
LE NIGERIA DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES
Bien qu’étant le plus grand
pays de l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria n’a pas pris la tête du
mouvement de décolonisation et n’a guère rivalisé
avec le panafricanisme d’un N’Krumah au Ghana ou le radicalisme d’un Sekou
Touré en Guinée. Seule la condamnation des essais de la bombe
atomique de la France au Sahara, en 1961, va dans ce sens. Une telle position,
qui entraîne la dégradation, jusqu’à la rupture, des
relations diplomatiques entre les deux pays, n’est pas pour rien, d’ailleurs,
dans la sympathie affichée par De Gaulle en faveur du Biafra pendant
la guerre civile.
Murtala Moammed est le premier à
rompre avec la modération de la politique extérieure du Nigeria.
Son radicalisme tranche par rapport à l’attitude de Gowon, qui s’était
réconcilié avec les anciens alliés du Biafra.
Murtala Mohammed soutient la lutte
de libération du MPLA en Angola et condamne de façon plus
engagée l’apartheid en Afrique du Sud, ainsi que les puissances
occidentales qui l’appuient. Ses successeurs, à qui le pétrole
donne les moyens financiers de la puissance, étendent l’influence
diplomatique de la fédération, depuis la médiation
dans la guerre civile du Tchad jusqu’à la réconciliation
avec l’Afrique du Sud.
Cependant, la diplomatie fédérale
consiste souvent en démonstrations de puissance autant destinées
à impressionner l’Afrique de l’Ouest qu’à se mettre en valeur
sur la scène politique interne. L’exemple le plus récent
est l’implication du Nigeria au sein de l’ECOMOG, la force d’intervention
panafricaine au Liberia. Qu’avait à gagner Babangida en s’engageant
à Monrovia dans le bourbier libérien, contre les forces du
NPLF de Charles Taylor ? On pense à l’affirmation d’un rôle
de protecteur naturel sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, protection
qui, pour beaucoup de petits pays riverains, de la Guinée-Equatoriale
au Bénin, rime avec domination.
La petite Guinée-Equatoriale,
au sud-est de la fédération, se méfie beaucoup des
ingérences du grand frère nigérian.
Le Nigeria est une puissance économique
qui attire les partenaires étrangers. Paris demeure le 4ème
partenaire du pays après les USA, l’Allemagne et la Grande-Bretagne
: Elf, Michelin, Peugeot et les grandes entreprises de travaux publiques,
comme Bouygues, comptent parmi les multinationales les mieux implantées.
Le Nigeria est le premier partenaire commercial de la France en Afrique
noire (hormis l’Afrique du sud), et son premier fournisseur en pétrole
sur le continent.
La puissance financière nigériane
n’est pas solide. Quatrième producteur de l’OPEP, le Nigeria est
considéré comme le maillon faible de l’organisation. A cause
de ses difficultés internes, il a réussi à négocier
des tarifs préférentiels et le relèvement de ses quotas.
Au sein de l’OPEP, le Nigeria est de ceux qui tirent vers le bas le prix
mondial du brut, signe de vulnérabilité. La contrainte démographique,
qui annule les acquis de la croissance, lui enlève toute marge de
manœuvre. Le pétrole fournit plus de 90% des réserves de
change et finance plus de 80% du budget. La ponction de l’état sur
chaque baril de pétrole est une des plus élevées au
monde.
En Afrique de l’Ouest, le Nigeria
reste un partenaire incontournable, à la fois attractif et effrayant.
Leader et fondateur de la CEDEAO
(Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ou
ECOWAS en anglais), Lagos s’arroge un droit de regard qui va du Liberia
à la Guinée-Equatoriale. Le partage de l’Afrique lors de
la conférence de Berlin de 1884 avait divisé les royaumes
africains sans tenir compte des droits ethniques. La frontière bénino-nigériane,
qui sépare des communautés yorouba, illustre l’arbitraire
colonial en la matière.
Les frontières internationales
ne sont pas la préoccupation majeure du Nigeria. Quelques heurts
avec le Tchad, le Cameroun (à propos de la péninsule de Bakassi)
ou la Guinée-Equatoriale (à propos de la délimitation
des zones d’exploitation off-shore du pétrole) ont défrayé
la chronique de temps à autre. Seule la question du mandat britannique
au Cameroun a vraiment suscité un débat national. En 1959,
Bello mettait tout son poids dans le référendum sur le nord-Cameroun,
qu’il voulait incorporer au Nigeria. Il se heurtait au NKPD (Northern Kamerun
Democratic Party) et au One Kamerun Party, qui reprochaient aux Nigérians
d’avoir monopolisé tous les postes clés de l’administration
locale.
Quel rôle diplomatique peut
donc jouer aujourd’hui le Nigeria à la tête de la CEDEAO ?
L’expulsion brutale de centaines de milliers d’immigrés illégaux
en Février 1983 ne prêche guère en faveur de la solidarité
africaine. Près de 2 millions de travailleurs étrangers illégaux
n’ont eu qu’une semaine pour déguerpir !
Le Ghana a été le
premier touché par l’afflux soudain de jeunes chômeurs. En
omettant d’avertir ses voisins, le Nigeria a fait preuve d’un mépris
flagrant à leur égard. Il y a perdu une réputation,
mais non la révérence qui va à un état essentiel
dans la région, le premier d’Afrique subsaharienne à avoir
reçu la visite officielle d’un président américain
(Carter) avant la Somalie.
Le Nigeria prétend à
ce titre représenter l’Afrique au Conseil de sécurité
de l’ONU.
Enfin, on présente souvent
Lagos comme la plaque tournante internationale de la drogue et du crime,
la ville de tous les rackets. La violence a incontestablement terni l’image
de marque du Nigeria. Le prestige de la puissance économique et
industrielle le dispute à cette renommée infamante. Les investisseurs
ne s’y sont pas trompés, qui ont choisi à leurs risques et
périls de s’installer en eaux troubles mais pétrolifères.
Il ne se passe pas un jour sans
que les journaux ne parlent d’un scandale lié à la corruption,
que la radio ou la télévision ne diffuse le signalement de
bandits armés. La recrudescence du trafic de drogue fait à
présent la une de l’actualité.
CONCLUSION
La stabilité du Nigeria apparaît
incertaine en raison de la fragilité des institutions et des désordres
sociaux qu’ont entraîné le processus de modernisation par
la colonisation et, de façon plus conjoncturelle, les retombées
du boom pétrolier.
Certains insistent sur les facteurs
endogènes d'instabilité. D'autres, plus proches du marxisme,
centrent leur analyse sur la dépendance du pays par rapport au monde
capitaliste développé. La réalité a des causes
internes (organisation de la fédération, clivages religieux,
ethniques, régionaux et socio-économiques) et externes (programme
d'ajustement structurel du fonds monétaire international, impasse
du tout-pétrole). La vulnérabilité de l'économie
est indéniable. Le fédéralisme nigérian cache
un gouvernement très centralisé. La multiplication des états
n'a pas été une solution. Toute nouvelle fragmentation de
la fédération réduit d'autant les autonomies régionales.
Le fédéralisme est censé respecter les identités
de groupes dans un état nation multinationale.
Source :
Le Nigeria, Karthala, De Montclos
Marc-Antoine

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier