Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
REFUS DU MULTI PARTISME
L’OUGANDA OU LE REFUS DU MULTIPARTISME

Le 12 Octobre 1999, un rapport des Nations-Unies mentionnait que le gouvernement du président Museveni montrait peu ou pas de respect pour les libertés démocratiques.
Human Rights Watch rapporte que le président Museveni a élaboré un système politique qui donne à son parti (NRM : National Resistance Movement) des pouvoirs immenses. Le pays s’éloignerait, selon cette organisation, de la démocratie. Les autres partis politiques sont permis mais ils ne doivent pas s’engager dans des activités politiques organisés.
En critiquant le passé politique violent du pays basé sur le tribalisme et les divisions religieuses, Museveni a mis en place un système de parti unique dans lequel le NRM est le mouvement de tous les Ougandais (en théorie chaque Ougandais est membre du Mouvement). Le rapport de Human Rights Watch signale que le NRM use de tout son pouvoir pour opposer les partis politiques indépendants.
En Juin 2000, les Ougandais devront voter pour conserver le système actuel du monopartisme ou pour passer à un système basé sur le multipartisme (Human Rights Watch pense que le référendum a peu de chance d’être juste et libre).
On se souvient qu’avant que Museveni prenne le pouvoir, l’Ouganda avait souffert pendant 15 ans d’abus des droits humains, premièrement pendant la dictature militaire d’Idi Amin (1971 à 1979) puis après le retour au pouvoir de Milton Obote (le NRM de Museveni est arrivé au pouvoir en 1986 après un combat militaire qui aura duré 5 ans).
Les efforts consentis par le président Museveni dans la mise en place d’une armée disciplinée, dans la constitution d’une commission des droits humains et dans l’amélioration du statut des femmes lui ont valu une reconnaissance internationale. La politique de libéralisation économique (politique prônée par les institutions internationales : FMI et Banque Mondiale) et l’émergence de l’Ouganda en tant que puissance régionale ont permis des investissements étrangers importants. Malgré le système du monopartisme, l’Ouganda est cité comme modèle par les pays occidentaux.

Les deux premières semaines de Juin ont vu la tenue par le NRM de plus de 60 meetings publics ainsi que d’importantes réunions informelles. L’opposition favorable au multipartisme a de son côté tenue 15 meetings. L’opposition (UPC : Uganda People’s Congress et DP : Democratic Party) favorable au multipartisme est divisée quant à l’attitude à adopter pour ces élections : un des groupes demande le boycott (DP) et l’autre demande que le peuple vote en masse pour le multipartisme. Pour les partisans du boycott, on ne peut voter sur le principe de la liberté d’association, principe qui doit être acquis dans un système démocratique. On pense que plus de 9 millions de personnes voteront fin Juin.

Début juillet, on apprenait que les Ougandais avaient massivement refusé le multipartisme. La Commission Electorale a annoncé que 91% des votants se sont prononcé en faveur du maintien du parti unique (NRM). 50 % de la population aurait participé à ces votations. Le parti de l’opposition « DP » a annoncé qu’il ne respecterait pas le résultat du référendum.

Sur le plan extérieur, on sait que des combats violents ont opposé l’armée ougandaise et rwandaise sur le territoire de la République Démocratique du Congo depuis 1999. Pourtant, ces deux pays soutiennent la rébellion anti-Kabila depuis 1998 (il s’agit là d’un revirement de situation puisqu’ils avaient tous d’eux soutenu Kabila lors de l’offensive qui le porta au pouvoir en 1997). Ce revirement de situation est dû au fait que des incursions meurtrières de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) et de l’Alliance des forces démocratiques (ADF) s’effectuent toujours depuis la RDC en Ouganda (Mobutu tolérait depuis longtemps ces groupes sur son sol et Museveni pensait que les choses changeraient avec Kabila, ce qui n’a pas été le cas).
L’implication ougandaise dans l’ex Zaïre répond aussi à des intérêts économiques. Les régions contrôlées par son armée ou par les mouvements congolais alliés, au nord-ouest et au nord de la RDC, comportent d’importantes richesses, notamment en or. Selon l’ONG ICG (International Crisis Group), les affrontements qui ont eu lieu à Kisangani en 1999, entre soldats ougandais et rwandais ont été en grande partie une bataille pour le contrôle des richesses en diamant, en or et en café de cette partie du pays.


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier