du président sortant, le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya, avec un peu plus de 66% des suffrages. Son principal adversaire - les candidats étaient au nombre de quatre -, le technocrate Ahmed Ould Daddah, frère cadet du premier chef de l'État mauritanien Mokhtar Ould Daddah, a obtenu près de 33% des voix. Regroupée au sein de l'Union des forces démocratiques (UFD), l'opposition, en particulier négromauritanienne, s'est massivement mobilisée en sa faveur et la proclamation des résultats s'est faite dans un climat de tension, A. Ould Daddah accusant M. Ould Taya d'avoir "falsifié" les élections. Une émeute fut violemment réprimée à Nouadhibou et l'UFD décida de boycotter les législatives. Sans suspense ni passion, le PRDS (Parti républicain démocratique et social), "parti du président", remporta donc la quasi-totalité des sièges à l'Assemblée et au Sénat.

Maaouya Ould Taya prêta serment le 18 avril 1992, pour un mandat de six ans. Cet officier intelligent, calculateur, et dont la force est d'être sous-estimé par ses adversaires, a contrôlé de bout en bout "sa" démocratisation et "sa" légitimation, avant de renvoyer ses pairs du Comité militaire à leurs casernes. Sur le plan extérieur, la reprise des relations diplomatiques avec le Sénégal - rompues en août 1989 après de violents affrontements intercommunautaires -, annoncée lors de la rencontre entre le président du Sénégal, Abdou Diouf, et M. Ould Taya au sommet de la Francophonie à Paris (novembre 1991), s'est concrétisée cinq mois plus tard. A partir du début mai 1992, la frontière commune sur le fleuve Sénégal a été peu à peu réouverte.

Pourtant, la démocratisation contrôlée n'a en rien résolu le délicat problème des relations intercommunautaires. Les Négro-Mauritaniens ont à plus de 80% voté contre Maaouya Ould Taya. Et nul ne savait très bien, à la mi-1992, quand et dans quelles conditions les 50 000 expulsés d'avril-mai 1989, réfugiés dans des camps au Sénégal, regagneraient un pays où ils ont souvent perdu leurs cases et leurs terres.

L'état de l'économie est par ailleurs demeuré préoccupant. Sur le point d'aboutir à la mi-1992, après avoir été gelées pendant la crise du Golfe, les négociations avec le FMI et la Banque mondiale pour un nouveau prêt d'ajustement structurel ne semblaient pouvoir déboucher que sur une cure drastique d'austérité.

Élu pour six ans, en janvier 1992, disposant d'une assemblée monocolore à sa dévotion et jouissant à la fois de l'absence de vrais leaders d'opposition et surtout d'une stratégie cohérente, le président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya apparaissait à la mi-1993 comme l'un des rares chefs d'État du continent à trouver sa position consolidée plutôt que fragilisée par la transition démocratique. A la différence de ses pairs de l'Union du Maghreb arabe (UMA), qui a tenu un "sommet" à Nouakchott en novembre 1992, M. Ould Taya n'a, de plus, pas été directement confronté au "péril" islamiste. Certes, à l'image du jeune imam Sidi Yahia, officiant dans la mosquée du 5e arrondissement de Nouakchott, les religieux radicaux existent et recrutent, essentiellement parmi les harratines (affranchis) qui peuplent les bidonvilles nés de l'exode rural. Mais ce phénomène, dans une société très tribalisée, est demeuré marginal.

L'opposition n'a pas tardé à se diviser. En juin 1993, la plupart des anciens notables maures ont suivi Hamdi Ould Moukness dans la création d'un nouveau parti modéré, l'Union pour le progrès et la démocratie. Les harratines du mouvement El Horr, dirigé par Messaoud Ould Boulkheir, ont, pour leur part, affirmé une stratégie de plus en plus autonome. Et les Négro-Mauritaniens ont continué de mettre en avant leurs revendications propres: retour des expulsés d'avril-mai 1989 et jugement des officiers responsables de l'assassinat de plus de trois cents militaires noirs lors de la découverte d'un "complot" en novembre 1990.

Ces divisions internes se sont traduites, lors de la brutale dévaluation de l'ouguiya en décembre 1992, par une paralysie des forces d'opposition. Imposée par le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale, elle s'est accompagnée d'une flambée des prix qui a frappé de plein fouet l'une des populations les plus pauvres du continent africain. Anticipant sur des troubles éventuels, le pouvoir a assorti cette mesure de deux semaines de couvre-feu.

Le président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya aura su profiter à la fois des malheurs de ses voisins d'Afrique noire fragilisés par la dévaluation du franc CFA en janvier 1994 et des inquiétudes suscitées au Maghreb par la crise intérieure et les affrontements armés en Algérie pour apparaître comme un pôle de relative stabilité politique. A l'instar de 1993, les six premiers mois de l'année de 1994 qui a marqué le dixième anniversaire de son arrivée au pouvoir ont donc été vécus par ce colonel fort discret avec sérénité.

Le pouvoir a mis à profit ce répit pour renouer avec les États du golfe Persique des relations gelées depuis la guerre de 1991 et surtout pour tisser avec la France des liens étroits.

Obnubilés par la sécurité de leurs ressortissants expatriés et par celle des investissements, les dirigeants français ont réservé le meilleur accueil au chef de l'État mauritanien lors de sa première visite officielle à Paris en décembre 1993. Deux mois plus tard, l'écrasante victoire du PRDS (Parti républicain démocratique et social, proche du pouvoir) aux élections municipales allait, en outre, recevoir le satisfecit français en dépit des accusations de fraude lancées par l'opposition. Il est vrai que cette dernière, incapable de s'unir, n'avait pas donné l'image d'une grande pugnacité.

L'Union des forces démocratiques (UDF) de Ahmed Ould Daddah a perdu, en mai 1994, sa principale composante, le mouvement de libération des harratines ("affranchis") El Horr, apparemment décidé à faire cavalier seul.

Déterminé à achever son mandat de cinq ans (1998), et semble-t-il à le renouveler, le colonel Ould Sid'Ahmed Taya allait cependant devoir continuer à gérer des problèmes délicats. Celui du Sahara occidental, rejaillissant chroniquement sur ses rapports avec le Maroc; celui des Touarègues maliens engagés dans un conflit larvé avec les autorités de Bamako rendant fragile la frontière orientale du pays; celui surtout des dizaines de milliers d'expulsés négro-mauritaniens réfugiés à partir de 1989 sur la rive sénégalaise du fleuve.

A la mi-1994, sept à huit mille d'entre eux avaient pu revenir mais cinquante mille environ demeuraient dans les camps. Début 1994, des contacts ont été noués entre le pouvoir et certaines organisations représentatives de ces réfugiés, mais les progrès demeuraient lents.

Deux ans après les émeutes qui, fin 1992, avaient suivi la dévaluation de l'ouguiya, la Mauritanie a connu, en janvier 1995, la répétition d'un scénario devenu classique. L'imposition de la TVA (taxe à la valeur ajoutée) sur quelques produits de première nécessité, jointe au manque de civisme de certains commerçants qui ont répercuté, en la multipliant par cinq, la hausse du prix de la farine, a une nouvelle fois déclenché des troubles à Nouakchott et dans plusieurs villes de l'intérieur. Pillages de boutiques et incendies de véhicules ont conduit le pouvoir à imposer l'état d'urgence au cours de la dernière semaine de janvier.

L'opposition légale, qui avait tenté de structurer et d'exploiter un mécontentement populaire à l'origine spontané, a fait les frais des réflexes répressifs du régime du colonel Maaouya Ould Taya: ses deux principaux leaders, Ahmed Ould Daddah (Union des forces démocratiques) et Hamdi Ould Moukness (Union pour la démocratie et le progrès), ont été arrêtés avec une dizaine des leurs et placés pour quelques semaines en résidence surveillée à l'intérieur du pays.

Ces incidents ont provoqué la réapparition médiatique, après dix-sept années de silence, de l'ancien président Mokhtar Ould Daddah, renversé en juillet 1978. Depuis son exil de Nice, en France, "Si Mokhtar" a lancé, le 25 janvier 1995, un appel à l'unité nationale très critique à l'encontre du pouvoir. Le "père de l'indépendance" mauritanienne (1960) n'a cessé par la suite d'alimenter les rumeurs à Nouakchott. A 76 ans, le demi-frère d'Ahmed Ould Daddah semblait, en fait, chercher avant tout à ressouder les rangs d'une opposition divisée et qui a perdu l'essentiel de sa composante négro-mauritanienne et harratin (descendants d'esclaves affranchis).

Son âge, sa longue absence du pays et les résultats économiques encourageants du pays, félicité par le FMI pour son taux de croissance du PIB réel (4,2% en 1994) et la modestie de son inflation (moins de 4%), lui laissaient une marge de manoeuvre limitée. Quant aux Négro-Mauritaniens, quelques milliers d'entre eux, sur les 200 000 expulsés d'avril 1989, sont rentrés du Sénégal où ils s'étaient réfugiés, après qu'eurent lieu de sanglants affrontements intercommunautaires, d'abord dans la région du fleuve Sénégal, puis à Nouakchott.

Après une longue période de calme plat, la vie politique mauritanienne s'est quelque peu animée début 1996, dans la perspective des élections législatives (prévues pour le mois d'octobre) et présidentielle (annoncée pour janvier 1998). Le 2 janvier, Cheikh el Avia Ould Mohamed Khouna, un technocrate quadragénaire spécialiste de l'économie maritime, a été nommé Premier ministre en remplacement de Sidi Mohamed Ould Boubacar. Après quatre années à la tête du gouvernement, ce dernier s'est vu confier le poste de secrétaire général de la formation au pouvoir, le Parti républicain démocratique et social (PRDS), à charge pour lui de transformer cette mouvance présidentielle en "machine de guerre" disciplinée. Originaire de l'Est, région la plus peuplée et donc gros réservoir de voix pour le président Maaouya Ould Taya, Cheikh el Avia Ould Mohamed Khouna a aussitôt formé un nouveau gouvernement, faisant comme d'habitude la part belle aux équilibres communautaires entre Maures, Harratines et Négro-Mauritaniens. Une assez forte instabilité ministérielle est venue sanctionner les difficultés éprouvées par le pouvoir à faire coïncider compétence et représentativité électorale.

Sur le plan diplomatique, la normalisation des relations avec l'Occident s'est poursuivie à un rythme accéléré. La Mauritanie a participé, en qualité d'observateur, au sommet euro-méditerranéen de Barcelone, en novembre 1995, et Israël a installé un bureau d'intérêts à Nouakchott. Au Maghreb, tout en conservant une stricte neutralité sur le dossier du Sahara occidental, la Mauritanie s'est efforcée de coordonner son activité sécuritaire avec celles de l'Algérie et de la Tunisie, les trois pays partageant une égale défiance à l'encontre des islamistes. Au Sud, l'existence de relations désormais correctes avec le Sénégal et le Mali n'a cependant permis de résoudre ni l'épineux problème des Négro-Mauritaniens expulsés en 1989 consécutivement aux graves affrontements de cette époque, ni celui des réfugiés touaregs installés dans l'est du pays.

Les relations avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale se sont poursuivies sans heurts notables. Seul point inquiétant, le 2 mai, les exportations de poisson frais vers l'Union européenne ont été suspendues pour non-conformité aux normes d'hygiène.

Comparativement à la plupart des pays de la sous-région, la Mauritanie a connu une année 1996-1997 relativement sereine. Les 11 et 18 octobre se sont déroulées les premières élections législatives concurrentielles depuis l'indépendance en 1960 (celles de 1992 avaient été boycottées par l'opposition). Elles ont été marquées par un fort taux d'abstention dans les villes, et la victoire écrasante du Parti républicain démocratique et social (PRDS) n'a guère surpris. Ce dernier n'a concédé que 7 sièges sur 78 à des adversaires dont un seul, élu au second tour à Nouakchott, appartenait réellement à l'opposition, en l'occurrence l'Action pour le changement de Messaoud Ould Boulkheir. Certes, l'état-civil et donc les listes électorales étaient aléatoires, l'encre indélébile parfois altérable et les votes multiples avec carte unique relativement fréquents, mais le processus suicidaire de scission et de division dans lequel s'est engagée l'opposition mauritanienne depuis plusieurs années, joint à une dynamique électorale profitant automatiquement au pouvoir en place et à ses représentants, a été déterminant.

Les promesses économiques jouent également un rôle dans l'aisance avec laquelle le président Maaouya Ould Taya abordera l'échéance présidentielle de décembre 1997. Bon élève des institutions de Bretton Woods, la Mauritanie a conclu avec l'Union européenne fin 1996 un accord de pêche très avantageux pour elle. A cela s'est ajouté l'achèvement de l'électrification des treize capitales régionales et le passage de l'ouguiya, la monnaie nationale, à la convertibilité. Autant de bons points à mettre au crédit du gouvernement du Premier ministre Cheikh el-Avia Ould Mohamed Khouna, reconduit dans ses fonctions avec une équipe où, pour la première fois, deux Négro-Mauritaniens occupent au même moment deux postes clés: les Finances (Camara Ali Gualadio) et les Affaires étrangères (Sow Mohamed Deina) -, même si le douloureux problème du rapatriement des expulsés de 1989 (crise du fleuve Sénégal) n'avait toujours pas trouvé de solution définitive.

Le ralliement au pouvoir de l'ancien chef de la diplomatie mauritanienne sous Mokhtar Ould Daddah, Hamdi Ould Moukness, figure connue à l'extérieur du pays, a quelque peu amélioré l'image de marque d'un régime qui reste souvent critiqué pour sa conception restrictive de la liberté d'expression.

Observatrice du dialogue euro-méditerranéen, consultée dans le cadre des négociations que mène le représentant spécial des Nations unies, James Baker, pour le règlement du dossier du Sahara occidental (ex-colonie espagnole dont les cinq sixièmes sont administrés par le Maroc et que revendique le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui), la Mauritanie a ouvert en 1996 un bureau d'intérêts en Israël. Enfin, le président français Jacques Chirac était attendu début septembre 1997 - à trois mois de l'élection présidentielle mauritanienne - à Nouakchott en visite officielle.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier