Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997
LE NIGER DE 1982 A 1997

Le Niger (5,5 millions d'habitants) est dirigé depuis 1974 par un "Comité militaire suprême", dont le chef est le colonel Seydi Kountché. Celui-ci s'est gardé de rompre avec la politique de son prédécesseur dans le domaine des relations avec la France, notamment pour l'exploitation de la principale ressource du pays, le grand gisement d'uranium d'Arlit, au Sahara. Conséquence de l'augmentation des prix du pétrole, la production d'uranium a quadruplé de 1974 à 1979, représentant alors 80% des exportations et 50% des recettes de l'Etat. Mais à partir de 1980, le marché mondial de l'uranium a commencé à être saturé non seulement à cause de l'entrée en production de nouvelles mines dans le monde, mais aussi en raison des effets de la crise économique mondiale. D'où le marasme de l'économie nigérienne, qui connaissait jusqu'alors une notable expansion.

À ces difficultés économiques s'ajoutent des difficultés politiques: il y a d'abord le contrecoup des graves troubles religieux que provoquent depuis 1980 des sectes musulmanes intégristes dans le Nord-Nigeria, le grand État voisin. Ils sont d'autant plus ressentis que les Haoussa, le grand peuple du Nord-Nigeria, constituent aussi au Niger le groupe ethnique le plus nombreux. Mais il y a également les menées libyennes et les dirigeants du Niger observent avec inquiétude ce qui se passe au Tchad. C'est surtout parmi les nomades et semi-nomades du Niger que les Libyens recrutent les volontaires pour combattre dans les rangs du Polisario ou dans la "légion islamique" qui est intervenue au Tchad.

Depuis avril 1974, le Conseil militaire suprême (CMS), ayant à sa tête le général Seyni Kountché, dirige le Niger (5,6 millions d'habitants). Cependant, 1983 a été marqué par un retour plus sensible des civils à la vie politique. En effet, un poste de Premier ministre attribué à un civil a été créé en janvier 1983. Suite au remaniement ministériel de novembre, le général Kountché, détenant les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur, est resté le seul militaire du gouvernement. En outre, un Conseil national de la société de développement (CND) a été mis en place en août 1983. Forte de 150 membres, cette première assemblée délibérative depuis l'avènement des militaires était appelée à se transformer en Assemblée constituante, mais n'avait encore qu'un rôle de proposition. Les militaires étaient fortement représentés à son Bureau.

Prônant un "développement par la participation", le pouvoir, hanté par les ingérences libyennes, n'hésite pas à utiliser la manière forte à l'image de la répression des étudiants grévistes en mai 1983. En octobre, l'échec d'une tentative de coup d'État dont les mobiles n'ont pas été vraiment éclaircis a écarté du pays Amadou Oumarou dit Bonkano. Ce conseiller à la Sécurité, homme lige du Président, était le patron du Bureau de coordination et de liaison (BCL), police politique redoutable et omniprésente qui semble avoir raison aujourd'hui de toute opposition au Niger.

Ce pays connaît une grave crise financière liée notamment à la mévente de l'uranium qui représente plus de 80% de ses recettes d'exportation. Le service de la dette extérieure devrait représenter en 1984 plus du tiers d'un budget en diminution, comme celui de l'année précédente. Le Niger qui jouit, en dépit de malversations rendues publiques en 1983, d'une certaine crédibilité en matière de gestion, a obtenu à la fin 1983 un réaménagement de sa dette et d'importants concours financiers du FMI et de la France (par l'intermédiaire de la Caisse centrale de coopération économique).

Malgré le développement d'aménagements hydro-agricoles, les projets à vocation rurale recueillaient jusqu'en 1982 une part minime des financements extérieurs, surtout consacrés aux projets énergétiques ou de prestige. Les cultures de rente (arachide, coton), principales sources de devises avant l'exploitation de l'uranium, ont nettement régressé au profit de cultures vivrières plus rémunératrices et en partie écoulées vers le Nigeria. Toutefois, la situation alimentaire restait précaire au début de 1984 dans le Centre-Sud, les régions proches du Mali et du lac Tchad, plus en raison de difficultés financières liées au stockage qu'à un déficit de la production.

En libérant en avril 1984, lors du dixième anniversaire de sa prise de pouvoir, l'ancien président Diori Hamani, le chef d'État du Niger (5,9 millions d'habitants), le général Seyni Kountché, a définitivement tourné la page du Niger de l'après-indépendance. L'année 1983 avait été marquée par un retour des civils à la vie politique avec la mise en place du Conseil national de la société de développement, future Assemblée constituante, présidée par un civil, l'ancien Premier ministre Oumarou Mamane. Seyni Kountché a conservé les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur. Lors du remaniement ministériel d'août 1984, il a nommé le lieutenant-colonel Beïdari Mamadou ministre des sociétés d'État et d'économie mixte, manifestant sa volonté de voir les militaires prendre en main l'assainissement de l'économie nationale. De plus, les membres du CMS (Conseil militaire suprême) ont conservé l'administration du territoire.

Les relations du Niger avec ses deux grands voisins pétroliers sont inégales. Si le Nigeria a fermé sa frontière depuis l'été 1984, grevant ainsi les recettes douanières du Niger et entravant son commerce, la Libye a normalisé ses relations avec Niamey, suspendues depuis janvier 1981, en nommant un chargé d'affaires en novembre 1984.

En décembre 1984, la rencontre du président Kountché avec Ronald Reagan aux États-Unis, alors que se tenait le sommet des chefs d'État de France et d'Afrique au Burundi, n'a pas, semble-t-il, assombri les relations avec la France: à son retour, S. Kountché a fait escale à l'Élysée. Toutefois, les rapports avec Washington se sont développés au plan de la coopération militaire et surtout économique (2 milliards de francs CFA en 1985).

Le marasme qui règne dans le marché de l'uranium (14% des recettes publiques) et la persistance de la sécheresse (475 000 tonnes de déficit céréalier en raison d'une baisse de 40% de la production de mil et de sorgho) ont plongé le pays dans une situation très sombre. En 1985, la production d'uranium a été réduite (3 200 tonnes contre 3 400 tonnes en 1984) et son prix a stagné (+2,5%). Le service de la dette extérieure devrait atteindre 50 milliards de francs CFA en 1988, soit le double de 1984, année où le budget de fonctionnement était d'environ 80 milliards. En 1985, 92% du budget d'investissement du Niger devaient être financés par des emprunts et des dons.

L'accord signé avec le Fonds monétaire international en octobre 1983 a été reconduit jusqu'en 1985. Il implique une refonte du secteur public et parapublic: dénationalisation d'une vingtaine des cinquante-quatre sociétés d'État dont une sera liquidée, démantèlement du monopole d'État dans la commercialisation des produits de première nécessité, relèvement des tarifs (électricité, etc.), des milliers de licenciements. La facture sociale risque d'être très lourde au moment où s'instaure le débat sur la charte nationale, premier pas vers un retour à une vie constitutionnelle normale.

Au Niger, selon les autorités, la très bonne campagne agricole de 1985 a facilité la relance de l'élaboration de la Charte nationale initiée en 1982. Depuis le coup d'État militaire d'avril 1974, c'est un premier pas vers un retour à une vie constitutionnelle normale. Le projet définitif devait être présenté pour avis au gouvernement en octobre 1986, au plus tard, puis soumis à la sanction populaire. Si, selon le chef de l'État, le général Seyni Kountché, la Charte doit faire du Niger "un État plus libéral", les membres du Conseil militaire suprême (CMS) conservent encore l'administration du territoire, le chef d'État cumule les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur, et deux militaires font partie de l'équipe gouvernementale, profondément remaniée en septembre 1985.

Le Niger a joué un rôle médiateur dans le conflit qui a opposé le Mali et le Bourkina en décembre 1985. L'ambassadeur du Niger à Tripoli a regagné son poste à la fin 1985, mettant fin à la suspension des relations diplomatiques avec la Libye, longtemps soupçonnée de vouloir déstabiliser le régime du général Kountché. Par ailleurs, le Nigéria a officiellement rouvert ses frontières en février 1986, ce qui a réactivé les circuits commerciaux.

Après des années de sécheresse, une bonne pluviosité en 1985 a permis une importante production céréalière, estimée à près de 1,8 million de tonnes, entraînant une forte baisse des prix (le mil est quatre fois moins cher qu'en 1984) et un ralentissement des cultures de contre-saison (haricots verts, tomates, oignons...) encouragées en 1984 pour compenser la sous-production de mil. Les pâturages, presque restaurés, sont restés sous-utilisés, 50% du cheptel ayant été abattu en 1984 en raison de la sécheresse.

Cependant, le Niger, dont les ventes d'uranium stagnent (3 400 tonnes), connaît une situation financière difficile. L'important service de la dette (27 milliards de francs CFA en 1986 pour un budget de 87,9 milliards) rend les perspectives de redressement assez problématiques. Un troisième accord de confirmation avec le FMI a permis de rééchelonner 50% du service de la dette. Mais ce n'est qu'un ballon d'oxygène (environ 15 milliards de francs CFA par an) car dès 1989, la fièvre de la dette devrait reprendre de plus belle. En décembre 1985, le Niger a donc négocié avec la Banque mondiale un important programme d'ajustement structurel et il peut compter sur les retombées de la Convention de Lomé III. Pour la période 1986-1988, 272 milliards de francs CFA d'investissements sont prévus, mais la part de l'État reste dérisoire (6 milliards sur 80 en 1986). La réactivation du secteur minier, mais surtout une relance agricole liée à l'amélioration de la maîtrise de l'eau et la reconstitution du cheptel, pourraient contribuer à sortir le Niger de cette profonde et durable austérité.

Après la mise en place, en 1983, du Conseil national de la société du développement, future Assemblée constituante, le Niger, avec le projet définitif de Charte nationale qui devait être soumis à référendum en juin 1987, a poursuivi son très lent retour à une vie constitutionnelle normale. En 1987, les membres du Conseil militaire suprême installé lors du coup d'État de 1974 détiennent toujours le contrôle de l'administration du territoire et le chef d'État, le général Seyni Kountché, cumule les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur. Les graves problèmes de santé de ce dernier suscitent bien des interrogations, vu la personnalisation du pouvoir.

Le Niger, qui a normalisé ses relations avec la Libye et le Nigéria, tente de jouer un rôle modérateur au coeur de l'Afrique. Ainsi, Seyni Kountché a prôné une solution politique au Tchad où la recrudescence des combats dans le Tibesti menaçait directement les frontières du Niger ; par ailleurs, il a abordé les problèmes de sécurité dans la sous-région en recevant en octobre 1986 le "numéro deux" du Bourkina, Blaise Compaoré, peu après la tentative de renversement du général Eyadéma.

Au plan économique, pour la deuxième année consécutive, une bonne pluviosité en 1986 a permis une campagne agricole convenable avec une importante production céréalière (qui reste pourtant légèrement déficitaire) et une très forte progression du niébé et de l'arachide. Le cheptel, décimé à 50% en 1984, se reconstitue rapidement. Si le bilan agricole est relativement satisfaisant, encore qu'une vraie relance en ce domaine reste conditionnée par l'amélioration de la maîtrise de l'eau, il n'en va pas de même pour ce qui fut le secteur clé de l'économie, l'uranium. Le projet minier de la SMTT (Société minière de Tassa N'Taghalgué) a été mis en sommeil à cause de la morosité du marché. La situation financière du Niger, placé depuis 1983 sous le contrôle du FMI, demeure précaire et le fort endettement extérieur (325 milliards de francs CFA) rend problématiques les perspectives de redressement économique. Le service de la dette devait représenter le tiers des recettes budgétaires en 1987, malgré des rééchelonnements et aménagements divers. Cela explique la forte progression (20%) du budget, arrêté à 105 milliards de francs CFA en 1987, qui reste néanmoins marqué par l'austérité. Pour la réalisation de ses investissements, le Niger est donc tributaire (à hauteur de 100 milliards de francs CFA par an) de la Banque mondiale, des fonds arabes et européens, des financements français et aussi des crédits japonais qui se sont sensiblement accrus après la visite de S. Kountché au Japon en septembre 1986. C'est dans ce contexte que le plan quinquennal 1987-1991 a pris le pari audacieux de fonder la relance économique du pays sur le secteur rural.

Le 10 novembre 1987, le président du Niger, le général Seyni Kountché, s'est éteint dans un hôpital parisien. Il s'était imposé à la tête du pays en avril 1974 par un coup d'État militaire. Sa mort est intervenue quelques mois après l'adoption au suffrage universel, le 14 juin 1987, d'une charte nationale, étape vers le retour à une vie constitutionnelle normale dont le processus était engagé depuis 1983 avec la mise en place du Conseil national de développement (CND). Son successeur, le colonel Ali Saibou, chef d'état-major des forces armées, a été aussitôt désigné par le Conseil militaire suprême (CMS) qui reste l'instance dirigeante au Niger.

Rompant avec la gestion autoritaire et très personnelle de son prédécesseur, Ali Saibou entend garder le cap et a su maintenir des relations acceptables avec son voisin libyen. Attaché à une politique d'ouverture dans la continuité, il a géré avec fermeté mais habileté la grève à l'université de Niamey en janvier 1988 et celle des mines d'uranium d'Arlit, évitant l'intervention de l'armée.

Cette politique s'est traduite, dès la fin de 1987, par la formation d'un gouvernement rénové, toujours présidé par Hamid Algabid, l'amnistie générale des condamnés politiques avec l'élargissement de Hamani Diori et de Djibo Bakari qui dominèrent la vie politique du pays avant et après l'indépendance (1960). Le colonel Saibou envisageait, en avril 1988, la transformation prochaine du CND en Assemblée constituante, mais toute idée de multipartisme est rejetée, et la présence des militaires dans l'appareil politique et administratif est présentée comme irrévocable. Disposant de sept portefeuilles, ceux-ci sont restés à la tête des sept préfectures du pays après les nouvelles nominations de mars 1988.

La succession politique est intervenue dans un contexte économique difficile marqué par une chute de l'ordre de 5% du produit intérieur brut (PIB) en 1987. Une mauvaise pluviométrie a entraîné une baisse de 21,8% de la production agricole en 1987. Une politique de développement rural cohérente à moyen et à long terme est l'objectif prioritaire du plan (1987-1991) compte tenu de la baisse des revenus de l'uranium (12% des ressources de l'État en 1986 contre 40% en 1982).

La table ronde des bailleurs de fonds réunie à Niamey en mars 1988 a illustré cette volonté. Cela s'est traduit par un programme d'investissement (1988-1991) de 226 milliards de francs CFA dans le secteur rural, financé à plus de 90% par l'extérieur. Le Niger, lié par des accords avec le FMI depuis 1983, a obtenu en avril 1988 un rééchelonnement sur vingt ans de sa dette dont le service représentait 35,5% des recettes du pays.

Homme de terrain à l'allure débonnaire, le général Ali Saïbou, qui a succédé en novembre 1987 à Seyni Kountché, décédé, rompt avec l'image austère et autoritaire de son prédécesseur, contribuant à décrisper le climat politique tout en mettant en place les institutions destinées à encadrer une société nigérienne régie par une alliance de fait entre l'armée et les commerçants.

En effet, la plupart des prisonniers politiques ont été élargis. Les personnes impliquées dans la tentative de coup d'État du 6 octobre 1983, détenues jusqu'alors sans jugement, ont été lourdement condamnées en octobre 1988, puis graciées et libérées le 15 avril 1988. Dans le même temps, s'est confirmé le retour des militaires au gouvernement (une dizaine de ministères sur vingt-trois). Lors du remaniement du 15 juillet 1988, A. Saïbou s'est séparé des technocrates modernistes, leur préférant des hommes plus à même de relayer son pouvoir dans les milieux du commerce dit informel.

En février 1989, le gouvernement a adopté un projet de Constitution élaboré par le nouveau Conseil national du développement (CND) - mis en place en juin 1988 - et qui devait être soumis à référendum en 1989. Confirmant le rôle de l'armée dans la vie politique du pays, ce projet consacre la création d'un parti unique, le Mouvement national de la société de développement (MNSD), annoncée dès le 2 août 1988 par le chef de l'État. Le congrès constitutif du MNSD devait désigner les membres, militaires et civils, du Conseil supérieur d'orientation nationale, nouvelle instance appelée à remplacer le Conseil militaire suprême (CMS), et dont le président devait être le candidat unique à l'élection présidentielle de décembre 1989. Le même scrutin devait désigner les députés, tous civils et membres du MNSD, qui formeront l'Assemblée nationale, le CND disparaissant et un Conseil économique et social étant mis en place.

Attaché au développement de la coopération avec les pays de la région, le général Saïbou a confirmé sa volonté de renouer avec la Libye en réunissant à Niamey, en juin 1988, la grande commission mixte. Entre 1981 et 1987, les relations diplomatiques avec Tripoli avaient été rompues.

Affirmant son pouvoir, le nouveau chef d'État a bénéficié d'une conjoncture économique plus favorable, marquée par un excédent céréalier de plus de 200 000 tonnes, lié notamment à une bonne pluviométrie. Le Plan de développement économique et social (1987-1991) qui met l'accent sur le développement rural sert de cadre à la politique économique de ce pays qui peut au mieux compter sur le maintien des recettes de l'uranium (10 milliards FCFA) assuré par un accord avec la France, son premier partenaire économique (un quart des apports extérieurs). L'équilibre budgétaire a été réalisé in extremis en 1988 grâce à un nouveau rééchelonnement de la dette et à un prêt exceptionnel de la France. Si le budget de fonctionnement 1989 (114 milliards FCFA) est en baisse (2,5%), le budget d'investissement (106,8 milliards) est en légère progression (3,5%), témoignant de l'image satisfaisante du Niger aux yeux du FMI (nouvel accord de prêt sur trois ans à la fin de 1988), de l'Europe (France, RFA, Italie, Fonds européen de développement) et des pays arabes. Mais une très forte croissance démographique non maîtrisée (3,1% par an pour 7,2 millions d'habitants recensés en 1988) rend bien précaires les résultats des efforts économiques de ce pays asphyxié par la dette.

1989 a été pour le Niger l'année de la mise en place des institutions de la IIe République ; une nouvelle Constitution, adoptée le 24 septembre (99,28% de "oui"), régit une société nigérienne dominée par une alliance entre l'armée et les grands commerçants. Le général Ali Saïbou, désigné en novembre 1987 pour succéder, à sa mort, au général Seyni Kountché - au pouvoir depuis 1974 -, a été élu président du Conseil supérieur d'orientation nationale (CSON), fort de 67 membres, civils et militaires, organe directeur du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), parti unique, qui a tenu son congrès constitutif en mai 1989. Candidat unique, le général Saïbou a été élu le 10 décembre 1989 président de la République pour sept ans (99,65%), la liste unique des 93 députés civils désignés par le CSON étant plébiscitée (99,52%) le même jour pour former l'Assemblée nationale présidée par Moussa Moutari. Ces nouvelles institutions ont consacré un large maintien au pouvoir des militaires qui restent à la tête de la plupart des préfectures et conservent au gré des remaniements (trois en moins d'un an) une dizaine de portefeuilles ministériels.

La tragique répression, le 9 février 1990, des étudiants en grève de l'université de Niamey (une dizaine de morts) a jeté le discrédit sur un régime secoué par une grave crise de confiance et a souligné le caractère artificiel de ce retour à une "vie constitutionnelle normale". La démission, en mars 1990, du général Amadou Seyni Maïga, secrétaire politique du CSON et "numéro deux" du régime, l'instabilité ministérielle (nombreux limogeages successifs) et des revers diplomatiques (non-réélection de Ide Oumarou au secrétariat général de l'OUA) ont reflété les difficultés du président à asseoir son pouvoir.

Elles se sont aggravées avec la très sévère répression des Touaregs (63 morts officiellement) à la suite de l'attaque qu'ils avaient menée contre le poste de Tchin-Tabaraden en mai 1990. Les quelques 20 000 Touaregs expulsés d'Algérie et de Libye en 1989-1990 n'avaient alors pas reçu des autorités nigériennes l'aide à la réinstallation qui leur avait été promise.

La crise économique et sociale est profonde: perte de 20 000 des 60 000 emplois déclarés en cinq ans (le FMI intervient depuis 1983), marasme de l'uranium (le Niger tente de limiter à 25% la baisse de ses prix de vente à la France), déficit céréalier (90 000 tonnes pour une production de 1,5 million de tonnes) et lourd service de la dette (45% du montant du budget avant la remise de la dette publique de la France). La relance du projet du barrage de Kandadji sur un dossier technique et des coûts de réalisation nouveaux semblait, en 1990, en bonne voie. Ce barrage permettrait une autosuffisance énergétique à l'horizon 2000 et, au-delà, un espoir d'équilibre alimentaire durable dans ce pays marqué par l'avancée du désert et une très forte croissance démographique.

Le gouvernement pourra-t-il répondre aux besoins sociaux des plus démunis et aux nouvelles exigences d'une élite intellectuelle que tente de regrouper le journal Haské?

Pressé par une offensive syndicale constante, le général Ali Saibou, chef de l'État, a dû accepter de remettre en cause les institutions mises en place en 1989, fondées sur le Mouvement national pour la société de développement (MNSD) - parti unique constitué en mai 1989 - qui scellait l'alliance entre l'armée et les grands commerçants. A l'appel de l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), une grève générale de cinq jours contre les mesures d'économie budgétaire liées aux accords avec le FMI, et pour l'instauration du multipartisme, a contraint le chef de l'État à annoncer, le 15 novembre 1990, devant l'Assemblée nationale, la révision de la Charte nationale et de la Constitution (plébiscitée à 99,28% en septembre 1989...) et la reconsidération des réductions budgétaires. En mars 1991, l'armée s'est retirée des structures du MNSD, tandis qu'une vingtaine de partis politiques - dont la création avait été autorisée en décembre 1990 - et de nombreuses associations se préparaient à la Conférence nationale prévue en juillet 1991 et aux futures échéances électorales, préludant au retrait des militaires qui dominaient la scène politique depuis avril 1974.

En mars 1991, la difficile reconduction de Ali Saibou à la tête du MNSD a illustré la crise de confiance qui existait au sein même du régime, marqué, dès mars 1990, par l'éviction de l'ancien "numéro deux", le général Amadou Seyni Maïga, qui commandait le contingent nigérien envoyé en novembre 1990 en Arabie saoudite, et celle du lieutenant-colonel Mamadou Tandja, privé du portefeuille de l'Intérieur en mars 1991. C'est dans ce climat incertain que les 44 Touaregs détenus pour "atteinte à la sûreté de l'État" ont été acquittés, en avril 1991, après la violente répression de leur mouvement par l'armée en mai 1990 (officiellement 63 mors).

Pratiquement en état de cessation de paiements, le Niger, qui a bénéficié d'une importante remise de sa dette à l'égard de la France (plus de 80 milliards FCFA) et du traditionnel appui de la Communauté européenne, a tenté en 1991 de racheter sa dette commerciale (à 18% de la valeur des créances), avec le soutien, notamment, de la Banque mondiale et du Trésor français. L'effondrement des recettes de l'uranium, un important déficit céréalier en 1991 (300 000 tonnes), la contrebande persistante avec le Nigéria ont assombri la situation économique de ce pays où le FMI a commencé à intervenir en 1983. Recevant en avril 1991 le nouveau président tchadien Idriss Déby, les autorités nigériennes ont appelé à la réconciliation les nombreux partisans armés de l'ancien président tchadien Hissène Habré, repliés au Niger depuis décembre 1990.

Quelques mois après la reconnaissance du multipartisme (décembre 1990), la "Conférence nationale souveraine" s'est ouverte, le 29 juillet 1991, dans la capitale nigérienne, Niamey. Parmi les 1204 délégués représentant partis, syndicats, associations, notables, institutions militaires et religieuses, les principaux contestataires du régime du général Ali Saibou - l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) et l'Union des scolaires du Niger (USN) - ont dressé un sévère réquisitoire contre l'armée, au pouvoir depuis 1974, et ont tiré un bilan désastreux de trente ans d'indépendance.

D'emblée, la Constitution a été suspendue et la Charte nationale abrogée. Le chef de l'État, qui venait de démissionner, le 12 juillet, de la présidence de l'ancien parti unique, le Mouvement national pour la société et le développement (MNSD), a été provisoirement maintenu dans ses fonctions.

A l'issue des travaux, le 3 novembre 1991, Amadou Cheffou, fonctionnaire international, a été élu Premier ministre du gouvernement de transition. Le professeur André Salifou, qui présidait la Conférence, a pris la tête du Haut Conseil de la République, chargé de contrôler l'action du gouvernement, le général Saibou n'occupant plus qu'une fonction honorifique de président jusqu'au terme de la transition, fixé à décembre 1993.

Les nouvelles autorités, qui ont dû faire face à une situation économique fortement dégradée (le PIB de 1990 était égal à celui de 1980), ont repris à la fin de 1991 les discussions pour la mise en oeuvre du programme d'ajustement structurel du FMI, violemment dénoncé en octobre par la Conférence nationale. Les bailleurs de fonds, en particulier la France qui a augmenté ses engagements en 1992, ont répondu à l'appel à l'aide internationale lancé dès novembre 1991 par le nouveau Premier ministre. Malgré l'accumulation d'arriérés de salaires, un impôt de solidarité, dû par les salariés et les commerçants, a été institué en novembre. La filière uranium devrait être restructurée: les 60 milliards FCFA de recettes en 1991 - contre 110 en 1983 - ont représenté encore deux tiers des recettes d'exportation du pays.

Aux tensions sociales accrues s'est ajouté le problème de la communauté touareg (700 000 personnes, soit 10% de la population), entrée en rébellion armée en mai 1990 après des massacres perpétrés par l'armée et dont le bilan officiel (63 morts) a été largement sous-estimé. L'appel solennel au dialogue, lancé le 4 janvier 1992 par Amadou Cheffou, après l'extension des attaques dans l'ouest de l'Aïr, non loin de la région minière d'Arlit, a traduit l'inquiétude des nouvelles autorités face à cette question qui a semblé pouvoir gravement hypothéquer la transition démocratique.

La période de transition, initiée au Niger le 3 novembre 1991 à l'issue de la Conférence nationale souveraine (réunissant principalement pouvoir et forces d'opposition), s'est achevée en avril 1993 avec l'investiture au pouvoir du nouveau chef de l'État, Mahamane Ousmane. Premier président de l'histoire du Niger élu démocratiquement, ce dirigeant social-démocrate a largement devancé, au second tour du 27 mars, Mamadou Tandja, candidat de l'ancien parti unique, le Mouvement national pour la solidarité et le développement (MNSD), avec 55,4% des suffrages exprimés pour une participation de 35,5% des électeurs.

L'adoption, le 16 décembre 1992, d'une constitution démocratique (89% de "oui" et une participation de 54,4%) ont précédé des législatives à la proportionnelle qui, le 14 février 1993, ont donné une large majorité (51 des 82 sièges) à l'Alliance des forces pour le changement (AFC). Ses principales composantes sont la Convention démocratique et sociale, parti de l'actuel président (22 sièges), le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme de Mohamadou Issoufou le Premier ministre, (12 sièges) et l'Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès du président de l'Assemblée, Moumouni Adamou Djermakoye (12 sièges), ancien du MNSD. La signature, en février 1993, par des partis de l'AFC, d'un programme de gouvernement a marqué la volonté de dépasser clivages ethniques et régionaux.

Héritier d'une situation générale déplorable, le nouveau président s'est engagé, avec l'appui de l'AFC, à résoudre par la négociation le problème touarègue, très mal assumé par les autorités de la transition. En libérant en avril 1993 les derniers touaregs, détenus depuis le 27 août 1992 à la seule initiative de l'armée, avalisée par des autorités de la transition peu favorables à un compromis, les nouveaux dirigeants ont ouvert des pourparlers avec le Front de libération de l'Aïr et de l'Azawak (FLAA). Le règlement de ce conflit armé, qui a éclaté en mai 1990 faisant des centaines de victimes, est apparu susceptible de libérer les énergies nécessaires au redressement d'une économie exsangue.

Cette faillite économique, aggravée par la contrebande avec le Nigéria et l'effondrement des recettes tirées de l'uranium, n'a pas été sans rapport - intéressé - avec la reconnaissance, en juillet 1992, de Taïwan, laquelle, en entraînant ipso facto la rupture diplomatique avec Pékin, a suscité une grave polémique au sommet de l'État. Au bord de la banqueroute (en 1992, la France, avec un don de 340 millions FF, et Taïwan avec un prêt de 50 millions de dollars ont à peine limité un déficit budgétaire estimé à 2 milliards FF), le Niger, malgré l'hostilité affichée de syndicats puissants qui réclament pour les fonctionnaires le paiement de plusieurs mois d'arriérés de salaires, a entrepris de renouer le dialogue, dénoncé en 1991, avec le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale.

Dans ce pays qui n'avait connu depuis son indépendance en 1960 que le régime du parti unique ou le pouvoir exclusif de l'armée, la consolidation de l'unité nationale menacée par les revendications touarègues et le redressement d'une économie exsangue après le "boom" de l'uranium ont été les préoccupations majeures du président Mahamane Ousmane, élu démocratiquement en 1993 à l'issue d'une transition difficile de dix-huit mois.

Le premier gouvernement de la IIIe République a immédiatement engagé des pourparlers avec les Touarègues du Front de libération de l'Aïr et de l'Azawad (FLAA), débouchant dès juin 1993 sur une trêve renouvelable de trois mois qui a aussitôt été contestée par des mouvements dissidents. La mise en place de la Coordination de la résistance armée (CRA) a scellé, en octobre 1993, l'unité retrouvée des mouvements touarègues, vivement hostiles à l'armée nigérienne responsable de massacres (1990) restés impunis. En février 1994, la CRA a soumis son programme (notamment un gouvernement et une administration autonomes du territoire revendiqué) aux autorités nigériennes qui l'ont jugé irrecevable. Les négociations ont été ajournées en avril sur fond de rivalités entre les médiateurs (France, Algérie et Burkina Faso), puis ont repris discrètement en France, au mois de juin.

La chute des revenus de l'uranium, finançant le budget national à hauteur de 8% en 1993, contre 40% dans les années quatre-vingt, l'intense contrebande avec le Nigéria et la forte dette intérieure obérant toute activité économique ont conduit l'État nigérien à la faillite. La dévaluation du franc CFA en janvier 1994 a déclenché une inflation incontrôlée, supérieure à 50%, et, dans un premier temps, a creusé le déficit des finances publiques.

En signant, en janvier, une lettre d'intention pour un programme d'ajustement structurel, le Niger a renoué, après une brouille de plus de deux ans, avec les institutions de Bretton Woods qui lui ont promis 1 milliard FF pour la période allant jusqu'à 1996. L'ensemble des bailleurs de fonds l'ont assuré d'un concours de 1,1 milliard FF dès 1994. En mars 1994, enfin, le Club de Paris a allégé de moitié le service de la dette du pays qui représentait 47% de la valeur des exportations.

Là résidait peut-être la solution pour endiguer la forte et constante pression des étudiants et de l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) qui ont multiplié les grèves pour le paiement d'arriérés et contre les mesures d'austérité. Dans ce climat social tendu, tous les députés de l'opposition, accusés par le pouvoir, à l'issue de manifestations, de remettre en cause les institutions du pays, ont vu leur immunité parlementaire levée en avril 1994.

Critiquant l'absence de rigueur du président Mahamane Ousmane dans la gestion du pays, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarraya) de Mahamadou Issoufou, Premier ministre démissionnaire, s'est retiré, le 28 septembre 1994, de l'Alliance des forces pour le changement, laquelle avait écarté du pouvoir, en 1993, le Mouvement nigérien pour la société de développement (MNSD), ancien parti unique.

Après le vote d'une motion de censure, le chef de l'État a choisi, le 17 octobre, de dissoudre l'Assemblée où il ne disposait plus d'une majorité, Abdoulaye Soulay, nommé le 28 septembre 1994, restant Premier ministre d'un gouvernement dominé par la Convention démocratique et sociale (CDS-Rahama, parti présidentiel), jusqu'aux législatives anticipées du 12 janvier 1995. Ce scrutin a donné la majorité (43 des 83 sièges) à la nouvelle alliance scellée entre les anciens adversaires que sont le MNSD et le PNDS, entraînant des remous au sein de ce dernier. M. Issoufou a été élu président de l'Assemblée le 8 février.

Contraint à la cohabitation, le chef de l'État a accepté, le 21 février, de nommer Premier ministre Hama Amadou, secrétaire général du MNSD et dignitaire des régimes militaires d'avant 1992, après avoir voulu imposer contre l'avis du MNSD, qui l'a alors exclu, Amadou Lissé, haut cadre de la Banque mondiale.

Après de longues négociations tenues à Ouagadougou et soutenues par le Burkina Faso, la France et l'Algérie, le gouvernement nigérien a signé à Niamey, le 24 avril 1995, un accord de paix avec l'Organisation de la résistance armée (ORA, regroupant les différents mouvements touarègues), qui a mis un terme à un conflit meurtrier engagé en 1990 contre le pouvoir central. Les Touarègues ont par ailleurs conquis 5 sièges au Parlement via deux partis de la mouvance présidentielle.

Le front social a connu une accalmie avec la conclusion, en mars 1995, d'un accord, entre le gouvernement et la très active Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) défendant les intérêts des 39 000 fonctionnaires subissant un retard de cinq mois dans le versement de leurs traitements. Cette trêve était importante au moment où Niamey cherchait à conclure un nouvel accord avec le FMI. La dévaluation du franc CFA, le 12 janvier 1994, a mis à mal les systèmes d'éducation et de santé - la méningite a fait des milliers de victimes dans le pays en 1994-1995. Elle a entraîné une inflation de 44,7% en 1994, mais a aussi relancé les exportations (uranium, bétail), malgré les réajustements monétaires et la contrebande persistante au Nigéria voisin.

Le coup d'État militaire conduit, le 27 janvier 1996, par le chef d'État-Major Ibrahim Maïnassara Baré, colonel promu général au mois de mai, a marqué un coup d'arrêt au processus démocratique engagé en 1990. Le nouveau chef de l'État, qui, de 1974 à 1990 alors qu'il était très jeune, a fait carrière sous les régimes militaires d'exception, a affirmé vouloir "sauver le Niger du chaos". A partir de février 1995, exacerbée par le sectarisme des diri-geants politiques, la cohabitation houleuse entre le président Mahamane Ousmane (élu en 1993 et issu de la Convention démocratique et sociale, CDS) et son Premier ministre Hama Amadou (Mouvement national pour la société de développement, MNSD, ancien parti unique) avait souvent paralysé le pays. Une deuxième dissolution possible du Parlement a servi de pré-texte à l'armée pour s'ériger en arbitre de la vie politique dans l'indifférence d'une population lasse.

La suspension des institutions démocratiques, l'interdiction des partis politiques, le maintien de l'état d'urgence ont isolé le Niger sur la scène internationale. La pression des bailleurs de fonds (Fonds monétaire international, Banque mondiale, France, Union européenne, États-Unis) a contraint la junte militaire, assistée d'un gouvernement civil où les partis interdits étaient représentés, à accélérer le retour à une nouvelle légalité constitutionnelle, dans un climat d'intimidation à l'encontre des médias et des hommes politiques jugés peu coopératifs. L'adoption, le 12 mai, d'une Constitution de type présidentiel (90 % de "oui" et 33 % de participation), la levée de l'interdiction des partis, le 20 mai, et de l'état d'urgence, le 23 mai, ont précédé l'élection présidentielle des 7-8 juillet 1996. Délaissant le treillis, le général Baré, après avoir dissous le 7 juillet la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et mis en résidence surveillée les quatre autres candidats (Mamadou Tanja [MNSD], l'ancien président M. Ousmane [CDS], Mohamadou Issoufou du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, et Moumouni Djermakoye de l'Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès), a été proclamé président à l'issue d'un coup de force électoral lui ayant accordé 52 % des suffrages.

Dans ce pays financièrement exsangue, le coup d'État a reporté les accords conclus avec le FMI. Alors que le climat social était très incertain, l'octroi d'une facilité d'ajustement structurel renforcée, préalable à l'engagement des autres bailleurs, laissait l'espoir de boucler le budget 1996. Malgré les dissensions au sein du mouvement touarègue et la mort accidentelle, le 15 décembre 1995, du dirigeant Mano Dayak, l'accord de paix signé, après quatre ans d'opposition armée, en avril 1995 était en cours d'exécution à la mi-1996.

Se maintenant à la tête de l'État par un coup de force électoral, en juillet 1996, six mois après son coup d'État militaire qui avait renversé les autorités démocratiquement élues, le général Ibrahim Baré Maïnassara, énergiquement soutenu par le gouvernement français d'Alain Juppé, n'a pu mettre fin à la crise politique qui a miné le pays. Toutes tendances confondues, l'opposition regroupée depuis le 15 septembre 1996 dans le Front pour la restauration et la défense de la démocratie (FRDD) a boycotté les élections législatives du 23 novembre 1996, doutant par avance de leur équité. Le Parlement, installé en décembre, a été totalement acquis au président dont les plus proches partisans, anciens candidats "indépendants" qui ont emporté 59 des 83 sièges, ont créé, en février 1997, le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP). La détention pendant une dizaine de jours, en janvier 1997, des trois principaux dirigeants de l'opposition, Mahamane Ousmane de la Convention démocratique et sociale (CDS), Mamadou Tandja du Mouvement national pour la société de développement (MNSD) et Mahamadou Issoufou du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), membre de l'Internationale socialiste, a exacerbé les tensions restées très vives après l'échec, en juin 1997, des négociations engagées le 7 mai entre le pouvoir et l'opposition pour sortir de l'impasse politique dans laquelle le pays se trouvait engagé.

Au malaise dans les casernes se sont ajoutés les engagements armés d'un mouvement toubou aux confins de la Libye et dans l'extrême Est, l'accord avec les touarègues étant respecté. Formé le 21 décembre 1996, le gouvernement d'Amadou Boubacar Cissé, ancien cadre de la Banque mondiale, facteur important pour le maintien des bons rapports du Niger avec les institutions de Bretton Woods, a dû faire face jusqu'à la mi-1997 à d'importantes grèves conduites par l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) pour le paiement des arriérés de salaires et contre les privatisations. Devenu la cible d'Amnesty International et d'organisations de défense des droits de l'homme, le Niger, financièrement fragile, a bénéficié en 1996-1997 des largesses du Japon et surtout de la France qui a emboîté le pas au FMI, fidèle à Niamey depuis juin 1996. L'Union européenne est demeurée hésitante et les États-Unis et l'Allemagne sont restés très réservés. Le chef de l'État du Niger, qui a renoué avec la Chine en août 1996, aux dépens de Taïwan, a pu compter, dans la sous-région, sur le soutien de ses pairs du Burkina Faso, du Togo et du Bénin, comme lui militaires d'origine.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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