
PREHISTOIRE AFRICAINE
A) L’Afrique Orientale
- Le Néolithique ( âge
de la pierre avec production de nourriture et de céramique; développement
de l’agriculture et du pastoralisme : de 8000 à 5500 av.J-C environ)
: il est encore hasardeux d’avancer que ce sont les groupes de pêcheurs
en partie sédentarisés dès le VII-VIII ème
millénaire autour des grands lacs et des rivières, qui, sous
la pression du milieu (sécheresse du Sahara) et grâce à
leur technologie avancée, ont été à l’origine
du pastoralisme et peut-être de l’agriculture. Le site le plus connu
de cette période se trouve au Soudan (Es Shaheinab). Une industrie
lithique à microlithes géométriques (microlithisme
: art de tirer le maximum de tranchant du minimum de matière première),
des harpons perforés à la base et des hameçons attestent
de la permanence de la pêche. Les outils polis, haches et poterie
s’ajoutent à ces vestiges. Parmi les restes osseux, on remarque
la présence de beaucoup de poissons mais aussi de chèvres
et de moutons. Datés du IVème millénaire, ce site
témoigne d’une domestication animale importante.
En Ethiopie, à Agordat (Erythrée),
la présence de meules, de broyeurs et d’une figurine en pierre représentant
un bovidé ne suffit pas à prouver l’existence d’une économie
pastorale et agricole, mais la suggère.
Au Kenya, si les preuves de l’existence
de l’agriculture manquent encore, le pastoralisme est en revanche fortement
attesté tout au long de la Rift Valley jusqu’en Tanzanie. Ce sont
des sépultures à incinérations et des espaces d’habitat
qui ont été découverts. L’élevage y est attesté
par la prédominance d’ossements de chèvres et de bovins.
La présence de meules et de pilons n’est que la preuve indirecte
d’une certaine forme d’agriculture.
L’introduction du pastoralisme et
de l’agriculture, très fréquemment en économie mixte,
a souvent été représentée, pour l’Afrique orientale,
comme la résultante de deux influences, l’une venue de ce qui est
maintenant le Sud-Sahara vers la zone soudanaise, l’autre de l’Egypte vers
la Nubie. La chasse et la pêche ont perduré; il n’y a pas
de rupture entre les petits groupes de pêcheurs ou de chasseurs-cueilleurs
plus ou moins sédentarisés au IIIème millénaire.
L’agriculture n’est pas évidente, mais l’élevage semble développé
dès le IIIème millénaire.
Il y a huit ou dix mille ans le
climat de l’Afrique était très humide, conditionnant un mode
de vie étroitement lié à l’eau, dans une vaste zone
comprise entre un Sahara très réduit et une forêt équatoriale
considérablement étendue. Sur les sites des rivages lacustres
est-africains, comme le long du moyen Nil et dans le Sahara, le développement
de ces civilisations de pêcheurs a été daté
entre 8000 et 5000 avant l’ère chrétienne. Les harpons en
os et la poterie suggèrent des activités de pêcheurs,
encore tributaires de la chasse et de la cueillette. Rien ne vient évoquer
que ces populations riveraines se soient appliqués à quelque
forme d’agriculture.
A partir de 5000 av.J-C, un assèchement
général du climat commence à se faire sentir. Le niveau
des lacs s’abaissent en conséquence et l’économie fondée
sur l’exploitation des ressources aquatiques subit un fort déclin.
Elle subsista cependant encore un certain temps dans la Rift Valley du
Kenya. Au cours du second ou du premier millénaire avant J-C, arrivèrent,
dans cette région, de nouvelles populations, en provenance d’Ethiopie;
elles amenèrent du bétail et, peut-être, de nouvelles
pratiques agricoles.
a) El Kadada : une civilisation du
IVème millénaire sur les rives du Nil soudanais
Bien que sa partie septentrionale,
aujourd’hui disparue sous les eaux du lac Nubia, soit l’une des régions
du monde les mieux connues des archéologues, la vallée soudanaise
du Nil reste assez peu explorée. Seuls quelques sites priviliégiés,
généralement des centres politiques ou religieux d’époque
historique, ont fait l’objet de fouilles plus ou moins extensives. Dans
la région située entre Khartoum et Atbara, qui joua un rôle
essentiel dans la vallée du Nil depuis la préhistoire, peu
de sites archéologiques ont été répertoriés.
Notre connaissance du développement culturel et chronologique souffre
de nombreuses lacunes.
La préhistoire du Soudan
central est connue grâce aux travaux d’Arkell, l’un des pionniers
de la recherche archéologique au Soudan. Arkell fouilla un site
à l’emplacement de l’hôpital de Khartoum, un autre à
esh Shaheinab, sur la rive gauche du Nil, à 40 Km au nord de Khartoum.
Longtemps après la fouille de Khartoum, il considéra comme
vraisemblable de dater le mésolithique du VIIème siècle
av.J-C.
Des travaux d’Arkell se dégage
le schéma suivant :
- Le mésolithique de Khartoum
(site de l’hôpital de Khartoum) est caractérisé par
une céramique à décors ondés incisés;
un industrie microlithique où dominent les segments; un outillage
en os comprenant des harpons; des éléments de parure encore
peu nombreux et peu variés; une économie de chasse, de pêche
et de cueillette. La région bénéficie alors d’une
pluviosité trois à quatre fois plus importante que de nos
jours. Les sépultures, peu nombreuses, se trouvent sur les lieux
mêmes de l’habitat.
- Le néolithique de Khartoum
(site d’esh Shaheinab) est caractérisée par une céramique
polie à décors impressionnés; une industrie lithique
marquée par un grand nombre de segments et des pièces partiellement
polies où domine la gouge; une industrie osseuse assez variée
où l’on retrouve le harpon, mais aussi de très belles haches;
des hameçons en coquillage; des éléments de parure
où apparaît l’amazonite, roche semi-précieuse de couleur
bleu-vert; une économie fondée sur la chasse, la pêche
et la cueillette, mais où apparaît, timidement encore, le
petit bétail (chèvres, moutons); l’absence de sépultures.
La pluviosité est encore importante mais plus faible qu’au mésolithique.
- Entre le mésolithique et
le néolithique de Khartoum, une phase intermédiaire est caractérisée
par une céramique à décors ondés ponctués.
- Les tombes d’Omdurman et d’esh
Shaheinab attestent la présence de populations à une date
plus tardive dans cette même région (fin du IVème millénaire).
Les vases qu’elles contiennent présentent des affinités avec
ceux du groupe A de Basse Nubie, contemporain de la période protodynastique
en Egypte. Les résultats d’Arkell ont été, dans l’ensemble,
confirmés par des fouilles plus récentes. Ainsi de nouvelles
analyses de radiocarbone ont donné des résultats identiques
à ceux d’esh Shaheinab mais, avec la calibration, la position chronologique
obtenue est plus ancienne et, par conséquent, plus conforme à
ce que souhaitait Arkell, les dates variant de 4500 à 3700 av.J-C.
Certaines de ses conclusions concernant le néolithique de Khartoum
sont cependant en cours de révision. Ainsi l’élevage est
désormais bien attesté et des sépultures ont été
trouvées et fouillées. Sa terminologie pose aussi des problèmes.
Le terme mésolithique fut mal accepté; dans bien des cas
on appelle néolithique de Khartoum le mésolizhique d’Arkell,
ce qui contribue à obscurcir un ensemble de données assez
simples. De même, le recours au protodynastique pour désigner
les tombes d’esh Shaheinab et d’Omdurman est équivoque en raison
de l’éloignement de l’Egypte. Il est beaucoup plus logique de rattacher
ces tombes au néolithique local dont elles représentent un
développement tardif.
En fait, ces différentes
cultures peuvent toutes êtres considérées comme néolithiques
et, en attendant une meilleure connaissance des modalités du dévelopement
régional, il semble préférable de traiter les cas
particuliers dans le cadre général du néolithique.
Une culture néolithique jusqu’alors
inconnue :
Ce problème de terminologie
se posa dès les premières découvertes d’El Kadada.
En effet, l’occupation néolithique s’apparente à la fois
au néolithique et au « protodynastique » d’Arkell, tout
en présentant d’importantes différences avec l’un et avec
l’autre. Tout indique en fait que ce vaste ensemble représente un
développement du néolithique d’Arkell. Des analyses de radiocarbone,
en le datant du milieu du IVème millénaire av.J-C, on depuis
confirmé cette impression, tandis que des fouilles menées
non loin d’esh Shaheinab, à el Geili, attestaient la présence
de la même culture jusque dans la région de Khartoum. Nous
sommes donc bien en façe d’une seule et même tradition néolithique
dont les variantes régionales et chronologiques restent assez mal
documentées.
Le site d’El Kadada est situé
à 12 Km environ au nord de Shendi, sur la rive droite du Nil. Les
zones archéologiques exploitées jusqu’à présent
se trouvent en A, B et C. Toutes trois comportent à la fois
des couches d’occupation et des tombes néolithiques. En A, il ne
reste plus rien du gisement, qui se trouvait dans l’axe du canal d’irrigation.
En B et C, la fouille est en cours. Les couches d’habitat ont surtout procuré
une masse de matériel sans stratigraphie et sans organisation spatiale
apparente. En A, l’épaisseur de la couche permettait d’espérer
des résultats intéréssants mais, étant donné
l’utilisation intense du site comme cimetière à l’époque
historique, les stratigraphies témoignent surtout de remaniements
dus à l’installation des tombes. Le matériel fut néanmoins
recueilli par carrés de 1m2 selon des couches arbitraires de 20
cm d’épaisseur. Le sédiment a fourni de nombreux fragments
lithiques, céramiques ainsi que des coquillages et oeufs d’autruches.
Des harpons en os, des hameçons en coquillage, des perles en cornaline,
en amazonite et en os en constituent les éléments les plus
originaux. L’industrie lithique est marquée par l’abondance des
instruments de mouture en grès et par un débitage intensif
de quartz.
Un mobilier funéraire abondant
:
Ce sont les sépultures qui
ont donné jusqu’à présent le plus grand nombre d’informations.
Elles comprennent des inhumations en vases et en pleine terre. Les inhumations
en vases sont réservées aux nouveau-nés et aux jeunes
enfants. Les vases sont hémisphériques, de grande taille
et décorés. Des offrandes fénéraires accompagnent
parfois le défunt, soit à l’intérieur soit à
l’extérieur : vases en terre cuite, oeufs d’autruche, perles ...
Les sépultures en pleine terre sont pratiquées dans des fosses
plus ou moins grandes, circulaires ou sub-circulaires. Le squelette est
généralement sur le coté, en position plus ou moins
contractée, sans orientation particulière. Il est accompagné
d’offrandes funéraires, plus ou moins abondantes, et porte parfois
des décorations corporelles. Dans certains cas, il repose sur une
natte dont in ne reste que des traces très fragiles.Le mobilier
funéraire comprend une grande variété d’objets qui
sont répartis dans la fosse ou organisés en dépôts
: vases en terre cuite, objets en os et en grès, figurines en terre
cuite ou en grès, oeufs d’autruche, coquillages, ossements d’animaux
... Les parures comportent des perles, des petits pendentifs, des bracelets
et des décorations de nez ou de lèvre. Les sépultures
en pleine terre peuvent être simples mais souvent deux ou plusieurs
individus sont inhumés l’un par dessus l’autre.
Des objets très variés
et de grande qualité :
L’outillage lithique est réalisé
dans des roches siliceuses, des grès et des roches éruptives.
L’industrie microlithique, sur quartz, est caractérisée par
une quantité impressionnante d’éclats et de fragments associés
à de très rares pièces finies ou retouchées.
L’un des exemples les plus caractéristiques de cette industrie est
la présence, dans les tombes, de dépôts de galets de
quartz, brisés lors de l’inhumation. Il est vraisemblable que les
fragments coupants étaient utilisés directement après
éclatement du galet. Le grès est surtout utilisé pour
la réalisation d’instruments de mouture : palettes, meules et broyeurs.
Enfin l’outillage le plus caractéristique est en roche éruptive
polie : têtes de massue discoïdes, disques perforés,
haches de taille variable .... L’outillage en os, abondant et varié,
a malheureusement beaucoup souffert de mauvaises conditions de préservation.
On reconnaît des harpons à barbelures, un peigne, des cuillers
et palettes, des poinçons et des lissoirs.
La céramique est représentée
par une masse de fragments mais aussi par un très grand nombre de
vases entiers provenant des tombes. Montée à la main, elle
comporte surtout des types gris ou noirs, bien que les surfaces aient parfois
été rougies à l’aide d’une solution colorante. Les
décors sont géométriques, incisés ou impressionnés.
Formes et tailles sont variées.
Le groupe le plus répandu
est celui de vases non décorés dont la surface extérieure
est simplement brossée ou ridée verticalement. La technique
qui consiste à rider la surface du vase est bien connue dans la
vallée du Nil, en Egypte et au Soudan. A el Kadada, les rides sont
plus ou moins larges et plus ou moins bien réalisées. Les
formes sont généralement simples : plats circulaires ou gobelets
à section verticale elliptique dominent, mais on trouve aussi des
vases de section elliptique horizontale.
Un second groupe est constitué
de vases décorés de motifs géométriques incisés,
généralement réalisés avec beaucoup de soin.
La surface est polie et les formes sont variées.
En plus de ces deux groupes, on
trouve une grande variété d’autres types dont certains méritent
une mention particulière : vase globulaire couvert de motifs de
segments de cercle organisés en écailles de poisson; vases
à languettes; grands vases hémisphériques décorés
d’impressions pivotantes ....
Les parures comportent essentiellement
des bracelets et colliers de perles, des bracelets faits d’une seule pièce,
des décorations de nez ou de lèvres. Les perles sont en cornaline,
amazonite, roche blanchâtre, oeuf d’autruche....La forme la plus
coutante est annulaire, mais on rencontre aussi des perles discoïdes
en oeuf d’autruche et des pendentifs en cornaline et en quartz. Un collier
composé de petits éléments non perforés en
forme de cylindres biconvexes aux extrémités épaisssies
témoigne d’un raffinement certain. Les bracelets faits d’une seule
pièce sont réalisés soit dans de l’ivoire, soit dans
de grands coquillages marins.
Des figurines anthropomorphiques
sont également déposées dans les tombes. L’un des
spécimens trouvés en fouille est en grès, les autres
sont en terre cuite. Deux seulement sont entières et une seule a
été trouvée en place. Les types sont variés;
des tatouages décorent souvent le corps et la poitrine. L’exemple
le plus intéréssant représente une femme enceinte
dont il manque malheureusement la tête et une partie des jambes.
En plus de ces objets manufacturés, on trouve également dans
les tombes des oeufs d’autruche dont une extrémité est percée;
des fragments d’ocre rouge et de malachite. Enfin des bucranes de grands
bovidés et des squelettes de canidés complètent parfois
le mobilier funéraire.
L’une des plus brillantes civilisations
préhistoriques du Nil :
El Kadada représente donc
un stade avançé du néolithique décrit par Arkell.
Tout en utilisant les ressources naturelles qui s’offrent à eux
par la chasse, la pêche, le ramassage des coquillages et la cuiellette,
les occupants du site pratiquent alors l’élevage et vraisemblablement
l’agriculture. Dans les couches d’habitat se cotoient les ossements d’animaux
domestiques, d’animaux sauvages et de poissons. Dans l’ensemble, la faune
domestique est plus abondante que la faune sauvage. Elle comprend du gros
bétail, du petit bétail et des chiens. La faune sauvage réunit
des mammifères et des reptiles caractéristiques de l’Afrique
centrale : crocodile, hippopotame, éléphant, girafe ...
La flore s’est mal conservée
mais des tessons de poterie ont gardé des empreintes de graines
attestant la présence de céréales. Déja, tradition
encore vivace chez les peuples du haut Nil, le gros bétail bénificie
d’une considération particulière : des bucranes sont déposés
dans les tombes, où l’on trouve aussi parfois des chiens.
Profitant d’un environnement favorable,
la population d’el Kadada développe une culture matérielle
qui, sur bien des points, peut être considérée comme
l’un des sommets atteints par les civilisations préhistoriques du
Nil. Elle ne se contente pas cependant des ressources locales. Elle reçoit
des produits et des matières premières qui la mettent en
contact avec des régions parfois très éloignées
: coquillages de la Mer Rouge; amazonite, dont les seuls gisements connus
sont situés au nord du Tibesti et dans le sud de l’Egypte, non loin
de la Mer Rouge; malachite, dont aucune source n’est attestée localement.
Cette dernière est si précieuse que le mort en emporte parfois
dans sa tombe des fragments qu’il protège de ses mains. D’une région
moins éloignée, située soit aux alentours de la 6ème
cataracte soit vers l’est, les habitants d’el Kadada obtiennent des roches
éruptives dont ils font un bel outillage poli. La désaffection
pour le petit outillage taillé marque une rupture avec une longue
tradition lithique et traduit vraisemblablement des changements importants
dont la nature nous échappe encore. La présence, dans les
tombes, de galets de quartz entiers ou brisés montre néanmoins
l’importance que conserve ce petit outillage sous sa forme la plus rudimentaire.
L’importance de la vie matérielle
se reflète bien dans les tombes, qui témoignent du développement
important des coutumes et croyances funéraires. Les inhumations
ne se font cependant pas encore selon des règles précises,
l’orientation des squelettes et la composition des dépôts
funéraires étant très variables. Les fosses elles-mêmes
sont circulaires ou sub-circulaires et contiennent un nombre variable d’individus,
inhumés à des moments différents. La diversité
est telle que les constantes sont difficiles à trouver. L’une des
plus évidentes est la présence de bucranes dans les tombes
du secteur B.
Lors des premières découvertes,
l’ensemble d’el Kadada était isolé. Aucun autre site de cette
culture n’était signalé dans la littérature et les
rares sites néolithiques connus dans la région avaient été
vus par Arkell, qui n’en avaient laissé qu’une vague description.
A el Kadada et à el Ghaba, site situé dans les environs immédiats,
d’autres habitats et d’autres cimetières néolithiques ont
été trouvés. L’habitat d’el Ghaba n’a pas encore été
exploité mais il est, sans aucun doute, contemporain des sépultures
dont les plus anciennes ont été datées de 4500 av.J-C.
Elles contiennent un matériel qui les apparente au néolithique
d’esh Shaheinab mais annonce déja, par sa nature, celui des tombes
d’el Kadada. A el Kadada même, dans le secteur C, la fouille d’un
tumulus d’époque historique a révélé, sous
une couche néolithique des environs de 4000 av.J-C, des tombes qui
lui sont antérieures.
En amont et en aval d’el Kadada,
à Shendi et à el Hassah, deux sites appartenant à
la même culture ont été reconnus; il n’est pas impossible
par ailleurs que les sites néolithiques de la région de Khartoum,
y compris ceux fouillés ou visités par Arkell, ne comportent
du matériel proche de celui d’el Kadada.
Ainsi se précise donc, au
fil des recherches, le profil d’une culture complexe dont la découverte
révèle que, contrairement à une idée souvent
avançée, le néolithique ne disparaît pas de
ces régions avec la culture d’esh Shaheinab mais connaît ensuite
un essor remarquable. Arkell lui-même, tout en pressentant des développements
plus tardifs, considérait les tombes d’Omdurman et d’esh Shaheinab
comme le produit d’une tradition différente au point, vers la fin
de sa vie, d’attribuer celles d’esh Shaheinab à des Nubiens du groupe
A chassés de Basse-Nubie par les Egyptiens du roi Djer, au début
de la première dynastie.
Il est vrai que le matériel
trouvé dans ces tombes présente avec celui du groupe A des
similarités qui pouvaient alors paraître troublantes. Celles-ci
s’expliquent beaucoup mieux désormais à la lueur des découvertes
d’el Kadada, qui l’intègrent au contexte régional. En effet,
la culture d’el Kadada, qui apparaît comme l’héritière
directe du néolithique d’esh Shaheinab, ne manque pas d’affinités
avec le groupe A de Basse-Nubie et, par là même, avec les
cultures prédynastiques de Haute-Egypte. Sa découverte montre
donc non seulement que le néolithique local poursuit son développement
sans discontinuité apparente au cours du IVème millénaire
av.J-C, mais aussi qu’il est apparenté aux cultures contemporaines
de Basse-Nubie et de Haute-Egypte.
La vallée du Nil Saharien
semble donc alors se présenter comme une vaste unité géographique
où fleurissent des cultures qui, en dépit de différences
régionales considérables développent des caractères
communs dont la nature et l’origine profonde restent à déterminer.
b) Des milliers de stèles
en Ethiopie
Les stèles de pierre sont
nombreuses en Ethiopie; elles sont de formes et de tailles variées.
Entre toutes, celles d’Axoum dans le nord frappèrent d’étonnement
les voyageurs des siècles passés par leur gigantisme et leur
parfaite exécution. Pour les temps anciens, leurs dimensions ne
peuvent se comparer qu’à celles des monolithes de Baalbek en Syrie.
La stèle géante d’Axoum a été transportée
sur plusieurs kilomètres. Avec ses trente-trois mètres, c’est
sans doute le plus grand monolithe que l’Antiquité ait façonné
et dressé (aujourd’hui, il gît à terre, en morceaux).
Son volume approximatif est de 230 mètres cubes. A coté,
une dalle vraisemblablement sépulcrale fut, elle aussi, déplacée
sur une certaine distance et posée sur des murs; elle atteint 17,5
m en longueur, 6,5 m en largeur et son épaisseur est de 1,3 m.
Les stèles architecturées
d’Axoum sont au nombre de six. De grandeur moindre, d’autres stèles
(plus de deux cents) furent élevées dans la métropole
axoumite pour la plupart aux environs du IIIème siècle ap.J-C;
cette datation s’applique également aux stèles géantes.
Des stèles plus anciennes existent à Hawlti et à Kaskase;
les inscriptions qu’elles portent datent du Vème siècle av.J-C.
Cette aptitude à travailler la pierre se rencontre aussi chez les
maçons axoumites qui plaçaient de gros blocs équarris
aux soubassements de leurs édifices; elle se perpétuera dans
la taille des églises rupestres d’Ethiopie. Apparue vers le VIIIème
siècle ap.J-C, le tradition rupestre se maintint jusqu’au XIVème
siècle, du nord au sud du pays; les monuments de Lalibela en sont
une admirable illustration.
Les ouvrages de pierre parsèment
le sud de l’Ethiopie; le mégalithisme est une caractéristique
du passé éthiopien.
Sur les collines du Sidamo : la plus
grande concentration de mégalithes du continent africain
Les stèles du sud dans le
Shoa et dans le Sidamo ne se distinguent pas par leur dimension. La plus
longue mesure 8m. Ces stèles sont remarquables par leur nombre,
la diversité de leurs formes et de leurs figurations, empreintes
d’un symbolisme marqué. On estime à 10 000 le nombre de pierres
éparses ça et là sur les collines du Sidamo : la plus
grande concentrations de mégalithes du continent africain et certainement
du monde entier. Leur origine n’a pas été élucidée,
pas plus que n’a été identifiée la civilisation dont
elles émanent et dont elles sont probablement le seul vestige. Les
monuments mégalithiques du Sidamo se répartissent dans une
aire dessinant un arc de cercle dont une extrémité se situe
géographiquement au fleuve Awash et l’autre à l’est du lac
Abaya, au coeur du Sidamo.
Les mégalithes se classent
en quatre grandes catégories :
- stèles antropomorphes,
avec ou sans figuration.
- stèles figuratives dont
la forme est dans certains cas anthropomorphe.
- stèles phalloïdes,
parfois figuratives.
- monolithes simples, sans forme
humaine ni figuration.
Les stèles phalloïdes
sont la majorité. On les rencontre dans le Shoa au nombre d’une
trentaine, de petites dimensions; on en trouve également une trentaine
au Wolayta. Mais elles se comptent par milliers dans les districts de Sidama,
Gedeo et Jemjem. Malgré des différences évidentes
les monuments du Shoa et du Sidamo présentent une unité culturelle:
plusieurs indications relevées du nord au sud dans cette aire mégalithique,
notamment la présence du signe ramifié sur de nombreuses
stèles des deux régions, les rattachent à un même
symbolisme.
Dans les deux secteurs mégalithiques
du Shoa, des stèles très variées :
Dans le Shoa, on distingue deux
secteurs mégalithiques. Les pays du Soddo, de Dobbi, de Meskan et
de Silti qui englobent ces deux secteurs possèdent des monuments
variés.
Cent cinquante et un sites ont été
répertoriés mais les sites mégalithiques persistent
en nombre un peu plus élevé. La plus grande partie des sites
archéologiques se trouvent répartis entre 1900 et 2500 mètres.
D’un point de vue strictement archéologique, les quatre pays du
Soddo, de Dobbi, de Meskan et de Silti, peuvent être divisés
en deux secteurs A et B d’après l’aspect de leurs monuments mégalithiques.
On range dans le secteur A la partie
nord du Soddo traditionnel; ce pays est limité au nord par le fleuve
Awash et au sud par la rivière Akemuja que la route traverse à
10 Km avant Butajira. Le secteur B comprend la partie sud du Soddo ainsi
que les pays de Dobbi, Meskan et Silti. Dans ces deux secteurs archéologiques,
on rencontre les quatre grands types de monuments mégalithiques,
stèles anthropomorphes, stèles figuratives, stèles
phalloïdes et monolithes simples.
Le secteur A comprend des stèles
dont une face présente une figuration d’épées assorties
de signes énigmatiques, des stèles anthropomorphes d’un aspect
particulier, des monolithes hémisphériques ou coniques.
Les stèles aux épées
du nord du Soddo et un énigmatique signe ramifié :
Les stèles aux épées
mesurent de un à cinq mètres de hauteur, la plupart se situant
autour de 2 mètres; deux stèles seulement atteignent 5 mètres;
il s’agit de pierres à deux faces dont l’épaisseur varie
de 20 à 30 cm. La figuration n’apparaît que sur l’une des
deux faces, l’autre ne portant ni gravures ni sculptures.
Les épées, sculptées
en champlevé, occupent le registre supérieur de la figuration.
Au registre inférieur figurent des signes énigmatiques qui
devaient avoir une signification symbolique. La figure centrale est constitué
par un objet bifurqué ou signe ramifié. Un ou deux disques
sont disposés sur les côtés du signe ramifié,
en position haute généralement, et de manière symétrique
dans le cas où ces disques sont au nombre de deux. Des marques en
forme de W versé s’y ajoutent, simples ou doubles et dans ce dernier
cas, la forme ressemble alors à celle d’un X couché avec
losange central. Souvent associés, ces signes composent ce que l’on
a proposé d’appeler la triade symbolique. Quasiment toutes semblables
par leur forme, les épées sont représentées
soit la pointe dressée vers le haut, soit la pointe en bas, jamais
horizontalement. Elles sont courtes et trapues, à deux tranchants.
Le dessin affecte un tracé un peu près invariable qui rapelle
celui du glaive romain. Parfois, une seule épée figure sur
la stèle; quand elles apparaissent en groupe comme au site de Welbata
où 23 épées occupent le champ de la stèle,
elles sont disposées par rangées superposées, tantôt
réunies par leur garde, tantôt séparées, opposées
par leur talon ou leur pointe. La longueur des épées varie
entre 62 et 83 cm; la lame est large d’une douzaine de cm en moyenne. On
a dénombré 113 de ces stèles aux épées.
Symbole usuel, le signe ramifié
se rencontre, en relief ou incisé, sur toutes les stèles
aux épées, associé aux autres signes énigmatiques.
D’une stèle à l’autre la disposition des épées
et des autres symboles est telle qu’on ne rencontre jamais le même
arrangement de signes : ce qui semble signifier entre autres que les sculpteurs
connaissaient le répertoire des stèles déja façonnées
sans quoi ils auraient inévitablement reproduit une disposition
antérieure. Il s’agit donc d’une distribution intentionnelle et
la fourchette de temps pour le façonnage de ces stèles semble
assez étroite. Pas plus que les autres symboles, le signe ramifié
n’a reçu d’explication satisfaisante.
A Osole, une stèle anthropomorphe
gigantesque :
La plus monumentale des stèles
anthropomorphes a été découverte à Osole, sur
la berge nord de la rivière Titto. D’une hauteur de 2,9m, elle est
large de 1,7m. La silhouette est très schématique : deux
bras séparés du tronc, au sommet une sorte de pédoncule
rectangulaire où deux cavités marquent les yeux, esquissent
une forme humaine. Un décor linéaire est gravé sur
la pierre; 70 de ces stèles ont été inventoriées.
Sur certaines, on relève la présence du signe ramifié
qui les apparente aux autres monuments mégalithiques.
Parmi les stèles anthropomorphes,
il convient de ranger les stèles « au masque ». En fait,
cette désignation s’applique à trois types de stèles
anthropomorphes qui ont en commun de représenter la silhouette humaine
avec le visage marqué de trois bandes verticales en relief comme
un masque. Ces bandes occupent à elles seules toute la face, avec
occasionnelement deux yeux, ou parfois quatre, mais dans ce dernier cas,
les petits ronds du bord peuvent figurer des oreilles.
De nombreuses stèles en demi-sphère
ou en cône :
Les pierres en forme de demi-sphère
ou de cônes sont nombreuses : on en a dénombré 318.
Comme les pierres anthropomorphes (type Osole) on les trouve que dans le
secteur A.. Quelquefois isolées, elles sont le plus souvent groupées
et disposées en demi-cercle. Ce sont des blocs de pierre en forme
de demi-sphère, de cône, parfois de segment de cylindre.
Nulle part ces blocs ne sont mêlés
aux autre monuments. A l’exception d’un seul, ce sont les seuls monolithes
qui n’offrent pas de signes permettant de les rattacher nettement à
l’ensemble des stèles et d’affirmer leur parenté culturelle
avec les stèles. Celle-ci est pourtant difficilement niable si l’on
considère que ces blocs ne se trouvent que dans le Soddo et généralement
à proximité des sites à stèles. Une prospection
menée sur le site de Dimbo-Der près de Tiya leur attribue
une signification funéraire.
Les stèles des cimetières
:
La présence des cimetières
est signalée au premier abord par des stèles dressées
ou chues. On découvre habituellement les tombes cachées dans
l’herbaille. Leurs pierres d’encadrement plantées de chant ont parfois
une longueur suffisante pour délimiter tout un coté de la
tombe quand celle-ci est rectangulaire. Dans certains sites, l’encadrement
est polygonal. Les sépultures se jouxtent étroitement. Elles
sont contigües et cette disposition donne aux cimetières un
aspect compartimenté alvéolaire.
Le cimetière de Gattira-Demma
qui se trouve au sommet d’une colline, non loin de Tiya, possède
cinq stèles figuratives. Des pierres plates en assez grand nombre
marquent l’emplacement des tombes. A part trois d’entre elles qui ont un
encadrement circulaire, elles sont rectangulaires
La figuration humaine omniprésente
dans les deux secteurs du Shao :
Le secteur B est constitué
par quatre groupes de sites répartis dans les « pays »
de Kefel-Damo, Dobbi, Meskan et Silti, situés au sud et à
l’extérieur du secteur A. Au total, 46 sites y ont été
repérés. Stèles historiques à silhouette humaine,
stèles phalloïdes et monolithes simples composent les monuments
de ces quatre groupes. En sont absentes les stèles aux épées,
les stèles anthropomorphes de type Osole, les pierres hémisphériques
ou coniques et les cimetières compartimentés. Le souci de
géométrie qui caractérise le décor des stèles
figuratives du secteur A n’apparaît pas sur les stèles du
secteur B. Ces stèles ont la forme de pierres plates, d’une hauteur
mesurée sur le sol allant de 1 à 2 m. Le décor figuré
occupe les deux façes et présente une grande variété
de sujets à commencer par la figure humaine sous l’aspect d’un petit
personnage aux bras-levés. Les signes énigmatiques sont présents
: le signe ramifié figure en position centrale; ses branches sont
simples ou doubles; son axe vertical se prolonge quelquefois verticalement
au-dessus des branches.
On trouve des stèles phalloïdes
sur les sites de Kefel-Damo-Angadu, elles portent le signe ramifié.
Au- delà des spécificités locales, l’unité
des deux secteurs est manifeste. Plusieurs faits l’établissent :
le signe ramifié en est le témoignage constant.
L’homme, aussi bien dans le secteur
A que dans le secteur B, est le thème dominant
Dans le Sidamo, des milliers de stèles
phalloïdes :
A l’est du lac Abaya, dans les districts
de Sidama et de Gedeo notamment, mais aussi dans ceux de Arero et de Jemjem,
les gisements archéologiques forment un vaste ensemble. En gros,
deux types de stèles composent cet ensemble, des stèles phalloïdes
et des stèles anthropomorphes. Les stèles phalloïdes
en constituent le plus grand nombre; la plupart d’entre elles sont couchées
à terre. Certains sites en comptent plus de sept cents. Ces stèles
atteignent entre 3 et 4m de hauteur.
Du Shoa au Sidamo, une implantation
continue de mégalithes :
Comme les stèles du Shoa,
les stèles du Sidamo sont-elles des monuments funéraires
? C’est fort probable mais la preuve n’a pas encore été faite.
En outre, et sous un autre angle, l’hypothèse que le stèles
phalloïdes étaient dédiées aux forces vitales
peut se justifier. L’espace qui sépare sur une assez longue distance
les sites du nord (dans le Shoa) de ceux du Sud (dans le Sidamo) ne constitue
pas un vide archéologique, car des stèles ont été
repérées dans cet espace intermédiaire. Presque toutes
sont à ceractère phalloïde, ni le signe ramifié
ni aucun autre signe énigmatique n’y figure.
Le mystère de l’origine des
stèles :
Les chercheurs qui ont étudié
les stèles du Sud de l’Ethiopie n’ont pas caché leur embarras.
A quelle civilisation appartiennent-elles ? Quel âge leur attribuer
? Quelle idée se faire de leur signification ?
L’étude comparative n’apporte
aucune certitude sur les origines de ces stèles. En Ethiopie même,
le rapprochement avec les stèles du Nord (Axoum) n’est pas révélateur.
L’influence qui a le plus marqué les stèles axoumites est
d’origine sémitique.
Plusieurs pays d’Afrique possèdent
aussi des mégalithes. Ceux de la région de Bouar en Centrafrique
sont vieux de plusieurs millénaires. En Sénégambie
et au Niger, les pierres levées dateraient de la fin du premier
millénaire de l’ère chrétienne. Un parallèle
pourrait être établi entre les stèles phalloïdes
du Sidamo et les 295 « akwanshi » au Nigeria. La forme phalloïde
associée à l’image d’un visage se rencontre à la fois
sur les pierres du Nigeria et sur celles d’Ethiopie.
Les « akwanshi » appartiennent
à une culture dont les plus anciens témoignages connus ne
remonteraient pas au delà du XVIème siècle. Selon
certains auteurs, l’art de sculpter ces pierres se pratiquaient encore
au début du XXème siècle. Il en va différemment
en Ethiopie où nulle tradition ne s’est conservée. On s’aperçoit
que le comparaison ne peut se faire que pour les stèles phalloïdes.
En Ethiopie méridionale,
les renseignements historiques ne remontent qu’aux XIVème et XVème
siècle.
Les stèles gravées
de Tiya (plateau de Dedeba) :
Le site de Tiya se trouve dans le
secteur A du Shao, à une centaine de Km d’Addis-Abeba. C’est le
site à stèles à épées le plus important
par le nombre, mais aussi le plus au sud de l’aire des stèles de
ce style.
Un premier ensemble se développe
sur une quarantaine de mètres de longueur : la majorité des
stèles à épées ont une façe ornée
tournée vers l’est. Le deuxième ensemble se situe à
environ 25m de l’extrémité nord de la file centrale : il
est composé de 3 stèles formant une ligne sensiblement parallèle
à l’axe général du premier ensemble. C’est en ce lieu
que l’on trouva un squelette recroquevillé et les restes de deux
vases reconstituables. C’est là que se trouve aussi la stèle
la plus haute (plus de 5m) présentant 19 épées en
deux panneaux superposés. En haut deux rangées de 6 et 7
épées opposées par la pointe surmontent la fameuse
triade symbolique, faite d’un signe ramifié, de deux cercles et
d’un X; en bas, 6 épées pointes en haut surmontent la même
triade symbolique. C’est la seule stèle à épées
du Soddo présentant deux fois un ensemble de signes.
A Tiya, on dénombre 46 stèles
qui se décomposent comme suit : 41 pierres à perforation
basale simple, double ou triple. 34 d’entre elles représentent la
triade symbolique : signe ramifié, deux cercles et W renversé,
simple ou double. Il existe donc des pierres à perforation circulaire
basale (au nombre de 6) qui ne présentent aucune décoration
gravée.
Parmi les 34 stèles à
triade symbolique, 28 seulement portent de 1 à 19 épées.
6 stèles donc ne comportent que la triade symbolique et la perforation
basale.
Que signifient les symboles gravés
?
Personne ne sait donner un sens
à la triade symbolique, pas plus qu’aux épées ou aux
perforations basales. Il faut cependant noter avec intérêt
que les actuels Dinka, pasteurs nilotiques du Sud-Soudan, s’effectuent
des tatouages sur le ventre au-dessus et autour du nombril parmi lesquels
notre signe ramifié est fréquemment représenté.
Il reste cinq stèles dont
nous n’avons pas encore parlé : deux sont des stèles-colonnes,
à fût cylindrique comparables à celles rencontrées
dans la région sud de Meskan et Silté. Dans les deux cas,
elles sont associées à une stèle à épées.
Trois éléments de stèles au décor géométrique
comme on en trouve au sud n’étaient pas visibles en surface. Ces
fragments basilaires de stèles furent trouvés au cours de
la fouille : ils servaient à délimiter l’aire quadrangulaire
qui marque l’emplacement d’une sépulture particulière excentrée
par rapport à l’axe général des stèles de la
file principale.
A environ 1Km du site à stèles
de Tiya, à l’ouest, de nombreux blocs libres portent encore des
traces de débitage comparables à celles observées
sur les stèles. Il est fort probable que c’est de cet endroit que
proviennent les dalles qui ont servi à Tiya.
Les inhumés de Tiya :
Bien que le nombre de sites sépulturaux
connus en Ethiopie devienne très important au fil des ans, le site
de Tiya est actuellement le seul, pour cette période du moins, où
un anthropologue ait été présent pendant les fouilles.
Dix squelettes ont été étudiés au cours de
la campagne de 1982.
La plupart était ensevelis
dans des fosses individuelles circulaires recouvertes de branchages, fosses
situées soit devant une stèle, soit dans des sortes de petits
coffrages faits de pierres plates posées sur chant, selon une position
que l’on peut nommer « nid d’abeille ». Les positions dans
lesquels les corps ont été déposés sont variables.
D’une façon générale cependant, ils sont alignés
selon l’axe nord-sud, tête au sud; certains ont été
ensevelis en position assise, ou encore accroupie, et la position observée
actuellement est le résultat accidentel de l’effondrement du corps
sur lui-même. Toutes les sépultures appartiennent à
des adultes : la stature des corps étudiées est de 167cm
pour les hommes, et presque 159cm pour les femmes.
L’étude des dimensions des
crânes montre que ceux-ci diffèrent par certaines caractéristiques
métriques de ceux de « la race éthiopienne »
définie par H.V Vallois et qui est « modérément
dolichocéphale (indice 75 à 78) et d’une taille moyenne ou
un peu supérieure à la moyenne (165 à 167cm), les
Ethiopiens ont une peau fonçée, d’un brun rouge à
brun noire, qui rapelle les nègres. Comme ceux-ci, ils ont un corps
élançé avec un bassin étroit et des jambes
longues.....il n’y a pas de prognathisme ». En effet, les indices
crâniens que nous avons calculés à Tiya sont compris
entre 66 et 75, donc inférieurs à ceux donnés par
Vallois, par contre la taille moyenne est la même : 163cm pour les
deux sexes.
Sachant la rapidité avec
laquelle peuvent changer, entre plusieurs générations de
suite, les valeurs de ces indices, rien ne permet actuellement de dire
que les sépultures de Tiya ne sont pas celles des ancêtres
de la populations actuelle d’Ethiopie.
B) L’Afrique Australe
Les plus anciens australopithèques d’Afrique du Sud étaient pour la plupart de morphologie gracile, avec une capacité crânienne avoisinant les 450-500 cm3. Dans les gisements plus récents des cavernes de Swartkrans et Kromdraai, le type dominant est beaucoup plus robuste (Australopithecus robustus). Les deux formes robustes et graciles peuvent être contemporaines et coexister dans les mêmes aires géographiques comme dans le site de Makapan en Afrique du Sud. On a également découvert dans le site de Swartkrans des fragments d’ossements d’une espèce d’hominidés plus récentes, Homo sapiens, à laquelle on peut rattacher la découverte d’outils de pierre datés d’environ 1,5 millions d’années.
- le complexe acheuléen :
les premiers ensembles sud-africains appartenant à l’acheuléen
proviennent de deux gisements situés au confluent du Vaal et de
son affluent, le Klip. Toute une gamme d’outils y est représentée
: bifaces, hachereaux, galets, éclats ... En Afrique méridionale,
Homo erectus était très probablement l’auteur de ces industries
acheuléennes, bien qu’aucun vestige osseux n’ait encore été
découvert. C’est avec l’apparition de l’acheuléen évolué
ou récent que nous commençons à observer, en Afrique
australe, une prolifération de gisements qui semble indiquer une
multiplication des groupes d’hominidés (aucun gisement n’a pu être
daté avec précision car tous se situent au-delà de
la portée du radiocarbone).
Le gisement le plus septentrionale
est celui de Kalambo Falls à la frontière de la Zambie et
de la Tanzanie où le bois a été bien conservé.
Ce bois a pu être daté à 190 000 av.J-C. Différents
instruments de bois sont associés à une industrie lithique
composé de bifaces, hachereaux, éclats... Certains de ces
habitats offrent de nombreuses traces de feu.
Au cours de l’acheuléen,
l’homme s’installait toujours à proximité d’un point d’eau.
Il vivait parfois dans des abris, comme dans la grotte des Foyers à
Makapan.
En Afrique australe, l’acheuléen
récent s’étend probablement de 700 000, environ, à
200 000 av.J-C.
- « le middle stone age »
: A un moment entre 100 000 et 80 000 av.J-C, le niveau de la mer commença
à baisser; c’est peu après que l’homme a occupé les
emplacements les mieux adaptés à cet environnement (plages
et grottes). Au même moment, le climat semi-aride qui s’installe
alors sur une partie de la zone équatoriale, a réduit considérablement
la forêt, remplacée peu à peu par des herbages ou des
forêts claires, qui offraient un paysage plus favorable aux hommes
et au gibier.
A cette époque, les techniques
de base du travail de la pierre étaient la méthode Levallois
(procédé de débitage de la pierre permettant d’obtenir
de grands éclats de forme prédéterminée) et
celle du nucléus discoïde, utilisés pour fabriquer des
éclats et les transformer en outils légers, par percussion
directe.
Il y a quelque 100 000 ans, des
populations génétiquement apparentées mais régionalement
distinctes, ancêtres lointains de certains peuples d’aujourd’hui,
se sont différenciées : les souches San, grands et petits,
en Afrique méridionale et en Afrique du centre-est, et les «
Négroïdes d’Afrique » équatoriale et occidentale;
enfin, le profil nilotique de l’Afrique orientale. Les fossiles sont fragmentés
et se limitent souvent à un seul spécimen. En outre, l’apparition
de l’homme moderne dans la préhistoire s’accompagne de toute une
série d’innovations sur le plan des pratiques et des caractéristiques
culturelles. La multiplicité et la normalisation des différents
types d’outils, la fréquence des sépultures et le dépôt
d’objets auprès du mort : tout témoigne de l’évolution
de l’Homo sapiens vers un aspect plus rituel et plus symbolique de son
mode de vie.
- « le late stone age »
: En Afrique australe, l’image classique du « late stone age »
est celle d’industries principalement microlithiques. Les nucléus
préparés du « middle stone age » font place à
des nucléus sans forme précise, dont sont débités
des éclats irréguliers. Les seuls outils spécifiques
sont des racloirs, des grattoirs sur éclats et des grattoirs convexes.
On en trouve des spécimens dans des gisements côtiers de la
région d’Orange, du Transvaal et de la Namibie, où ces vestiges
sont associés à l’abattage de trois éléphants.
Au Zimbabwé, l’industrie équivalente se situe entre 9400
et 12 200 av.J-C.
Il semblerait que ce changement
technologique radical ait été général entre
20 000 et 9000 av.J-C. Ces industries sont associées à la
chasse de grands ongulés : antilopes bleues, bubales, gnous.. La
tradition microlithique coïncide avec le développement de formes
de plus en plus efficaces d’outils composites, dont l’arc et la flèche.
On connaît beaucoup de sites du « late stone age » et
l’on a des raisons de penser que cette période a vu une nette augmentation
de la démographie. Ceci semble corroboré par l’expansion
de la chasse et de ses techniques nouvelles; grottes et abris sont de plus
en plus occupés, la chasse s’intensifie et se spécialise.
Au cours des tout premiers siècles
de l’ère chrétienne, les populations du « late stone
age » vivant de chasse et de cueillette ont été remplacées
sur de vastes régions de l’Afrique australe par des agriculteurs
détenteurs de technique de la métallurgie. Il n’y a donc
pas de trace d’agriculture avant l’apparition des populations de l’âge
de fer, bien que dans l’Afrique du sud-ouest, certains groupes du «
late stone age » récent aient connu l’élevage du mouton
et de bovins au plus tard vers le premier siècle avant l’ère
chrétienne
C) L’Afrique centrale
Il faut entendre par Afrique centrale
les pays suivants : Zaïre, Centrafrique, Congo, Gabon, Cameroun, Angola,
Rwanda, Burundi.
Le bassin du Zaïre s’étend
du golfe de Guinée à l’ouest, à la zone des grands
lacs à l’est, approximativement depuis le 10ème parallèle
sud en Angola jusqu’à la ligne de partage des eaux du Tchad et du
Zaïre au Nord. Son couvert végétal , constitué
par la grande forêt, est la plus dense que l’on puisse rencontrer
en Afrique.
Les civilisations préhistoriques
ont évolué sur place, sans contact avec les populations vivant
dans les zones de végétation moins denses. Aujourd’hui, il
faut reconnaitre, compte tenu des énormes quantités d’outils
de pierre taillée recueillis, que le peuplement de ce que l’on appelle
« la grande forêt » a été aussi importante
que dans les autres régions d’Afrique.
- Le Néolithique :
Les faciès néolithiques
du bassin du Zaïre sont contemporains du bref et dernier stade humide.
Le climat est sensiblement le même que celui que nous connaissons
aujourd’hui mais le couvert forestier est beaucoup plus dense. Venant du
Nord, après avoir franchi le Zaïre, les hommes d’une civilisation
néolithique dite du « Congo occidental » envahissent
progressivement la région.
Ce néolithique se caractérise
par l’emploi de roches difficiles à tailler, tels le schiste ou
le quartz. L’outillage comporte des pics grossiers, des galets aménagés
et des haches. Dans certaines cités, tel Ishango, un outillage d’os,
en particulier composé de harpons, est associé à une
abondante céramique. Les gisements néolithiques sont connus
dans le Kwango, sur les deux rives du fleuve Zaïre, au Gabon et en
Centrafrique.
Seuls le Gabon et la Centrafrique
ont connu une civilisation mégalithique (les mégalithes sont
des monuments construits de blocs rocheux bruts). On peut citer les monuments
spectaculaires Bouar en Centrafrique. Ils se présentent sous la
forme de tumulus (amas de pierre ou de terre au-dessus d’une sépulture)
de dimensions variables, et se répartissent sur une bande de 13Km
de long et une trentaine de large. Les premières constructions dateraient
de 5500 av.J-C et les plus récentes de 450 ap.J-C.
Le bassin du Zaïre possède
également un art rupestre. Au Cameroun et en Angola, les figurations
gravées sur dalles prédominent : le style est géométrique.
Des peintures plus récentes apparaissent au Zaïre, dans la
province du Shaba. En Centrafrique, l’art rupestre se situe dans le Nord
et l’Est du pays. La première région présente des
abris où les peintures à l’ocre rouge figurent des personnages
et des signes. Dans la seconde, les gravures sont dominantes et faites
sur des dalles.
- Peuplement de l’Afrique centrale
:
En l’absence d’ossements humains,
détruits par l’acidité des sols, on admet que la première
manifestation de l’homme est attestée par des galets fracturés
dits galets aménagés. On retrouve des objets semblables un
peu partout en Afrique centrale : Zaïre, Gabon, Centrafrique et Angola.
Aucun habitat remontant à
cette époque, qui atteint 2 millions d’années, n’a jusqu’ici
été repéré en Afrqiue centrale.
Ce n’est qu’avec l’outillage acheuléen
que les preuves sont indiscutables d’une présence humaine en Afrique
centrale. Le site de la rivière Kamoa au Shaba (Zaïre), où
ont été retrouvé de nombreux outils, date d’environ
60 000 av.J-C.
Quant à l’homme ayant produit
ces industries, nous ne pouvons faire que des analogies avec d’autres régions
d’Afrique, où l’Homo erectus a été retrouvé
associé à des outils acheuléens. Probablement entre
50 000 et 40 000 av.J-C, on voit apparaitre de très petits outils
taillés, les microlithes géométriques : segments de
cercles, triangles, rectangles ... Employés dès le «
middle stone age », ils abondent au « late stone age »
et devaient servir individuellement comme armatures de pointes de flèches,
de lances, de harpons et de couteaux. On rerouve ces microlithes en Angola,
au Zaïre, au Congo, au Kasaï et Kwango. L’occupation de la grotte
de Matupi s’étend de 40 000 à 3000 av.J-C; on y a retrouvé
des milliers de microlithes en quartz. On sait que les habitants
de cette grotte chassaient des bovidés, des rongeurs, des singes
... Le site de Ishango a livré une industrie microlithique daté
de 21 000 av.J-C. Ces habitants vivaient de chasse et de pêche.
a) Préhistoire en République
Centrafricaine
Au coeur de l’Afrique, placée
entre les deux grandes régions de l’art rupestre du Sahara et de
l’Afrique du Sud, la République Centrafricaine n’avait jamais fait
l’objet de recherches systématiques en Préhistoire.Les fouilles
entreprises dans les années 80 ont livré un matériel
abondant et varié pour les périodes paléolithique,
néolithique et protohistorique, c’est à dire de l’origine
de l’homme aux civilisations des métaux. Elles ont permis l’étude
dans la région de Bouar, près de la frontière du Cameroun,
d’ensembles mégalithiques importants, tumulus et pierres dressées,
qui semblent remonter à l’époque des premiers agriculteurs.
Les fouilles ont mis à jour, dans cinq sites découverts à
l’est du pays, des gravures et peintures rupestres d’un grand intérêt
qui témoignent, par leur parenté avec l’art rupestre d’Afrique
du Sud, de la pénétration de populations venues du sud et
de l’est et confirment les liens entre la Préhistoire de la République
Centrafricaine et celle de bassin du Congo.
Les gisements préhistoriques
dans les régions prospectées :
a) Lobaye : la station expérimentale
de La Maboké étant située en Lobaye, les fouilles
ont débuté dans cette région de grande forêt
sur la rive gauche de la Lobaye entre Mbaïki au nord-ouest et Mougoumba
au sud. La zone en question est délimitée par une couverture
végétale très dense, ce qui ne facilite pas les recherches.
Plusieurs sites d’occupation préhistorique ont été
cependant localisé à La Maboké, à Boukoko,
à Mbaïki et enfin à Batalimo, où il a été
possible de fouiller un gisement néolithique d’une exceptionnelle
richesse qui nous a livré une industrie en pierre taillée
associée à de la céramique.
b) Haute-Sangha : La Haute-Sangha
se situe au sud-ouest de la République centrafricaine; c’est une
zone forestière où coulent de nombreux et importants cours
d’eau tributaires du bassin du Congo. Les fouilles ont été
entreprises sur les chantiers diamantifères de la Ngoéré
et de la Lopo où on a pu localiser de riches gisements du Paléolithique
inférieur dans les alluvions anciennes et récentes. Une prospection
sur le plataeu de Salo, qui domine la rive de la Sangha, a permis de découvrir
deux sites d’occupation dans les formations de latérite.
c) Région de Bouar : cette
région est située au nord-ouest de la République Centrafricaine.
On peut y découvrir des mégalithes aux environs de la ville
et des monuments plus au nord près de Niem et de Yélowa.
d) Mboumou : située su sud-ouest
de Yalinga, on a étudié les chantiers diamantifères
du Nzako et on a découvert d’importants gisements appartenant au
complexe Sangoen à Ambilo, Kono, Téré et Tiaga (Sangoen
: type d’industries propres au paléolithique africain; ce faciès
succède à l’acheuléen; on trouve des objets sur éclat,
des pics massifs, des bifaces et des pierres foliacées). Un peu
plus au sud, aux environs de Bakouma, deux sites de gravures rupestres
sur dalles horizontales de latérite ont été découverts.
e) Haute-Kotto : on a localisé
un site paléolithique sur la Diwa près de Mouka et on a pu
recueillir dans les chantiers diamantifères du Dar Challa, sur la
Boungou, un outillage acheuléen très roulé provenant
des alluvions récentes de la rivière. Plus au nord, près
de la frontière du Soudan, on a découvert des peintures et
gravures rupestres du Djebel Méla.
f) Région de Birao : A Ouanda
Djallé, sur la rive droite de la Wakouma, deux gisements préhistoriques
ont été localisés : l’un de surface à industrie
en quartz taillé; le second inclu dans une formation de latérite
démantelée par l’érosion avec une indutrie en quartzite
très altérée.
g) Région de Ndélé
: tout au long de la piste Tiroungoulou-Ndélé, qui suit la
bordure sud de la cuvette tchadienne, on a découvert de nombreux
gisements dans les formations gréseuses creusées parfois
de vastes abris. En plus de stations à industrie en quartzite et
en quartz, deux sites de peintures rupestres ont été localisé
: l’abri de Toulou et l’abri de la Koumbala IV. Dans ce secteur, on a également
recueilli une importante série de céramiques de diverses
époques.
Les industries paléolithiques
reconnues :
1) Pré-Acheuléen :
le Pré-Acheuléen ou « civilisaton du galet aménagé
» a été rencontré en Haute-Sangha dans deux
canions fossiles de la Ngoéré, à Ngosso et Yanga dont
les alluvions étaient exploitées par la recherche diamantifère.
A Ngosso en particulier, les récoltes comportent uniquement des
galets aménagés. Cette industrie semble se localiser dans
les alluvions profondes à éléments lourds des lits
fossiles des cours d’eau de l’ouest de la République Centrafricaine.
Le gisement de Ngosso semble être le plus ancien de ceux de ce type
qui sont actuellement connus.
C’est plus au sud, sur le plateau
de Salo à Baboungué, sur la rive gauche de la Sangha, que
l’on a découvert dans de puissantes formations de latérites
un gisement de galets aménagés en quartzite et en grès,
associés à un grossier débitage de quartz. C’est le
premier gisement de Paléolithique inférieur situé
hors des alluvions et non remanié rencontré en République
Centrafricaine.
2) L’Acheuléen : particulièrement
abondant en Haute-Sangha. On l’a trouvé dans les alluvions exploitées
par les chantiers diamantifères sur les rivières Ngoéré
et Lopo. Sur la Ngoéré, à Ngola, Bangué I et
III, Saporou et Bambo II, les gisements sont d’une grande richesse mais
souvent les objets sont très usés par suite de leur séjour
et transport dans les alluvions (on ne peut pas observer de stratigraphie).
L’outillage du bassin de la Ngoéré,
compte tenu de sa typologie, se classe dans un Acheuléen évolué;
il faut y noter la présence d’outils de grandes dimensions, particulièrement
dans les hachereaux.
Dans les environs de Nola, les chantiers
diamantifères de la Lopo et de la Libangué exploitent une
plaine alluviale ancienne dont la coupe se présente en résumé
de la façon suivante :
- mince couche de 0,2m à
0,4m de terre végétale;
- alluvions gréseuses très
fines, déposées par lits plus ou moins horizontaux, parfois
colorées d’oxydes de fer, d’une épaisseur moyenne d’un mètre;
- alluvions à éléments
lourds : galets de quartz et de quartzite, diamants et outils préhistoriques
d’environ un mètre d’épaisseur;
- substratum en schistes plissés
formant un fond très irrégulier;
A Lopo et à Libangué,
les pièces préhistoriques ont toutes été trouvées
dans la couche dimantifère la plus profonde. Leur état de
conservation est variable mais les objets sont souvent usés du fait
du transport fluvial. On y a trouvé des galets aménagés,
des bifaces, hachereaux, pics et éclats en quartzite gris bleu à
grain fin d’une excellente qualité. Comme pour l’ensemble de Ngoéré,
l’ensemble se classe dans l’Acheuléen supérieur.
En Haute-Kotto, dans les chantiers
diamantifères du Dar Challa sur la Boungou, à l’est de Ouadda,
on a découvert quelques pièces acheuléennes (bifaces
et hachereaux) provenant des alluvions et graviers récents.
Complexe Sangoen :
Le Sangoen tire son nom du gisement
de la baie de Sango sur la rive occidentale du Lac Victoria en Ouganda.
Cette industrie serait contemporaine du Würm. Elle n’a pas été
retrouvée en stratigraphie et pose donc un problème de chronologie
exacte.
Le complexe Sangoen a une aire d’extension
assez vaste de l’Afrique centrale à l’Afrique orientale. Il s’est
développé dans des régions boisées qui ont
d’ailleurs conservé jusqu’à nos jours la forte couverture
végétale que forme la forêt équatoriale. Il
est considéré comme appartenant à une civilisation
de type forestier. Il semble dériver de l’Acheuléen et lui
succéder. On retrouve encore quelques galets aménagés
et des bifaces qui deviendront de plus en plus petits au fur et à
mesure que se développe la fabrication de ces outils à partir
d’un éclat. Les hachereaux se raréfient progressivement et
finissent èar disparaître au cours de son évolution.
De nombreux outils occupent une
place importante : grands pics à section triangulaire, rabots grossièrement
taillés et pièces bifaciales étroites, taillées
par percussion et diminuant de dimensions tandis que l’industrie évolue
pour aboutir aux complexes Lupembien et Tshitolien.
En République Centrafricaine,
le complexe Sangoen a été rencontré au Mbomou dans
les chantiers de mines à Ambilo, Kono, Téré et Tiaga.
Les objets recueillis ne sont pas usés. Les populations préhistoriques
ont vécu sur les berges mêmes des rivières, les sédiments
ont ensuite glissés latéralement avant d’être recouverts
par les alluvions gréseuses fines plus récentes. Les gisements
de Nzako sont d’une extraordinaire richesse et c’est par milliers que se
rencontrent les objets taillés dans les couches profondes des alluvions.
Les bifaces de divers types, généralement taillés
à partir d’un éclat, y sont abondants; les hachereaux sont
pratiquement absents; on trouve des pics, des racloirs, des galets aménagés,
des pièces discoïdes et de très nombreuses pièces
bifaciales étroites et allongées. Leur abondance et certaines
formes fines et élancées laissent entrevoir une évolution
vers des complexes plus résents comme le Lupembien.
Quelques traces de Sangoen ont également
été remarquées en Haute-Sangha sur la Ngoré,
à Baboungué II près de Salo, en Lobaye, dans les alluvions
près de Mbaïki et enfin en Haute-Kotto sur la Boungou.
Les industries du Néolithique
:
En République Centrafricaine,
la civilisation néolithique semble avoir laissé des traces
dans tout le pays. Les recherches ont permis de reconnaître plusieurs
faciès, répartis en fonction des conditions climatiques et
des environnments différents : zone à forêt tropicale
et savanes. Plusieurs haches polies ont été retrouvées
en divers points du pays, générallement dans les alluvions
récentes exploitées par les chantiers diamantifères
mais aussi au cours de travaux agricoles. Comme dans d’autres régions
d’Afrique et même d’Europe, elles sont connues sous le nom de «
pierres à foudres » et conservées comme talismans.
- Le gisement néolithique
de Batalimo, Lobaye :
Ce gisement est situé sur
la rive gauche de la Lobaye, vingt kilomètres environ au nord-ouest
de Mougoumba. Le gisement est très étendu, plusieurs hectares
d’après les observations qui ont été faites. Le site
est particulièrement favorable à l’installation d’un habitat;
le terrain est très sableux et permet à l’eau de pluie de
s’infiltrer rapidement; il forme une butte qui domine de quelques mètres
le niveau de la Lobaye; il n’est jamais submergé, même au
moment des plus fortes crues. De plus, le fleuve, très poissonneux,
était pour les hommes habitant cet endroit une réserve de
nourriture complétant l’apport de gibier procuré par la chasse.
En 1968, on effectua une fouille
de 6m2 : plusieurs couches furent mises en évidence dont une couche
archéologique de couleur grise à noirâtre de 10 à
70cm. Cette couche est extrêmement riche en vestiges lithiques et
en céramique : 6824 éclats divers, 287 outils; plusieurs
tessons de céramique et trois vases presque entièrement reconstitués
ont été recueillis. Aucune trace d’os ou de charbon de bois
n’a été observée.
- l’outillage lithique de Batalimo
présente peu de variétés; il comporte des éclats
retouchés, des racloirs, des percuteurs et surtout des haches taillées
qui constituent la partie la plus importante des outils. Ces haches sont
le plus souvent de forme triangulaire mais quelques-unes ont une forme
subrectangulaire ou trapézoïdale. Elles sont taillées
sur les deux faces par grands éclats repris sur les bords par une
retouche courte et écrasée, le tranchant est taillée
de la même manière et sur quelques exemplaires sommairement
poli.
- La céramique constitue
la partie la plus spectaculaire du matériel archéologique.
A en juger par la quantité de tessons recueillis, 922 sur 6m2 de
fouilles, elle devait jouer un rôle très important dans la
vie des habitants du lieu. Les formes comportent des vases à panse
arrondie ou faiblement ovoïde et é fond plat mesurant en moyenne
13cm de diamètre et d’une hauteur de 12 à 13cm. La partie
supérieure s’ouvre par un col très large qui s’épanouit
en une sorte de collerette très courte plus ou moins déversée.
Le décor des vases, absent dans les parties basales, est d’une grande
richesse de composition et exécuté par cannelures, quadrillages,
chevrons, impressions au peigne .. La cuisson , faite en atmosphère
confinée, est de qualité médiocre mais homogène.
Une datation par thermoluminescence
de la céramique de Batalimo a donné le résultat suivant
: 380 plus ou moins 220 ap.J-C. A première vue, une datation, pour
une industrie néolithique, peut sembler trop récente. En
fait, nous nous trouvons dans une zone équatoriale où les
civilisations préhistoriques sont très mal connues. Il est
possible que dans ces régions, le Néolithique ait eu une
durée beaucoup plus longue que dans d’autres secteurs de l’Afrique.
L’état exceptionnel de la
conservation de la céramique dans le gisement pose la question de
l’abandon de l’habitat. Cet abandon a dû être extrêmemement
rapide, des vases entiers étant restés sur place. Il semblerait
qu’il soit consécutif à une brusque crue du fleuve ayant
fait fuir les habitants et ayant recouvert le site d’alluvions. Par la
suite, il n’y a pas eu de nouvelle occupation, les couches supérieures
étant stériles.
Le gisement de Batalimo est actuellement
le seul de ce genre qui soit connu et qui ait fourni une industrie
lithique associée à une céramique: il est d’une grande
importance pour la préhistoire des zones équatoriales.
- Les Kwés : « Kwé
» est le nom du bâton à fouir dans la langue bushmen;
par extension, il a été utilisé pour désigner
les pierres perforées d’aspect très divers et tirées
des matières premières les plus variées trouvées
en divers points de l’Afrique. Leur usage semble assez varié : en
Ethiopie, ils chargent la « dongora », pieu armé d’une
pointe de fer à une extrémité et servant à
défoncer le sol. L’utilisation la plus courante est celle qui a
été observée en Afrique du Sud chez les Bushmen :
les kwés sont enfilés sur une tige de bois durcie au feu;
cet outil sert aux femmes pour la cuillette des végétaux
et en particulier pour déterrer les racines comestibles. Dans la
province de l’Orange, des peintures rupestres représentent des femmes
portant sur l’épaule le bâton à fouir muni d’un kwé.
Les kwés ont pu également servir de tête de massue;
certains ont été utilisés comme enclumes, d’autres
dans l’installation des souffleries des hauts fourneaux artisanaux .....
Actuellement, au Cameroun, les pêcheurs se servent des kwés
qu’ils trouvent accidentellement comme poids pour lester les filets de
pêche. Au Katanga, ils sont considérés comme pierres
magiques à qui l’on attribue d’innombrables vertus : provoquer la
pluie, rendre les femmes fécondes...
En République Centrafricaine,
plusieurs dizaines de kwés ont été découverts
accidentellement au cours de travaux miniers ou agricoles en divers points
du pays. Leur aire de répartition semble couvrir tout le pays mais
ils sont plus abondants dans les zones sud à forte végétation
et à forêt tropicale.
Un art rupestre témoin des
migrations africaines :
Au cours des recherches en République
Centrafricaine, cinq sites d’art rupestre ont été découverts.
- Région de Ndélé,
secteur de la Koumbala, abri de Toulou :
Cet abri est situé à
80Km à l’est de Ndélé, sur la piste Ndélé-Tiroungoulou.
Il est creusé dans une énorme formation gréseuse près
du marigot qui lui a donné son nom. Il est long d’une trentaine
de mètres et sa hauteur varie de 6 à 7m. Il est peu profond
mais plusieurs couloirs et diverticules perçent la masse rocheuse
de part en part. La situation de cet abri à proximité d’un
cours d’eau et ses dimensions exceptionnelles font qu’il a été
occupé depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. De
ce fait, les dessins et graffitis qui sont visibles sur ses parois appartiennent
à plusieurs époques :
- graffiti au charbon de bois et
en blanc, traits, lignes enchevêtrées et personnages divers;
- personnages peints en blanc, les
bras en « anse de pot », imitation de personnages plus anciens
peints en rouge que nous mentionnerons plus loin;
- plusieurs animaux (buffles et
éléphants) et un avion, traité en blanc et ocre;
- ponctuations et personnage stylisé
en rouge;
- dans un diverticule, côté
sud, et dans un creu de roche très accentué, deux personnages
en rouge, hauts de 34 et 38cm, aux bras en « anse de pot »;
- dans un diverticule très
bas, au centre de l’abri, une frise de neuf personnages : deux silhouettes
en noir, le corps étant constitué par une tache, et une série
de sept personnages d’un style différent, traités en blanc,
noir et rouge. Les six premiers portent un collier et des ornements aux
chevilles; ils semblent marcher sur le septième qui leur fait façe,
le bras droit levé et tenant dans sa main un objet blanc.
Ces peintures, étant donné
leur position éloignée de l’ouverture de l’abri, sont bien
conservées; elles nous paraissent être les plus anciennes
avec les personnages en rouge et les ponctuations de même teinte.
- Abri de la Koumbala :
Cet abri, situé à
quelques kilomètres à l’est du précédent, possède
des peintures traitées uniquement à l’ocre rouge : plusieurs
séries de ponctuations disposées sur lignes verticales ou
horizontales, deux mains positives, deux signes formés de cercles
et de traits et des traces impossibles à identifier en raison de
l’état de conservation.
- Haute-Kotto :
Le Djébel Méla est
une formation gréseuse située dans le massif du Tondou sur
la rive gauche du cours supérieur de la Kotto. Les peintures rupestres
sont situées dans un petit abri, elles sont toutes traitées
à l’ocre rouge. Sur la paroi principale, on distingue des signes
géométriques : triangles, cercles, pontuations... puis un
personnage et un félin. Certains signes ont été légèrement
creusés et polis avant que la teinte rouge ne soit étalée.
Un panneau, à gauche de l’abri, possède un second groupe
de signes et de ponctuations surchargé de plusieurs personnages
filiformes traités par piquetage.
- Mbomou, gravures des sources du
Mpatou :
Ce site se trouve sur la gauche
de la piste Bakouma-Ambilo et à environ 35Km de Bakouma. Les gravures
sont situées sur une dalle horizontale de latérite; elles
sont traitées par piquetage. On y trouve des cercles, simples ou
avec une croix ou une cupule au centre; de nombreux couteaux de jet de
types divers et une silhouette humaine stylisée.
- Mbomou, gravures rupestres de
Léngo :
Ce second site de gravures rupestres
se trouve près du village de Léngo, 12Km environ à
l’est de Bakouma. Les gravures ont été exécutées
sur une dalle horizontale de près de 200m de long sur 25 à
30m de large. Les gravures ont d’abord été creusées
dans la latérite par piquetage, puis certaines ont été
partiellement polies. Les traits sont, pour la presque totalité,
en U et profonds de 1 à 3cm; le nombre de figurations dépasse
300 :
- animaux dont des antilopes, félins,
oiseaux ....
- une figuration humaine : homme
masqué à tête d’oiseau;
- couteaux de jet de divers types
et une flèche;
- lances et calebasses;
Cet ensemble, compte tenu des lances
et couteaux de jet qui y figurent, peut être attribué à
l’Âge du fer, sans qu’il soit possible actuellement de donner d’autres
précisions.
Conclusion :
L’art rupestre de la République
Centrafricaine ne semble posséder aucune similitude avec celui du
Sahara. C’est sans doute vers l’Afrique du Sud et de l’Est qu’il faut en
rechercher l’axe de pénétration. Cet art est très
proche de celui qui est connu en pays bantou; il est donc récent,
voire historique. Il reste cependant important pour étudier les
migrations et mouvements de populations à une période très
mal connue de la Protohistoire ou de l’Histoire de l’Afrique centrale.
La civilisation mégalithique
de Bouar : tumulus et pierres dressées :
On a découvert de nombreux
monuments mégalithiques entre Bouar et Niem en direction de la frontière
du Cameroun, situés sur la ligne de partage des eaux des bassins
du Tchaet du Congo. Ces monuments se présentent sous la forme de
tumulus de dimensions variables, surmontés d’un certain nombre de
pierres dressées dont plusieurs ont une hauteur hors sol dépassant
parfois trois mètres. Pierre Vidal a fouillé trois de ces
monuments dans les environs de Bouar : Tajunu Beforo I, Tajunu Gam et Tajunu
Tia. Ces fouilles ont permis de préciser la structure interne composée
de cinq éléments :
- éléments mégalithiques
: base des grandes pierres debout; petites pierres debout souterraines;
rangées de caveaux;
- deux autres éléments
de structure constitué par une double couche de terre et une couche
de pierres sèches et de pierrailles.
La stratigrapie semble assez simple
: couche de terre en surface; couche de pierres sèches et de pierraille
avec installations mégalithiques; couche de terre remuée
et installée par les constructeurs. Comparativement à l’ampleur
des fouilles, le mobilier découvert est très modeste et provient
essentiellement de la couche mégalithique ou immédiatement
au dessous :
- céramique : tessons isolés
ou en petit nombre, souvent décorés par incision ou par impression;
trois céramiques intactes ou du moins reconstituables, avec ou sans
décoration;
-quartz : plusieurs fragments dont
certains taillés;
- objets en fer, scories et morceaux
de terre réfractaire provenant d’un haut fourneau, une boucle en
fer à Tajunu Gam et cinq objets en fer forgé, peut-être
des lingots monétaires, en forme de double fer de lance dans le
grand caveau de Beforo I.
Dans les trois monuments fouillés,
des foyers ont été mis à jour, les uns avec bûches
carbonisées et les autres vides; il s’agit peut-être de foyers
rituels. Des charbons recueillis ont fait l’objet de datations au Carbone
14; les résultats sont les suivants :
1- Bouar - Tajunu Beforo I : environ
5490 av.J-C
2- Bouar - Tajunu Tia I : environ
30 ap.J-C
3- Bouar - Tajunu Be Yole : environ
610 av.J-C
4- Bouar Tajunu Zupaya : environ
450 av.J-C ........
Nous ne donnons ici que quelques
exemples de datations. Les dates semblant le mieux convenir aux monuments
trouvés s’échelonnent entre 610 av.J-C et 30 ap.J-C. On pense
que certains objets (en particulier ceux en fer) ainsi que les monuments
ont été réutilisés une première fois
au cours des siècles.
Si, dans l’état actuel des
recherches, les mégalithes de Bouar ne peuvent être attribués
au Néolithique, l’on peut cependant dire que la civilisation qui
les a édifiés primitivement lui est au moins contemporaine.
Des sites protohistoriques ou historiques
d’une grande richesse :
Dans l’est et le nord-est de la
République Centrafricaine, toutes les formations rocheuses pouvant
offrir un abri et une protection ont été occupées
à certaines périodes.
Haute-Kotto :
- environs de Ouadda, grottes et
abris de Yangouabara : céramique et traces de pierres taillées.
- Djebel Mela : habitat d’une extraordinaire
richesse sur les pentes et dans les grottes qui percent entièrement
les formations gréseuses : céramiques, perles, bracelets
en fer, meules, broyeurs ...
Région de Birao :
- environs de Ouanda Djallé
: villages entiers à l’est de Ouanda Djallé et sur la rive
droite de la Wakouma au pied des formations rocheuses, emplacements de
caves, foyers en céramique, meules, broyeurs et tessons de poterie.
On a aussi découvert un haut fourneau pour le traitement artisanal
du minerai de fer.
- environs de Tiroungoulou : traces
d’habitat sur toutes les « kagas » granitiques ou gréseuses
au sud-ouest de Tiroungoulou sur la piste de Ndélé : céramique,
meules et broyeurs. La « Kaga Moutou », à 25 Km environ
du village, en direction de Ndélé, est particulièrement
remarquable. Sur ses pentes gisent des centaines de meules en grés
ou en granite, des broyeurs et de la céramique.
Région de Ndélé
:
Entre le pont de la Gounda, affluent
rive gauche de l’Aouk, et Ndélé, s’étend une région
à formations gréseuses, érodées et creusées
par l’érosion offrant de trèsnombreux abris plus ou
moins vastes. Tous ces abris possèdent des traces d’occupation récente
: céramique, meules, broyeurs, tuyères de hauts fourneaux
et souvent un outillage lithique (haches polies, quartz ...). C’est dans
ce même secteur que se trouve les abris de Toulou et de la Koumbala,
sites à peintures rupestres dont nous avons déja parlé.
- Plateau de Ndélé
: ce plateau, situé au nord de la ville et facilement défendable,
a servi aux environs de 1894 de position fortifiée au sultan Senoussi
à la suite de différends avec le sultan Ouaddaï. Les
restes de cette occupation sont encore bien conservés : remparts,
tessons de céramique décorée .....
Kémo-Gribingui:
On a remarqué dans les environs
des Mbrés un grand nombre d’abris creusés dans les grés
de cette région; tous paraissent avoir été habités.
On a recueilli des restes de mâchefer et du minerai concassé,
opération effectuée avant qu’il ne soit mélangé
au charbon de bois dans les hauts fourneaux. Un petit abri a livré
une céramique décorée et vernissée au graphite.
On ne sait que peu de choses sur
la période ancienne ou « historique » de la République
Centrafricaine. Il reste beaucoup de travail à effectuer pour les
spécialistes.
Conclusion :
La Préhistoire de la République
Centrafricaine se rattache à celle du bassin du Congo et ne semble
pas avoir, du moins à partir du Paléolithique moyen, de similitude
avec ce que l’on rencontre plus au nord et au Sahara. Les points de contact
semblent se situer à l’est et au sud et la pénétration
vagues d’occupation semble s’être arrêtée sur les zones
à forêt primaire et à savanes arbustives comme le montre
l’art rupestre qui est à repprocher de celui de l’Afrique du Sud
et qui n’a rien de commun avec le Sahara.
b) Préhistoire en Angola :
la nécropole de Kapanda
La nécropole de Kapanda avait
été repérée lors d’une campagne de recherches
et de prospections archéologiques réalisée en Angola
en 1991. Le site archéologique se trouve à proximité
et en amont du barrage centrale électrique de Kapanda qui était
en voie de construction dans la région du Moyen Kwanza . La nécropole
est constituée de 23 tumulus répartis en trois secteurs.
D) L’Afrique du Nord
- Le pré-acheuléen
(ou civilisation des galets aménagés, industrie lithique
primitive) :
Il ne semble pas que la présence
d’hominidés au Maghreb et au Sahara soit aussi ancienne qu’en Afrique
orientale et méridionale. Nous n’avons pas de traces d’Australopithèques,
ni par leurs ossements, ni par une industrie sur éclats précédant
celle des galets aménagés. Cependant, ces derniers sont présents
au Maroc, en Algérie et au Sahara, et semblent aussi ancien qu’à
Olduvai, soit entre 1 et 2 millions d’années.
- Industries acheuléennes
:
L’acheuléen est très
abondant au Maghreb et se présente dans trois types de gisements
:
a) les gisements en rapport avec
le quaternaire du littoral. Au Maroc atlantique, une séquence archéologique
partant des galets aménagés du pré-acheuléen
et aboutissant au paléolithique moyen a été reconstitué.
b) les gisements de dépôts
de fleuves et de lacs. Les premiers sont très rares et leur interprétation
est le plus souvent imprécise. C’est le cas pour de nombreux sites
algériens, marocains et tunisiens où les gisements de rives
de lacs sont rares. En revanche, l’acheuléen lié aux dépôts
lacustres est de règle, plus au sud, de la Mauritanie à la
Libye.
c) les gisements en rapport avec
d’anciennes sources artésiennes, qui semblent avoir attiré
les hommes de l’acheuléen à l’atérien (industrie paléolithique
avec pointes et racloirs). C’est le cas de sites comme Aïn Fritissa
(Maroc) ou Ternifine (Maroc). Dans ce dernier gisement, l’industrie acheuléenne
et la faune sont très riches, associées à un crâne
d’hominidé, dénommé Atlanthrope et rattaché
à Homo erectus.
Sur le plan des outils anciens,
l’acheuléen saharien et maghrébin ne diffère pas beaucoup
de celui défini en Europe. Les éclats, les bifaces et les
trièdres en sont les composantes principales. Une place très
importante est faite aux hachereaux taillés à partir d’éclats
(technique de Levallois utilisé). L’hominidé, autour de ces
industries, appartient à l’espèce homo erectus : il est daté
environ de 4 à 500 000 ans. Il devait connaitre le feu et peut-être
le langage.
- Le Moustérien :
Les industries découvertes
tant à l’est qu’à l’ouest du Maghreb sont caractéristiques
du moustérien (industrie du paléolithique moyen caractérisé
par de pointes et racloirs obtenus par la retouche d’éclats sur
une seule de leurs faces) et présentent encore un abondant débitage
Levallois. Ce moustérien a connu une évolution originale
: l’Atérien (nom d’après le site de Bir el Ater au sud de
Tebassa). Il présente une grande abondance d’outils à pédoncule.
Il est une évolution précoce du moustérien et durera
fort longtemps, envahissant le Maghreb et le Sahara : il s’est écoulé
environ entre - 37 000 et - 30 000. L’évolution de sa technologie
annonce déja le néolithique.
Quant à l’homme de l’Atérien,
de toutes récentes découvertes, faites au Maroc, renforcent
l’hypothèse qu’il n’est pas un Néanderthalien comme pour
le moustérien, mais déja un Homo sapiens.
- Paléolithique supérieur
Nos connaissances actuelles sur
ces périodes s’organisent autour de quatre industries : a) l’Ibéromaurusien,
localisé sur le littoral. b) « l’Horizon Collignon »,
en Tunisie. c) le Capsien. d) le Néolithique de tradition capsienne.
a) l’Ibéromaurusien :
La reprise des fouilles dans le
gisement de Tamar Hat (Algérie) a permis d’obtenir des dates très
anciennes et de mieux connaître ces Ibéromaurusiens, chasseurs
de mouflons et habitants de grottes littorales.
L’Ibéromaurusien est en effet
une civilisation littorale qui, néanmoins, connaît des pénétrations
continentales dont la plus importante preuve est le gisement de Columnata
(Tiaret, Algérie). Même analysé en détail, l’outillage
ibéromaurusien reste pauvre. Quelques microburins ont été
retrouvés, témoin d’une technique originale de fracture de
lame. L’industrie osseuse est pauvre et l’on ne retrouve ni art mobilier
ni art rupestre alors que cet ibéromaurusien est contemporain chronologiquement
des peintures de Lascaux en France, et d’Altamira, en Espagne. Or, les
hommes de cette époque sont au Nord comme au Sud de la Méditerranée,
des Cromagnoïdes appartenant à l’espèce Homo sapiens,
tel le type de Mechta el Arbi en Algérie.
L’hypothèse d’une origine
orientale, de laquelle auraient divergé vers le nord de la Méditerranée,
le courant « Cro-magnon »européen, et, au sud, le long
des rivages africains, les hommes de Mechta el Arbi, a été
émise sans preuves tangibles.
Sur le plan anthropologique, on
peut envisager qu’ils descendent des Néanderthaliens par l’intermédiaire
de l’homme atérien. Mais leur industrie lithique atteste des traditions
étrangères au Moustérien et à l’Atérien,
qui l’ont précédée.
Ils se maintiendront jusqu’au Néolithique
et coloniseront même, au plus tôt vers la fin du IIIème
millénaire, l’archipel des Canaries.
b) « L’Horizon Collignon »
Sur des bases stratigraphiques et
géomorphologiques, les industries sur lamelles de Tunisie pré-saharienne
sont antérieures à toute la série capsienne et sont
appelées « Horizon Collignon ». Aucune position chronologique
ne peut encore être précisée à leur sujet. La
typologie de ces industries comprend une forte proportion de lamelles à
bord abattu. Leur origine est peut-être aussi orientale : Cyrénaïque,
Egypte ou Proche-Orient.
c) Le faciès capsien
La série des industries capsiennes
a été définie selon trois styles plus ou moins échelonnés
: Capsien typique, supérieur et néolithique de tradition
capsienne. Dans l’un et l’autre cas, les gisements sont des tas de rebuts,
entremêlant cendres et pierres brulées, ossements d’animaux
consommés par l’homme, ses outils de pierre et en os, des restes
humains .... L’industrie capsienne est de fort belle qualité : on
retrouve de vrais microlithes géométriques (trapèzes,
triangles ..).
Le Capsien typique n’est connu que
dans une zone très limitée (frontière algéro-tunisienne).
Il ne couvrirait que le VIIème millénaire et son auteur nous
est à peu près inconnu.
Le Capsien supérieur nous
présentent de nombreux styles qui envahissent l’ouest algérien
et une partie du Sahara. Il représente une industrie d’objets de
petite taille, riche en microlithes géométriques. Descendant
jusqu’au Vème millénaire, le Capsien supérieur perdure
et se poursuit jusqu’au stade néolithique.
La civilisation capsienne a donc
duré près de 2000 ans. Les capsiens n’appartiennent pas au
type cromagnoïde de Mechta Afalou : ce sont des Méditerranéens
(non exempts de caractères négroïdes) dont le sujet
le plus complet est l’homme de l’Aïn Dokkara (Tebessa), qui remonte
au VIIème millénaire. Les habitants du capsien se comptent
par centaine : leurs habitations étaient constituées de huttes
de branchages, peut-être colmatées avec de l’argile. La chasse
ne joue pas un rôle de premier plan et ce sont les mollusques terrestres
qui occupent une place importante dans leur alimentation. Les Capsiens
enterrent leur mort dans des positions variables; ils sont également
les premiers artistes du Maghreb : objets de parures, plaquettes gravées,
pierres sculptées.
d) le Néolithique
C’est une survivance du Capsien
au Maghreb. Viennent s’ajouter la céramique, les outils de pierre
polie et la production de nourriture (typique du Néolithique). Les
armatures de pointe de flèche, si abondantes au Sahara, ne font
que témoigner du prolongement d’une forme de vie de chasseurs fixés
dans des régions qu’ils exploitent par une économie pastorale
pré-agricole, tout en transhumant parfois dans les régions
montagneuses.
Entre le Vème et le Ier millénaire,
il y a d’autres formes de Néolithisation au Maghreb. Tout d’abord,
les régions restées à l’écart du Capsien ont
connu une évolution originale qui présente deux caractéristiques
essentielles : l’évolution à partir de l’Ibéromaurusien,
et, surtout, les contacts avec l’Europe méditerranéenne.
Il y a en fait plusieurs faciès littoraux du Néolithique
maghrébin qui attestent de ces caractéristiques et de contacts
avec l’Europe, par exemple par leur céramique, les importations
d’obsidienne, verre volcanique naturel. Bien que les crânes des Capsiens
soient identiques à nombre de crânes des populations actuelles,
on pense que les véritables Protoberbères n’apparaissent
qu’au Néolithique parce que les coutumes funéraires capsiennes
ne semblent pas avoir vécu dans le monde libyco-berbère.
On observera cependant que la coutume capsienne de l’utilisation et de
la décoration de l’oeuf d’autruche qui caractérisait la «
Capsian way of life » s’est maintenue à travers le Néolithique
jusqu’à des populations libyennes d’époque historique. Le
peuplement historique du Maghreb résulte certainement de la fusion,
dans des proportions qui restent à préciser, de ces trois
éléments, ibéromaurusien, capsien et néolithique.
e) Fin du Néolithique
Vers le milieu du IIème millénaire,
la période humide du Néolithique prend fin. Dès lors,
l’Afrique du Nord, coupée presque totalement de l’ensemble du continent
par un désert, s’est trouvée dans une position quasi insulaire,
ne communiquant aisément avec le reste de l’Afrique que par l’étroit
couloir tripolitain.
Dès la fin du IIIème
millénaire av.J-C, les tessons peints de Gar Cahal, dans la région
de Ceuta, sont à rapprocher de la céramique chalcolithique
de Los Hillares; il faut donc supposer des rapports par voie maritime qui
remontent peut-être au IVème millénaire. A partir de
-2000, ivoire et oeufs d’autruche sont importés d’Espagne. Vers
-1500, on constate dans l’ouest de l’Afrique mineure la présence
de pointes de flèches en cuivre ou en bronze importées à
l’origine sans doute par des chasseurs d’Ibérie. On peut signaler
les nombreux emprunts faits par l’Afrique mineure orientale à ses
voisins européens : tombes rectangulaires existant en Sicile dès
-1300, céramique répandue dans le sud de l’Italie vers -1500...
Il était nécessaire
de souligner l’originalité profonde de l’Afrique mineure en bordure
du continent africain. Elle résulte à la fois de l’asséchement
du Sahara et de l’apparition de la navigation.
Libyco-berbères (Maures et
Numides sur le littoral, Gétules sur les plateaux), Sahariens blancs
ou métissés de la bordure du désert comme les Pharusiens,
les Nigrites ou les Guaramantes, tels sont les peuples de l’Afrique mineure
à l’époque des premières navigations phéniciennes,
tels resteront-ils pendant toute l’Antiquité.
E) Le Sahara
Tout d’abord, il faut savoir que le Sahara, tel qu’il se présente aujourd’hui à nos yeux, est très différent de son aspect durant la préhistoire (présence d’un couvert végétal et d’une faune). On ignore le déroulement exact de la désertification ayant poussé les populations a émigré vers des régions périphériques plus clémentes.
a) L’apparition de l’homme du Sahara
et l’industrie des galets aménagés
On sait que les galets aménagés
sont les premiers outils portant des traces observables dus au travail
humain. On a émis l’hypothèse que ces objets seraient l’oeuvre
d’un Homo habilis, dont on n’a pas encore, au Sahara, trouvé de
traces.
b) L’Homo erectus, fabriquant de
bifaces
A la civilisation de galets aménagés
succède le Paléolithique inférieur caractérisé
par le biface et le hachereau. Alors pays de grands lacs, le Sahara connaissait
une hydrographie importante et des précipitations suffisantes pour
assurer une végétation abondante.
A Tihodaïne, en Algérie,
une industrie acheuléenne a été trouvée accompagnée
d’ossements de rhinocéros, d’éléphants, d’hippopotames,
de bovidés, de buffles, de crocodiles ...Tabelbala Tachenghit (Algérie)
est connu pour ses bifaces en grès-quartzite rougeâtre, mais
surtout par son impressionante série de hachereaux révélant
la technique Levallois. L’Acheuléen couvre toute la superficie du
Sahara.
c) L’Atérien
En plus de la technique Levallois,
on peut y voir un caractère essentiel : la présence d’un
pédoncule à la base des outils : pointe retouchée
ou brute, grattoir ou burin. C’est en un mot une industrie de chasseurs
et de migrateurs. On a pris l’habitude d’attribuer cette industrie à
l’Homo sapiens.
L’Atérien est une industrie
nord-africaine qui a rayonné vers le sud pour s’arréter,
en gros, le lond des rives des grands lacs du Sahara méridional.
La dispersion de l’Atérien est immense, puisqu’on en trouve en Tunisie,
au Maroc, en Algérie, en Mauritanie septentrionale et au Fezzan.
Difficile à situer, il semble apparaitre vers - 35 000 et s’éteindre
vers - 9000.
- Le Néolithique
Nous ignorons l’essentiel de la
genèse des ethnies néolithiques. D’après certains
travaux, on remarque que le peuplement néolithique saharien est
caractérisé par le métissage de Noirs, d’une part;
et d’autre part de Blancs d’origine proche-orientale.
1) Néolithique de tradition
soudanienne
Il semble que la vague la plus ancienne
du peuplement néolithique du Sahara soit celle qui, formée
sur les bords du Nil, à hauteur de Khartoum et de Shaheinab, a effectué
un mouvement d’est en ouest le long des grands lacs. Elle ne parait pas
avoir dépassé de beaucoup la frange orientale de l’Aouker
(Mauritanie), ni avoir pénétré dans la forêt.
En revanche, elle a poussé au moins deux reconnaissances vers le
Nord, l’une au Hoggar, l’autre vers la Saoura. Ce Néolithique de
tradition saoudanienne se reconnait facilement grâce à la
facture et à la richesse des décors de la céramique.
Les premiers occupants néolithiques
du Sahara sont des pêcheurs-chasseurs-cueilleurs. Ils sont friands
d’hippopotames, de poissons des lacs et de melons d’eau. On chasse à
l’arc et au javelot, comme en témoignent les armatures de pointe
de flèches; on pêche au harpon et à l’hameçon
en os. Ajoutons que ces hommes ont du connaître la navigation.
2) Le Néolithique guinéen
La première vague néolithique
avoisine, au sud, la progression d’une autre ethnie africaine qui va occuper
la forêt. En dépit de son importance, ces vestiges resteront
longtemps masqués par le couvert forestier. Ce néolithique,
bien identifié en Guinée, sera appelé pour cette raison
néolithique guinéen.
3) Le Néolithique de tradition
capsienne
Un peu plus tard, le néolithique
de tradition capsienne, qui résulte de la néolithisation
sur place du capsien paléolithique d’Afrique du Nord, va commencer
son mouvement vers le sud. Il parviendra en Mauritanie du nord-est, atteindra
le Hoggar.
Sa céramique est peu ornée,
et de facture grossière. L’industrie est d’une technique rigoureuse
et son faciès saharien s’enrichit d’une prolifération d’armatures
de pointes de flèches. La pierre polie y est souvent fort belle;
on trouve également des perles caractéristiques confectionnés
à partir de coquilles d’oeufs d’autruche.
4) Le Néolithique du littoral
Un autre faciès, essentiellement
littoral et plus septentrional que le précédent, se détache
d’un fond paléolithique : le néolithique ibéromaurusien.
Il se répartit le long de la côte atlantique marocaine; on
le trouve aussi près du littoral du sahara marocain et mauritanien.
Il s’agissait de pêcheurs, grands consommateurs de mollusques. Leur
céramique est peu ornée et grossière.
5) Le Ténéréen
Par ses armatures en fleur de lotus,
ses disques, ses grattoirs concaves, ses éléments de scies,
ses haches à gorge, le Ténéréen semble être
un faciès original. Son outillage lithique est riche de formes évoquant
l’énéolithique égyptien. Quant à sa céramique,
elle est en tout point comparable à celle du néolithique
de tradition soudanienne, et également à celle du Soudan
néolithique.
6) Le Néolithique du dhar
Tichitt-Oualata (Mauritanie)
D’importants travaux poursuivis
dans cette région montrent que l’industrie, assez tardive, est liée
à un exceptionnel ensemble de villages en pierres sèches
où l’urbanisme et l’art des fortifications sont du plus haut intérêt.
On a en effet la preuve que dès -1500, les communautés locales
consommaient le mil, ce qui donne un sens précis à l’énorme
quantité de matériel de meunerie existant dans les ruines
des villages. Par sa céramique, la civilisation du dhar Tichitt-Oualata
était africaine; sans doute est-elle venue de l’est et plus particulièrement
du proche Tilemsi (voir en page 22 pour plus de détails).
En somme, le néolithique
saharien s’étend du Vème millénaire au début
du Ier millénaire av.J-C. Pendant cette période, le niveau
des lacs n’aura pas cessé de décroître : la faune et
la flore se dégrade poussant l’homme a émigré avec
ses troupeaux.
F) L’Afrique occidentale
- L’homme préhistorique
Jusqu’ici, on n’a trouvé
en Afrique occidentale ni vestiges des formes anciennes de l’humanité,
ou d’hominidés, ni outillage de l’époque correspondante.
La faune animale et les restes humains
font largement défaut. Cependant, un spécimen humain, appelé
Tchadanthropus a été mis au jour au Tchad. Ses fragments
de crâne sont trop incomplets pour l’arribuer avec certitude à
l’espèce Homo habilis ou Homo erectus. Il faut rappeler que l’Afrique
occidentale ne montre pas d’exemples de cette dernière forme d’hominidés,
bien que des spécimens du même type, baptisés Atlanthropus
mauritanicus, aient été trouvés en Algérie.
Bien que les outils de l’homme préhistorique
aient été taillés tant dans l’os et le bois que dans
la pierre, il est rare que le bois se conserve, et la composition des sols
en Afrique est impropre à la conservation de ces matériaux.
On a trouvé, en plusieurs endroits d’Afrique occidentale des galets
aménagés; néanmoins, rien ne permet d’affirmer qu’ils
datent de la même période que ceux d’Olduvai. Une étude
minutieuse des galets aménagés découverts le long
de la rivière Gambie, au Sénégal, a démontré
que certains d’entre eux devaient avoir une origine néolithique
tandis que d’autres remontaient au Late Stone Age.
L’étude du Lac Tchad fait
ressortir l’existence de hauts niveaux à partir de -40 000. Ces
faits indiquent une période de forte humidité pendant laquelle
il semble que la forêt d’Afrique occidentale se soit étendue
sensiblement plus au nord qu’aujourd’hui. Puis, vers -20 000, il semble
que l’Afrique occidentale ait été soumise à un climat
beaucoup plus sec qu’aujourd’hui. Il est probable que presque toute la
forêt ait disparu, à l’exception de forêts reliques
dans des régions de plus grande humidité, telles les côtes
du Libéria, une partie du littoral de la Côte d’Ivoire, le
delta du Niger et les montagnes du Cameroun. Vers -10 000, les conditions
semblent avoir évolué vers une plus forte humidité.
Il est probable que pendant cette période, la forêt soit à
nouveau remontée vers le Nord.
- le « Early Stone Age »
(- 2 500 000 à -50 000)
On a signalé la présence
de bifaces au Sénégal, dans la République de Guinée,
en Mauritanie et au Ghana. Leur aire de répartition a fait l’objet
de cartes, qui semble-t’il, indiquent une colonisation à partir
du Niger. Ils caractérisent la période acheuléenne.
Les derniers stades de l’Acheuléen, caractérisés par
de beaux bifaces taillés au percuteur tendre (bois ou os) abondent
au Sahara. Peut-être peut-on lier cette réputation à
une époque où les pluies ont dû être plus abondantes
dans le nord du Sahara et, reculant vers le sud, la zone désertique
ne devait offrir que peu d’attrait à ces populations de chasseurs-cueilleurs.
Les hautes terres du plateau de Jos au Nigeria semblent avoir échappé
à cette règle; il est possible que le climat s’y soit montré
moins aride et qu’il est favorisé l’existence de vastes prairies
parsemées de bois, que recherchait l’homme acheuléen (niveau
du site daté de -39 000). A cette même époque, il est
vraisemblable que le massif du Fouta Djalon (Guinée) était
aussi très propice à l’implantation humaine : un certain
nombre d’outils acheuléens y ont été découverts.
On trouve également des vestiges de l’Acheuléen moyen et
supérieur disséminés autour et au nord du Haut-Sénégal.
- « le Middle Stone Age »
(-50 000 à -15 000)
Quelques rares spécimens
de type lupembien (de Lupemba au Zaïre, association d’outils massifs
et de pièces foliacées retouchées sur les deux faces)
ont été découverts au Ghana et au Nigeria, sur le
plateau de Jos. A Nok, les industries d’abord identifiées comme
lupembiennes se raprocheraient plutôt d’un Paléolithique moyen
de tendance moustérienne. Des industries comparables ont été
signalées au Ghana, en Côte d’Ivoire, à Dakar et dans
le Sahara central.
- « le Late Stone Age »
et le Néolithique
Dans presque toute l’Afrique, le
Late Stone Age est caractérisé par l’apparition de très
petits outils de pierre, les microlithes.
Au Ghana, succédant à
une phase dotée de microlithes et de poterie, la culture de Kintampo
présente des haches polies, des bracelets de pierre et un type particulier
de broyeur, mis en forme par percussion. La phase ancienne de cette culture
remonte à -1400; la phase récente a livré des bovidés
domestiqués et des chèvres naines. Au nord de Gao, au Mali,
entre -2000 et -1500, les populations pastorales vivaient surtout de pêche.
Ils connaissaient la poterie, utilisaient des pointes de flèches,
des haches polies et peu de microlithes. Dans le nord-ouest du Nigeria,
on trouve mille ans plus tard une situation à peu près analogue
: il est vraisemblable que les pasteurs, gardiens de bovidés, aient
aussi cultivé le sorgho dans l’argile fertilisée laissé
par le retrait du lac Tchad. Ils possédaient poterie, haches polies
et de nombreux objets en os, mais pas de microlithes. A l’opposé,
le long de la bordure méridionale de l’Afrique occidentale sur le
littoral atlantique, on trouve une adaptation à un milieu écologique
totalement différente. Là, les populations du Late Stone
Age exploitaient les coquillages abondants dans les lagons et les estuaires,
tant par la pêche que par la capture à partir du rivage. Leurs
déchets constituaient la matière des amas coquillers que
l’on retrouve de la Côte d’Ivoire (de -1600 au XVIème siècle),
au Sénégal et au Nigeria (entre -3000 et -1000).
Au cours du IIIème millénaire,
lorsque les pasteurs du Sahara émigrèrent pour la première
fois vers le sud, ils ne firent pas que rencontrer des « chasseurs
à microlithes », ils abandonnèrent une région
dans laquelle ils disposaient de silex en abondance pour une autre riche
en quartz, matériaux moins propices à la taille bifaciale.
Ntereso, au Ghana, daté du IIème millénaire av.J-C,
est le seul site ayant conservé cette technique de taille.Cette
migration n’a guère exercé d’influence visible sur le type
physique, les deux groupes de population étant de type négroïde.
Ce qui s’avère le plus important,
c’est la domestication sur place de graminées sauvages, d’où
la culture des millets africains (millet de Guinée, première
moitié du second millénaire ...)
- L’avénement du métal
Pourquoi l’Afrique occidentale n’a
pas connu l’âge de bronze ? Pourquoi ne fut-elle pas davantage influencée
par l’ancienne civilisation égyptienne ?
Les raisons résident en partie
dans le fait que le IIIème millénaire a vu la désertification
du Sahara, qui cesse dès lors de jouer le rôle de zone de
contact indirecte entre l’Egypte et l’Afrique occidentale.
-Les débuts de l’âge
de fer (-400 à +700)
L’Afrique occidentale a appris du
monde extérieur les techniques de métallurgie du fer. Il
ne s’agit pas seulement d’une importation d’objets finis, mais d’une connaissance
de la transformation du métal. Dans le Nigeria central, à
Taruga, on a étudié un certain nombre de sites de fonderie
de fer; le Carbone 14 indique des dates allant du Vème au IIIème
siècle av.J-C. Des fouilles pratiquées dans les terres d’habitation
de la vallée du Niger témoignent aussi de la présence
d’une métallurgie du fer au IIème siècle av.J-C.
Définition : la fabrication
d’objets en fer a commençé par l’extraction et le martelage
de fer pur provenant sans doutes de météorites. L’utilisation
des minerais de fer pour obtenir le métal nécessite de pouvoir
atteindre des températures de l’ordre de 2000 degrés dans
des fourneaux dans lesquels le minierai concassé est mélangé
à des charbons de bois et la combustion accélérée
par des soufflets et des systèmes de tuyères. On obtient
une loupe de fer qui est martelée à chaud pour donner une
barre de fer résistante. Les objets en fer sont façonnés
par de nouveaux martelages de cette barre.
D’après nos connaissances
actuelles, il semble que deux civilisations aient initié l’Afrique
occidentale à cette métallurgie : les Guaramantes d’Afrique
du Nord et le royaume de Méroé, au Soudan.
Nous citerons, comme autre exemple,
le site de Taruga où de nombreuses statuettes en terre cuite, attribuées
à la civilisation de Nok, ont été datées de
-620. Elles sont associées à des objets de fer et des tuyaux
servant à la fonderie. Les statuettes sont peut-être les plus
anciennes effigies des ancêtres des tribus Yoruba actuelles.
Près de la rivière
Gambie, au Sénégal et en Gambie, on a retrouvé un
grand nombre de piliers dressés verticalement, isolés ou
disposés en cercle. Les mégalithes les plus travaillés
sont double et tendent à représenter une lyre. Les fouilles
opérées aux alentours ont été éclairées
par trois datations indiquant les VII et VIIIème millénaires.
Il semble qu’il s’agisse d’éléments funéraires.
A la lisière nord de l’Afrique
occidentale, des populations noires sont entrées en relation avec
les Berbères nomades du désert qui, équipés
de chameaux, transportaient vers le nord l’or de l’Afrique occidentale.
A la fin du VIIIème siècle de l’ère chrétienne,
la réputation du Ghana « terre de l’or » avait atteint
Bagdad. Ces régions septentrionales de l’Afrique occidentale étaient
alors dotées des techniques agricoles et d’une maitrise de la technologie
du fer.
a) Le Mali préhistorique
Le Mali a connu vers le Vème
siècle avant J-C une vie humaine et culturelle intense. Sa préhistoire,
que nous découvrons seulement aujourd'hui, est antérieure
à toute autre forme de civilisation au Sud du Sahara. Les traces
de l'homme malien mettent en évidence de nombreux foyers de vie
autochtone, une présence active et intelligente, une aube culturelle
dont les outils retrouvés constituaient les premières lueurs.
Le plein soleil brillera au Moyen-Age, au moment des grands empires, âge
d'or de l'histoire du Mali.
Le climat particulièrement
humide et la nature exubérante de l'holocène ancien et moyen
furent propices à l'épanouissement de la vie humaine. Des
rivières toujours en crue, des grands lacs pouvant atteindre une
surface de 500 km2, des forêts- là où nous trouvons
aujourd'hui des régions arides et assoifées-, avaient peuplé
la vallée du Niger d'une faune et d'une flore presque équatoriales.
Toutes sortes d'animaux (tortues
d'eau douce, buffles, hippopotames, girafes, crocodiles....) étaient
représentés dans ce Mali verdoyant, immortalisés par
les gravures rupestres que les premiers artistes du Sahara ont laissé
dans l'Adrar des Iforas.
L'ancêtre négro-africain
des populations sahéliennes
Dans ce contexte écologique,
4500 ans avant J-C, la vallée de l'Ouest Tilemsi, à cette
époque fleuve impétueux qui drainaient les eaux du massif
de l'Adrar des Iforas , vit naître l'homme d'Asselar, premier ancêtre
négro-africain des populations sahéliennes.
Vers la même époque,
d'autres groupes humains ont façonné habilement les premiers
instruments en pierre et en os leur permettant de s'adonner à leurs
activités, rudimentaires certes, mais qui préludaient déja
à la pêche et à l'agriculture.
Au Mali, on a aussi parler de révolution
néolithique, tant le bond en avant de la pensée et de la
créativité a été rapide, depuis l'outillage
taillé le plus utilitaire (couteaux, grattoirs, pointes de flèche
...) jusqu'aux instruments plus élaborés tels les haches,
les meules et les broyeurs qui permirent les premiers développements
de la vie rurale, et les harpons, les barbelures et les hameçons
qui, comme dans le site de Hassi el-Abiod, témoignent de l'existence
de villages de pêcheurs économiquement et socialement organisés.
La céramique également,
cette première expression plastique du génie artistique de
l'homme, a fait son apparition très tôt au Mali, environ 7000
avant notre ère, à Teghaza et à Hassi el-Abiod. Précisons
que les foyers les plus anciens de la poterie en Afrique apparaissent dans
le Hoggar (Sahara algérien) 8000 ans av.J-C et dans l'Aïr nigérien,
ceux-ci remontant à 9300 ans.
Mais, dés le IIIème
millénaire av.J-C, les conditions climatiques se sont fait plus
sahariennes. La sécheresse et les vents brûlants chargés
de sable ont vidé les lacs, tari les rivières et recouvert
de dunes les prairies et les berges. Les hommes ont alors essayé
de résister à cette désertification en se regroupant
autour des points d'eau résiduels. En vain. Ils durent se replier
dans le delta intérieur du Niger et dans le Tilemsi. Le mode de
vie allait brusquement changer : les pêcheurs et les cultivateurs
devinrent des éleveurs.
Les premiers bovins et caprins domestiqués
au Mali l'ont été à Karkarichinkat, dans le bas Tilemsi,
entre 4000 et 3500 av notre ère. Cette domestication vient probablement
du Sahara central (Tassili, Aïr), où elle était acquise
depuis le VIème millénaire. Le gisement de Kobadi, près
de Nampala, nous a livré des traces d'une forte tradition de pêche
et de chasse.
Enfin, des groupes migrèrent
vers les dhars du Sud-Est de la Mauritanies, en bordure de l'immense cuvette
de l'Aoukar, encore en eau, et furent à l'origine d'une civilisation
de bâtisseurs, pasteurs et agriculteurs qui dura du début
du IIème millénaire au milieu du Ier millénaire av
notre ère, si brillante que l'on a parlé de dernier paradis
néolithique.
Un gisement d'industrie néolithique
d'un intêret certain a été découvert en 1983
par une expédition italienne dans la région de Taourdei,
environ 300 Km à l'est de Gao. L'existence de très nombreuses
gravures rupestres avait été signalé par Henri Lhote.
Entre autres, les pasteurs préhistoriques du Sahel malien avaient
reproduits sur des blocs de granit des girafes, des lions, des antilopes,
des autruches, des chevaux.... Tout autour, on a trouvé des haches
en pierre polie, des meules et des pointes de flèche, qui remontent
sûrement au Paléolithique inférieur.
Près du même gisement,
on dénombra plusieurs puits le long du lit d'une rivière
asséchée. Sur un diamètre de 2 Km, on trouva également
quantité d'éclats de pierre et de déchets lithiques,
dont le nombre indiquait qu'ils avaient été utilisés
pour la fabrication d'instruments à usage artisanal.
Le principal produit de cet "atelier
préhistorique" était toutefois constitué par des colliers
en grain de cornaline. La matière première était amenée
d'ailleurs; la perforation de la pierre était effectuée très
habilement à l'aide de poinçons et de petits disques posés
dans un creux qui avait été taillé là où
on avait choisi de faire le trou.
Les spécialistes de l'expédition
italienne ont établi que cette partie du Sahel malien présentait
le reliquat d'une activité humaine sans solution de continuité
depuis le paléolithique jusqu'à l'époque dite caméline,
au Ier millénaire de l'ère chrétienne. Ces récentes
découvertes nous restituent un échantillon complet de l'écologie
sahélienne depuis les temps de la grande faune tropicale jusqu'à
la désertification actuelle.
b) Les potiers de l’Aïr (Niger)
C’est en 1978 que Jean-Pierre Rosset
annonçait l’existence d’un centre saharien d’invention de la céramique
datant de -10 000 ans au lieu dit Tagalagal.
En arrivant sur le lieu de sa découverte,
l’archéologue trouva sur le sol des tessons de poterie, des meules
intactes ou brisées, des outils de pierre de toute nature. Les datations
au Carbone 14 effectuées en 1980 indiquaient un âge compris
entre -10 000 et - 9000.
Souvent d’assez grande dimension
pour qu’on puisse reconnaître la forne des vases, les tessons de
Tagalagal présentent une variété surprenante dans
le décor réalisé avec divers moyens : peigne fileté
souple ou impression pivotante. Une telle maîtrise de la technique
évoque une industrie déja ancienne dont les débuts
pourraient remonter au commencement et non à la fin du Xème
millénaire avant nos jours. L’abondance du matériel de broyage
traduit l’importance des céréales sauvages dans l’alimentation.
Les plus anciens sites à céramique
en Afrique et dans le monde
L’accroissement des dates au Carbone
14 relatives au Sahara et à ses marges permet de distinguer trois
secteurs où des tessons de poterie ont été datés
du Xème millénaire avant nos jours (entre -8000 et -7000).
Les sites archéologiques
des massifs du Sahara central sont les plus nombreux et les plus significatifs.
L’Aïr et ses abords ont fourni neuf dates (dont Tagalagal, Tassili-n-Ajjer
...).
Dans le Sahara oriental, plus précisément
dans le quadrant sud-est du désert occidental d’Egypte, l’équipe
de la « Southern Methodist University » ont exploré
des sites devenus célèbres dans la préhistoire africaine
de Nabta Playa, Bir Kiseiba ...tous situés au nord du 22ème
parallèle (à la hauteur d’Abou Simbel). Dans ces sites datés
du Xème millénaire, la céramique est très loin
d’être aussi abondante et surtout aussi élaborée que
dans les massifs du Sahara central. Les tessons sont rares, toujours de
très petites tailles et il n’est pas question de reconstituer la
forme du vase en entier.
Les poteries découvertes
en Syrie sont considérés comme les plus vieilles céramiques
connues à ce jour dans le monde occidental. De nos jours, on les
date cependant de -6000 av-J-C (les dates de -8000 et -7000 représentent
des inventions sans lendemain). A ce propos, citons Gabriel Camps «
C’est en fait autour de -6000 av.J-C qu’il faudrait situer, en Syrie occidental,
l’établissement défénitif de cultures munies de céramique
succédant à un très long Néolithique précéramique
»
L’apparition de la céramique
utilitaire en Afrique précède donc de plus de 1000 ans le
même phénomène au Proche Orient. Il est donc impossible
de continuer à soutenir que, dans l’Ancien monde occidental, tous
les éléments du Néolithique sont nés au Proche-Orient.
Les plus anciennes poteries égyptiennes ont été datées
de la fin du VIème millénaire av.J-C : -5200 au Fayoum; -4800
à Merimde. On ne peut plus affirmer que, dans le continent africain,
tous les éléments du Néolithique sont venus de l’Egypte.
Plus encore que l’époque,
le contexte dans lequel est née cette invention essentielle différentie
les deux régions. Au Proche Orient, la production de nourriture
(agriculture et élevage) précède la poterie. Au Sahara,
la céramique apparaît dans un cadre pré-pastorale et
pré-agricole.
Il reste plusieurs questions auxquelles
il n’est pas possible de répondre aujourd’hui : A qui ressemblaient
ces premiers potiers et d’où étaient-ils venus ? Où
avaient vécu leurs ancêtres durant les soixante-dix siècles
d’hyperaridité qui précède le dernier Humide Saharien
?
c) Préhistoire en Côte
d’Ivoire
A deux reprises, en 1987 et 1990,
une mission belge de prospection archéologique a pu effectuer une
reconnaissance aprrofondie des rives du fleuve Comoë, et du territoire
dans le secteur nord de la sous-préfecture de Téhini, en
pays lobi.
Les sites préhistoriques
et protohistoriques de la Comoë, découverts sur une distance
d’environ 35Km, le long des rives de ce fleuve sub-sahélien, sont
non seulement nombreux mais riche en matériel.
La préhistoire, en phase
initiale, se manifeste par des galets aménagés, de taille
assez modeste, qui ne sont pas sans rappeler l’Oldowayen de Tanzanie (Oldowayen
: du site Olduvai au nord de la Tanzanie, où l’industrie lithique
du lit inférieur est considérée comme préacheuléenne
: galets grossièrement taillés, éclats de taille attribués
à l’Homo habilis). Ils indiquent dans la chronologie africaine,
une présence humaine très ancienne que l’absence de stratigraphie
dans la région considérée ne permet pas de dater avec
précision. Un outillage au faciès très frustre, fort
semblable au Tshitolien d’Afrique centrale et utilisant comme lui le grès
et le quartz, succède aux galets aménagés (Tshitolien
: culture préhistorique tirant son nom d’une région au sud
du Zaïre; elle se développe vers -15 000 av.J-C; l’industrie
lithique se caractérise par une réduction des dimensions
des outils qui apparait bien sur les pics et les pointes bifaces et par
des microlithes triangulaires). Ces deux types d’outils sont rares et ne
se trouvent que dans quelques sites proches de la Comoë alors que
les très nombreux sites de la Comoë possèdent un matériel
lithique très différent.
Une autre catégorie regroupe
en effet, en quantités importantes, des outils dont la typologie
se rapproche beaucoup de la catégorie précédente de
type Tshitolien mais qu’un chercheur, G.Szumowski, intégrait dans
le Néolithique soudanais. Après analyse de cet outillage,
nous opterions plûtot pour une culture lithique qui aurait précédé
les outils à tranchant poli du Néolithique de cette aire
culturelle. Le fait d’avoir utilisé, pour la confection de cet outillage,
un schiste verdâtre légèrement quartzeux ne facilite
guère son étude. Il faut noter qu’aucun atelier de taille
n’a été retrouvé pour les outils oldowayen ou tshitolien
mais que pour cette troisième catégorie d’outils, plusieurs
ateliers ont pu être mis en évidence non loin du fleuve Comoë
d’où les tailleurs de pierre préhistoriques extrayaient sans
doute leur matière première. Un outil de cette troisième
catégorie apparaissait, à environ 50cm sous le niveau actuel
du sol, dans une stratigraphie naturelle mais cet indice stratigraphique
reste encore insuffisant pour permettre une datation.
Le Néolithique et son outillage
typique tels qu’on les observe dans la majeure partie de l’Afrique occidentale,
sont ici omniprésents, étroitement mêlés aux
vestiges protohistoriques, quasi contemporains, de la métallurgie
du fer. Près de Comoë, on rencontre de nombreuses haches brisées
avec, pour certaines, la totalité de leurs débris encore
en place; le sens de la cassure ainsi que le matériau employé
indiquent qu’elles étaient utilisées comme houes agricoles
et non en tant que haches au sens classique du terme. Nous avions naguère
constaté la même utilisation pour des outils à tranchant
poli à l’ouest de l’Afrique centrale.
Dans la région de la Comoë,
les sites du Néolithique sont difficilement dissociables des sites
de la métallurgie du fer (très récente) dont plus
de 200 fourneaux ont été répertoriés dans la
zone prospectée. La curieuse découverte, à trois reprises
et sur des sites éloignés les uns des autres, d’une «
pierre à foudre », herminette néolithique en pierre,
déposée en plein centre de fourneaux de fonte du fer, pourrait
correspondre à des pratiques rituelles propres aux métallurgistes
du fer (pierre à foudre : dans toute l’Afrique occidentale, les
haches polies sont regardés comme des objets d’origine céleste;
ces objets sont tombés du ciel, envoyés par Dieu pendant
les orages, se confondant avec la foudre pour ébranler les arbres,
tuer les hommes et les animaux : d’où leur nom de pierres à
foudre. Les fétichistes soudanais les considèrent comme de
bons talismans ou gris-gris alliés avec la divinité). La
prospection a encore permis de découvrir des fusaïoles en terre
cuite, typiques du Néolithique, sans doute liées au filage
du coton que les indigènes de cette région connaissaient
avant l’arrivée des Blancs. Un labret en quartz pourrait expliquer
l’existence des nombreux débris de microlithes en quartz observés
un peu partout.
Il se vérifie donc qu’à
des époques très lointaines, le fleuve Comoë a été
une voie de pénétration de populations suivant sans doute
le courant général de migration nord-sud dû à
la progression du désert sahélien. Le fait par ailleurs que
les vestiges d’outillage lithique soient particulièrement rares
dans les régions non irriguées du nord de la Côte d’Ivoire
viendrait confirmer cette conclusion.
Les ruines mystérieuses du
pays Lobi :
Aucun vestige préhistorique
n’a pu être découvert dans l’espace prospecté en pays
Lobi, à environ 30Km au nord de Téhini, à proximité
immédiate du Burkina-Faso et à près de 75Km du fleuve
Comoë. Dans cette région non irriguée en saison sèche,
cette absence de vestiges préhistoriques viendrait confirmer les
conclusion précédentes.
Par contre, quinze ruines de pierres
découvertes de part et d’autre de la piste reliant les localités
de Gogo et de Govitan, en pays Lobi, sont manifestement d’une époque
plus résente. Elles s’apparentent aux ruines, beaucoup plus nombreuses,
que l’on rencontre dans le sud-est du Burkina-Faso.
Ces vestiges, inatendus en Afrique
noire où les constructions de pierre sont relativement rares, intriguent
depuis longtemps les archéologues. Plusieurs archéologues
connus (Delafosse, R.Mauny ...) s’intérèssent à ces
ruines depuis 1902.
La quinzaine de ruines connues sont
disséminées dans la savane arbustive, le plus souvent à
coté de marigots taris en saison sèche. Ce sont des soubassements
de murs en pierre formant des quadrilatères ou des rectangles, dont
la hauteur actuelle atteint parfois 1m pour une largeur moyenne de 65cm.
Les blocs de pierre naturels en latérite qui abondent sur les sites
constituent le matériau le plus fréquemment utilisé;
des blocs en quartz aurifère ont aussi été employés.
Mais le fait le plus surprenant est que sur les treize ruines qui ont pu
être étudié méthodiquement, trois ont montré,
dans la composition de leurs murs, de très grosses scories provenant
de la métallurgie du fer dont plusieurs fourneaux ont été
repérés à proximité des ruines. Les angles
arrondis ainsi que de rares traces de banco (matériau traditionnel,
sorte de pisé) subsistant parfois à la base des murs, dénotent
une parenté évidente avec l’habitat traditionnel contemporain
bien que ce dernier n’utilise pas de pierres pour la construction des soubassements.
A l’intérieur des ruines,
le niveau du sol est nettement plus élevé qu’à l’extérieur,
ce qui est dû à l’effondrement des toits en terrasses que
supportaient les murs. Les bouquets d’arbres, souvent anciens, qui ont
poussé à l’intérieur des ruines, prouvent qu’il y
a eu une occupation humaine dont les résidus, en ces sols quasiment
stériles, n’ont pas manqué d’être réutilisés
par la nature. Ces « effondrements » pourraient constituer
une couche archéologique d’un grand intêret (étude
des pollens, de la céramique...). Une datation par dendrochronologie
des plus vieux arbres serait également intéressante.
Il apparaît que les treize
sites étudiés sont relativement récents et ne semblent
pas avoir remplaçé, comme on le constate le long du fleuve
Comoë, des sites plus anciens. Aucune trace d’outillage lithique,
même d’époque néolithique, n’a pu être décelée.
Etant donné le caractère ingrat des lieux (sol stérile,
bêtes sauvages créant une insécurité permanente
que dénonçaient encore à une date récente les
traditions orales) la région ne fut certainement occupée
par l’homme que parce qu’elle offrait du quartz aurifère recherché
par des populations déja bien formées, semble-t’il, aux techniques
de la prospection minière et du travail des métaux. La découverte,
sur au moins trois des treize sites, de vestiges évidents d’un travail
du fer incite également à évoquer des populations
de métallurgistes, les débris de quartz aurifère attestant
quant à eux la présence de chercheurs d’or. L’hypothèse
émise par H.Labouret qui attribuait ces sites aux populations Koulango,
établies plus au sud aujourd’hui, semble se préciser. Une
découverte, faite il y a quelques années, de bronze coulés
à la cire perdue dans la région toute proche de Doropo pourrait
indiquer une présence ancienne des Koulango dans la région.
Un de ces bronzes représente en effet un groupe familial, identique
à ceux utilisés rituellement jusqu’à une date récente
par les Koulango pour célébrer la fécondité,
à l’occasion d’une fête des moissons annuelle. Ce groupe découvert
à Doropo est d’un archaïsme évident tandis que sa réplique
plus au sud dans la région occupée maintenant par les Koulango
témoigne, par sa facture conventionnelle et stéréotypée,
d’un art décadent. Les preuves définitives de cette première
occupation Koulango restent à apporter.
d) Brillantes cultures du Sénégal
En l’absence de sources écrites
antérieures au IXème siècle ap.J-C, l’archéologie
est la seule à pouvoir éclairer l’âge d’or sénégalais.
Des milliers de cercles mégalithiques et tumulus abritant de vrais
trésors demeurent les seuls témoins de l’aventure technique
et spirituelle vécue dès l’âge de fer, par une grande
civilisation africaine.
Situé à l’ouest du
continent africain, le Sénégal se trouve tout entier dans
le domaine climatique soudano-sahélien à l’exception de sa
marge sud-ouest qui bénéficie d’un climat d’affinités
guinéennes. Zone de contacts et véritable creusets de civilisations,
il a mis en relation les peuples de la forêt et de la savane, ceux
du Sahel et les nomades du grand désert saharien, par le biais des
routes caravanières venues du bassin de la Méditerranée.
Les groupements humains de l’âge
du fer ont laissé des vestiges variés qui témoignent
d’une aventure technique et spirituelle au cours de laquelle les populations
ont fait preuve d’une remarquable maîtrise des techniques métallurgiques
et d’une intense vie spirituelle. Celles-ci sont également à
l’origine d’un commerce à longue distance à travers la bande
sahélienne et le désert du Sahara. C’est de tout cela que
rendent compte les anciens villages du Fouta, les ateliers de métallurgistes
et les imposants monuments funéraires que sont les tumulus de terre,
les sépultures mégalithiques et les tumulus coquilliers.
La recherche archéologique et l’exploitation des sources orales
permettent aujourd’hui de comprendre des aspects jusque-là méconnus
de ces cultures qui méritent largement d’être classées
au nombre des grandes civilisations archéologiques du continent.
Si ailleurs dans le monde, la classification
courante des civilisations humaines en deux grandes périodes (Préhistoire
et Protohistoire) offre souvent un cadre commode de référence,
on est très vite conduit à en relativiser l’efficacité
dès qu’on est confronté au contexte ouest africain où
archéologie protohistorique et Histoire ont le même objet.
Cette ambiguité, loin de constituer un obstacle, est en réalité
une chance extraordinaire pour la restitution d’une histoire qui manque
cruellement de sources écrites avant le IXème siècle
ap.J-C.
Architecture funéraire de
pierre et de terre :
- La zone des mégalithes
occupe le centre-ouest du Sénégal et une partie de la Gambie.
Elle a la forme d’une ellipse dont le grand axe d’environ 350Km relie les
villes de Kaolack et Goudiri. Sa superficie est de près de 38 000Km2;
sa cartographie fait état de 1987 sites comprenant 817 cercles mégalithiques.
L’architecture des monuments permet de les classer en quatre catégories
: le cercle mégalithique, le cercle pierrier, le tumulus mégalithique
et le tumulus pierrier.
Les monuments les plus spectaculaires
sont les cercles mégalithiques qui sont des eneintes faites de blocs
cylindriques de latérite taillés dans la cuirasse qui affleure
par endroits. Leur poids varie de quelques centaines de kilogrammes à
plusieurs tonnes suivant la taille du monolithe. Le site le plus remarquable
de l’aire mégalithique est incontestablement celui de Sine Ngayen
qui comporte 51 cercles et tumulus lesquels sont flanqués à
l’est d’une arête frontale constituée d’un ou plusieurs monolithes.
Les fouilles ont révélé
que ces monuments ont tous une fonction funéraire avec très
souvent des inhumations multiples qui suggèrent l’existence de sépultures
principales accompagnées de sacrifices. Les individus étaient
entourés d’un mobilier divers : armes, parures, céramique.
Des pratiques rituelles ont été observées sur plusieurs
objets; les pointes de lance étaient recourbées et les fonds
des poteries perçés.
L’édification des monuments
couvre une période assez vaste allant du IIème siècle
avant J-C au début du XVIème siècle. L’origine puis
la disparition de la pratique mégalithique au Sénégal
restent énigmatiques. Les sources orales assimilent les monolithes
à des pierres levées symbolisant des mariées pétrifiées
après la violation d’un interdit.
- Les tumulus de terre sont relativement
courants au Sénégal. Il s’agit d’une pratique funéraire
dont le témoignage écrit le plus ancien est celui rapporté
par El Bakri (XIème siècle) à propos des funérailles
du roi du Ghana. L’auteur rapporte : « A la mort du roi, ils dressent
un immense dôme en bois au dessus de sa sépulture. On y apporte
le corps que l’on place sur un brancard garni de quelques tapis et coussins.
Ils posent près du mort ses parures, ses armes et ses objets personnels
pour manger et boire accompagnés de mets et de boissons. On enferme
avec lui plusieurs de ses cuisiniers et fabricants de boissons. Une fois
la porte fermée, on dispose sur l’édifice des nattes et des
toiles. Toute la foule assemblée recouvre de terre le tombeau, qui
devient peu à peu comme un tumulus impressionnant ».
La zone d’implantation des tumulus
se situe dans le quart nord et le centre-ouest du pays. On a reconnu plus
de 8000 monuments répartis en 1896 sites. Les fouilles dans cet
ensemble ont été effectuées par J.Joire et G.Duchemin
: elles ont porté sur 21 monuments près de Rao dans la région
de Saint-Louis. Elles ont confirmé la fonction funéraire
des monuments dont certains contenaient un important mobilier. C’est le
cas par exemple du tumulus « P » de Rao dans lequel a été
découvert un pectoral. Il s’agit d’une impressionnante pièce
en or, joyau des collections archéologiques du Sénégal.
La richesse de certains mobiliers ainsi que la majesté des tumulus
qui les abritent confirment les indications données par les sources
traditionnelles qui les attribuent à des personnages importants,
sans doute de rang princier.
La position chronologique des tumulus
de terre est encore assez mal connue; la série ne comporte que deux
dates pour le secteur de Rao dont l’âge se situe entre le VIIIème
et le XIIIème siècle ap.J-C. Certaines données ethnographiques
montrent que chez les Sereer, on édifie encore des tumulus appelés
Lomb, toutefois moins massifs que les monuments anciens.
Amas et tumulus coquilliers :
La zone des amas coquilliers occupe
le littoral atlantique sénégalais. Il s’agit d’accumulations
artificielles de coquillages marins sur lesquels ont été
édifiés des monuments funéraires. Certains travaux
ont fourni des dates cohérentes allant du IVème au XVIème
siècle pour l’édification des amas et tumulus coquilliers
du delta du Saloum. Durant cette période, l’exploitation intensive
des mollusques marins dont les coquillages étaient déposés
sur place a abouti à de véritables îles artificielles
dont certaines culminent à plus de 10m au-dessus du niveau de la
mer.
L’érection des tumulus, beaucoup
plus tardive, débute seulement au VIIIème siècle pour
se poursuivre jusqu’au XVIème siècle. Ces tumulus coquilliers
renfermaient un important matériel céramique, métallique
et osseux qui révèle de traditions culturelles différentes,
ainsi qu’un grand nombre d’inhumations. D’après certaines estimations,
on pourrait évaluer à 18 000 le nombre d’individus inhumés
dans les 903 tumulus inventoriés dans le delta du Saloum.
Dans le delta du fleuve Casamance,
la fouille de huit amas coquilliers à Niamun et Samatit atteste
une occupation humaine du IIème siècle av.J-C au XVIIIème
siècle après J-C. La phase I de cette occupation chronologie
représente la fin du Néolithique. La phase II qui débute
au IIème siècle ap.J-C est liée à l’apparition
de la métallurgie
Les anciens villages de la vallée
du fleuve Sénégal :
La zone dite des anciens villages
s’étend de Dagana jusqu’à près de 200Km au sud de
Bakel, dans un vaste espace compris entre le réseau hydrographique
fossile du Ferlo au sud et la vallée du fleuve Sénégal
au nord. Elle se prolonge sur la rive droite tout au long de la moyenne
vallée en territoire mauritanien. Près de 400 sites sont
aujourd’hui signalés. Dans la plaine d’inondation, les populations
ont développé une stratégie d’occupation de l’espace
afin de se mettre à l’abri des crues annuelles du fleuve. Les levées
situées à partir de 9m au-dessus du niveau de la mer ont
ainsi constitué les zones de prédilection des premiers occupants
de l’île à morphil - bande de terre de 17 000Km2 prise entre
deux bras du fleuve - où le grand site de Cuballel (Tioubalel) a
été occupé sans interruption durant l’ensemble du
Ier millénaire ap.J-C. L’étude de ce site - objet d’un
imposant sondage de 60m2 et profond d’environ 6m - a abouti à l’élaboration
d’une chronologie céramique cohérente en quatre phases cimentée
par près de vingt dates Carbone 14, constituant aujourd’hui la véritable
colonne vertébrale de la chronologie de l’âge du Fer au Sénégal.
Durant tout le premier millénaire,
les populations de l’île à morphil ont vécu dans une
relative autarcie à l’écart des grandes routes commerciales
qui mettaient déja en relation de vastes espaces dans la zone soudano-sahélienne.
Celles-ci développent cependant une importante industrie métallurgique
et une belle production céramique et pratiquent la pêche,
la chasse et l’agriculture. Ce n’est que vers la fin du Ier millénaire
et surtout entre le IXème et le XIIème siècle que
toute la région va s’ouvrir aux grandes routes commerciales avec
notamment l’arrivée du cuivre qui devient un produit courant au
côté du fer, massivement présent depuis le début
de l’occupation humaine dans l’île à morphil. Cette phase
est surtout bien représentée sur les sites du Jeeri avec
le sepectaculaire site de Sincu-Bara (Sintiu Bara) qui a livré un
important matériel cuivreux dont une mitre, des clochettes et plusieurs
harnachements de chevaux qui témoignent de l’existence d’une cavalerie
de luxe et sans doute d’une vie princière pleine de faste.
Au regard de la diversité
et de la qualité des informations qu’elle livre, l’archéologie
se présente comme l’une des sources les plus fécondes de
l’histoire du Sénégal.
G) La Vallée du Nil
La première culture est celle de l’Oldowayen caractérisée par des galets aménagés.
- Le Old Stone Age
Dans la vallée du Nil, les
témoignages de cette civilisation se manifestent sans interruption
apparente du Soudan à l’Egypte.
L’Acheuléen inférieur,
dont témoignent des bifaces tranchants sinueux, parfois grossiers,
s’accompagne de galets aménagés, à Atbara, à
Wawa et à Nuri. L’Acheuléen moyen et supérieur,
étudié surtout au nord, se distingue par le perfectionnement
de la finition et l’apparition d’industries de technique pré-Levallois.
On trouve de rares hachereaux, bifaces à biseau distal, au Soudan.
En Nubie égyptienne, l’Acheuléen
fut retrouvé sur les anciennes terrasses du fleuve. En Egypte, les
gisements stratifiés de l’Abbassieh (près du Caire), ceux
qui ont été récemment étudiés à
Thèbes et les anciennes terrasses du Nil révèlent
dans des étages successifs, des industries acheuléennes.
Partout en Egypte et en Nubie, on suit le progrès technologique,
et sans doute culturel, menant de la taille bifaciale au débitage
Levallois.
- Le Middle Stone Age
Des conditions de vie nouvelles
motivent à ce moment la généralisation de l’usage
d’outils sur éclats; ceux-ci se substituent aux bifaces qui se raréfient
rapidement, puis disparaissent. Elaborés souvent à partir
de la technique pré-Levallois, ils ont un talon à facettes
et proviennent de nucléus préparés produisant des
éclats à forme prédéterminés.
En Afrique, ce procédé
se maintient dans certaines régions jusqu’au néolithique.
Peu étudiée au sud du Soudan, l’industrie moustérienne
à débitage Levallois existerait à Tangasi et, sous
une forme plus évoluée, à Abou Tabari et à
Nuri. En revanche, des recherches récentes éffectuées
au nord établissent trois ensembles distincts : le Moustérien
nubien, parfois associé à des outils du Paléolithique
supérieur (-45 000 à -33 000); le Moustérien denticulé
et le Sangoen-lupembien.
En Nubie soudanaise, le Khormusien
se distingue de ce Moustérien septentrional par des éclats
Levallois retouchés, des denticulés et plus rarement des
burins. Il est daté de -25 000 à -16 000.
L’Atérien, industrie typique
du Maghreb et du Sahara méridional, se signale par des éclats
se terminant à la base par un pédoncule prononcé et
par l’usage de la taille foliacée. Débutant sans doute avec
le Moustérien, il durera dans certaines contrées, occasionellement
jusqu’au néolithique. En Nubie égyptienne, il est associé
à une faune très riche : rhinocéros, grands bovidés,
antilopes, gazelles ....
A propos de l’homme responsable
de ces industries, il faut noter la découverte à Silsileh,
en 1962, de deux fragments de calottes crâniennes : aucune identification
n’a encore été éffectuée.
- Le Late Stone Age
Au Soudan, le Late Stone Age a été
étudié dans les régions septentrionales; il rassemble
deux industries : le Gemaien, près de Halfa (-15 000 et -13 000)
et le Sébilien (-13 000 et -9600).
En Nubie égyptienne, deux
industries ont été identifiées : l’Amadien et le Sébilien.
En Egypte, on distingue trois faciès
appartenenant au Late Stone Age : le Ghizéen, identifié près
du Caire; le Hawarien, s’étendant d’Esna à la pointe du delta
et le Kharguien, dans l’oasis de Kharga.
La technique de Levallois prédomine
dans l’ensemble de ces faciès. Ils se différencient par les
proportions variables de grattoirs, burins, lames et outils denticulés.
Seul le Hawarien est de tendance microlithique, annonçant la période
suivante : l’Epipaléolithique.
- L’Epipaléolithique
Dans la vallée du Nil, cette
période se différencie en général de la précédente
par le remplacement des techniques de débitage d’éclats,
par celles de lames et lamelles microlithiques à talon facetté.
On constate cependant des persistances, des résurgences ou des chevauchements
entre faciès différents.
Les recherches effectuées
au nord du Soudan et au sud de la Nubie égyptienne ont exhumé
un complexe de 13 industries, qui représentent sans doute le faciès
d’une même culture. Citons quelques-unes de ces industries :
Le Halfien, où est utilisé
un nouveau type de retouches très fines (vers -18 000 à -15
000); le Qadien, où des sépultures intérieures aux
habitants ont révélé des fragments de crânes
proches de l’espèce cro-magnoïdes (vers -12 000 à -5000);
le Silsilien, comportant des restes humains cro-magnoïdes (vers -13
000); le Sébilien, conservant la technique Levallois (vers -11 000);
le Natoufien, industrie originaire de Palestine, aurait opéré
des intrusions succesives en territoire égyptien.
- Néolithique et Prédynastique:
période couvrant deux millénaires, de -5000 à -3000
De nomade ou semi-nomade, l’homme
de la vallée du Nil annonce les principaux éléments
de notre civilisation moderne : l’habitat fixe, l’usage de la poterie,
la domestication et l’élevage, l’agriculture et la multiplicité
d’un outillage qui sert à satisfaire des besoins grandissants.
a. Au Soudan, quatre complexes culturels
s’individualisent :
- le Khartoumien : c’est peut-être
la plus ancienne culture de cette période au Soudan. Il est repéré
dans plus d’une douzaine de localités. Les renseignements fournis
par les fouilles de Khartoum offrent la preuve d’un habitat fixe par l’usage
de huttes en clayonnage, l’utilisation massive de poterie à décor
incisé de lignes ondulées ou imprimé de points, et
l’emploi de meules. L’outillage lithique abonde : en quartz, microlithique
et géométrique. Les harpons en os suggèrent la pratique
de la pêche. Les objets de parure comprennent des perles discoïdes
en oeuf d’autruche; l’ocre rouge ou jaune est utilisé pour la peinture
corporelle. Les morts sont enterrés dans les maisons, couchés
sur le coté; ils sont de type négroïde. Ils ont subi
de leur vivant une mutilation dentaire rituelle, que les Capsiens, les
Ibéromaurusiens du Maghreb et les Néolithiques du Kenya pratiquaient
également. La faune qui leur est associé comprend le buffle,
le crocodile, l’antilope, le chat sauvage, l’hipoppotame, et une quantité
énorme de poissons (vers - 4000).
- le Shaheinabien apparait dans des sites dispersés au sud de la 6ème cataracte (cataracte: ensemble de rapides coupant le cours du Nil; il en existe six entre Assouan et Khartoum). Il dérive sans doute du Khartoumien mais s’en différencie par l’usage d’une poterie engobée rouge, de gouges planes et de haches polies en os. L’équipement lithique s’enrichit de microlithes et de têtes de massues planes ou convexes. Les harpons en os persistent, cependant qu’apparaissent le hameçon en acre et les perles en amazonite. Buffles, antilopes, girafes étaient chassés, et la chèvre naine domestiquée. Le Shaheinabien témoigne de points communs avec le nord de l’Egypte, le Fayoumien par exemple. Le site de Kadero, autre exemple de cette culture, a fourni des sépultures relativement récentes (vers -3500, -3000).
Signalons l’existence du Négadien II près d’Abou Simbel. A partir de la Ière dynastie, les contacts entre la Nubie et l’Egypte se ralentissent. Les faciès nubien évoluent sur place, jusqu’au Nouvel Empire et seront appelés successivement groupe A, groupe B et groupe C nubiens.
b. Le groupe culturel du Sud (Haute-Egypte)
Le groupe culturel du Sud se manifeste
dès le début comme une civilisation avancée.
- Le Tasien : existe en Moyenne-Egypte,
à Taza, Badari et Matmar. La poterie tasienne est de couleur brune,
plus rarement rouge et à bords noirs. Les formes des vases rappellent
le calice. L’équipement lithique comprend des haches polis, des
grattoirs et des couteaux. On trouve des anneaux, des bracelets en ivoire
et des coquilles marines. Les usages funéraires révèlent
des tombes ovales ou rectangulaires pourvues à l’occasion d’une
niche latérale abritant le corps couché sur le coté,
membres repliés, tête au sud et le visage tourné vers
l’ouest.
- Le Badarien : localisé
surtout en Moyenne-Egypte, se retrouve à Badari, Matmar et Hemamiéh.
La poterie badarienne, de très belle facture, est de couleurs variées
: rouge, brune, grise et rouge à bord noir. Une vaisselle de pierre
polie complète ce mobilier. De haute valeur artistique sont les
cuillerons, les peignes, les anneaux de bras, les hameçons et les
figurines en os et en ivoire (ces dernières ont peut-être
une fonction rituelle). La parure comporte des perles de quartz dans du
cuivre fondu, des coquillages et des palettes à fards en schiste.
Le blé, l’orge et le lin sont cultivés, le boeuf et le mouton
sont domestiqués, la chasse à la gazelle, à l’autruche
et à la tortue pratiquée. Les demeures, sans doute de simples
huttes légères, ont disparu. Les traditions funéraires
sont les mêmes qu’au Tasien; les fosses ovales et circulaires sont
cependant plus fréquentes. Des sites badariens se rencontrent également
le long de la vallée du Nil, dans le désert oriental et en
Nubie.
- Le Nagadien I ou Prédynastique
ancien Amratien (vers - 4000 à -3500) : repéré en
Moyenne-Egypte, en Nubie et au désert oriental, est plus récent
que le Badarien. La poterie nagadienne n’est plus à décor
incisé, mais peint en blanc sur fond rouge et composé de
sujets linéaires et naturalistes. Les vases de pierre, tubulaires,
souvent en basalte, à anses perforés, se terminent fréquemment
par un pied cônique. L’outillage en pierre, de taille bifaciale,
comprend des flèches, des couteaux de divers types, des haches polies
et des têtes de massues discoïdes ou côniques. Les
palettes à fards en schiste, les objets d’os ou d’ivoire représentent
des sujets humains et animaux (on leur suppose une fonction rituelle et
magique). Seul le site de Mahasna a fourni des maisons, abris légers
en pallissades.
L’usage accru du cuivre caractérise
cette première période nagadienne.
- Le Nagadien II ou Prédynastique
moyen Gerzéen (vers -3500 à -3100) : il est repérable
depuis l’entrée du Fayoum à Gerzeh, jusqu’en Nubie égyptienne
méridionale, ainsi qu’à Hemamieh et Mostagedda. La poterie
à décor blanc est remplacée par une poterie rose à
décor brun, aux sujets codifiés et emblématiques :
spirales, barques, végétaux, personnages aux bras levés
... Typiques sont les aussi les vases à anses ondulées, qui
deviendront tubulaires ensuite, et perdront leurs anses à l’époque
protohistorique. L’outillage lithique comprend, entre autres, des couteaux
en forme de V ou à tranchants concavo-convexes. Les manches se recouvrent
à l’occasion de feuilles d’or ou d’ivoire. L’industrie du cuivre
plus développée produit des pointes, des épingles,
des haches. Les figurines d’os ou d’ivoire se schématisent, elles
aussi, à outrance. Les habitations sont rondes, en argile et légérement
enterrés; un abri les recouvre. Les pratiques funéraires
se perfectionnent : le mort est entourré d’un coffre de bois, de
limon ou de briques, et accompagné d’offrandes placées dans
des fosses latérales.
c. Le groupe culturel du Nord (Basse-Egypte)
Le groupe culturel du Nord se différencie
sensiblement de celui du Sud par l’extension des agglomérations,
la poterie monochrome et l’usage, à certaines époques, d’inhumations
intérieures aux maisons.
a. Le Fayoumien B appartiendrait
au Paléolithique final, ou à un Néolithique précéramique.
Il comprend à la fois des lamelles simples et microlithes et un
ensemble de pointes de flèches et de gouges suggérant
des contacts avec le Sahara (vers -6500 à -5190).
b. Le Fayoumien A possède
une céramique de facture grossière, de formes variées
dont on peut retenir les vases à pied ou garnis de mamelons rappelant
le Badarien. L’industrie est de tradition néolithique. On retrouve
une industrie osseuse diversifiée et des palettes à fards.
Aucun habitat construit n’a été retrouvé, mais des
silos se sont conservés, faits de corbeilles enfoncées en
terre. Les habitants consommaient du porc, de la chèvre, du boeuf,
de l’hippopotame et de la tortue. Aucune sépulture n’a été
mise à jour.
c. Le Mérimdien (-4180 à
-3580) provient d’une seule agglomération de plus de deux hectares
à l’ouest du delta. La poterie est décorée de motifs
incisés, en relief, figurant souvent des feuilles de palmier. L’outillage
de pierre et d’os se rapprochent de celui du Fayoum. La parure est aussi
diversifiée qu’aux époques précédentes : bijoux,
palettes à fards en schiste ou en granit, matériuax importés
du Sud de l’Egypte. Les formes de l’habitat varient, de huttes légères
et ovales à des constructions plus résistantes. Les morts
étaient inhumés dans des fosses ovales, sans mobilier, parmi
les habitations. Le chien, la chèvre, le mouton étaient domestiqués.
On chassait toujours l’hippopotame tout en pratiquant la pêche.
d. L’Omarien A a été
mis à jour près d’Hélouan. Il s’agit d’une agglomération
située sur une falaise abrupte, exemple unique en Egypte. La céramique,
d’une belle qualité, est monochrome et de formes très diversifiées.
L’industrie du silex est de taille bifaciale. L’outillage lamellaire apporte
des caractères nouveaux : les couteaux à dos arqué,
rabattu vers la pointe en sont les meilleurs exemples. L’industrie de l’os
est de belle qualité. Les objets de parure, plus nombreux, comportent
des coquilles et des gastéropodes de la Mer Rouge, des perles taillées
dans les coquilles d’oeuf d’autruche, l’os, la pierre et les vertèbres
de poisson. La faune comporte des bovidés et des chèvres
domestiqués, et un certain nombre d’autres animaux chassés
ou pêchés. On y cultivait le blé, l’orge, le lin auxquels
vient s’ajouter des plantes sauvages. Les habitations sont de deux types
: les unes ovoïdes, au toit soutenu par des piquets; les autres rondes,
partiellement creusés dans le sol. Les morts, inhumés dans
le village même, sont disposés selon une orientation constante,
dans un vase, la tête au sud, le visage tourné vers l’ouest.
e. L’Omarien B serait contemporain
du début du Nagadien I méridional. Il fut identifié
à l’est du site précédent et en diffère par
les pratiques funéraires et l’industrie de pierre, de dimensions
plus réduites. Ainsi, le cimetière, nettement distinct de
l’agglomération, comprenait des sépultures recouvertes d’un
tertre de pierre.
f. Le Méadien a été
révélé par des fouilles encore incomplètes
dans une seule agglomération proche de deux nécropoles à
Méadi, près du Caire, et dans une troisième nécropole
découverte à Héliopolis (banlieue sud du Caire). La
céramique méadienne est monochrome et moins fine que celle
d’Omari. Les modèles les plus fréquents sont des vases ovoïdes
et allongés à rebord prononcé, les plus typiques sont
des vases dont la base est formée d’un bourrelet circulaire, rappelant
les vases de basalte. On trouve des vases à décor brun et
des vases tubulaires qui suggèrent des importations en provenance
du Sud (plus précisèment de la période du Nagadien
I). On note la pauvreté des objets de parure.
La culture méadienne nous
fournit, pour la première fois dans les civilisations prédynastiques
du nord de l’Egypte, l’utilisation massive du cuivre. On peut attribuer
ce fait nouveau des Méadiens aux gisements miniers du Sinaï.
Les ressources animales et végétales rassemblent des espèces
domestiquées identiques aux époques précédentes.
Dans l’agglomération de Méadi,
on a trouvé un grand nombre de piquets enfoncés dans le sol,
qui ont permis de définir deux types d’habitations légères
: ovale et rectangulaire, ce dernier étant construit en briques
sèches. Un troisième type, souterrain, avait pour accès
des marches. Les cimetières, séparés des villages,
contenaient des tombes rondes ou ovales, préservant des corps repliés
sur le coté, tête au sud et façe vers l’ouest. On enterrait,
également dans ces cimetières, des animaux, sans doute sacrés,
tels les gazelles ou les chiens.
Cette culture semble être
une période de transition annonçant le Prédynastique
et le début de l’époque historique. L’avénement de
l’époque historique, avec l’introduction de l’écriture, l’unification
de l’Egypte sous un seul roi et le développement de l’usage du métal,
n’a pas pour autant modifié certains aspects du mode de vie des
anciens habitants de la vallée. Cela concerne, notamment, la persistance
de l’usage du silex taillé.
UN CAS PARTICULIER : LES BRILANTES CULTURES DU SENEGAL
EN L'ABSENCE DE SOURCES ÉCRITES ANTÉRIEURES AU IXe SIÈCLE APRÈS J.-C., L'ARCHÉOLOGIE EST LA SEULE APOUVOIR ÉCLAIRER L'ÂGE D'OR SÉNÉGALAIS. DES MILLIERS DE CERCLES MÉGALITHIQUES ET TUMULUS ABRITANT DE VRAIS TRÉSORS DEMEURENT LES SEULS TÉMOINS DE L'AVENTURE TECHNIQUE ET SPIRITUELLE VÉCUE DÈS L'ÂGE DU FER, PAR UNE GRANDE CIVILISATION AFRICAINE.
PAR HAMADY BOCOUM.
Situé à l'ouest du
continent africain, le Sénégal se trouve tout entier dans
le domaine
climatique soudano-sahélien
à l'exception de sa marge sud-ouest qui bénéficie
d'un climat d'affinités guinéennes. Zone de contacts et véritable
creuset de civilisations, il a mis en relation les peuples de la forêt
et de la savane, ceux du Sahel et les nomades du grand désert saharien,
par le biais des routes caravanières venues du bassin de la Méditerranée.
UNE HISTOIRE SANS ECRITURE
Les groupements humains de l'âge
du Fer ont laissé des vestiges variés qui témoignent
d'une aventure technique et spirituelle au cours de laquelle les populations
ont fait preuve d'une remarquable maîtrise des techniques métallurgiques
et d'une intense vie spirituelle. Celles-ci sont également à
l'origine d'un commerce à longue distance à travers la bande
sahélienne et le désert du Sahara. C'est de tout cela que
rendent compte les anciens villages du Fouta, les ateliers de métallurgistes
et les imposants monuments funéraires que sont les tumulus de terre,
les sépultures mégalithiques et les tumulus coquilliers.
La recherche archéologique
et l'exploitation des sources orales permettent auiourd'hui de comprendre
des aspects jusque là méconnus de ces cultures qui méritent
largement d'être classées au nombre des grandes civilisations
archéologiques du continent.
Si ailleurs dans le monde,
la classification courante des civilisations humaines en deux grandes périodes
(Préhistoire et Protohistoire) offre souvent un cadre commode de
référence, on est très vite conduit à en
relativiser l'efficacité
dès qu'on est confronté au contexte ouest africain où
Archéologie protohistorique et Histoire ont le même objet.
Cette ambiguité, loin de constituer un obstacle, est en réalité
une chance extraordinaire pour la restitution d'une histoire qui manque
cruellement de sources écrites avant le IXème siècle
après J.-C.
C'est là une donnée
qu'il convient de bien spécifier pour comprendre les civilisations
africaines pour lesquelles les sources orales et les vestiges des cultures
matérielles sont à bien des égards les seuls repères
fiables, la présence ou non de l'écriture n'ayant aucune
pertinence pour cette Afrique-là. Comme partout dans le monde, ce
sont les structures monumentales qui, les premières, ont focalisé
l'intérèt des premiers chercheurs et fait l'objet des travaux
les plus importants jusqu'à une période récente. Ces
ensembles funéraires se répartissent en trois aires relativement
homogènes composés de milliers de monuments, dont la reconnaissance
a été effectuée par V. Martin et Ch. Becker (1977).
ARCHITECTURE FUNÉRAIRE DE PIERRE ET DE TERRE
La zone des mégalithes occupe
le centre-ouest du Sénégal et une partie de la Gambie. Elle
a la forme d'une ellipse dont le grand axe d'environ 350 km relie les villes
de Kaolack et Goudiri. Sa superficie est de près de 38 000 km2.
Sa cartographie fait état de 1987 sites comprenant 817 cercles mégalithiques.
Une architecture des monuments permet de les classer par commodité
en quatre catégories
le cercle mégalithique, le
cercle pierrier, le tumulus mégalithique et le tumulus pierrier.
Les monuments les plus spectaculaires
sont les cercles mégalithiques qui sont des enceintes faites de
blocs cylin driques de latérite taillés dans la cuirasse
qui affleure par endroits. Leur poids varie de quelques centaines de kilogrammes
à plusieurs tonnes suivant la taille du monolithe. Le site le plus
remarquable de l'aire mégalithique est incontestablement celui de
Sine Ngayen qui comporte 51 cercles et tumulus lesquels sont flanqués
à 'est d'une arête frontale constituée d'un ou plusieurs
monolitiies.
Les fouilles ont révélé
que ces monuments ont tous une fonction funéraire avec très
souvent des inhumations multiples qui suggèrent l'existence de sépultures
principales accompagnées de sacrifices. Les individus étaient
entourés d'un mobilier divers: armes, parures et céramique.
Des pratiques rituelles ont été observées sur plusieurs
objets ; les pointes de lance étaient recourbées et les fonds
des poteries percés.
L'édification des monuments
couvre une période assez vaste allant du II siècle avant
J.-C. au début du XVIème siècle. L'origine puis la
disparition de la pratique mégalithique au Sénégal
restent énigmatiques. Aucune filiation pertinente n'a encore été
établie par la recherche archéologique. Quant aux sources
orales, elles sont pour le moment bien évasives, assimilant les
monolithes à des pierres levées symbolisant des mariées
pétrifiées après la violation d'un interdit.
Les tumulus de terre - ou Mbanar
en langue Wolof - sont relativement courants au Sénégal.
Il s'agit d'une pratique funéraire dont le témoignage écrit
le plus ancien est celui rapporté par El Bakri (XIème siècle)
à propos des funérailles du roi de Ghana. L'auteur rapporte
"A la mort du roi, ils dressent un immense dôme en bois, au dessus
de sa sépulture. On y apporte le corps que l'on place sur un brancard
garni de quelques tapis et coussins. Ils posent près du mort ses
parures, ses armes et ses objets personnels pour manger et boire accompagnés
de mets et de boissons. On enferme avec lui plusieurs de ses cuisiniers
et fabricants de boissons. Une fois la porte fermée, on dispose
sur l'édifice des nattes et des toiles. Toute la foule assemblée
recouvre de terre le tombeau, qui devient peu à peu comme un tumulus
impressionnant"
La zone d'implantation des tumulus
de terre se situe dans le quart nord et le centre-ouest du pays. V. Martin
et Ch. Becker ont reconnu plus de 8 000 monuments répartis en 1896
sites. Les fouilles les plus importantes dans cet ensemble ont été
effectuées par J. Joire et G. Duchemin, entre 1941 et 1942. Elles
ont porté sur 21 monuments près de Rao dans la région
de Saint-Louis. Elles ont confirmé la fonction funéraire
des monuments dont certains contenaient un important mobilier C'est le
cas par exemple du tumulus "P" de Rao dans lequel a été découvert
un pectoral. Il s'agit d'une impressionnante pièce en or, joyau
des collections archéologiques du Sénégal.
La richesse de certains mobiliers
ainsi que la majesté des tumulus qui les abritent, et dont certains
ont nécessité plusieurs milliers de journées de travail,
confirment les indications données par les sources traditionnelles
qui les attribuent à des personnages importants, sans doute de rang
princier.
La position chronologique des tumulus
de terre est encore assez mal connue ; la série ne comporte que
deux dates pour le secteur de Rao dont l'âge se situe entre le VIIème
et le XIIIème siècle après J.-C. Toutefois des données
ethnographiques récentes
(V Martin et Ch. Becker 1982) montrent
que chez les Serer on édifie encore des tumulus appelés Lomb,
toutefois moins massifs que les monuments anciens.
AMAS ET TUMULUS COQUILLIERS
La zone des amas coquilliers occupe
le littoral atlantique sénégalais. Il s'agit d'accumulations
artificielles de coquillages marins (Arca senilis; Giyphea gasar et Donax
rugosus essentiellement) sur lesquels ont été édiliés
des monuments funéraires.
Les travaux de G. Thilmans et Dioron
Boumak (1974) et Fabura (1974 et 1982) ont fourni des dates cohérentes
allant du IVème au XVIème siècle pour l'édification
des amas et tumulus coquilliers du delta du Saloum. Durant cette période,
l'exploitation intensive des mollusques marins dont les coquillages étaient
déposés sur place a abouti à l'émersion progressive
de véritables îles artificielles dont certaines comme à
Dioron Boumak culminent à plus de 10 m au-dessus du niveau de la
mer.
L'érection des tumulus, beaucoup
plus tardive, débute seulement au VIIIème siècle pour
se poursuivre jusqu'au XVIème siècle. Ces tumulus coquilliers
renfermaient un important matériel céramique, métallique
et osseux qui relève de traditions culturelles différentes,
ainsi qu'un grand nombre d'inhumations. D'après une estimation de
G. Thilmans (1982, p. 50) on pourrait évaluer à 18000 le
nombre d'individus inhumés dans les 903 tumulus inventoriés
dans le delta du Saloum.
Dans le delta du fleuve Casamance,
la fouille de huit amas coquilliers à Niamun et Samatit par O. Linares
de Sapir (1972) atteste une occupation humaine du IIème siècle
avant J.-C. au XVIIIème siècle après J.-C. La phase
I de cette chronologie représente la fin du Néolithique.
La phase Il qui débute au IIème siècle après
J.-C. est liée à l'apparition de la métallurgie.
La position littorale
des amas coquilliers a favorisé de nombreuses mentions de
la part des voyageurs européens qui ont relaté la collecte,
le traitement et le commerce à longue distance dont les mollusques
faisaient l'objet, ainsi que l'utilisation des amas comme nécropoles.
LES ANCIENS VILLAGES DE LA VALLEE DU FLEUVE SENEGAL
La zone dite des anciens villages
s'étend sans interruption de Dagana jusqu'à près de
200 km au sud de Bakel, dans un vaste espace compris entre le réseau
hydrographique fossile du Ferlo au sud et la vallée du fleuve Sénégal
au nord. Elle se prolonge sur la rive droite tout le long de la moyenne
vallée en territoire mauritanien. Près de 400 sites sont
aujourd'hui signalés. Dans la plaine d'inondation, les populations
ont développé une stratégie d'occupation de l'espace
afin de se mettre à l'abri des crues annuelles du fleuve. Les levées
situées à partir de 9 m au-dessus du niveau de la mer ont
ainsi constitué les zones de prédilection des premiers occupants
de l'île à morphil - bande de terre de 17 000 km2 prise entre
deux bras du fleuve - où le grand site de Cuballel (Tioubalel) a
été occupé sans interruption durant l'ensemble du
1er millénaire après J.-C. L'étude de ce site - objet
d'un important sondage de 60m2 et
profond d'environ 6 m - a abouti
à l'élaboration d'une chronologie céramique cohérente
en quatre phases (S.K. & R. Mclntosh, H. Bocoum, 1992) cimentée
par près de vingt dates14 C, constituant aujourd'hui la véritable
colonne vertébrale de la chronologie de l'âge du Fer au Sénégal.
Durant presque tout le premier millénaire,
les populations de l'île à morphil ont vécu dans une
relative autarcie à l'écart des grandes routes commerciales
qui mettaient déjà en relation de vastes espaces dans la
zone soudano-sahélienne. Celles-ci développent cependant
une importante industrie métallurgique et une belle production céramique
et pratiquent la pêche, la chasse et l'agriculture.
Ce n'est que vers la fin 1er millénaire
et surtout entre le IXème et le XIIème siècle que
toute la région va s'ouvrir aux grandes routes commerciales avec
notamment l'arrivée du cuivre qui devient un produit courant au
côté du fer, massivement présent depuis le début
de l'occupation humaine dans l'île à morphil. Cette phase
est surtout bien représentée sur les sites du Jeeri (en dehors
de la plaine d'inondation) avec le spectaculaire site de SincuBara (Sintiou
Bara) qui a livré un
important matériel
cuivreux dont une mitre, des clochettes et plusieurs éléments
de harnachement de chevaux qui témoignent de l'existence d'une cavalerie
de luxe et sans doute d'une vie princière pleine de faste.
Au regard de la diversité
et de la qualité des informations qu'elle livre, l'archéologie
se présente comme l'une des sources les plus fécondes de
l'histoire du Sénégal. C'est pourquoi, aller à la
recherche de "l'âge d'or" de la Sénégambie c'est, avant
tout, aller à la rencontre de l'archéologie qui, plus que
les rares documents écrits et les sources orales, apparaît
comme un énorme fonds d'archives. Mais ce fonds n'est pas indestructible.
Aussi, importe-t-il d'approfondir les recherches et de veiller à
la sauvegarde du patrimoine archéologique sénégalais.
Bibliographie générale :
- Histoire générale de l'Afrique par l'UNESCO
- Archéologie Africaine par Marianne Cornevin

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier