Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Géopolitique du pays

GEOPOLITIQUE DU PAYS

État situé à l'extrême ouest de l'Afrique, entre le fleuve Sénégal au sud et un Sahara occidental au statut territorial encore incertain au nord, on dit de lui qu'il forme un  pont  entre le Maghreb et l'Afrique noire. Mais ses populations arabo-berbères et négro-africaines cohabitent difficilement. Celles-ci n'acceptent plus la domination des Maures et leur réveil politique constitue le trait marquant de ces dernières années.

Une création artificielle

La Mauritanie est une création totalement artificielle, née de la stratégie coloniale française qui consistait à réunir en un seul bloc son empire d'Afrique du Nord et d'Afrique noire. Le contrôle militaire de cet immense territoire ne fut acquis qu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale, après des années de lutte contre les Regueibat, grands nomades du nord du pays, qui se mettaient hors d'atteinte en se réfugiant au Sahara espagnol (Rio de Oro).

Sur le plan administratif, la Mauritanie fut intégrée à l'Afrique-Occidentale française (AOF) et administrée depuis Saint-Louis : elle n'était guère considérée que comme un satellite de seconde zone du Sénégal. C'est seulement en 1957 que ce territoire d'outre-mer fut doté d'une capitale, construite de toutes pièces, Nouakchott. L'édification de la Mauritanie indépendante doit beaucoup à son premier président Moktar Ould Dadah. La mise en exploitation des mines de fer de Zouerate en 1963, après construction d'un chemin de fer longeant la frontière du Rio de Oro, avait permis un début d'équipement du pays.

Mais Ould Dadah ne résista pas au choc du conflit à propos du Sahara occidental : dès l'accord de 1975 avec le Maroc sur un partage du Sahara espagnol, le Polisario déclenchait les opérations contre la Mauritanie. En 1978 le président était renversé par l'armée, qui se désengagea bientôt du conflit. En 1984 la Mauritanie a reconnu une théorique république sahraouie, dont le gouvernement se trouve à Tindouf, en Algérie.

Les neuf dixièmes du pays, inclus dans le Sahara, sont voués au nomadisme. Autrefois associé au commerce transsaharien et à des expéditions guerrières, celui-ci est aujourd'hui en crise. Le grand nomadisme a été désorganisé par l'établissement de frontières et par la guerre pour l'ancien Sahara espagnol. Les sécheresses répétées depuis le début des années 70 ont décimé les troupeaux et chassé les pasteurs, qui sont venus s'agglutiner autour de Nouakchott ou qui se sont installés dans la frange méridionale du pays, traditionnellement occupée par les sédentaires noirs.

Un espace d'affrontement entre Afrique blanche et noire

Ces bouleversements ont aggravé les rivalités entre les Maures, arabo-berbères, et les Négro-Africains. La situation est plus complexe qu'une simple opposition raciale entre Blancs et Noirs ; les métissages ont été importants et l'appartenance à un groupe est autant affaire de statut social que de couleur de peau. C'est pourquoi il est difficile d'établir des catégories rigoureuses. Les deux tiers de la population sont réputés maures, mais cette proportion inclut la masse des Haratines, serviteurs noirs descendants d'esclaves qui vivent au service de leurs maîtres, les Beydanes, Maures blancs pour la plupart. Les Noirs occupent la bordure sahélienne et la vallée du Sénégal. Les plus nombreux sont les Toucouleur (ou  Halpular) et les Sarakolé. Par suite d'une croissance démographique très forte, leur poids dans la population augmente. Scolarisés dans le système francophone, ils furent les auxiliaires de l'administration coloniale. L'indépendance les a mis sous la domination des Maures. Les premiers conflits sont apparus lorsque la Mauritanie a entrepris une politique d'arabisation.

La mise en valeur de la vallée du Sénégal dans le cadre de l'Organisation de la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS ), organisme associant Mauritanie, Sénégal et Mali, désorganise les rapports traditionnels entre communautés. Les beydanes se sont emparés de périmètres irrigués, ce qui entraîne des conflits fonciers qui exacerbent les tensions ethniques. Des incidents de frontière ont par ailleurs éclaté entre Sénégal et Mauritanie, conduisant à l'explosion de violence des 24 et 25 avril 1989 : massacres de Mauritaniens à Dakar et de Sénégalais à Nouakchott.

La situation s'est aujourd'hui normalisée entre les deux pays, mais le pouvoir maure de Nouakchott est contesté par l'opposition intérieure d'un mouvement noir créé en 1983, celui des Forces de libération des Africains de Mauritanie (FLAM). L'engrenage de la violence (exécutions massives de détenus négro-africains depuis 1989) a été dénoncé par Amnesty International. L'actuel président, Ould Taya, est à la recherche d'une solution politique, seule à même d'écarter le risque d'embrasement d'un État précaire.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier