
LE NIGERIA EN UN CLIN D'OEIL
Nigeria, officiellement république fédérale du Nigeria, pays d'Afrique occidentale, ouvert sur le golfe de Guinée, limité au nord par le Niger, à l'est par le Tchad et le Cameroun, et à l'ouest par le Bénin. Ancienne colonie britannique, membre du Commonwealth, le Nigeria, dont le territoire couvre 923768km2 est le pays le plus peuplé du continent africain. La capitale nigériane est Abuja mais le principal centre commercial est Lagos.
Le pays et ses ressources
Relief et hydrographie
Le Nigeria est constitué
de vastes plateaux cristallins coupés par des cours d'eau qui alimentent
les plaines des bassins du Niger et du Tchad. Le fleuve Komadugu Gana et
ses affluents prennent leur source sur les plateaux de Jos et de Bauchi
(mont Goura, 1600m). Ils s'écoulent vers le nord-est dans une grande
plaine marquée par des affleurements de granit puis alimentent le
lac Tchad. Le grand fleuve Niger pénètre dans le pays par
le nord-est. Il reçoit les eaux de plusieurs affluents (Bénoué,
Sokoto, Kaduna). La Bénoué vient de l'est (Cameroun) et rejoint
le Niger sur le plateau central, les deux fleuves formant la ligne de partage
entre le nord et le sud du pays. Leur navigation est entravée par
les rapides. Mais d'Onitsha au golfe de Guinée (100km), le Niger
est navigable toute l'année. Il se jette dans l'Atlantique, formant
un vaste delta marécageux (Port Harcourt). Au sud, la côte
est faite de lagunes et de criques sablonneuses. La plaine côtière
est couverte de forêts de palétuviers qui s'étendent
par endroits jusqu'à 16km à l'intérieur des terres.
Dans le delta du Niger, cette ceinture atteint 100km. Enfin, à l'est
du pays, le massif de l'Adamaoua s'élève en bordure du Cameroun.
Son point culminant au Nigeria est le Dimlang (ou pic Vogel, 2040m).
Climat
Le Nigeria présente, du nord
au sud, toute la gamme des climats africains. Sur la côte, l'air
marin équatorial est chaud, chargé d'une forte humidité.
Il amène d'importantes chutes de pluie. Progressivement, le climat
s'assèche en direction du nord: tropical sur les plateaux centraux,
il est semi-désertique au nord, influencé par les vents secs
venus du Sahara (l'harmattan), avec des pluies de plus en plus rares. La
moyenne des précipitations s'étale entre 2497mm à
Port Harcourt, dans le delta du Niger, et 869mm à Kano, dans le
nord du pays. Les températures varient également selon les
saisons (de 23!°C à 32!°C).
Flore et faune
La végétation du Nigeria
correspond aux zones climatiques. Au sud, la région bien arrosée
est en partie occupée par les restes des forêts tropicales
denses, riches en feuillus (acajou). Les palmiers à huile y sont
particulièrement nombreux. Sur les plateaux, les forêts cèdent
la place à une savane arborée (baobab, tamarinier). Au nord-est,
la végétation est semi-désertique. Les crocodiles
et les serpents peuplent les marécages des forêts tropicales
humides. Les grands mammifères africains, autrefois nombreux, ont
disparu en raison d'un défrichement effréné. Quelques
antilopes, chameaux et hyènes vivent dans le Nord.
Ressources minières
Le Nigeria possède en quantité
importante des gisements de minerai de fer et de sel dans la région
de la savane. On trouve de l'étain et du niobium sur les plateaux.
Le pays est riche en pétrole et en gaz naturel, dans le delta du
Niger ainsi que dans la baie du Bénin et le golfe du Biafra. Le
Nigeria possède également beaucoup de mines de charbon, de
plomb et de zinc et, de façon plus modeste, des mines d'or et d'uranium.
Population et société
Démographie
Le Nigeria est le pays le plus peuplé
d'Afrique: en 1995, sa population était estimée à
111millions d'habitants, soit un doublement depuis 1970. La densité
globale atteignait 121habitants par km2. Le taux annuel d'accroissement
de la population a peu diminué: sur la période 1990-1995,
il s'élevait à 3p.100. La mortalité infantile a, en
revanche, considérablement régressé, passant de 157,6p.1000
en 1970 à 84p.1000. La population urbaine suivait le mouvement inverse,
augmentant de 20p.100 à 38,5p.100.
La moitié de la population
est constituée de Haoussas et de Peuls, établis au nord.
Les Yoroubas occupent le Sud-Ouest et les Ibos le Sud-Est. À ces
groupes s'ajoutent une mosaïque de communautés plus petites:
Edos, Ijos et Ibibios, au sud!; Nupes et Tiv au centre!; Kanuri au nord-est.
Langues et religions
L'anglais est la langue officielle
du Nigeria. Le haoussa est utilisé pour les échanges. Le
clivage entre les communautés oppose musulmans, au nord (48p.100
de la population totale), chrétiens, au sud (34p.100 de la population,
le Sud-Est étant plutôt catholique et le Sud-Ouest protestant)
et animistes à l'ouest (18p.100).
Éducation
La gratuité de l'enseignement
primaire fut instaurée en 1976 dans tout le pays et le premier cycle,
de six ans, devint obligatoire en 1982. Le cycle secondaire est organisé
en deux phases de trois ans. Les établissements scolaires sont insuffisants
au regard de l'accroissement démographique, mais l'analphabétisme
a reculé de manière significative, passant de 75p.100 en
1970 à 43p.100 en 1995. Au début des années 1990,
32p.100 des enfants entre 12ans et 17ans étaient scolarisés.
L'université d'Ibadan fut fondée en 1948. Au début
des années 1990, le Nigeria comptait 31universités, accueillant
plus de 160800étudiants.
Culture
Des sculptures en terre cuite de
la civilisation Nok dans le nord du pays (500av.J.-C.), à celles
d'Ife ou aux bronzes du Bénin (1200av.J.-C.), le Nigeria possède
une longue tradition artistique, de renommée mondiale, que les peintres,
sculpteurs et forgerons contemporains perpétuent (voir Afrique,
art d'). Le Nigeria possède également une florissante industrie
culturelle (cinéma, télévision, édition). Les
écrivains de langue anglaise, tels Amos Tutuola, Wole Soyinka (prix
Nobel de littérature), Chinua Achebe et plus récemment Ben
Okri, ont acquis une réputation internationale. Parallèlement
s'est développée une littérature écrite dans
les langues nationales, qui fait une large place à la forme théâtrale,
mise en scène par des compagnies théâtrales professionnelles
et des groupes de danse (voir Afrique, littératures d').
Le Musée national de Lagos
possède une riche collection artistique présentant la production
de toutes les époques. Les musées de Benin City, Ibadan,
Ife, Ilorin, Jos et Kaduna sont également remarquables. Le gouvernement
nigérian tente d'endiguer l'exportation frauduleuse des objets archéologiques
et de faire revenir les pièces emportées en Occident à
l'époque coloniale. D'importantes collections de livres et de documents
sont conservées dans la Bibliothèque nationale du Nigeria,
à Lagos, et aux Archives nationales, à Ibadan, ainsi que
dans les bibliothèques universitaires.
À la fin des années
1980, la presse comptait environ 20quotidiens en anglais et plus de 30hebdomadaires.
Le gouvernement détient des intérêts dans plusieurs
journaux -dont le principal, le Daily Times de Lagos. La censure, occasionnelle
jusqu'en 1993, s'est systématisée depuis l'arrivée
au pouvoir du général Sani Abacha. La première station
de radio fut créée en 1957. Toutes les stations de télévision
sont regroupées depuis 1976 dans la Nigerian Television Authority,
contrôlée par le gouvernement fédéral. Les programmes
sont diffusés en anglais et dans les principales langues du pays.
Divisions administratives et villes
principales
La fédération nigériane
est constituée de trente États et d'un territoire fédéral,
s'étendant sur les plateaux du Centre.
Lagos, la plus grande ville du pays,
est le premier centre commerçant et l'un des principaux ports (5600000habitants
en 1994). Ibadan et Kano dépassaient le million d'habitants en 1992.
Onitsha, Oshogbo, Ogbomosho, Port Harcourt et Kaduna comptaient plus de
500000habitants à la même époque. Une douzaine de villes
comptent plus de 225000habitants. En décembre 1991, la capitale
fédérale fut transférée de Lagos à Abuja,
située dans le territoire fédéral du Centre.
Gouvernement et vie politique
Après treize ans de domination
militaire, un gouvernement civil fut restauré le 1eroctobre 1979,
conformément aux termes de la Constitution promulguée l'année
précédente. Celle-ci fut suspendue après le coup d'État
militaire de 1983. Une nouvelle Constitution promulguée en 1989
fut annulée par un nouveau putsch militaire en 1993. En même
temps, toute activité politique fut interdite et le Parlement dissous.
Les trente gouverneurs d'État furent révoqués. Une
Assemblée constituante (National Constitutional Conference) fut
instaurée en mai 1993. En avril 1995, elle adopta formellement un
projet de Constitution, qui envisageait une présidence en alternance,
assurée tantôt par un nordiste, tantôt par un sudiste.
Le Conseil militaire, instance dirigeante
depuis 1985, fut dissous en janvier 1993 et remplacé par un conseil
civil transitoire de vingt-neuf membres dans l'attente d'élections
démocratiques. Les élections présidentielles de juin
1993 ayant été annulées, un gouvernement intérimaire
fut formé en août. En novembre, un nouveau coup d'État
interrompait le processus de démocratisation. Le général
Sani Abacha, ministre de la Défense, assuma les fonctions de chef
de l'État. Un gouvernement de trente-trois ministres (Executive
Council) fut constitué, présidé par Abacha. Les deux
chambres de l'Assemblée nationale élue l'année précédente
furent dissoutes. En avril 1994, le gouvernement militaire annonçait
un programme de transition pour le retour à un gouvernement civil.
Le retour à la démocratie, annoncé pour janvier 1996,
a été reporté à 1998 afin de permettre l'organisation
de véritables partis politiques. Parmi les quinze partis politiques
qui ont recouvré une existence légale à la fin de
1995, cinq ont été choisis en septembre 1996 pour participer
à l'élection présidentielle de 1998.
Économie
Le Nigeria était traditionnellement
un pays agricole, satisfaisant la plus grande partie de ses besoins alimentaires
et exportant les produits de son agriculture, notamment l'huile de palme,
le cacao, le caoutchouc et l'arachide. Dans les années 1970, le
pétrole a remplacé les cultures de rente et bouleversé
les perspectives économiques du pays. Dopée par la hausse
des cours, la croissance s'est maintenue autour de 6p.100 par an jusqu'à
la décennie suivante pour retomber à moins de 1p.100 en raison
du retournement du prix du pétrole. Elle est donc très en
deçà du taux d'accroissement démographique. Géant
aux pieds d'argile, le Nigeria demeure un pays très pauvre: en 1994,
le produit national brut (PNB) était de 26,5milliards de dollars,
soit un PNB par habitant de seulement 250dollars.
Au début des années
1980, le gouvernement avait investi une partie des revenus pétroliers
dans des infrastructures industrielles. Mais elles sont aujourd'hui en
régression du fait de l'instabilité politique. Le pays reste
largement dépendant des recettes pétrolières (98p.100
des exportations en 1994).
Agriculture
Près de la moitié
des Nigérians travaillent toujours dans le secteur agricole, qui
réalise 38p.100 du PNB. Le pays produit du sorgho (4millions de
tonnes en 1994), du millet (3,6millions de tonnes), principalement dans
le Nord, ainsi que du maïs, du riz et des ignames dans le Sud. Le
manioc, les légumes et les tomates sont cultivés dans tout
le pays. Les grandes cultures de rente sont le cacao (6erang mondial) et
le caoutchouc naturel. Les effectifs de bovins s'élevaient à
16,7millions en 1994 et les ovins à 14,5millions.
La forêt occupe un huitième
du territoire. En 1992, la production annuelle de bois atteignait 114,3millions
de m3. Environ 35p.100 du produit de la pêche proviennent des fleuves
et des lacs, le reste du golfe de Guinée. En 1993, les prises se
sont élevées à 256000tonnes.
Mines et industrie
Le secteur minier n'occupe que 8p.100
de la population active mais contribue pour 15p.100 au PNB. Surtout, les
recettes pétrolières représentent 98p.100 des exportations.
En 1994, le Nigeria se classait au 12erang mondial des producteurs de pétrole
brut (96100tonnes). Ses réserves de gaz naturel sont importantes
(3400milliards de m3) mais la production n'en était que de 4,6milliards
de m3 à la même date. L'étain et le niobium sont extraits
sur le plateau de Jos et le charbon dans les environs d'Onitsha. L'industrie
nigériane est relativement diversifiée: outre les raffineries
de pétrole, aciéries, transformation de l'aluminium, usines
d'assemblage de voitures, elle comporte également des secteurs agroalimentaire,
textile et pharmaceutique. La production d'électricité s'élevait
à 11,8milliards de kWh en 1991.
Échanges
La monnaie du Nigeria est le naira,
divisible en 100kobos. La monnaie et les banques sont supervisées
par la Central Bank of Nigeria (créée en 1958). Au début
des années 1990, cent vingt banques opéraient au Nigeria,
dont certaines étaient européennes ou américaines.
Depuis 1976, les banques étrangères doivent être associées
à un actionnaire nigérian (à hauteur de 60p.100 du
capital). La monnaie nigériane a été réévaluée
au début de 1995, mais elle a de nouveau perdu de sa valeur, en
raison d'un fort taux d'inflation (57,5p.100 en 1994).
Le commerce extérieur est
excédentaire grâce aux exportations pétrolières:
en 1994, le taux de couverture des importations par les exportations s'élevait
à 155p.100. Les principaux produits importés étaient
les véhicules automobiles et les pièces de rechange, les
machines et produits manufacturés de base et les produits alimentaires.
Les principaux partenaires commerciaux du Nigeria sont les États-Unis,
la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas et le
Japon.
Le Nigeria possède environ
124000km de routes, dont 48p.100 sont bitumées. Des autoroutes réalisées
dans les années 1970 relient Lagos à Ibadan et Benin City!;
3500km de voies ferrées sont en exploitation. Les principaux ports
maritimes sont Lagos, Port Harcourt, Warri et Calabar. Les aéroports
internationaux se trouvent à Lagos et Kano, et des aérodromes
plus modestes desservent les principales villes. Nigeria Airways, la compagnie
aérienne nationale, assure des transports internationaux.
Histoire
Le Nigeria fut l'un des foyers originels
de la métallurgie du fer, dont des traces ont été
mises au jour à Nok dans le sud-ouest du plateau de Jos, et de la
dispersion des peuples bantous vers le sud de l'Afrique. La civilisation
Nok a également livré aux archéologues les plus anciennes
statuettes en terre cuite connues dans l'Afrique subsaharienne. La métallurgie
du fer donna naissance par la suite aux célèbres ouvrages
en bronze et en laiton d'Igbo-Ukwu (Xesiècle), d'Ife (XVesiècle)
et du royaume du Bénin (XVe-XVIIIesiècles).
Ife, dans le Sud-Ouest, était
la cité sainte des Yoroubas, qui dominèrent la région
du XIe au XVIIIesiècle. Le centre politique de la puissance des
Yoroubas se déplaça vers le XVesiècle à Oyo
avant que ne s'impose le royaume du Bénin. Dans le Nord, les Haoussas
avaient fondé plusieurs cités rivales à partir du
VIIIesiècle. L'empire de Kanem-Bornou qui, vers 1300, était
un centre prospère de culture islamique, rivalisa, sans succès,
avec l'empire du Mali pour le contrôle des États haoussas,
constitués à partir du XIesiècle. Placés successivement
sous la domination de l'empire du Mali puis de l'Empire songhaï, les
États haoussas, partiellement islamisés, retrouvèrent
leur indépendance à la fin du XVIesiècle et prospérèrent
jusqu'au début du XIXesiècle. À cette époque,
ils furent soumis par le réformateur musulman peul Ousman dan Fodio.
Le Nigeria sous protectorat britannique
Dès le XVIesiècle,
les Européens étaient entrés en contact avec le royaume
du Bénin et avaient créé sur la côte des comptoirs
pour la traite négrière dans le delta du Niger -d'où
le nom de Côte des esclaves donné à cette région
du golfe de Guinée. Les premiers explorateurs, à la recherche
des sources du Niger, furent le voyageur écossais Mungo Park (en
1795-1796), et les Britanniques Richard et John Lander (1830 et 1831).
Au XIXesiècle, l'huile de palme devint l'objet d'un commerce si
important que la région du delta fut nommée Oil Rivers (les
fleuves d'huile). Un consul britannique s'installa à Calabar et
plus tard à Lagos, où les commerçants britanniques
étaient solidement implantés. En 1861, la Grande-Bretagne
prit possession de Lagos Island. Après la conclusion de plusieurs
traités avec des chefs indigènes, le protectorat britannique
d'Oil Rivers fut créé. En 1886, une charte fut accordée
à la Royal Niger Company en vertu de laquelle elle gouvernait le
territoire du protectorat, rebaptisé en 1893 Niger Coast Protectorate.
Le royaume du Bénin y fut intégré en 1897 après
que sa résistance eut été réduite par une expédition
punitive et le Sud-Est devint protectorat du Southern Nigeria en 1900.
La charte de la Royal Niger Company fut révoquée la même
année, et le protectorat du Northern Nigeria proclamé.
La domination britannique fut complète
en 1914, date à laquelle les protectorats du Nord et du Sud furent
réunis sous l'autorité du gouverneur général
Frederick Lugard. Le régime d'administration indirecte (Indirect
Rule) maintint et utilisa les structures traditionnelles. Cependant, dans
le pays ibo, au sud, la division clanique de la société permit
aux fonctionnaires britanniques de concentrer le pouvoir entre leurs mains.
Après la Première
Guerre mondiale et la défaite de l'Allemagne, la colonie allemande
du Cameroun fut partagée entre la France et l'Allemagne. Deux territoires,
sous mandat de la Société des Nations (SDN), furent rattachés
au Nigeria: l'un peuplé de Peuls fut intégré au Nord,
l'autre, habité par des Bamilékés, au Sud. La même
année, un Conseil législatif nigérian fut créé,
au sein duquel les populations autochtones étaient cependant sous-représentées,
au profit des colons européens.
L'indépendance
Le pays n'échappa pas au
mouvement indépendantiste qui toucha l'ensemble du continent africain
au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Trois mouvements, à
dominante communautaire, dominèrent la vie politique: le Congrès
du peuple du Nord (Northern People's Congress, NPC), rassemblait les Haoussas
et les Peuls musulmans!; la Convention nationale des citoyens nigérians
(National Convention of Nigerian Citizens, NCNC), parti ibo, était
influent dans le Sud-Est, et le Groupe d'action (Action Group, AG) était
contrôlé par les Yoroubas du Sud-Ouest.
En raison de l'existence de tels
clivages, entretenus sinon renforcés par le colonisateur, la phase
de transition vers l'indépendance fut marquée par une succession
de statuts, témoignant du balancement entre une solution fédérale
et le choix d'une structure confédérative plus souple. Une
première Constitution, octroyée par les Britanniques en 1947,
établissait des instances législatives dans les provinces,
avec une participation limitée des indigènes au gouvernement.
Puis le Nigeria fut doté d'une administration de type fédéral,
et les provinces furent regroupées en trois régions (Est,
Ouest et Nord), bénéficiant chacune d'un certain degré
d'autonomie.
Le 1eroctobre 1960, le Nigeria devint
indépendant dans le cadre du Commonwealth. Le Premier ministre,
Abubakar Tafawa Balewa, dirigea un gouvernement de coalition représentant
les principaux partis des régions Nord et Est. Le gouverneur général,
Nnamdi Azikiwe, devint président lorsque le Nigeria adopta le statut
de république le 1eroctobre 1963. Entre-temps, en février
1961, la région Nord de l'ancien Cameroun britannique avait décidé
par les urnes d'être rattachée au Nigeria tandis que le Sud
bamiléké réintégrait le Cameroun.
Des tensions à la guerre
civile
Dès l'indépendance,
les rivalités entre les trois régions pour le contrôle
du pouvoir fédéral menacèrent l'unité de la
fédération. Les querelles politiques et la corruption exaspéraient
les jeunes officiers, qui tentèrent un coup d'État en janvier
1966. Le Premier ministre Balewa et deux chefs de région furent
tués. Le commandant en chef de l'armée, le général
Johnson Aguiyi-Ironsi, abolit la Constitution fédérale et
instaura un pouvoir centralisé. En juillet, des officiers du Nord
fomentèrent un contre-coup d'État et assassinèrent
Ironsi. Son successeur, le général Yakubu Gowon, rétablit
la fédération. Durant cette période, de nombreux Ibos
installés au nord furent tués ou durent se réfugier
dans leur région natale, dans l'est du pays. En mai 1967, le gouvernement
fédéral annonça son intention de scinder la région
Est en trois États, ce qui privait les Ibos de tout accès
à la mer et les écartait des zones pétrolifères
(les premiers gisements dans cette zone avaient été découverts
en 1956). La région Est fit alors sécession et se proclama
république du Biafra. La rébellion ibo fut écrasée
en janvier 1970. La guerre civile avait duré trois ans et fait environ
1million de morts.
Les années prospères
Le Nigeria connut ensuite quatre
années de croissance économique rapide, alimentée
par des revenus pétroliers en hausse. Mais le gouvernement militaire
ne tint pas ses promesses de retour à un régime civil et
l'instabilité politique reprit. Gowon fut destitué en juillet
1975 par un coup d'État sans effusion de sang, mené par le
général Murtala Ramak Muhammad, à son tour assassiné
lors d'une nouvelle tentative de putsch en février 1976. Son successeur,
le général Olesogun Obasanjo, présida aux préparatifs
de retour au régime civil, qui aboutirent à la promulgation
d'une nouvelle Constitution et à des élections en 1979. Le
jeune Parti national du Nigeria (National Party of Nigeria, NP), basé
dans le Nord, obtint la majorité. Le nouveau président, Alhaji
Shehu Shagari, utilisa une partie des revenus du pétrole pour financer
un ambitieux programme de développement. Il mit en œuvre une «!révolution
verte!» pour stimuler la productivité agricole. Mais la chute
des cours du pétrole, au début des années 1980, porta
un coup fatal à ses efforts. Le Nigeria sombra dans une grave récession.
En janvier 1983, tous les étrangers non qualifiés (1million
de personnes) furent brutalement expulsés.
La démocratisation ratée
En août 1983, Shagari fut
cependant réélu et le National Party of Nigeria obtint une
forte majorité aux élections législatives et régionales
qui suivirent. Mais, à la fin de l'année, le général
Muhammad Buhari prit le pouvoir par la force et interdit toute activité
politique. Son programme d'austérité fit beaucoup de mécontents.
En 1985, il fut chassé par un coup d'État mené par
le général Ibrahim Babangida. Ce dernier abolit les décrets
les moins populaires et renégocia une partie des dettes du pays,
assouplit le contrôle de l'administration sur les affaires et parvint
ainsi à relancer l'économie. Dans le cadre du retour à
un régime civil, des élections locales eurent lieu en 1990,
qui furent suivies d'élections législatives en 1992 et présidentielles
en juin 1993. Moshood Abiola, un homme d'affaires milliardaire, en était
l'apparent vainqueur. Mais Babangida annula les élections. En août,
il confia le pouvoir à un gouvernement provisoire dirigé
par Ernest Shoneka. Le ministre de la Défense, le général
Sani Abacha, renversa le gouvernement provisoire en novembre, suspendit
à nouveau les partis et emprisonna nombre de ses opposants, dont
Abiola. Sous la pression des pays créanciers, Abacha annonça
un retour progressif à un régime civil, promis pour janvier
1996, et la levée de l'interdiction des activités politiques.
Une commission constituante nationale, créée en 1993 après
le coup d'État, approuva un nouveau projet de Constitution en avril
1995, prévoyant une présidence par alternance, afin de rompre
avec la domination unilatérale d'une des deux grandes régions.
Elle jugea également que le délai prévu pour le retour
à la démocratie était trop bref pour permettre aux
partis politiques de se réorganiser. Depuis, la situation s'est
dégradée. Neuf opposants du mouvement Ogoni (sud-est du pays),
dont son dirigeant, l'écrivain Ken Saro-Wiwa, furent exécutés
en novembre 1995, et la femme de l'ancien président Moshood Abiola
(toujours emprisonné), Kadiratou, a été assassinée
en juin 1996. Le Commonwealth a suspendu le Nigeria et menace de l'exclure
définitivement si le transfert du pouvoir aux civils -désormais
annoncé pour octobre 1998- ne se réalise pas et que les violations
des droits de l'Homme se poursuivent. De son côté, l'Union
européenne a imposé un embargo sur les armes à destination
du pays.
C'est toujours dans une ambiance
de crise que se déroule la transition du Nigeria vers un État
de droit. Si le général Abacha a autorise la création
de cinq partis en 1996, l'armée veille à ce que ces formations
ne se reconstituent pas sur des bases ethniques ou régionales.
La venue du pape Jean-Paul II, au
mois de mars 1998, à Kano dans le nord du Nigeria ne recrée
pas un climat de confiance. L'annonce, en avril 1998, par les cinq formations
politiques légales, qu'elles ont choisi de présenter le général
Abacha comme candidat unique à l'élection présidentielle
du mois d'août ne contribue pas non plus à apaiser les esprits.
La faible participation aux élections législatives (25 avril
1998), boycottées par l'opposition, porte un nouveau coup à
la crédibilité du processus de transition vers la démocratie.
Le brusque décès d'Abacha en juin repose la question sur
des bases nouvelles. Son successeur Abdulsalam Abubakar, après avoir
promis de respecter le programme de démocratisation, fait libérer
plusieurs prisonniers politiques. La mort inopinée de Moshood Abiola,
à la veille de sa libération et de sa participation à
un processus de réconciliation nationale, replonge le pays dans
la violence et dans l'incertitude, mais le président Abubakar s'attache
à respecter le calendrier électoral visant à élire
un nouveau chef de l'État au suffrage universel. L'ancien président
Obasanjo apparaît comme le seul militaire non compromis dans la corruption
qui permette à l'armée de garder un œil sur le pouvoir. Il
conserve une bonne image à l'étranger, mais ne bénéficie
pas d'une image sans tache dans la population qui n'a pas oublié
ses anciennes méthodes répressives à l'époque
où il dirigeait le pays (1976-1979).
Élu le 27 février
1999 avec 63 p. 100 des suffrages exprimés, il s'emploie à
rassurer la population par une vaste campagne à travers le pays.
Les résultats de ces élections sont cependant contestés
par l'opposition. La nouvelle Constitution publiée en mai (la quatrième
depuis l'indépendance), quelques jours avant l'entrée en
fonction du nouveau président, instaure un régime présidentiel
fort et un Parlement doté de larges prérogatives. Elle met
fin à 13 années de dictature militaire et prévoit,
de plus, une meilleure répartition des richesses nationales, en
particulier de la rente pétrolière dont les populations des
régions côtières riches en pétrole avaient été
privées jusqu'alors. Le conflit avec le Cameroun à propos
de la presqu'île de Bakassi en pleine zone pétrolière,
a été mis en sommeil après que le Cameroun eut proposé
de remettre le dossier à la Cour de justice de La Haye.
Source :
Microsoft Encarta

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier