Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse du pays de 1982 à 1997
ANALYSE DU PAYS DE 1982 A 1997

Le Mozambique (11 millions d'habitants), devenu lui aussi une démocratie populaire en 1975, a échappé à la guerre civile qui continue de déchirer l'Angola. Le mouvement national au Mozambique s'est unifié dès les années soixante dans le "Front de libération du Mozambique" (FRELIMO), devenu le parti unique après l'indépendance. La lutte contre les Portugais a cependant été surtout le fait des ethnies du Nord (notamment les Makondés). Or, depuis l'indépendance, celles-ci se sentent délaissées, l'activité de l'État se concentrant au sud, autour de la capitale Maputo. Le gouvernement du Mozambique affirme ses options révolutionnaires, mais les rapports du sud du pays avec l'Afrique du Sud restent fort étroits. Le port de Maputo est en effet le débouché le plus commode pour la zone minière et industrielle de Johannesburg. Un grand nombre d'hommes du sud du Mozambique ont pris l'habitude d'aller travailler dans les mines d'Afrique du Sud et ne veulent pas renoncer à cette ressource. Il existe un autre lien avec l'Afrique du Sud: l'énorme barrage de Cabora Bassa sur le Zambèze, construit avant l'indépendance, est relié à Johannesburg par une ligne à très haute tension qui devait permettre au Mozambique de vendre d'importantes quantités de courant électrique à l'Afrique du Sud. Mais cette ligne a été coupée par des maquis hostiles au gouvernement mozambicain, qui s'est vu ainsi privé de revenus importants.

On aurait pu penser que la fin du pouvoir des Blancs en Rhodésie du Sud et la transformation de ce pays en Zimbabwé en 1980 marqueraient la fin des raids sur le Mozambique. Or la situation s'est considérablement aggravée à partir de 1981: la région centrale, la vallée du Zambèze, a d'abord été le terrain d'action de guérilla du "Mouvement de résistance nationale" (MRN), soutenu par l'Afrique du Sud. Mais en 1982 et au début de 1983, la situation s'est encore détériorée pour le gouvernement de Maputo, du fait de l'activité accrue du MRN: les grandes installations économiques ont fait l'objet de raids destructeurs, les maquis du MNR ont pris en otages des experts et coopérants étrangers et des commandos sud-africains ont multiplié les raids au Mozambique (25 août et 8 décembre 1982) pour détruire des bases de l'African National Congress (ANC). L'organisation noire clandestine a réalisé en 1982 et au début de 1983 un certain nombre d'attentats spectaculaires en Afrique du Sud. Au printemps 1983, la situation est devenue si grave pour le gouvernement mozambicain qu'il a accepté des négociations avec Pretoria pour diminuer la tension. En échange d'une diminution de l'aide accordée par l'Afrique du Sud au MNR, le Mozambique pourrait non seulement limiter les activités de l'ANC sur son territoire mais prendrait des distances à l'égard des États communistes. Coïncidence "surprenante", le chef du MNR a été assassiné le 20 avril 1983 près de Pretoria, en dépit de la protection dont il faisait l'objet. Cette phase de réduction de la tension avec l'Afrique du Sud paraissait pourtant compromise après l'attentat spectaculaire commis par l'ANC à Pretoria le 20 mai 1983, suivi par un raid de l'aviation sud-africaine sur Maputo le 23 mai.

Le Mozambique (13 millions d'habitants), ancienne colonie portugaise, est devenu indépendant en juin 1975, à l'issue d'une guerre de dix ans conduite par le FRELIMO (Front de libération du Mozambique). D'obédience marxiste-léniniste, le régime du président Samora Machel a signé en 1977 un traité d'amitié avec l'URSS, principal fournisseur d'armes du pays. Des options politiques qui ne pouvaient laisser insensible l'Afrique du Sud ; d'autant que l'accession en 1980 du Zimbabwé à l'indépendance a permis au Mozambique de devenir l'un des plus actifs acteurs de "la ligne de front" (ce pacte des pays de la zone australe s'engageant à libérer "leurs frères du sud" de l'apartheid).

À partir de 1980, l'Afrique du Sud a suscité un mouvement fantoche, la RNM (Résistance nationale du Mozambique, 10 000 hommes à son plus haut niveau) qui s'est employé à déstabiliser par des actions de sabotage la fragile économie du nouvel État. Cette offensive a coïncidé avec une guerre économique non déclarée menée par l'Afrique du Sud. Celle-ci n'était-elle pas le principal partenaire du Mozambique? En 1973, 130 000 Mozambicains travaillaient dans les mines du Transvaal. 60% de leurs salaires, payables en or, représentaient 40% des ressources en devises du Mozambique. Leur nombre tombera à 40 000 en 1983. De même, le transit des marchandises sud-africaines par le port de Maputo ne représentait plus en 1984 que 16% de celui de 1973. Enfin, l'énorme barrage de Cabora-Bassa sur le Zambèze, construit avant l'indépendance et relié à Johannesburg par une ligne à haute tension, restera inutilisable à la suite des sabotages de la RNM. À ces effets de la guerre, se sont ajoutés ceux des erreurs de gestion (notamment une collectivisation trop radicale de l'agriculture et du petit commerce), du poids d'un appareil militaire dont les stocks sont payés en dollars à l'URSS, et surtout d'une succession hallucinante de calamités naturelles qui ont affamé de vastes régions.

Autant de constats qui ont amené les dirigeants mozambicains à opter pour une politique plus pragmatique, tenant compte des atouts de leur encombrant voisin: en mars 1984, un traité visant à "réduire la tension régionale" a été signé entre les deux pays. La République Sud-Africaine s'est engagée à ne plus soutenir la RNM, en échange de quoi le Mozambique n'apportera plus de soutien matériel aux militants de l'African National Congress (ANC). Sur le plan économique, Maputo espérait beaucoup d'une reprise active des relations avec Pretoria, et souhaitait même l'arrivée d'investisseurs sud-africains sur son sol. Cette ouverture allait de pair avec celle souhaitée par Samora Machel en direction des pays occidentaux: les relations ont ainsi été normalisées avec les États-Unis, et le Mozambique a demandé son adhésion au groupe des ACP (pays d'Afrique, des Caraïbes, du Pacifique) associés à la CEE, par la Convention de Lomé.

Le Mozambique (13,74 millions d'habitants), ancienne colonie portugaise de 783 080 kilomètres carrés, n'a pratiquement pas connu la paix depuis plus de vingt ans. A la guerre pour la décolonisation, a bientôt succédé une guerre menée par le mouvement RNM (Résistance nationale du Mozambique), suscité par la Rhodésie de M. Ian Smith, puis encouragé et soutenu par la République sud-africaine, effrayée des options marxistes-léninistes du FRELIMO (Front de libération du Mozambique), parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1975.

On aurait pourtant pu croire que le calme reviendrait progressivement dans cette région d'Afrique australe après la signature à Nkomati, le 16 mars 1984, d'un pacte de non-agression et de voisinage entre l'Afrique du Sud et le Mozambique. Mais, ce qui devait, au dire du président de la République sud-africain, M. Pieter Botha, "servir de modèle aux relations des différents États de la région" s'est révélé être un marché de dupes pour les Mozambicains. Dans cet accord, Pretoria s'engageait à ne plus soutenir la RNM tandis que Maputo promettait de ne plus apporter d'aide à l'ANC (Congrès national africain), mouvement nationaliste sud-africain interdit en Afrique du Sud. Si le Mozambique a respecté ses promesses en expulsant les militants de l'ANC (en mai 1985, il ne restait plus dans le pays qu'une antenne de quelques hommes), la RNM a continué de harceler les forces mozambicaines, commettant des attentats jusqu'aux abords de la capitale, et cela malgré des déclarations répétées de M. Botha selon lesquelles il ne tolérera pas que des "actions violentes contre le Mozambique soient menées à partir de l'Afrique du Sud".

Les Mozambicains ont accusé des anciens colons portugais vivant en Afrique du Sud et au Portugal, ainsi que des États conservateurs du Golfe (Arabie Saoudite et Oman) d'apporter une aide matérielle aux "bandits armés" de la RNM, via les Comores et le Malawi. L'Afrique du Sud, voyant sa crédibilité mise en doute, a tenté de réunir des militants de la RNM et des représentants du régime de M. Samora Machel pour parvenir à un cessez-le-feu. Cette initiative n'a jamais pu aboutir, les rebelles exigeant rien moins qu'un partage du pouvoir et une renonciation au marxisme-léninisme.

Envolés également les rêves, bercés après l'accord de Nkomati, d'un démarrage des activités économiques. En plus de l'insécurité qui régnait à travers le pays, le Mozambique a été victime de la sécheresse, d'un cyclone et d'inondations qui ont touché environ un tiers de la population et coûté la vie à plus de 100 000 personnes. La vie agricole est désorganisée et le système de distribution inexistant. La production (coton, noix de cajou, sucre, thé) a dramatiquement chuté. Il n'y a guère que dans le Sud qu'il est possible d'élever du bétail (1,4 millions de têtes). L'industrie elle-même a été très affectée. Des contrats de prospection du pétrole ont été signés avec les compagnies Esso, Shell, BP et Amoco. Seul le charbon continue d'être extrait ; pourtant le sous-sol mozambicain contient des réserves de gaz, de cuivre, de bauxite, de fluorine, et on y a découvert en 1984 du tantale, un métal utilisé pour les réacteurs nucléaires et les missiles.

Le Mozambique a adhéré en 1984 à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. Il a signé la convention de Lomé avec la Communauté économique européenne et a permis aux organismes de secours occidentaux de les aider à rédiger des programmes d'aide. L'ouverture s'est faite également en direction des États-Unis, qui ont signé une aide de 15 millions de dollars ; l'Union soviétique continue de fournir au pays la moitié de ses besoins en carburant ainsi que des armes.

Déchiré par les rebelles de la Résistance nationale du Mozambique (RNM) qui sèment la terreur dans le pays jusqu'aux portes de Maputo, et épuisé par une série de calamités naturelles (sécheresse, cyclones, inondations), le Mozambique a été contraint en 1985 de vivre au jour le jour, alors que 42% de son budget était consacré à l'effort de guerre.

L'agriculture, principale ressource du pays, (maïs, manioc, canne à sucre, thé, noix de cajou, agrumes), déjà affectée par une collectivisation trop radicale au début des années quatre-vingt, est profondément désorganisée. Non seulement la production ne parvient pas à répondre aux besoins, mais à peine 20% de celle-ci a pu être commercialisée.

Les chemins de fer et les ports par où transitait notamment le commerce du Zimbabwé ont subi régulièrement des sabotages de la RNM et le pays ne peut plus compter sur les devises que lui procuraient autrefois les mineurs mozambicains travaillant en Afrique du Sud. Au nombre de 130 000 en 1973, ceux-ci n'étaient que 35 000 en 1985.

En fait, le Mozambique n'a pratiquement pas connu la paix depuis plus de vingt ans: à la guerre pour l'indépendance (1975) ont succédé les exactions de la RNM. Forte d'environ 20 000 hommes, cette organisation est soutenue par des Sud-Africains effrayés par les options marxistes-léninistes du FRELIMO (Front de libération du Mozambique, parti au pouvoir depuis l'indépendance), par des anciens colons portugais et par des États conservateurs du Golfe (Arabie saoudite, Oman) qui offrent une aide matérielle via les Comores et le Malawi.

Toutes ces difficultés avaient amené le président Samora Machel à signer en mars 1984, à Nkomati, un pacte de non-agression et de bon voisinage avec l'Afrique du Sud. En fait, l'accord a été un marché de dupes pour le Mozambique. Si celui-ci a respecté ses promesses en expulsant les militants du Congrès national africain (ANC), la RNM n'a pas cessé ses activités en prenant l'Afrique du Sud comme zone de repli. Les meurtres de missionnaires et de paysans, les enlèvements, les sabotages et les attentats se sont succédé tout au long de l'année.

Le président sud-africain, Pieter Botha, qui avait déclaré, en janvier 1985, qu'il n'accepterait jamais que son pays soit utilisé par les rebelles, a annoncé en mars que la police avait démantelé un "gang de criminels, banquiers, hommes d'affaires d'Amérique latine, d'Europe et d'Afrique voulant faire du Mozambique leur domaine réservé". Mais, après la publication du journal d'un officier rebelle, M. Botha a dû reconnaître que l'Afrique du Sud avait violé le territoire mozambicain, que l'armée avait aidé à la construction d'une piste d'atterrissage pour la RNM et avait convoyé et approvisionné, à plusieurs reprises, les chefs de l'insurrection. Le quartier général de la RNM, Casa Banana, situé dans les montagnes de Goron Goza, pris par l'armée en août 1985, a été repris par les rebelles en février 1986.

Le Zimbabwé et la Tanzanie ont envoyé, dans le cadre de la coopération régionale, plusieurs milliers d'hommes pour aider Maputo à protéger les voies ferroviaires et son oléoduc.

Si les États-Unis ont consenti au Mozambique une aide économique de 18 millions de dollars en 1985, celle-ci a été liée à la réduction du nombre de conseillers militaires du bloc de l'Est présents sur le sol mozambicain. L'adhésion à la convention de Lomé qui lie Maputo à la CEE ne l'a pas empêché de passer un accord de coopération avec le CAEM en juin 1985.

Entre socialisme et FMI

Le 19 octobre 1986, le Tupolev de Samora Machel s'écrasait à Mbuzini (Transvaal). Attentat ou accident, la mort du président de la République et du Front de libération du Mozambique (FRELIMO), est survenue à un moment de crise profonde dans le pays.

En signant l'accord de Nkomati avec l'Afrique du Sud, le 16 mars 1984, le Mozambique espérait obtenir la paix et un afflux de capitaux occidentaux compensant la non-reconduction, en avril 1978, de l'accord de 1928 sur les salaires des mineurs émigrés (dont 60% étaient versés en or à l'État). Aux termes de l'accord, le groupe rebelle RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) ne devait plus être soutenu par Prétoria, et le Congrès national africain (ANC, parti illégal d'Afrique du Sud) ne pouvait plus avoir qu'une présence symbolique à Maputo.

Le gouffre de la guerre

En fait, la RENAMO a continué de bénéficier de l'aide du régime raciste, a obtenu de surcroît celle du Malawi et, à partir de 1985, la guerre a gagné la totalité du pays. A la fin 1986, près de quatre millions de Mozambicains étaient durement éprouvés par les combats et/ou la famine. L'économie était au bord de la "rupture complète". La guerre a englouti 42% du budget de 1986 et les crédits militaires devaient doubler en 1987.

La tension s'est encore aggravée en octobre 1986, lorsque l'Afrique du Sud a accusé le Mozambique d'avoir "choisi le terrorisme" (une mine avait explosé à la frontière) et a décidé, le 8, de ne plus recruter de mineurs mozambicains. Si l'opposition de la Chambre des mines a permis de reconduire les contrats des plus qualifiés, le nombre d'émigrés légaux devait diminuer de moitié.

Malgré l'accord survenu le 26 septembre 1986 entre Maputo et Blantyre, la RENAMO a pris l'offensive à partir du Malawi le 29, occupant de vastes zones des provinces de Zambézia, Tete, Sofala et Nampula. La contre-offensive des troupes du FRELIMO n'a vraiment commencé qu'en janvier 1987, avec l'appui de contingents du Zimbabwé et de Tanzanie. Les succès de la RENAMO ne s'expliquent pas uniquement par les soutiens externes: elle bénéficie de la désorganisation des forces armées du Mozambique mais a aussi acquis une certaine base sociale. En revanche, le soutien dont bénéficiait le FRELIMO s'est effrité du fait de l'aggravation continue de la situation et de la mise en oeuvre de projets de développement qui ont engouffré des capitaux ou qui ne correspondaient pas aux aspirations populaires (grands barrages, fermes d'État, villages communaux, etc.).

Dès 1980, l'endettement du pays a pris des dimensions préoccupantes. Après avoir demandé le rééchelonnement de ses échéances le 9 février 1984, le gouvernement a adopté une politique économique de plus en plus libérale. Commencées dès 1979, les dénationalisations d'entreprises ont été suivies, depuis 1984, de distributions de terres à des agriculteurs privés, tandis que les villages communaux recevaient peu d'appui. Le 11 mai 1984, le pays remettait en cause le monopole d'État du commerce extérieur, il publiait en août un code des investissements étrangers (encore adouci en 1986) ; à la fin de la même année, l'adhésion au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Convention de Lomé était effective et l'idée d'une intégration au CAEM abandonnée au profit d'un simple statut de membre associé. Le 8 mai 1985, une partie des prix étaient libérés. Cependant, le FMI demandait des mesures plus sévères. Pour se dissocier d'un impopulaire "plan de réhabilitation économique" et se consacrer à l'armée, Samora Machel cessa de cumuler ses fonctions avec celles de Premier ministre et de président de l'Assemblée, qui échurent à Mario Machungo (nommé le 17 juillet 1986) et Marcelino Dos Santos (élu le 15 janvier 1987). Joaquim Chissano, nouveau président élu par le Comité central du Parti le 3 novembre 1986, confirma cette réforme et l'orientation économique.

Le FRELIMO perd sa base populaire

Pour reconquérir un espace politique, le FRELIMO a organisé, d'août à décembre 1986, des élections qui, malgré la situation militaire, se sont tenues dans toutes les provinces, inégalement. Une pyramide d'assemblées ont été élues sur liste unique. Les candidats (de 20% supérieurs en nombre à celui des postes à pourvoir) devaient justifier leur biographie et leur comportement, et pouvaient être rejetés s'ils recueillaient plus de 50% de "voix négatives". Le Parti a retiré plusieurs de ses candidats. Globalement, il est probable que moins d'un Mozambicain sur quatre a participé au processus. En ce sens, c'est un échec pour le FRELIMO.

Sa base sociale peut s'amoindrir encore avec les nouvelles mesures économiques. Face à une dette extérieure de 3,9 milliards de dollars (quarante-trois fois la valeur des exportations), le FMI a exigé 90% de dévaluation: 76% ont été acceptés par l'Assemblée populaire en janvier 1987, ainsi qu'un nouvel impôt, des hausses importantes sur les prix des transports, de l'eau, de l'électricité, des biens alimentaires, des hôpitaux (gratuits jusqu'alors), non compensées par une augmentation de 50% des salaires ; 20% des travailleurs de l'État devaient être licenciés et envoyés à la campagne. Faute de capitaux occidentaux qui tardent à venir, le seul ballon d'oxygène attendu est le "corridor de Beira": pièce maîtresse des projets de la Conférence de coordination pour le développement de l'Afrique australe (SADCC), il s'agit d'un complexe de transports (chemin de fer, route, port, pipeline) liant la ville côtière de Beira au Zimbabwé et au copperbelt (ceinture de cuivre). La CEE et l'US-AID (Agence des États-Unis pour le développement) en sont les bailleurs de fonds. Cependant, on n'en sentira pas les résultats avant plusieurs années et la RENAMO attaque systématiquement les infrastructures. La politique mozambicaine de conciliation envers les exigences du FMI lui a permis d'obtenir du Club de Paris, le 17 juin 1987, le rééchelonnement de sa dette publique.

La majorité des paysans n'a pas pris parti pour la RENAMO, mais déjà touchée par des crues et sécheresses catastrophiques, elle a de plus vécu une profonde désillusion: l'agriculture familiale a été totalement délaissée par le gouvernement. Les fermes d'État n'ont permis aucun échange avec la paysannerie et celle-ci ne pouvant commercialiser ses surplus s'est repliée sur l'autosubsistance.

Présentés comme un mode de développement rural, les "villages communaux" ont en réalité déstabilisé la base productive agricole. Unissant plus ou moins autoritairement des paysans dispersés, sans égard pour les structures de la société où le lignage joue un rôle primordial, ils n'ont pas reçu l'appui suffisant pour permettre une agriculture intensive: les champs, groupés, se sont vite épuisés, la productivité a baissé. La RENAMO a fait de ces villages sa cible principale avec l'appui d'une fraction de leurs habitants. Inversement, l'armée et le Parti en ont recréé d'autres pour garder le contrôle de la population. Afin d'accroître les productions, notamment les cultures d'exportation (coton, cajou), un cours très autoritaire s'est dessiné depuis la fin 1985: des formes plus ou moins proches du travail forcé et des recrutements obligatoires pour les entreprises sont encouragés.

Prisonnier de schémas théoriques imaginés par des urbains, le FRELIMO n'a pas réussi à garder sa base populaire. Sa politique va d'un certain gauchisme technocratique (fermes d'État, villages communaux, exode urbain) à de grandes concessions au FMI et au bon voisinage avec l'Afrique du Sud ; on voit mal ce qui pourrait le dispenser, à terme, de négociations avec la RENAMO, si ce n'est la chute de l'apartheid lui-même.

La persistance de la guérilla animée par la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) et soutenue par l'Afrique du Sud contre le régime de Maputo a continué de peser sur la vie quotidienne du Mozambique. Les sabotages, les massacres réguliers des populations civiles en milieu rural - celui d'Homoine en juillet 1987 a fait plus de 400 victimes - ont achevé de ruiner une économie déjà exsangue. L'insécurité chronique des campagnes, qui maintient la production vivrière à des niveaux très bas, a accru le déficit alimentaire, au point de rendre 4,2 millions de Mozambicains sur 14 millions directement dépendants de l'aide internationale.

Le gouvernement de Maputo a dû finalement accepter les recettes économiques du FMI et élaborer un plan de relance fondé sur la réhabilitation du profit, la privatisation d'un certain nombre de services, la réduction des déficits publics et la hausse des prix payés aux producteurs. La monnaie nationale, le metical, a subi trois dévaluations successives (plus de 1 000% par rapport au dollar). Les gages économiques donnés par le Mozambique lui ont permis de bénéficier d'un rééchelonnement appréciable de sa dette, à hauteur de 830 millions de dollars, sur un endettement total de 3,4 milliards de dollars, par le Club de Paris et le Club de Londres. En revanche, le Mozambique, contrairement à ses attentes, n'a pu obtenir de ses créanciers, à l'exception de l'Italie et du Portugal, une baisse des taux d'intérêt sur les dettes rééchelonnées.

La coopération militaire s'est considérablement développée avec les pays occidentaux (Royaume-Uni, Italie, France notamment) sans pour autant remettre en cause la prédominance de l'Union soviétique et des pays socialistes. Cette ouverture à l'Ouest s'est concrétisée dans le domaine diplomatique. Les États-Unis, sensibles au maintien de leur influence dans les pays d'Afrique australe, ont nommé un nouvel ambassadeur, favorable au régime de Maputo, et se sont proposés comme médiateur entre le Gouvernement et la guérilla, en dépit de l'opposition d'une fraction du Congrès soutenant la RENAMO. De la même façon, l'Église catholique s'est faite l'avocate d'une réconciliation nationale tandis qu'était annoncée la visite du pape Jean-Paul II au Mozambique en 1988.

C'est dans cette optique que doit être interprété le projet de réforme de la Constitution envisagé par le président Joaquim Chissano. Sans aller jusqu'au pluripartisme exigé par la RENAMO, les modifications institutionnelles proposées se traduisaient par une autonomie relative de l'État par rapport au parti unique, le FRELIMO (Front de libération du Mozambique). Le président de la République serait élu par l'Assemblée populaire au vote secret avec candidatures multiples, ce qui dissocierait les fonctions de chef du Parti et de président. Enfin, l'amnistie proposée aux membres repentis de la RENAMO dans des conditions honorables, a participé de cette volonté d'un changement devenu inévitable, tant économiquement que politiquement.

La RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) s'est efforcée d'obtenir une partition de fait du pays en prenant le contrôle de la province centrale de Zambézie. Forte de 22 000 hommes, soutenue par l'Afrique du Sud, par certains milieux américains conservateurs, par d'anciens colons portugais exilés, elle a tenté d'asphyxier le régime en place par le sabotage répété des voies de communication qu'il s'agisse du corridor de Beira, de la ligne du Limpopo menant du Zimbabwé à Maputo ou de la ligne électrique reliant le barrage de Cahora Bassa à l'Afrique du Sud. Si la RENAMO n'est pas parvenue à ses fins ultimes, elle n'en a pas moins réussi une profonde désorganisation de l'État et de la société. Cela s'explique d'abord par les mutations internes à la RENAMO elle-même. De groupe fantoche à la solde d'intérêts étrangers, le mouvement s'est transformé en une véritable organisation politico-militaire, dirigée de plus en plus par des Noirs africains au détriment de la composante portugaise originelle. Il incarne ainsi une forme de revanche face à la prépondérance des Mozambicains métis à la tête du FRELIMO (Front de libération du Mozambique, parti unique).

Favorable de façon plus ou moins explicite à un modèle de type malawite, la RENAMO s'est appuyée sur le rejet de la politique de villagisation mise en place par le FRELIMO. Les groupes sociaux menacés directement par l'instauration de ces villages communautaires (anciens chefs détenteurs du pouvoir administratif, jeunes chômeurs interdits d'exode vers la ville, paysans contraints d'abandonner leurs villages d'origine) ont constitué une base sociale réceptive à la guérilla. De ce fait, le FRELIMO n'est pas parvenu à assurer un véritable contrôle des campagnes, à la différence des villes, malgré la présence de contingents militaires tanzaniens jusqu'en septembre 1988, puis zimbabwéens début 1989. Les actions de destructuration menées par la guérilla ont par ailleurs érigé le pillage en stratégie de survie. Les massacres ne sont donc pas le monopole des "bandits armés" de la RENAMO selon le vocabulaire officiel, même si ceux-ci en font un usage systématique.

Affaibli à l'intérieur, le FRELIMO a pu cependant reprendre l'initiative sur le plan international d'autant que la RENAMO a connu des luttes intestines dont l'assassinat d'Evo Fernandes, le secrétaire général, a été un épisode marquant. Les exactions et la famine (3 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire) ont engendré un vaste mouvement de solidarité à l'appel des Nations unies. L'aide militaire et économique de nombreux pays occidentaux s'est conjuguée avec une modification sensible du paysage diplomatique. La réactivation des accords de Nkomati en mai 1988, symbolisée par la rencontre Joaquim Chissano-Pieter Botha, a permis de mieux assurer la sécurité sur la frontière sud-africaine tout en isolant davantage la RENAMO. L'attitude plus conciliante des États-Unis s'est révélée décisive. Le contentieux qui opposait le régime à l'Église catholique a pu être en partie réglé avec la visite de Jean-Paul II (septembre 1988) et la restitution des biens confisqués en 1975. Cependant le désir de l'Église d'oeuvrer à un rapprochement FRELIMO-RENAMO n'a pu aboutir. Les dirigeants mozambicains ont certes décidé d'amnistier tous les rebelles repentis mais se refusent à négocier en vue d'un partage du pouvoir. Le pluralisme est en fait étranger à l'identité du FRELIMO. C'est pourquoi les réformes constitutionnelles confirmées lors de la préparation du Ve congrès en juillet sont relativement limitées et longues à mettre en oeuvre. La dissociation du Parti et de l'État, l'élection du président de la République par les assemblées populaires, la prise de distance par rapport à certains dogmes marxistes-léninistes sont apparus davantage comme le pendant des mesures de libéralisation de l'économie que comme un bouleversement du système politique. La poursuite du programme de privatisations, les dévaluations en chaîne (six entre janvier 1987 et mars 1989), les coupes sombres opérées dans le budget social conformément aux principes du FMI, visent surtout à permettre le financement de l'effort de guerre et à se concilier le soutien des bailleurs internationaux. L'espoir d'une solution viable passe de toute façon par une modification de l'environnement régional en Afrique australe. De ce point de vue, les négociations entre l'Afrique du Sud et l'URSS au début de 1989 n'étaient pas de mauvais augure.

Le congrès du FRELIMO (Front de libération du Mozambique, parti unique) a décidé, en juillet 1989, l'abandon de toute référence au marxisme-léninisme et a annoncé l'adoption d'une constitution garantissant le respect des libertés individuelles. Cela n'a pas permis de sortir de l'enlisement les entretiens de Nairobi, placés sous le double patronage du Premier ministre du Zimbabwé, Robert Mugabe, et du président kényan, Daniel Arap Moi, et visant à dégager une solution négociée au conflit qui déchire le pays depuis 1975. Après avoir mis en doute la neutralité du chef de l'État kényan dans son rôle de médiateur, les dirigeants mozambicains ont finalement accepté, en mars 1990, d'ouvrir des pourparlers directs avec les dirigeants de la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique).

Les États-Unis ont affiché un soutien de plus en plus explicite au régime de Maputo et se sont prononcés pour l'arrêt de tout appui étranger à la RENAMO. L'aide économique de Washington, officialisée lors de la visite à la Maison-Blanche du président Joaquim Chissano en mars 1990, devait passer de 33 millions de dollars en 1990 à 52 millions en 1991, faisant du Mozambique le premier bénéficiaire de l'aide américaine au sud du Sahara. De même l'Afrique du Sud a-t-elle exprimé son intention d'oeuvrer au développement du Sud mozambicain lors de la visite du président Frederik de Klerk à Maputo en décembre 1989, et de participer à la réhabilitation de la ligne électrique de Cahora Bassa. Ces sympathies concrètes ont trouvé des prolongements auprès des organisations internationales. La Banque mondiale a ouvert un bureau à Maputo et les bailleurs de fonds ont accordé une aide de 825 millions de dollars en 1989.

L'attitude conciliante manifestée par les acteurs extérieurs n'a pas eu de traduction directement positive sur le plan intérieur. La RENAMO a momentanément mis fin à ses actions militaires dans le couloir de Nacala en août 1989. Elle n'en a pas moins repris ses sabotages contre les voies de communication au début de 1990, afin d'affaiblir le gouvernement dans le processus de négociation en cours. Le pouvoir mozambicain s'est trouvé quant à lui confronté à des tiraillements internes liés à l'évolution économique et politique imposée par le président Joaquim Chissano. La reconnaissance par décret du droit de grève sous certaines conditions a déclenché une série de mouvements sociaux dans les services publics et à l'université. Le mécontentement s'est aussi emparé de l'armée, les militaires n'ayant pas touché leurs soldes depuis septembre 1989, tandis que le FMI exigeait une diminution des effectifs de 50 000 à 30 000 hommes.

L'orientation vers un modèle politique plus ouvert s'est heurtée aux réticences du groupe des anciens combattants du FRELIMO qui ont mal accepté la remise en cause des acquis de la révolution et qui ont critiqué la corruption et le népotisme sévissant dans l'appareil d'État. Le conflit a culminé au début de 1990 avec l'échec de la grande offensive contre le quartier général de la RENAMO à Gorongosa, attribué à des discordances qui se seraient produites au plus haut niveau de la hiérarchie militaire.

En 1990-1991, les pressions internes et internationales pour mettre fin à la guerre civile se sont accrues. Toutefois, le FRELIMO (Front de libération du Mozambique, qui était encore parti unique), réservé envers la médiation kényane, a exigé que les pourparlers avec ses opposants de la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) se poursuivent ailleurs qu'à Nairobi. Ils sont entrés dans une nouvelle phase à Rome, à partir du mois de juillet 1990. Cinq rencontres ont eu lieu en 1990, en présence de l'archevêque de Beira, Jaime Goncalves, et d'un représentant du gouvernement italien.

La valse-hésitation calculée de la RENAMO n'a pas empêché l'adoption d'un accord auquel ont participé plus ou moins directement les États-Unis et le Kénya, le 1er décembre 1990. En échange d'une diminution des troupes zimbabwéennes de 25 000 combattants jusqu'à un maximum de 8 000 et de leur confinement aux seuls corridors de Beira et du Limpopo, la RENAMO s'engageait à arrêter les opérations militaires sur ces sites économiquement stratégiques. Une commission mixte de vérification était mise sur pied tandis que la RENAMO devait disposer d'une représentation officielle dotée du statut diplomatique à Maputo.

Considérés comme un premier pas décisif vers une paix définitive, les accords de Rome n'ont pu se concrétiser véritablement. La RENAMO a repris les hostilités sur le terrain, invoquant le non-respect des accords de Rome par le FRELIMO. En fait, la marche vers la démocratisation entamée par le FRELIMO a privé la RENAMO d'une partie de la légitimité dont elle se prévalait. La nouvelle constitution adoptée par le FRELIMO en novembre 1990 a en effet autorisé le multipartisme, l'indépendance de la justice, la liberté de la presse, la liberté de culte et d'opinion, le droit de propriété et l'économie de marché. La République du Mozambique a perdu son qualificatif de "populaire". Des élections législatives, annoncées pour le début de 1991, n'ont pu avoir lieu. Le processus de démocratisation a cependant été approuvé par plusieurs organisations: le Parti libéral du Mozambique (PALMO), le Mouvement national du Mozambique (MONAMO), d'obédience social-démocrate, et l'UNAMO (Union nationale du Mozambique), groupe né d'une ancienne scission au sein de la RENAMO. La poursuite des hostilités a donc constitué la seule issue pour la RENAMO, dans l'attente de concessions politiques acceptables de la part du FRELIMO.

La démocratisation engagée devrait contribuer à l'amélioration de l'économie. La première phase du programme d'ajustement structurel entamé en 1987 a ramené le taux d'inflation à 20% en 1990. Les bailleurs de fonds internationaux ont accepté le rééchelonnement de la dette et une aide de 1,2 milliard de dollars pour 1991. Toutefois, les difficultés sont demeurées considérables. On dénombrait à la mi-1991 900 000 réfugiés au Malawi dont il fallait garantir le retour. Un tiers de la population totale a été déplacé en raison de la guerre. La famine menaçait une nouvelle fois. Les mesures de libéralisation économique ont fait sentir de plus en plus leurs effets sociaux, l'appareil productif étant profondément délabré.

Le "surplace diplomatique" entre le FRELIMO (Front de libération du Mozambique) et la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique), dans les négociations pour mettre fin à la guerre civile, s'est prolongé tout au cours de l'année 1991. Les pourparlers de Rome n'ont pas permis de déboucher sur une avancée significative qu'aurait symbolisée un cessez-le-feu entre les belligérants.

La signature, le 18 octobre 1991, d'un protocole d'accord entre le gouvernement de Joaquim Chissano et le mouvement d'Afonso Dhlakama pouvait laisser présager une issue au conflit. Parmi les cinq points qui scellaient l'accord, la RENAMO s'engageait notamment à mener une lutte politique dans le cadre des institutions en place, dès l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu. Le FRELIMO, qui, depuis son congrès de juillet 1989, ne se réclame plus du marxisme-léninisme, acceptait de son côté la création d'une commission de paix formée de représentants des Nations unies et de gouvernements étrangers, ainsi que des belligérants, mais sans aller jusqu'à s'écarter du pouvoir. De façon révélatrice, aucun calendrier n'était fixé quant à un éventuel cessez-le-feu.

En réalité, l'âpreté des discussions s'est expliquée par plusieurs facteurs cumulés. La RENAMO a continué de redouter une issue qui lui serait défavorable dans un processus de paix où le FRELIMO continuerait d'exercer le pouvoir. C'est pourquoi le mouvement de A. Dhlakama a maintenu son refus de reconnaître la légitimité du régime de Joaquim Chissano et, par conséquent, de s'inscrire dans le cadre du multipartisme défini par le pouvoir en place. Nombre de cadres politiques et militaires de la RENAMO ont ainsi clairement envisagé de reprendre le maquis dans l'hypothèse où des élections se solderaient par leur défaite. Un tel état d'esprit a d'ailleurs également prévalu dans toute une fraction du mouvement FRELIMO. Le climat de méfiance réciproque a été entretenu par la difficulté à gérer un processus de paix dans la mesure où les forces locales de la RENAMO jouissent d'une grande autonomie par rapport à leur état-major et sont donc difficilement contrôlables, comme l'a reconnu A. Dhlakama en janvier 1992. Enfin, le manque d'expérience diplomatique de plusieurs cadres de la RENAMO a constitué un frein à l'élaboration d'une solution.

Les médiateurs se sont employés à trouver une issue. L'Italie, le Portugal, les États-Unis, l'Église catholique du Mozambique, la Communauté européenne sont tour à tour intervenus, mais sans obtenir le cessez-le-feu nécessaire. Au contraire, la RENAMO a durci ses positions au début de février 1992 à propos des modalités techniques de la consultation électorale supposée désigner les futurs dirigeants du Mozambique.

L'effort militaire a dès lors continué de grever les finances de l'État (40% du budget). Le groupe consultatif de la Banque mondiale, devant la poursuite de la libéralisation, a néanmoins accru son soutien et accordé 1,125 milliard de dollars pour l'année 1992, certains donateurs suggérant même d'annuler les deux tiers de la dette du pays et de rééchelonner le solde à des conditions très favorables.

Le 7 août à Rome, le chef de l'État et le leader de la RENAMO ont signé une déclaration commune par laquelle ils se sont engagés à aboutir à un accord global de paix avant le 1er octobre 1992.

Le 4 octobre 1992 le président Joaquim Chissano et Afonso Dhlakama, chef de la guérilla Renamo (Résistance nationale du Mozambique) signaient un accord de paix mettant fin à un conflit dont les victimes ont dépassé le million depuis 1977. L'opération de l'ONU pour le Mozambique, Onumoz, dirigée par l'Italien Aldo Ajello, s'est vue chargée du contrôle du processus devant mener à des élections fin 1994.

Sans l'Afrique du Sud, la Renamo ne serait jamais devenue un important appareil guerrier. Mais si elle n'était pas parvenue à s'immiscer dans la grave crise sociale que la politique anti-paysanne de développement technocratique menée par le parti unique Frelimo (Front de libération du Mozambique, ex-parti unique, au pouvoir depuis l'indépendance, en 1975) a créée, elle serait restée un petit groupe mercenaire, elle n'aurait pas acquis une base sociale hétérogène ressentant un désir de dissidence qui a pu être militarisé. Ensuite, la guerre a créé sa propre dynamique communautaire atroce: population de la sphère de l'État moderne contre population autarcique d'habitat dispersé des zones Renamo. Les guérilleros ont ainsi tué la population de l'État au nom de la lutte contre l'État. Ce dernier a répondu par des massacres de civils et des bombardements aériens.

La Renamo a continué à crier au "marxisme-léninisme" du Frelimo bien que le tournant libéral qu'il a pris se soit confirmé en 1987 avec le lancement d'un plan d'ajustement de l'économie du pays, consécutif à son adhésion au FMI (Fonds monétaire international). En 1989, la doctrine marxiste a d'ailleurs été abandonnée par le régime, et début 1990 une vague de grèves sans précédent a obligé à reconnaître la légitimité de ce type d'action. Enfin, le 30 novembre 1990 une constitution libérale et pluraliste est entrée en vigueur.

La rébellion a exercé une forte pression dans les négociations pour qu'un maximum de moyens matériels lui reviennent, et les accords de Rome (1990) lui ont reconnu de facto la poursuite de la gestion des zones sous son contrôle jusqu'aux élections.

La démobilisation est apparue comme un problème majeur: une partie des guérilleros sont des enfants enlevés; côté gouvernemental, les jeunes, restés incorporés toute une décennie, ont tout perdu. Une partie de la criminalité galopante est ainsi attribuable à d'anciens soldats ou même à des unités militaires qui n'ont pas été payées. La garde présidentielle s'est même mutinée le 30 mars 1993! Enfin, des groupes tiers (naparamas du Nord-Est et faction Phiri de Haute-Zambèzie) ont demandé à être intégrés dans les plans de démobilisation rémunérés par les Nations unies. Une partie des réfugiés devrait aller grossir des villes déjà pléthoriques. Or la Renamo a exigé que les élections n'aient lieu qu'après le retour de ces derniers dans leurs lieux d'origine. La bataille du contrôle de la population s'est donc ouverte, l'arme alimentaire étant des premières utilisées: l'essentiel des secours a continué d'aller aux zones gouvernementales et a subi l'"érosion" d'une corruption florissante (15% seulement des secours parviendraient à leurs destinataires selon la forme prévue).

L'ONU a su tirer des leçons de l'expérience angolaise : 8 000 hommes et non 450 pour contrôler et non seulement observer le processus, élections après la démobilisation et le cantonnement des troupes, etc. La situation restait cependant très dangereuse à la mi-1993. La gestion par la Renamo de "ses propres" zones a créé en pratique deux États dans le pays. Par ailleurs, les partis qui ont fait leur entrée sur la scène politique (une vingtaine, dont cinq étaient légalisés au début 1993) sont apparus d'une insigne faiblesse politique (sauf, peut-être, le Parti de la convention nationale (PCN) de Lutero Simango), et uniquement susceptibles de trouver leur originalité dans les particularismes régionaux et ethniques. L'ethnicisation du scrutin pourrait profiter à la Renamo et à des groupes locaux (comme l'Unamo - Union nationale du Mozambique -, en Zambézie), la population du Sud étant ramenée à la fidélité au Frelimo par peur de la revanche du reste du pays, le problème demeurant le partage social du pouvoir. L'Afrique du Sud souhaitait la formation, en Angola et au Mozambique, de gouvernements d'union nationale sans élections pluralistes. Elle a donc ressenti les processus engagés comme un danger potentiel pour sa stabilité.

La Renamo a affirmé qu'elle respecterait le résultat des élections. Mais le groupe guerrier d'Afonso Dhlakama peut-il devenir un parti politique? Les valeurs "en creux" qu'il a exprimées ("A bas l'État! A bas la ville! A bas les Sudistes!") ne sont pas un programme; il pourrait cependant fonder sa campagne sur la dénonciation de la corruption et de l'accaparement des terres et de sociétés, et profiter de la volonté de rééquilibrage ethnique du pays.

Censées mener à terme la transition ouverte le 4 octobre 1992 par le cessez-le-feu conclu à Rome entre le Frelimo (Front de libération du Mozambique, ex-parti unique au pouvoir à partir de 1975) du président Joaquim Chissano et la Renamo (Résistance nationale du Mozambique, soutenue par l'Afrique du Sud) d'Afonso Dhlakama, les élections législatives et présidentielles ont été fixées au 27 octobre 1994. Par ailleurs, John Sunde, en présentant, le 22 avril 1994, ses lettres de créance, est devenu le premier ambassadeur sud-africain en poste au Mozambique. Étaient-ce là signes de stabilisation?

La population mozambicaine, déchirée par une terrible guerre civile commencée en 1977 (environ un million de morts), a engagé d'elle-même une "réconciliation nationale par le bas": les visites aux parents vivant dans le camp adverse, le commerce local, la mise en place de lignes d'autocars se sont développés rapidement. Les tensions n'en avaient pas disparu pour autant.

Exploitant le flou des accords de Rome, les "rebelles" de la Renamo ont conclu à la reconnaissance de la dualité administrative dans l'espoir de conserver le contrôle électoral et économique de ses fiefs. Dans les faits, après le sommet Chissano Dhlakama du 3 septembre 1993, l'administration a été théoriquement réunifiée, le gouvernement nommant des responsables sur proposition de la Renamo et celle-ci choisissant trois conseillers pour chaque gouverneur de province. Mais l'absence de cadres en son sein ne lui a pas permis de profiter de ses quotas... Les dirigeants de la Renamo ont, par ailleurs, pris conscience de la nécessité de ne pas bâcler le passage de la condition de formation armée à celle de parti politique, aussi ont-ils insisté pour qu'un fonds leur soit alloué pour engager des techniciens, des consultants, etc.

La Commission électorale nationale n'a été formée qu'en décembre 1993, réunissant dix représentants du gouvernement, sept membres de la Renamo et trois porte-parole des autres partis. Le recensement électoral, qui devait être engagé dès le mois d'avril, n'avait pas commencé en juin 1994. Les États-Unis, ont pourtant entrepris d'exercer une pression énorme pour que le scrutin ne soit pas repoussé à juin 1995 selon les voeux de la Renamo et de certains secteurs catholiques.

L'avenir des élections restait dépendant du problème militaire. L'échéance d'achèvement de la démobilisation (mai 1994) n'a pas été respectée. Pensant assurer ainsi un certain avenir, les "soldats" de la Renamo ont semblé plus intéressés par l'engagement dans la nouvelle armée unifiée que ceux du Frelimo. Certains ont, cependant, préféré "disparaître" avec leur arme, grossissant d'autant la criminalité.

Assurée d'un suffrage de l'ordre de 15% à 50% des voix selon les régions (score inimaginable seulement quelques années plus tôt) mais sans illusion sur l'issue du scrutin, la Renamo a opéré un tournant: elle a accepté la date de tenue des élections et, surtout, A. Dhlakama s'est prononcé, le 27 mars 1994, en faveur d'un gouvernement d'unité nationale, à l'image du modèle constitutionnel mis en place en Afrique du Sud. La Renamo a toutefois commencé à parler de fédéralisme, ce qui lui permettrait d'avoir la haute main sur certaines régions du centre du pays, le Frelimo, coeur de l'État mozambicain étant, en effet, appelé à conserver l'essentiel de l'appareil administratif central.

Les dix autres mouvements de "troisième force" n'ont guère paru devoir exister politiquement dans une situation régie par la légitimité des armes. Certains, comme la Renamo et le Frelimo, devraient user localement du facteur ethnique. La situation économique étant restée très précaire, la solidarité de lignée est justement très sollicitée. L'aide internationale ne peut qu'accompagner l'ajustement structurel de l'économie; la reconstruction s'annonce donc très longue.

Premières élections libres

Une nouvelle période de l'histoire du pays s'est ouverte. A la suite des élections législatives et présidentielles des 27-29 octobre 1994, le président Joaquim Chissano a nommé, le 16 décembre 1994, le premier gouvernement issu du suffrage universel. La tenue d'élections "libres et justes" dans un pays déchiré par une guerre civile commencée en 1977 est apparue comme un succès pour l'ONU - qui avait mis en place en décembre 1992 l'Onumoz (Opération des Nations unies pour le Mozambique) après l'échec de ses missions en Somalie, au Rwanda et en Angola.

L'"accord général de paix", signé par le Frelimo (Front de libération du Mozambique, ex-parti unique au pouvoir à partir de 1975) et la Renamo (Résistance nationale du Mozambique), à Rome, le 4 octobre 1992, a ainsi été respecté. Forte d'un effectif de huit mille civils et militaires, chargés d'un contrôle réel du processus électoral, l'Onumoz a réussi, sous la houlette d'Aldo Ajello, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, à devenir un véritable acteur politique sur la scène mozambicaine.

Issue en 1977 d'un groupe militaire soutenu par les régimes raciaux de Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwé) et d'Afrique du Sud, la Renamo avait réussi à s'immiscer dans la crise que la politique de développement technocratique accéléré du Frelimo avait provoquée. Ce faisant, elle devint, malgré ses violences, porteuse des aspirations de segments de population marginalisés par l'État moderne: ethnies sous-représentées, jeunes chassés des villes par l'"opération production" en 1983, chefs traditionnels humiliés, religieux réprimés, ruraux mécontents face à la villagisation contrainte et à une politique des prix favorable à la ville, victimes des camps de rééducation. Un désir de dissidence existait, insuffisant toutefois pour produire une révolte populaire. L'introduction d'une guérilla venue de l'extérieur militarisa ce désir et unifia des ressentiments au départ fort divers, voire antagoniques.

S'appuyant sur ce mécontentement, la Renamo, corps social formé de combattants pour partie enrôlés de force à des âges de plus en plus bas, devenait peu à peu une organisation aux buts politiques.

Au moment du cessez-le-feu, elle contrôlait totalement environ 20% du territoire et agissait bien au-delà, mais avait déjà obtenu satisfaction sur l'essentiel: pluralisme, libéralisme économique. La chute de l'apartheid en Afrique du Sud rendait par ailleurs le contexte international plus difficile pour ce mouvement.

Pourtant, après 1992, elle réussit à être active politiquement dans des zones qu'elle n'avait jamais contrôlées militairement. L'intelligence de la situation que manifesta sa direction et la décomposition rapide et profonde de sa structure militaire achevèrent de la "démilitariser". Au moment où s'ouvrit la campagne électorale, l'écrasante majorité des adhérents et cadres de la Renamo étaient des civils.

Il est à noter que le fort sentiment anti-urbain qu'exprimait la Renamo durant la guerre n'a pas empêché des cadres citadins de la rejoindre.

Le nouvel équilibre politique

Malgré des dissensions en son sein, le Frelimo souhaitait la paix. Comme la Renamo, il dut faire face, courant 1994, à d'incessantes émeutes de ses soldats voulant être démobilisés. A la tête d'un État pratiquement détruit par la guerre, par la politique d'ajustement structurel et par l'arrivée d'une nuée d'ONG (organisations non gouvernementales), le dépouillant d'une partie de ses fonctions, le Frelimo avait besoin d'élections assurant sa légitimité internationale. Mais il n'était pas prêt pour autant à partager le pouvoir. De 1990 (fin du parti unique) aux élections de 1994, il maintint inchangé un gouvernement sans prestige, ne fit aucun effort d'ouverture ethnique, garda totale la fusion du parti et de l'État - tandis que l'élite politique s'adonnait de plus en plus à l'affairisme. N'ayant pas connu de corruption jusque vers 1988, le Mozambique est devenu le terrain de très importants trafics mafieux.

Le Frelimo a abordé la période électorale avec des moyens très supérieurs à ceux de ses rivaux et sans concevoir la possibilité de perdre. Mais son immobilisme politique a beaucoup aidé la Renamo à sauvegarder en temps de paix la "coalition des marginalités" qu'elle avait construite en temps de guerre. Le Frelimo anciennement "marxiste-léniniste" apparut à bien des égards comme le parti des secteurs les plus modernes et capitalistes de la bourgeoisie mozambicaine, alors que la Renamo se revendiquait de la plèbe...

A l'issue d'une campagne spectaculaire, le Frelimo a gagné les élections par 44,3% des voix contre 37,8% à la Renamo, et le président Chissano a devancé avec 53,3% des suffrages le líder de la Renamo, Afonso Dhlakama (33,7%). Grâce à la présence de onze petits partis d'opposition n'ayant pas atteint la barre des 5%, le Frelimo a pu avoir la majorité absolue au Parlement.

Cette victoire du Frelimo avait cependant des aspects de défaite. Si une domination écrasante dans le Sud et légère dans les deux provinces de l'Extrême Nord lui a assuré la majorité à l'échelle nationale, les "bandits armés soutenus par l'apartheid" n'en ont pas moins obtenu près de 40% des voix et la majorité absolue dans cinq des onze régions du pays (Centre, Ouest et Nord). La Renamo ainsi a remporté une formidable victoire de légitimation rendant possible sa stabilisation comme parti politique.

Sur le plan ethnique, il est apparu que le Frelimo, ex-parti de "tout le peuple" et inventeur de la "nation mozambicaine", à l'anti-tribalisme radical, devrait lutter durement pour ne pas devenir un simple parti du Sud. Le facteur ethnique semblait moins important pour la Renamo, dont l'électorat est plus composite.

La représentation des provinces à l'Assemblée dessine une géopolitique qui renoue avec le passé historique du pays: le centre de gravité du Mozambique n'est plus Maputo, capitale créée en 1903 par les Portugais à l'extrême sud, mais la vieille et riche Zambezia (centre nord).

Une démocratie viable?

Le Frelimo a conservé tout le pouvoir: la présidence de l'Assemblée, tous les postes de gouverneur de province, tous les ministères. Aucun financement public n'avait encore été prévu pour assurer la survie des partis et des députés de l'opposition ont été agressés par les forces de police.

La tâche prioritaire du Premier ministre Pascoal Mocumbi a été, en 1995, d'obtenir des donateurs internationaux la reconduction des flux financiers des années passées. Afonso Dhlakama, chef de la Renamo, a fait une tournée européenne au cours de laquelle il a appuyé ces efforts, créant ainsi l'image d'un chef d'opposition responsable. La Renamo a même voté au Parlement le programme gouvernemental, ce qui ne l'empêchait pas de préparer activement les municipales de 1996.

Des poches de famine sont réapparues. La réintégration dans la société de tous les anciens soldats n'était pas achevée, une masse de kalachnikovs circulent dans le pays, le banditisme urbain ou de grand chemin est devenu une donnée majeure de la situation. La vie associative et syndicale n'a pratiquement pas profité de la transition, la presse seule faisant preuve d'une vitalité certaine.

Épuisé, le Mozambique regarde vers l'Afrique du Sud, malgré des frictions entre les deux gouvernements (sur le contrôle de la frontière, les réfugiés, l'émigration, etc.). Cette dernière ne peut, pourtant, résoudre ses problèmes internes et servir en même temps de "métropole" régionale. L'avenir semble donc résider dans l'extraordinaire vitalité d'une population qui n'a pas voté pour un parti ou un autre, mais d'abord pour installer la paix et procéder à la réconciliation nationale.

Depuis décembre 1994, date de sa victoire devant Afonso Dhlakama, chef de la Renamo (Résistance nationale du Mozambique), Joachim Chissano, leader du Frelimo (Front de libération du Mozambique), doit exercer le pouvoir dans un pays exsangue, marqué par le banditisme et les trafics en tous genres (armes, drogue, voitures). De plus, la Renamo a entrepris de se réorganiser après sa défaite électorale et son chef bénéficie d'une incontestable audience populaire, contrastant avec le faible écho des déplacements du chef de l'État. Un temps centrée sur la contestation du projet d'intégration du pays au sein du Commonwealth - au mois de novembre 1995, le Mozambique est devenu le premier pays de langue officielle non anglaise à y entrer -, la propagande anti-gouvernementale s'est orchestrée autour de plusieurs thèmes, l'un général (dénonciation de la mise à l'écart de la Renamo par le gouvernement), les autres plus spécifiques (contestation de l'attribution de terres aux fermiers sud-africains, discours en faveur de l'exploitation locale des produits exportés). Cependant, l'échec de la formation d'un réseau d'organisations non gouvernementales (ONG) proches des électeurs a diminué les probabilités d'une action efficace. De plus, le Frelimo a choisi de tenir la Renamo en dehors de toute position politique et de tout accès aux ressources publiques, dans le but de la faire passer pour un quémandeur permanent. Cette tactique a été efficace. Endettée, la Renamo allait devoir surtout se battre pour sa survie, en cherchant des aides multiples (notamment auprès d'hommes d'affaires portugais) pour constituer un réseau d'entreprises où "placer" ses dirigeants intermédiaires, ses militaires et ses militants.

La crispation politique était à son comble à l'approche des élections municipales de 1996, J. Chissano accusant régulièrement la Renamo d'avoir gardé en activité des bandes armées, tandis que le chef de l'opposition reprochait au gouvernement ses refus systématiques des projets de la Renamo. Le premier vice-président sud-africain Thabo Mbeki, en visite en octobre 1995, a condamné cette tension nuisant gravement à la coopération économique régionale. L'Union européenne a pour sa part reproché au gouvernement de ne pas avoir tenu ses promesses, notamment en matière de réduction des dépenses militaires, et les pays d'Europe du Nord ont même réclamé la restitution de leur aide au développement en raison d'une corruption qui s'intensifie.

Les réformes économiques ont été effectivement lentes. Le premier mouvement de privatisation n'a été mis en route qu'en janvier 1996, juste avant la réunion du groupe consultatif de la Banque mondiale, en avril. De fait, le programme d'ajustement structurel mis en place en mars avec le Fonds monétaire international (FMI) est apparu sévère. Les bailleurs de fonds européens et américains se sont faits de plus en plus pressants au sujet des élections municipales, voulant qu'elles soient le plus larges et ouvertes possible, alors que le gouvernement ne désirait les organiser que dans les onze capitales de province. Surtout, ils ont exigé que ces élections permettent à tous les partis de participer. En raison des atermoiements du gouvernement, elles ont été repoussées à début 1997 dans les onze capitales avec l'appui de l'Union européenne et fin 1997 dans les douze autres villes et les six districts encadrés par le programme de coopération suédoise. Les élections dans les 102 autres districts auraient lieu en 1998.

Le pays a poursuivi en 1996-1997 ses démarches d'intégration. Après avoir rejoint le Commonwealth en novembre 1995, il s'est engagé dans la fondation d'une communauté internationale, la CPLP (Communauté des pays de langue portugaise). La création de cette organisation, regroupant, outre le Mozambique, l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Portugal et São Tomé et Principe, a été entérinée en juillet 1996 à Lisbonne. Pourtant, ces efforts diplomatiques masquaient mal la situation conflictuelle qui perdure entre le Frelimo (Front de libération du Mozambique, ancien parti unique) du président Joaquim Chissano et la Renamo (Résistance nationale du Mozambique, ancien mouvement rebelle) d'Afonso Dhlakama. L'unité nationale autour d'un gouvernement commun ne semblait toujours pas à l'ordre du jour. L'absence de programme gouvernemental cohérent et populaire a consolidé les tensions politiques et sociales, voire religieuses, entre chrétiens et musulmans. Le banditisme routier a continué de sévir, la sécurité se détériorant, particulièrement dans la capitale. Si la situation n'était pas encore jugée grave, elle alimentait l'image d'un pays instable.

Les parlementaires du Frelimo ne s'y sont pas trompés, puisqu'ils ont demandé au gouvernement, en novembre 1996, de prendre des mesures de prévention contre le crime. Le ministre de l'Intérieur et son adjoint ont finalement été démis de leurs fonctions. Le taux de cas de sida déclarés est passé de 3,3 % en 1987 à 5,8 % en 1994, entraînant des situations catastrophiques et favorisant la paupérisation, en particulier dans les provinces les plus peuplées, dans le centre du pays.

Après plus de quinze ans de guerre civile qui ont ravagé l'économie, les dirigeants s'efforcent d'exploiter les ressources naturelles et de susciter des investissements dans la région côtière. De grands projets ont été décidés (mise en place d'une ligne de gaz naturel de la province d'Inhambane vers l'Afrique du Sud, construction d'une fonderie d'aluminium et d'un barrage hydroélectrique) afin de stimuler les investissements internationaux, bien que les infrastructures économiques soient très faibles et la dette extérieure très importante. La Banque mondiale et le FMI se sont cependant engagés en juin 1996 dans un plan triennal (1996-1998) drainant beaucoup plus d'aide, alors que le Club de Paris décidait d'annuler 67 % de la dette mozambicaine. La baisse de l'inflation a été l'objectif principal fixé par les donateurs. En moyenne annuelle, son taux a été de 44,6 % (contre 54,4 % en 1995), selon le FMI. Plusieurs résultats satisfaisants (récolte record de céréales, meilleure gestion monétaire, contrôle budgétaire strict, privatisation de la Banque commerciale du Mozambique) ont cependant concouru à une amélioration de certains indicateurs macroéconomiques. Au surplus, le mouvement de privatisation était en bonne voie, les parts de l'État dans vingt-trois sociétés ayant été vendues au cours de l'année 1996.

Sous prétexte d'un manque d'organisation, J. Chissano a décidé de repousser les élections locales au mois de novembre 1997, la procédure d'enregistrement sur les listes électorales ne pouvant commencer qu'à la mi-1997. Elles devaient se tenir dans les vingt-trois plus grandes villes du pays, alors qu'elles étaient initialement circonscrites à Maputo et dans les capitales de province.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier