Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Le Nigeria en un clin d'oeil
LE NIGERIA EN UN CLIN D'OEIL

Nigeria, officiellement république fédérale du Nigeria, pays d'Afrique occidentale, ouvert sur le golfe de Guinée, limité au nord par le Niger, à l'est par le Tchad et le Cameroun, et à l'ouest par le Bénin. Ancienne colonie britannique, membre du Commonwealth, le Nigeria, dont le territoire couvre 923768km2 est le pays le plus peuplé du continent africain. La capitale nigériane est Abuja mais le principal centre commercial est Lagos.

Le pays et ses ressources

Relief et hydrographie
Le Nigeria est constitué de vastes plateaux cristallins coupés par des cours d'eau qui alimentent les plaines des bassins du Niger et du Tchad. Le fleuve Komadugu Gana et ses affluents prennent leur source sur les plateaux de Jos et de Bauchi (mont Goura, 1600m). Ils s'écoulent vers le nord-est dans une grande plaine marquée par des affleurements de granit puis alimentent le lac Tchad. Le grand fleuve Niger pénètre dans le pays par le nord-est. Il reçoit les eaux de plusieurs affluents (Bénoué, Sokoto, Kaduna). La Bénoué vient de l'est (Cameroun) et rejoint le Niger sur le plateau central, les deux fleuves formant la ligne de partage entre le nord et le sud du pays. Leur navigation est entravée par les rapides. Mais d'Onitsha au golfe de Guinée (100km), le Niger est navigable toute l'année. Il se jette dans l'Atlantique, formant un vaste delta marécageux (Port Harcourt). Au sud, la côte est faite de lagunes et de criques sablonneuses. La plaine côtière est couverte de forêts de palétuviers qui s'étendent par endroits jusqu'à 16km à l'intérieur des terres. Dans le delta du Niger, cette ceinture atteint 100km. Enfin, à l'est du pays, le massif de l'Adamaoua s'élève en bordure du Cameroun. Son point culminant au Nigeria est le Dimlang (ou pic Vogel, 2040m).

Climat
Le Nigeria présente, du nord au sud, toute la gamme des climats africains. Sur la côte, l'air marin équatorial est chaud, chargé d'une forte humidité. Il amène d'importantes chutes de pluie. Progressivement, le climat s'assèche en direction du nord: tropical sur les plateaux centraux, il est semi-désertique au nord, influencé par les vents secs venus du Sahara (l'harmattan), avec des pluies de plus en plus rares. La moyenne des précipitations s'étale entre 2497mm à Port Harcourt, dans le delta du Niger, et 869mm à Kano, dans le nord du pays. Les températures varient également selon les saisons (de 23!°C à 32!°C).

Flore et faune
La végétation du Nigeria correspond aux zones climatiques. Au sud, la région bien arrosée est en partie occupée par les restes des forêts tropicales denses, riches en feuillus (acajou). Les palmiers à huile y sont particulièrement nombreux. Sur les plateaux, les forêts cèdent la place à une savane arborée (baobab, tamarinier). Au nord-est, la végétation est semi-désertique. Les crocodiles et les serpents peuplent les marécages des forêts tropicales humides. Les grands mammifères africains, autrefois nombreux, ont disparu en raison d'un défrichement effréné. Quelques antilopes, chameaux et hyènes vivent dans le Nord.

Ressources minières
Le Nigeria possède en quantité importante des gisements de minerai de fer et de sel dans la région de la savane. On trouve de l'étain et du niobium sur les plateaux. Le pays est riche en pétrole et en gaz naturel, dans le delta du Niger ainsi que dans la baie du Bénin et le golfe du Biafra. Le Nigeria possède également beaucoup de mines de charbon, de plomb et de zinc et, de façon plus modeste, des mines d'or et d'uranium.

Population et société

Démographie
Le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique: en 1995, sa population était estimée à 111millions d'habitants, soit un doublement depuis 1970. La densité globale atteignait 121habitants par km2. Le taux annuel d'accroissement de la population a peu diminué: sur la période 1990-1995, il s'élevait à 3p.100. La mortalité infantile a, en revanche, considérablement régressé, passant de 157,6p.1000 en 1970 à 84p.1000. La population urbaine suivait le mouvement inverse, augmentant de 20p.100 à 38,5p.100.
La moitié de la population est constituée de Haoussas et de Peuls, établis au nord. Les Yoroubas occupent le Sud-Ouest et les Ibos le Sud-Est. À ces groupes s'ajoutent une mosaïque de communautés plus petites: Edos, Ijos et Ibibios, au sud!; Nupes et Tiv au centre!; Kanuri au nord-est.

Langues et religions
L'anglais est la langue officielle du Nigeria. Le haoussa est utilisé pour les échanges. Le clivage entre les communautés oppose musulmans, au nord (48p.100 de la population totale), chrétiens, au sud (34p.100 de la population, le Sud-Est étant plutôt catholique et le Sud-Ouest protestant) et animistes à l'ouest (18p.100).
Éducation
La gratuité de l'enseignement primaire fut instaurée en 1976 dans tout le pays et le premier cycle, de six ans, devint obligatoire en 1982. Le cycle secondaire est organisé en deux phases de trois ans. Les établissements scolaires sont insuffisants au regard de l'accroissement démographique, mais l'analphabétisme a reculé de manière significative, passant de 75p.100 en 1970 à 43p.100 en 1995. Au début des années 1990, 32p.100 des enfants entre 12ans et 17ans étaient scolarisés. L'université d'Ibadan fut fondée en 1948. Au début des années 1990, le Nigeria comptait 31universités, accueillant plus de 160800étudiants.

Culture
Des sculptures en terre cuite de la civilisation Nok dans le nord du pays (500av.J.-C.), à celles d'Ife ou aux bronzes du Bénin (1200av.J.-C.), le Nigeria possède une longue tradition artistique, de renommée mondiale, que les peintres, sculpteurs et forgerons contemporains perpétuent (voir Afrique, art d'). Le Nigeria possède également une florissante industrie culturelle (cinéma, télévision, édition). Les écrivains de langue anglaise, tels Amos Tutuola, Wole Soyinka (prix Nobel de littérature), Chinua Achebe et plus récemment Ben Okri, ont acquis une réputation internationale. Parallèlement s'est développée une littérature écrite dans les langues nationales, qui fait une large place à la forme théâtrale, mise en scène par des compagnies théâtrales professionnelles et des groupes de danse (voir Afrique, littératures d').
Le Musée national de Lagos possède une riche collection artistique présentant la production de toutes les époques. Les musées de Benin City, Ibadan, Ife, Ilorin, Jos et Kaduna sont également remarquables. Le gouvernement nigérian tente d'endiguer l'exportation frauduleuse des objets archéologiques et de faire revenir les pièces emportées en Occident à l'époque coloniale. D'importantes collections de livres et de documents sont conservées dans la Bibliothèque nationale du Nigeria, à Lagos, et aux Archives nationales, à Ibadan, ainsi que dans les bibliothèques universitaires.
À la fin des années 1980, la presse comptait environ 20quotidiens en anglais et plus de 30hebdomadaires. Le gouvernement détient des intérêts dans plusieurs journaux -dont le principal, le Daily Times de Lagos. La censure, occasionnelle jusqu'en 1993, s'est systématisée depuis l'arrivée au pouvoir du général Sani Abacha. La première station de radio fut créée en 1957. Toutes les stations de télévision sont regroupées depuis 1976 dans la Nigerian Television Authority, contrôlée par le gouvernement fédéral. Les programmes sont diffusés en anglais et dans les principales langues du pays.

Divisions administratives et villes principales
La fédération nigériane est constituée de trente États et d'un territoire fédéral, s'étendant sur les plateaux du Centre.
Lagos, la plus grande ville du pays, est le premier centre commerçant et l'un des principaux ports (5600000habitants en 1994). Ibadan et Kano dépassaient le million d'habitants en 1992. Onitsha, Oshogbo, Ogbomosho, Port Harcourt et Kaduna comptaient plus de 500000habitants à la même époque. Une douzaine de villes comptent plus de 225000habitants. En décembre 1991, la capitale fédérale fut transférée de Lagos à Abuja, située dans le territoire fédéral du Centre.

Gouvernement et vie politique
Après treize ans de domination militaire, un gouvernement civil fut restauré le 1eroctobre 1979, conformément aux termes de la Constitution promulguée l'année précédente. Celle-ci fut suspendue après le coup d'État militaire de 1983. Une nouvelle Constitution promulguée en 1989 fut annulée par un nouveau putsch militaire en 1993. En même temps, toute activité politique fut interdite et le Parlement dissous. Les trente gouverneurs d'État furent révoqués. Une Assemblée constituante (National Constitutional Conference) fut instaurée en mai 1993. En avril 1995, elle adopta formellement un projet de Constitution, qui envisageait une présidence en alternance, assurée tantôt par un nordiste, tantôt par un sudiste.
Le Conseil militaire, instance dirigeante depuis 1985, fut dissous en janvier 1993 et remplacé par un conseil civil transitoire de vingt-neuf membres dans l'attente d'élections démocratiques. Les élections présidentielles de juin 1993 ayant été annulées, un gouvernement intérimaire fut formé en août. En novembre, un nouveau coup d'État interrompait le processus de démocratisation. Le général Sani Abacha, ministre de la Défense, assuma les fonctions de chef de l'État. Un gouvernement de trente-trois ministres (Executive Council) fut constitué, présidé par Abacha. Les deux chambres de l'Assemblée nationale élue l'année précédente furent dissoutes. En avril 1994, le gouvernement militaire annonçait un programme de transition pour le retour à un gouvernement civil. Le retour à la démocratie, annoncé pour janvier 1996, a été reporté à 1998 afin de permettre l'organisation de véritables partis politiques. Parmi les quinze partis politiques qui ont recouvré une existence légale à la fin de 1995, cinq ont été choisis en septembre 1996 pour participer à l'élection présidentielle de 1998.

Économie
Le Nigeria était traditionnellement un pays agricole, satisfaisant la plus grande partie de ses besoins alimentaires et exportant les produits de son agriculture, notamment l'huile de palme, le cacao, le caoutchouc et l'arachide. Dans les années 1970, le pétrole a remplacé les cultures de rente et bouleversé les perspectives économiques du pays. Dopée par la hausse des cours, la croissance s'est maintenue autour de 6p.100 par an jusqu'à la décennie suivante pour retomber à moins de 1p.100 en raison du retournement du prix du pétrole. Elle est donc très en deçà du taux d'accroissement démographique. Géant aux pieds d'argile, le Nigeria demeure un pays très pauvre: en 1994, le produit national brut (PNB) était de 26,5milliards de dollars, soit un PNB par habitant de seulement 250dollars.
Au début des années 1980, le gouvernement avait investi une partie des revenus pétroliers dans des infrastructures industrielles. Mais elles sont aujourd'hui en régression du fait de l'instabilité politique. Le pays reste largement dépendant des recettes pétrolières (98p.100 des exportations en 1994).

Agriculture
Près de la moitié des Nigérians travaillent toujours dans le secteur agricole, qui réalise 38p.100 du PNB. Le pays produit du sorgho (4millions de tonnes en 1994), du millet (3,6millions de tonnes), principalement dans le Nord, ainsi que du maïs, du riz et des ignames dans le Sud. Le manioc, les légumes et les tomates sont cultivés dans tout le pays. Les grandes cultures de rente sont le cacao (6erang mondial) et le caoutchouc naturel. Les effectifs de bovins s'élevaient à 16,7millions en 1994 et les ovins à 14,5millions.
La forêt occupe un huitième du territoire. En 1992, la production annuelle de bois atteignait 114,3millions de m3. Environ 35p.100 du produit de la pêche proviennent des fleuves et des lacs, le reste du golfe de Guinée. En 1993, les prises se sont élevées à 256000tonnes.

Mines et industrie
Le secteur minier n'occupe que 8p.100 de la population active mais contribue pour 15p.100 au PNB. Surtout, les recettes pétrolières représentent 98p.100 des exportations. En 1994, le Nigeria se classait au 12erang mondial des producteurs de pétrole brut (96100tonnes). Ses réserves de gaz naturel sont importantes (3400milliards de m3) mais la production n'en était que de 4,6milliards de m3 à la même date. L'étain et le niobium sont extraits sur le plateau de Jos et le charbon dans les environs d'Onitsha. L'industrie nigériane est relativement diversifiée: outre les raffineries de pétrole, aciéries, transformation de l'aluminium, usines d'assemblage de voitures, elle comporte également des secteurs agroalimentaire, textile et pharmaceutique. La production d'électricité s'élevait à 11,8milliards de kWh en 1991.

Échanges
La monnaie du Nigeria est le naira, divisible en 100kobos. La monnaie et les banques sont supervisées par la Central Bank of Nigeria (créée en 1958). Au début des années 1990, cent vingt banques opéraient au Nigeria, dont certaines étaient européennes ou américaines. Depuis 1976, les banques étrangères doivent être associées à un actionnaire nigérian (à hauteur de 60p.100 du capital). La monnaie nigériane a été réévaluée au début de 1995, mais elle a de nouveau perdu de sa valeur, en raison d'un fort taux d'inflation (57,5p.100 en 1994).
Le commerce extérieur est excédentaire grâce aux exportations pétrolières: en 1994, le taux de couverture des importations par les exportations s'élevait à 155p.100. Les principaux produits importés étaient les véhicules automobiles et les pièces de rechange, les machines et produits manufacturés de base et les produits alimentaires. Les principaux partenaires commerciaux du Nigeria sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon.
Le Nigeria possède environ 124000km de routes, dont 48p.100 sont bitumées. Des autoroutes réalisées dans les années 1970 relient Lagos à Ibadan et Benin City!; 3500km de voies ferrées sont en exploitation. Les principaux ports maritimes sont Lagos, Port Harcourt, Warri et Calabar. Les aéroports internationaux se trouvent à Lagos et Kano, et des aérodromes plus modestes desservent les principales villes. Nigeria Airways, la compagnie aérienne nationale, assure des transports internationaux.

Histoire
Le Nigeria fut l'un des foyers originels de la métallurgie du fer, dont des traces ont été mises au jour à Nok dans le sud-ouest du plateau de Jos, et de la dispersion des peuples bantous vers le sud de l'Afrique. La civilisation Nok a également livré aux archéologues les plus anciennes statuettes en terre cuite connues dans l'Afrique subsaharienne. La métallurgie du fer donna naissance par la suite aux célèbres ouvrages en bronze et en laiton d'Igbo-Ukwu (Xesiècle), d'Ife (XVesiècle) et du royaume du Bénin (XVe-XVIIIesiècles).
Ife, dans le Sud-Ouest, était la cité sainte des Yoroubas, qui dominèrent la région du XIe au XVIIIesiècle. Le centre politique de la puissance des Yoroubas se déplaça vers le XVesiècle à Oyo avant que ne s'impose le royaume du Bénin. Dans le Nord, les Haoussas avaient fondé plusieurs cités rivales à partir du VIIIesiècle. L'empire de Kanem-Bornou qui, vers 1300, était un centre prospère de culture islamique, rivalisa, sans succès, avec l'empire du Mali pour le contrôle des États haoussas, constitués à partir du XIesiècle. Placés successivement sous la domination de l'empire du Mali puis de l'Empire songhaï, les États haoussas, partiellement islamisés, retrouvèrent leur indépendance à la fin du XVIesiècle et prospérèrent jusqu'au début du XIXesiècle. À cette époque, ils furent soumis par le réformateur musulman peul Ousman dan Fodio.

Le Nigeria sous protectorat britannique
Dès le XVIesiècle, les Européens étaient entrés en contact avec le royaume du Bénin et avaient créé sur la côte des comptoirs pour la traite négrière dans le delta du Niger -d'où le nom de Côte des esclaves donné à cette région du golfe de Guinée. Les premiers explorateurs, à la recherche des sources du Niger, furent le voyageur écossais Mungo Park (en 1795-1796), et les Britanniques Richard et John Lander (1830 et 1831). Au XIXesiècle, l'huile de palme devint l'objet d'un commerce si important que la région du delta fut nommée Oil Rivers (les fleuves d'huile). Un consul britannique s'installa à Calabar et plus tard à Lagos, où les commerçants britanniques étaient solidement implantés. En 1861, la Grande-Bretagne prit possession de Lagos Island. Après la conclusion de plusieurs traités avec des chefs indigènes, le protectorat britannique d'Oil Rivers fut créé. En 1886, une charte fut accordée à la Royal Niger Company en vertu de laquelle elle gouvernait le territoire du protectorat, rebaptisé en 1893 Niger Coast Protectorate. Le royaume du Bénin y fut intégré en 1897 après que sa résistance eut été réduite par une expédition punitive et le Sud-Est devint protectorat du Southern Nigeria en 1900. La charte de la Royal Niger Company fut révoquée la même année, et le protectorat du Northern Nigeria proclamé.
La domination britannique fut complète en 1914, date à laquelle les protectorats du Nord et du Sud furent réunis sous l'autorité du gouverneur général Frederick Lugard. Le régime d'administration indirecte (Indirect Rule) maintint et utilisa les structures traditionnelles. Cependant, dans le pays ibo, au sud, la division clanique de la société permit aux fonctionnaires britanniques de concentrer le pouvoir entre leurs mains.
Après la Première Guerre mondiale et la défaite de l'Allemagne, la colonie allemande du Cameroun fut partagée entre la France et l'Allemagne. Deux territoires, sous mandat de la Société des Nations (SDN), furent rattachés au Nigeria: l'un peuplé de Peuls fut intégré au Nord, l'autre, habité par des Bamilékés, au Sud. La même année, un Conseil législatif nigérian fut créé, au sein duquel les populations autochtones étaient cependant sous-représentées, au profit des colons européens.

L'indépendance
Le pays n'échappa pas au mouvement indépendantiste qui toucha l'ensemble du continent africain au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Trois mouvements, à dominante communautaire, dominèrent la vie politique: le Congrès du peuple du Nord (Northern People's Congress, NPC), rassemblait les Haoussas et les Peuls musulmans!; la Convention nationale des citoyens nigérians (National Convention of Nigerian Citizens, NCNC), parti ibo, était influent dans le Sud-Est, et le Groupe d'action (Action Group, AG) était contrôlé par les Yoroubas du Sud-Ouest.
En raison de l'existence de tels clivages, entretenus sinon renforcés par le colonisateur, la phase de transition vers l'indépendance fut marquée par une succession de statuts, témoignant du balancement entre une solution fédérale et le choix d'une structure confédérative plus souple. Une première Constitution, octroyée par les Britanniques en 1947, établissait des instances législatives dans les provinces, avec une participation limitée des indigènes au gouvernement. Puis le Nigeria fut doté d'une administration de type fédéral, et les provinces furent regroupées en trois régions (Est, Ouest et Nord), bénéficiant chacune d'un certain degré d'autonomie.
Le 1eroctobre 1960, le Nigeria devint indépendant dans le cadre du Commonwealth. Le Premier ministre, Abubakar Tafawa Balewa, dirigea un gouvernement de coalition représentant les principaux partis des régions Nord et Est. Le gouverneur général, Nnamdi Azikiwe, devint président lorsque le Nigeria adopta le statut de république le 1eroctobre 1963. Entre-temps, en février 1961, la région Nord de l'ancien Cameroun britannique avait décidé par les urnes d'être rattachée au Nigeria tandis que le Sud bamiléké réintégrait le Cameroun.

Des tensions à la guerre civile
Dès l'indépendance, les rivalités entre les trois régions pour le contrôle du pouvoir fédéral menacèrent l'unité de la fédération. Les querelles politiques et la corruption exaspéraient les jeunes officiers, qui tentèrent un coup d'État en janvier 1966. Le Premier ministre Balewa et deux chefs de région furent tués. Le commandant en chef de l'armée, le général Johnson Aguiyi-Ironsi, abolit la Constitution fédérale et instaura un pouvoir centralisé. En juillet, des officiers du Nord fomentèrent un contre-coup d'État et assassinèrent Ironsi. Son successeur, le général Yakubu Gowon, rétablit la fédération. Durant cette période, de nombreux Ibos installés au nord furent tués ou durent se réfugier dans leur région natale, dans l'est du pays. En mai 1967, le gouvernement fédéral annonça son intention de scinder la région Est en trois États, ce qui privait les Ibos de tout accès à la mer et les écartait des zones pétrolifères (les premiers gisements dans cette zone avaient été découverts en 1956). La région Est fit alors sécession et se proclama république du Biafra. La rébellion ibo fut écrasée en janvier 1970. La guerre civile avait duré trois ans et fait environ 1million de morts.

Les années prospères
Le Nigeria connut ensuite quatre années de croissance économique rapide, alimentée par des revenus pétroliers en hausse. Mais le gouvernement militaire ne tint pas ses promesses de retour à un régime civil et l'instabilité politique reprit. Gowon fut destitué en juillet 1975 par un coup d'État sans effusion de sang, mené par le général Murtala Ramak Muhammad, à son tour assassiné lors d'une nouvelle tentative de putsch en février 1976. Son successeur, le général Olesogun Obasanjo, présida aux préparatifs de retour au régime civil, qui aboutirent à la promulgation d'une nouvelle Constitution et à des élections en 1979. Le jeune Parti national du Nigeria (National Party of Nigeria, NP), basé dans le Nord, obtint la majorité. Le nouveau président, Alhaji Shehu Shagari, utilisa une partie des revenus du pétrole pour financer un ambitieux programme de développement. Il mit en œuvre une «!révolution verte!» pour stimuler la productivité agricole. Mais la chute des cours du pétrole, au début des années 1980, porta un coup fatal à ses efforts. Le Nigeria sombra dans une grave récession. En janvier 1983, tous les étrangers non qualifiés (1million de personnes) furent brutalement expulsés.

La démocratisation ratée
En août 1983, Shagari fut cependant réélu et le National Party of Nigeria obtint une forte majorité aux élections législatives et régionales qui suivirent. Mais, à la fin de l'année, le général Muhammad Buhari prit le pouvoir par la force et interdit toute activité politique. Son programme d'austérité fit beaucoup de mécontents. En 1985, il fut chassé par un coup d'État mené par le général Ibrahim Babangida. Ce dernier abolit les décrets les moins populaires et renégocia une partie des dettes du pays, assouplit le contrôle de l'administration sur les affaires et parvint ainsi à relancer l'économie. Dans le cadre du retour à un régime civil, des élections locales eurent lieu en 1990, qui furent suivies d'élections législatives en 1992 et présidentielles en juin 1993. Moshood Abiola, un homme d'affaires milliardaire, en était l'apparent vainqueur. Mais Babangida annula les élections. En août, il confia le pouvoir à un gouvernement provisoire dirigé par Ernest Shoneka. Le ministre de la Défense, le général Sani Abacha, renversa le gouvernement provisoire en novembre, suspendit à nouveau les partis et emprisonna nombre de ses opposants, dont Abiola. Sous la pression des pays créanciers, Abacha annonça un retour progressif à un régime civil, promis pour janvier 1996, et la levée de l'interdiction des activités politiques. Une commission constituante nationale, créée en 1993 après le coup d'État, approuva un nouveau projet de Constitution en avril 1995, prévoyant une présidence par alternance, afin de rompre avec la domination unilatérale d'une des deux grandes régions. Elle jugea également que le délai prévu pour le retour à la démocratie était trop bref pour permettre aux partis politiques de se réorganiser. Depuis, la situation s'est dégradée. Neuf opposants du mouvement Ogoni (sud-est du pays), dont son dirigeant, l'écrivain Ken Saro-Wiwa, furent exécutés en novembre 1995, et la femme de l'ancien président Moshood Abiola (toujours emprisonné), Kadiratou, a été assassinée en juin 1996. Le Commonwealth a suspendu le Nigeria et menace de l'exclure définitivement si le transfert du pouvoir aux civils -désormais annoncé pour octobre 1998- ne se réalise pas et que les violations des droits de l'Homme se poursuivent. De son côté, l'Union européenne a imposé un embargo sur les armes à destination du pays.
C'est toujours dans une ambiance de crise que se déroule la transition du Nigeria vers un État de droit. Si le général Abacha a autorise la création de cinq partis en 1996, l'armée veille à ce que ces formations ne se reconstituent pas sur des bases ethniques ou régionales.

La venue du pape Jean-Paul II, au mois de mars 1998, à Kano dans le nord du Nigeria ne recrée pas un climat de confiance. L'annonce, en avril 1998, par les cinq formations politiques légales, qu'elles ont choisi de présenter le général Abacha comme candidat unique à l'élection présidentielle du mois d'août ne contribue pas non plus à apaiser les esprits. La faible participation aux élections législatives (25 avril 1998), boycottées par l'opposition, porte un nouveau coup à la crédibilité du processus de transition vers la démocratie. Le brusque décès d'Abacha en juin repose la question sur des bases nouvelles. Son successeur Abdulsalam Abubakar, après avoir promis de respecter le programme de démocratisation, fait libérer plusieurs prisonniers politiques. La mort inopinée de Moshood Abiola, à la veille de sa libération et de sa participation à un processus de réconciliation nationale, replonge le pays dans la violence et dans l'incertitude, mais le président Abubakar s'attache à respecter le calendrier électoral visant à élire un nouveau chef de l'État au suffrage universel. L'ancien président Obasanjo apparaît comme le seul militaire non compromis dans la corruption qui permette à l'armée de garder un œil sur le pouvoir. Il conserve une bonne image à l'étranger, mais ne bénéficie pas d'une image sans tache dans la population qui n'a pas oublié ses anciennes méthodes répressives à l'époque où il dirigeait le pays (1976-1979).
Élu le 27 février 1999 avec 63 p. 100 des suffrages exprimés, il s'emploie à rassurer la population par une vaste campagne à travers le pays. Les résultats de ces élections sont cependant contestés par l'opposition. La nouvelle Constitution publiée en mai (la quatrième depuis l'indépendance), quelques jours avant l'entrée en fonction du nouveau président, instaure un régime présidentiel fort et un Parlement doté de larges prérogatives. Elle met fin à 13 années de dictature militaire et prévoit, de plus, une meilleure répartition des richesses nationales, en particulier de la rente pétrolière dont les populations des régions côtières riches en pétrole avaient été privées jusqu'alors. Le conflit avec le Cameroun à propos de la presqu'île de Bakassi en pleine zone pétrolière, a été mis en sommeil après que le Cameroun eut proposé de remettre le dossier à la Cour de justice de La Haye.

Source :
Microsoft Encarta


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