Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Bilan Nigeria


BILAN ECONOMIQUE et POLITIQUE DU PAYS

Un an après s'être placé au ban des nations, en faisant exécuter l’écrivain Ken Saro-Wiwa et 8 autres militants de la cause du peuple ogoni, le régime militaire nigérian a opéré un spectaculaire rétablissement politique et diplomatique. Sur le plan intérieur, le général Sani Abacha a poursuivi son plan de « retour à la démocratie » sans faire aucune concession à l’opposition, si ce n’est la libération – symbolique – de trois de ces principaux représentants, en novembre.
Le Nigeria a également fait son retour sur la scène internationale en prenant la tête d’une structure de concertation régionale en vue de régler la crise libérienne. Le général Abacha a été élu président de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDECAO), et la force d’interposition au Liberia dirigée par le Nigeria, l’ECOMOG, a réussi à mener à bien les premiers stades du processus de paix, parvenant à susciter l’intérêt des bailleurs de fonds pour ce pays.
Du coup, les sanctions décidées par le Commonwealth, les USA et l’Union Européenne sont passées au second plan. Elles n’avaient guère d’effet, dans la mesure où elles ne concernaient pas le commerce du pétrole, qui reste la principale source de devises du Nigeria. D’autre secteurs industriels relèvent la tête, et l’évolution du PIB, négative jusqu’en 1994, est repartie à la hausse – certains évoquent un taux de croissance de 5% pour 1996.
La rigueur budgétaire et la campagne de privatisation sont menés avec une constance, tant dans les principes que dans la durée, à laquelle le Nigeria n’avait pas habitué ses partenaires économiques. L’inflation n’est pas encore maîtrisée mais elle est en nette baisse. Et le naira a conservé un cours à peu près stable face au dollar, après avoir été fortement dévalué en 1995 pour aider les exportateurs nigérians à contrer la dévaluation du franc CFA. Etant donné la taille du marché – le plus grand d’Afrique – on comprend que les candidats à la reprise des grandes société nationales acceptent de fermer les yeux sur une répression qui reste féroce et une société toujours minée par une violence extrême.

Pour le Nigeria : taux de fécondité = 6.2% ; espérance de vie = 52 ans ; PNB par habitant = 240 dollars
Evolution du PNB de 1986 à 1996 = +5%

Le 1er Août 1998, les militaires nigérians devraient rendre le pouvoir aux civils lors d’un scrutin pluraliste (on sait aujourd’hui que cela ne sera pas le cas après le décès de Sani Abacha). Les tensions intercommunautaires restent vives dans le sud, probablement entretenues par un pouvoir nordiste ravi de voir des opposants potentiels s’entre-déchirer. De toute façon, le régime militaire ne pouvait difficilement se prévaloir de sa réussite économique pour se présenter devant les électeurs. Avec une croissance d’à peine 3% pour 1996 et une inflation de plus de 25% en décembre de la même année, le Nigeria se traîne par rapport à ses voisins ghanéen ou ivoirien. Et encore, les industriels nigérians estiment que ces chiffres ne reflètent pas la réalité, tout comme l’excédant budgétaire de 37 milliards de nairas (9 milliards de francs français) que revendique le gouvernement.  Cet excédent serait bien sûr le fruit des revenus pétroliers, mais ceux-ci sont probablement inférieurs aux chiffres annoncés, en raison des difficultés rencontrées dans l’exploitation et en raison des détournements dans l’administration.
La mauvaise santé du Nigeria se manifeste aussi par la perpétuelle pénurie de produits pétroliers raffinés, un comble pour le 5ème producteur mondial de pétrole avec 2 millions de barils par jour. Cette pénurie s’explique par le délabrement des raffineries locales, dont la réhabilitation devrait s’achever en Juin 1998.
La réalisation du complexe de liquéfaction de gaz de Bonny s’est également heurtée à de nombreux problèmes, dont la défection d’un partenaire italien. Cet équipement devrait limiter le gaspillage de gaz naturel, actuellement brûlé sur les sites d’exploitation, ce qui représente à la fois un important manque à gagner (Le Nigeria pourrait produire les ¾ de la consommation française de gaz naturel) et une menace considérable pour l’environnement. Le complexe de Bonny devrait commencer à produire à partir de 1999.
L’approvisionnement en électricité n’est pas non plus assurée par la société nationale Nepa, qui a laissé sans courant les 5 provinces de l’est pendant plusieurs jours, en 1997. Même s’il a augmenté en 1997, le taux d’utilisation des équipements industriels reste très bas, à 32.5%. L’agriculture a été délibérément négligé depuis le début du boom pétrolier et le Nigeria ne profite pas des booms cotonnier et cacaoyer.

Périlleuse transition : (1998)

En six mois, le pays le plus peuplé d'Afrique subsaharlenne a renoué avec l'espoir. La mort du dictateur Sani Abacha, le 8 juin 1998, a déclenché un processus dont la rapidité et la radicalité ont surpris tous les observateurs. Jusqu'alors discret numéro deux d'un régime militaire honni de toute la population, le successeur du général Abacha, Abdulsalam Abubakar, a mis en chantier une transition démocratique qui devrait s'achever le 19 mal 1999, par la remise du pouvoir à un président civil. les prisonniers politiques ont été pour la plupart libérés; les activités syndicales ont été autorisées et la presse a recouvré sa liberté d'expression.
Les cinq ans de dictature Abacha ont vu le pillage des ressources de l’état atteindre des proportions jusqu’ici méconnues. En laissant les raffineries se dégrader jusqu’à l'arrêt total de leurs activités, le régime militaire a provoqué, puis géré à son profit, la pénurie de produits pétroliers, dans un pays qui est le sixième producteur de brut mondial. La manifestation la plus tragique de cette pénurie, qui ronge le tissu économique et social, fut l'explosion de Jesse, qui coûta la vie à prés de deux mille personnes venues collecter l'essence raffinée qui s'échappait d'un pipeline saboté.
La mise en place d'un système d'allocation des revenus pétroliers plus favorable aux populations des régions productrices du delta du Niger a été l'occasion de tous les détournements. Le régime du général Abubakar a entrepris de recouvrer une partie des fonds détournés. On a découvert 250 millions de dollars (1,5 milliard de francs) en liquide dans les villas que le conseiller national pour la sécurité de Sani Abacha s'était fait construire. Pour l'instant, ces corrections sont acceptées sans broncher par une armée discréditée. Mais Si les officiers semblent prêts à abandonner le pouvoir politique aux civils, rien ne garantit qu'ils renonceront aux immenses avantages financiers que trente ans de régime militaire leur ont permis d'accumuler.
le Nigeria pâtit plus qu'aucun autre pays d'Afrique subsaharienne de la faiblesse persistante des cours du brut : le général Abubakar avait promis de multiplier le traitement des fonctionnaires par trois, afin de les ramener à un niveau compatible avec le coût effectif de la vie et de lutter contre la corruption. Une mesure qui n'a jamais été concrétisée faute de revenus pétroliers. C'est qu'à la faiblesse des cours se sont ajoutées les actions des jeunes originaires des communautés du delta, qui ont privé pendant près de deux mois le Nigeria d'un tiers de sa production quotidienne de pétrole, soit deux millions de barils.
L'année 1999 s'annonce donc périlleuse. les élections, les tensions ethniques dans le delta peuvent déclencher une explosion de violence. Cette incertitude empêche le retour des investisseurs internationaux.

1999
En 1999, le Nigeria a pris un nouveau départ avec l'élection en mai à la présidence du général en retraite Olusegun Obasanjo. Après quinze ans de régimes militaires laxistes et corrompus, le pays tente de reprendre sa place de nation phare en Afrique. Non sans mal.
A leur arrivée au pouvoir, les civils ont trouvé des caisses vides. Les réserves en devises avaient fondu, passant de 7,1 à, à peine, 3,1 milliards de dollars (42,6 milliards de francs à 18,6) pendant que le déficit des entreprises du secteur public se creusait. Gangrenée par la corruption, noyautée par des militaires et leurs hommes d'affaires sans scrupules, l'activité économique a laissé développement en panne. Les infrastructures industrielles, en particulier pétrolières, se sont considéra ment dégradées, entraînant de permanentes pénuries de carburant dans un pays qui occupe le septième rang des producteurs de pétrole de, l'OPEP, avec environ 2 millions barils/jours et tire 95% de ses réserves en devises de cette exploitation. Malgré un potentiel économique énorme, le Nigeria s'est enfoncé dans une pauvreté absolue.

Pour s'en sortir, le Nigeria compte sur le retour des bailleurs de fonds qui l'avaient mis au ban des nations pendant la période Abacha. L'Union européenne devrait, en 2000, débloquer une aide de 428 millions de dollars (2,6 milliards francs). Le FMI et la Banque mondiale, qui ont effectué plusieurs missions d'observation fin 1999 et mis en place un « programme de surveillance », devraient soutenir le programme de réformes promis par le président Obasanjo. Celui-ci prévoit une restriction de la masse monétaire, une réduction de l'inflation et une allocation plus importante des ressources de l'Etat vers les secteurs sociaux, la privatisation des grandes entreprises publiques et surtout la lutte sans merci contre la corruption.

Une des premières préoccupations du nouveau pouvoir a été de récupérer les fonds détournés par le général Sani Abacha, au pouvoir jusqu'à sa mort en juin 1998 et par son prédécesseur, le général Ibrahim  Babangida.
Déjà, la famille Abacha a dû rétrocéder à l'Etat 750 millions de dollars (4,5 milliards de francs) de fonds publics qu'elle avait accaparés, et une mission nigériane est sur la trace avec l'aide du gouvernement américain, de plus de 2 milliards de dollars (12 milliards de francs) illégalement transférés des caisses de la banque centrale vers des comptes aux Etats Unis.

Conscients du rôle moteur qu'un Nigeria réhabilité pourrait jouer en Afrique, les Etats-Unis soutiennent sans réserve le pouvoir civil. Le général Obasanjo a été reçu, en octobre par Bill Clinton pour la seconde fois depuis son élection. Ce dernier, a plaidé pour un rééchelonnement de la dette nigériane, a qualifié le Nigeria de « point pivot autour duquel l'avenir de toute l'Afrique tournera».
Mais le président Obasanjo sait qu'il est assis sur une poudrière et que les Nigérians lui demanderont rapidement les dividendes de la démocratie retrouvée. Le pouvoir espère .qu'il aura suffisamment de temps pour attendre que les effets de l'aide internationale, les bénéfices des futures privatisations et les efforts de bonne gouvernance soient enfin perceptibles par des électeurs exigeants et des militaires toujours prêts à reprendre les commandes.

2000

Après quinze années de dictature, le pays le plus peuplé d'Afrique renoue avec ses vieux démons. Au-delà d'une façade institutionnelle avenante, le Nigeria démocratique d'Olusegun Obasanjo sombre dans l'anarchie. La démilitarisation laisse libre cours à toutes les revendications communautaires, religieuses ou partisanes. Depuis la fin de la guerre du Biafra, en 1970, jamais le pays n'avait connu de tels déchirements.

Un ancien commandant de l'armée sécessionniste du Biafra, le général Alexander Madiebo, estimait, fin novembre 2000, assister à une « reproduction » de la spirale de 1966-1967. En pays yoruba (Sud Ouest, chrétien), des factions s'adonnent au pogrom anti-Haoussas (populations originaires du Nord, musulman), aux attaques de commissariats et à la dîme forcée. En sens inverse, la chasse aux Yorubas dans les villes du Nord tourne au massacre: du 21 février au 6 mars dernier, plusieurs milliers de personnes ont été tuées. En ordre dispersé, les Etats du Nord décident d'appliquer la charia islamique, instrument pratique de pression sur le pouvoir central.

Dans le Sud-Est pétrolier, les troubles ont, de nouveau, pris une telle ampleur que la compagnie Shell, invoquant un cas de force majeure, a réduit ses livraisons du terminal de Bonny de près de moitié au cours du mois de novembre. Totalement débordées, les autorités fédérales sont réduites à un rôle de figurant. Les revanchards des régimes déchus des généraux Sani Abacha et Ibrahim Babangida trouvent leur intérêt dans cet immense désordre.

Les révélations de détournements de fonds publics sous la dictature stupéfient par l'ampleur des sommes citées. Mais le dispositif anti corruption mis sur les rails par le président Obasanjo piétine. Sur ce dossier comme sur de nombreux autres, le pouvoir législatif fédéral s'est lancé dans un combat de tous les jours avec l'exécutif. La loi de finances pour 2000 a dû attendre le mois de mai pour être adoptée. Les mesures recommandées par les institutions de Bretton Woods, en particulier le relèvement des prix du carburant, se révèlent impossibles à mettre en oeuvre.

En conséquence, un accord triennal avec le FMI n'a pu être signé. Abuja doit se contenter d'un simple accord annuel stand-by, assorti d'un financement de 7 ,8 milliards de francs. Et encore, est-ce là l'expression de la volonté des Etats-Unis d'appuyer l'expérience nigériane, comme l'atteste la visite officielle du président Bill Clinton en août.

Même très poussif, le train des réformes structurelles a démarré. Le ministère des finances a annoncé au FMI son intention de céder, au cours de 2001, la participation de l'Etat dans la compagnie aérienne, l'opérateur télécoms et les quatre raffineries de pétrole. Avant ces privatisations, le gouvernement fédéral se voit contraint de redresser d'urgence un système de distribution d'électricité en pleine déconfiture en raison du vandalisme, du pillage et de la mauvaise gestion.

Source :
Bilan du Monde 96-2001
   Structures administratives et politiques

Le " Provisional Ruling Council " est l’organe militaire suprême du gouvernement depuis le 17 novembre 1993, date de la prise de pouvoir du Général Sani ABACHA. Il est composé exclusivement d’officiers supérieurs qui ont approuvé, il y a deux ans, le texte définitif de la nouvelle constitution.

Le Président, Chef de l’Etat et commandant des forces armées, le général Sani ABACHA, est assisté d’un vice-président et chef d’Etat-major général, le général DIYA. Il dirigeait, jusqu’à la dissolution du gouvernement qu’il a annoncé dans son discours du 17 novembre 1997, un gouvernement fédéral de 4 chefs d’Etat-major, 25 ministres, 7 secrétaires d’état et 1 secrétaire général du gouvernement.

Le pouvoir politique est donc assuré à deux niveaux :

Le P.R.C et le gouvernement

 La République fédérale du Nigeria est constituée de 36 Etats - 6 Etats ont été nouvellement crées, en 1996, sur décision du Chef de l’Etat - auxquels il convient d’ajouter le territoire de capitale fédérale ABUJA qui bénéficie d’un statut particulier.

Les 36 Etats fédérés de la Fédération sont gouvernés par des administrateurs militaires ; l’échelon inférieur est constitué par les " gouvernements locaux ", présidés par des " chairmen " qui sont au nombre d’environ 500. Il faut aussi tenir compte des chefferies traditionnelles, d’obédience religieuse diverses, qui jouissent encore d’une influence loin d’être négligeable.

Le général Ibrahim Babangida s'était engagé après son coup d'état du 28 Août 1985 à remettre le pouvoir aux civils à l'issue d'un programme de transition nationale fondé sur un plan d'ajustement structurel pour le redressement économique. Malheureusement sa politique économique, teintée de populisme et de dirigisme, se solda par des résultats médiocres tant au niveau des déficits budgétaires, de l'inflation que celui de la politique de change. Après un calendrier de transition respecté dans ses grandes lignes, les élections présidentielles du 12 Juin 1993, qui se seraient sans doute conclues par une victoire du leader de l'opposition Moshood Abiola, furent annulées par l'armée avant l’achèvement du décompte. Devant son incapacité à rétablir l'ordre et à gouverner dans un climat de chaos politico-économique, le général Babangida quitta le pouvoir qui fut remis au civil Ernest Shonekan. Celui-ci prit la tête d'un gouvernement intérimaire renversé trois mois plus tard, le 17 Novembre 1993, par le coup d'état du général Sani Abacha. Toutes les instances démocratiques élues furent supprimées et le processus de démocratisation interrompu.

Après la tempête provoquée par les événements du 10/11/95 (crise des Ogonis), qui entraîna une vague de contestations internationales notamment de la part de l’U.E. et du Commonwealth, l’horizon s’est éclairci en 1996 : succès des élections locales de mars, multiplications des missions des Nations-Unies et du F.M.I. en mars, juin et juillet, enregistrement, courant juillet, des partis politiques et changement, mi-août, de la moitié des gouverneurs militaires. Il faut noter aussi la présence du général ABACHA, en fin d’année, au sommet franco-africain de Ouagadougou.

Le premier semestre de 1997 a été essentiellement marqué par la tenue d’élections municipales en mars et la distribution des allocations budgétaires pour le fonctionnement des cinq partis politiques dûment enregistrés.

De même, pour taire les rumeurs de remise en cause du processus de transition, le Chef de l’Etat a confirmé début juillet le calendrier des différentes étapes prévues jusqu’au 1er octobre 1998 et n’a pas cessé de réaffirmer qu’à cette date-là, il remettrait le pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu.
En revanche, une tentative de coup d'état, le 21 Décembre 1997 déjoué en douceur, a fourni aux conservateurs du nord l'occasion d'une reprise en main des rouages du pouvoir militaire. Le numéro deux du régime militaire, le Général DYA, originaire du sud-ouest comme la quasi totalité des conjurés, a été incarcéré.

Courant Avril 1998, chacun des cinq partis politiques officiellement enregistrés devraient désigner leur candidat aux présidentielles d'août 1998. Quant aux élections legislatives, elles sont toujours programmées pour la fin avril.
 

LES 36 ETATS FEDERES DU NIGERIA

AU NORDJIGAWA, SOKOTO, KANO, BORNOKATSINA, KADUNA, BAUCHI, YOBEAU NORD- EST AU NORD- OUESTBENUE, GOMBE KEBBI, ZAMFARAA l’EST AU CENTRE ET A L’ESTADAMAWA, ANAMBRA TARABA, PLATEAU, KOGI,NASSARAWAAU CENTRE OUEST AU SUDNIGER, KWARAEDO, DELTAAU SUD- EST AU SUD OUESTIMO, CROSS RIVER, AKWA IBOM, OSUN, ONDO, OGUNRIVERS, ENUGU, ABIA,OYO, LAGOS, EKITIEBONIYI, BAYELSAABUJA.

Point sur la situation économique au 1er Avril 1998

Le Nigeria est avec l'Afrique du Sud l'un des deux grands pôles de développement du continent Africain. Le groupe des pays du golfe de Guinée qui va d'Abidjan à Yaoundé totalise plus de 80% du PIB régional. Cet ensemble polarise l'essentiel du marché régional et représente un potentiel d'échanges régionaux très prometteur. Au coeur de ce système et de l'économie régionale, le Nigeria représente à lui seul 50% du PIB d'Afrique de l'Ouest. Il dispose de la moitié de la population ouest-africaine, 110 millions d'habitants, pour une croissance démographique de +2,7% par an, de ressources naturelles pétrolières et gazières importantes et durables, d'un niveau d'urbanisation supérieur à la moyenne régionale et de 80% des diplômés de l'enseignement supérieur régional. Il est l'un des rares pays africains qui compte sur la scène internationale aussi bien sur le plan économique que politique.

Situation politique : le processus de transition démocratique prévoit le passage du pouvoir aux civils pour le 1er Octobre 1998 :

Après la "tempête " provoquée par les événements du 10/11/95 (crise des Ogonis), qui entraîna une vague de contestations internationales notamment de la part de l’U.E. et du Commonwealth, l’horizon s’est éclairci en 1996 : succès des élections locales de mars, multiplications des missions des Nations-Unies et du F.M.I. en mars, juin et juillet, enregistrement, courant juillet, des partis politiques et changement, mi-août, de la moitié des gouverneurs militaires. Il faut noter aussi la présence du général ABACHA, en fin d’année, au sommet franco-africain de Ouagadougou. Le premier semestre de 1997 a été essentiellement marqué par la tenue d’élections municipales en mars et la distribution des allocations budgétaires pour le fonctionnement des cinq partis politiques dûment enregistrés. De même, pour taire les rumeurs de remise en cause du processus de transition démocratique, le Chef de l’Etat a confirmé dans son discours du 1er octobre 1997 le calendrier des différentes étapes électorales prévues jusqu’au 1er octobre 1998.

Les résultats du budget 1996 ont été très satisfaisants et ont attesté d’une consolidation des principaux indicateurs économiques

Les résultats annuels ont dépassé les espérances :

- taux dinflation de 28% en fin de période
- augmentation des réserves extérieures à 4 MdUSD
- stabilité de la monnaie nationale
- croissance du P.I.B (+3,25%) tirée par le secteur agricole (+3,8%)
- déplafonnement des taux d’intérêt dans un contexte d’assainissement intense du secteur bancaire
- succès des interventions hebdomadaires de la C.B.N.
- un excédent budgétaire de 37 MdNGN (1,5% du P.N.B.)
- revenus pétroliers excédentaires de 3 MdUSD aux prévisions - grâce à un prix moyen du baril supérieur de 4,25 USD aux recettes budgétisées et malgré un budget fédéral pour l’industrie pétrolière arbitrairement amputé de 20% par le ministre des finances.

Conforté aussi par des recettes fiscales plus élevées que prévues, le gouvernement nigérian peut se féliciter de quelques succès sur le front des réformes libérales.

Mais les points d’insatisfaction demeurent toujours :

- un service de la dette insuffisant - 2 MdUSD contre 5,2 MdUSD attendus - malgré une réduction de la dette globale de 4 MdUSD annoncée, à la surprise générale, par le Ministre des finances

- maintien des subventions aux prix des carburants - les prix de l’essence sont de 11 NGN le litre depuis décembre 1994 - et des engrais

- activité industrielle atone avec seulement 32,5% de taux d’utilisation des capacités.

De leur coté, les déboursements du Fonds Spécial du Pétrole, quelques 20 MdNGN, bien qu’ayant démarré lentement, n’ont pas provoqué les tensions inflationnistes redoutées par les milieux bancaires.
 

Un budget 1997 placé sous le signe de la " croissance économique et du développement "

Après l’annonce du budget 1997, la probabilité d'un accord avec le F.M.I. pour un programme d'ajustement structurel s’est éloignée.

Aucune des exigences du F.M.I., notamment le retour à l'unicité du taux de change, la fin des subventions accordées aux prix de l'essence et des engrais et le lancement effectif du processus de privatisation, n'est satisfaite.

Il s’agit pourtant d’un budget plutôt bien conçu dont les objectifs sont :

- réduction de l’inflation à 15%
- stabilité de la monnaie
- équilibre budgétaire
- croissance du P.I.B de 5,5%
- revenus pétroliers stables à 9,2 MdUSD sur la base d’un prix moyen du baril de 17 USD

Des avancées significatives, notamment en matière d’assainissement de l’environnement des affaires, doivent être soulignées :

- relèvement du capital minimum des banques à 500 MNGN avant le 31/12/1998
- accentuation du contrôle du Ministère Fédéral des Finances sur le secteur financier et notamment sur la C.B.N
- aménagement du tarif douanier
- tri sévère des projets contestables du passé

Malheureusement, les allocations destinées au secteur des hydrocarbures - 2,05 MdUSD au titre des " cash calls " - ont suscité les vives inquiétudes des compagnies pétrolières car ce montant correspond à un budget d’investissements de 3,6 MdUSD, très en deçà des demandes initiales des " majors " qui portaient sur 5,5-6 MdUSD. Aussi, à la suite de réunions, en mai et juin, qui ont confirmé les amputations budgétaires, les " majors " ont procédé à des réductions d’investissements de 30 à 40% (arrêts de puits, décalages d’investissements gaziers etc.) et redoutent que le souhait du Chief ANI de passer aux " Contrats de Partage de Production " ne prennent du temps et retardent le développement des programmes surtout dans le domaine gazier.

Taux de croissance : une croissance soutenue par le secteur des hydrocarbures

Les prévisions gouvernementales, qui tablaient sur un taux de croissance de 5,5% pour l’année 1997, sont d’ores et déjà contestées par les économistes indépendants et surtout, par le F.M.I. Les économistes de la place estiment que la croissance du premier semestre a été comprise entre 0,8 et 1,2%. Malgré l’atonie du secteur industriel " non lié au secteur des hydrocarbures ", la croissance a été tout de même légèrement soutenue par un prix du baril encore élevé (en particulier au deuxième trimestre avec des cours supérieurs d’1,8 à 2,6 USD par rapport aux premiers mois de l’année). Toutefois, comme l’indique clairement le rapport du F.M.I. publié à la mi-septembre, en vue de la réunion annuelle de l’Institution financière qui s’est déroulée fin septembre 1997 à Hongkong, le taux annuel de croissance devrait atteindre seulement 3,5 - 3,6% contre un objectif gouvernemental de 5,5% du fait :

- des pénuries d’essence dues autant à l’état des trois raffineries opérationnelles qu’aux sabotages de pipelines, qui ont provoqué de nombreux dysfonctionnements dans l’activité du secteur privé

- de la contraction volontaire des dépenses budgétaires d’investissements encore très partiellement libérées en septembre.

SYSTEME LEGAL :

Le système légal comporte trois codes : la loi habituelle, la loi nigériane de statut et la loi anglaise. Il existe certaines variations régionales, surtout entre le sud chrétien et le nord musulman. Il y a 4 niveaux de cours habituelles, la plus haute fonctionnant comme une cour d’appel. Dans les régions musulmanes, les juges entreprennent leur formation légale dans le droit islamique. Chaque état possède une Haute Cour, présidée par un « juge suprême ». D’un statut identique est la « Federal Revenue Court », qui est chargé aussi de s’occuper des impôts, des corporations…
Les appels de ces cours sont traités par la Cour d’Appel Fédéral. La Cour la plus haute est la Cour suprême, présidé par le Chef de la Justice accompagné par 15 autres juges.
En cas de conflit entre la législation fédérale et la législation d’état, c’est la législation fédérale qui prévaut.

SYSTEME FEDERAL :

Avec la constitution fédérale suspendue, le gouvernement du Nigeria consiste en un état fédéral avec une législation fédérale par le décret du Conseil Dirigeant Provisoire du régime militaire. La législation d’état est promulguée par des gouverneurs militaires. La Constitution de 1989 fournit un parlement bicaméral (comprend deux assemblées législatives) qui se compose d’une Maison des Représentants (avec 589 sièges) et d’un Sénat (avec 91 sièges).
La conférence constitutionnelle de Juin 1994 recommandait un accroissement du nombre d’états pour éviter la domination d’une région sur une autre. Elle demandait aussi la rotation des postes importants (Président, vice-président, premier Ministre, Président du Sénat…). 6 nouveaux états étaient crées en Octobre 1996, amenant le total à 36.
 
 

RESUME D’ARTICLES PARUS DANS LA PRESSE DE MARS 91 A MAI 1996 :

LAGOS :
D’après les statistiques officielles, Lagos concentrait 63% de l’investissement national , plus de 40% de l’argent en circulation, 85% des entreprises cotées en bourse, 36% des fonctionnaires du gouvernement fédéral, 62% du PNB et 66% de la valeur ajoutée du secteur secondaire.
Les dates clés :
1861 : bombardement et annexion de la bourgade par les Britanniques
1886 : Lagos devient une colonie
1914 : fusion du nord et du sud du Nigeria, dont Lagos est la capaitale
1960 : indépendance du Nigeria
1967 : création de l’Etat de Lagos
1975 : décision de transférer la capitale fédérale dans le centre du pays, à Abuja
1991 : déménagement officiel de la présidence à Abuja
Juin 1993 : l’annulation des élections remportées par Abiola provoque des troubles à Lagos
Eté 1994 : grandes grèves de l’opposition

Les tours orgueilleuses des grandes banques dominent de petits marchés sordides, les villas à piscine jouxtent les bidonvilles, et les grosses cylindrées éclaboussent les estropiés qui mendient au bord de la chaussée (l’écrivain Wole Soyinka voyait dans le fossé grandissant entre les classes un signe profond de dysfonctionnement social, peut-être plus important encore que les divisions ethniques et religieuses). Lagos ne fait pas exception à la règle : comme dans la plupart des mégalopoles, la misère y côtoie l’opulence. Mais on n’y meurt pas de faim : du moins pas dans la rue comme en Inde. Les cadavres qui flottent parfois dans le port sont ceux de victimes du banditisme.
A Lagos, on n’est d’abord frappé par le bruit, la surpopulation et la crasse. Il peut faire bon vivre à Lagos, à condition d’y posséder maison, voiture, domestiques… ce qui ne concerne qu’une infime minorité des citadins nigérians. Des millions d’autres ne font que survivre ! !
En 1991, le quartier de Maroko (quartier sans esu ni électricité) a été rasé et ces 300 000 résidents jetés à la rue (il faut dire que les bidonvilles jouxtaient un nouveau quartier riche abritant de somptueuses villas !). Le gouvernement avait trouvé une excuse : les courants rongeaient la côte et la mer risquaient de submerger Maroko à plus ou moins longue échéance.
Combien d’habitants vivent à Lagos ? 10, 12 millions selon les estimations (le pays compte 110 millions d’habitants). La misère y est souvent flagrante : le revenu par tête a subi une chute vertigineuse en raison de la baisse en 1990 des cours du pétrole. Le PNB est passé de 1000 dollars en 1980 à 250 dollars en 1990.
Le salaire minimum mensuel est de 125 naira (1000 francs français en 1981 et environ 110 aujourd’hui), alors qu’un sac de riz de 50Kg coûte 450 naira, contre 250 il y a deux ans. Le taux d’inflation, en baisse, atteint encore 30%. « Je ne peux plus m’offrir de riz depuis plusieurs années, c’est trop cher », confie un jeune cadre pourtant relativement bien payé dans une entreprise étrangère.
Les moyens ordinaires de survie des plus pauvres sont ceux très habituels du prolétariat : délinquance, prostitution, contrebande, drogue et petite corruption. Le vol à main armée est monnaie courante (dans les rues, sur les routes…). Les voleurs de voiture ont la réputation d’abattre souvent leurs victimes…Entre gendarmes et voleurs, la distinction est parfois difficile : les policiers armés qui contrôlent le trafic routier  détroussent à l’occasion les voyageurs nocturnes. Un agent de police gagne 135 naira par mois.
Si le gouvernement de Babangida ne fait plus procéder à l’exécution publique des voleurs à main armée, le gouverneur de Lagos n’en préconise pas moins la manière forte pour lutter contre le banditisme. Le lynchage des voleurs est relativement courant, et il est fréquent que des hommes qui tentent de dérober une voiture soient battus à mort par la foule et leurs corps aspergés d’essence et brûlés.
Les délinquants s’entassent dans des prisons où les conditions de détention sont épouvantables : 2000 prisonniers y ont trouvé la mort rien qu’au cours du dernier trimestre 1989. L’état des établissements pénitentiaires est catastrophique. On dénonce aussi la longueur des détentions préventives : 12 adolescents condamnés à mort en 1988 pour vol à main armée commis dans la capitale en 1984, attendaient leur exécution menottés en permanence dans la grande prison de Lagos.
Lagos est tout près de la frontière avec le Bénin : c’est par la route côtière que s’écoule une bonne partie de la contrebande. L’essence est la moins chère au monde: 60 centimes le litre ; la contrebande s’effectue entre la frontière du Bénin et du Nigeria.
Lagos est devenue une plaque tournante de la drogue : en 1990, le Nigeria a crée avec l’aide des USA sa propre agence de lutte contre les stupéfiants. Cette agence aurait saisi pour 67 millions de naira de drogues diverses. La presse nigériane n’hésite pas à accuser le gouvernement de laxisme.
Le problème de l’adduction de l’eau est, quant à lui, en passe d’être résolu, une grande firme française termine la mise en place de 65Km de canalisations à partir d’une usine de traitement des eaux construite par une autre société française. Il en va moins bien pour l’enlèvement des ordures. Une usine d’incinération, construite il y a quelques années, n’a jamais pu fonctionner.
La structure hospitalière et l’administration des soins médicaux sont déplorables à Lagos comme dans le reste du pays : les trois hôpitaux universitaires du pays ne comptent que deux chirurgiens pour les opérations cardio-thoraciques ! ! La mortalité infantile serait de l’ordre de 100 morts pour 1000 naissances, et 60% des médicaments en circulation sont soit périmés, soit de mauvaise qualité, soit des contrefaçons dont le commerce est particulièrement florissant. Les maladies vénériennes sont très répandues et 500 000 Nigérians seraient porteurs du virus du SIDA, selon le ministre de la santé. L’état de Lagos dispose de 297 hôpitaux mais ils n’offrent que 5244 lits. Seuls les plus aisés peuvent s’offrir les rares cliniques privées bien équipées.
Lagos concentre la classe des nouveaux millionnaires – ministres, généraux, gouverneurs…
Le Nigeria a acquis une solide réputation en matière de corruption.
La bonne société de la capitale a organisé ses loisirs à l’écart des quartiers populaires, à Ikoyi principalement, dans des clubs de la meilleure tradition britannique, que fréquentent aussi les européens les plus aisés. Le plus chic et le plus cher – droit d’entrée à 5000 naira, est le Polo Club, où seuls les propriétaires de chevaux sont membres à part entière.
La classe dirigeante ne s’inquiète pas exagérément de la misère ambiante. Un chef traditionnel, membres de plusieurs conseils d’administration, notabilité de la capitale, concède qu’il reste beaucoup à faire pour assurer un niveau de vie décent au plus grand nombre : « Les problèmes de Lagos résultent de la croissance accélérée. Le gouvernement du président Babangida a déjà réussi à améliorer les transports urbains, l’enlèvement des ordures ménagères….mais il faudrait construire davantage de HLM, relever le salaire minimum, subventionner les produits alimentaires de base, mieux équiper les services de santé…. ».
Quant à la classe moyenne, elle cherche souvent son réconfort dans la religion chrétienne ou musulmane, car Lagos est un lieu de brassage de toutes les ethnies et toutes les confessions du pays, même si les Yoroubas de l’Ouest y prédominent. Mais elle est souvent attirée par les églises dites indépendantes d’inspiration chrétienne, dont les plus connues sont les Séraphins et chérubins (plusieurs dizaines de milliers).
La plupart de ces sectes ou églises indépendantes fonctionnent un peu comme des associations d’entraide.
Lagos vit intensément l’actualité politico-religieuse, grâce à une presse prolifique qui dénonce l’affairisme, la corruption, la gabegie administratives et autres fléaux : elle est sans doute l’une des plus libres et des plus vivantes d’Afrique, même si elle évite de critiquer de façon trop ouverte l’équipe dirigeante, qui a la sagesse au moins de laisser écrire.
Plus virulent est le chanteur, roi de l’afro-beat, FELA ANIKULAPO KUTI, qui n’hésite pas à s’en prendre au général Babangida lui-même et au gouverneur Rasaki, qu’il a férocement fustigé pour l’évacuation forcée de Maroko (voir en bas de ma page web le lien sur FELA).

Les hydrocarbures représentent désormais 85% des revenus de l’Etat et 95% de ses devises. La crise pétrolière des années 80 allait soudain aviver les tensions politiques. Les dépenses extraordinaires des années fastes se traduisirent par une dette extérieure de 35 milliards de dollars, et les politiques de rigueur recommandées par la Banque Mondiale et le FMI déclenchèrent des émeutes de la faim.
Cette nouvelle situation a aggravé les conflits entre les groupes ethniques dominants (Yorouba, Haoussa, Ibo) qui, traditionnellement, se partagent le pouvoir, ainsi qu’entre les trois principales communautés religieuses (musulmans, chrétiens, animistes).
Juste après l’interdiction de la publication des résultats des élections de 1993, ABIOLA FUT JETE EN PRISON (il fut accusé de trahison). Les protestations massives de la société civile n’y ont rien fait ! !
Ulcéré par ces manifestations ainsi que par les critiques exprimées notamment par les USA – où Abiola compte de nombreux soutiens au sein du Black Caucus (élus noirs du Congrès) – le général Abacha a renforcé la répression, décapitant plusieurs syndicats, fermant des journaux et muselant les intellectuels, dont le grand écrivain Ken Saro-Wiwa.


 


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier