Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Nigeria9
LE NIGERIA DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

Bien qu’étant le plus grand pays de l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria n’a pas pris la tête du  mouvement de décolonisation et n’a guère rivalisé avec le panafricanisme d’un N’Krumah au Ghana ou le radicalisme d’un Sekou Touré en Guinée. Seule la condamnation des essais de la bombe atomique de la France au Sahara, en 1961, va dans ce sens. Une telle position, qui entraîne la dégradation, jusqu’à la rupture, des relations diplomatiques entre les deux pays, n’est pas pour rien, d’ailleurs, dans la sympathie affichée par De Gaulle en faveur du Biafra pendant la guerre civile.
Murtala Moammed est le premier à rompre avec la modération de la politique extérieure du Nigeria. Son radicalisme tranche par rapport à l’attitude de Gowon, qui s’était réconcilié avec les anciens alliés du Biafra.
Murtala Mohammed soutient la lutte de libération du MPLA en Angola et condamne de façon plus engagée l’apartheid en Afrique du Sud, ainsi que les puissances occidentales qui l’appuient. Ses successeurs, à qui le pétrole donne les moyens financiers de la puissance, étendent l’influence diplomatique de la fédération, depuis la médiation dans la guerre civile du Tchad jusqu’à la réconciliation avec l’Afrique du Sud.
Cependant, la diplomatie fédérale consiste souvent en démonstrations de puissance autant destinées à impressionner l’Afrique de l’Ouest qu’à se mettre en valeur sur la scène politique interne. L’exemple le plus récent est l’implication du Nigeria au sein de l’ECOMOG, la force d’intervention panafricaine au Liberia. Qu’avait à gagner Babangida en s’engageant à Monrovia dans le bourbier libérien, contre les forces du NPLF de Charles Taylor ? On pense à l’affirmation  d’un rôle de protecteur naturel sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, protection qui, pour beaucoup de petits pays riverains, de la Guinée-Equatoriale au Bénin, rime avec domination.
La petite Guinée-Equatoriale, au sud-est de la fédération, se méfie beaucoup des ingérences du grand frère nigérian.
Le Nigeria est une puissance économique qui attire les partenaires étrangers. Paris demeure le 4ème partenaire du pays après les USA, l’Allemagne et la Grande-Bretagne : Elf, Michelin, Peugeot et les grandes entreprises de travaux publiques, comme Bouygues, comptent parmi les multinationales les mieux implantées. Le Nigeria est le premier partenaire commercial de la France en Afrique noire (hormis l’Afrique du sud), et son premier fournisseur en pétrole sur le continent.
La puissance financière nigériane n’est pas solide. Quatrième producteur de l’OPEP, le Nigeria est considéré comme le maillon faible de l’organisation. A cause de ses difficultés internes, il a réussi à négocier des tarifs préférentiels et le relèvement de ses quotas. Au sein de l’OPEP, le Nigeria est de ceux qui tirent vers le bas le prix mondial du brut, signe de vulnérabilité. La contrainte démographique, qui annule les acquis de la croissance, lui enlève toute marge de manœuvre. Le pétrole fournit plus de 90% des réserves de change et finance plus de 80% du budget. La ponction de l’état sur chaque baril de pétrole est une des plus élevées au monde.
En Afrique de l’Ouest, le Nigeria reste un partenaire incontournable, à la fois attractif et effrayant.
Leader et fondateur de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ou ECOWAS en anglais), Lagos s’arroge un droit de regard qui va du Liberia à la Guinée-Equatoriale. Le partage de l’Afrique lors de la conférence de Berlin de 1884 avait divisé les royaumes africains sans tenir compte des droits ethniques. La frontière bénino-nigériane, qui sépare des communautés yorouba, illustre l’arbitraire colonial en la matière.
Les frontières internationales ne sont pas la préoccupation majeure du Nigeria. Quelques heurts avec le Tchad, le Cameroun (à propos de la péninsule de Bakassi) ou la Guinée-Equatoriale (à propos de la délimitation des zones d’exploitation off-shore du pétrole) ont défrayé la chronique de temps à autre. Seule la question du mandat britannique au Cameroun a vraiment suscité un débat national. En 1959, Bello mettait tout son poids dans le référendum sur le nord-Cameroun, qu’il voulait incorporer au Nigeria. Il se heurtait au NKPD (Northern Kamerun Democratic Party) et au One Kamerun Party, qui reprochaient aux Nigérians d’avoir monopolisé tous les postes clés de l’administration locale.
Quel rôle diplomatique peut donc jouer aujourd’hui le Nigeria à la tête de la CEDEAO ? L’expulsion brutale de centaines de milliers d’immigrés illégaux en Février 1983 ne prêche guère en faveur de la solidarité africaine. Près de 2 millions de travailleurs étrangers illégaux n’ont eu qu’une semaine pour déguerpir !
Le Ghana a été le premier touché par l’afflux soudain de jeunes chômeurs. En omettant d’avertir ses voisins, le Nigeria a fait preuve d’un mépris flagrant à leur égard. Il y a perdu une réputation, mais non la révérence qui va à un état essentiel dans la région, le premier d’Afrique subsaharienne à avoir reçu la visite officielle d’un président américain (Carter) avant la Somalie.
Le Nigeria prétend à ce titre représenter l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU.

Enfin, on présente souvent Lagos comme la plaque tournante internationale de la drogue et du crime, la ville de tous les rackets. La violence a incontestablement terni l’image de marque du Nigeria. Le prestige de la puissance économique et industrielle le dispute à cette renommée infamante. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés, qui ont choisi à leurs risques et périls de s’installer en eaux troubles mais pétrolifères.
Il ne se passe pas un jour sans que les journaux ne parlent d’un scandale lié à la corruption, que la radio ou la télévision ne diffuse le signalement de bandits armés. La recrudescence du trafic de drogue fait à présent la une de l’actualité.

CONCLUSION

La stabilité du Nigeria apparaît incertaine en raison de la fragilité des institutions et des désordres sociaux qu’ont entraîné le processus de modernisation par la colonisation et, de façon plus conjoncturelle, les retombées du boom pétrolier.
Certains insistent sur les facteurs endogènes d'instabilité. D'autres, plus proches du marxisme, centrent leur analyse sur la dépendance du pays par rapport au monde capitaliste développé. La réalité a des causes internes (organisation de la fédération, clivages religieux, ethniques, régionaux et socio-économiques) et externes (programme d'ajustement structurel du fonds monétaire international, impasse du tout-pétrole). La vulnérabilité de l'économie est indéniable. Le fédéralisme nigérian cache un gouvernement très centralisé. La multiplication des états n'a pas été une solution. Toute nouvelle fragmentation de la fédération réduit d'autant les autonomies régionales. Le fédéralisme est censé respecter les identités de groupes dans un état nation multinationale.

Source :
Le Nigeria, Karthala, De Montclos Marc-Antoine


 

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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier