
L’OUGANDA OU LE REFUS DU MULTIPARTISME
Le 12 Octobre 1999, un rapport des
Nations-Unies mentionnait que le gouvernement du président Museveni
montrait peu ou pas de respect pour les libertés démocratiques.
Human Rights Watch rapporte que
le président Museveni a élaboré un système
politique qui donne à son parti (NRM : National Resistance Movement)
des pouvoirs immenses. Le pays s’éloignerait, selon cette organisation,
de la démocratie. Les autres partis politiques sont permis mais
ils ne doivent pas s’engager dans des activités politiques organisés.
En critiquant le passé politique
violent du pays basé sur le tribalisme et les divisions religieuses,
Museveni a mis en place un système de parti unique dans lequel le
NRM est le mouvement de tous les Ougandais (en théorie chaque Ougandais
est membre du Mouvement). Le rapport de Human Rights Watch signale que
le NRM use de tout son pouvoir pour opposer les partis politiques indépendants.
En Juin 2000, les Ougandais devront
voter pour conserver le système actuel du monopartisme ou pour passer
à un système basé sur le multipartisme (Human Rights
Watch pense que le référendum a peu de chance d’être
juste et libre).
On se souvient qu’avant que Museveni
prenne le pouvoir, l’Ouganda avait souffert pendant 15 ans d’abus des droits
humains, premièrement pendant la dictature militaire d’Idi Amin
(1971 à 1979) puis après le retour au pouvoir de Milton Obote
(le NRM de Museveni est arrivé au pouvoir en 1986 après un
combat militaire qui aura duré 5 ans).
Les efforts consentis par le président
Museveni dans la mise en place d’une armée disciplinée, dans
la constitution d’une commission des droits humains et dans l’amélioration
du statut des femmes lui ont valu une reconnaissance internationale. La
politique de libéralisation économique (politique prônée
par les institutions internationales : FMI et Banque Mondiale) et l’émergence
de l’Ouganda en tant que puissance régionale ont permis des investissements
étrangers importants. Malgré le système du monopartisme,
l’Ouganda est cité comme modèle par les pays occidentaux.
Les deux premières semaines de Juin ont vu la tenue par le NRM de plus de 60 meetings publics ainsi que d’importantes réunions informelles. L’opposition favorable au multipartisme a de son côté tenue 15 meetings. L’opposition (UPC : Uganda People’s Congress et DP : Democratic Party) favorable au multipartisme est divisée quant à l’attitude à adopter pour ces élections : un des groupes demande le boycott (DP) et l’autre demande que le peuple vote en masse pour le multipartisme. Pour les partisans du boycott, on ne peut voter sur le principe de la liberté d’association, principe qui doit être acquis dans un système démocratique. On pense que plus de 9 millions de personnes voteront fin Juin.
Début juillet, on apprenait que les Ougandais avaient massivement refusé le multipartisme. La Commission Electorale a annoncé que 91% des votants se sont prononcé en faveur du maintien du parti unique (NRM). 50 % de la population aurait participé à ces votations. Le parti de l’opposition « DP » a annoncé qu’il ne respecterait pas le résultat du référendum.
Sur le plan extérieur, on
sait que des combats violents ont opposé l’armée ougandaise
et rwandaise sur le territoire de la République Démocratique
du Congo depuis 1999. Pourtant, ces deux pays soutiennent la rébellion
anti-Kabila depuis 1998 (il s’agit là d’un revirement de situation
puisqu’ils avaient tous d’eux soutenu Kabila lors de l’offensive qui le
porta au pouvoir en 1997). Ce revirement de situation est dû au fait
que des incursions meurtrières de l’Armée de résistance
du seigneur (LRA) et de l’Alliance des forces démocratiques (ADF)
s’effectuent toujours depuis la RDC en Ouganda (Mobutu tolérait
depuis longtemps ces groupes sur son sol et Museveni pensait que les choses
changeraient avec Kabila, ce qui n’a pas été le cas).
L’implication ougandaise dans l’ex
Zaïre répond aussi à des intérêts économiques.
Les régions contrôlées par son armée ou par
les mouvements congolais alliés, au nord-ouest et au nord de la
RDC, comportent d’importantes richesses, notamment en or. Selon l’ONG ICG
(International Crisis Group), les affrontements qui ont eu lieu à
Kisangani en 1999, entre soldats ougandais et rwandais ont été
en grande partie une bataille pour le contrôle des richesses en diamant,
en or et en café de cette partie du pays.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier