
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE
1996
C'est finalement l'armée qui a mis fin à la crise institutionnelle qui paralysait le Niger depuis dix-huit mois. Le
président Mahamane Ousmane, le premier ministre Hama Amadou et les députés ont été chassés, en janvier, par
une junte dirigée par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara. Celui-ci a accompli en un temps record les figures
imposées qui transforment un militaire putschiste en président élu: concertation nationale, référendum
constitutionnel, élections présidentielle, en juillet, et enfin législatives, en novembre. La régularité des scrutins a
été violemment contestée par l'opposition, non sans raison, semble t-il, en ce qui concerne la présidentielle.
Bénéficiant de l'appui de la France et d'une neutralité méfiante de la part des autres bailleurs de fonds, le
nouveau pouvoir a devant lui une tâche quasi impossible. De tous les pays de l'Union économique et monétaire
d'Afrique de l'Ouest, le Niger est celui qui a le moins profité de la dévaluation du franc CFA. Le pays n'exporte en
effet que de l'uranium dont les cours restent très déprimés. D'autre part, des conditions climatiques très
difficiles, ajoutées à une totale désorganisation administrative, ont empêché l'agriculture et l'élevage de profiter
de la hausse de la consommation des produits locaux dans la région. Et en 1996 encore, le pays a dû faire appel
à l'aide internationale pour assurer la soudure alimentaire.
La dévaluation compétitive du naira a encore aggravé la situation, le Niger effectuant la quasi-totalité de ses
échanges (hors uranium) avec son puissant voisin du Sud. Celui-ci inonde le marché nigérien de ses produits et dans les régions du Sud
Niger, il est plus facile de payer en naira qu'en franc CFA.
1997
L'année 1997 s'est mal terminée pour le Niger. Une mauvaise saison des pluies a entraîné un déficit céréalier de
plus de 400000 tonnes, faisant peser la menace de la famine sur les régions du nord et de l'est du pays. Des
milliers de paysans ont quitté leurs villages en direction de zones moins défavorisées. D'autre part, les rébellions
touarègue (au nord) et toubou (à l'est) ont multiplié les coups de main et même annoncé la formation d'un front
commun. Pendant ce temps à Niamey l'agitation syndicale et universitaire est restée presque constante, malgré
la politique extrêmement ferme du président Ibrahim Baré Maïnassara. Celui-ci avait pris le pouvoir lors d'un coup
d'Etat, en janvier 1996, avant d'être élu à l'issue d'un scrutin dont l'opposition n'a toujours pas reconnu la
légitimité.
Le Niger ne parvient toujours pas à sortir de la crise. Le marché de sa principale ressource minière, l'uranium,
reste déprimé, et les prospections d'or et de pétrole qui se poursuivent sur tout le territoire n'ont pour l'instant
pas révélé de gisements exploitables à court terme. Malgré les problèmes d'autosuffisance, c'est finalement
l'agriculture qui reste le secteur le plus dynamique. Le sud du pays exporte du niébé (haricot féculent) et des
produits de maraîchage, en particulier des oignons, dans toute l'Afrique de l'Ouest.
Le secteur secondaire reste, lui, quasiment inexistant, et le tertiaire, en particulier le tourisme, que l'on avait
cru voir reprendre dans le Nord au début de 1997, demeure extrêmement tributaire de l'environnement politique
et social qui s'est révélé instable ces derniers mois.
1998
Cette année, il a plu au Niger. Niamey n'avait pas connu de telles précipitations depuis plus de soixante ans. Il a
plu au point que des centaines de familles se sont trouvées sans logis, que des dizaines de personnes ont péri
dans les inondations et que la rentrée scolaire 1998 a dû être retardée car les salles de classe servaient d'abris.
Malgré cette ampleur catastrophique, la pluie reste une bonne nouvelle pour le Niger, qui reste coincé à la
dernière place des classements du développement Le déficit céréalier chronique se transformerait en famine
sans l'aide internationale. Cette année, le mil est sur tous les marchés, et le président Ibrahim Baré Maïnassara
a appelé les paysans à gérer ces stocks inespérés avec prudence. Car il ne s'agit que d'une embellie.
Le prix de la seule ressource minière du pays, l'uranium, reste désespérément bas, et les gisements pétroliers de
la région du lac Tchad sont trop loin des terminaux côtiers de l'Atlantique pour être exploités. Seule la
construction et la mise en service du pipeline reliant les champs du sud du Tchad aux ports du Cameroun
permettrait au Niger, grâce à un embranchement, de disposer d'une source de devises. Les autorités fondent
quelques espoirs dans la reprise du tourisme cent fois annoncée, cent fois retardée. La paix retrouvée dans le
Nord a enfin permis, en novembre 1998, l'organisation d'un Festival de la mode à Agadès, qui a prouvé que la
sécurité était revenue. Mais il faut toujours gérer l'extrême pauvreté, grâce aux appuis des institutions
financières internationales et de la France. En mars 1998, les bailleurs de fonds ont promis 200 millions de dollars
pour lutter contre la pauvreté qui touche les deux tiers de la population.
1999
Avec un nouveau président, Mamadou Tandja, élu le 24 novembre, le Niger retrouve un pouvoir civil après
quatre ans de direction militaire et deux coups d'Etat, l'un perpétré en janvier 1996 par Ibrahim Baré Maïnassara,
qui se fit élire un an plus tard, l'autre, mené par sa propre garde et qui lui a coûté la vie en avril 1999. Mais le
pays n'en est pas pour autant tiré d'affaire. Classé parmi les Etats les plus pauvres du monde, le Niger a perdu,
au cours des dix dernières années, ses deux plus importantes sources de revenu: l'uranium dont les cours
mondiaux se sont effondrés et le tourisme qui apportait notamment des devises aux régions désertiques et qui
ne se relève pas des quatre années de rébellion armée touarègue entre 1990 et 1994.
Vivant quasiment exclusivement de l'aide internationale, notamment française et européenne, le pays s'est vu à
deux reprises priver de ses soutiens, lors de la prise de pouvoir du général Maïnassara, puis lors du dernier coup
d'Etat. Depuis avril, pas un sou n'est entré dans les caisses de l'Etat, déjà quasiment vides. La paie des
fonctionnaires accuse d'énormes retards et les infrastructures, en particulier sociales et sanitaires, se sont
considérablement dégradées. Les syndicats et les étudiants ont mené ces derniers mois grève sur grève.
Le nouveau président hérite d'un pays en pleine banqueroute et d'un personnel administratif impécunieux et
démotivé. L'Union européenne et la France, qui faisaient dépendre la reprise de leur aide du retour à la
démocratie, vont sans doute venir à sa rescousse, tout comme le Fonds monétaire international et la Banque
mondiale. A condition que la classe politique, dont les divisions ont déjà mis en péril le pays et abouti au coup
d'Etat de 1993, joue elle aussi l'apaisement.
2000
Le Niger commence une lente sortie du gouffre. Après trois ans de régime militaire et deux coups d'Etat, une élection présidentielle, jugée honnête et transparente, a permis le retour des civils. Le pouvoir est revenu à Mamadou Tandja, colonel en retraite et leader de l'ancien parti unique, le Mouvement national de la société de développement (MNSD).
M. Tandja a hérité d'un pays exsangue, privé de l'aide internationale depuis le coup d'Etat de Maïnassara en janvier 1996, alors que les apports extérieurs représentent près de 70 % du budget national. Classé parmi les Etats les plus pauvres du monde, le Niger a perdu, durant ces dix dernières années, ses deux plus importantes sources de revenus: l'uranium, dont les cours mondiaux se sont effondrés, et le tourisme, qui ne se relève pas des quatre années de rébellion touarègue entre 1990 et 1994.
Les nouvelles autorités sont parvenues, avec l'aide de la France et de l'Union européenne, à payer régulièrement les fonctionnaires. Une prouesse dans ce pays où la fonction publique accuse jusqu'à douze mois d'arriérés de salaires. Mais ces efforts n'ont pas encore mis fin aux multiples conflits sociaux. Infirmiers, médecins, enseignants, douaniers, etc. : les grèves se sont succédé pendant toute l'année 2000.
La situation financière de l'Etat devrait s'améliorer en 2001 après la signature en septembre 2000 d'un nouveau programme avec la Banque mondiale et le FMI. La Banque mondiale a débloqué 270 millions de francs et le FMI 550 millions de francs sur trois ans. Le soutien des institutions de Bretton Woods devrait permettre au Niger d'obtenir un allègement de sa dette, estimée à 10 milliards de francs.
Source :
Bilan du Monde 96-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier