Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse économique

ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Isolée au lendemain de la guerre du Golfe pour avoir soutenu l'Irak, la Mauritanie accueille aujourd'hui de nombreux touristes. Le président Maouiya Ould Sid'Ahmed Taya, dont le parti a largement remporté les élections législatives d'octobre, rencontre ses homologues chefs d'Etat sans problème. Et les leçons des organismes financiers internationaux sont consciencieusement appliquées par le pays qui bénéficie depuis janvier 1995 d'une facilité d'ajustement structurel renforcé de la part du FMI.
« Les résultats économiques sont globalement probants et le climat des affaires s'est assaini, jetant les bases d'une croissance tirée essentiellement par le secteur privé », confiait un expert européen à Jeune Afrique. De fait, le déficit total des entreprises publiques (4% du PIB) a été divisé par deux en trois ans, tandis que celui de la balance des paiements courants (6% du PIB) est en voie de réduction.
En août, la Mauritanie a conclu avec l'Union européenne un accord capital dans le domaine de la pêche. Celui-ci prévoit qu'en échange d'un triplement des captures de pêche autorisées pour les chalutiers européens dans ses eaux la Mauritanie recevra 267 millions d'euro sur cinq ans, soit l'équivalent du tiers des ressources budgétaires de l'Etat. Une telle manne pourrait permettre à la Mauritanie de sortir du sous-développement.

Le 12 décembre, les Mauritaniens ont élu leur président de la République: le président sortant, Maaouyia Ould Taya, se succède à lui même à la tête de la République islamique de Mauritanie. Elu en janvier 1992, après huit années à la tête du pays via le Comité militaire de salut national, le président Ould Taya peut se prévaloir de quelques réussites. Non pas tant sur le plan des libertés publiques (censure de la presse et atteintes aux droits de l'homme sont monnaie courante) que sur celui de l'économie. Tant le FMI que la Banque mondiale ne cessent de tresser des couronnes à Nouakchott, qui ne devrait pas avoir de difficultés à obtenir de nouvelles lignes de crédits de la part des institutions financières internationales ou des prêteurs bilatéraux. En 1997, la Mauritanie a enregistré une croissance économique de 5 %.
L'inflation est contenue (5 %) et le déficit des comptes courants est sous contrôle (5,5 % du PNB). La plupart des prix sont libérés et la restructuration du secteur public (banques et entreprises) est en cours. L'amélioration de l'économie paraît avoir profité à l'ensemble de la population. La proportion de la population vivant au dessous du seuil de pauvreté est revenu de 57% à 50% au cours des deux dernières années.

La valse ministérielle a continué en 1998. A la mi-novembre, le chef du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Guig, a été limogé par le président de la République et remplacé par son prédécesseur, Cheikh El Avia Ould Mohamed Khouna. Il est probable que la réputation de Mohamed Khouna, un économiste de renom, n'est pas étrangère à son retour à la tête de l'équipe gouvernementale, car la Mauritanie vient d'accepter une libéralisation de son économie. En contrepartie d'une réduction substantielle de sa dette multilatérale, Nouakchott a accepté de se plier, pendant trois ans, aux desiderata du FMI et de la Banque mondiale. Celle ci a obtenu la privatisation d'ici l'an 2000 de différentes entreprises publiques, dont l'OPT (télécommunications), la Sonelec (eau, électricité) et Air Mauritanie. Il faudra éviter que ces entreprises ne se transforment en « monopoles privés nuisibles }}, ont prévenu les institutions internationales. Vaste pays peu peuplé, vivant de la pêche et du minerai de fer, la Mauritanie est considérée comme « un bon élève » en matière de baisse de l'inflation, de retour de la croissance économique ou d'amélioration de la balance des paiements. L'aide internationale demeure cependant indispensable: près de 80 % du budget d'investissement de l'Etat provient de l'aide étrangère.

Dans le monde arabe, la Mauritanie a été montrée du doigt en fin d'année pour avoir établi des relations diplomatiques avec Israël. Le changement n'est pas mineur, si l'on se souvient que Nouakchott avait été l'un des rares pays à soutenir l'Irak pendant la guerre du Golfe.
Ce renversement d'alliance avait reçu, par avance, sa récompense puisque la Mauritanie a été classée en début d'année parmi les « pays pauvres très endettés (PPTE) » susceptibles de bénéficier d'une réduction de leur dette extérieure. Celle de la Mauritanie est faible en valeur absolue (1,4 milliard de dollars, ou 8,4 milliards de francs), mais elle est supérieure au PIB du pays (1,2 milliard de dollars, ou 7,2 milliards de francs).
La Banque mondiale, artisan de cette initiative en faveur des « PPTE », a officiellement admis la Mauritanie sur la liste, en juillet 99, et lui a accordé 57 millions de dollars (342 millions de francs) de prêts à des taux très faibles. Il reste au FMI et aux bailleurs de fonds bilatéraux, dont la France est le principal, à décider des conditions de l'allègement de la dette. En attendant, la Mauritanie, dirigée par un militaire, peut afficher la sagesse de sa gestion. C'est celle d'un Etat pauvre, dépourvu de moyens et d'ambitions: le budget est excédentaire et l'aide publique reçue de l'extérieur représente près du quart du PIB.

2000

La Mauritanie « fait toujours face à des défis importants » avec une économie fragile et dépendante des aléas climatiques et des chocs externes, constatait le FMI au début de l'été. Le Fonds n'en a pas moins félicité les autorités de Nouakchott « pour la performance économique encourageante » au terme d'une première année de mise en oeuvre du programme de réduction de la pauvreté et de soutien à la croissance. La croissance prévue en 2000 devait atteindre 5 % grâce, notamment, à la reprise de la production de minerai de fer, la richesse principale du pays avec la pêche.

La Mauritanie bénéficie de la sollicitude du FMI. Le pays, pauvre parmi les pauvres, fait partie du groupe des dix dont la dette extérieure a commencé à être allégée à l'automne 1999. A terme, la Mauritanie peut espérer voir effacés plus de 4,5 miliards de francs de créances en contrepartie d'un programme de réduction de la pauvreté mis en place en collaboration avec le Fonds et la Banque mondiale.

C'est sur le terrain politique que la situation est le plus préoccupante. Un an après avoir établi des relations diplomatiques avec Israël, la Mauritanie (un ancien allié de l'Irak) se retrouve confrontée à une opinion qui épouse la cause des Palestiniens. Des manifestations violentes ont eu lieu à Nouakchott et le régime autoritaire du président Ould Taya redoute que l'agitation ne se retourne contre lui.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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