Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Nigeria 1998
CE QUI S’EST PASSE EN 1998

Février 1998 :

L’armée nigériane a annoncé qu’un tribunal militaire serait mis en place afin de juger les commanditaires de la tentative de coup d’état contre Sani Abacha qui a eu lieu le 21 Décembre 1997. Le porte-parole de l’armée, le colonel Ugbo, a déclaré que les suspects, dont l’ancien député, le lieutenant-général Diya, pourraient choisir leur propre avocat pour les représenter devant la cour martiale.
L’armée a déclaré que plus de 50 officiers et civils ont été arrêté.
Les pays de l’ouest, dont les relations avec le Nigeria sont tendues, notamment à cause des fréquents abus des droits de l’homme, ont dit qu’ils voulaient un jugement équitable et transparent. Des sanctions limitées ont été imposé en 1995 à ce pays producteur de pétrole après que neuf activistes luttant pour les droits aient été exécuté (Ken Saro-Wiwa, le célèbre écrivain, en faisait partie).
Plus tôt en 1995, la pression des pays de l’ouest sur Abacha l’a forcé a commué les peines de mort en détention à perpétuité, notamment en ce qui concerne l’ancien dirigeant Olusegun Obasanjo, accusé d’avoir participé à un coup d’état.
Ce même mois, la capitale de Sierra Leone, Freetown, a été libéré grâce à l’action de l’ECOMOG (force d’interposition ouest africaine dirigé par le Nigeria). Le ministre nigérian a félicité l’ECOMOG, mis en place par la Communauté économique des Etats de l’ouest africain l’ECOWAS (16 nations), pour son professionnalisme et déterminisme. L’ECOMOG a donc délogé la junte militaire au pouvoir en Sierra Leone depuis le 25 Mai 1997 (la junte avait expulsé le président élu Ahmad Tejan Kabbah).
Le comité des cinq de l’ECOWAS ainsi que le chef de la junte Johnny Paul Koromah ont décidé que Kabbah reprendrait la direction du pays en Avril 1998. Mais la junte est revenue sur cette date en disant qu’elle n’était pas plausible.
Le Parlement européen demande aux gouvernements de l’Union Européenne d’imposer des sanctions plus strictes sur le Nigeria. L’interdiction de vente d’armes au Nigeria ne semble pas être respectée. L’assemblée a déclaré que le gouvernement nigérian essaie de semer la discorde entre les membres des états de l’Union Européenne en offrant à certains états membres des concessions et une facilitation au niveau du commerce.
Le Parlement voudrait que les gouvernements de l’Union Européenne instaurent un embargo total sur la ventes des armes, une interdiction sur le « parrainage » (« sponsorship) de missions commerciales ainsi qu’un gel des avantages tenus par le Nigeria au sein de l’Union Européenne : tout cela si le Nigeria n’atteint pas la transition démocratique prévue en Octobre 1998.
Un groupe s’occupant des droits au Nigeria a déclaré que l’année 1997 avait été la pire concernant le travail des journalistes, avec 40 d’entre eux arrêté ou détenus par les forces de sécurité. Les journalistes les plus affectés sont ceux qui critiquent le gouvernement militaire d’Abacha (à travers l’opposition).  On donne l’exemple de « l’Independent Communications Network », un éditeur de l’opposition dont les publications ont été saisis et les journalistes emprisonnés.
Les conditions critiques dans lesquelles les détenus politiques sont emprisonnés déterminent les relations avec les pays occidentaux : dans cette situation, on a de la peine à croire que le Nigeria se tournera vers un régime démocratique prochainement.
Les groupes d’opposition au Nigeria ont déclaré qu’ils manifesteraient contre le régime d’Abacha malgré l’interdiction de la police. « L’Action Unie pour la Démocratie (UAD : United Action for Democracy) annonce que les 5 millions de personnes mécontentes du régime militaire défileront malgré l’interdiction faite par la police » : déclaration faite par une coalition de 26 groupes de l’opposition.
L’UAD condamne le gouvernement car celui-ci promet une transition démocratique afin de s’attirer les compliments de la communauté internationale mais réprime les groupes d’opposition et les journalistes en arrière plan.
Les dernières élections présidentielles, tenues en 1993, avaient vu la victoire du millionnaire Moshood Abiola : celui-ci fait actuellement parti des prisonniers politiques après l’annulation des résultats par les militaires.

Mars 1998 :

La police nigériane a ouvert le feu sur des dizaines de manifestants à Lagos tandis que des centaines de milliers s’étaient massés à Abuja pour supporter le général Abacha. La police a arrêté environ 20 manifestants dont Olisa Agbakoba dont le mouvement l’UAD (United Action for Democracy) avait appelé à la marche.
Ceux qui ont manifesté en faveur d’Abacha, dont Gbazuagu du « United Nigeria Congress Party », ont déclaré qu’Abacha était synonyme de progrès pour le Nigeria. « L’United Nigeria Congress Party » est le plus grand parti politque au Nigeria et l’un des quatre a supporté Abacha lors des prochaines élections.
La question de savoir si Abacha se présentera pour les élections présidentielles du mois d’Août domine la politique au Nigeria. Abacha ne s’est pas encore annoncé candidat pour ces élections…
Les groupes d’opposition et ceux qui mènent des campagnes pour la démocratie ont pendant longtemps rejeté les promesses faites par Abacha pour restaurer la démocratie : en effet, ces groupes pensent qu’Abacha utilise une ruse afin de garder le pouvoir de la même façon que certains dirigeants ouest africains ont troqué le costume militaire pour un costume de civil.
Après les grèves et les protestations qui ont paralysé le Nigeria en 1994, l’opposition au régime militaire a diminué avec l’arrestation ou l’exode de nombreux dirigeants importants.
Les ministres du Commonwealth (composés de 8 pays, le Groupe d’Action Ministériel des 8 nations du Commonwealth = CMAG en anglais : Angleterre, Canada, Nouvelle Zélande, Botswana, Barbade, Malaisie, Zimbabwe et Ghana) ont réitéré leur demande de voir aboutir au Nigeria un processus sérieux de démocratisation. Des nations comme le Canada et l’Angleterre ont déclaré qu’il n’y avait que peu de preuves allant dans le sens d’une restauration de la démocratie. Le Commonwealth a prévenu que des sanctions pourraient être décidées contre le Nigeria (elles n’ont pas encore touché les exportations cruciales de pétrole).
Les dirigeants du Commonwealth, emmenés par l’Angleterre et la plupart de ses anciennes colonies, ont menacé l’année passée le Nigeria d’expulsion si celui-ci ne restaurait pas la démocratie au mois d’Octobre.
Le Canada a voulu imposer des sanctions plus dures mais des pays comme le Ghana préfère donner une chance à Abacha plutôt que de le menacer. Le communiqué final du CMAG met l’accent sur les abus des droits de l’homme au Nigeria ainsi que sur l’emprisonnement des prisonniers politiques.
Des frictions existent toujours entre le Nigeria et le Cameroun concernant la possession de la péninsule de Bakassi (riche en pétrole) qui se trouve dans le golfe de Guinée. Cette zone est actuellement habité par de pauvres pêcheurs mais on pense qu’elle possède en son sol du pétrole. Cela a amené des accrochages entre les forces de sécurité des deux pays depuis 1993. En 1996, un cessez-le-feu était décidé entre les deux pays. En Mars, le Nigeria a accusé le Cameroun d’avoir attaqué des troupes ainsi que des civils à l’aide d’hélicoptères, blessant une quarantaine de personnes. Le Nigeria a en outre prévenu que tout avion survolant cette zone serait à partir de maintenant « arraisonné ».

Avril 1998 :

Les groupes pro-démocratiques entendent continuer les protestations contre le régime d’Abacha malgré l’intervention musclée de la police à Lagos le 30 Mars. Ces partis politiques ne veulent pas qu’Abacha se présente pour la présidence à cause de « l’arrogance, de l’autocratie, et de la tyrannie » dont il fait preuve depuis qu’il est au pouvoir. Parmi les prisonniers politiques se trouvent Moshood Abiola (ainsi que le général Obasanjo), ce millionnaire du sud du pays, qui a gagné les dernières élections présidentielles de 1993.
Le Nigeria souhaite que l’ECOMOG devienne une force permanente de maintien de l’ordre pour l’Afrique de l’Ouest. Cette force a été mise en place par les 16 nations qui font parties de l’ECOWAS (Economic Community of West African States). Le rapport final de l’ECOWAS met en avant les différences qui existent entre les pays francophones qui ont gardé des liens importants avec la France et les pays anglophones emmenés par le Nigeria.
L’ECOMOG avait été mis en place en 1990 par les pays ouest-africains afin d’intervenir dans la guerre civile au Liberia (la présidence de l’ECOMOG était détenue par le Nigeria, qui par ailleurs était à l’origine de la création de cette force). Cette force avait réussi à désarmer les partis en conflits (Juillet 1997). L’ECOMOG est aussi intervenue en Sierra Leone. Le ministre nigérian Ikimi pense que des pays extérieurs (France, USA et Angleterre) veulent « détruire » cette force d’intervention ouest-africaine. L’exemple le plus frappant s’est déroulé à la frontière entre le Sénégal, la Mauritanie et le Mali : 8 états membres de l’ECOWAS (la plupart de langue française) ont envoyé des troupes qui ont rejoint les forces françaises, américaines et anglaises.
Les membres de l’ECOWAS sont enfin tombés d’accord sur la nécessité de maintenir une forces régionale d’interposition africaine sous le nom de ECOMOG (le statut ainsi que les modes d’action restaient à définir).
En Avril, la police nigériane a tiré en l’air afin de disperser des manifestants à Ibadan (cette ville, composée majoritairement de Yorouba, est un centre d’opposition fort au régime d’Abacha). Certains manifestants ont été emmené par la force.
La tension a augmenté ces dernières semaines à cause du manque en approvisionnement d’essence dans ce pays qui est le plus grand producteur en pétrole d’Afrique ! !
Toujours en Avril, les partis politiques dominants ont adopté le général Abacha comme leur candidat pour les prochaines élections présidentielles. L’accord unanime des délégués du « United Nigeria Congress Party », qui a récolté plus de 65% des sièges aux dernières élections nationales en Décembre, de soutenir Abacha est sans ambiguïté. Seul un des cinq partis a déclaré qu’il ne pouvait accepter Abacha comme seul candidat (GDM : Grassroots Democratic Movement). Certains partis ont déjà annoncé leur retrait si par malheur Abacha remportait ces élections (ex : National Democratic Coalition).
Le peuple nigérian n’est plus très intéressé par la politique depuis l’annulation des élections en 1993 : celle-ci avait plongé le pays dans une crise politique et intensifié la crise économique (pénurie d’essence, communications déplorables…). Le soutien pour Abiola reste important dans le sud alors qu’Abacha est du nord.
Sur trois hommes qui se sont mis en avant pour le « Grassroots Democratic Movement , GDM » et qui ont refusé de porter un candidat unique (cf Abacha), l’ancien chef de la police secrète Mohammed Yussufu semble être le candidat le plus sérieux. Deux des meetings organisés par Yussufu ont été stoppé dernièrement par la police.
Le principal parti politique, le UNCP, a annoncé qu’Abacha serait leur unique candidat.
Les groupes de défense des droits de l’homme critiquent sévèrement le Nigeria : un nombre très important de détenus sont emprisonnés sans raison apparente et en attente de leur jugement (les conditions d’emprisonnement sont déplorables) Ce groupe s’inquiète du jugement de 20 partisans suspectés d’appartenir au Mouvement des Survivants du peuple Ogoni : détenus depuis 1995, ils devraient être jugés de la même façon que l’écrivain Ken Saro-Wiwa. Les tribunaux manquent d’indépendance. Le système légal nigérian ne garantit pas une protection efficace de l’être humain. On cite le cas de Shehu Yar’Adua, prisonnier politique, décédé en prison.
Finalement, le GDM a décidé de supporter Abacha pour les élections présidentielles (son concurrent était Mohammed Yusufu) lors d’un vote : 1368 voix pour Abacha contre 408 pour Yusufu ! ! Les partisans de celui-ci sont furieux car Abacha ne fait pas parti du GDM ! ! L’homme de loi Tunji Braithwaite s’est retiré de la course après que la constitution du parti ait été modifié afin d’arranger Abacha. C’est dire que s’il y a élections, on sait déjà qui les gagnera ! ! On ne sait pas encore quel mode de scrutin sera utilisé : le plus juste serait le référendum dans lequel le peuple peut voter pour ou contre Abacha ! !
Le principal parti d’opposition, l’UAD (United Action for Democracy), appelle la population à boycotter toutes élections, et particulièrement celles du 25 Avril : les votes de l’assemblée nationale.
La lutte « anti-Abacha » a pris un autre tournant quand les partis pro-démocratiques ont demandé aux citoyens de désobéir en refusant d’aller travailler….(désobéissance civile). Mohammed Yusufu fait maintenant parti des opposants les plus féroces.
Les activistes pro-démocratiques dans le pays et à l’étranger ont condamné les partis politiques nigérians pour leur soutien inconditionnel à Abacha.
Le parti d’opposition NDC (National Democratic Coalition), qui soutient le millionnaire Abiola pour la présidence, a demandé aux Nigerians de se préparer à la grève et aux manifestations pour empêcher Abacha d’être élu. Un autre groupe d’opposition, « L’United Action for Democracy », a demandé au peuple de boycotter les élections de l’assemblée nationale.
L’opposition la plus forte se trouve dans le sud mais des signes de mécontentement apparaissent dans le nord. Les pouvoirs exacts de la nouvelle assemblée nationale ne sont pas encore connus : le gouvernement n’a pas rendu public la nouvelle constitution.
Cinq personnes ont trouvé la mort par une explosion dans le sud du Nigeria, un jour avant les élections qui vont être boycotter par l’opposition. 16 personnes ont été sérieusement blessé par une explosion qui s’est produite à Ile-Ife dans le sud (pays Yorouba, fief de l’opposition). Yusufu (vient du nord comme Abacha) pense que la population ne doit pas participer aux élections et « doit » laisser les militaires s’élire tout seul.
Les élections de Samedi semblent représenter la dernière chance qu’ont les Nigérians de voter pour une représentation nationale (en effet, les élections présidentielles ne peuvent qu’être remportées par Abacha).

Rappelons que seuls cinq partis gouvernementaux peuvent participer à ces élections et que ceux-ci soutiennent tous Abacha pour l’élections présidentielle (alors qu’Abacha n’est membre d’aucun de ces partis ! !). Certains candidats ne peuvent participer aux élections car ils sont membres de partis depuis moins d’un an. En fait le référendum pour l’élection présidentielle se résume ainsi : OUI, Abacha devient un président « civil », NON, Abacha reste militaire ! !
Le NDM (National Democratic Movement) a demandé au NADECO (National Democratic Coalition of Nigeria), ainsi qu’à l’UAD (United Action for Democracy), le NCP (National Conscience Party), l’EMU (Eastern Mandate Union) , le Afenifere Yorouba Group, le 18 Northern Elders ainsi qu’à tous les autres groupes pro-démocratiques de former un front commun contre le gouvernement.
Le NDM dénonce l’emprisonnement d’Obasanjo, du Dr Beko Ransome-Kuti, du journaliste Anyanwu…Il dénonce aussi le meurtre de Saro-Wiwa ainsi que des activistes Ogoni en 1995 et de Yar’Adua en Décembre 1997.
Le 5 Avril, Bola Ige, homme politique du sud qui fait parti de l’opposition, a été arrêté par la police nigériane. Ige est l’ancien gouverneur de l’état d’Oyo, dont la capitale est Ibadan. Il a été bailleur de fonds pour le « National Democratic Coalition » qui soutient le millionnaire Moshood Abiola pour l’élection présidentielle.

Juin 1998 : voir aussi l'analyse de AFRICA UPDATE (en anglais)

La majorité des pays occidentaux ne croient plus en la transition démocratique promise par Abacha. Le Commonwealth  avait suspendu le Nigeria après l’exécution de 9 personnes revendiquant des droits pour les minorités. Les pays de l’ouest veulent renforcer les sanctions mais beaucoup pensent que le Nigeria est un pays trop puissant et que l’embargo sur l’exportation de pétrole serait trop préjudiciable.
Le ministre des Affaires Etrangères Tom Ikimi a accusé les pays occidentaux de supporter les manifestations qui ont causé la mort d’un nombre important de personnes : il accuse en particulier les USA et l’Angleterre de comploter contre le gouvernement nigérian. Au moins 7 personnes ont trouvé la mort dans les manifestations qui ont eu lieu à Ibadan le 1er Mai 1998 : ceux-ci protestaient contre le pouvoir militaire d’Abacha et contre les plans de ses partisans qui visent à transformer Abacha en un président « civil ».
Ikimi pense que les manifestations ont été organisé et financé par les pays de l’ouest.
L’homme de loi Olisa Agbakoba, leader de « l’United Action for Democracy, UAD » a été arrêté par des agents de sécurité à Lagos. L’UAD était à l’origine des manifestations organisées en Mai à Ibadan ; ce parti avait aussi appelé à boycotter les élections pour l’assemblée nationale en Avril. L’UAD déclare qu’aucune raison n’a été donné concernant l’arrestation d’Agbakoba, qui revenait de la capitale ghanéenne, Accra.

Le taux de participation aux élections parlementaires d’Avril qui ont été boycotté par l’opposition s’élève à 37% des votants enregistrés. L’opposition avait boycotté l’élection du 25 Avril pour protester contre l’adoption par les cinq partis gouvernementaux du général Abacha comme seul candidat.
Bien que les résultats définitifs ne soient pas connus, « l’United Congress Party », le premier parti à avoir annoncé qu’il soutenait Abacha, a remporté plus de 70% des sièges dans le nouveau sénat ainsi que dans l’assemblée nationale. Des rapports publiés dans tout le pays annonce que le taux de participation est l’un des plus faibles jamais enregistré. Les administrateurs militaires déployés dans le pays ont déclaré qu’ils avaient été déçus par le taux de participation.
Les groupes de défense des droits de l’homme sont très déçus de l’attitude des grandes puissances en ce qui concerne les sanctions, jugées trop restreintes, qui sont appliqués contre le Nigeria. L’Angleterre est montrée du doigt car elle n’a pas usé de sa prépondérance en tant que présidente de l’Union Européenne et en tant que membre du groupe d’action ministérielle au sein du Commonwealth.
40 personnes vont être jugées prochainement par un tribunal à Ibadan : celles-ci avaient participé à la manifestation qui avaient eu lieu dans cette ville en Mai. Parmi elles se trouve Ola Oni, le dirigeant local de l’UAD : groupe d’opposition qui avaient appelé à manifester. On trouve aussi Femi Adeoti, éditeur du journal Sunday Tribune.

Mort du président Sani Abacha : son corps a été retrouvé sans vie dans sa résidence d’Abuja, la capitale; cause de sa mort : crise cardiaque.
Un communiqué fait par le Chef de la Défense le général Abdusalam Abubakar dit que l’enterrement aura lieu à Kano selon des rites musulmans. Abacha, qui n’apparaissait en public que très rarement, était protégé par des forces de sécurité dans sa villa présidentielle. Il n’avait toujours pas déclaré s’il se présenterait comme candidat pour l’élection présidentielle.
Le nouveau dirigeant est aussi un militaire, il se nomme Abdusalam Abubakar et vient du nord, tout comme son prédécesseur. Il était le numéro deux du régime après le décès de l’ancien député, le général Oladipo Diya. En choisissant Abubakar, les militaires semblent avoir évité un mouvement de contestation au sein des diverses tendances qui existent dans l’armée, dont les division internes sont importantes (Abubakar fait parti des officiers, peu nombreux, qui n’ont jamais occupé de postes politiques ; il était militaire un point c’est tout ! !). Il faut attendre pour voir si le nouvel homme fort du pays pourra longtemps éviter que les divisions internes au sein de l’armée n’explosent.
Le nouveau dirigeant est considéré comme un soldat professionnel qui n’était pas associé aux militaires « politisés » qui manipulaient le pays afin de garder à tout prix le pouvoir.
Beaucoup fonde des espoirs en Abubakar pour dénouer l’impasse politique et économique qui s’est emparée du pays depuis plusieurs années. On espère aussi une libération rapide des prisonniers politiques. On espère la formation d’un gouvernement d’unité national qui travaillera dans le sens d’une démocratisation rapide du pays. Mais il faudra sans doute qu’Abubakar fasse « le ménage » autour de lui car tous ceux qui avaient intérêt à garder leur prérogative sont toujours là. Quelle sera l’attitude d’Abubakar face à toutes ces questions ?
On a toujours reproché aux partis politiques nigérians leur manque de crédibilité : ils ne rassemblent pas la population derrière eux et certains sont de connivence avec le pouvoir militaire. Il faut structurer la politique afin d’amener une stabilité tant au niveau économique que politique. Pour certains, cela ne sert à rien de traiter les symptômes sans s’occuper des causes : les problèmes du Nigeria n’ont pas débuté en 1993 ou 1995, mais au tout début des années 1960. Le pays a été paralysé par les rivalités et les querelles par rapport aux contrôles des états et de leurs ressources, mais aussi par rapport aux conflits entre ethnies différentes.
A moins qu’un consensus ne soit trouvé parmi les principaux éléments de l’élite dirigeante sur le partage du nouveau pouvoir émergeant, le pays risque d’être à nouveau déstabilisé rapidement.
Le défit auquel fait face le Nigeria est de savoir comment construire un système politique qui faciliterait le développement économique et la diminution des factions dans la politique.
Le 9 Juin, Abubakar a été nommé officiellement chef de l’état et général. Cette nomination a été annoncé par le gouvernement militaire fédéral après une réunion entre membre du PRC (Provisional Ruling Council).
Abubakar est le 8ème militaire à prendre le contrôle du pays.
Le 11 Juin, une incertitude importante pesait sur le pays : Abubakar se tenait prêt à poursuivre le plan démocratique très controversé du général Abacha et ne donnait pas de signe d’apaisement envers l’opposition. Le naira se renforçait néanmoins de plus de 2%.
Des manifestations de rue devaient se produire prochainement afin de commémorer le 5ème anniversaire des élections de 1993. Ces manifestations se veulent aussi être un rejet total des régimes militaires. Les manifestants demandent aussi la libération immédiate d’Abiola, afin que celui-ci participe à un gouvernement d’unité national.
Abubakar a participé à la Force intérim qui a œuvré au Liban de 1978 à 1979 ; il a aussi suivi des écoles militaires aux USA et a été décoré de plusieurs médailles.
Les diplomates occidentaux attendent de voir si Abubakar libérera les prisonniers politiques : les groupes d'opposition accusent le nouveau président de n'être rien de plus qu'une copie conforme de l'ancien dictateur Abacha.
Le 16 Juin, la surprise fut grande quand Olusegun Obasanjo et d'autres prisonniers politiques furent libérés. Les partis d'opposition ont applaudi ce geste mais veulent étandre ces libérations à tous les autres prisonniers politiques, y compris Moshood Abiola. Ont été aussi libéré le journaliste Chris Anyanwu, Beko Ransome-Kuti (frère de Fela) et Ibrahim Dasuki (ancien sultan du Sokoto). Toute la communauté internationale s'est félicité de cette mesure et espère qu'elle sera suivie par un processus crédible de transition vers un pouvoir démocratique.
Des analystes politiques déclarent que la décision de libérer Abiola est plus délicate : en effet, ayant remporté les dernières élections, celui-ci est un danger petentiel pour Abubakar qui veut utiliser le plan ébauché  par Abacha pour réussir une transition vers un pouvoir démocratique (il veut peut-être, tout comme Abacha, se transformer en président "civil" ??).
Abubakar peut aussi perdre de sa crédibilité au sein de l'armée si Abiola est libéré : cela pourrait contribuer à créer des tensions parmi les militaires, au pouvoir depuis 10 ans (on pense bien sûr à tous les privilèges qu'ils pourraient perdre si Abiola était nommé président).
Les partis d'opposition restent septiques et déclarent que seul un gouvernement d'unité nationale pourrait réjouir la population nigériane. Le seul homme capable de mener ce gouvernement est Abiola, déclare le parti d'opposition NADECO.
Plusieurs hommes devaient rendre visite à Abubakar dont un envoyé spécial de l'Union Européenne ainsi que Emeka Anyaoku, secrétaire général du Commonwealth, qui avait suspendu le Nigeria de l'organisation en 1995 après l'exécution de Ken Saro-Wiwa. Certains sont quand même prudents, comme "The Civil Liberties Organisation", qui déclare que l'un de ses activistes a été arrêté dernièrement (Mr Madubuike).
Abubakar demande que l'on donne à la "paix une chance".
Le 26 Juin, Abubakar libérait 17 prisonniers politiques supplémentaires : il demandait au peuple nigérian d'oublier les erreurs commises dans le passé et de choisir la voie de la paix et de l'unité. Parmi les hommes libérés, on trouve Olisa Abgakoba, qui avait mené une campagne contre Abacha. Mais Abiola ne faisait pas parti des prisonniers politiques libérés.
Les pays occidentaux renouent des contacts diplomatiques avec le Nigeria : Tony Blair va envoyer un ministre afin de discuter avec le nouvel homme fort du pays. On a appris du gouvernement nigérian qu'Abubakar avait rencontré Abiola en prison afin de discuter de sa libération prochaine. Celle-ci devait se dérouler très prochainement.
Il existe actuellement trois séries de sanctions prises contre le Nigeria : la première, imposée en 1993, suspend la coopération militaire, impose des visas restrictifs pour les membres de la junte au pouvoir ainsi que pour les forces de sécurité, et restreint les visites en haut-lieu. En 1995, les restrictions au niveau des visas furent renforcés et l'Union Européenne imposa un embargo sur la vente d'armes ainsi qu'une suspension de l'aide au développement. Puis on empêcha les membres de la junte ainsi que leurs familles à  se rendre dans un pays de l'Union Européenne. Le Nigeria est aussi suspendu du Commonwealth. Ces mesures n'ont eu que peu d'effets sur le régime d'Abacha.

Voir l'analyse de Juin :  SPECIAL 1  (en anglais)

Mais les Nigérians et en particulier les partis pro-démocratiques préfèrent cependant rester septiques : d'autres chefs militaires avaient promis de chasser la corruption, l'autoritarisme et le désordre mais finalement ils n'ont jamais rien fait (il faut se souvenir qu'Abacha avait aussi libérer des prisonniers politiques en 1993 !). Ces derniers temps, le naira s'est renforcé de 4% et Abubakar a fait ce qu'il fallait pour corriger l'approvisionnement en pétrole qui avait été bloqué sous Abacha : il a confié l'importation à de grosses compagnies. Il a aussi demandé aux compagnies pétrolifères de maintenir et même d'intensifier la production de pétrole. On a de l'espoir cependant car Abubakar n'a jamais fait parti, avant d'être au pouvoir, de la classe politique corrompue.
Le 30 Juin, Koffi Annan rencontrait le nouvel homme fort du pays. Celui-ci promettait de libérer Abiola et de restaurer la démocratie en mettant en place un pouvoir civil. Une source gouvernemental disait que si Abiola ne réclamait pas la présidence, il pourrait être libérer très vite et participer à de nouvelles élections.

On attend aussi du chef de l’état l’abolition d’un système de double échange qui obscurcit les comptes officiels et l’abandon de décrets donnant le monopole à des compagnies d’état qui sont incapables de satisfaire les besoins des Nigérians.
Les cinq partis qui ne voulaient qu’un candidat pour les futurs élections (Abacha) sont : le GDM (Grassroots Democratic Movement), le NCPN (National Centre Party of Nigeria), le DPN (Democratic Party of Nigeria), le UNCP (United Nigeria Congress Party) et le CNC (Congress of National Consensus) : qu’adviendra t’il de ces partis ? ?
Il existe aussi le JACON (Joint Action Committee of Nigeria) qui regroupe 52 groupes pro-démocratiques et qui critique pour le moment ouvertement le comportement d’Abubakar.
Le 30 Juin, Abubakar (56 ans) renvoyait 4 conseillers de l’ancien président Abacha, dont le chef de la sécurité Ismaila Gwarzo. L’opinion internationale pense qu’Abiola n’a pas de mandat valide pour briguer la présidence directement à sa sortie de prison. Les partisans d’Abiola pense que celui-ci doit être placé à la tête d’un gouvernement d’unité nationale afin de faire oublier le fiasco qui a découlé de l’annulation des élections de 1993.
Le premier cargo transportant le pétrole est arrivé à Lagos depuis qu’Abubakar a transmis l’importation de pétrole à des multinationales qui pompent plus de deux millions de bruts par jour.

Juillet 1998 :

On apprenait avec surprise le 8 Juillet la mort de Moshood Abiola, décédé officiellement d’une crise cardiaque (musulman provenant de la région sud profondément chrétienne) ; sa mort s’est produite pendant la visite d’une délégation américaine qui écarte l’idée d’une mort non naturelle. La mort d’Abiola intervient moins d’un mois après la mort d’Abacha. La panique s’est installée à Lagos où l’on pouvait voir des gens crier dans les rues à la suite de la terrible nouvelle.
La famille de Moshood Abiola accuse le régime militaire d’être à l’origine de sa mort. Il faut dire que celui-ci a passé 4 ans en prison. Sa mort intervient à un moment important car Abiola pouvait espérer faire parti prochainement d’un gouvernement d’unité nationale qui aurait pu proposer des élections libres.
Des émeutes ont eu lieu dans certaines régions du Nigeria à la suite de la mort du millionnaire Abiola. Il faut savoir qu’une des 18 femmes d’Abiola, Kudirat Abiola, avait été assassiné par des inconnus (supposés être des agents d’Abacha) alors qu’elle luttait pour la libération de son mari et pour la restauration de la démocratie au Nigeria. Abiola avait financé l’implantation d’entreprises au Nigeria à coup de centaines de milliers de dollars.
On annonçait courant Juillet qu’une autopsie allait être pratiquée sur la dépouille d’Abiola afin de connaître les motifs exacts de sa mort.
Le plan de transition démocratique afin de restaurer un pouvoir civil prévu pour Octobre pourrait être repoussé de 12 mois (donc pour Janvier 1999). Il sera difficile de prendre en compte les ambitions politiques d’une société divisée selon des critères ethniques ; aussi périlleux sera de satisfaire des politiciens et des militaires qui ont le contrôle du pouvoir depuis 10 ans. Certaines forces soutiennent une « continuation » du pouvoir militaire, ce qui ne facilite sûrement pas la tâche d’Abubakar. Prochainement, le Conseil Dirigeant Provisoire doit rencontrer Abubakar afin de discuter de l’avenir du pays. Qu’en ressortira t’il, personne ne le sait ? ?
Abiola doit sa candidature aux élections de 1993 à ses bonnes relations avec le Général Babangida, ancien président du Nigeria. Abiola rejoint le parti Social Démocrate – de nos jours défait – et obtint son ticket pour la course aux élections. Les adversaires d’Abiola ne le considèrent pas comme un social démocrate car il a été un membre du parti de droite dirigeant en 1979-1983 (année de la république civile). Mais Abiola fut aussi membre pendant ses années d’études en 1961-1963 du parti du Travail Anglais, part gauchiste.
Abiola, comptable, eut un début extrêmement difficile (pauvre) puis devint un mécène philanthropique connu par les communautés et les individus en Afrique ainsi que par la diaspora. Il possédait son journal et sa propre compagnie d’aviation (ainsi qu’un club de football). Il a rejoint la Corporation International des Téléphones et Télégraphes en 1969 et en devint vice-président pour l’Afrique et le Moyen-Orient en 1971.
Il devint ensuite un pan-Africaniste et fut honoré par un bon nombre d’institutions noires. Il devint aussi l’un des chefs de file qui milita en faveur de  la réparation par l’ouest des dommages que subit l’Afrique pendant la période de l’esclavagisme et du colonialisme (1992).  Sa principale circonscription électorale fut la région sud-ouest peuplée par des Yoroubas . Abiola était profondément ancré dans la culture africaine. Ainsi était celui qu’on appelait « Chief Abiola ».
La famille d’Abiola avait souvent souligné que celui-ci était malade et que les conditions dans lesquelles il était enfermé étaient inhumaines (il était cependant emprisonné dans une maison relativement confortable, contrairement aux autres prisonniers politiques : on pense qu’ils sont 250 à 280). Son empire économique s’était fortement dégradé pendant son emprisonnement. Annan a déclaré après sa visite qu’Abiola avait décidé de renoncer à la présidence lors de la sortie de prison et qu’il avait décidé de coopérer avec la junte au pouvoir afin de restaurer un pouvoir civil.
Le 8 Juillet, on apprenait que le chef de l’état avait limogé 34 membres du Conseil Fédéral Exécutif composé de civils et de militaires avec effet immédiat : décision prise à la suite de la mort de 19 personnes lors d’émeutes qui avaient suivi la mort d’Abiola. Aucun communiqués ne parlaient de changement au sein du Conseil Dirigeant Provisoire, conseil suprême prenant les décisions ultimes. Trois personnes sont mortes dans la ville d’Abeokuta, la ville d’origine d’Abiola ; des maisons appartenant aux opposants d’Abiola y ont été incendié. L’autopsie d’Abiola doit être faite par des pathologistes anglais, américains et canadiens.
A la suite de la mort d’Abiola, les USA demandent la libération immédiate de tous les prisonniers politiques ainsi qu’un plan rapide pour la mise en place d’une transition démocratique.
Des membres des partis d’opposition se sont rencontrés à Londres pour discuter des stratégies à adopter dans l’avenir : un membre de la NADECO a déclaré qu’il fallait maintenant attendre et voir venir. Ces partis voyaient en Abiola le seul et unique homme à disposer d’une légitimité démocratique : il était le seul à avoir remporté des élections déclarées sans « fautes » par la communauté internationale.
La population nigériane est actuellement estimée à 108 millions d’habitants selon le directeur de la Commission Internationale de Recensement Chris Ugokwe qui a mis en garde contre des conséquences désastreuses si des mesures ne sont pas prises pour freiner la rapide croissance annuelle. Certains affirment que près de 50% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté alors que 40% n’ont pas accès à l’eau potable.
Le 12 Juillet, le principal groupe d’opposition demandait aux militaires de quitter le pouvoir pour faire place à un gouvernement qui regrouperait des représentants de toutes les régions. Le président de la « National Democratic Coalition » déclarait dans un journal que c’était la seule solution pour se « débarrasser » du gouvernement militaire. « Il y aurait 4 membres de chaque zone, ce qui ferait 24 membres… ces hommes se rencontreraient et choisiraient parmi eux le président ».
Les pathologistes ont déclaré qu’Abiola était mort naturellement d’une crise cardiaque (ce qui n’empêche pas qu’il soit mort naturellement suite aux mauvais traitements subis depuis des années). Le président du parti cité en dessus (NADECO) préconise un gouvernement d’unité nationale qui gouvernerait pendant 4 ou 5 ans puis mettrait en place une commission électorale qui appellerait à la création de nouveaux partis politiques.
Ce serait un gouvernement de transition mené par des civils et non des militaires.
Dans le sud, la mort d’Abiola est perçue par les Yoroubas comme le fait des Hausa-Fulani du nord qui depuis la fin de la colonisation ont dominé l’armée (en contrebalance de la mainmise économique du sud). Les partisans d’Abiola appellent à la constitution d’un état Yorouba indépendant. Dans le nord, les troubles sont restés minimes.
Dans la ville de Kano (peuplée majoritairement de Haoussa-Fulani et de militaires de hauts rangs, 1 million d’habitants), on assiste à des violences entre Haoussa (musulmans) et Chrétiens du sud (incluent les Yoroubas, qui vivent dans un secteur de la ville). Cette ville est en déclin.
La population du Nigeria est estimée au niveau internationale à 115 millions d’habitants avec plus de 250 tribus dont les Haoussa-Fulani (représentent 34% de la population), les Ibo et les Yorouba sont les plus nombreux.
La vie reprend presque normalement au Nigeria et on peut à nouveau s’approvisionner en essence aux pompes après que l’importation de pétrole ait été décidé par le chef de l’état.
Les deux principaux partis d’opposition ne sont pas d’accord par rapport à la façon d’instituer le nouveau gouvernement. Le « National Democratic Coalition (NADECO) », mené par l’homme de loi Abraham Adesanya, veut un gouvernement d’unité nationale dont les membres sont nommés par les militaires et l’opposition en nombre égal. Le JACON (Joint Action Committee of Nigeria), mené par le vétéran activiste Gani Fawehinmi, qui regroupe beaucoup de groupes pro-démocratiques, veut que les membres du gouvernement soient élus dans leurs propres zones ethniques. Les politiciens du nord musulman veulent que les militaires organisent de nouvelles élections.
L’ancien dirigeant militaire Babangida appelle à l’organisation de nouvelles élections dans les 9 mois plutôt qu’à la composition d’un gouvernement d’unité nationale (on se souvient que c’est cet homme qui avait fait annuler les élections, pour graves irrégularités, supposées avoir été remportée par Abiola !). Babangida est un proche d’Abubakar ; il a déclaré qu’il ne se présenterait pas comme candidat à la présidence.
Babangida avait joué un rôle important dans le coup d’état contre le président Shehu Shagari en 1985.
Pour cet homme, le président idéal devra connaître l’histoire du Nigeria de façon approfondie : il devra pouvoir parler pour tous les Nigérians et restera chef de l’armée.
L’ancien dirigeant Obasanjo (le seul à avoir rendu le pouvoir à des civils en 1979), libéré par Abubakar dernièrement, demande qu’on soutienne celui-ci afin de restaurer rapidement la démocratie.
Abubakar continue à démanteler l’ancien appareil politique mis en place par Abacha : il a dissous le Comité de Transition, le Comité de Réconciliation Nationale et le Comité National de Décentralisation des Pouvoirs. Ces Comités avaient été mis en place pour préparer le terrain à la candidature unique d’Abacha. On ne sait pas par quoi ces Comités seront remplacés mais on espère un retour à une démocratie avec le multipartisme.
Certains diplomates occidentaux pensent qu’un gouvernement d’unité nationale mixte et important en nombre pourrait dégénérer et amener des querelles ainsi que le chaos à nouveau.
Il ne faut pas oublier qu’il reste des prisonniers politiques en prison : parmi eux, des journalistes comme George Mbah, Begauda Kaltho, Ben Charles…
Résumé des événements survenus depuis 6 semaines :
8 Juin : mort d’Abacha
9 Juin : Abubakar est choisi par le conseil militaire comme chef de l’état
15 Juin : Abubakar libère 9 prisonniers politiques dont Obasanjo
25 Juin : Le Ministre des Affaires Etrangères britannique Tony Lloyd rencontre Abubakar ; 17 autres prisonniers politiques sont libérés.
27 Juin : Abubakar rencontre les dirigeants du mouvement pro-Abiola (National Democratic Coalition)
2 Juillet : Koffi Annan rencontre Abiola en prison
7 Juillet : Abiola meurt en détention pendant la visite d’une délégation américaine menée par Thomas Pickering ; des émeutes ont lieu à Lagos et dans le sud
8 Juillet : Abubakar dissout le cabinet composé majoritairement de civils
9 Juillet : Abubakar commue la sentence de mort de 6 hommes accusés d’avoir participé à un coup d’état sous le régime Abacha ; Abubakar est conscient de la nécessité d’une réconciliation nationale ainsi que de la restauration de la démocratie.
11 Juillet : Abiola est enterré à Lagos ; l’autopsie confirme la mort naturelle
Le 20 Juillet, Abubakar gracie 10 prisonniers politiques dont les journalistes bien connus Charles Obi, George Mbah et Kunle Ajibade.
Les politiciens des 5 partis enregistrés pendant le programme de transition sous Abacha, demandent à garder leurs sièges obtenus lors des élections nationales.
La mort d’Abiola laisse les partis d’opposition dans la division la plus totale : il n’y a pas de successeur à Abiola mais certains dirigeants politiques importants :
Obasanjo (ancien chef de l’état), Le Groupe des 34 (coalition de politiciens qui s’étaient opposés au plan de transition d’Abacha, parmi eux : Dr Alex Ekwueme et Chef Salomon Lar), Chef Gani Fawehinmi (homme de loi important qui a défendu quelques dissidents politiques), Sénateur Abraham Adesanya (dirigeant pro-démocratique et chef du NADECO), Olisa Agbakova (dirigeant de l’United Action for Democracy et défenseur des droits de l’homme). Certains avaient accusé Abiola d’avoir fait sa fortune en commerçant avec les militaires, ce qui enlevait sa crédibilité en tant que candidat pour la présidence.

Lors de l’émission télévisée de Lundi soir (le 20 Juillet), Abubakar a dévoilé son plan ; il a mis au rebut le plan discrédité de l’ancien homme fort du pays, le général Abacha, et a préconisé un programme qui mènera à un gouvernement civil élu le 29 Mai 1999. Mais il a rejeté le plan du NADECO qui demandait un gouvernement d’unité nationale (Abubakar trouve ce plan non démocratique) afin d’amener une transition vers la démocratie et la mise en place d’une conférence nationale souveraine qui discuterait de l’avenir du Nigeria.
Gani Fawehinmi a d’ores et déjà rejeté le plan d’Abubakar en déclarant qu’il n’amenait rien de neuf pour son pays. Le groupe « United Action for Democracy », qui voulait organiser une conférence nationale pour discuter de l’avenir du Nigeria, a rejeté le plan d’Abubakar. La majorité des groupes d’opposition rejette donc le plan du chef de l’état. De nouveaux partis politiques pourraient voir le jour ces prochains temps.
Cependant, le NADECO a approuvé la décision d’Abubakar de permettre la formation de nouveaux partis politiques.
Il faut se souvenir que les divisions ethniques et régionales ont toujours constitué un fléau important au Nigeria ce qui leur a donné une excuse afin de monopoliser le pouvoir pendant des années (pouvoir fort = garant de l’ordre). Les occidentaux dans leur ensemble font confiance à Abubakar : ils pensent qu’il tiendra ses promesses (les USA, les Nations Unies et l’Angleterre ont accueilli positivement les mesures annoncées par Abubakar). Abubakar a aussi annoncé le 20 Juillet la dissolution des 5 partis mis en place sous le régime Abacha et qui soutenait celui-ci comme unique candidat. Puis il a déclaré que les élections qui avaient été mené sous Abacha pour nommer le corps législatif était annulé. Le gouvernement n’interférera pas dans la constitution des nouveaux partis mais ceux-ci ne doivent pas se constituer à l’étranger.
L’actuel administration formera un nouveau cabinet représentatif pour tous les secteurs du pays. Le secrétaire général du Commonwealth a annoncé que le Nigeria serait réadmis en son sein seulement après la transition démocratique. Le chef de l’état a annoncé que l’organe chargé de superviser les élections, le NECON (National Electoral Commission of Nigeria), serait reconstitué grâce à un financement suffisant et qu’il disposerait de toute l’indépendance nécessaire.
Il faut aussi savoir que la veuve d’Abacha, Maryam Abacha, pense que son mari a été empoisonné.
Tunji Braithwaite, un ancien candidat à la présidence, a annoncé la formation d’un nouveau parti, « The Democratic Advance Movement ». Le Groupe 34 a annoncé qu’il soutenait le plan proposé par Abubakar.
Ce groupe propose que tout coup d’état soit déclaré constitutionnellement illégal. Un signe supplémentaire d’ouverture est la vente libre du journal « Tell », interdit de publication sous Abacha. Les vols entre l’Angleterre et le Nigeria ont aussi été rétabli.
Le système de distribution de carburant a été modifié et le gouvernement a augmenté le montant pour les besoins domestiques de 0.25 à 3 millions de barils par jour. Le gouvernement a aussi décidé de transférer les responsabilités pour l’approvisionnement (importation) de carburant à la PPMC (Pipelines and Products Marketing Company, filiale du groupe NNPC : Nigerian National Petroleum Corporation). L’insuffisance domestique n’avait pas affecté l’exportation de brut qui compte pour plus de 90% dans les gains du pays. Le Nigeria est le 5ème plus grand producteur au sein de l’OPEP. Le remplacement de la PPMC par 4 multinationales d’importation devrait réduire les coûts de l’importation (compétition entre les 4).
Seul le secteur du pétrole montre du dynamisme malgré qu’il soit entravé par une politique inapropriée qui contribue à la détérioration des raffineries et cause de sérieuses insuffisances au niveau du Nigeria. Les restrictions au niveau de l’importation devraient être réduites et la privatisation des industries d’états devraient réduire la dépendance vis à vis du pétrole.
Les entreprises d’états qui ont des monopoles devraient être privatisées (exemple : le groupe de télécommunications national).
Le 28 Juillet, on apprenait qu’une douzaine de partis avaient été crées. Le gouvernement ne formera, de son coté, aucun groupe politique. Un de ces nouveaux partis se nomme « New Era Alliance », il a été formé par Bode Olajumoke. Puis a été formé le « Friends of Like Minds » (président : Yekini Adeoja). On peut encore citer le PDM (People’s Democratic Movement) et le « New Rivers Forum ».
Le NADECO et le JACON, ainsi que Femi Falana (Defense of Human Rights) insistent pour que les militaires s’en aillent avant le 1er Octobre 1998 : un gouvernement d’unité nationale serait alors mis en place afin d’organiser une conférence nationale souveraine. « Le rejet de la conférence souveraine signifie une consolidation de la structure fédéral actuelle qui est totalement injuste car elle donne des avantages à certaines parties du pays (en particulier les Hausa-Fulani du nord, qui ont dominé la vie politique au Nigeria depuis 1960) alors que les autres n’en bénéficient pas » (NADECO).

Babangida reconnaissait avoir fait une erreur en annulant les élections du 12 Juin 1993 remportées par Moshood Abiola.
Les dirigeants du groupe ethnique Yorouba (20 millions d’habitants) ont rencontré Abubakar afin de discuter du plan démocratique. Le dirigeant Egbe Afenifere représentait les Yoroubas. Il y a eu désaccord par rapport à la demande d’Afenifere de former un gouvernement d’unité nationale.
L’ancien conseiller à la sécurité sous Abacha, Ismail Gwarzo, a été arrêté pour motif de fraude et de corruption. Il aurait détourné des millions de dollars.

Août 1998 :

Le Conseil Provisoire Dirigeant s’est réuni pour discuter de la mise en place d’une commission électorale et du remplacement du cabinet ministériel, limogé par Abubakar dernièrement. Cette réunion doit aussi discuter de l’avenir des administrateurs militaires se trouvant dans les 36 états du Nigeria.
Pas à pas, Abubakar a démantelé tout l’appareil administratif qu’Abacha avait mis en place (il a limogé les membres du cabinet ministériel, a démantelé l’ancienne commission électorale et les cinq partis politiques qui soutenaient Abacha, n’a pas retenu le plan de transition démocratique ébauché sous Abacha….).
Les généraux du Conseil Dirigeant ont nommé une Commission de 14 membres (Commission Indépendante Nationale Electorale) qui sera chargé de surveiller le retour à un pouvoir civil pour Mai. Cette Commission doit aussi présenter des directives pour la formation des partis politiques.
Un juge qui s’est retiré, Ephraim Akpata, sera à la tête du corps électoral : l’indépendance de cette commission est indispensable pour mener à bien le plan d’Abubakar (retour des civils pour Mai 1999).
Le Conseil Dirigeant a également nommé 15 autres personnes parmi les forces armées et les fonctionnaires de police qui dirigent les 36 états du Nigeria. Abubakar a déclaré que le gouvernement central donnerait aux états plus de pouvoir et de responsabilités. On ne sait pas ce qu’adviendra le ministre des finances, Anthony Ani, qui devait prendre des mesures afin de libéraliser le commerce local.
L’ancien sécessionniste, Emeka Ojukwu (sécession du Biafra), a annoncé qu’il formait un nouveau parti politique le PDC (People’s Democratic Congress) à Enugu (sud du pays, ancienne capitale du Biafra).
Ce parti est censé protégé les intérêts des Igbo.
Le 8 Août, on apprenait qu’un remaniement dans les administrations des 36 états du Nigeria allaient être entrepris très prochainement. 15 nouveaux administrateurs d’états ont été nommé, 18 ont été réaffecté et seulement 3 ont gardé leur poste actuel.
Selon Amnesty International, des membres de la minorité Ogoni continuent d’être maintenus en prison. D’autre part, d’importantes forces de sécurité empêchent ce peuple de protester contre la politique gouvernemental dans cette région. Certaines lois discriminatoires ont été voté sous le régime d’Abacha comme par exemple : on peut détenir un homme en prison indéfiniment, renouvelable toutes les 6 semaines, si ce personnage représente un danger pour l’état ! Les courts de justice n’ont pas le droit de revoir des décrets prononcés par le gouvernement ! Bref, le gouvernement est tout-puissant et rien ne peut le contrer..
Pour plus de détails sur la législation :  SIERRA CLUB

Le MOSOP (Movement for the Survival of The Ogono People) demande la libération immédiate de 20 détenus Ogoni en prison depuis 1994 (Ken Saro-Wiwa faisait parti du peulple Ogoni). Pour plus d’infos sur le mouvement MOSOP et ses revendications :  ONEWORLD ORGANISATION
La police a déclaré que ces hommes ne seraient pas libérés tant qu’un ordre des commandants militaires ne serait pas délivrés. Certains occidentaux se sont personnellement engagés pour la libération de ces 20 Ogoni (exemple : Tony Lloyd a demandé à Abubakar d’agir rapidement).

Les ministres du Commonwealth doivent se réunir en Octobre pour décider des mesures à prendre concernant le Nigeria. On se souvient que ce pays est exclut du Commonwealth. Une délégation nigériane pourrait être invitée à Londres prochainement.
Des représentants des minorités nigérianes se sont rencontrés à Détroit : on pouvait y voir des représentants des Edo, Ijaw, Isoko, Kalabari, Ogoni et Urhobo. Cette conférence a révélé les conditions déplorables dans lesquelles se trouvaient les minorités au Nigeria malgré qu’elles aient été la principale source « d’approvisionnement » du pays depuis l’époque coloniale. Malgré les différences existantes entre ces minorités, une chose les relient les unes aux autres : l’exploitation auquel se livre les groupes majoritaires.
Le Dr Paul Egbo parle de citoyens de seconde classe pour les minorités présentes au Nigeria. Les différents groupes ethniques ont tous critiqué la structure politique actuelle, qui est selon eux, plus unitaire que fédérale. Cela permet l’exploitation de ces mêmes minorités. La conférence a aussi fustigé le régime à cause de l’occupation par les troupes fédérales du pays Ogoni. Les représentants ont établi « The Southern Minorities Front of Nigeria » (SOMIFON). Il faut que les minorités constituent des associations de défense pour faire valoir leurs droits. Les représentants demandent aussi la constitution d’un gouvernement d’unité nationale puis une conférence nationale souveraine. Ils veulent aussi former une fédération des états du sud.
L’argent volé pendant la période Abacha (et mis sur des comptes à l’ouest) doit être restitué : telle est la demande des groupes pro-démocratiques nigérians.  Cet argent pourra servir à aider les minorités et à rembourser la dette extérieure du Nigeria. On apprend d’un journal nigérian qu’en cinq année de règne (1993-1998), Abacha aurait amassé plus de biens que Mobutu en 32 ans (4 milliards de dollars).
Abacha aurait mis dans des banques européennes plus de 3.6 milliards de dollars. Le journal cite d’autres hommes politiques (Awarzo, Babangida…) qui, pendant le règne des différents dirigeants militaires, auraient détourné des sommes colossales du Trésor nigérian (argent détourné des gains de la vente de pétrole….).
Certains membres du Conseil Provisoire Dirigeant ont découragé des hommes à créer des armées régionales (par exemple des dirigeants Yorouba ou des Igbo de l’est), car cela pourrait déstabiliser l’armée nationale.

Voir aussi le rapport d’Amnesty International :  AMNESTY INTERNATIONAL

La rencontre des partis politiques avec La Commission Electorale a eu lieu le 19 Août. Les partis politiques ont déclaré que le besoin de s’inscrire auprès de cette Commission permettrait au système politique une certaine manipulation : en effet, les membres de la Commission ne sont pas élus démocratiquement ce qui peut amener certains officiels à faire preuve de favoritisme. Sous le régime d’Abacha, les militaires utilisaient l’inscription pour empêcher les critiques des partis politiques en formation. Au moins 50 partis étaient présents lors de cette rencontre dans la capitale Abuja.
Le correspondant de la BBC à Lagos déclarait que le gouvernement craignait que sans l’inscription les partis politiques nigérians soient constitués sur une base ethnique et que sans cette inscription, on accuse le gouvernement d’empêcher la transition démocratique de s’opérer convenablement.
Le 21 Août, Abubakar a nommé un gouvernement de 31 membres pour l’aider à mener la transition de 10 mois jusqu’au 29 Mai 1999. Sur la liste du gouvernement publiée à Abuja, Abubakar n’a retenu que 8 des 33 ministres hérités de son prédécesseur. Le nouveau gouvernement comprend aussi bien des civils que des militaires en fonction ou à la retraite. Il y a aussi 4 femmes ministres dans le gouvernement.
Abubakar a prévenu le cabinet ministériel que les responsabilités étaient énormes. Abubakar a déclaré que les militaires surveilleraient de près le gouvernement pour empêcher la corruption ou la participation de celui-ci dans des partis politiques. Sur les 31 ministres nommés, la nomination la plus importante est celle du ministre des Affaires Etrangères, Olisiemeka, l’ancien ambassadeur à Washington.
Le président de la Commission électorale, Ephraim Akpata, a annoncé que les élections à l’assemblée nationale aurait lieu le 20 Février. L’élection des gouverneurs et parlementaires pour les 36 états du pays aura lieu le 9 Janvier.
Les directives pour l’enregistrement des partis politiques prévoient des élections locales pour les conseils le 5 Décembre : seules les partis obtenant un score de 10% des votes dans au moins 24 des 36 états seront enregistrés.
La date pour l’élection présidentielle a été donné par les autorités nigérianes : il s’agit du 27 Février 1999, deux mois avant la date fixée par les militaires pour rendre le pouvoir à des civils.
Abubakar ne se présentera pas pour les présidentielles.
Le 27 Août, la Commission électorale a ouvert ses bureaux. Le NDM (National Democratic Movement) et le CA (Congress Alliance) ont été les premiers partis politiques à collecter des formulaires d’enregistrement provisoires. Les partis politiques ont jusqu’au 9 Septembre pour collecter et soumettre les formules pour l’enregistrement préliminaire.
La première visite d’Abubakar en Afrique du sud a eu lieu le 26 Août ; il a déclaré lors de ce déplacement : « L’expérience sud-africaine est un miracle. Cela nous donne de l’espoir et nous fait penser que malgré nos différences nous pourrons un jour vivre ensemble ».
 

Fin Août 1998, les autorités nigériannes annonçaient la date des prochaines élections : le 27 Février 1999, deux mois avant que les militaires ne remettent le pouvoir aux civils.
Les élections parlementaires auront lieu une semaine avant avec une série d'élections locales prévues pour Décembre 1998. Abubakar ne sera pas candidat pour les présidentielles. Abubakar a déclaré que tout le pays devait se mobiliser pour que plus jamais les militaires ne reviennent au pouvoir. Il se retirera du pouvoir le 29 Mai 1999.
Début septembre, un tribunal libérait 20 activistes Ogoni détenus depuis 1994. Ils étaient accusés du meurtre de 4 dirigeants pro-gouvernementaux. Le Mosop (Movement for the survival of Ogoni People) se félicitait de cette libération. Les conditions d'emprisonnement de ces hommes ont été inhumaines, selon Nyieda Nasikpo. Cette libération intervient dans un climat propice suite à la prise de pouvoir d'Abubakar. L'ancien leader du Mosop, Saro-Wiwa, a été exécuté en 1995. Le Mosop se bat contre la pollution des terres en pays Ogoni suite à l'implantation des géants pétroliers (Shell, Royal Dutch).
Seuls 5% des 25 partis politiques inscrits pour les élections futures disposent des " dispositions " nécessaires à la participation.  Les adresses de ces partis ne sont en effet pas correctes !! Seules les parties qui obtiendront au moins 5% des votes dans 2/3 des 26 états du Nigeria pourront s'enregistrer entièrement pour ces élections. Les deux partis suivants pourront surement participer aux prochaines élections : " People's Democratic Party " et " All People's Party ".
Le Commonwelath pense réintégrer le Nigeria en son sein après les élections.
Abubakar veut abandonner le système du " taux de change double " d'ci à fin 1998 : ce système bloque les négociations avec le FMI qui auraient pour effet de soulager la dette du Nigeria. L'abandon de ce système pourrait soulager la dette du Nigeria de plus de 30 milliards de dollars; ceci est important quand on sait que les prix mondiaux du pétrole sont à la baisse (pétrole représente 90% des revenus étrangers). Un système de taux de change unique serait alors mis en place.
Ce système de taux de change double permet à certaines branches du gouvernement de bénéficier de taux de change très intéressant (préférentiel).
Un dollar valait 86 nairas à la banque centrale alors que certaines branches du gouvernement l’échangeaient à 22 nairas !!
Le parti d’opposition JACON (Joint Action Committee of Nigeria) veut que le gouvernement actuel s’en aille d’ci à Octobre 1998.
Le processus électoral doit commencer avec la tenue d’élections locales en Décembre (élection présidentielle et législative en Février 1999).
Des conflits ethniques ont eu lieu en Octobre dans le sud ouest du pays, apparemment à cause des droits sur le pétrole.
60 millions de cartes de vote ont été distribué à travers le Nigeria (sur 104 millions d’habitants). Des bureaux de vote ont été spécialement mis en place pour les élections. L’INEC (Independent National Electoral Commisssion) doit vérifier que ces élections se passent sans irrégularités.
Olusegun Obasanjo, le militaire qui avait rendu le pouvoir aux civils dans le passé (1979), a annoncé qu’il serait candidat pour les élections présidentielles. Il fait parti du PDP : People’s Democratic Party. Il aimerait faire du Nigeria, pays ethniquement divisé, un pays uni.
Le gouvernement d’Abubakar a déclaré avoir récupéré 750 millions de dollars plaçés sur un compte spécial par l’ancien dictateur Abacha : celui-ci disposait de 37 propriétés et 5 véhicules.
On apprend aussi qu’au moins 295 hommes sont tojours emprisonnés pour des raisons politiques. Cette nouvelle provient d’un groupe de défense des droits de l’homme dont le président est un  ancient avocat Soli Soragjee.
On devait aussi débattre d’une nouvelle constitution (ou d’une constitution révisée) qui « aménerait » la démocratie et forcerait les militaires à demeurer dans leurs casernes : à cette occasion, une commission d’experts va se rencontrer à Londres le 16 et le 17 Novembre.
Le chef des armées, Maj-Général Ishaya Bamaiyi, accepte que les rôles soient redéfinis à l’intérieur d’une nouvelle constitution. Le débat est mené par Niki Tobi de la cour d’appel fédéral : il doit remettre un projet au gouvernement d’ci au 31 Décembre 1998.  Une des craintes est la continuité de la domination politique d’un groupe ethnique sur les autres (surtout dans les domaines économiques et politiques). Il faut donc chercher à mieux répartir les pouvoirs. Pendant cette réunion, on va insister sur la nécessité de la décentralisation du pouvoir vers des unités fédératives; sur la nécessité de l’établissement de commissions indépendantes chargés de valider l’application de la transparence; sur la nécessité de la création d’institutions représentative des citoyens....Il faudrait aussi décentraliser les unités de la police, favoriser l’intégration des femmes dans la société.....
- pour plus d’infos, idiriger vos navigateurs vers : http://www.africapolicy.org

Abubakar, dans une allocution aux responsables militaires, a déclaré que les coups d’état militaires n’étaient plus acceptables au Nigeria.
Le Nigeria, membre de l’OPEC (Organisation of Petroleum Exporting Countries), produit 2 millions de barils de pétrole brut par jour. Il faut cependant savoir que des pénuries d’essence sont fréquentes au Nigeria : l’augmentation du prix de l’essence, décidée par le gouvernement, mécontente une grande partie de la population.
Quand l’augmentation du prix de l’essence avait été décidé en 1993, on pensait que les recettes qui découleraient de ces augmentations serviraient à améliorer les infrastructures du pays, ce qui n’a de loin pas été réalisé. Au contraire, les conditions sociales se sont détériorées. De plus, l’augmentation des prix n’a pas assurée un approvisionnment satisfaisant au prix fixé. Abubakar reconnait que la situation est embarassante, surtout en ce qui concerne l’approvisionnement en essence pour le pays.

Le 5 Décembre, les votations locales débutaient au Nigeria. On attend une amélioration de la situation au Nigeria : trois points sont particulièrement soulevés : la corruption, la détérioration des conditions sociales et le manque d’essence.
Le 6 Décembre, les premiers résultats étaient en faveur du parti PDP (People’s Democraty Party) qui regroupe des vétérans de la politique, tous opposés à l’ancien dirigeant militaire, Sani Abacha. Avec la moitié des 774 gouvernements locaux qui ont donné leurs résultats, le PDP a emporté une large majorité dans toutes les régions du pays, excepté le sud-ouest.
Ensuite viennent l’APP (All-People’s Party) et l’AD (Alliance for Democraty). L’APP a emporté ¼ des gouvernements locaux (l’APP supportait Sani Abacha) et l’AD le sud-ouest du pays, y compris Lagos (le sud-ouest est composé de Yorubas, qui ont voté en masse pour l’AD) : à noter qu’Obasanjo, membre du PDP, est un Yoruba.
On pense que seuls ces trois partis pourront participer aux élections présidentielles de l’année prochaine. Obasanjo est populaire dans le nord du pays et beaucoup moins dans le sud où l’on pense qu’il a trahi les intérêts de cette région dans le passé.
Peu de violences pendant ces élections excepté dans le Delta du Niger (sud) où 6 personnes sont mortes.
Finalement, le PDP  aurait emporté 390 des 774 gouvernements locaux et l’APD 145 sièges suivis de l’AD avec 80 sièges. Les observateurs pensent que les supporters du PDP espèrent qu’un consensus soit trouvé entre l’armée et la société civile. Le PDP a donc amassé 60% des voix lors de ces élections. Malheureusement, les dirigeants de ce parti sont restés très discrets sur la politique qu’il suivrait s’ils gaganient les élections de l’année prochaine. Les votants ont donc voté plus pour des personnes que pour des programmes électoraux. On compte parmi les membres du PDP Obasanjo, Jerry Gana, Alex Ekwueme...
Le 14 Décembre, la NEC confirmait que seuls trois partis participeraient aux élections présidentielles.
Des signes de mécontentement évidents se sont fait sentir dans la population à la suite de l’augmentation des prix de l’essence par le gouvernement. Des menaces de grêve ont été formulé.  Abubakar prévenait la population le 31 Décembre que la situation économique serait aggravée pour l’année 1999 : surtout à cause du manque à gagner par rapport aux revenus pétroliers.
- pour avoir des infos sur les revendications du groupe Ijaw au Nigeria :
http://www.moles.org
En particulier, les Ijaws refusent le plan de transition d’Abubakar : ils veulent une restructuration préalable de la fédération du Nigeria. Ils veulent une conférence nationale souveraine avec une représentation égale des ethnies du pays afin de discuter la nature de la fédération démocratique; ils condamnent l’alliance entre le gouvernement et les immenses compagnies pétrolières.
Selon les dirigeants communautaires de la région du delta du Niger (Ogoni,Ijaws...), les violences qui ont lieu dans cette région sont dues à un manque de développement social et économique et une allocation injuste des revenus du pétrole (grandes compagnies basées pour la plupart dans le sud sur les terres Ijaw, ces communautés ne recevant presque rien des revenus pétroliers). Ils condamnent aussi les dégats qui ont été fait à la nature suite à l’implantation des compagnies pétrolières.
Le 25 Décembre, on apprenait qu’une unité spéciale de sécurité allait être crée afin de protéger les installations pétrolières, trop souvent détruites ou abimées par des vandales.
Les communautés du delta condamnent fortement la création de cette unité : elles pensent que le gouvernement veut simplement renforcé sa position dans cette région.
Le président du Mosop déclarait en Décembre :« la crise dans la région du delta représente une réelle menace au processus de transition démocratique ».
Début Janvier, on apprenait que des accrochages sérieux avaient opposé la police à des jeunes dans une ville du sud : les troupes voulaient protéger les installations pétrolières; les accrochages des jours précédents auraient fait 20 morts. Des jeunes Ijaws auraient trouvé la mort lors d’affrontements violents avec les militaires. L’état d’urgence aurait été décrété dans la ville de Yenagoa. On note que plusieurs villes dans le sud n’ont pas d’électricité, d’eau potable et de systèmes de soins.
Le 14 Janvier 1999, on apprenait la chute de la monnaie locale, le naira : cela suite à la suppression par le gouvernement du fameux taux de change double, favorisant la corruption, surtout au sein du gouvernement. Le naira a chuté de 97 pour un dollar à 92.
Pour l’année 1999, le gouvernement base son budget sur 9 dollars pour un baril contre 17 dollars l’année passée.
Le second tour des élections a vu le PDP s’emparer de 20 des 36 états contre 9 pour l’APD et 6 pour l’AD.
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier