Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE
ANALYSE GEOPOLITIQUE

État d'Afrique de l'Ouest, ancienne colonie française indépendante depuis 1960, le Niger occupe une position centrale dans l'espace saharo-sahélien. C'est une des constructions politiques les plus artificielles léguées par l'histoire coloniale, le Niger étant né du découpage par la France du vaste domaine colonial continu qu'elle avait constitué entre la Méditerranée et le Soudan (Mali), l'Afrique-Occidentale française (AOF) et l'Afrique-Équatoriale française (AÉF).

Le territoire nigérien englobe des populations très diverses : c'est un espace de contact ¾ et d'affrontement potentiel ¾ entre paysans sédentaires et éleveurs nomades, entre Noirs et Blancs. A la différence du Tchad voisin, l'opposition Nord-Sud ne s'exprime pas sur le terrain religieux car l'ensemble de la population est islamisée de longue date. Depuis quelques années, sur fond de crise économique persistante le pays est agité par une rébellion des Touareg qui met en lumière la fragilité de l'unité nationale d'un État exposé à d'importantes forces centrifuges.

Entre Sahara et Sahel

Les trois quarts du pays sont désertiques ; l'immense erg du Ténéré forme un redoutable obstacle aux communications entre les oasis de l'Aïr et du Kaouar, mais la substitution des camions aux grandes caravanes d'antan a changé les conditions du contrôle territorial. Les ressources en eau relativement abondantes du massif montagneux de l'Aïr (ou Ayar) ont fixé les populations près des sources et des puits ; c'est un des lieux forts de l'espace touareg.

Celui-ci se prolonge en direction du fleuve Niger le long de la vallée fossile de l'Azawad (ou Azawak). Au sud du 16e parallèle, qui correspond en gros à des précipitations annuelles moyennes de 350 à 400 mm et marque la limite de l'agriculture possible sans irrigation, commence le Sahel. Plus de neuf habitants sur dix vivent dans cette étroite frange comprise entre le Sahara et la frontière du Nigeria. A l'extrême sud-ouest du pays, la vallée du fleuve Niger forme un ruban de forte densité de population ; c'est ce que l'administration coloniale considéra comme le  Niger utile . Elle y implanta en 1926 la capitale du territoire, Niamey, en remplacement de Zinder.

Le Niger a été durement éprouvé par les sécheresses qui ont frappé le Sahel au cours des dernières décennies, principalement en 1973 et en 1984-1985. Même si depuis lors le Sahel a reverdi, la probabilité du retour de dramatiques accidents climatiques reste élevée dans ces marges du désert aux déficits pluviométriques cycliques. Les conséquences des dernières sécheresses ont été aggravées, car à la suite d'une longue série d'années favorables, les paysans, poussés par une forte pression démographique, avaient inconsidérément repoussé vers le nord la limite des terres cultivées, au détriment des pâturages.

Les drames sahéliens ont rappelé que ce milieu fragile ne pouvait supporter une trop forte charge humaine, et font resurgir les conflits immémoriaux pour le contrôle foncier entre cultivateurs et pasteurs. Les famines provoquées par les sécheresses ne sont pas étrangères au renversement en 1974 du régime de Diori Hamani, le premier président de la République du Niger : la misère rendit insupportable la corruption de son entourage et le détournement de l'aide alimentaire.

Djerma, Haoussa, Touareg

Les contraintes d'un environnement difficile sont inégalement vécues selon les régions et les groupes de population. Si l'on ne tient compte que des principaux ensembles ethnodémographiques, le Niger se présente comme un espace tripolaire composé à l'ouest des Djerma-Songhaï, au centre et à l'est des Haoussa, au nord des Touareg. Géopolitique interne et externe sont inséparables, car ces  groupes, dont les rapports dominent la politique intérieure du Niger, se prolongent au-delà des frontières. La diplomatie nigérienne doit, par la force des choses, être très attentive aux relations de voisinage avec le Nigeria ¨ au sud, et l'Algérie ¨ et la Libye ¨ (avec laquelle existe un contentieux frontalier dans le prolongement de la bande d'Aozou) au nord

Les Djerma, qui habitent la vallée du Niger dans la région de Niamey, occupent une position privilégiée au coeur du  Niger utile . C'est d'eux que sont issus les premiers  évolués  formés à l'école et au contact du colonisateur : ils ont fourni les principaux cadres de l'administration et de l'armée et n'ont pas cessé d'exercer le pouvoir politique depuis l'indépendance, bien que leur groupe soit minoritaire. Il existe une sorte de partage tacite entre les Djerma, qui ont accaparé le sommet de l'État jusqu'aux élections présidentielles de 1993 et détiennent le pouvoir militaire, et le groupe majoritaire des Haoussa, détenteurs incontestés du pouvoir économique.

Ces derniers comptent pour environ la moitié de la population du Niger, mais la plus grande partie du groupe de langue haoussa, et le coeur historique de leur territoire se trouvent au Nigeria. C'est le tracé d'une frontière fixée par les accords franco-britanniques de 1904-1906 qui a scindé le pays haoussa. D'actifs réseaux d'affaires associent des marchands de part et d'autre d'une frontière particulièrement perméable qui est un des hauts lieux de la contrebande. C'est en vain que les autorités du Nigeria tentèrent de la fermer entre 1983 et 1985. Le commerce a fait la fortune des grands commerçants de Maradi et de Zinder, ceux qu'on appelle les alhazai parce qu'ils ont fait le pèlerinage de La Mecque. Les militaires au pouvoir à Niamey depuis le renversement de Diori Hamani, Seyni Kountché (de 1974 à sa mort en 1987) et Ali Seibou, ont toujours pris soin d'entretenir des alliances avec la chefferie et la bourgeoisie d'affaires haoussa pour éviter toute tentation sécessionniste.

C'est le groupe touareg qui pose actuellement le plus de problèmes. Il représenterait environ 10 % de la population nigérienne. Une partie se compose d'anciens captifs noirs appelés Bella ou Bouzou, pour la plupart sédentarisés. Les nomades, quant à eux, supportent mal leur déclin et leur marginalisation politique et économique. La question touareg est d'autant plus complexe qu'elle concerne tous les États qui se partagent le Sahara central. Au Niger, les revendications d'autonomie sont exprimées par le Front de libération de l'Aïr et de l'Azawad (FLAA). Des actions de commando et la répression des forces armées, notamment le massacre de dizaines de villageois à Tchin-Tabaradene en mai 1990, ont enclenché un cycle de la violence qui fait peser maintenant des menaces de guerre civile.

Ces tensions s'ajoutent à une situation économique difficile qui ne date pas d'aujourd'hui. Enclavé, disposant de peu de ressources exportables, le Niger était le territoire le plus défavorisé et le moins développé de l'AOF. Il était affecté d'un fort courant d'émigration. Il fait toujours partie des pays les moins avancés (PMA). Les espoirs de développement fondés sur la mise en exploitation, au début des années 70, des mines d'uranium d'Arlit, au nord d'Agadès, ont été déçus. Deuxième producteur africain d'uranium, le Niger a connu une décennie heureuse tant que la pénurie pétrolière et les programmes nucléaires firent monter les prix du métal : jusqu'en 1981.

Depuis, la rente minière a été rognée et ne permet plus de faire face aux dépenses d'un État qui vit au-dessus de ses moyens, est très fortement endetté et serait en cessation de paiement sans l'aide internationale, notamment celle de la France.

C'est dans ce contexte doublement tendu que le pouvoir militaire a dû répondre à la revendication démocratique. Une conférence nationale réunie en 1991 a mis un terme au régime militaire tout en maintenant provisoirement Ali Seibou à la tête de l'État dans l'attente d'élections libres. Celles-ci ont eu lieu en mars 1993 et c'est le candidat appuyé par les Haoussa,  Mahamane Ousmane, qui a été élu président.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier