Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse géopolitique du pays
ANALYSE GEOPOLITIQUE DU PAYS

On pourrait dire rétrospectivement que le Mozambique était un pays improbable car le tracé des frontières de ce territoire, comportant une façade côtière longue de 3 000 km du nord au sud, se rétrécit en une mince bande de terre qui ne s'élargit que dans l'axe de la vallée du Zambèze.

Cette forme résulte de l'histoire coloniale : établis sur la côte depuis 1526 (à Sofala), les Portugais n'ont pénétré dans l'intérieur que le long du Zambèze, vers le royaume de Mwene Mutapa et ses richesses minières. L'établissement, au XVIIe siècle, des prazos (sortes de fiefs qui rappellent les capitaineries du Brésil) et la création de la ville de Tete marquent l'importance accordée à cet axe de progression. Mais il n'y eut pas de suite. Profondément métissés, ou bien remplacés par des chefs guerriers africains, les prazeros étaient, au XIXe siècle, des barons négriers, et parmi les adversaires les plus décidés d'une  reconquête  portugaise. Lisbonne ne contrôlait alors que cinq  douanes , dont Moçambique au nord et Lourenço Marques (l'actuelle Maputo) au sud, et quelques centaines de milliers d'Africains.

A la fin du XIXe siècle, des Portugais, pourtant, rêvaient d'un grand empire allant de l'Atlantique à l'océan Indien et reliant leurs comptoirs côtiers d'Angola et du Mozambique. Mais ils ne pouvaient s'opposer aux ambitions territoriales de leur tuteur économique, la Grande-Bretagne. Si, en Angola, on leur laissa une marge de manoeuvre loin dans l'intérieur du continent, dans des  terres du bout du monde  dont nul ne voyait l'utilité, il en alla autrement sur la façade orientale, à proximité des grands gisements miniers. L'appendice du Zambèze fut la seule concession faite aux Portugais : un fleuve sauvage, des terres torrides et impaludées, des sociétés déstructurées par la traite des esclaves, bref, un médiocre cadeau. Le Portugal fut seulement institué gardien légal des débouchés maritimes de l'Afrique minière, servant de tampon entre les ambitions rivales de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne : un tampon assez faible pour laisser libre jeu aux activités des compagnies étrangères, et assez bon connaisseur des populations pour les contrôler à sa manière, rustique et violente, en jouant de leurs conflits.

A sa fonction d'appontement des régions minières de l'intérieur, y compris celle du Rand vers Lourenço Marques, le Mozambique doit son organisation en bandes zonales, unités fort mal reliées entre elles et qui furent exploitées de façons très différentes. Son homogénéité n'était que façade.

Les voies ferrées ouest-est étaient et sont encore un élément essentiel de cette partition : elles ne forment un réseau ou un système qu'au niveau supérieur de l'Afrique australe. Les liaisons routières nord-sud ont toujours été insignifiantes. Le Mozambique compte 2 200 km de chemins de fer à vocation internationale sur un total de 3 000 km. Ce sont successivement, du nord au sud, la voie reliant Nacala au Malawi, la ligne qui joint ce pays au port de Beira, l'axe Beira-Zimbabwe, puis l'ensemble plus complexe qui se noue à Maputo avec la deuxième ligne vers le Zimbabwe, le long du Limpopo, le chemin de fer du Rand et la ligne de Maputo à Mbabane au Swaziland. L'ordre chronologique est cependant plus significatif.

La plus ancienne ligne, celle du Rand, fut achevée en 1894 : financée par des capitaux allemands, elle représentait une tentative des républiques boers pour éviter l'encerclement britannique et la dépendance à l'égard des ports du Natal et de la province du Cap. Le chemin de fer de Beira fut réalisé en 1899, mais modernisé en 1925, en fonction davantage du cuivre de Rhodésie du Nord que des mines, encore modestes, de la Rhodésie du Sud ; la jonction entre Beira et le Nyassaland (l'actuel Malawi) a été réalisée en 1915. La ligne du Limpopo ne fut achevée qu'en 1956, au temps de la Fédération d'Afrique centrale, quand la Rhodésie du Sud était en pleine expansion. Aux deux extrêmes, les lignes Nacala-Malawi et Maputo-Swaziland sont des créations des années 60 : la première avait surtout des justifications géopolitiques, la seconde permit l'exportation, aujourd'hui arrêtée, du fer de Ngwenia.

Les axes fluviaux, eux aussi disposés ouest-est ¾ ce sont à la fois des obstacles à la circulation nord-sud et des axes de concentration humaine ¾, n'ont pas systématiquement déterminé le tracé des voies ferrées. Au nord, sauf pour une fraction du chemin de fer du Malawi, elles s'en écartent ; les étendues marécageuses du bas Zambèze ont été répulsives. Au sud, en revanche, Limpopo et Nkomati ont guidé le tracé du rail, donnant les bases d'une organisation régionale.

Les marques de la colonisation portugaise

Après les voies ferrées et les axes fluviaux, le troisième facteur de partition du Mozambique en bandes zonales, et sans doute le plus important pour la géopolitique interne du pays, est l'histoire de son exploitation. Comme le Portugal, jusqu'à la renaissance du concept d'empire au temps de Salazar, n'avait ni le souci ni les moyens d'une mise en valeur globale de cette colonie, celle-ci fut divisée en zones d'influence. Une opposition majeure s'établit entre les régions étroitement liées au pôle minier du Rand, et celles qui lui échappaient.

De ce point de vue, les accords de 1901 et de 1928 entre le Portugal et l'Afrique du Sud furent capitaux : le premier ouvrit au recrutement de mineurs tout l'espace méridional (au sud de la Save), le second attribua au port de Lourenço Marques 47,5 % du trafic maritime de la région minière. L'exportation de main-d'oeuvre, notamment, devint l'une des ressources essentielles de la colonie, puisque les mineurs ne recevaient dans le Rand qu'une fraction de leurs salaires, le reste étant versé en or ¾ évalué à un taux très avantageux ¾ au Portugal qui payait les travailleurs ou leurs familles en monnaie locale.

Malgré ces conditions léonines, malgré, aussi, la dureté du travail dans les mines, la main-d'oeuvre ne fit jamais défaut (60 000 Mozambicains travaillaient dans le Rand en 1932) tant étaient rares les autres occasions d'acquérir quelque argent. Le sud du Mozambique doit à ces migrations de travail des caractères spécifiques : c'est la partie la moins lusophone du pays, et la langue véhiculaire y incorpore de nombreux emprunts à l'anglais et à l'afrikaans (¨afrikaner (peuple)) ; avec les gains de l'émigration, l'équipement du milieu rural fut appréciable, et une différenciation sociale s'esquissa.

Le reste du territoire fut jusqu'aux années 20 laissé sous la coupe de compagnies à capitaux étrangers, dont chacune imprima un style particulier à l'exploitation des hommes. A l'extrême nord, la Compagnie du Nyassa vécut de la rapine, et d'abord du trafic des hommes, vers São Tomé notamment, dans une forme à peine modernisée de l'esclavage. Dans les provinces de Manica et de Sofala, la Compagnie du Mozambique, à capitaux français et britanniques, se consacra essentiellement à la construction des chemins de fer partant de Beira. Au centre, dans la basse vallée du Zambèze, la Compagnie du Zambèze s'orienta vers l'agriculture de plantation, produisant du sisal, mais aussi et surtout du sucre à Sena, du coprah à Boror ; ses abus, comme ceux de la Compagnie du Nyassa, entraînèrent dès le début du siècle une fuite des populations vers les territoires voisins, fuite qui devait devenir une constante dans l'histoire ultérieure du pays.

La politique de restauration impériale de Salazar mit un terme au monopole des compagnies et provoqua une volonté d'aménagement global et d'intégration dans un système où les  provinces d'outre-mer  devaient fournir au Portugal des matières premières, lui assurer des marchés et être des terres d'accueil pour les excédents de population de la mère patrie. Cette politique impériale ne prit toutefois pas ici le même tour qu'en Angola.

Le Mozambique, par ailleurs plus éloigné de Lisbonne, manquait de hautes terres salubres, de forêts à défricher pour planter les caféiers ; l'implantation d'un peuplement européen impliquait des aménagements hydroagricoles coûteux, qui furent menés à bien dans la vallée du Limpopo mais seulement tardivement rêvés dans celle du Zambèze. L'apport du Nord à l'économie coloniale fut essentiellement la production de coton, réalisée par les Africains dans le cadre d'un travail forcé extrêmement rigoureux : de 23 000 tonnes en 1942, la production passa à 140 000 tonnes en 1955, tonnage dont les trois quarts venaient des trois provinces du Nord.

D'autre part, la position du Mozambique (et les ressources qu'il tirait du transit ferroviaire et maritime) était telle qu'on ne pouvait concevoir son intégration rigide dans une économie impériale : quand les Ovimbundu ¨ d'Angola devaient s'orienter vers les plantations de café du Nord, rompant avec leur pratique des migrations vers l'Afrique australe, les Tsonga restaient invités à contribuer à la prospérité de l'Afrique du Sud. L'émigration des Lomwe au Nyassaland ne fut pas entravée, tant ils étaient utiles aux planteurs britanniques.

Malgré l'indéniable importance des aménagements réalisés par les Portugais à leur profit (avec l'aide de capitaux sud-africains), tant dans l'agriculture que dans l'industrie (le Mozambique, en dépit de la faiblesse de ses ressources minières, se classait en 1975 au dixième rang industriel en Afrique, avec 150 000 ouvriers), la province demeura écartelée, en fonction des conditions de circulation des hommes et des produits, des formes régionales spécifiques de l'exploitation de la main-d'oeuvre et du sol, et elle resta intégrée dans un ensemble économique supranational.

La lutte pour l'indépendance

Il est surprenant, dans ces conditions, que la lutte pour l'indépendance ait pu être conduite par un seul mouvement, le Frente de Libertação de Moçambique ou Front de libération du Mozambique (Frelimo). Il y entre une part de hasard, due au poids de personnalités, celle d'abord d'Eduardo Mondlane puis, après l'assassinat de celui-ci en 1969, celle de Samora Machel : des hommes du Sud, des  assimilés  qui surent animer des guérillas paysannes et nordistes. Mais il faut aussi souligner le rôle de refuge que constitua la Tanzanie. Alors qu'en Angola les influences extérieures, celles du Zaïre et de l'Afrique du Sud, ont toujours tendu à diviser la lutte anticolonialiste, au Mozambique le leadership idéologique de la Tanzanie, ou sans doute plutôt la collaboration entre la  Tanganyika African National Union (TANU) et le Frelimo (car le rôle des émigrés mozambicains dans l'émergence des villages ujamaa de la Ruvuma ne doit pas être négligé), a donné une autre dimension à la guerre de libération. Celle-ci a été surtout menée par les Makonde ¨, ethnie dont le territoire se trouve à la frontière tanzanienne.

Moins influencée peut-être par les débats idéologiques des marxistes européens (Mondlane avait été formé en Afrique du Sud et aux États-Unis), l'action du Frelimo s'est plus clairement située dans un contexte qui pouvait être mobilisateur pour l'ensemble de la population du pays, à savoir la lutte contre la domination du régime d'apartheid ¨ sur l'ensemble de l'Afrique australe. Il serait abusif de parler de soulèvement national : le Sud n'a pas connu la guerre de libération, et, au nord, les Makua ¨ ne se sentirent pas concernés ; après la mort de Mondlane, les conflits furent rudes au sein du Frelimo entre tendances régionalistes et paysannes, marquées chez les Makonde, et tendances unitaires, exprimées par les leaders sudistes.

Du moins n'y eut-il pas, avant l'indépendance, de clivage Nord-Sud. Clivage qui apparut en revanche avec d'autant plus de vigueur qu'il avait été jusqu'alors occulté, lorsque, après le retrait des Portugais, les dirigeants s'établirent à Maputo et que, pour la gestion d'un appareil d'État, les rares cadres, majoritairement sudistes, et point toujours combattants, tendirent à oublier la contribution des peuples du Nord à l'effort de guerre.

L'insertion du problème mozambicain dans le contexte de l'Afrique australe ne fut pas le fait du seul Frelimo. Le Portugal lui-même, contraint de se trouver des alliés, souhaitait associer dans la mise en valeur du Mozambique non seulement l'Afrique du Sud mais l'ensemble du monde occidental. C'est ainsi qu'il faut comprendre la construction du barrage de Cahora Bassa, dans la vallée du Zambèze, entreprise folle si l'on songe qu'elle fut menée à bien dans une région isolée où la pression du Frelimo pouvait être constante.

La réalisation, décidée en 1966, d'un barrage, d'une centrale de 2 000 MW pour la première tranche et d'une ligne électrique à haute tension de 533 kV courant sur 1 400 km jusqu'au Rand n'avait de sens que pour alimenter l'Afrique du Sud, dépourvue de pétrole et dont les ressources hydrauliques sont limitées. Le consortium chargé de la construction comprenait notamment des firmes allemandes et françaises. Autant de moyens pour les Portugais d'arrimer le Mozambique à l'ensemble du  monde libre . Les travaux, que le Frelimo ne chercha pas à perturber, furent achevés en 1975, au moment même où, suite à la  révolution des oeillets  à Lisbonne, le mouvement de libération arrivait au pouvoir...

Après l'indépendance

Malgré la proximité de l'Afrique du Sud, malgré les troubles que provoquait la guerre de libération du Zimbabwe, le contexte politique de l'indépendance pouvait sembler moins défavorable au Mozambique qu'en Angola, puisque les nationalistes offraient en principe un front uni. Mais le Mozambique connut lui aussi des problèmes après la brutale saignée du départ des Portugais, qui occupaient jusqu'aux postes les plus modestes d'encadrement et tenaient le commerce rural. Bien plus qu'un choix idéologique ou qu'un alignement de circonstances sur des protecteurs marxistes, la gestion étatique des plantations du Zambèze et du Limpopo ¾ transformées en fermes d'État ¾ comme celle des usines et du commerce furent d'abord une nécessité technique puisque les propriétaires étaient partis. Rien en revanche sinon la volonté de faire l'unité nationale et son quasi-corollaire, le penchant à l'étatisation et à la bureaucratisation, tentation de tous les jeunes États africains, ne justifiait au départ la  villagisation  (le regroupement en aldeias communais), imposée en principe à toute la population rurale, ni l'octroi préférentiel aux entreprises d'État de la quasi-totalité des crédits et des moyens disponibles.

Lorsque, à partir de 1983 et de l'accord de Nkomati avec l'Afrique du Sud, la libéralisation économique devint à la fois une possibilité et un impératif, elle ne s'opéra pas dans l'intérêt de la petite paysannerie mais au profit soit de grosses entreprises comme la Lonrho, repreneuse de plantations et de mines d'or et de charbon, soit de la couche réduite des paysans aisés, plus actifs dans le sud du pays.

Bien plus qu'en Angola, et plus précocement, l'établissement de la paix au Mozambique, allié à une reprise économique, a semblé pouvoir faire l'objet d'un consensus, et cela dès qu'il apparut que l'Union soviétique ne souhaitait pas s'implanter militairement ni apporter l'indispensable aide économique. Ici, ce n'est pas un littoral pétrolier qui intéresse  : le fonctionnement du système des transports préoccupe tous les États voisins, ce qui implique la sécurité sur l'ensemble du territoire. L'aide des pays industriels libéraux n'a pas fait défaut (le Mozambique est actuellement le pays africain le plus aidé par les États-Unis).

Les pays africains ont apporté leur contribution militaire, la Tanzanie d'abord (jusqu'en 1988), puis le Zimbabwe, avec quelque 25 000 hommes veillant surtout, mais non exclusivement, sur le corridor de Beira, artère essentielle et prolongation du pays shona. Les pays européens ont apporté une assistance technique, et les firmes ont constitué leurs propres forces de sécurité. Tout cela n'a pas empêché la montée en puissance des bandes de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), qui fait régner l'insécurité sur la plus grande partie du territoire.

Au Mozambique, à la différence de la situation angolaise, ce n'est pas un pur et simple abandon des campagnes qui provoqua la crise et qui ouvrit les voies à la rébellion, mais la combinaison d'un abandon économique et d'une volonté de contrôle politique dont l'image est le remodelage volontaire de l'habitat rural en villages communautaires : la réticence ou le refus des paysans frayait la voie à l'opposition armée.

Il est avéré que la Renamo, en qui le Frelimo n'a voulu voir que des  bandits armés , était à l'origine une création des services secrets étrangers, rhodésiens d'abord, puis sud-africains, qui utilisèrent des Portugais émigrés, nostalgiques de l'époque coloniale, et certains de leurs auxiliaires africains, notamment parmi les chefs et les regulos les plus compromis avec le régime salazarien.

Dans quelle mesure, toutefois, les puissances étrangères ont-elles pu contrôler ces forces ? On a pu s'étonner par exemple de voir la Renamo saboter la ligne à haute tension partant de Cahora Bassa : le Portugal, qui doit payer presque seul le coût de la dette contractée pour la construction du barrage, n'a évidemment aucun intérêt à ce type d'opération, et l'électricité serait utile à l'Afrique du Sud. De tels sabotages n'en supposent pas moins un appui technique étranger. Les firmes agro-industrielles sud-africaines voient dans les vallées de la Nkomati et du Limpopo une prolongation du front pionnier qu'elles ont ouvert dans le Low Veld, et elles ont intérêt au retour de la paix. Sans doute faudrait-il prendre en compte de profondes contradictions à l'intérieur du pouvoir blanc d'Afrique du Sud.

Cependant, la croissance de l'insécurité dans les campagnes du Mozambique s'explique aisément. Le rejet des  structures , mot par lequel les ruraux désignent le pouvoir en place, marque le désespoir d'une paysannerie qui se refuse à un embrigadement qui ne lui apporte rien (le commerce étant désorganisé, pourquoi produire pour la vente ? pourquoi se grouper en gros villages, abandonner sa maison et ses champs, si l'on est contraint à l'autosubsistance ?).

Les forces de la Renamo ont pu paraître longtemps un agrégat de  grandes compagnies , une  armée en liberté  se nourrissant du désordre que les erreurs de son adversaire et sa propre action provoquaient, une force aveugle que nul ne pouvait plus contrôler. Il n'est pas sûr que cela soit encore exact. Le mouvement d'opposition conduit par Alfonso Dhlakama s'est africanisé plutôt qu'ethnicisé, car, même s'il a parmi ses bastions la Gorongosa, en pays shona, à proximité du Zimbabwe, ses troupes sont d'origines variées et comptent notamment d'anciens combattants du Frelimo, originaires du Nord, déçus par la prééminence politique du Sud ; la vallée du Zambèze, aux populations très mêlées, est du reste l'un de ses champs d'action privilégiés.

Peu à peu se renforce, comme en Angola, l'opposition des Noirs aux métis et aux Blancs de nationalité mozambicaine, et les revendications de la Renamo ne sont pas sans écho au sein du Frelimo lui-même.

Le mouvement de guérilla a donc pu manifester un refus global des politiques, et somme toute un rejet de l' ajustement structurel  que les institutions financières internationales prétendent, cas unique, imposer à un pays exsangue où la guerre absorbait au moins 40 % du budget. L'influence de la guérilla pouvait donc déborder sur le monde urbain, durement frappé par les dévaluations, par le blocage des salaires et par la réduction des emplois publics, et où les inégalités de richesse s'exacerbent. Pendant des années, les négociations entre les deux parties ont piétiné. Alors qu'un accord formel a été signé sous l'égide des Nations unies, le 4 octobre 1992, sa mise en application a été extrêmement lente, en raison notamment de la méfiance de la Renamo, qui a même failli se retirer en cours de scrutin présidentiel et législatif (27 octobre 1994). Or ses résultats ont été appréciables : 37,8 % pour Dhlakama à la présidentielle, 33,7 % à la Renamo. Les clivages ne sont pas ethniques (les Makua, par exemple, sont divisés), ils sont régionaux : le Sud a voté Frelimo, le Centre-Nord, la région la plus riche, a donné une majorité à la Renamo. Ce contraste n'est pas rassurant, car le Frelimo refuse de faire sa place à son opposition, ce qu'apprécient peu les partenaires internationaux, mais le désir de paix paraît trop grand pour que se produise une nouvelle conflagration.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier