
CE QUI S’EST PASSE EN 1998
Février 1998 :
L’armée nigériane a
annoncé qu’un tribunal militaire serait mis en place afin de juger
les commanditaires de la tentative de coup d’état contre Sani Abacha
qui a eu lieu le 21 Décembre 1997. Le porte-parole de l’armée,
le colonel Ugbo, a déclaré que les suspects, dont l’ancien
député, le lieutenant-général Diya, pourraient
choisir leur propre avocat pour les représenter devant la cour martiale.
L’armée a déclaré
que plus de 50 officiers et civils ont été arrêté.
Les pays de l’ouest, dont les relations
avec le Nigeria sont tendues, notamment à cause des fréquents
abus des droits de l’homme, ont dit qu’ils voulaient un jugement équitable
et transparent. Des sanctions limitées ont été imposé
en 1995 à ce pays producteur de pétrole après que
neuf activistes luttant pour les droits aient été exécuté
(Ken Saro-Wiwa, le célèbre écrivain, en faisait partie).
Plus tôt en 1995, la pression
des pays de l’ouest sur Abacha l’a forcé a commué les peines
de mort en détention à perpétuité, notamment
en ce qui concerne l’ancien dirigeant Olusegun Obasanjo, accusé
d’avoir participé à un coup d’état.
Ce même mois, la capitale
de Sierra Leone, Freetown, a été libéré grâce
à l’action de l’ECOMOG (force d’interposition ouest africaine dirigé
par le Nigeria). Le ministre nigérian a félicité l’ECOMOG,
mis en place par la Communauté économique des Etats de l’ouest
africain l’ECOWAS (16 nations), pour son professionnalisme et déterminisme.
L’ECOMOG a donc délogé la junte militaire au pouvoir en Sierra
Leone depuis le 25 Mai 1997 (la junte avait expulsé le président
élu Ahmad Tejan Kabbah).
Le comité des cinq de l’ECOWAS
ainsi que le chef de la junte Johnny Paul Koromah ont décidé
que Kabbah reprendrait la direction du pays en Avril 1998. Mais la junte
est revenue sur cette date en disant qu’elle n’était pas plausible.
Le Parlement européen demande
aux gouvernements de l’Union Européenne d’imposer des sanctions
plus strictes sur le Nigeria. L’interdiction de vente d’armes au Nigeria
ne semble pas être respectée. L’assemblée a déclaré
que le gouvernement nigérian essaie de semer la discorde entre les
membres des états de l’Union Européenne en offrant à
certains états membres des concessions et une facilitation au niveau
du commerce.
Le Parlement voudrait que les gouvernements
de l’Union Européenne instaurent un embargo total sur la ventes
des armes, une interdiction sur le « parrainage » («
sponsorship) de missions commerciales ainsi qu’un gel des avantages tenus
par le Nigeria au sein de l’Union Européenne : tout cela si le Nigeria
n’atteint pas la transition démocratique prévue en Octobre
1998.
Un groupe s’occupant des droits
au Nigeria a déclaré que l’année 1997 avait été
la pire concernant le travail des journalistes, avec 40 d’entre eux arrêté
ou détenus par les forces de sécurité. Les journalistes
les plus affectés sont ceux qui critiquent le gouvernement militaire
d’Abacha (à travers l’opposition). On donne l’exemple de «
l’Independent Communications Network », un éditeur de l’opposition
dont les publications ont été saisis et les journalistes
emprisonnés.
Les conditions critiques dans lesquelles
les détenus politiques sont emprisonnés déterminent
les relations avec les pays occidentaux : dans cette situation, on a de
la peine à croire que le Nigeria se tournera vers un régime
démocratique prochainement.
Les groupes d’opposition au Nigeria
ont déclaré qu’ils manifesteraient contre le régime
d’Abacha malgré l’interdiction de la police. « L’Action Unie
pour la Démocratie (UAD : United Action for Democracy) annonce que
les 5 millions de personnes mécontentes du régime militaire
défileront malgré l’interdiction faite par la police »
: déclaration faite par une coalition de 26 groupes de l’opposition.
L’UAD condamne le gouvernement car
celui-ci promet une transition démocratique afin de s’attirer les
compliments de la communauté internationale mais réprime
les groupes d’opposition et les journalistes en arrière plan.
Les dernières élections
présidentielles, tenues en 1993, avaient vu la victoire du millionnaire
Moshood Abiola : celui-ci fait actuellement parti des prisonniers politiques
après l’annulation des résultats par les militaires.
Mars 1998 :
La police nigériane a ouvert
le feu sur des dizaines de manifestants à Lagos tandis que des centaines
de milliers s’étaient massés à Abuja pour supporter
le général Abacha. La police a arrêté environ
20 manifestants dont Olisa Agbakoba dont le mouvement l’UAD (United Action
for Democracy) avait appelé à la marche.
Ceux qui ont manifesté en
faveur d’Abacha, dont Gbazuagu du « United Nigeria Congress Party
», ont déclaré qu’Abacha était synonyme de progrès
pour le Nigeria. « L’United Nigeria Congress Party » est le
plus grand parti politque au Nigeria et l’un des quatre a supporté
Abacha lors des prochaines élections.
La question de savoir si Abacha
se présentera pour les élections présidentielles du
mois d’Août domine la politique au Nigeria. Abacha ne s’est pas encore
annoncé candidat pour ces élections…
Les groupes d’opposition et ceux
qui mènent des campagnes pour la démocratie ont pendant longtemps
rejeté les promesses faites par Abacha pour restaurer la démocratie
: en effet, ces groupes pensent qu’Abacha utilise une ruse afin de garder
le pouvoir de la même façon que certains dirigeants ouest
africains ont troqué le costume militaire pour un costume de civil.
Après les grèves et
les protestations qui ont paralysé le Nigeria en 1994, l’opposition
au régime militaire a diminué avec l’arrestation ou l’exode
de nombreux dirigeants importants.
Les ministres du Commonwealth (composés
de 8 pays, le Groupe d’Action Ministériel des 8 nations du Commonwealth
= CMAG en anglais : Angleterre, Canada, Nouvelle Zélande, Botswana,
Barbade, Malaisie, Zimbabwe et Ghana) ont réitéré
leur demande de voir aboutir au Nigeria un processus sérieux de
démocratisation. Des nations comme le Canada et l’Angleterre ont
déclaré qu’il n’y avait que peu de preuves allant dans le
sens d’une restauration de la démocratie. Le Commonwealth a prévenu
que des sanctions pourraient être décidées contre le
Nigeria (elles n’ont pas encore touché les exportations cruciales
de pétrole).
Les dirigeants du Commonwealth,
emmenés par l’Angleterre et la plupart de ses anciennes colonies,
ont menacé l’année passée le Nigeria d’expulsion si
celui-ci ne restaurait pas la démocratie au mois d’Octobre.
Le Canada a voulu imposer des sanctions
plus dures mais des pays comme le Ghana préfère donner une
chance à Abacha plutôt que de le menacer. Le communiqué
final du CMAG met l’accent sur les abus des droits de l’homme au Nigeria
ainsi que sur l’emprisonnement des prisonniers politiques.
Des frictions existent toujours
entre le Nigeria et le Cameroun concernant la possession de la péninsule
de Bakassi (riche en pétrole) qui se trouve dans le golfe de Guinée.
Cette zone est actuellement habité par de pauvres pêcheurs
mais on pense qu’elle possède en son sol du pétrole. Cela
a amené des accrochages entre les forces de sécurité
des deux pays depuis 1993. En 1996, un cessez-le-feu était décidé
entre les deux pays. En Mars, le Nigeria a accusé le Cameroun d’avoir
attaqué des troupes ainsi que des civils à l’aide d’hélicoptères,
blessant une quarantaine de personnes. Le Nigeria a en outre prévenu
que tout avion survolant cette zone serait à partir de maintenant
« arraisonné ».
Avril 1998 :
Les groupes pro-démocratiques
entendent continuer les protestations contre le régime d’Abacha
malgré l’intervention musclée de la police à Lagos
le 30 Mars. Ces partis politiques ne veulent pas qu’Abacha se présente
pour la présidence à cause de « l’arrogance, de l’autocratie,
et de la tyrannie » dont il fait preuve depuis qu’il est au pouvoir.
Parmi les prisonniers politiques se trouvent Moshood Abiola (ainsi que
le général Obasanjo), ce millionnaire du sud du pays, qui
a gagné les dernières élections présidentielles
de 1993.
Le Nigeria souhaite que l’ECOMOG
devienne une force permanente de maintien de l’ordre pour l’Afrique de
l’Ouest. Cette force a été mise en place par les 16 nations
qui font parties de l’ECOWAS (Economic Community of West African States).
Le rapport final de l’ECOWAS met en avant les différences qui existent
entre les pays francophones qui ont gardé des liens importants avec
la France et les pays anglophones emmenés par le Nigeria.
L’ECOMOG avait été
mis en place en 1990 par les pays ouest-africains afin d’intervenir dans
la guerre civile au Liberia (la présidence de l’ECOMOG était
détenue par le Nigeria, qui par ailleurs était à l’origine
de la création de cette force). Cette force avait réussi
à désarmer les partis en conflits (Juillet 1997). L’ECOMOG
est aussi intervenue en Sierra Leone. Le ministre nigérian Ikimi
pense que des pays extérieurs (France, USA et Angleterre) veulent
« détruire » cette force d’intervention ouest-africaine.
L’exemple le plus frappant s’est déroulé à la frontière
entre le Sénégal, la Mauritanie et le Mali : 8 états
membres de l’ECOWAS (la plupart de langue française) ont envoyé
des troupes qui ont rejoint les forces françaises, américaines
et anglaises.
Les membres de l’ECOWAS sont enfin
tombés d’accord sur la nécessité de maintenir une
forces régionale d’interposition africaine sous le nom de ECOMOG
(le statut ainsi que les modes d’action restaient à définir).
En Avril, la police nigériane
a tiré en l’air afin de disperser des manifestants à Ibadan
(cette ville, composée majoritairement de Yorouba, est un centre
d’opposition fort au régime d’Abacha). Certains manifestants ont
été emmené par la force.
La tension a augmenté ces
dernières semaines à cause du manque en approvisionnement
d’essence dans ce pays qui est le plus grand producteur en pétrole
d’Afrique ! !
Toujours en Avril, les partis politiques
dominants ont adopté le général Abacha comme leur
candidat pour les prochaines élections présidentielles. L’accord
unanime des délégués du « United Nigeria Congress
Party », qui a récolté plus de 65% des sièges
aux dernières élections nationales en Décembre, de
soutenir Abacha est sans ambiguïté. Seul un des cinq partis
a déclaré qu’il ne pouvait accepter Abacha comme seul candidat
(GDM : Grassroots Democratic Movement). Certains partis ont déjà
annoncé leur retrait si par malheur Abacha remportait ces élections
(ex : National Democratic Coalition).
Le peuple nigérian n’est
plus très intéressé par la politique depuis l’annulation
des élections en 1993 : celle-ci avait plongé le pays dans
une crise politique et intensifié la crise économique (pénurie
d’essence, communications déplorables…). Le soutien pour Abiola
reste important dans le sud alors qu’Abacha est du nord.
Sur trois hommes qui se sont mis
en avant pour le « Grassroots Democratic Movement , GDM » et
qui ont refusé de porter un candidat unique (cf Abacha), l’ancien
chef de la police secrète Mohammed Yussufu semble être le
candidat le plus sérieux. Deux des meetings organisés par
Yussufu ont été stoppé dernièrement par la
police.
Le principal parti politique, le
UNCP, a annoncé qu’Abacha serait leur unique candidat.
Les groupes de défense des
droits de l’homme critiquent sévèrement le Nigeria : un nombre
très important de détenus sont emprisonnés sans raison
apparente et en attente de leur jugement (les conditions d’emprisonnement
sont déplorables) Ce groupe s’inquiète du jugement de 20
partisans suspectés d’appartenir au Mouvement des Survivants du
peuple Ogoni : détenus depuis 1995, ils devraient être jugés
de la même façon que l’écrivain Ken Saro-Wiwa. Les
tribunaux manquent d’indépendance. Le système légal
nigérian ne garantit pas une protection efficace de l’être
humain. On cite le cas de Shehu Yar’Adua, prisonnier politique, décédé
en prison.
Finalement, le GDM a décidé
de supporter Abacha pour les élections présidentielles (son
concurrent était Mohammed Yusufu) lors d’un vote : 1368 voix pour
Abacha contre 408 pour Yusufu ! ! Les partisans de celui-ci sont furieux
car Abacha ne fait pas parti du GDM ! ! L’homme de loi Tunji Braithwaite
s’est retiré de la course après que la constitution du parti
ait été modifié afin d’arranger Abacha. C’est dire
que s’il y a élections, on sait déjà qui les gagnera
! ! On ne sait pas encore quel mode de scrutin sera utilisé : le
plus juste serait le référendum dans lequel le peuple peut
voter pour ou contre Abacha ! !
Le principal parti d’opposition,
l’UAD (United Action for Democracy), appelle la population à boycotter
toutes élections, et particulièrement celles du 25 Avril
: les votes de l’assemblée nationale.
La lutte « anti-Abacha »
a pris un autre tournant quand les partis pro-démocratiques ont
demandé aux citoyens de désobéir en refusant d’aller
travailler….(désobéissance civile). Mohammed Yusufu fait
maintenant parti des opposants les plus féroces.
Les activistes pro-démocratiques
dans le pays et à l’étranger ont condamné les partis
politiques nigérians pour leur soutien inconditionnel à Abacha.
Le parti d’opposition NDC (National
Democratic Coalition), qui soutient le millionnaire Abiola pour la présidence,
a demandé aux Nigerians de se préparer à la grève
et aux manifestations pour empêcher Abacha d’être élu.
Un autre groupe d’opposition, « L’United Action for Democracy »,
a demandé au peuple de boycotter les élections de l’assemblée
nationale.
L’opposition la plus forte se trouve
dans le sud mais des signes de mécontentement apparaissent dans
le nord. Les pouvoirs exacts de la nouvelle assemblée nationale
ne sont pas encore connus : le gouvernement n’a pas rendu public la nouvelle
constitution.
Cinq personnes ont trouvé
la mort par une explosion dans le sud du Nigeria, un jour avant les élections
qui vont être boycotter par l’opposition. 16 personnes ont été
sérieusement blessé par une explosion qui s’est produite
à Ile-Ife dans le sud (pays Yorouba, fief de l’opposition). Yusufu
(vient du nord comme Abacha) pense que la population ne doit pas participer
aux élections et « doit » laisser les militaires s’élire
tout seul.
Les élections de Samedi semblent
représenter la dernière chance qu’ont les Nigérians
de voter pour une représentation nationale (en effet, les élections
présidentielles ne peuvent qu’être remportées par Abacha).
Rappelons que seuls cinq partis gouvernementaux
peuvent participer à ces élections et que ceux-ci soutiennent
tous Abacha pour l’élections présidentielle (alors qu’Abacha
n’est membre d’aucun de ces partis ! !). Certains candidats ne peuvent
participer aux élections car ils sont membres de partis depuis moins
d’un an. En fait le référendum pour l’élection présidentielle
se résume ainsi : OUI, Abacha devient un président «
civil », NON, Abacha reste militaire ! !
Le NDM (National Democratic Movement)
a demandé au NADECO (National Democratic Coalition of Nigeria),
ainsi qu’à l’UAD (United Action for Democracy), le NCP (National
Conscience Party), l’EMU (Eastern Mandate Union) , le Afenifere Yorouba
Group, le 18 Northern Elders ainsi qu’à tous les autres groupes
pro-démocratiques de former un front commun contre le gouvernement.
Le NDM dénonce l’emprisonnement
d’Obasanjo, du Dr Beko Ransome-Kuti, du journaliste Anyanwu…Il dénonce
aussi le meurtre de Saro-Wiwa ainsi que des activistes Ogoni en 1995 et
de Yar’Adua en Décembre 1997.
Le 5 Avril, Bola Ige, homme politique
du sud qui fait parti de l’opposition, a été arrêté
par la police nigériane. Ige est l’ancien gouverneur de l’état
d’Oyo, dont la capitale est Ibadan. Il a été bailleur de
fonds pour le « National Democratic Coalition » qui soutient
le millionnaire Moshood Abiola pour l’élection présidentielle.
Juin 1998 : voir aussi l'analyse de AFRICA UPDATE (en anglais)
La majorité des pays occidentaux
ne croient plus en la transition démocratique promise par Abacha.
Le Commonwealth avait suspendu le Nigeria après l’exécution
de 9 personnes revendiquant des droits pour les minorités. Les pays
de l’ouest veulent renforcer les sanctions mais beaucoup pensent que le
Nigeria est un pays trop puissant et que l’embargo sur l’exportation de
pétrole serait trop préjudiciable.
Le ministre des Affaires Etrangères
Tom Ikimi a accusé les pays occidentaux de supporter les manifestations
qui ont causé la mort d’un nombre important de personnes : il accuse
en particulier les USA et l’Angleterre de comploter contre le gouvernement
nigérian. Au moins 7 personnes ont trouvé la mort dans les
manifestations qui ont eu lieu à Ibadan le 1er Mai 1998 : ceux-ci
protestaient contre le pouvoir militaire d’Abacha et contre les plans de
ses partisans qui visent à transformer Abacha en un président
« civil ».
Ikimi pense que les manifestations
ont été organisé et financé par les pays de
l’ouest.
L’homme de loi Olisa Agbakoba, leader
de « l’United Action for Democracy, UAD » a été
arrêté par des agents de sécurité à Lagos.
L’UAD était à l’origine des manifestations organisées
en Mai à Ibadan ; ce parti avait aussi appelé à boycotter
les élections pour l’assemblée nationale en Avril. L’UAD
déclare qu’aucune raison n’a été donné concernant
l’arrestation d’Agbakoba, qui revenait de la capitale ghanéenne,
Accra.
Le taux de participation aux élections
parlementaires d’Avril qui ont été boycotté par l’opposition
s’élève à 37% des votants enregistrés. L’opposition
avait boycotté l’élection du 25 Avril pour protester contre
l’adoption par les cinq partis gouvernementaux du général
Abacha comme seul candidat.
Bien que les résultats définitifs
ne soient pas connus, « l’United Congress Party », le premier
parti à avoir annoncé qu’il soutenait Abacha, a remporté
plus de 70% des sièges dans le nouveau sénat ainsi que dans
l’assemblée nationale. Des rapports publiés dans tout le
pays annonce que le taux de participation est l’un des plus faibles jamais
enregistré. Les administrateurs militaires déployés
dans le pays ont déclaré qu’ils avaient été
déçus par le taux de participation.
Les groupes de défense des
droits de l’homme sont très déçus de l’attitude des
grandes puissances en ce qui concerne les sanctions, jugées trop
restreintes, qui sont appliqués contre le Nigeria. L’Angleterre
est montrée du doigt car elle n’a pas usé de sa prépondérance
en tant que présidente de l’Union Européenne et en tant que
membre du groupe d’action ministérielle au sein du Commonwealth.
40 personnes vont être jugées
prochainement par un tribunal à Ibadan : celles-ci avaient participé
à la manifestation qui avaient eu lieu dans cette ville en Mai.
Parmi elles se trouve Ola Oni, le dirigeant local de l’UAD : groupe d’opposition
qui avaient appelé à manifester. On trouve aussi Femi Adeoti,
éditeur du journal Sunday Tribune.
Mort du président Sani
Abacha : son corps a été retrouvé sans vie dans
sa résidence d’Abuja, la capitale; cause de sa mort : crise cardiaque.
Un communiqué fait par le
Chef de la Défense le général Abdusalam Abubakar dit
que l’enterrement aura lieu à Kano selon des rites musulmans. Abacha,
qui n’apparaissait en public que très rarement, était protégé
par des forces de sécurité dans sa villa présidentielle.
Il n’avait toujours pas déclaré s’il se présenterait
comme candidat pour l’élection présidentielle.
Le nouveau dirigeant est aussi un
militaire, il se nomme Abdusalam Abubakar et vient du nord, tout comme
son prédécesseur. Il était le numéro deux du
régime après le décès de l’ancien député,
le général Oladipo Diya. En choisissant Abubakar, les militaires
semblent avoir évité un mouvement de contestation au sein
des diverses tendances qui existent dans l’armée, dont les division
internes sont importantes (Abubakar fait parti des officiers, peu nombreux,
qui n’ont jamais occupé de postes politiques ; il était militaire
un point c’est tout ! !). Il faut attendre pour voir si le nouvel homme
fort du pays pourra longtemps éviter que les divisions internes
au sein de l’armée n’explosent.
Le nouveau dirigeant est considéré
comme un soldat professionnel qui n’était pas associé aux
militaires « politisés » qui manipulaient le pays afin
de garder à tout prix le pouvoir.
Beaucoup fonde des espoirs en Abubakar
pour dénouer l’impasse politique et économique qui s’est
emparée du pays depuis plusieurs années. On espère
aussi une libération rapide des prisonniers politiques. On espère
la formation d’un gouvernement d’unité national qui travaillera
dans le sens d’une démocratisation rapide du pays. Mais il faudra
sans doute qu’Abubakar fasse « le ménage » autour de
lui car tous ceux qui avaient intérêt à garder leur
prérogative sont toujours là. Quelle sera l’attitude d’Abubakar
face à toutes ces questions ?
On a toujours reproché aux
partis politiques nigérians leur manque de crédibilité
: ils ne rassemblent pas la population derrière eux et certains
sont de connivence avec le pouvoir militaire. Il faut structurer la politique
afin d’amener une stabilité tant au niveau économique que
politique. Pour certains, cela ne sert à rien de traiter les symptômes
sans s’occuper des causes : les problèmes du Nigeria n’ont pas débuté
en 1993 ou 1995, mais au tout début des années 1960. Le pays
a été paralysé par les rivalités et les querelles
par rapport aux contrôles des états et de leurs ressources,
mais aussi par rapport aux conflits entre ethnies différentes.
A moins qu’un consensus ne soit
trouvé parmi les principaux éléments de l’élite
dirigeante sur le partage du nouveau pouvoir émergeant, le pays
risque d’être à nouveau déstabilisé rapidement.
Le défit auquel fait face
le Nigeria est de savoir comment construire un système politique
qui faciliterait le développement économique et la diminution
des factions dans la politique.
Le 9 Juin, Abubakar a été
nommé officiellement chef de l’état et général.
Cette nomination a été annoncé par le gouvernement
militaire fédéral après une réunion entre membre
du PRC (Provisional Ruling Council).
Abubakar est le 8ème militaire
à prendre le contrôle du pays.
Le 11 Juin, une incertitude importante
pesait sur le pays : Abubakar se tenait prêt à poursuivre
le plan démocratique très controversé du général
Abacha et ne donnait pas de signe d’apaisement envers l’opposition. Le
naira se renforçait néanmoins de plus de 2%.
Des manifestations de rue devaient
se produire prochainement afin de commémorer le 5ème anniversaire
des élections de 1993. Ces manifestations se veulent aussi être
un rejet total des régimes militaires. Les manifestants demandent
aussi la libération immédiate d’Abiola, afin que celui-ci
participe à un gouvernement d’unité national.
Abubakar a participé à
la Force intérim qui a œuvré au Liban de 1978 à 1979
; il a aussi suivi des écoles militaires aux USA et a été
décoré de plusieurs médailles.
Les diplomates occidentaux attendent
de voir si Abubakar libérera les prisonniers politiques : les groupes
d'opposition accusent le nouveau président de n'être rien
de plus qu'une copie conforme de l'ancien dictateur Abacha.
Le 16 Juin, la surprise fut grande
quand Olusegun Obasanjo et d'autres prisonniers politiques furent libérés.
Les partis d'opposition ont applaudi ce geste mais veulent étandre
ces libérations à tous les autres prisonniers politiques,
y compris Moshood Abiola. Ont été aussi libéré
le journaliste Chris Anyanwu, Beko Ransome-Kuti (frère de Fela)
et Ibrahim Dasuki (ancien sultan du Sokoto). Toute la communauté
internationale s'est félicité de cette mesure et espère
qu'elle sera suivie par un processus crédible de transition vers
un pouvoir démocratique.
Des analystes politiques déclarent
que la décision de libérer Abiola est plus délicate
: en effet, ayant remporté les dernières élections,
celui-ci est un danger petentiel pour Abubakar qui veut utiliser le plan
ébauché par Abacha pour réussir une transition
vers un pouvoir démocratique (il veut peut-être, tout comme
Abacha, se transformer en président "civil" ??).
Abubakar peut aussi perdre de sa
crédibilité au sein de l'armée si Abiola est libéré
: cela pourrait contribuer à créer des tensions parmi les
militaires, au pouvoir depuis 10 ans (on pense bien sûr à
tous les privilèges qu'ils pourraient perdre si Abiola était
nommé président).
Les partis d'opposition restent
septiques et déclarent que seul un gouvernement d'unité nationale
pourrait réjouir la population nigériane. Le seul homme capable
de mener ce gouvernement est Abiola, déclare le parti d'opposition
NADECO.
Plusieurs hommes devaient rendre
visite à Abubakar dont un envoyé spécial de l'Union
Européenne ainsi que Emeka Anyaoku, secrétaire général
du Commonwealth, qui avait suspendu le Nigeria de l'organisation en 1995
après l'exécution de Ken Saro-Wiwa. Certains sont quand même
prudents, comme "The Civil Liberties Organisation", qui déclare
que l'un de ses activistes a été arrêté dernièrement
(Mr Madubuike).
Abubakar demande que l'on donne
à la "paix une chance".
Le 26 Juin, Abubakar libérait
17 prisonniers politiques supplémentaires : il demandait au peuple
nigérian d'oublier les erreurs commises dans le passé et
de choisir la voie de la paix et de l'unité. Parmi les hommes libérés,
on trouve Olisa Abgakoba, qui avait mené une campagne contre Abacha.
Mais Abiola ne faisait pas parti des prisonniers politiques libérés.
Les pays occidentaux renouent des
contacts diplomatiques avec le Nigeria : Tony Blair va envoyer un ministre
afin de discuter avec le nouvel homme fort du pays. On a appris du gouvernement
nigérian qu'Abubakar avait rencontré Abiola en prison afin
de discuter de sa libération prochaine. Celle-ci devait se dérouler
très prochainement.
Il existe actuellement trois séries
de sanctions prises contre le Nigeria : la première, imposée
en 1993, suspend la coopération militaire, impose des visas restrictifs
pour les membres de la junte au pouvoir ainsi que pour les forces de sécurité,
et restreint les visites en haut-lieu. En 1995, les restrictions au niveau
des visas furent renforcés et l'Union Européenne imposa un
embargo sur la vente d'armes ainsi qu'une suspension de l'aide au développement.
Puis on empêcha les membres de la junte ainsi que leurs familles
à se rendre dans un pays de l'Union Européenne. Le
Nigeria est aussi suspendu du Commonwealth. Ces mesures n'ont eu que peu
d'effets sur le régime d'Abacha.
Voir l'analyse de Juin : SPECIAL 1 (en anglais)
Mais les Nigérians et en particulier
les partis pro-démocratiques préfèrent cependant rester
septiques : d'autres chefs militaires avaient promis de chasser la corruption,
l'autoritarisme et le désordre mais finalement ils n'ont jamais
rien fait (il faut se souvenir qu'Abacha avait aussi libérer des
prisonniers politiques en 1993 !). Ces derniers temps, le naira s'est renforcé
de 4% et Abubakar a fait ce qu'il fallait pour corriger l'approvisionnement
en pétrole qui avait été bloqué sous Abacha
: il a confié l'importation à de grosses compagnies. Il a
aussi demandé aux compagnies pétrolifères de maintenir
et même d'intensifier la production de pétrole. On a de l'espoir
cependant car Abubakar n'a jamais fait parti, avant d'être au pouvoir,
de la classe politique corrompue.
Le 30 Juin, Koffi Annan rencontrait
le nouvel homme fort du pays. Celui-ci promettait de libérer Abiola
et de restaurer la démocratie en mettant en place un pouvoir civil.
Une source gouvernemental disait que si Abiola ne réclamait pas
la présidence, il pourrait être libérer très
vite et participer à de nouvelles élections.
On attend aussi du chef de l’état
l’abolition d’un système de double échange qui obscurcit
les comptes officiels et l’abandon de décrets donnant le monopole
à des compagnies d’état qui sont incapables de satisfaire
les besoins des Nigérians.
Les cinq partis qui ne voulaient
qu’un candidat pour les futurs élections (Abacha) sont : le GDM
(Grassroots Democratic Movement), le NCPN (National Centre Party of Nigeria),
le DPN (Democratic Party of Nigeria), le UNCP (United Nigeria Congress
Party) et le CNC (Congress of National Consensus) : qu’adviendra t’il de
ces partis ? ?
Il existe aussi le JACON (Joint
Action Committee of Nigeria) qui regroupe 52 groupes pro-démocratiques
et qui critique pour le moment ouvertement le comportement d’Abubakar.
Le 30 Juin, Abubakar (56 ans) renvoyait
4 conseillers de l’ancien président Abacha, dont le chef de la sécurité
Ismaila Gwarzo. L’opinion internationale pense qu’Abiola n’a pas de mandat
valide pour briguer la présidence directement à sa sortie
de prison. Les partisans d’Abiola pense que celui-ci doit être placé
à la tête d’un gouvernement d’unité nationale afin
de faire oublier le fiasco qui a découlé de l’annulation
des élections de 1993.
Le premier cargo transportant le
pétrole est arrivé à Lagos depuis qu’Abubakar a transmis
l’importation de pétrole à des multinationales qui pompent
plus de deux millions de bruts par jour.
Juillet 1998 :
On apprenait avec surprise le 8 Juillet
la mort de Moshood Abiola, décédé officiellement d’une
crise cardiaque (musulman provenant de la région sud profondément
chrétienne) ; sa mort s’est produite pendant la visite d’une délégation
américaine qui écarte l’idée d’une mort non naturelle.
La mort d’Abiola intervient moins d’un mois après la mort d’Abacha.
La panique s’est installée à Lagos où l’on pouvait
voir des gens crier dans les rues à la suite de la terrible nouvelle.
La famille de Moshood Abiola accuse
le régime militaire d’être à l’origine de sa mort.
Il faut dire que celui-ci a passé 4 ans en prison. Sa mort intervient
à un moment important car Abiola pouvait espérer faire parti
prochainement d’un gouvernement d’unité nationale qui aurait pu
proposer des élections libres.
Des émeutes ont eu lieu dans
certaines régions du Nigeria à la suite de la mort du millionnaire
Abiola. Il faut savoir qu’une des 18 femmes d’Abiola, Kudirat Abiola, avait
été assassiné par des inconnus (supposés être
des agents d’Abacha) alors qu’elle luttait pour la libération de
son mari et pour la restauration de la démocratie au Nigeria. Abiola
avait financé l’implantation d’entreprises au Nigeria à coup
de centaines de milliers de dollars.
On annonçait courant Juillet
qu’une autopsie allait être pratiquée sur la dépouille
d’Abiola afin de connaître les motifs exacts de sa mort.
Le plan de transition démocratique
afin de restaurer un pouvoir civil prévu pour Octobre pourrait être
repoussé de 12 mois (donc pour Janvier 1999). Il sera difficile
de prendre en compte les ambitions politiques d’une société
divisée selon des critères ethniques ; aussi périlleux
sera de satisfaire des politiciens et des militaires qui ont le contrôle
du pouvoir depuis 10 ans. Certaines forces soutiennent une « continuation
» du pouvoir militaire, ce qui ne facilite sûrement pas la
tâche d’Abubakar. Prochainement, le Conseil Dirigeant Provisoire
doit rencontrer Abubakar afin de discuter de l’avenir du pays. Qu’en ressortira
t’il, personne ne le sait ? ?
Abiola doit sa candidature aux élections
de 1993 à ses bonnes relations avec le Général Babangida,
ancien président du Nigeria. Abiola rejoint le parti Social Démocrate
– de nos jours défait – et obtint son ticket pour la course aux
élections. Les adversaires d’Abiola ne le considèrent pas
comme un social démocrate car il a été un membre du
parti de droite dirigeant en 1979-1983 (année de la république
civile). Mais Abiola fut aussi membre pendant ses années d’études
en 1961-1963 du parti du Travail Anglais, part gauchiste.
Abiola, comptable, eut un début
extrêmement difficile (pauvre) puis devint un mécène
philanthropique connu par les communautés et les individus en Afrique
ainsi que par la diaspora. Il possédait son journal et sa propre
compagnie d’aviation (ainsi qu’un club de football). Il a rejoint la Corporation
International des Téléphones et Télégraphes
en 1969 et en devint vice-président pour l’Afrique et le Moyen-Orient
en 1971.
Il devint ensuite un pan-Africaniste
et fut honoré par un bon nombre d’institutions noires. Il devint
aussi l’un des chefs de file qui milita en faveur de la réparation
par l’ouest des dommages que subit l’Afrique pendant la période
de l’esclavagisme et du colonialisme (1992). Sa principale circonscription
électorale fut la région sud-ouest peuplée par des
Yoroubas . Abiola était profondément ancré dans la
culture africaine. Ainsi était celui qu’on appelait « Chief
Abiola ».
La famille d’Abiola avait souvent
souligné que celui-ci était malade et que les conditions
dans lesquelles il était enfermé étaient inhumaines
(il était cependant emprisonné dans une maison relativement
confortable, contrairement aux autres prisonniers politiques : on pense
qu’ils sont 250 à 280). Son empire économique s’était
fortement dégradé pendant son emprisonnement. Annan a déclaré
après sa visite qu’Abiola avait décidé de renoncer
à la présidence lors de la sortie de prison et qu’il avait
décidé de coopérer avec la junte au pouvoir afin de
restaurer un pouvoir civil.
Le 8 Juillet, on apprenait que le
chef de l’état avait limogé 34 membres du Conseil Fédéral
Exécutif composé de civils et de militaires avec effet immédiat
: décision prise à la suite de la mort de 19 personnes lors
d’émeutes qui avaient suivi la mort d’Abiola. Aucun communiqués
ne parlaient de changement au sein du Conseil Dirigeant Provisoire, conseil
suprême prenant les décisions ultimes. Trois personnes sont
mortes dans la ville d’Abeokuta, la ville d’origine d’Abiola ; des maisons
appartenant aux opposants d’Abiola y ont été incendié.
L’autopsie d’Abiola doit être faite par des pathologistes anglais,
américains et canadiens.
A la suite de la mort d’Abiola,
les USA demandent la libération immédiate de tous les prisonniers
politiques ainsi qu’un plan rapide pour la mise en place d’une transition
démocratique.
Des membres des partis d’opposition
se sont rencontrés à Londres pour discuter des stratégies
à adopter dans l’avenir : un membre de la NADECO a déclaré
qu’il fallait maintenant attendre et voir venir. Ces partis voyaient en
Abiola le seul et unique homme à disposer d’une légitimité
démocratique : il était le seul à avoir remporté
des élections déclarées sans « fautes »
par la communauté internationale.
La population nigériane est
actuellement estimée à 108 millions d’habitants selon le
directeur de la Commission Internationale de Recensement Chris Ugokwe qui
a mis en garde contre des conséquences désastreuses si des
mesures ne sont pas prises pour freiner la rapide croissance annuelle.
Certains affirment que près de 50% de la population vit au dessous
du seuil de pauvreté alors que 40% n’ont pas accès à
l’eau potable.
Le 12 Juillet, le principal groupe
d’opposition demandait aux militaires de quitter le pouvoir pour faire
place à un gouvernement qui regrouperait des représentants
de toutes les régions. Le président de la « National
Democratic Coalition » déclarait dans un journal que c’était
la seule solution pour se « débarrasser » du gouvernement
militaire. « Il y aurait 4 membres de chaque zone, ce qui ferait
24 membres… ces hommes se rencontreraient et choisiraient parmi eux le
président ».
Les pathologistes ont déclaré
qu’Abiola était mort naturellement d’une crise cardiaque (ce qui
n’empêche pas qu’il soit mort naturellement suite aux mauvais traitements
subis depuis des années). Le président du parti cité
en dessus (NADECO) préconise un gouvernement d’unité nationale
qui gouvernerait pendant 4 ou 5 ans puis mettrait en place une commission
électorale qui appellerait à la création de nouveaux
partis politiques.
Ce serait un gouvernement de transition
mené par des civils et non des militaires.
Dans le sud, la mort d’Abiola est
perçue par les Yoroubas comme le fait des Hausa-Fulani du nord qui
depuis la fin de la colonisation ont dominé l’armée (en contrebalance
de la mainmise économique du sud). Les partisans d’Abiola appellent
à la constitution d’un état Yorouba indépendant. Dans
le nord, les troubles sont restés minimes.
Dans la ville de Kano (peuplée
majoritairement de Haoussa-Fulani et de militaires de hauts rangs, 1 million
d’habitants), on assiste à des violences entre Haoussa (musulmans)
et Chrétiens du sud (incluent les Yoroubas, qui vivent dans un secteur
de la ville). Cette ville est en déclin.
La population du Nigeria est estimée
au niveau internationale à 115 millions d’habitants avec plus de
250 tribus dont les Haoussa-Fulani (représentent 34% de la population),
les Ibo et les Yorouba sont les plus nombreux.
La vie reprend presque normalement
au Nigeria et on peut à nouveau s’approvisionner en essence aux
pompes après que l’importation de pétrole ait été
décidé par le chef de l’état.
Les deux principaux partis d’opposition
ne sont pas d’accord par rapport à la façon d’instituer le
nouveau gouvernement. Le « National Democratic Coalition (NADECO)
», mené par l’homme de loi Abraham Adesanya, veut un gouvernement
d’unité nationale dont les membres sont nommés par les militaires
et l’opposition en nombre égal. Le JACON (Joint Action Committee
of Nigeria), mené par le vétéran activiste Gani Fawehinmi,
qui regroupe beaucoup de groupes pro-démocratiques, veut que les
membres du gouvernement soient élus dans leurs propres zones ethniques.
Les politiciens du nord musulman veulent que les militaires organisent
de nouvelles élections.
L’ancien dirigeant militaire Babangida
appelle à l’organisation de nouvelles élections dans les
9 mois plutôt qu’à la composition d’un gouvernement d’unité
nationale (on se souvient que c’est cet homme qui avait fait annuler les
élections, pour graves irrégularités, supposées
avoir été remportée par Abiola !). Babangida est un
proche d’Abubakar ; il a déclaré qu’il ne se présenterait
pas comme candidat à la présidence.
Babangida avait joué un rôle
important dans le coup d’état contre le président Shehu Shagari
en 1985.
Pour cet homme, le président
idéal devra connaître l’histoire du Nigeria de façon
approfondie : il devra pouvoir parler pour tous les Nigérians et
restera chef de l’armée.
L’ancien dirigeant Obasanjo (le
seul à avoir rendu le pouvoir à des civils en 1979), libéré
par Abubakar dernièrement, demande qu’on soutienne celui-ci afin
de restaurer rapidement la démocratie.
Abubakar continue à démanteler
l’ancien appareil politique mis en place par Abacha : il a dissous le Comité
de Transition, le Comité de Réconciliation Nationale et le
Comité National de Décentralisation des Pouvoirs. Ces Comités
avaient été mis en place pour préparer le terrain
à la candidature unique d’Abacha. On ne sait pas par quoi ces Comités
seront remplacés mais on espère un retour à une démocratie
avec le multipartisme.
Certains diplomates occidentaux
pensent qu’un gouvernement d’unité nationale mixte et important
en nombre pourrait dégénérer et amener des querelles
ainsi que le chaos à nouveau.
Il ne faut pas oublier qu’il reste
des prisonniers politiques en prison : parmi eux, des journalistes comme
George Mbah, Begauda Kaltho, Ben Charles…
Résumé des événements
survenus depuis 6 semaines :
8 Juin : mort d’Abacha
9 Juin : Abubakar est choisi par
le conseil militaire comme chef de l’état
15 Juin : Abubakar libère
9 prisonniers politiques dont Obasanjo
25 Juin : Le Ministre des Affaires
Etrangères britannique Tony Lloyd rencontre Abubakar ; 17 autres
prisonniers politiques sont libérés.
27 Juin : Abubakar rencontre les
dirigeants du mouvement pro-Abiola (National Democratic Coalition)
2 Juillet : Koffi Annan rencontre
Abiola en prison
7 Juillet : Abiola meurt en détention
pendant la visite d’une délégation américaine menée
par Thomas Pickering ; des émeutes ont lieu à Lagos et dans
le sud
8 Juillet : Abubakar dissout le
cabinet composé majoritairement de civils
9 Juillet : Abubakar commue la sentence
de mort de 6 hommes accusés d’avoir participé à un
coup d’état sous le régime Abacha ; Abubakar est conscient
de la nécessité d’une réconciliation nationale ainsi
que de la restauration de la démocratie.
11 Juillet : Abiola est enterré
à Lagos ; l’autopsie confirme la mort naturelle
Le 20 Juillet, Abubakar gracie 10
prisonniers politiques dont les journalistes bien connus Charles Obi, George
Mbah et Kunle Ajibade.
Les politiciens des 5 partis enregistrés
pendant le programme de transition sous Abacha, demandent à garder
leurs sièges obtenus lors des élections nationales.
La mort d’Abiola laisse les partis
d’opposition dans la division la plus totale : il n’y a pas de successeur
à Abiola mais certains dirigeants politiques importants :
Obasanjo (ancien chef de l’état),
Le Groupe des 34 (coalition de politiciens qui s’étaient opposés
au plan de transition d’Abacha, parmi eux : Dr Alex Ekwueme et Chef Salomon
Lar), Chef Gani Fawehinmi (homme de loi important qui a défendu
quelques dissidents politiques), Sénateur Abraham Adesanya (dirigeant
pro-démocratique et chef du NADECO), Olisa Agbakova (dirigeant de
l’United Action for Democracy et défenseur des droits de l’homme).
Certains avaient accusé Abiola d’avoir fait sa fortune en commerçant
avec les militaires, ce qui enlevait sa crédibilité en tant
que candidat pour la présidence.
Lors de l’émission télévisée
de Lundi soir (le 20 Juillet), Abubakar a dévoilé son plan
; il a mis au rebut le plan discrédité de l’ancien homme
fort du pays, le général Abacha, et a préconisé
un programme qui mènera à un gouvernement civil élu
le 29 Mai 1999. Mais il a rejeté le plan du NADECO qui demandait
un gouvernement d’unité nationale (Abubakar trouve ce plan non démocratique)
afin d’amener une transition vers la démocratie et la mise en place
d’une conférence nationale souveraine qui discuterait de l’avenir
du Nigeria.
Gani Fawehinmi a d’ores et déjà
rejeté le plan d’Abubakar en déclarant qu’il n’amenait rien
de neuf pour son pays. Le groupe « United Action for Democracy »,
qui voulait organiser une conférence nationale pour discuter de
l’avenir du Nigeria, a rejeté le plan d’Abubakar. La majorité
des groupes d’opposition rejette donc le plan du chef de l’état.
De nouveaux partis politiques pourraient voir le jour ces prochains temps.
Cependant, le NADECO a approuvé
la décision d’Abubakar de permettre la formation de nouveaux partis
politiques.
Il faut se souvenir que les divisions
ethniques et régionales ont toujours constitué un fléau
important au Nigeria ce qui leur a donné une excuse afin de monopoliser
le pouvoir pendant des années (pouvoir fort = garant de l’ordre).
Les occidentaux dans leur ensemble font confiance à Abubakar : ils
pensent qu’il tiendra ses promesses (les USA, les Nations Unies et l’Angleterre
ont accueilli positivement les mesures annoncées par Abubakar).
Abubakar a aussi annoncé le 20 Juillet la dissolution des 5 partis
mis en place sous le régime Abacha et qui soutenait celui-ci comme
unique candidat. Puis il a déclaré que les élections
qui avaient été mené sous Abacha pour nommer le corps
législatif était annulé. Le gouvernement n’interférera
pas dans la constitution des nouveaux partis mais ceux-ci ne doivent pas
se constituer à l’étranger.
L’actuel administration formera
un nouveau cabinet représentatif pour tous les secteurs du pays.
Le secrétaire général du Commonwealth a annoncé
que le Nigeria serait réadmis en son sein seulement après
la transition démocratique. Le chef de l’état a annoncé
que l’organe chargé de superviser les élections, le NECON
(National Electoral Commission of Nigeria), serait reconstitué grâce
à un financement suffisant et qu’il disposerait de toute l’indépendance
nécessaire.
Il faut aussi savoir que la veuve
d’Abacha, Maryam Abacha, pense que son mari a été empoisonné.
Tunji Braithwaite, un ancien candidat
à la présidence, a annoncé la formation d’un nouveau
parti, « The Democratic Advance Movement ». Le Groupe 34 a
annoncé qu’il soutenait le plan proposé par Abubakar.
Ce groupe propose que tout coup
d’état soit déclaré constitutionnellement illégal.
Un signe supplémentaire d’ouverture est la vente libre du journal
« Tell », interdit de publication sous Abacha. Les vols entre
l’Angleterre et le Nigeria ont aussi été rétabli.
Le système de distribution
de carburant a été modifié et le gouvernement a augmenté
le montant pour les besoins domestiques de 0.25 à 3 millions de
barils par jour. Le gouvernement a aussi décidé de transférer
les responsabilités pour l’approvisionnement (importation) de carburant
à la PPMC (Pipelines and Products Marketing Company, filiale du
groupe NNPC : Nigerian National Petroleum Corporation). L’insuffisance
domestique n’avait pas affecté l’exportation de brut qui compte
pour plus de 90% dans les gains du pays. Le Nigeria est le 5ème
plus grand producteur au sein de l’OPEP. Le remplacement de la PPMC par
4 multinationales d’importation devrait réduire les coûts
de l’importation (compétition entre les 4).
Seul le secteur du pétrole
montre du dynamisme malgré qu’il soit entravé par une politique
inapropriée qui contribue à la détérioration
des raffineries et cause de sérieuses insuffisances au niveau du
Nigeria. Les restrictions au niveau de l’importation devraient être
réduites et la privatisation des industries d’états devraient
réduire la dépendance vis à vis du pétrole.
Les entreprises d’états qui
ont des monopoles devraient être privatisées (exemple : le
groupe de télécommunications national).
Le 28 Juillet, on apprenait qu’une
douzaine de partis avaient été crées. Le gouvernement
ne formera, de son coté, aucun groupe politique. Un de ces nouveaux
partis se nomme « New Era Alliance », il a été
formé par Bode Olajumoke. Puis a été formé
le « Friends of Like Minds » (président : Yekini Adeoja).
On peut encore citer le PDM (People’s Democratic Movement) et le «
New Rivers Forum ».
Le NADECO et le JACON, ainsi que
Femi Falana (Defense of Human Rights) insistent pour que les militaires
s’en aillent avant le 1er Octobre 1998 : un gouvernement d’unité
nationale serait alors mis en place afin d’organiser une conférence
nationale souveraine. « Le rejet de la conférence souveraine
signifie une consolidation de la structure fédéral actuelle
qui est totalement injuste car elle donne des avantages à certaines
parties du pays (en particulier les Hausa-Fulani du nord, qui ont dominé
la vie politique au Nigeria depuis 1960) alors que les autres n’en bénéficient
pas » (NADECO).
Babangida reconnaissait avoir fait
une erreur en annulant les élections du 12 Juin 1993 remportées
par Moshood Abiola.
Les dirigeants du groupe ethnique
Yorouba (20 millions d’habitants) ont rencontré Abubakar afin de
discuter du plan démocratique. Le dirigeant Egbe Afenifere représentait
les Yoroubas. Il y a eu désaccord par rapport à la demande
d’Afenifere de former un gouvernement d’unité nationale.
L’ancien conseiller à la
sécurité sous Abacha, Ismail Gwarzo, a été
arrêté pour motif de fraude et de corruption. Il aurait détourné
des millions de dollars.
Août 1998 :
Le Conseil Provisoire Dirigeant s’est
réuni pour discuter de la mise en place d’une commission électorale
et du remplacement du cabinet ministériel, limogé par Abubakar
dernièrement. Cette réunion doit aussi discuter de l’avenir
des administrateurs militaires se trouvant dans les 36 états du
Nigeria.
Pas à pas, Abubakar a démantelé
tout l’appareil administratif qu’Abacha avait mis en place (il a limogé
les membres du cabinet ministériel, a démantelé l’ancienne
commission électorale et les cinq partis politiques qui soutenaient
Abacha, n’a pas retenu le plan de transition démocratique ébauché
sous Abacha….).
Les généraux du Conseil
Dirigeant ont nommé une Commission de 14 membres (Commission Indépendante
Nationale Electorale) qui sera chargé de surveiller le retour à
un pouvoir civil pour Mai. Cette Commission doit aussi présenter
des directives pour la formation des partis politiques.
Un juge qui s’est retiré,
Ephraim Akpata, sera à la tête du corps électoral :
l’indépendance de cette commission est indispensable pour mener
à bien le plan d’Abubakar (retour des civils pour Mai 1999).
Le Conseil Dirigeant a également
nommé 15 autres personnes parmi les forces armées et les
fonctionnaires de police qui dirigent les 36 états du Nigeria. Abubakar
a déclaré que le gouvernement central donnerait aux états
plus de pouvoir et de responsabilités. On ne sait pas ce qu’adviendra
le ministre des finances, Anthony Ani, qui devait prendre des mesures afin
de libéraliser le commerce local.
L’ancien sécessionniste,
Emeka Ojukwu (sécession du Biafra), a annoncé qu’il formait
un nouveau parti politique le PDC (People’s Democratic Congress) à
Enugu (sud du pays, ancienne capitale du Biafra).
Ce parti est censé protégé
les intérêts des Igbo.
Le 8 Août, on apprenait qu’un
remaniement dans les administrations des 36 états du Nigeria allaient
être entrepris très prochainement. 15 nouveaux administrateurs
d’états ont été nommé, 18 ont été
réaffecté et seulement 3 ont gardé leur poste actuel.
Selon Amnesty International, des
membres de la minorité Ogoni continuent d’être maintenus en
prison. D’autre part, d’importantes forces de sécurité empêchent
ce peuple de protester contre la politique gouvernemental dans cette région.
Certaines lois discriminatoires ont été voté sous
le régime d’Abacha comme par exemple : on peut détenir un
homme en prison indéfiniment, renouvelable toutes les 6 semaines,
si ce personnage représente un danger pour l’état ! Les courts
de justice n’ont pas le droit de revoir des décrets prononcés
par le gouvernement ! Bref, le gouvernement est tout-puissant et rien ne
peut le contrer..
Pour plus de détails sur
la législation : SIERRA
CLUB
Le MOSOP (Movement for the Survival
of The Ogono People) demande la libération immédiate de 20
détenus Ogoni en prison depuis 1994 (Ken Saro-Wiwa faisait parti
du peulple Ogoni). Pour plus d’infos sur le mouvement MOSOP et ses revendications
: ONEWORLD ORGANISATION
La police a déclaré
que ces hommes ne seraient pas libérés tant qu’un ordre des
commandants militaires ne serait pas délivrés. Certains occidentaux
se sont personnellement engagés pour la libération de ces
20 Ogoni (exemple : Tony Lloyd a demandé à Abubakar d’agir
rapidement).
Les ministres du Commonwealth doivent
se réunir en Octobre pour décider des mesures à prendre
concernant le Nigeria. On se souvient que ce pays est exclut du Commonwealth.
Une délégation nigériane pourrait être invitée
à Londres prochainement.
Des représentants des minorités
nigérianes se sont rencontrés à Détroit : on
pouvait y voir des représentants des Edo, Ijaw, Isoko, Kalabari,
Ogoni et Urhobo. Cette conférence a révélé
les conditions déplorables dans lesquelles se trouvaient les minorités
au Nigeria malgré qu’elles aient été la principale
source « d’approvisionnement » du pays depuis l’époque
coloniale. Malgré les différences existantes entre ces minorités,
une chose les relient les unes aux autres : l’exploitation auquel se livre
les groupes majoritaires.
Le Dr Paul Egbo parle de citoyens
de seconde classe pour les minorités présentes au Nigeria.
Les différents groupes ethniques ont tous critiqué la structure
politique actuelle, qui est selon eux, plus unitaire que fédérale.
Cela permet l’exploitation de ces mêmes minorités. La conférence
a aussi fustigé le régime à cause de l’occupation
par les troupes fédérales du pays Ogoni. Les représentants
ont établi « The Southern Minorities Front of Nigeria »
(SOMIFON). Il faut que les minorités constituent des associations
de défense pour faire valoir leurs droits. Les représentants
demandent aussi la constitution d’un gouvernement d’unité nationale
puis une conférence nationale souveraine. Ils veulent aussi former
une fédération des états du sud.
L’argent volé pendant la
période Abacha (et mis sur des comptes à l’ouest) doit être
restitué : telle est la demande des groupes pro-démocratiques
nigérians. Cet argent pourra servir à aider les minorités
et à rembourser la dette extérieure du Nigeria. On apprend
d’un journal nigérian qu’en cinq année de règne (1993-1998),
Abacha aurait amassé plus de biens que Mobutu en 32 ans (4 milliards
de dollars).
Abacha aurait mis dans des banques
européennes plus de 3.6 milliards de dollars. Le journal cite d’autres
hommes politiques (Awarzo, Babangida…) qui, pendant le règne des
différents dirigeants militaires, auraient détourné
des sommes colossales du Trésor nigérian (argent détourné
des gains de la vente de pétrole….).
Certains membres du Conseil Provisoire
Dirigeant ont découragé des hommes à créer
des armées régionales (par exemple des dirigeants Yorouba
ou des Igbo de l’est), car cela pourrait déstabiliser l’armée
nationale.
Voir aussi le rapport d’Amnesty International : AMNESTY INTERNATIONAL
La rencontre des partis politiques
avec La Commission Electorale a eu lieu le 19 Août. Les partis politiques
ont déclaré que le besoin de s’inscrire auprès de
cette Commission permettrait au système politique une certaine manipulation
: en effet, les membres de la Commission ne sont pas élus démocratiquement
ce qui peut amener certains officiels à faire preuve de favoritisme.
Sous le régime d’Abacha, les militaires utilisaient l’inscription
pour empêcher les critiques des partis politiques en formation. Au
moins 50 partis étaient présents lors de cette rencontre
dans la capitale Abuja.
Le correspondant de la BBC à
Lagos déclarait que le gouvernement craignait que sans l’inscription
les partis politiques nigérians soient constitués sur une
base ethnique et que sans cette inscription, on accuse le gouvernement
d’empêcher la transition démocratique de s’opérer convenablement.
Le 21 Août, Abubakar a nommé
un gouvernement de 31 membres pour l’aider à mener la transition
de 10 mois jusqu’au 29 Mai 1999. Sur la liste du gouvernement publiée
à Abuja, Abubakar n’a retenu que 8 des 33 ministres hérités
de son prédécesseur. Le nouveau gouvernement comprend aussi
bien des civils que des militaires en fonction ou à la retraite.
Il y a aussi 4 femmes ministres dans le gouvernement.
Abubakar a prévenu le cabinet
ministériel que les responsabilités étaient énormes.
Abubakar a déclaré que les militaires surveilleraient de
près le gouvernement pour empêcher la corruption ou la participation
de celui-ci dans des partis politiques. Sur les 31 ministres nommés,
la nomination la plus importante est celle du ministre des Affaires Etrangères,
Olisiemeka, l’ancien ambassadeur à Washington.
Le président de la Commission
électorale, Ephraim Akpata, a annoncé que les élections
à l’assemblée nationale aurait lieu le 20 Février.
L’élection des gouverneurs et parlementaires pour les 36 états
du pays aura lieu le 9 Janvier.
Les directives pour l’enregistrement
des partis politiques prévoient des élections locales pour
les conseils le 5 Décembre : seules les partis obtenant un score
de 10% des votes dans au moins 24 des 36 états seront enregistrés.
La date pour l’élection présidentielle
a été donné par les autorités nigérianes
: il s’agit du 27 Février 1999, deux mois avant la date fixée
par les militaires pour rendre le pouvoir à des civils.
Abubakar ne se présentera
pas pour les présidentielles.
Le 27 Août, la Commission
électorale a ouvert ses bureaux. Le NDM (National Democratic Movement)
et le CA (Congress Alliance) ont été les premiers partis
politiques à collecter des formulaires d’enregistrement provisoires.
Les partis politiques ont jusqu’au 9 Septembre pour collecter et soumettre
les formules pour l’enregistrement préliminaire.
La première visite d’Abubakar
en Afrique du sud a eu lieu le 26 Août ; il a déclaré
lors de ce déplacement : « L’expérience sud-africaine
est un miracle. Cela nous donne de l’espoir et nous fait penser que malgré
nos différences nous pourrons un jour vivre ensemble ».
Fin Août 1998, les autorités
nigériannes annonçaient la date des prochaines élections
: le 27 Février 1999, deux mois avant que les militaires ne remettent
le pouvoir aux civils.
Les élections parlementaires
auront lieu une semaine avant avec une série d'élections
locales prévues pour Décembre 1998. Abubakar ne sera pas
candidat pour les présidentielles. Abubakar a déclaré
que tout le pays devait se mobiliser pour que plus jamais les militaires
ne reviennent au pouvoir. Il se retirera du pouvoir le 29 Mai 1999.
Début septembre, un tribunal
libérait 20 activistes Ogoni détenus depuis 1994. Ils étaient
accusés du meurtre de 4 dirigeants pro-gouvernementaux. Le Mosop
(Movement for the survival of Ogoni People) se félicitait de cette
libération. Les conditions d'emprisonnement de ces hommes ont été
inhumaines, selon Nyieda Nasikpo. Cette libération intervient dans
un climat propice suite à la prise de pouvoir d'Abubakar. L'ancien
leader du Mosop, Saro-Wiwa, a été exécuté en
1995. Le Mosop se bat contre la pollution des terres en pays Ogoni suite
à l'implantation des géants pétroliers (Shell, Royal
Dutch).
Seuls 5% des 25 partis politiques
inscrits pour les élections futures disposent des " dispositions
" nécessaires à la participation. Les adresses de ces
partis ne sont en effet pas correctes !! Seules les parties qui obtiendront
au moins 5% des votes dans 2/3 des 26 états du Nigeria pourront
s'enregistrer entièrement pour ces élections. Les deux partis
suivants pourront surement participer aux prochaines élections :
" People's Democratic Party " et " All People's Party ".
Le Commonwelath pense réintégrer
le Nigeria en son sein après les élections.
Abubakar veut abandonner le système
du " taux de change double " d'ci à fin 1998 : ce système
bloque les négociations avec le FMI qui auraient pour effet de soulager
la dette du Nigeria. L'abandon de ce système pourrait soulager la
dette du Nigeria de plus de 30 milliards de dollars; ceci est important
quand on sait que les prix mondiaux du pétrole sont à la
baisse (pétrole représente 90% des revenus étrangers).
Un système de taux de change unique serait alors mis en place.
Ce système de taux de change
double permet à certaines branches du gouvernement de bénéficier
de taux de change très intéressant (préférentiel).
Un dollar valait 86 nairas à
la banque centrale alors que certaines branches du gouvernement l’échangeaient
à 22 nairas !!
Le parti d’opposition JACON (Joint
Action Committee of Nigeria) veut que le gouvernement actuel s’en aille
d’ci à Octobre 1998.
Le processus électoral doit
commencer avec la tenue d’élections locales en Décembre (élection
présidentielle et législative en Février 1999).
Des conflits ethniques ont eu lieu
en Octobre dans le sud ouest du pays, apparemment à cause des droits
sur le pétrole.
60 millions de cartes de vote ont
été distribué à travers le Nigeria (sur 104
millions d’habitants). Des bureaux de vote ont été spécialement
mis en place pour les élections. L’INEC (Independent National Electoral
Commisssion) doit vérifier que ces élections se passent sans
irrégularités.
Olusegun Obasanjo, le militaire
qui avait rendu le pouvoir aux civils dans le passé (1979), a annoncé
qu’il serait candidat pour les élections présidentielles.
Il fait parti du PDP : People’s Democratic Party. Il aimerait faire du
Nigeria, pays ethniquement divisé, un pays uni.
Le gouvernement d’Abubakar a déclaré
avoir récupéré 750 millions de dollars plaçés
sur un compte spécial par l’ancien dictateur Abacha : celui-ci disposait
de 37 propriétés et 5 véhicules.
On apprend aussi qu’au moins 295
hommes sont tojours emprisonnés pour des raisons politiques. Cette
nouvelle provient d’un groupe de défense des droits de l’homme dont
le président est un ancient avocat Soli Soragjee.
On devait aussi débattre
d’une nouvelle constitution (ou d’une constitution révisée)
qui « aménerait » la démocratie et forcerait
les militaires à demeurer dans leurs casernes : à cette occasion,
une commission d’experts va se rencontrer à Londres le 16 et le
17 Novembre.
Le chef des armées, Maj-Général
Ishaya Bamaiyi, accepte que les rôles soient redéfinis à
l’intérieur d’une nouvelle constitution. Le débat est mené
par Niki Tobi de la cour d’appel fédéral : il doit remettre
un projet au gouvernement d’ci au 31 Décembre 1998. Une des
craintes est la continuité de la domination politique d’un groupe
ethnique sur les autres (surtout dans les domaines économiques et
politiques). Il faut donc chercher à mieux répartir les pouvoirs.
Pendant cette réunion, on va insister sur la nécessité
de la décentralisation du pouvoir vers des unités fédératives;
sur la nécessité de l’établissement de commissions
indépendantes chargés de valider l’application de la transparence;
sur la nécessité de la création d’institutions représentative
des citoyens....Il faudrait aussi décentraliser les unités
de la police, favoriser l’intégration des femmes dans la société.....
- pour plus d’infos, idiriger vos
navigateurs vers : http://www.africapolicy.org
Abubakar, dans une allocution aux
responsables militaires, a déclaré que les coups d’état
militaires n’étaient plus acceptables au Nigeria.
Le Nigeria, membre de l’OPEC (Organisation
of Petroleum Exporting Countries), produit 2 millions de barils de pétrole
brut par jour. Il faut cependant savoir que des pénuries d’essence
sont fréquentes au Nigeria : l’augmentation du prix de l’essence,
décidée par le gouvernement, mécontente une grande
partie de la population.
Quand l’augmentation du prix de
l’essence avait été décidé en 1993, on pensait
que les recettes qui découleraient de ces augmentations serviraient
à améliorer les infrastructures du pays, ce qui n’a de loin
pas été réalisé. Au contraire, les conditions
sociales se sont détériorées. De plus, l’augmentation
des prix n’a pas assurée un approvisionnment satisfaisant au prix
fixé. Abubakar reconnait que la situation est embarassante, surtout
en ce qui concerne l’approvisionnement en essence pour le pays.
Le 5 Décembre, les votations
locales débutaient au Nigeria. On attend une amélioration
de la situation au Nigeria : trois points sont particulièrement
soulevés : la corruption, la détérioration des conditions
sociales et le manque d’essence.
Le 6 Décembre, les premiers
résultats étaient en faveur du parti PDP (People’s Democraty
Party) qui regroupe des vétérans de la politique, tous opposés
à l’ancien dirigeant militaire, Sani Abacha. Avec la moitié
des 774 gouvernements locaux qui ont donné leurs résultats,
le PDP a emporté une large majorité dans toutes les régions
du pays, excepté le sud-ouest.
Ensuite viennent l’APP (All-People’s
Party) et l’AD (Alliance for Democraty). L’APP a emporté ¼
des gouvernements locaux (l’APP supportait Sani Abacha) et l’AD le sud-ouest
du pays, y compris Lagos (le sud-ouest est composé de Yorubas, qui
ont voté en masse pour l’AD) : à noter qu’Obasanjo, membre
du PDP, est un Yoruba.
On pense que seuls ces trois partis
pourront participer aux élections présidentielles de l’année
prochaine. Obasanjo est populaire dans le nord du pays et beaucoup moins
dans le sud où l’on pense qu’il a trahi les intérêts
de cette région dans le passé.
Peu de violences pendant ces élections
excepté dans le Delta du Niger (sud) où 6 personnes sont
mortes.
Finalement, le PDP aurait
emporté 390 des 774 gouvernements locaux et l’APD 145 sièges
suivis de l’AD avec 80 sièges. Les observateurs pensent que les
supporters du PDP espèrent qu’un consensus soit trouvé entre
l’armée et la société civile. Le PDP a donc amassé
60% des voix lors de ces élections. Malheureusement, les dirigeants
de ce parti sont restés très discrets sur la politique qu’il
suivrait s’ils gaganient les élections de l’année prochaine.
Les votants ont donc voté plus pour des personnes que pour des programmes
électoraux. On compte parmi les membres du PDP Obasanjo, Jerry Gana,
Alex Ekwueme...
Le 14 Décembre, la NEC confirmait
que seuls trois partis participeraient aux élections présidentielles.
Des signes de mécontentement
évidents se sont fait sentir dans la population à la suite
de l’augmentation des prix de l’essence par le gouvernement. Des menaces
de grêve ont été formulé. Abubakar prévenait
la population le 31 Décembre que la situation économique
serait aggravée pour l’année 1999 : surtout à cause
du manque à gagner par rapport aux revenus pétroliers.
- pour avoir des infos sur les revendications
du groupe Ijaw au Nigeria :
http://www.moles.org
En particulier, les Ijaws refusent
le plan de transition d’Abubakar : ils veulent une restructuration préalable
de la fédération du Nigeria. Ils veulent une conférence
nationale souveraine avec une représentation égale des ethnies
du pays afin de discuter la nature de la fédération démocratique;
ils condamnent l’alliance entre le gouvernement et les immenses compagnies
pétrolières.
Selon les dirigeants communautaires
de la région du delta du Niger (Ogoni,Ijaws...), les violences qui
ont lieu dans cette région sont dues à un manque de développement
social et économique et une allocation injuste des revenus du pétrole
(grandes compagnies basées pour la plupart dans le sud sur les terres
Ijaw, ces communautés ne recevant presque rien des revenus pétroliers).
Ils condamnent aussi les dégats qui ont été fait à
la nature suite à l’implantation des compagnies pétrolières.
Le 25 Décembre, on apprenait
qu’une unité spéciale de sécurité allait être
crée afin de protéger les installations pétrolières,
trop souvent détruites ou abimées par des vandales.
Les communautés du delta
condamnent fortement la création de cette unité : elles pensent
que le gouvernement veut simplement renforcé sa position dans cette
région.
Le président du Mosop déclarait
en Décembre :« la crise dans la région du delta représente
une réelle menace au processus de transition démocratique
».
Début Janvier, on apprenait
que des accrochages sérieux avaient opposé la police à
des jeunes dans une ville du sud : les troupes voulaient protéger
les installations pétrolières; les accrochages des jours
précédents auraient fait 20 morts. Des jeunes Ijaws auraient
trouvé la mort lors d’affrontements violents avec les militaires.
L’état d’urgence aurait été décrété
dans la ville de Yenagoa. On note que plusieurs villes dans le sud n’ont
pas d’électricité, d’eau potable et de systèmes de
soins.
Le 14 Janvier 1999, on apprenait
la chute de la monnaie locale, le naira : cela suite à la suppression
par le gouvernement du fameux taux de change double, favorisant la corruption,
surtout au sein du gouvernement. Le naira a chuté de 97 pour un
dollar à 92.
Pour l’année 1999, le gouvernement
base son budget sur 9 dollars pour un baril contre 17 dollars l’année
passée.
Le second tour des élections
a vu le PDP s’emparer de 20 des 36 états contre 9 pour l’APD et
6 pour l’AD.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier