
L'AJUSTEMENT STRUCTUREL ET LA RECONSTRUCTION
Le contexte de la réhabilitation :
Le règne de huit ans d'Amin
mena à la destruction de la plupart des structures de l'économie
ougandaise. Bien que beaucoup de pays aient souffert de la récession
mondiale et de la cuise pétrolière durant les années
70, le déclin ougandais fut plus particulièrement marqué
par l'expulsion de la main-d'oeuvre qualifiée étrangère,
par les nationalisations sans compensations et par l'allocation de nouveaux
postes à un personnel sans qualification. Lorsque Amin fut renversé
en 1979, le PIB ougandais avait baissé de 16 % par rapport à
1972, alors que le PNB par habitant avait chuté de 34 % depuis 1971.
Le secteur d'exportation qui avait auparavant été «
diversifié » se retrouva réduit àl'unique exploitation
du café. Les dégâts effectués par Amin dans
la néocolonie étaient de proportions impensables. Alors que
les sols ougandais sont les plus fertiles de l'Afrique de l'Est, et que
le niveau de vie ougandais était le plus élevé de
toute la région, les Ougandais commençaient à souffrir
de malnutrition et à mourir de maladies qui avaient été
éradiquées dans le passé.
Alors que la production chutait,
le niveau des importations baissait aussi, privant les Ougandais de biens
d'importation essentiels tels le savon, le sel ou le sucre, etc. Ces biens
devinrent disponibles au marché noir. Entre un taux d'inflation
élevé et un marché noir en plein essor, le pouvoir
d'achat du shilling ougandais s'éroda. L'emploi payé perdit
tous ses attraits, et la majorité des Ougandais s'investirent dans
le marché informel ou quittèrent le pays à la recherche
de pâturages plus verdoyants. Les investissements à long terme
furent négligés au détriment d'un marché noir
plus lucratif et ayant des retours rapides. Tous ces facteurs réduisirent
les sources de revenu du gouvernement qui, ne pouvant compter sur un financement
externe, se trouva obligé d'emprunter à la Banque centrale
et donc accrut simultanément son déficit. Cette indiscipline
monétaire augmenta donc par dix la disponibilité des liquidités,
passant de 1 552 millions de shillings ougandais en 1972 à 14096
millions de shillings ougandais en 1980 ; et pendant cette méme
période, le capital actif ougandais à l'étranger déclina
de 136 millions de shilling ougandais à la somme déficitaire
de 317 millions de shillings ougandais.
La guerre qui déposa Amin
détruisit non seulement villes et immeubles, mais aussi des usines
qui avaient survécu aux huit dernières années. Donc,
la combinaison de la mauvaise gestion d'Amin, de la récession économique
mondiale et de la guerre de libération détruisît tout
l'optimisme qui avait caractérisé l'ère postcoloniale.
L'administration qui suivi immédiatement celle d'Amin eut la tâche
essentielle de réhabiliter l'économie ougandaise qui avait
été négligée et ravagée par la guerre.
Néanmoins, cette réhabilitation ne put se produire à
cause des conflits internes dans la nouvelle administration. En conséquence
l'infrastructure sociale et les résultats économiques empirèrent.
En effet, la production par habitant baissa de 19 % entre 1978 et 1980.
alors que le PIB chuta de 15 % durant cette méme période
.. Le retour au pouvoir d'Obote, par le biais d'élections truquées,
n'améliora pas la situation du pays. Lù fraude électorale
amena un soulèvement armé contre le nouveau pouvoir. Ceci
marqua le début d'une guerre de guérilla qui se termina cinq
ans plus tard, en 1986, par la chute du régime. Avec des problèmes
de sécurité interne et de non-respect de la loi, la guérison
économique ougandaise devint illusoire malgré l'aide financière
massive qu'Obote reçut de l'étranger entre 1982 et 1985.
Avec l'intention de réhabiliter
l'économie souffrante, Obote s'était tourné vers la
communauté internationale et des agences telles la Banque mondiale
et le FMI pour obtenir de l'aide. Un accord fut signé entre ces
deux agences et le gouvernement ougandais. En conséquence, l'Ouganda
fut obligé de laisser flotter sa devise, d'augmenter les prix à
la production et de libéraliser le commerce extérieur. Ces
conditions étaient nécessaires pour l'obtention de crédits.
La libéralisation se traduisit par le fait que tous les fonds étrangers
reçus par l'Ouganda furent investis dans des biens de luxe afin
de réaliser des bénéfices rapides ou même directement
détournés sur des comptes discrets en Suisse et ailleurs
en Occident. Les investissements à long terme et les efforts de
réhabilitation de l'infrastructure furent négligés
alors qu'une dette extérieure énorme commençait à
s'agrandir librement. En conséquence, en décembre 1985, le
total des prets actifs y compris les achats auprès du FMI s'élevèrent
à 1777,6 millions de dollars US, parmi lesquels 1315,8 (74%) avaient
été contractés depuis 1981.
La récupération économique
qui avait été envisagée n'a pu se produire car les
prêts furent canalisés dans les secteurs non productifs de
l'économie. Toutefois, pendant que les prêts continuaient,
le PIB grandit surtout en raison de la croissance dans le secteur commercial.
Mais lorsque le FMI retira son soutien en 1984, la situation économique
empira car les fonds empruntés n'avaient pas été utilisés
pour créer une capacité économique d'autosuffisance.
Le déclin de l'activité économique fut accompagné
par la réduction des revenus imposables, et puisque les activités
gouvernementales ne déclinèrent pas pari pasus, l'Etat eut
beaucoup de difficultés à financer ses activités sans
avoir recours à des moyens douteux. Le gouvernement imprima de nouveaux
billets, accroissant donc le volume de liquidités en circulation
et augmentant encore l'inflation. Le pouvoir d'achat du shilling ougandais
baissa donc encore. Ainsi, au moment où Obote fut renversé
par sa propre armée en juillet 1985, le budget gouvernemental s'élevait
à 63 milliards de shillings ougandais, six fois plus que le budget
de 1980/81. Les fonds disponibles s'étaient monstrueusement accrus
passant de 14096 millions de shillings ougandais en 1980 à 211300
millions en 1985, alors que le capital actif à l'étranger
passa de 317 millions de shillings ougandais a un déficit de 58
millions de shillings ougandais au cours de ces memes années. Le
secteur productif de l'économie était en train de décliner
au taux de 5,5 % par an, alors que la production par habitant déclinait
de 8 % par an. Le déclin des activités productives et l'insuffisance
de devises pour importer des biens étrangers encouragèrent
le développement du marché noir et de la contrebande.
Le trait le plus remarquable est
que pendant que tous les secteur étaient en chute, l'augmentation
des dépenses gouvernementales continuait au taux de 7,3 % par an.
Par ailleurs, il est aussi visible que le secteur non monétaire
progressait alors que le secteur monétaire diminuait.
En résumé, lorsque
le NRM s'empara du gouvernement en janvier 1986, il hérita d'un
pays au système politique chaotique et à l'économie
entièrement minée:
- le système monétaire
du pays était en état de délabrement total ; la masse
monétaire en circulation ne correspondait pas au niveau de la production
; le gouvernement imprimait de nouveaux billets afin de financer son déficit
budgétaire;
- toute l'infrastructure sociale
et économique avait été anéantie, soit par
négligence soit par destruction physique;
-l'inflation dépassait 300
% car il n'y avait aucune élasticité de l'offre, et qu'il
y avait beaucoup trop de liquidités en circulation.
La corruption était active
à tous les échelons du fonctionnariat, en raison de la décadence
morale et de l'inflation qui avait réduit le pouvoir d'achat.
La balance des paiements était
désastreuse puisque les revenus des exportations avaient décliné
et qu'il n'y avait aucun influx de capitaux provenant de l'étranger.
Les efforts de réhabilitation du NRM :
Pendant la guerre dans la brousse, le conseil central du NRM, sous la présidence de Yoweri Museveni, s'occupa d'établir un programme qui, dans le cadre d'une coalition nationale politique et sociale, avait pour but de permettre la reconstruction une fois le gouvernement UPC renversé. Le programme établi par ce groupe est connu sous le nom de Programme en dix points. Celui-ci vise les objectifs suivants :
1. Instaurer la démocratie;
2. Assurer la sécurité
de tous les Ougandais ainsi que de leurs biens;
3. Consolider l'unité nationale
et éliminer tous les éléments sectaires »,
4. Défendre et consolider
l'indépendance nationale;
5. Construire une économie
nationale autosuffisante, indépendante et intégrée;
6. Restaurer et améliorer
les services sociaux et réhabiliter les
7. zones ravagées par la
guerre;
Eliminer la corruption et les abus
de pouvoir;
8. Redresser les erreurs qui ont
mené à la dislocation de certains segments de la population;
9. Coopérer avec les autres
pays africains afin de défendre les droits de l'homme et de nos
frères dans d'autres parties du continent;
10. Suivre une stratégie
économique qui mène à une économie mixte.
En prenant en compte les points mentionnés
ci-dessus, la première chose que fit le NRM lorsqu'il prit le pouvoir
fut d'incorporer à son gouvernement des personnalités de
toutes tendances et de toutes ethnies, afin d'impliquer tout le monde dans
la réhabilitation économique et politique du pays («broad
based govement»). Dans le cadre de l'administration, des changements
furent effectués afin de permettre une participation plus locale
dans la prise de décision. Ceci fut évidemment possible grâce
au système établi par les conseils de la résistance.
Outre la création des conseils
de résistance au niveau administratif, le gouvernement agit rapidement
en mettant en place deux départements spéciaux : la Karamoja
Development Authority (KDA) et la Reconstruction Development Corporation
(RDC). La KDA fut créée en 1987 par le gouvernement dans
le but de résoudre les problèmes des Karamojong, négligés
à l'époque coloniale et par les gouvernements postcoloniaux.
La KDA joue un double rôle,
tout d'abord en coordonnant et surveillant les activités des départements
de l'État, des agences internationales et d'autres organisations
non gouvernementales (ONG), ensuite en mettant sur pied des projets de
type socio-économique. En ce qui concerne le gouvernement, les priorités
sont axées sur le court et moyen terme, c'est-à-dire la création
de points d'eau potable et le l'introduction de réseaux d'irrigation
qui devraient résoudre les problèmes causés par la
famine chronique du Karamoja. Les Karamojong auront la possibilité
de jouir de ces services ainsi que de se sédentariser. En plus du
KDA, le gouvernement a créé un département directement
rattaché à la présidence de la république qui
surveille et supervise les actions gouvernementales, et s'occupe de formuler
une politique répondant aux problèmes de la région.
La RDC, de son côté,
est une agence qui fut remise en état en 1988. Elle s'occupe tout
particulièrement des régions ravagées par la guerre
tels le sud-ouest, le Luwero et le nord-ouest. La corporation mobilise
des fonds servant à reconstruire les zones urbaines détruites
pendant le conflit. Les effets de la RDC qui fut créée par
Obote ont toujours été minimes. Néanmoins, sous le
NRM, la RDC a été réorganisée sous l'égide
du nouveau ministère des Besoins spéciaux. Le ministère
s'est chargé de restocker en bétail les régions ravagées
par la guerre et le pillage. A présent, la région du Teso
a reçu 3 000 génisses de zébus importées de
Tanzanie. La vache est importante pour le Teso en tant qu'animal de labour,
et en tant que ressource économique ainsi que sur le plan culturel.
Donc ce restockage a redonné au Teso une partie de son potentiel
économique ainsi que sa dignité culturelle. Les génisses
furent obtenues sous forme de prét avec des conditions très
souples. Les repaiements sont épargnés par l'État
dans un compte rotatif qui sert ensuite à financer le restockage
des autres régions dépourvues de bétail.
Ayant reconnu les problèmes
légués par l'ère coloniale ainsi que l'effondrement
de la production et des infrastructures, le gouvernement décida
d'esquisser un programme comprenant trois phases ayant pour but de réhabiliter
l'économie du pays. La première phase avait pour objectif
d'apporter de l'aide aux régions détruites par la guerre
; la seconde, de procurer un minimum de redressement économique;
et la troisième, de débuter le développement d'une
région après le redressement économique. La stratégie
générale du Mouvement était d'intensifier le niveau
des exportations agricoles existantes ainsi que de les diversifier en y
incluant des nouveaux produits. Cette stratégie avait pour but de
créer une structure économique viable tout en se servant
de produit bruts locaux, d'accroître le niveau de vie des Ougandais
et d'effectuer une distribution équitable des richesses du pays.
En février 1986 commença
la première phase avec le lancement du Programme de réhabilitation
et d'aide d'urgence. Ce programme dura un an, et procura l'aide urgente
dont avaient besoin les habitants vivant dans les zones sinistrées
en raison du conflit. L'assistance matérielle comprenait des couvertures,
des ustensiles de cuisine ainsi que d'autres équipements domestiques
en plus de l'apport de produits comestibles.
Un an plus tard, au mois de mai 1987, la seconde phase débuta après qu'ait été effectué, avec l'aide de la Banque mondiale et du FMI, un bilan de la situation. Cette phase, intitulée Plan de réhabilitation et de récupération 1987/88-1990/91 8, a été prévue pour une durée de trois ans. En raison du manque de ressources, il fut nécessaire de dessiner les priorités afin d'utiliser les ressources disponibles à bon escient. L'analyse révéla quelques goulets économiques dont il fallait s'occuper afin de raviver l'économie entière ainsi que de rendre optimale son infrastructure. Ces goulets se trouvaient dans les domaines de l'agriculture, du transport et de l'industrie. La liste qui suit exprime ces priorités essentielles :
1. Approvisionner le secteur agricole
avec des herbicides, des semences, de l'équipement et des médicaments
pour animaux et êtres humains.
2. Réhabiliter les réseaux
routiers principaux et secondaires.
3. Acheter des camions pour transporter
la production des zones rurales aux zones urbaines, et transporter des
biens des zones urbaines jusqu'aux zones rurales.
4. Créer des services de
base tels que la distribution de l'eau et de l'électricité
afin de permettre aux industries et services sociaux d'opérer harmonieusement.
5. Fournir des matières premières
et pièces détachées industrielles afin d'améliorer
la production locale.
Afin d'atteindre les objectifs de
cette seconde phase du programme, il fallait un approvisionnement minimal
qui permette de se débarrasser des goulets d'étranglement
économiques mentionnés ci-dessus. En même temps, il
fallait faire fonctionner le niveau macro-économique du programme
installé avec le soutien de la Banque mondiale et du FMI.
Les mesures économiques prises
par le gouvernement ougandais et les agences de la Banque mondiale et du
FMI visaient à restaurer la capacité productive de l'économie
du pays en corrigeant les grandes distorsions macro-économiques.
Parmi ces mesures, la dévaluation du shilling ougandais, longtemps
surévalué, eut pour conséquence de restaurer la compétitivité
ougandaise internationale et de réinsérer les activités
économiques dans le secteur formel; en effet, celles-ci avaient
longtemps quitté le secteur officiel pour passer au marché
noir. Le taux de change kibanda fut accepté pour gérer la
monnaie du pays. La correction du taux de change signifiait que les revenus
en devises allaient augmenter puisque la plupart des biens qui auparavant
quittaient le pays illégalement seraient maintenant exportés
par les canaux officiels. De plus, les produits qui étaient exportés
de façon non profitable allaient maintenant l'être à
un taux de change plus réaliste. Un autre problème auquel
s'attaquait l'accord entre le gouvernement et les
deux agences internationales était
le prix au producteur des produits destinés à l'exportation.
Ces prix étaient constamment revus et remodelés en fonction
des tendances inflationnistes. Les prix internes furent libérés
et le marché fut graduellement relaxé afin de stimuler la
production et encourager les exportations.
Tout d'abord, il fallait réduire
l'excès des liquidités dans le pays. Ceci fut fait à
travers une réforme qui fut mise en application pour tous les citoyens,
toutes les entreprises. Le shilling fut divisé par cent. En même
temps, un impôt de 30 % fut prélevé sur la conversion,
et les profits réalisés furent déposés dans
un fond destiné au développement. Ensuite, le taux de change
fut réajusté face aux devises étrangères. Donc,
pour le shilling qui avait été réajusté à
6 000 face au dollar américain, il n'en fallait plus que 60 9, avec
la nouvelle monnaie. De plus, d'autres mesures visant à corriger
les distorsions furent prises. Elles comprennent:
- La politique de l'expansion de l'offre :
Le gouvernement NRM s'est engagé
à accroître la productivité agricole, tout en diversifiant
les exportations et en promouvant des produits d'exportation non traditionnels.
La philosophie du Mouvement est que tout produit agricole qui peut être
échangé est en soi une culture d'exportation. De plus, on
a noté que certains produits agricoles non traditionnels, tel le
sésame, rapportent plus d'argent par unité que des produits
de rente traditionnels (café et coton). Avec cette politique, les
agriculteurs reçurent des augmentations, des intrants et on renoua
avec la pratique du paiement immédiat. Les réseaux de commercialisation
furent dans un même temps améliorés. Les prix des produits
agricoles furent constamment révisés, et certaines rémunérations
mises en place afin d'inciter les agriculteurs à produire davantage.
Le mode de production des paysans fut maintenu, mais ils furent encouragés
à moderniser leurs méthodes. Ceci fut effectué en
leur procurant un matériel plus moderne, en leur offrant de nouveaux
services à un prix raisonnable, et enfin, en diversifiant la variété
de biens et services auxquels leur argent pouvait leur donner accès.
Dans le secteur industriel, les
devises furent attribuées en priorité aux secteurs fabriquant
des produits de base manufacturés à partir de matières
premières locales. Cette préférence fut également
donnée àceux qui créaient des activités rentables
fiscalement et qui établissaient des liens entre secteurs de l'économie.
La notion de lien entre secteurs est impérative pour le développement
d'une base économique indépendante dans le cadre d'une économie
autosuffisante. Pour cela, il fallait à tout prix restructurer l'Uganda
Development Corporation (UDC) afin qu'elle puisse retrouver son rôle
d'avant-garde dans l'économie du
pays. On nomma les directeurs sur
leurs simple mérites et savoir-faire, ce qui ne s'était plus
vu depuis longtemps.
- La politique fiscale :
La politique fiscale a mis en place une série de mesures destinées à améliorer la gestion des dépenses afin de réduire le déficit budgétaire. Les impôts furent modifiés afin d'y soumettre une partie plus étendue de la population et des entreprises, et les méthodes de collecte furent changées afin d'en accroître le rendement. Afin d'augmenter le taux de recouvrement des revenus, qui se trouvait à 7 % du PIB, il a fallu créer un service spécialisé. En même temps, il a fallu mieux contrôler et mieux gérer les fonds de l'État. Un système de contrôle gestionnaire fut donc établi afin de surveiller les dépenses de l'État et veiller à ce qu'elles ne dépassent pas les limites budgétaires. D'autre part, il a été décidé que l'Etat se désinvestirait de certaines agences para-étatiques peu rentables, alors que celles dont il demeurait le détentaure devraient se plier à certaines obligations, notamment celle de produire un plan de trois ans au bout duquel elles auraient à présenter leurs performances économiques à un comité d'audit. Ces mesures ont été mises en place pour veiller à ce que les agences para-étatiques deviennent rentables et pour limiter leur corruption.
- La politique monétaire
Par cette politique, le gouvernement
vise à améliorer et étendre les facilités de
crédit pour effectuer des prêts aux secteurs industriels et
agricoles, et instaurer un niveau de discipline monétaire satisfaisant.
Afin de maintenir des taux d'intérêt réels positifs,
la politique fut conçue pour qu'elle prenne en compte les effets
des taux d'intérêt sur les projets à court et moyen
termes dans les secteurs commerciaux et du développement. En général,
dans les zones productives de l'économie, le crédit a été
encouragé.
En raison de l'influence des taux
de change sur le volume des importations et exportations et donc des prix
intérieurs, le gouvernement a sérieusement pris en compte
cette variable. Dans les économies de marché, les prix doivent
être déterminés par l'offre et la demande. Mais l'économie
ougandaise en 1986-1987 n'était pas une économie de marché,
mais plutôt une économie de guerre; il a donc fallu initialement
déterminer le taux de change de façon à encourager
la production de biens. Les devises furent rationnées et leur prix
fut fixé afin d'éviter les importations inutiles. Néanmoins,
lorsque les devises devinrent de plus en plus disponibles, surtout par
les prêts et les dons, le gouvernement décida de laisser le
marché librement fixer les taux.
- La politique des investissements étrangers :
L'administration du NRM a décidé
de créer une économie mixte, c'est-à-dire de s'assurer
que les moyens de production soient dans les mains de groupes privés
aussi bien que publiques. En général, lorsque les moyens
de production sont dans les mains de l'Etat, c'est que leurs coûts
d'investissement sont trop élevés pour le secteur privé,
ou, surtout dans le domaines des services, que le gouvernement doit s'assurer
qu'ils sont disponibles à tous les publics, donc à des prix
raisonnables Néanmoins, dans une situation où le public est
bien trop démuni pour effectuer le moindre investissement, le gouvernement
doit, par le biais d'entreprises publiques ou de coopération avec
des entreprises privées, offrir certains services vitaux aux masses
appauvries du pays. En raison de cette stratégie, et parce que le
secteur privé local est très limité, le gouvernement
accueille toutes les propositions d'investissement venant de l'étranger.
En effet, un code d'investissement fut passé au Parlement en 1990.
Hormis la simplification des étapes bureaucratiques à franchir
pour investir en Ouganda, le code a établi une liste de facilités
pour ceux qui veulent investir. Un centre spécial a été
créé pour les investisseurs afin qu'ils puissent y effectuer
toutes leurs opérations légales en même temps, donc,
que leurs activités soient facilités.
Trois mois après avoir lancé
le Programme de réhabilitation, des mouvements de guérilla
reprirent dans le nord et le nord-est du pays. En conséquence, des
fonds, qui auraient pu être utilisés de manière bénéfique
pour l'économie, ont dû malheureusement être reportés
sur l'armée (37 % du budget en 1992). Pour attaquer les causes économiques
de la guérilla, le gouvernement a prévu une réhabilitation
spéciale pour le nord et le nord-est du pays 10 Mais en raison du
climat d'insécurité, aucun effort de réhabilitation
n'a touché ces deux régions avant 1992. Étant donné
la paix relative qui, règne maintenant, le gouvernement a lancé
un programme de réhabilitation minimum comme celui qui avait été
lancé dans le reste du pays en mars 1987. Ce programme vise tout
d'abord à reconstruire l'infrastructure économique et sociale
avant de se lancer dans d'autres directions.
- Les réussites depuis 1986 :
La première réussite
du gouvernement NRM fut de rétablir la sécurité, la
paix, la loi et l'ordre à travers le pays, condition sans laquelle
la réhabilitation économique n'aurait pu avoir lieu. Ceci
fut accompli grâce à un nouveau gouvernement libéral
permettant l'expression de toutes les opinions confondues sous son égide:
le National Resistance Movement. La restauration des droits de l'homme
dans cet
environnement stabilisé permit
aux Ougandais de retourner atix activités économiques qu'ils
avaient dû quitter en raison des troubles. En 1987 le gouvernement
importa sept millions de houes qu'il distribua aux paysans à un
prix avantageux, ce qui eu un impact économique important. En 1988-1989,
l'Ouganda produisit 100 000 tonnes de maïs, denrée qui avait
chuté à un niveau négligeable. Du matériel
de construction routière fut importé afin de fournir à
chaque district une unité de construction. Bien que le NRM n'ait
pas pu réaliser entièrement cette politique routière,
beaucoup d'axes routiers furent rénovés.
Environ 90 % des axes goudronnés
ont été rénovés, alors que 30 % du réseau
secondaire a été remis en état. L'importation de nouveaux
camions en plus des travaux routiers a beaucoup amélioré
le transport de marchandises dans les zones rurales. Avec l'aide de nations
amies, le NRM a aussi lancé un programme d'intervention médicale
qui se penche sur six grands fléaux: la diphtérie, le tétanos,
la tuberculose, la polio, la rougeole et la coqueluche. Les résultats
jusqu'à présent sont assez encourageants. Parmi les enfants
de moins d'un an, le taux d'immunisation est de 72 % pour la polio, 90
% pour le BCG, 72 % pour la diphtérie et 68 % pour la rougeole.
Les hôpitaux et les écoles ont été rénovés,
aussi le nombre d'enfant allant à l'école a sensiblement
augmenté.
Avec ces améliorations, les
performances économiques du pays se sont beaucoup améliorées.
En effet, alors que l'économie déclinait de 5,5 % par an
en 1985, le processus s'est renversé depuis l'instauration du programme
de stabilisation macro-économique au sein du Plan de réhabilitation
et de développement 1987/88-1990/91, puisque l'économie a
progressé de 5,9 % paf an au cours des quatre dernières années.
Des progrès spectaculaires ont été notés dans
le secteur industriel, dans la construction et l'agriculture. En 1988,
par exemple, le PIB a augmenté de 7,2 % alors que, dans les secteurs
de l'industrie, de la construction et de l'agriculture, cette croissance
a été de 22,8 %, 13,9 % et 8,0 % respectivement.
Alors qu'en 1985-1986, le revenu
des taxes d'exportation pour le café représentait les deux
tiers des revenus totaux, en 1990-1991, la contribution du café
n'était que de 9,5 % (voir tableau 2). Ceci a réduit la dépendance
budgétaire du gouvernement, et lui a permis d'être plus flexible
en payant les producteurs de café sans pour autant en faire souffrir
le reste de l'économie.
Alors que le taux d'inflation était
de 365 % en 1986-1987, son niveau est tombé à 24 % au cours
du second quart financier de 1990-1991, et on estime que son taux était
de 15 % pour l'année 1991. Ceci résulte d'une suite d'initiatives
prises, dans le domaine de la politique monétaire et de la gestion
des dépenses, en plus des restrictions budgétaires imposées.
Avec la création de la Revenue Authorîty, qui est un corps
indépendant de la bureaucratie gouvernementale, le revenu total
est sensé s'accroître de 20 % par rapport au niveau courant
de 7 % du PIB. Une fois que cette augmentation aura eu lieu et que la discipline
budgétaire sera restaurée, l'inflation pourrait descendre
en dessous de 10 %. Ceci encouragera plus les investissements et fera donc
progresser l'économie.
En permettant la création
des bureaux de change et en autorisant la rétention des devises
obtenues par l'exportation de tous les produits sauf le café, les
gains sur les exportations non traditionnelles sont passés de zéro
en 1985-1986 à 30 millions de dollars US en 1990-1991. De même,
la marge séparant le taux officiel des devises de celui du marché
noir ne fait que diminuer. Entre 1987 et 1991, elle s'est réduite
par dix. Cette volonté de laisser le marché déterminer
le taux de change aura sans aucun doute un impact sur l'inflation, les
revenus des exportations, le tourisme et l'investissement étranger
en Ouganda.
Le Programme de réhabilitation
1987/88-1990/91 a été étendu pour couvrir la période
1993-1994. Le programme de stabilisation macroéconomique est encore
en vigueur puisque l'administration NRM cherche à atteindre une
croissance et une stabilité aussi bien interne qu'externe. On espère
aussi qu'une application efficace du programme spécial pour les
région du nord et nord-est, en plus du programme de récupération
minimum de mai 1987, pourra apporter une base autosuffisante et nécessaire
à la croissance et au développement après 1993-1994.
Source :
L'Ouganda Contemporain, Khartala,
Prunier Gérard et Calas Bernard

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier