Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
OUGANDA XI
L'AJUSTEMENT STRUCTUREL ET LA RECONSTRUCTION

Le contexte de la réhabilitation :

Le règne de huit ans d'Amin mena à la destruction de la plupart des structures de l'économie ougandaise. Bien que beaucoup de pays aient souffert de la récession mondiale et de la cuise pétrolière durant les années 70, le déclin ougandais fut plus particulièrement marqué par l'expulsion de la main-d'oeuvre qualifiée étrangère, par les nationalisations sans compensations et par l'allocation de nouveaux postes à un personnel sans qualification. Lorsque Amin fut renversé en 1979, le PIB ougandais avait baissé de 16 % par rapport à 1972, alors que le PNB par habitant avait chuté de 34 % depuis 1971. Le secteur d'exportation qui avait auparavant été « diversifié » se retrouva réduit àl'unique exploitation du café. Les dégâts effectués par Amin dans la néocolonie étaient de proportions impensables. Alors que les sols ougandais sont les plus fertiles de l'Afrique de l'Est, et que le niveau de vie ougandais était le plus élevé de toute la région, les Ougandais commençaient à souffrir de malnutrition et à mourir de maladies qui avaient été éradiquées dans le passé.
Alors que la production chutait, le niveau des importations baissait aussi, privant les Ougandais de biens d'importation essentiels tels le savon, le sel ou le sucre, etc. Ces biens devinrent disponibles au marché noir. Entre un taux d'inflation élevé et un marché noir en plein essor, le pouvoir d'achat du shilling ougandais s'éroda. L'emploi payé perdit tous ses attraits, et la majorité des Ougandais s'investirent dans le marché informel ou quittèrent le pays à la recherche de pâturages plus verdoyants. Les investissements à long terme furent négligés au détriment d'un marché noir plus lucratif et ayant des retours rapides. Tous ces facteurs réduisirent les sources de revenu du gouvernement qui, ne pouvant compter sur un financement externe, se trouva obligé d'emprunter à la Banque centrale et donc accrut simultanément son déficit. Cette indiscipline monétaire augmenta donc par dix la disponibilité des liquidités, passant de 1 552 millions de shillings ougandais en 1972 à 14096 millions de shillings ougandais en 1980 ; et pendant cette méme période, le capital actif ougandais à l'étranger déclina de 136 millions de shilling ougandais à la somme déficitaire de 317 millions de shillings ougandais.
La guerre qui déposa Amin détruisit non seulement villes et immeubles, mais aussi des usines qui avaient survécu aux huit dernières années. Donc, la combinaison de la mauvaise gestion d'Amin, de la récession économique mondiale et de la guerre de libération détruisît tout l'optimisme qui avait caractérisé l'ère postcoloniale. L'administration qui suivi immédiatement celle d'Amin eut la tâche essentielle de réhabiliter l'économie ougandaise qui avait été négligée et ravagée par la guerre. Néanmoins, cette réhabilitation ne put se produire à cause des conflits internes dans la nouvelle administration. En conséquence l'infrastructure sociale et les résultats économiques empirèrent. En effet, la production par habitant baissa de 19 % entre 1978 et 1980. alors que le PIB chuta de 15 % durant cette méme période .. Le retour au pouvoir d'Obote, par le biais d'élections truquées, n'améliora pas la situation du pays. Lù fraude électorale amena un soulèvement armé contre le nouveau pouvoir. Ceci marqua le début d'une guerre de guérilla qui se termina cinq ans plus tard, en 1986, par la chute du régime. Avec des problèmes de sécurité interne et de non-respect de la loi, la guérison économique ougandaise devint illusoire malgré l'aide financière massive qu'Obote reçut de l'étranger entre 1982 et 1985.
Avec l'intention de réhabiliter l'économie souffrante, Obote s'était tourné vers la communauté internationale et des agences telles la Banque mondiale et le FMI pour obtenir de l'aide. Un accord fut signé entre ces deux agences et le gouvernement ougandais. En conséquence, l'Ouganda fut obligé de laisser flotter sa devise, d'augmenter les prix à la production et de libéraliser le commerce extérieur. Ces conditions étaient nécessaires pour l'obtention de crédits. La libéralisation se traduisit par le fait que tous les fonds étrangers reçus par l'Ouganda furent investis dans des biens de luxe afin de réaliser des bénéfices rapides ou même directement détournés sur des comptes discrets en Suisse et ailleurs en Occident. Les investissements à long terme et les efforts de réhabilitation de l'infrastructure furent négligés alors qu'une dette extérieure énorme commençait à s'agrandir librement. En conséquence, en décembre 1985, le total des prets actifs y compris les achats auprès du FMI s'élevèrent à 1777,6 millions de dollars US, parmi lesquels 1315,8 (74%) avaient été contractés depuis 1981.
La récupération économique qui avait été envisagée n'a pu se produire car les prêts furent canalisés dans les secteurs non productifs de l'économie. Toutefois, pendant que les prêts continuaient, le PIB grandit surtout en raison de la croissance dans le secteur commercial. Mais lorsque le FMI retira son soutien en 1984, la situation économique empira car les fonds empruntés n'avaient pas été utilisés pour créer une capacité économique d'autosuffisance. Le déclin de l'activité économique fut accompagné par la réduction des revenus imposables, et puisque les activités gouvernementales ne déclinèrent pas pari pasus, l'Etat eut beaucoup de difficultés à financer ses activités sans avoir recours à des moyens douteux. Le gouvernement imprima de nouveaux billets, accroissant donc le volume de liquidités en circulation et augmentant encore l'inflation. Le pouvoir d'achat du shilling ougandais baissa donc encore. Ainsi, au moment où Obote fut renversé par sa propre armée en juillet 1985, le budget gouvernemental s'élevait à 63 milliards de shillings ougandais, six fois plus que le budget de 1980/81. Les fonds disponibles s'étaient monstrueusement accrus passant de 14096 millions de shillings ougandais en 1980 à 211300 millions en 1985, alors que le capital actif à l'étranger passa de 317 millions de shillings ougandais a un déficit de 58 millions de shillings ougandais au cours de ces memes années. Le secteur productif de l'économie était en train de décliner au taux de 5,5 % par an, alors que la production par habitant déclinait de 8 % par an. Le déclin des activités productives et l'insuffisance de devises pour importer des biens étrangers encouragèrent le développement du marché noir et de la contrebande.
Le trait le plus remarquable est que pendant que tous les secteur étaient en chute, l'augmentation des dépenses gouvernementales continuait au taux de 7,3 % par an. Par ailleurs, il est aussi visible que le secteur non monétaire progressait alors que le secteur monétaire diminuait.

En résumé, lorsque le NRM s'empara du gouvernement en janvier 1986, il hérita d'un pays au système politique chaotique et à l'économie entièrement minée:
- le système monétaire du pays était en état de délabrement total ; la masse monétaire en circulation ne correspondait pas au niveau de la production ; le gouvernement imprimait de nouveaux billets afin de financer son déficit budgétaire;
- toute l'infrastructure sociale et économique avait été anéantie, soit par négligence soit par destruction physique;
-l'inflation dépassait 300 % car il n'y avait aucune élasticité de l'offre, et qu'il y avait beaucoup trop de liquidités en circulation.
La corruption était active à tous les échelons du fonctionnariat, en raison de la décadence morale et de l'inflation qui avait réduit le pouvoir d'achat.
La balance des paiements était désastreuse puisque les revenus des exportations avaient décliné et qu'il n'y avait aucun influx de capitaux provenant de l'étranger.

Les efforts de réhabilitation du NRM :

Pendant la guerre dans la brousse, le conseil central du NRM, sous la présidence de Yoweri Museveni, s'occupa d'établir un programme qui, dans le cadre d'une coalition nationale politique et sociale, avait pour but de permettre la reconstruction une fois le gouvernement UPC renversé. Le programme établi par ce groupe est connu sous le nom de Programme en dix points. Celui-ci vise les objectifs suivants :

1. Instaurer la démocratie;
2. Assurer la sécurité de tous les Ougandais ainsi que de leurs biens;
3. Consolider l'unité nationale et éliminer tous les éléments sectaires »,
4. Défendre et consolider l'indépendance nationale;
5. Construire une économie nationale autosuffisante, indépendante et intégrée;
6. Restaurer et améliorer les services sociaux et réhabiliter les
7. zones ravagées par la guerre;
Eliminer la corruption et les abus de pouvoir;
8. Redresser les erreurs qui ont mené à la dislocation de certains segments de la population;
9. Coopérer avec les autres pays africains afin de défendre les droits de l'homme et de nos frères dans d'autres parties du continent;
10. Suivre une stratégie économique qui mène à une économie mixte.

En prenant en compte les points mentionnés ci-dessus, la première chose que fit le NRM lorsqu'il prit le pouvoir fut d'incorporer à son gouvernement des personnalités de toutes tendances et de toutes ethnies, afin d'impliquer tout le monde dans la réhabilitation économique et politique du pays («broad based govement»). Dans le cadre de l'administration, des changements furent effectués afin de permettre une participation plus locale dans la prise de décision. Ceci fut évidemment possible grâce au système établi par les conseils de la résistance.
Outre la création des conseils de résistance au niveau administratif, le gouvernement agit rapidement en mettant en place deux départements spéciaux : la Karamoja Development Authority (KDA) et la Reconstruction Development Corporation (RDC). La KDA fut créée en 1987 par le gouvernement dans le but de résoudre les problèmes des Karamojong, négligés à l'époque coloniale et par les gouvernements postcoloniaux.
La KDA joue un double rôle, tout d'abord en coordonnant et surveillant les activités des départements de l'État, des agences internationales et d'autres organisations non gouvernementales (ONG), ensuite en mettant sur pied des projets de type socio-économique. En ce qui concerne le gouvernement, les priorités sont axées sur le court et moyen terme, c'est-à-dire la création de points d'eau potable et le l'introduction de réseaux d'irrigation qui devraient résoudre les problèmes causés par la famine chronique du Karamoja. Les Karamojong auront la possibilité de jouir de ces services ainsi que de se sédentariser. En plus du KDA, le gouvernement a créé un département directement rattaché à la présidence de la république qui surveille et supervise les actions gouvernementales, et s'occupe de formuler une politique répondant aux problèmes de la région.
La RDC, de son côté, est une agence qui fut remise en état en 1988. Elle s'occupe tout particulièrement des régions ravagées par la guerre tels le sud-ouest, le Luwero et le nord-ouest. La corporation mobilise des fonds servant à reconstruire les zones urbaines détruites pendant le conflit. Les effets de la RDC qui fut créée par Obote ont toujours été minimes. Néanmoins, sous le NRM, la RDC a été réorganisée sous l'égide du nouveau ministère des Besoins spéciaux. Le ministère s'est chargé de restocker en bétail les régions ravagées par la guerre et le pillage. A présent, la région du Teso a reçu 3 000 génisses de zébus importées de Tanzanie. La vache est importante pour le Teso en tant qu'animal de labour, et en tant que ressource économique ainsi que sur le plan culturel. Donc ce restockage a redonné au Teso une partie de son potentiel économique ainsi que sa dignité culturelle. Les génisses furent obtenues sous forme de prét avec des conditions très souples. Les repaiements sont épargnés par l'État dans un compte rotatif qui sert ensuite à financer le restockage des autres régions dépourvues de bétail.
Ayant reconnu les problèmes légués par l'ère coloniale ainsi que l'effondrement de la production et des infrastructures, le gouvernement décida d'esquisser un programme comprenant trois phases ayant pour but de réhabiliter l'économie du pays. La première phase avait pour objectif d'apporter de l'aide aux régions détruites par la guerre ; la seconde, de procurer un minimum de redressement économique; et la troisième, de débuter le développement d'une région après le redressement économique. La stratégie générale du Mouvement était d'intensifier le niveau des exportations agricoles existantes ainsi que de les diversifier en y incluant des nouveaux produits. Cette stratégie avait pour but de créer une structure économique viable tout en se servant de produit bruts locaux, d'accroître le niveau de vie des Ougandais et d'effectuer une distribution équitable des richesses du pays.
En février 1986 commença la première phase avec le lancement du Programme de réhabilitation et d'aide d'urgence. Ce programme dura un an, et procura l'aide urgente dont avaient besoin les habitants vivant dans les zones sinistrées en raison du conflit. L'assistance matérielle comprenait des couvertures, des ustensiles de cuisine ainsi que d'autres équipements domestiques en plus de l'apport de produits comestibles.

Un an plus tard, au mois de mai 1987, la seconde phase débuta après qu'ait été effectué, avec l'aide de la Banque mondiale et du FMI, un bilan de la situation. Cette phase, intitulée Plan de réhabilitation et de récupération 1987/88-1990/91 8, a été prévue pour une durée de trois ans. En raison du manque de ressources, il fut nécessaire de dessiner les priorités afin d'utiliser les ressources disponibles à bon escient. L'analyse révéla quelques goulets économiques dont il fallait s'occuper afin de raviver l'économie entière ainsi que de rendre optimale son infrastructure. Ces goulets se trouvaient dans les domaines de l'agriculture, du transport et de l'industrie. La liste qui suit exprime ces priorités essentielles :

1. Approvisionner le secteur agricole avec des herbicides, des semences, de l'équipement et des médicaments pour animaux et êtres humains.
2. Réhabiliter les réseaux routiers principaux et secondaires.
3. Acheter des camions pour transporter la production des zones rurales aux zones urbaines, et transporter des biens des zones urbaines jusqu'aux zones rurales.
4. Créer des services de base tels que la distribution de l'eau et de l'électricité afin de permettre aux industries et services sociaux d'opérer harmonieusement.
5. Fournir des matières premières et pièces détachées industrielles afin d'améliorer la production locale.

Afin d'atteindre les objectifs de cette seconde phase du programme, il fallait un approvisionnement minimal qui permette de se débarrasser des goulets d'étranglement économiques mentionnés ci-dessus. En même temps, il fallait faire fonctionner le niveau macro-économique du programme installé avec le soutien de la Banque mondiale et du FMI.
Les mesures économiques prises par le gouvernement ougandais et les agences de la Banque mondiale et du FMI visaient à restaurer la capacité productive de l'économie du pays en corrigeant les grandes distorsions macro-économiques. Parmi ces mesures, la dévaluation du shilling ougandais, longtemps surévalué, eut pour conséquence de restaurer la compétitivité ougandaise internationale et de réinsérer les activités économiques dans le secteur formel; en effet, celles-ci avaient longtemps quitté le secteur officiel pour passer au marché noir. Le taux de change kibanda fut accepté pour gérer la monnaie du pays. La correction du taux de change signifiait que les revenus en devises allaient augmenter puisque la plupart des biens qui auparavant quittaient le pays illégalement seraient maintenant exportés par les canaux officiels. De plus, les produits qui étaient exportés de façon non profitable allaient maintenant l'être à un taux de change plus réaliste. Un autre problème auquel s'attaquait l'accord entre le gouvernement et les
deux agences internationales était le prix au producteur des produits destinés à l'exportation. Ces prix étaient constamment revus et remodelés en fonction des tendances inflationnistes. Les prix internes furent libérés et le marché fut graduellement relaxé afin de stimuler la production et encourager les exportations.
Tout d'abord, il fallait réduire l'excès des liquidités dans le pays. Ceci fut fait à travers une réforme qui fut mise en application pour tous les citoyens, toutes les entreprises. Le shilling fut divisé par cent. En même temps, un impôt de 30 % fut prélevé sur la conversion, et les profits réalisés furent déposés dans un fond destiné au développement. Ensuite, le taux de change fut réajusté face aux devises étrangères. Donc, pour le shilling qui avait été réajusté à 6 000 face au dollar américain, il n'en fallait plus que 60 9, avec la nouvelle monnaie. De plus, d'autres mesures visant à corriger les distorsions furent prises. Elles comprennent:

- La politique de l'expansion de l'offre :

Le gouvernement NRM s'est engagé à accroître la productivité agricole, tout en diversifiant les exportations et en promouvant des produits d'exportation non traditionnels. La philosophie du Mouvement est que tout produit agricole qui peut être échangé est en soi une culture d'exportation. De plus, on a noté que certains produits agricoles non traditionnels, tel le sésame, rapportent plus d'argent par unité que des produits de rente traditionnels (café et coton). Avec cette politique, les agriculteurs reçurent des augmentations, des intrants et on renoua avec la pratique du paiement immédiat. Les réseaux de commercialisation furent dans un même temps améliorés. Les prix des produits agricoles furent constamment révisés, et certaines rémunérations mises en place afin d'inciter les agriculteurs à produire davantage. Le mode de production des paysans fut maintenu, mais ils furent encouragés à moderniser leurs méthodes. Ceci fut effectué en leur procurant un matériel plus moderne, en leur offrant de nouveaux services à un prix raisonnable, et enfin, en diversifiant la variété de biens et services auxquels leur argent pouvait leur donner accès.
Dans le secteur industriel, les devises furent attribuées en priorité aux secteurs fabriquant des produits de base manufacturés à partir de matières premières locales. Cette préférence fut également donnée àceux qui créaient des activités rentables fiscalement et qui établissaient des liens entre secteurs de l'économie. La notion de lien entre secteurs est impérative pour le développement d'une base économique indépendante dans le cadre d'une économie autosuffisante. Pour cela, il fallait à tout prix restructurer l'Uganda Development Corporation (UDC) afin qu'elle puisse retrouver son rôle d'avant-garde dans l'économie du
pays. On nomma les directeurs sur leurs simple mérites et savoir-faire, ce qui ne s'était plus vu depuis longtemps.

- La politique fiscale :

La politique fiscale a mis en place une série de mesures destinées à améliorer la gestion des dépenses afin de réduire le déficit budgétaire. Les impôts furent modifiés afin d'y soumettre une partie plus étendue de la population et des entreprises, et les méthodes de collecte furent changées afin d'en accroître le rendement. Afin d'augmenter le taux de recouvrement des revenus, qui se trouvait à 7 % du PIB, il a fallu créer un service spécialisé. En même temps, il a fallu mieux contrôler et mieux gérer les fonds de l'État. Un système de contrôle gestionnaire fut donc établi afin de surveiller les dépenses de l'État et veiller à ce qu'elles ne dépassent pas les limites budgétaires. D'autre part, il a été décidé que l'Etat se désinvestirait de certaines agences para-étatiques peu rentables, alors que celles dont il demeurait le détentaure devraient se plier à certaines obligations, notamment celle de produire un plan de trois ans au bout duquel elles auraient à présenter leurs performances économiques à un comité d'audit. Ces mesures ont été mises en place pour veiller à ce que les agences para-étatiques deviennent rentables et pour limiter leur corruption.

- La politique monétaire

Par cette politique, le gouvernement vise à améliorer et étendre les facilités de crédit pour effectuer des prêts aux secteurs industriels et agricoles, et instaurer un niveau de discipline monétaire satisfaisant. Afin de maintenir des taux d'intérêt réels positifs, la politique fut conçue pour qu'elle prenne en compte les effets des taux d'intérêt sur les projets à court et moyen termes dans les secteurs commerciaux et du développement. En général, dans les zones productives de l'économie, le crédit a été encouragé.
En raison de l'influence des taux de change sur le volume des importations et exportations et donc des prix intérieurs, le gouvernement a sérieusement pris en compte cette variable. Dans les économies de marché, les prix doivent être déterminés par l'offre et la demande. Mais l'économie ougandaise en 1986-1987 n'était pas une économie de marché, mais plutôt une économie de guerre; il a donc fallu initialement déterminer le taux de change de façon à encourager la production de biens. Les devises furent rationnées et leur prix fut fixé afin d'éviter les importations inutiles. Néanmoins, lorsque les devises devinrent de plus en plus disponibles, surtout par les prêts et les dons, le gouvernement décida de laisser le marché librement fixer les taux.

- La politique des investissements étrangers :

L'administration du NRM a décidé de créer une économie mixte, c'est-à-dire de s'assurer que les moyens de production soient dans les mains de groupes privés aussi bien que publiques. En général, lorsque les moyens de production sont dans les mains de l'Etat, c'est que leurs coûts d'investissement sont trop élevés pour le secteur privé, ou, surtout dans le domaines des services, que le gouvernement doit s'assurer qu'ils sont disponibles à tous les publics, donc à des prix raisonnables Néanmoins, dans une situation où le public est bien trop démuni pour effectuer le moindre investissement, le gouvernement doit, par le biais d'entreprises publiques ou de coopération avec des entreprises privées, offrir certains services vitaux aux masses appauvries du pays. En raison de cette stratégie, et parce que le secteur privé local est très limité, le gouvernement accueille toutes les propositions d'investissement venant de l'étranger. En effet, un code d'investissement fut passé au Parlement en 1990. Hormis la simplification des étapes bureaucratiques à franchir pour investir en Ouganda, le code a établi une liste de facilités pour ceux qui veulent investir. Un centre spécial a été créé pour les investisseurs afin qu'ils puissent y effectuer toutes leurs opérations légales en même temps, donc, que leurs activités soient facilités.
Trois mois après avoir lancé le Programme de réhabilitation, des mouvements de guérilla reprirent dans le nord et le nord-est du pays. En conséquence, des fonds, qui auraient pu être utilisés de manière bénéfique pour l'économie, ont dû malheureusement être reportés sur l'armée (37 % du budget en 1992). Pour attaquer les causes économiques de la guérilla, le gouvernement a prévu une réhabilitation spéciale pour le nord et le nord-est du pays 10 Mais en raison du climat d'insécurité, aucun effort de réhabilitation n'a touché ces deux régions avant 1992. Étant donné la paix relative qui, règne maintenant, le gouvernement a lancé un programme de réhabilitation minimum comme celui qui avait été lancé dans le reste du pays en mars 1987. Ce programme vise tout d'abord à reconstruire l'infrastructure économique et sociale avant de se lancer dans d'autres directions.

- Les réussites depuis 1986 :

La première réussite du gouvernement NRM fut de rétablir la sécurité, la paix, la loi et l'ordre à travers le pays, condition sans laquelle la réhabilitation économique n'aurait pu avoir lieu. Ceci fut accompli grâce à un nouveau gouvernement libéral permettant l'expression de toutes les opinions confondues sous son égide: le National Resistance Movement. La restauration des droits de l'homme dans cet
environnement stabilisé permit aux Ougandais de retourner atix activités économiques qu'ils avaient dû quitter en raison des troubles. En 1987 le gouvernement importa sept millions de houes qu'il distribua aux paysans à un prix avantageux, ce qui eu un impact économique important. En 1988-1989, l'Ouganda produisit 100 000 tonnes de maïs, denrée qui avait chuté à un niveau négligeable. Du matériel de construction routière fut importé afin de fournir à chaque district une unité de construction. Bien que le NRM n'ait pas pu réaliser entièrement cette politique routière, beaucoup d'axes routiers furent rénovés.
Environ 90 % des axes goudronnés ont été rénovés, alors que 30 % du réseau secondaire a été remis en état. L'importation de nouveaux camions en plus des travaux routiers a beaucoup amélioré le transport de marchandises dans les zones rurales. Avec l'aide de nations amies, le NRM a aussi lancé un programme d'intervention médicale qui se penche sur six grands fléaux: la diphtérie, le tétanos, la tuberculose, la polio, la rougeole et la coqueluche. Les résultats jusqu'à présent sont assez encourageants. Parmi les enfants de moins d'un an, le taux d'immunisation est de 72 % pour la polio, 90 % pour le BCG, 72 % pour la diphtérie et 68 % pour la rougeole. Les hôpitaux et les écoles ont été rénovés, aussi le nombre d'enfant allant à l'école a sensiblement augmenté.
Avec ces améliorations, les performances économiques du pays se sont beaucoup améliorées. En effet, alors que l'économie déclinait de 5,5 % par an en 1985, le processus s'est renversé depuis l'instauration du programme de stabilisation macro-économique au sein du Plan de réhabilitation et de développement 1987/88-1990/91, puisque l'économie a progressé de 5,9 % paf an au cours des quatre dernières années. Des progrès spectaculaires ont été notés dans le secteur industriel, dans la construction et l'agriculture. En 1988, par exemple, le PIB a augmenté de 7,2 % alors que, dans les secteurs de l'industrie, de la construction et de l'agriculture, cette croissance a été de 22,8 %, 13,9 % et 8,0 % respectivement.
Alors qu'en 1985-1986, le revenu des taxes d'exportation pour le café représentait les deux tiers des revenus totaux, en 1990-1991, la contribution du café n'était que de 9,5 % (voir tableau 2). Ceci a réduit la dépendance budgétaire du gouvernement, et lui a permis d'être plus flexible en payant les producteurs de café sans pour autant en faire souffrir le reste de l'économie.
Alors que le taux d'inflation était de 365 % en 1986-1987, son niveau est tombé à 24 % au cours du second quart financier de 1990-1991, et on estime que son taux était de 15 % pour l'année 1991. Ceci résulte d'une suite d'initiatives prises, dans le domaine de la politique monétaire et de la gestion des dépenses, en plus des restrictions budgétaires imposées. Avec la création de la Revenue Authorîty, qui est un corps indépendant de la bureaucratie gouvernementale, le revenu total est sensé s'accroître de 20 % par rapport au niveau courant de 7 % du PIB. Une fois que cette augmentation aura eu lieu et que la discipline budgétaire sera restaurée, l'inflation pourrait descendre en dessous de 10 %. Ceci encouragera plus les investissements et fera donc progresser l'économie.
En permettant la création des bureaux de change et en autorisant la rétention des devises obtenues par l'exportation de tous les produits sauf le café, les gains sur les exportations non traditionnelles sont passés de zéro en 1985-1986 à 30 millions de dollars US en 1990-1991. De même, la marge séparant le taux officiel des devises de celui du marché noir ne fait que diminuer. Entre 1987 et 1991, elle s'est réduite par dix. Cette volonté de laisser le marché déterminer le taux de change aura sans aucun doute un impact sur l'inflation, les revenus des exportations, le tourisme et l'investissement étranger en Ouganda.
Le Programme de réhabilitation 1987/88-1990/91 a été étendu pour couvrir la période 1993-1994. Le programme de stabilisation macroéconomique est encore en vigueur puisque l'administration NRM cherche à atteindre une croissance et une stabilité aussi bien interne qu'externe. On espère aussi qu'une application efficace du programme spécial pour les région du nord et nord-est, en plus du programme de récupération minimum de mai 1987, pourra apporter une base autosuffisante et nécessaire à la croissance et au développement après  1993-1994.

Source :
L'Ouganda Contemporain, Khartala, Prunier Gérard et Calas Bernard


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier