Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse économique 1996-1998

 

ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Le gouvernement du président Joaquim Chissano continue de bénéficier du soutien d'une bonne partie de la population et de la communauté internationale pour mener à bien la tâche de reconstruire un pays ravagé par seize années de guerre civile. Faute d'infrastructures administratives adéquates, les élections municipales prévues pour 1996 ont été repoussées à la fin 1997. Le Front de libération du Mozambique (Frelimo) devra sans doute céder un peu de son pouvoir à l'ancien mouvement rebelle, la Résistance nationale mozambicaine (Renamo). Mais cette dernière ne parvient pas à incarner une solution de rechange crédible.
Malgré de régulières accusations de corruption. le régime du Mozambique fait en effet figure d'élève modèle dans l'application du programme de réformes inspiré par les institutions financières internationales. Depuis 1994, le gouvernement a mis en oeuvre un important plan de privatisations: une vingtaine d'entreprises d'Etat ont déjà été cédées au secteur privé. Les investisseurs étrangers ont pris une part importante dans ces ventes, attirés en particulier par les richesses encore largement sous-exploitées du sous-sol mozambicain, notamment le pétrole, le gaz, l'or et les diamants.
La population mozambicaine, une des plus pauvres au monde, souffre de la rigueur budgétaire et salariale imposée par les institutions financières internationales ainsi que des effets d'une inflation à deux chiffres. L'objectif fixé par le FMI de ramener la hausse des prix à 22 % en 1996, contre 40 % en 1995, paraît difficilement réalisable. En revanche, la croissance pourrait atteindre 5 %, au lieu de 3 % en 1995, comme le FMI l'espérait, grâce aux récoltes records enregistrées à la suite de pluies abondantes. Celui-ci avait également préconisé une réduction du déficit public de 20,3 % du PIB en 1995 à 16,5 %.

Au cours de l'année, la Banque africaine de développement a accordé au Mozambique un prêt de trois ans d'un montant de 190 millions de dollars. Le FMI a débloqué, pour la même période, un crédit de 109 millions de dollars. Au total, la dette extérieure du pays s'élève à 5,5 milliards de dollars, soit l'équivalent de presque la moitié de son PNB. Le Mozambique a reçu l'assurance d'un allégement de cette dette de la part du FMI et a obtenu le rééchelonnement de sa dette publique pour un montant de 660 millions de dollars auprès du Club de Paris qui en a annulé les 2/3.
Pour doper sa croissance durant les prochaines années, le Mozambique mise sur la réalisation d'un couloir de transports et d'investissements qui relierait Maputo à Johannesburg. Un premier pas vers la réalisation de ce projet a été franchi en juillet avec la création par les deux gouvernements et le secteur privé d'une société holding chargée d'en assurer la gestion. Le montant du projet s'élève à 5 milliards de dollars et sa réalisation pourrait entraîner la création de 100 000 emplois.

Les indicateurs économiques sont au beau fixe, et l'allégement de la dette en perspective: cinq ans après la fin de la guerre civile, le Mozambique fait figure d'élève modèle parmi les pays africains engagés dans un processus de redressement sous l'égide des institutions financières internationales. Le climat d'optimisme est à peine troublé par les tensions politiques provoquées par l'approche des élections municipales. Le scrutin a été une nouvelle fois repoussé et il devrait finalement avoir lieu au milieu de l'année 1998. L'ancienne rébellion, la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), semble bien
trop divisée et désorganisée pour pouvoir contester la domination du parti dirigeant, le Front de libération du Mozambique (Frelimo).
La confiance manifestée en 1997  par les investisseurs étrangers a d'aile  leurs encore conforté un peu plus la position du pouvoir. L'année a été   marquée par l'annonce de grands projets industriels dans le cadre du e  corridor de Maputo, couloir de transports et d'investissements qui doit a  relier le Mozambique à l'Afrique du Sud. En tout, environ 3 milliards de dollars (18 milliards de francs) seront prochainement investis dans ce corridor, en grande partie par des intérêts sud-africains. Ils serviront à construire une fonderie d'aluminium ultramoderne et une  usine sidérurgique dans la région de Maputo. Une autre unité du même genre devrait voir le jour dans la région de Beira, plus au nord. L'Iran et la Malaisie prévoient, de leur côté, de financer en commun la construction d'une raffinerie de pétrole pour un montant dépassant le milliard de dollars.

L'afflux d'investissements étrangers est aussi alimenté par le programme de privatisations que mène le gouvernement à marche forcée depuis plusieurs années. Le mouvement s'est poursuivi en 1997 avec la vente au secteur privé de la dernière banque encore contrôlée par l'Etat et avec la concession à une entreprise britannique de la gestion des douanes. Les autorités prévoient aussi de privatiser la compagnie aérienne nationale, LAM. Par ailleurs, après la réhabilitation des lignes électriques du barrage de Cahora Bassa, le Mozambique devrait de nouveau exporter de l'électricité vers les pays de la région comme le Zimbabwe et l'Afrique du Sud.
Dans ce contexte particulièrement favorable, la croissance continue d'augmenter à un rythme de 6 à 7 %. Elle pourrait atteindre 10 % d'ici à l'an 2000, permettant d'espérer un recul de la pauvreté qui touche encore une bonne partie de la population. L'inflation, elle, devrait enregistrer un recul significatif en 1997, pour descendre au niveau des 10 %, en dessous de l'objectif de 14 % fixé par le FMI. Saluées pour leur rigueur et leurs bons résultats, les autorités mozambicaines devraient être récompensées par un allégement substantiel de la dette du pays. En septembre, la Banque mondiale et le FMI ont accepté de faire bénéficier le Mozambique de la réduction de la dette accordée aux pays les plus i  pauvres. Avec une créance publique supérieure à 5 milliards de dollars (30 milliards de francs), le Mozambique figure, pour l'instant, parmi les Etats les plus endettés au monde.

Plusieurs fois repoussées, les premières élections municipales depuis la fin de la guerre civile ont finalement eu lieu le 30juin. Elles ont consacré l'écrasante victoire du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (Frelimo), qui a obtenu 70 % des voix. Mais le scrutin ne concernait qu'un quart des communes du pays et il a été marqué par une très forte abstention. 15 % des électeurs seulement ont voté. La crédibilité des élections a aussi été sérieusement entachée par le boycottage des partis d'opposition. L'ancienne rébellion, la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), a décidé de ne pas y participer en faisant valoir des irrégularités dans l'établissement des listes électorales.
La Renamo a d'ores et déjà menacé de boycotter également les élections générales prévues en octobre 1999.
Ces tensions politiques ternissent quelque peu le processus de normalisation engagé avec l'instauration de la paix en 1992 et le premier scrutin démocratique de 1994. Mais, pour
l'instant, elles ne semblent pas devoir remettre en cause le décollage économique du pays, pas plus que la confiance des investisseurs étrangers et des bailleurs de fonds. Pour ces
derniers, le Mozambique reste un élève modèle qui s'est vu accorder, ut  en 1998, une réduction exceptionnelle de sa dette extérieure. D'ici à juin 1999, elle devrait tomber à 1,1 milliard de dollars (6 milliards de francs) contre plus de 5 milliards (30 milliards de francs) auparavant.

Parallèlement, les investissements étrangers continuent d'affluer . En juin, le chantier du corridor de Maputo a été officiellement inauguré par Nelson Mandela et Joaquim Chissano, les présidents d’Afrique du te  Sud et du Mozambique. Ce couloir le  de transport et de développement industriel entre les deux pays devrait attirer à lui seul, une bonne partie des 6 milliards de dollars (36 milliards de francs) d'investissements étrangers escomptés d'ici à l'an 2000.
Le programme de privatisations devrait encore contribuer à en attirer une partie, mais il touche à sa fin. En sept ans, environ 900 entreprises ont le  été cédées au secteur privé.
Mis en sommeil à cause de la guerre civile, le barrage de Cabora Bassa a recommencé à produire de l'électricité pour les pays voisins.
L'accord avec l'Afrique du Sud a été retardé par une dispute sur les tarifs, mais le Zimbabwe a reçu ses premiers mégawatts mozambicains. Les indicateurs de conjoncture complètent le tableau d'une économie en pleine expansion. L'inflation reste maîtrisée autour de 5 % et la croissance devrait se situer, en 1998, aux alentours de 10 %. Elle avait atteint, en 1997, le taux record de 12,5 %. Ajoutées à l'allégement de la dette, toutes ces bonnes performances devraient permettre une réduction de la pauvreté héritée des 16 années de conflit armé. Avec une espérance de vie inférieure à 47 ans et un revenu moyen par habitant aux environs de 100 dollars (600 francs) par an, la population mozambicaine attend toujours les dividendes du redressement spectaculaire de son économie. Elle reste une des plus miséreuses au monde.

1999

Après quinze années de guerre civile, des négociations de paix à Rome en 1992, puis des élections multipartites en octobre 1994 ont parachevé un processus de retour à la paix dont les élections municipales du 30 juin 1998 boycottées par l'opposition (seuls 15 % des électeurs y ont participé) ont été la première épreuve. Les élections législatives et présidentielle de décembre 1999 ont été une sorte de session de rattrapage. Mais, émaillées d'incidents, elles ont illustré les difficultés du président Joaquim Chissano et de son gouvernement à accepter de donner sa place à la Renamo (opposition) d'Afonso Dhlakama.
Malgré cela, la réélection de Chissano à la présidence et la victoire relative de son parti, le Frelimo (gouvernemental), leur ont donné les moyens de conforter le dynamisme économique de leur pays. Car, malgré sa forte croissance (+ 9% du PIB en moyenne de 1993 à 1998, avec une pointe à 12,4% en 1997 et des prévisions de 9% à 10% pour 1999), le Mozambique est un des pays les plus pauvres du continent. Ses ressources naturelles sont sous-exploitées : son potentiel hydraulique est énorme, mais moins de 15% de sa population a accès à l'eau potable. L'augmentation de sa production agricole et la reprise de ses exportations de maïs en 19981999 n'empêchent pas l'existence de zones de pénurie du fait des difficultés de transport ou d'un pouvoir d'achat trop faible.
La dette extérieure du pays est égale à trois fois son PIB et sa balance commerciale présente un déficit chronique malgré la progression des exportations (avec un taux de couverture de seulement 37% en 1998). Les exportations mozambicaines de marchandises ont augmenté de 42% (crevettes, noix de cajou, coton) entre 1996 et 1998. Mais les importations (en majorité d'Afrique du Sud) ont progressé, surtout avec la construction de l'usine d'aluminium Mozal, à Maputo: à elles seules, les ventes françaises au Mozambique pour les neuf premiers mois de 1999 ont atteint 461 millions de francs, soit six fois plus que l'année précédente durant la même période, du fait de la livraison d'équipements destinés à cette usine. Le déficit du compte courant (avant dons), qui s'était réduit à 2,7% du PIB en 1995-1997, est remonté jusqu'à 20,4 % en 1998.
C'est le paradoxe de ce pays que
d'attirer quelques grands projets miniers et industriels dont la mise en oeuvre creuse son endettement et son déficit commercial. Le programme de privatisations mozambicain, qui est, pour l'instant, bien parti, risque d'avoir des effets similaires à long terme. Certes, il a permis de relancer l'intérêt des investisseurs étrangers. Plus de 800 projets d'investissements étrangers directs, totalisant 2 milliards de dollars (12 milliards de francs), ont été approuvés par le Centre de promotion des investissements entre 1987 et 1997. L'investissement direct étranger est passé de 45 millions de dollars (270 millions de francs) en 1995 à 140 millions (840 millions de francs) en 1998 et pourrait atteindre les 273 millions (1,6 milliard de francs) en 1999, selon les prévisions les plus optimistes.

Une Bourse des valeurs a même ouvert ses portes à Maputo, en octobre 1999. Mais les privatisations à venir (chemin de fer, télécommunications) seront plus délicates, car elles concernent les secteurs-clés des infrastructures du pays. Ainsi le consortium britannique retenu pour la gestion privée du port de Maputo a-t-il dû négocier pendant dix-huit mois avant de voir son contrat avalisé par le gouvernement à la mi-novembre 1999. La corruption, endémique au sein de l'appareil d'Etat et dénoncée par l'opposition lors de la campagne électorale de décembre 1999, risque de devenir un élément de dissuasion pour les investisseurs étrangers.

2000

Un semestre après les inondations dévastatrices de février et mars 2000, il est devenu évident que leurs conséquences économiques sont plus importantes que ne l'estimait le gouvernement de Maputo. La récolte de céréales du pays est tombée à 1,5 million de tonnes (contre 1 ,8 million de tonnes en 1999) et celle de coton a été de 35 000 tonnes pour la saison 1999 2000, au lieu de 114000 tonnes. L'effondrement de la production de coton (également dû à la baisse du prix d'achat de ce produit fixé par le gouvernement) n'a pas été compensé par une relance des cultures vivrières, et des poches de famine sont apparues dans des régions cotonnières de la province de Nampula, au nord du pays.

L'espoir du gouvernement de maintenir un taux de croissance économique à 6 % ou 7% (au lieu de 10% en 1999) ne s'est pas réalisé, et ce taux sera plus probablement aux alentours de 3,8 % en 2000. D'autant que la concrétisation de nombre d'investissements dépend de la réhabilitation des infrastructures détruites par les pluies. Depuis février 2000, aucun train n'a relié Maputo au Zimbabwe, et c'est seulement début novembre que l'US-AID a ratifié un protocole de financement de 420 millions de francs pour terminer les travaux sur cette ligne de 225 km.

Le déblocage des 3,4 milliards de francs promis par les donateurs du Mozambique, réunis à Rome au printemps, pour financer ces réhabilitations connaît des retards. Seule la moitié des promesses financières avait été tenue début septembre. Des ONG ont connu des difficultés de mise en oeuvre de leurs projets, souvent faute de techniciens locaux. Nombre des travaux de reconstruction risquent donc de ne pas pouvoir être réalisés avant la prochaine saison des pluies.

Après plusieurs années d'accalmie (inflation nulle en 1998, 5 % en 1999), l'inflation devrait atteindre 12 %. Au cours du premier semestre 2000, elle avait dépassé les 14 %, selon le FMI, après l'augmentation de 50% de la masse monétaire et de 35 % des crédits entre juin 1999 et juin 2000. La centrale syndicale a obtenu une hausse de 26 % du salaire minimum fin juillet après avoir menacé le gouvernement d'une grève générale. Dans le même temps, le gouvernement a dû tenir compte des pressions du FMI, qui réclame une politique monétaire plus restrictive.

Malgré ces données macro-économiques inquiétantes, le FMI et la Banque mondiale se veulent plutôt rassurants et parient sur le fait que l'année 2000, perdue pour le développement économique, ne sera qu'une mauvaise passe et que la croissance économique sera de nouveau au rendez-vous à un taux de 10% en 2001, avec une inflation redescendue à un chiffre.

Malgré ce pronostic optimiste et mis à part certains cas précis (telle l'usine d'aluminium Mozal, près de Maputo, qui envisage de doubler sa capacité), les investisseurs étrangers vont faire preuve d'une grande prudence. La participation étrangère a été beaucoup plus faible que d'habitude (seulement cinq pavillons) à la foire annuelle mozambicaine Facim, qui s'est tenue en septembre 2000 à Maputo. Le Mozambique cherche à intéresser de nouveaux investisseurs et va tenter d'attirer des capitaux des Emirats arabes unis en créant une liaison aérienne avec Dubaï et en envoyant une délégation d'hommes d'affaires dans ce pays en novembre.

Source :
Bilan du Monde 96-2001

 


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier