Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Prehistoire
PREHISTOIRE AFRICAINE

A) L’Afrique Orientale

- Le Néolithique ( âge de la pierre avec production de nourriture et de céramique; développement de l’agriculture et du pastoralisme : de 8000 à 5500 av.J-C environ) : il est encore hasardeux d’avancer que ce sont les groupes de pêcheurs en partie sédentarisés dès le VII-VIII ème millénaire autour des grands lacs et des rivières, qui, sous la pression du milieu (sécheresse du Sahara) et grâce à leur technologie avancée, ont été à l’origine du pastoralisme et peut-être de l’agriculture. Le site le plus connu de cette période se trouve au Soudan (Es Shaheinab). Une industrie lithique à microlithes géométriques (microlithisme : art de tirer le maximum de tranchant du minimum de matière première), des harpons perforés à la base et des hameçons attestent de la permanence de la pêche. Les outils polis, haches et poterie s’ajoutent à ces vestiges. Parmi les restes osseux, on remarque la présence de beaucoup de poissons mais aussi de chèvres et de moutons. Datés du IVème millénaire, ce site témoigne d’une domestication animale importante.
En Ethiopie, à Agordat (Erythrée), la présence de meules, de broyeurs et d’une figurine en pierre représentant un bovidé ne suffit pas à prouver l’existence d’une économie pastorale et agricole, mais la suggère.
Au Kenya, si les preuves de l’existence de l’agriculture manquent encore, le pastoralisme est en revanche fortement attesté tout au long de la Rift Valley jusqu’en Tanzanie. Ce sont des sépultures à incinérations et des espaces d’habitat qui ont été découverts. L’élevage y est attesté par la prédominance d’ossements de chèvres et de bovins. La présence de meules et de pilons n’est que la preuve indirecte d’une certaine forme d’agriculture.
L’introduction du pastoralisme et de l’agriculture, très fréquemment en économie mixte, a souvent été représentée, pour l’Afrique orientale, comme la résultante de deux influences, l’une venue de ce qui est maintenant le Sud-Sahara vers la zone soudanaise, l’autre de l’Egypte vers la Nubie. La chasse et la pêche ont perduré; il n’y a pas de rupture entre les petits groupes de pêcheurs ou de chasseurs-cueilleurs plus ou moins sédentarisés au IIIème millénaire. L’agriculture n’est pas évidente, mais l’élevage semble développé dès le IIIème millénaire.
Il y a huit ou dix mille ans le climat de l’Afrique était très humide, conditionnant un mode de vie étroitement lié à l’eau, dans une vaste zone comprise entre un Sahara très réduit et une forêt équatoriale considérablement étendue. Sur les sites des rivages lacustres est-africains, comme le long du moyen Nil et dans le Sahara, le développement de ces civilisations de pêcheurs a été daté entre 8000 et 5000 avant l’ère chrétienne. Les harpons en os et la poterie suggèrent des activités de pêcheurs, encore tributaires de la chasse et de la cueillette. Rien ne vient évoquer que ces populations riveraines se soient appliqués à quelque forme d’agriculture.
A partir de 5000 av.J-C, un assèchement général du climat commence à se faire sentir. Le niveau des lacs s’abaissent en conséquence et l’économie fondée sur l’exploitation des ressources aquatiques subit un fort déclin. Elle subsista cependant encore un certain temps dans la Rift Valley du Kenya. Au cours du second ou du premier millénaire avant J-C, arrivèrent, dans cette région, de nouvelles populations, en provenance d’Ethiopie; elles amenèrent du bétail et, peut-être, de nouvelles pratiques agricoles.

a) El Kadada : une civilisation du IVème millénaire sur les rives du Nil soudanais
Bien que sa partie septentrionale, aujourd’hui disparue sous les eaux du lac Nubia, soit l’une des régions du monde les mieux connues des archéologues, la vallée soudanaise du Nil reste assez peu explorée. Seuls quelques sites priviliégiés, généralement des centres politiques ou religieux d’époque historique, ont fait l’objet de fouilles plus ou moins extensives. Dans la région située entre Khartoum et Atbara, qui joua un rôle essentiel dans la vallée du Nil depuis la préhistoire, peu de sites archéologiques ont été répertoriés. Notre connaissance du développement culturel et chronologique souffre de nombreuses lacunes.
La préhistoire du Soudan central est connue grâce aux travaux d’Arkell, l’un des pionniers de la recherche archéologique au Soudan. Arkell fouilla un site à l’emplacement de l’hôpital de Khartoum, un autre à esh Shaheinab, sur la rive gauche du Nil, à 40 Km au nord de Khartoum. Longtemps après la fouille de Khartoum, il considéra comme vraisemblable de dater le mésolithique du VIIème siècle av.J-C.

Des travaux d’Arkell se dégage le schéma suivant :
- Le mésolithique de Khartoum (site de l’hôpital de Khartoum) est caractérisé par une céramique à décors ondés incisés; un industrie microlithique où dominent les segments; un outillage en os comprenant des harpons; des éléments de parure encore peu nombreux et peu variés; une économie de chasse, de pêche et de cueillette. La région bénéficie alors d’une pluviosité trois à quatre fois plus importante que de nos jours. Les sépultures, peu nombreuses, se trouvent sur les lieux mêmes de l’habitat.
- Le néolithique de Khartoum  (site d’esh Shaheinab) est caractérisée par une céramique polie à décors impressionnés; une industrie lithique marquée par un grand nombre de segments et des pièces partiellement polies où domine la gouge; une industrie osseuse assez variée où l’on retrouve le harpon, mais aussi de très belles haches; des hameçons en coquillage; des éléments de parure où apparaît l’amazonite, roche semi-précieuse de couleur bleu-vert; une économie fondée sur la chasse, la pêche et la cueillette, mais où apparaît, timidement encore, le petit bétail (chèvres, moutons); l’absence de sépultures. La pluviosité est encore importante mais plus faible qu’au mésolithique.
- Entre le mésolithique et le néolithique de Khartoum, une phase intermédiaire est caractérisée par une céramique à décors ondés ponctués.
- Les tombes d’Omdurman et d’esh Shaheinab attestent la présence de populations à une date plus tardive dans cette même région (fin du IVème millénaire). Les vases qu’elles contiennent présentent des affinités avec ceux du groupe A de Basse Nubie, contemporain de la période protodynastique en Egypte. Les résultats d’Arkell ont été, dans l’ensemble, confirmés par des fouilles plus récentes. Ainsi de nouvelles analyses de radiocarbone ont donné des résultats identiques à ceux d’esh Shaheinab mais, avec la calibration, la position chronologique obtenue est plus ancienne et, par conséquent, plus conforme à ce que souhaitait Arkell, les dates variant de 4500 à 3700 av.J-C. Certaines de ses conclusions concernant le néolithique de Khartoum sont cependant en cours de révision. Ainsi l’élevage est désormais bien attesté et des sépultures ont été trouvées et fouillées. Sa terminologie pose aussi des problèmes. Le terme mésolithique fut mal accepté; dans bien des cas on appelle néolithique de Khartoum le mésolizhique d’Arkell, ce qui contribue à obscurcir un ensemble de données assez simples. De même, le recours au protodynastique pour désigner les tombes d’esh Shaheinab et d’Omdurman est équivoque en raison de l’éloignement de l’Egypte. Il est beaucoup plus logique de rattacher ces tombes au néolithique local dont elles représentent un développement tardif.
En fait, ces différentes cultures peuvent toutes êtres considérées comme néolithiques et, en attendant une meilleure connaissance des modalités du dévelopement régional, il semble préférable de traiter les cas particuliers dans le cadre général du néolithique.

Une culture néolithique jusqu’alors inconnue :
Ce problème de terminologie se posa dès les premières découvertes d’El Kadada. En effet, l’occupation néolithique s’apparente à la fois au néolithique et au « protodynastique » d’Arkell, tout en présentant d’importantes différences avec l’un et avec l’autre. Tout indique en fait que ce vaste ensemble représente un développement du néolithique d’Arkell. Des analyses de radiocarbone, en le datant du milieu du IVème millénaire av.J-C, on depuis confirmé cette impression, tandis que des fouilles menées non loin d’esh Shaheinab, à el Geili, attestaient la présence de la même culture jusque dans la région de Khartoum. Nous sommes donc bien en façe d’une seule et même tradition néolithique dont les variantes régionales et chronologiques restent assez mal documentées.
Le site d’El Kadada est situé à 12 Km environ au nord de Shendi, sur la rive droite du Nil. Les zones archéologiques exploitées jusqu’à présent se trouvent en A, B et C.  Toutes trois comportent à la fois des couches d’occupation et des tombes néolithiques. En A, il ne reste plus rien du gisement, qui se trouvait dans l’axe du canal d’irrigation. En B et C, la fouille est en cours. Les couches d’habitat ont surtout procuré une masse de matériel sans stratigraphie et sans organisation spatiale apparente. En A, l’épaisseur de la couche permettait d’espérer des résultats intéréssants mais, étant donné l’utilisation intense du site comme cimetière à l’époque historique, les stratigraphies témoignent surtout de remaniements dus à l’installation des tombes. Le matériel fut néanmoins recueilli par carrés de 1m2 selon des couches arbitraires de 20 cm d’épaisseur. Le sédiment a fourni de nombreux fragments lithiques, céramiques ainsi que des coquillages et oeufs d’autruches. Des harpons en os, des hameçons en coquillage, des perles en cornaline, en amazonite et en os en constituent les éléments les plus originaux. L’industrie lithique est marquée par l’abondance des instruments de mouture en grès et par un débitage intensif de quartz.

Un mobilier funéraire abondant :
Ce sont les sépultures qui ont donné jusqu’à présent le plus grand nombre d’informations. Elles comprennent des inhumations en vases et en pleine terre. Les inhumations en vases sont réservées aux nouveau-nés et aux jeunes enfants. Les vases sont hémisphériques, de grande taille et décorés. Des offrandes fénéraires accompagnent parfois le défunt, soit à l’intérieur soit à l’extérieur : vases en terre cuite, oeufs d’autruche, perles ... Les sépultures en pleine terre sont pratiquées dans des fosses plus ou moins grandes, circulaires ou sub-circulaires. Le squelette est généralement sur le coté, en position plus ou moins contractée, sans orientation particulière. Il est accompagné d’offrandes funéraires, plus ou moins abondantes, et porte parfois des décorations corporelles. Dans certains cas, il repose sur une natte dont in ne reste que des traces très fragiles.Le mobilier funéraire comprend une grande variété d’objets qui sont répartis dans la fosse ou organisés en dépôts : vases en terre cuite, objets en os et en grès, figurines en terre cuite ou en grès, oeufs d’autruche, coquillages, ossements d’animaux ... Les parures comportent des perles, des petits pendentifs, des bracelets et des décorations de nez ou  de lèvre. Les sépultures en pleine terre peuvent être simples mais souvent deux ou plusieurs individus sont inhumés l’un par dessus l’autre.

Des objets très variés et de grande qualité :
L’outillage lithique est réalisé dans des roches siliceuses, des grès et des roches éruptives. L’industrie microlithique, sur quartz, est caractérisée par une quantité impressionnante d’éclats et de fragments associés à de très rares pièces finies ou retouchées. L’un des exemples les plus caractéristiques de cette industrie est la présence, dans les tombes, de dépôts de galets de quartz, brisés lors de l’inhumation. Il est vraisemblable que les fragments coupants étaient utilisés directement après éclatement du galet. Le grès est surtout utilisé pour la réalisation d’instruments de mouture : palettes, meules et broyeurs. Enfin l’outillage le plus caractéristique est en roche éruptive polie : têtes de massue discoïdes, disques perforés, haches de taille variable .... L’outillage en os, abondant et varié, a malheureusement beaucoup souffert de mauvaises conditions de préservation. On reconnaît des harpons à barbelures, un peigne, des cuillers et palettes, des poinçons et des lissoirs.
La céramique est représentée par une masse de fragments mais aussi par un très grand nombre de vases entiers provenant des tombes. Montée à la main, elle comporte surtout des types gris ou noirs, bien que les surfaces aient parfois été rougies à l’aide d’une solution colorante. Les décors sont géométriques, incisés ou impressionnés. Formes et tailles sont variées.
Le groupe le plus répandu est celui de vases non décorés dont la surface extérieure est simplement brossée ou ridée verticalement. La technique qui consiste à rider la surface du vase est bien connue dans la vallée du Nil, en Egypte et au Soudan. A el Kadada, les rides sont plus ou moins larges et plus ou moins bien réalisées. Les formes sont généralement simples : plats circulaires ou gobelets à section verticale elliptique dominent, mais on trouve aussi des vases de section elliptique horizontale.
Un second groupe est constitué de vases décorés de motifs géométriques incisés, généralement réalisés avec beaucoup de soin. La surface est polie et les formes sont variées.
En plus de ces deux groupes, on trouve une grande variété d’autres types dont certains méritent une mention particulière : vase globulaire couvert de motifs de segments de cercle organisés en écailles de poisson; vases à languettes; grands vases hémisphériques décorés d’impressions pivotantes ....
Les parures comportent essentiellement des bracelets et colliers de perles, des bracelets faits d’une seule pièce, des décorations de nez ou de lèvres. Les perles sont en cornaline, amazonite, roche blanchâtre, oeuf d’autruche....La forme la plus coutante est annulaire, mais on rencontre aussi des perles discoïdes en oeuf d’autruche et des pendentifs en cornaline et en quartz. Un collier composé de petits éléments non perforés en forme de cylindres biconvexes aux extrémités épaisssies témoigne d’un raffinement certain. Les bracelets faits d’une seule pièce sont réalisés soit dans de l’ivoire, soit dans de grands coquillages marins.
Des figurines anthropomorphiques sont également déposées dans les tombes. L’un des spécimens trouvés en fouille est en grès, les autres sont en terre cuite. Deux seulement sont entières et une seule a été trouvée en place. Les types sont variés; des tatouages décorent souvent le corps et la poitrine. L’exemple le plus intéréssant représente une femme enceinte dont il manque malheureusement la tête et une partie des jambes. En plus de ces objets manufacturés, on trouve également dans les tombes des oeufs d’autruche dont une extrémité est percée; des fragments d’ocre rouge et de malachite. Enfin des bucranes de grands bovidés et des squelettes de canidés complètent parfois le mobilier funéraire.

L’une des plus brillantes civilisations préhistoriques du Nil :
El Kadada représente donc un stade avançé du néolithique décrit par Arkell. Tout en utilisant les ressources naturelles qui s’offrent à eux par la chasse, la pêche, le ramassage des coquillages et la cuiellette, les occupants du site pratiquent alors l’élevage et vraisemblablement l’agriculture. Dans les couches d’habitat se cotoient les ossements d’animaux domestiques, d’animaux sauvages et de poissons. Dans l’ensemble, la faune domestique est plus abondante que la faune sauvage. Elle comprend du gros bétail, du petit bétail et des chiens. La faune sauvage réunit des mammifères et des reptiles caractéristiques de l’Afrique centrale : crocodile, hippopotame, éléphant, girafe ...
La flore s’est mal conservée mais des tessons de poterie ont gardé des empreintes de graines attestant la présence de céréales. Déja, tradition encore vivace chez les peuples du haut Nil, le gros bétail bénificie d’une considération particulière : des bucranes sont déposés dans les tombes, où l’on trouve aussi parfois des chiens.
Profitant d’un environnement favorable, la population d’el Kadada développe une culture matérielle qui, sur bien des points, peut être considérée comme l’un des sommets atteints par les civilisations préhistoriques du Nil. Elle ne se contente pas cependant des ressources locales. Elle reçoit des produits et des matières premières qui la mettent en contact avec des régions parfois très éloignées : coquillages de la Mer Rouge; amazonite, dont les seuls gisements connus sont situés au nord du Tibesti et dans le sud de l’Egypte, non loin de la Mer Rouge; malachite, dont aucune source n’est attestée localement. Cette dernière est si précieuse que le mort en emporte parfois dans sa tombe des fragments qu’il protège de ses mains. D’une région moins éloignée, située soit aux alentours de la 6ème cataracte soit vers l’est, les habitants d’el Kadada obtiennent des roches éruptives dont ils font un bel outillage poli. La désaffection pour le petit outillage taillé marque une rupture avec une longue tradition lithique et traduit vraisemblablement des changements importants dont la nature nous échappe encore. La présence, dans les tombes, de galets de  quartz entiers ou brisés montre néanmoins l’importance que conserve ce petit outillage sous sa forme la plus rudimentaire.
L’importance de la vie matérielle se reflète bien dans les tombes, qui témoignent du développement important des coutumes et croyances funéraires. Les inhumations ne se font cependant pas encore selon des règles précises, l’orientation des squelettes et la composition des dépôts funéraires étant très variables. Les fosses elles-mêmes sont circulaires ou sub-circulaires et contiennent un nombre variable d’individus, inhumés à des moments différents. La diversité est telle que les constantes sont difficiles à trouver. L’une des plus évidentes est la présence de bucranes dans les tombes du secteur B.
Lors des premières découvertes, l’ensemble d’el Kadada était isolé. Aucun autre site de cette culture n’était signalé dans la littérature et les rares sites néolithiques connus dans la région avaient été vus par Arkell, qui n’en avaient laissé qu’une vague description. A el Kadada et à el Ghaba, site situé dans les environs immédiats, d’autres habitats et d’autres cimetières néolithiques ont été trouvés. L’habitat d’el Ghaba n’a pas encore été exploité mais il est, sans aucun doute, contemporain des sépultures dont les plus anciennes ont été datées de 4500 av.J-C. Elles contiennent un matériel qui les apparente au néolithique d’esh Shaheinab mais annonce déja, par sa nature, celui des tombes d’el Kadada. A el Kadada même, dans le secteur C, la fouille d’un tumulus d’époque historique a révélé, sous une couche néolithique des environs de 4000 av.J-C, des tombes qui lui sont antérieures.
En amont et en aval d’el Kadada, à Shendi et à el Hassah, deux sites appartenant à la même culture ont été reconnus; il n’est pas impossible par ailleurs que les sites néolithiques de la région de Khartoum, y compris ceux fouillés ou visités par Arkell, ne comportent du matériel proche de celui d’el Kadada.
Ainsi se précise donc, au fil des recherches, le profil d’une culture complexe dont la découverte révèle que, contrairement à une idée souvent avançée, le néolithique ne disparaît pas de ces régions avec la culture d’esh Shaheinab mais connaît ensuite un essor remarquable. Arkell lui-même, tout en pressentant des développements plus tardifs, considérait les tombes d’Omdurman et d’esh Shaheinab comme le produit d’une tradition différente au point, vers la fin de sa vie, d’attribuer celles d’esh Shaheinab à des Nubiens du groupe A chassés de Basse-Nubie par les Egyptiens du roi Djer, au début de la première dynastie.
Il est vrai que le matériel trouvé dans ces tombes présente avec celui du groupe A des similarités qui pouvaient alors paraître troublantes. Celles-ci s’expliquent beaucoup mieux désormais à la lueur des découvertes d’el Kadada, qui l’intègrent au contexte régional. En effet, la culture d’el Kadada, qui apparaît comme l’héritière directe du néolithique d’esh Shaheinab, ne manque pas d’affinités avec le groupe A de Basse-Nubie et, par là même, avec les cultures prédynastiques de Haute-Egypte. Sa découverte montre donc non seulement que le néolithique local poursuit son développement sans discontinuité apparente au cours du IVème millénaire av.J-C, mais aussi qu’il est apparenté aux cultures contemporaines de Basse-Nubie et de Haute-Egypte.
La vallée du Nil Saharien semble donc alors se présenter comme une vaste unité géographique où fleurissent des cultures qui, en dépit de différences régionales considérables développent des caractères communs dont la nature et l’origine profonde restent à déterminer.

b) Des milliers de stèles en Ethiopie
Les stèles de pierre sont nombreuses en Ethiopie; elles sont de formes et de tailles variées. Entre toutes, celles d’Axoum dans le nord frappèrent d’étonnement les voyageurs des siècles passés par leur gigantisme et leur parfaite exécution. Pour les temps anciens, leurs dimensions ne peuvent se comparer qu’à celles des monolithes de Baalbek en Syrie. La stèle géante d’Axoum a été transportée sur plusieurs kilomètres. Avec ses trente-trois mètres, c’est sans doute le plus grand monolithe que l’Antiquité ait façonné et dressé (aujourd’hui, il gît à terre, en morceaux). Son volume approximatif est de 230 mètres cubes. A coté, une dalle vraisemblablement sépulcrale fut, elle aussi, déplacée sur une certaine distance et posée sur des murs; elle atteint 17,5 m en longueur, 6,5 m en largeur et son épaisseur est de 1,3 m.
Les stèles architecturées d’Axoum sont au nombre de six. De grandeur moindre, d’autres stèles (plus de deux cents) furent élevées dans la métropole axoumite pour la plupart aux environs du IIIème siècle ap.J-C; cette datation s’applique également aux stèles géantes. Des stèles plus anciennes existent à Hawlti et à Kaskase; les inscriptions qu’elles portent datent du Vème siècle av.J-C. Cette aptitude à travailler la pierre se rencontre aussi chez les maçons axoumites qui plaçaient de gros blocs équarris aux soubassements de leurs édifices; elle se perpétuera dans la taille des églises rupestres d’Ethiopie. Apparue vers le VIIIème siècle ap.J-C, le tradition rupestre se maintint jusqu’au XIVème siècle, du nord au sud du pays; les monuments de Lalibela en sont une admirable illustration.
Les ouvrages de pierre parsèment le sud de l’Ethiopie; le mégalithisme est une caractéristique du passé éthiopien.

Sur les collines du Sidamo : la plus grande concentration de mégalithes du continent africain
Les stèles du sud dans le Shoa et dans le Sidamo ne se distinguent pas par leur dimension. La plus longue mesure 8m. Ces stèles sont remarquables par leur nombre, la diversité de leurs formes et de leurs figurations, empreintes d’un symbolisme marqué. On estime à 10 000 le nombre de pierres éparses ça et là sur les collines du Sidamo : la plus grande concentrations de mégalithes du continent africain et certainement du monde entier. Leur origine n’a pas été élucidée, pas plus que n’a été identifiée la civilisation dont elles émanent et dont elles sont probablement le seul vestige. Les monuments mégalithiques du Sidamo se répartissent dans une aire dessinant un arc de cercle dont une extrémité se situe géographiquement au fleuve Awash et l’autre à l’est du lac Abaya, au coeur du Sidamo.
Les mégalithes se classent en quatre grandes catégories :
- stèles antropomorphes, avec ou sans figuration.
- stèles figuratives dont la forme est dans certains cas anthropomorphe.
- stèles phalloïdes, parfois figuratives.
- monolithes simples, sans forme humaine ni figuration.
Les stèles phalloïdes sont la majorité. On les rencontre dans le Shoa au nombre d’une trentaine, de petites dimensions; on en trouve également une trentaine au Wolayta. Mais elles se comptent par milliers dans les districts de Sidama, Gedeo et Jemjem. Malgré des différences évidentes les monuments du Shoa et du Sidamo présentent une unité culturelle: plusieurs indications relevées du nord au sud dans cette aire mégalithique, notamment la présence du signe ramifié sur de nombreuses stèles des deux régions, les rattachent à un même symbolisme.

Dans les deux secteurs mégalithiques du Shoa, des stèles très variées :
Dans le Shoa, on distingue deux secteurs mégalithiques. Les pays du Soddo, de Dobbi, de Meskan et de Silti qui englobent ces deux secteurs possèdent des monuments variés.
Cent cinquante et un sites ont été répertoriés mais les sites mégalithiques persistent en nombre un peu plus élevé. La plus grande partie des sites archéologiques se trouvent répartis entre 1900 et 2500 mètres. D’un point de vue strictement archéologique, les quatre pays du Soddo, de Dobbi, de Meskan et de Silti, peuvent être divisés en deux secteurs A et B d’après l’aspect de leurs monuments mégalithiques.
On range dans le secteur A la partie nord du Soddo traditionnel; ce pays est limité au nord par le fleuve Awash et au sud par la rivière Akemuja que la route traverse à 10 Km avant Butajira. Le secteur B comprend la partie sud du Soddo ainsi que les pays de Dobbi, Meskan et Silti. Dans ces deux secteurs archéologiques, on rencontre les quatre grands types de monuments mégalithiques, stèles anthropomorphes, stèles figuratives, stèles phalloïdes et monolithes simples.
Le secteur A comprend des stèles dont une face présente une figuration d’épées assorties de signes énigmatiques, des stèles anthropomorphes d’un aspect particulier, des monolithes hémisphériques ou coniques.

Les stèles aux épées du nord du Soddo et un énigmatique signe ramifié :
Les stèles aux épées mesurent de un à cinq mètres de hauteur, la plupart se situant autour de 2 mètres; deux stèles seulement atteignent 5 mètres; il s’agit de pierres à deux faces dont l’épaisseur varie de 20 à 30 cm. La figuration n’apparaît que sur l’une des deux faces, l’autre ne portant ni gravures ni sculptures.
Les épées, sculptées en champlevé, occupent le registre supérieur de la figuration. Au registre inférieur figurent des signes énigmatiques qui devaient avoir une signification symbolique. La figure centrale est constitué par un objet bifurqué ou signe ramifié. Un ou deux disques sont disposés sur les côtés du signe ramifié, en position haute généralement, et de manière symétrique dans le cas où ces disques sont au nombre de deux. Des marques en forme de W versé s’y ajoutent, simples ou doubles et dans ce dernier cas, la forme ressemble alors à celle d’un X couché avec losange central. Souvent associés, ces signes composent ce que l’on a proposé d’appeler la triade symbolique. Quasiment toutes semblables par leur forme, les épées sont représentées soit la pointe dressée vers le haut, soit la pointe en bas, jamais horizontalement. Elles sont courtes et trapues, à deux tranchants. Le dessin affecte un tracé un peu près invariable qui rapelle celui du glaive romain. Parfois, une seule épée figure sur la stèle; quand elles apparaissent en groupe comme au site de Welbata où 23 épées occupent le champ de la stèle, elles sont disposées par rangées superposées, tantôt réunies par leur garde, tantôt séparées, opposées par leur talon ou leur pointe. La longueur des épées varie entre 62 et 83 cm; la lame est large d’une douzaine de cm en moyenne. On a dénombré 113 de ces stèles aux épées.
Symbole usuel, le signe ramifié se rencontre, en relief ou incisé, sur toutes les stèles aux épées, associé aux autres signes énigmatiques. D’une stèle à l’autre la disposition des épées et des autres symboles est telle qu’on ne rencontre jamais le même arrangement de signes : ce qui semble signifier entre autres que les sculpteurs connaissaient le répertoire des stèles déja façonnées sans quoi ils auraient inévitablement reproduit une disposition antérieure. Il s’agit donc d’une distribution intentionnelle et la fourchette de temps pour le façonnage de ces stèles semble assez étroite. Pas plus que les autres symboles, le signe ramifié n’a reçu d’explication satisfaisante.

A Osole, une stèle anthropomorphe gigantesque :
La plus monumentale des stèles anthropomorphes a été découverte à Osole, sur la berge nord de la rivière Titto. D’une hauteur de 2,9m, elle est large de 1,7m. La silhouette est très schématique : deux bras séparés du tronc, au sommet une sorte de pédoncule rectangulaire où deux cavités marquent les yeux, esquissent une forme humaine. Un décor linéaire est gravé sur la pierre; 70 de ces stèles ont été inventoriées. Sur certaines, on relève la présence du signe ramifié qui les apparente aux autres monuments mégalithiques.
Parmi les stèles anthropomorphes, il convient de ranger les stèles « au masque ». En fait, cette désignation s’applique à trois types de stèles anthropomorphes qui ont en commun de représenter la silhouette humaine avec le visage marqué de trois bandes verticales en relief comme un masque. Ces bandes occupent à elles seules toute la face, avec occasionnelement deux yeux, ou parfois quatre, mais dans ce dernier cas, les petits ronds du bord peuvent figurer des oreilles.

De nombreuses stèles en demi-sphère ou en cône :
Les pierres en forme de demi-sphère ou de cônes sont nombreuses : on en a dénombré 318. Comme les pierres anthropomorphes (type Osole) on les trouve que dans le secteur A.. Quelquefois isolées, elles sont le plus souvent groupées et disposées en demi-cercle. Ce sont des blocs de pierre en forme de demi-sphère, de cône, parfois de segment de cylindre.
Nulle part ces blocs ne sont mêlés aux autre monuments. A l’exception d’un seul, ce sont les seuls monolithes qui n’offrent pas de signes permettant de les rattacher nettement à l’ensemble des stèles et d’affirmer leur parenté culturelle avec les stèles. Celle-ci est pourtant difficilement niable si l’on considère que ces blocs ne se trouvent que dans le Soddo et généralement à proximité des sites à stèles. Une prospection menée sur le site de Dimbo-Der près de Tiya leur attribue une signification funéraire.

Les stèles des cimetières :
La présence des cimetières est signalée au premier abord par des stèles dressées ou chues. On découvre habituellement les tombes cachées dans l’herbaille. Leurs pierres d’encadrement plantées de chant ont parfois une longueur suffisante pour délimiter tout un coté de la tombe quand celle-ci est rectangulaire. Dans certains sites, l’encadrement est polygonal. Les sépultures se jouxtent étroitement. Elles sont contigües et cette disposition donne aux cimetières un aspect compartimenté alvéolaire.
Le cimetière de Gattira-Demma qui se trouve au sommet d’une colline, non loin de Tiya, possède cinq stèles figuratives. Des pierres plates en assez grand nombre marquent l’emplacement des tombes. A part trois d’entre elles qui ont un encadrement circulaire, elles sont rectangulaires

La figuration humaine omniprésente dans les deux secteurs du Shao :
Le secteur B est constitué par quatre groupes de sites répartis dans les « pays » de Kefel-Damo, Dobbi, Meskan et Silti, situés au sud et à l’extérieur du secteur A. Au total, 46 sites y ont été repérés. Stèles historiques à silhouette humaine, stèles phalloïdes et monolithes simples composent les monuments de ces quatre groupes. En sont absentes les stèles aux épées, les stèles anthropomorphes de type Osole, les pierres hémisphériques ou coniques et les cimetières compartimentés. Le souci de géométrie qui caractérise le décor des stèles figuratives du secteur A n’apparaît pas sur les stèles du secteur B. Ces stèles ont la forme de pierres plates, d’une hauteur mesurée sur le sol allant de 1 à 2 m. Le décor figuré occupe les deux façes et présente une grande variété de sujets à commencer par la figure humaine sous l’aspect d’un petit personnage aux bras-levés. Les signes énigmatiques sont présents : le signe ramifié figure en position centrale; ses branches sont simples ou doubles; son axe vertical se prolonge quelquefois verticalement au-dessus des branches.
On trouve des stèles phalloïdes sur les sites de Kefel-Damo-Angadu, elles portent le signe ramifié. Au- delà des spécificités locales, l’unité des deux secteurs est manifeste. Plusieurs faits l’établissent : le signe ramifié en est le témoignage constant.
L’homme, aussi bien dans le secteur A que dans le secteur B, est le thème dominant

Dans le Sidamo, des milliers de stèles phalloïdes :
A l’est du lac Abaya, dans les districts de Sidama et de Gedeo notamment, mais aussi dans ceux de Arero et de Jemjem, les gisements archéologiques forment un vaste ensemble. En gros, deux types de stèles composent cet ensemble, des stèles phalloïdes et des stèles anthropomorphes. Les stèles phalloïdes en constituent le plus grand nombre; la plupart d’entre elles sont couchées à terre. Certains sites en comptent plus de sept cents. Ces stèles atteignent entre 3 et 4m de hauteur.

Du Shoa au Sidamo, une implantation continue de mégalithes :
Comme les stèles du Shoa, les stèles du Sidamo sont-elles des monuments funéraires ? C’est fort probable mais la preuve n’a pas encore été faite. En outre, et sous un autre angle, l’hypothèse que le stèles phalloïdes étaient dédiées aux forces vitales peut se justifier. L’espace qui sépare sur une assez longue distance les sites du nord (dans le Shoa) de ceux du Sud (dans le Sidamo) ne constitue pas un vide archéologique, car des stèles ont été repérées dans cet espace intermédiaire. Presque toutes sont à ceractère phalloïde, ni le signe ramifié ni aucun autre signe énigmatique n’y figure.

Le mystère de l’origine des stèles :
Les chercheurs qui ont étudié les stèles du Sud de l’Ethiopie n’ont pas caché leur embarras. A quelle civilisation appartiennent-elles ? Quel âge leur attribuer ? Quelle idée se faire de leur signification ?
L’étude comparative n’apporte aucune certitude sur les origines de ces stèles. En Ethiopie même, le rapprochement avec les stèles du Nord (Axoum) n’est pas révélateur. L’influence qui a le plus marqué les stèles axoumites est d’origine sémitique.
Plusieurs pays d’Afrique possèdent aussi des mégalithes. Ceux de la région de Bouar en Centrafrique sont vieux de plusieurs millénaires. En Sénégambie et au Niger, les pierres levées dateraient de la fin du premier millénaire de l’ère chrétienne. Un parallèle pourrait être établi entre les stèles phalloïdes du Sidamo et les 295 « akwanshi » au Nigeria. La forme phalloïde associée à l’image d’un visage se rencontre à la fois sur les pierres du Nigeria et sur celles d’Ethiopie.
Les « akwanshi » appartiennent à une culture dont les plus anciens témoignages connus ne remonteraient pas au delà du XVIème siècle. Selon certains auteurs, l’art de sculpter ces pierres se pratiquaient encore au début du XXème siècle. Il en va différemment en Ethiopie où nulle tradition ne s’est conservée. On s’aperçoit que le comparaison ne peut se faire que pour les stèles phalloïdes.
En Ethiopie méridionale, les renseignements historiques ne remontent qu’aux XIVème et XVème siècle.

Les stèles gravées de Tiya (plateau de Dedeba) :
Le site de Tiya se trouve dans le secteur A du Shao, à une centaine de Km d’Addis-Abeba. C’est le site à stèles à épées le plus important par le nombre, mais aussi le plus au sud de l’aire des stèles de ce style.
Un premier ensemble se développe sur une quarantaine de mètres de longueur : la majorité des stèles à épées ont une façe ornée tournée vers l’est. Le deuxième ensemble se situe à environ 25m de l’extrémité nord de la file centrale : il est composé de 3 stèles formant une ligne sensiblement parallèle à l’axe général du premier ensemble. C’est en ce lieu que l’on trouva un squelette recroquevillé et les restes de deux vases reconstituables. C’est là que se trouve aussi la stèle la plus haute (plus de 5m) présentant 19 épées en deux panneaux superposés. En haut deux rangées de 6 et 7 épées opposées par la pointe surmontent la fameuse triade symbolique, faite d’un signe ramifié, de deux cercles et d’un X; en bas, 6 épées pointes en haut surmontent la même triade symbolique. C’est la seule stèle à épées du Soddo présentant deux fois un ensemble de signes.
A Tiya, on dénombre 46 stèles qui se décomposent comme suit : 41 pierres à perforation basale simple, double ou triple. 34 d’entre elles représentent la triade symbolique : signe ramifié, deux cercles et W renversé, simple ou double. Il existe donc des pierres à perforation circulaire basale (au nombre de 6) qui ne présentent aucune décoration gravée.
Parmi les 34 stèles à triade symbolique, 28 seulement portent de 1 à 19 épées. 6 stèles donc ne comportent que la triade symbolique et la perforation basale.
Que signifient les symboles gravés ?
Personne ne sait donner un sens à la triade symbolique, pas plus qu’aux épées ou aux perforations basales. Il faut cependant noter avec intérêt que les actuels Dinka, pasteurs nilotiques du Sud-Soudan, s’effectuent des tatouages sur le ventre au-dessus et autour du nombril parmi lesquels notre signe ramifié est fréquemment représenté.
Il reste cinq stèles dont nous n’avons pas encore parlé : deux sont des stèles-colonnes, à fût cylindrique comparables à celles rencontrées dans la région sud de Meskan et Silté. Dans les deux cas, elles sont associées à une stèle à épées. Trois éléments de stèles au décor géométrique comme on en trouve au sud n’étaient pas visibles en surface. Ces fragments basilaires de stèles furent trouvés au cours de la fouille : ils servaient à délimiter l’aire quadrangulaire qui marque l’emplacement d’une sépulture particulière excentrée par rapport à l’axe général des stèles de la file principale.
A environ 1Km du site à stèles de Tiya, à l’ouest, de nombreux blocs libres portent encore des traces de débitage comparables à celles observées sur les stèles. Il est fort probable que c’est de cet endroit que proviennent les dalles qui ont servi à Tiya.

Les inhumés de Tiya :
Bien que le nombre de sites sépulturaux connus en Ethiopie devienne très important au fil des ans, le site de Tiya est actuellement le seul, pour cette période du moins, où un anthropologue ait été présent pendant les fouilles. Dix squelettes ont été étudiés au cours de la campagne de 1982.
La plupart était ensevelis dans des fosses individuelles circulaires recouvertes de branchages, fosses situées soit devant une stèle, soit dans des sortes de petits coffrages faits de pierres plates posées sur chant, selon une position que l’on peut nommer « nid d’abeille ». Les positions dans lesquels les corps ont été déposés sont variables. D’une façon générale cependant, ils sont alignés selon l’axe nord-sud, tête au sud; certains ont été ensevelis en position assise, ou encore accroupie, et la position observée actuellement est le résultat accidentel de l’effondrement du corps sur lui-même. Toutes les sépultures appartiennent à des adultes : la stature des corps étudiées est de 167cm pour les hommes, et presque 159cm pour les femmes.
L’étude des dimensions des crânes montre que ceux-ci diffèrent par certaines caractéristiques métriques de ceux de « la race éthiopienne » définie par H.V Vallois et qui est « modérément dolichocéphale (indice 75 à 78) et d’une taille moyenne ou un peu supérieure à la moyenne (165 à 167cm), les Ethiopiens ont une peau fonçée, d’un brun rouge à brun noire, qui rapelle les nègres. Comme ceux-ci, ils ont un corps élançé avec un bassin étroit et des jambes longues.....il n’y a pas de prognathisme ». En effet, les indices crâniens que nous avons calculés à Tiya sont compris entre 66 et 75, donc inférieurs à ceux donnés par Vallois, par contre la taille moyenne est la même : 163cm pour les deux sexes.
Sachant la rapidité avec laquelle peuvent changer, entre plusieurs générations de suite, les valeurs de ces indices, rien ne permet actuellement de dire que les sépultures de Tiya ne sont pas celles des ancêtres de la populations actuelle d’Ethiopie.
 

B) L’Afrique Australe

Les plus anciens australopithèques d’Afrique du Sud étaient pour la plupart de morphologie gracile, avec une capacité crânienne avoisinant les 450-500 cm3. Dans les gisements plus récents des cavernes de Swartkrans et Kromdraai, le type dominant est beaucoup plus robuste (Australopithecus robustus). Les deux formes robustes et graciles peuvent être contemporaines et coexister dans les mêmes aires géographiques comme dans le site de Makapan en Afrique du Sud. On a également découvert dans le site de Swartkrans des fragments d’ossements d’une espèce d’hominidés plus récentes, Homo sapiens, à laquelle on peut rattacher la découverte d’outils de pierre datés d’environ 1,5 millions d’années.

- le complexe acheuléen : les premiers ensembles sud-africains appartenant à l’acheuléen proviennent de deux gisements situés au confluent du Vaal et de son affluent, le Klip. Toute une gamme d’outils y est représentée : bifaces, hachereaux, galets, éclats ... En Afrique méridionale, Homo erectus était très probablement l’auteur de ces industries acheuléennes, bien qu’aucun vestige osseux n’ait encore été découvert. C’est avec l’apparition de l’acheuléen évolué ou récent que nous commençons à observer, en Afrique australe, une prolifération de gisements qui semble indiquer une multiplication des groupes d’hominidés (aucun gisement n’a pu être daté avec précision car tous se situent au-delà de la portée du radiocarbone).
Le gisement le plus septentrionale est celui de Kalambo Falls à la frontière de la Zambie et de la Tanzanie où le bois a été bien conservé. Ce bois a pu être daté à 190 000 av.J-C. Différents instruments de bois sont associés à une industrie lithique composé de bifaces, hachereaux, éclats... Certains de ces habitats offrent de nombreuses traces de feu.
Au cours de l’acheuléen, l’homme s’installait toujours à proximité d’un point d’eau. Il vivait parfois dans des abris, comme dans la grotte des Foyers à Makapan.
En Afrique australe, l’acheuléen récent s’étend probablement de 700 000, environ, à 200 000 av.J-C.

- « le middle stone age » : A un moment entre 100 000 et 80 000 av.J-C, le niveau de la mer commença à baisser; c’est peu après que l’homme a occupé les emplacements les mieux adaptés à cet environnement (plages et grottes). Au même moment, le climat semi-aride qui s’installe alors sur une partie de la zone équatoriale, a réduit considérablement la forêt, remplacée peu à peu par des herbages ou des forêts claires, qui offraient un paysage plus favorable aux hommes et au gibier.
A cette époque, les techniques de base du travail de la pierre étaient la méthode Levallois (procédé de débitage de la pierre permettant d’obtenir de grands éclats de forme prédéterminée) et celle du nucléus discoïde, utilisés pour fabriquer des éclats et les transformer en outils légers, par percussion directe.
Il y a quelque 100 000 ans, des populations génétiquement apparentées mais régionalement distinctes, ancêtres lointains de certains peuples d’aujourd’hui, se sont différenciées : les souches San, grands et petits, en Afrique méridionale et en Afrique du centre-est, et les « Négroïdes d’Afrique » équatoriale et occidentale; enfin, le profil nilotique de l’Afrique orientale. Les fossiles sont fragmentés et se limitent souvent à un seul spécimen. En outre, l’apparition de l’homme moderne dans la préhistoire s’accompagne de toute une série d’innovations sur le plan des pratiques et des caractéristiques culturelles. La multiplicité et la normalisation des différents types d’outils, la fréquence des sépultures et le dépôt d’objets auprès du mort : tout témoigne de l’évolution de l’Homo sapiens vers un aspect plus rituel et plus symbolique de son mode de vie.

- « le late stone age » : En Afrique australe, l’image classique du « late stone age » est celle d’industries principalement microlithiques. Les nucléus préparés du « middle stone age » font place à des nucléus sans forme précise, dont sont débités des éclats irréguliers. Les seuls outils spécifiques sont des racloirs, des grattoirs sur éclats et des grattoirs convexes. On en trouve des spécimens dans des gisements côtiers de la région d’Orange, du Transvaal et de la Namibie, où ces vestiges sont associés à l’abattage de trois éléphants. Au Zimbabwé, l’industrie équivalente se situe entre 9400 et 12 200 av.J-C.
Il semblerait que ce changement technologique radical ait été général entre 20 000 et 9000 av.J-C. Ces industries sont associées à la chasse de grands ongulés : antilopes bleues, bubales, gnous.. La tradition microlithique coïncide avec le développement de formes de plus en plus efficaces d’outils composites, dont l’arc et la flèche. On connaît beaucoup de sites du « late stone age » et l’on a des raisons de penser que cette période a vu une nette augmentation de la démographie. Ceci semble corroboré par l’expansion de la chasse et de ses techniques nouvelles; grottes et abris sont de plus en plus occupés, la chasse s’intensifie et se spécialise.
Au cours des tout premiers siècles de l’ère chrétienne, les populations du « late stone age » vivant de chasse et de cueillette ont été remplacées sur de vastes régions de l’Afrique australe par des agriculteurs détenteurs de technique de la métallurgie. Il n’y a donc pas de trace d’agriculture avant l’apparition des populations de l’âge de fer, bien que dans l’Afrique du sud-ouest, certains groupes du « late stone age » récent aient connu l’élevage du mouton et de bovins au plus tard vers le premier siècle avant l’ère chrétienne
 

C) L’Afrique centrale

Il faut entendre par Afrique centrale les pays suivants : Zaïre, Centrafrique, Congo, Gabon, Cameroun, Angola, Rwanda, Burundi.
Le bassin du Zaïre s’étend du golfe de Guinée à l’ouest, à la zone des grands lacs à l’est, approximativement depuis le 10ème parallèle sud en Angola jusqu’à la ligne de partage des eaux du Tchad et du Zaïre au Nord. Son couvert végétal , constitué par la grande forêt, est la plus dense que l’on puisse rencontrer en Afrique.
Les civilisations préhistoriques ont évolué sur place, sans contact avec les populations vivant dans les zones de végétation moins denses. Aujourd’hui, il faut reconnaitre, compte tenu des énormes quantités d’outils de pierre taillée recueillis, que le peuplement de ce que l’on appelle « la grande forêt » a été aussi importante que dans les autres régions d’Afrique.

- Le Néolithique :
Les faciès néolithiques du bassin du Zaïre sont contemporains du bref et dernier stade humide. Le climat est sensiblement le même que celui que nous connaissons aujourd’hui mais le couvert forestier est beaucoup plus dense. Venant du Nord, après avoir franchi le Zaïre, les hommes d’une civilisation néolithique dite du « Congo occidental » envahissent progressivement la région.
Ce néolithique se caractérise par l’emploi de roches difficiles à tailler, tels le schiste ou le quartz. L’outillage comporte des pics grossiers, des galets aménagés et des haches. Dans certaines cités, tel Ishango, un outillage d’os, en particulier composé de harpons, est associé à une abondante céramique. Les gisements néolithiques sont connus dans le Kwango, sur les deux rives du fleuve Zaïre, au Gabon et en Centrafrique.
Seuls le Gabon et la Centrafrique ont connu une civilisation mégalithique (les mégalithes sont des monuments construits de blocs rocheux bruts). On peut citer les monuments spectaculaires Bouar en Centrafrique. Ils se présentent sous la forme de tumulus (amas de pierre ou de terre au-dessus d’une sépulture) de dimensions variables, et se répartissent sur une bande de 13Km de long et une trentaine de large. Les premières constructions dateraient de 5500 av.J-C et les plus récentes de 450 ap.J-C.
Le bassin du Zaïre possède également un art rupestre. Au Cameroun et en Angola, les figurations gravées sur dalles prédominent : le style est géométrique. Des peintures plus récentes apparaissent au Zaïre, dans la province du Shaba. En Centrafrique, l’art rupestre se situe dans le Nord et l’Est du pays. La première région présente des abris où les peintures à l’ocre rouge figurent des personnages et des signes. Dans la seconde, les gravures sont dominantes et faites sur des dalles.

- Peuplement de l’Afrique centrale :
En l’absence d’ossements humains, détruits par l’acidité des sols, on admet que la première manifestation de l’homme est attestée par des galets fracturés dits galets aménagés. On retrouve des objets semblables un peu partout en Afrique centrale : Zaïre, Gabon, Centrafrique et Angola.
Aucun habitat remontant à cette époque, qui atteint 2 millions d’années, n’a jusqu’ici été repéré en Afrqiue centrale.
Ce n’est qu’avec l’outillage acheuléen que les preuves sont indiscutables d’une présence humaine en Afrique centrale. Le site de la rivière Kamoa au Shaba (Zaïre), où ont été retrouvé de nombreux outils, date d’environ 60 000 av.J-C.
Quant à l’homme ayant produit ces industries, nous ne pouvons faire que des analogies avec d’autres régions d’Afrique, où l’Homo erectus a été retrouvé associé à des outils acheuléens. Probablement entre 50 000 et 40 000 av.J-C, on voit apparaitre de très petits outils taillés, les microlithes géométriques : segments de cercles, triangles, rectangles ... Employés dès le « middle stone age », ils abondent au « late stone age » et devaient servir individuellement comme armatures de pointes de flèches, de lances, de harpons et de couteaux. On rerouve ces microlithes en Angola, au Zaïre, au Congo, au Kasaï et Kwango. L’occupation de la grotte de Matupi s’étend de 40 000 à 3000 av.J-C; on y a retrouvé des milliers de microlithes en quartz.  On sait que les habitants de cette grotte chassaient des bovidés, des rongeurs, des singes ... Le site de Ishango a livré une industrie microlithique daté de 21 000 av.J-C. Ces habitants vivaient de chasse et de pêche.

a) Préhistoire en République Centrafricaine
Au coeur de l’Afrique, placée entre les deux grandes régions de l’art rupestre du Sahara et de l’Afrique du Sud, la République Centrafricaine n’avait jamais fait l’objet de recherches systématiques en Préhistoire.Les fouilles entreprises dans les années 80 ont livré un matériel abondant et varié pour les périodes paléolithique, néolithique et protohistorique, c’est à dire de l’origine de l’homme aux civilisations des métaux. Elles ont permis l’étude dans la région de Bouar, près de la frontière du Cameroun, d’ensembles mégalithiques importants, tumulus et pierres dressées, qui semblent remonter à l’époque des premiers agriculteurs. Les fouilles ont mis à jour, dans cinq sites découverts à l’est du pays, des gravures et peintures rupestres d’un grand intérêt qui témoignent, par leur parenté avec l’art rupestre d’Afrique du Sud, de la pénétration de populations venues du sud et de l’est et confirment les liens entre la Préhistoire de la République Centrafricaine et celle de bassin du Congo.

Les gisements préhistoriques dans les régions prospectées :
a) Lobaye : la station expérimentale de La Maboké étant située en Lobaye, les fouilles ont débuté dans cette région de grande forêt sur la rive gauche de la Lobaye entre Mbaïki au nord-ouest et Mougoumba au sud. La zone en question est délimitée par une couverture végétale très dense, ce qui ne facilite pas les recherches. Plusieurs sites d’occupation préhistorique ont été cependant localisé à La Maboké, à Boukoko, à Mbaïki et enfin à Batalimo, où il a été possible de fouiller un gisement néolithique d’une exceptionnelle richesse qui nous a livré une industrie en pierre taillée associée à de la céramique.
b) Haute-Sangha : La Haute-Sangha se situe au sud-ouest de la République centrafricaine; c’est une zone forestière où coulent de nombreux et importants cours d’eau tributaires du bassin du Congo. Les fouilles ont été entreprises sur les chantiers diamantifères de la Ngoéré et de la Lopo où on a pu localiser de riches gisements du Paléolithique inférieur dans les alluvions anciennes et récentes. Une prospection sur le plataeu de Salo, qui domine la rive de la Sangha, a permis de découvrir deux sites d’occupation dans les formations de latérite.
c) Région de Bouar : cette région est située au nord-ouest de la République Centrafricaine. On peut y découvrir des mégalithes aux environs de la ville et des monuments plus au nord près de Niem et de Yélowa.
d) Mboumou : située su sud-ouest de Yalinga, on a étudié les chantiers diamantifères du Nzako et on a découvert d’importants gisements appartenant au complexe Sangoen à Ambilo, Kono, Téré et Tiaga (Sangoen : type d’industries propres au paléolithique africain; ce faciès succède à l’acheuléen; on trouve des objets sur éclat, des pics massifs, des bifaces et des pierres foliacées). Un peu plus au sud, aux environs de Bakouma, deux sites de gravures rupestres sur dalles horizontales de latérite ont été découverts.
e) Haute-Kotto : on a localisé un site paléolithique sur la Diwa près de Mouka et on a pu recueillir dans les chantiers diamantifères du Dar Challa, sur la Boungou, un outillage acheuléen très roulé provenant des alluvions récentes de la rivière. Plus au nord, près de la frontière du Soudan, on a découvert des peintures et gravures rupestres du Djebel Méla.
f) Région de Birao : A Ouanda Djallé, sur la rive droite de la Wakouma, deux gisements préhistoriques ont été localisés : l’un de surface à industrie en quartz taillé; le second inclu dans une formation de latérite démantelée par l’érosion avec une indutrie en quartzite très altérée.
g) Région de Ndélé : tout au long de la piste Tiroungoulou-Ndélé, qui suit la bordure sud de la cuvette tchadienne, on a découvert de nombreux gisements dans les formations gréseuses creusées parfois de vastes abris. En plus de stations à industrie en quartzite et en quartz, deux sites de peintures rupestres ont été localisé : l’abri de Toulou et l’abri de la Koumbala IV. Dans ce secteur, on a également recueilli une importante série de céramiques de  diverses époques.

Les industries paléolithiques reconnues :
1) Pré-Acheuléen : le Pré-Acheuléen ou « civilisaton du galet aménagé » a été rencontré en Haute-Sangha dans deux canions fossiles de la Ngoéré, à Ngosso et Yanga dont les alluvions étaient exploitées par la recherche diamantifère. A Ngosso en particulier, les récoltes comportent uniquement des galets aménagés. Cette industrie semble se localiser dans les alluvions profondes à éléments lourds des lits fossiles des cours d’eau de l’ouest de la République Centrafricaine. Le gisement de Ngosso semble être le plus ancien de ceux de ce type qui sont actuellement connus.
C’est plus au sud, sur le plateau de Salo à Baboungué, sur la rive gauche de la Sangha, que l’on a découvert dans de puissantes formations de latérites un gisement de galets aménagés en quartzite et en grès, associés à un grossier débitage de quartz. C’est le premier gisement de Paléolithique inférieur situé hors des alluvions et non remanié rencontré en République Centrafricaine.
2) L’Acheuléen : particulièrement abondant en Haute-Sangha. On l’a trouvé dans les alluvions exploitées par les chantiers diamantifères sur les rivières Ngoéré et Lopo. Sur la Ngoéré, à Ngola, Bangué I et III, Saporou et Bambo II, les gisements sont d’une grande richesse mais souvent les objets sont très usés par suite de leur séjour et transport dans les alluvions (on ne peut pas observer de stratigraphie).
L’outillage du bassin de la Ngoéré, compte tenu de sa typologie, se classe dans un Acheuléen évolué; il faut y noter la présence d’outils de grandes dimensions, particulièrement dans les hachereaux.
Dans les environs de Nola, les chantiers diamantifères de la Lopo et de la Libangué exploitent une plaine alluviale ancienne dont la coupe se présente en résumé de la façon suivante :
- mince couche de 0,2m à 0,4m de terre végétale;
- alluvions gréseuses très fines, déposées par lits plus ou moins horizontaux, parfois colorées d’oxydes de fer, d’une épaisseur moyenne d’un mètre;
- alluvions à éléments lourds : galets de quartz et de quartzite, diamants et outils préhistoriques d’environ un mètre d’épaisseur;
- substratum en schistes plissés formant un fond très irrégulier;
A Lopo et à Libangué, les pièces préhistoriques ont toutes été trouvées dans la couche dimantifère la plus profonde. Leur état de conservation est variable mais les objets sont souvent usés du fait du transport fluvial. On y a trouvé des galets aménagés, des bifaces, hachereaux, pics et éclats en quartzite gris bleu à grain fin d’une excellente qualité. Comme pour l’ensemble de Ngoéré, l’ensemble se classe dans l’Acheuléen supérieur.
En Haute-Kotto, dans les chantiers diamantifères du Dar Challa sur la Boungou, à l’est de Ouadda, on a découvert quelques pièces acheuléennes (bifaces et hachereaux) provenant des alluvions et graviers récents.

Complexe Sangoen :
Le Sangoen tire son nom du gisement de la baie de Sango sur la rive occidentale du Lac Victoria en Ouganda. Cette industrie serait contemporaine du Würm. Elle n’a pas été retrouvée en stratigraphie et pose donc un problème de chronologie exacte.
Le complexe Sangoen a une aire d’extension assez vaste de l’Afrique centrale à l’Afrique orientale. Il s’est développé dans des régions boisées qui ont d’ailleurs conservé jusqu’à nos jours la forte couverture végétale que forme la forêt équatoriale. Il est considéré comme appartenant à une civilisation de type forestier. Il semble dériver de l’Acheuléen et lui succéder. On retrouve encore quelques galets aménagés et des bifaces qui deviendront de plus en plus petits au fur et à mesure que se développe la fabrication de ces outils à partir d’un éclat. Les hachereaux se raréfient progressivement et finissent èar disparaître au cours de son évolution.
De nombreux outils occupent une place importante : grands pics à section triangulaire, rabots grossièrement taillés et pièces bifaciales étroites, taillées par percussion et diminuant de dimensions tandis que l’industrie évolue pour aboutir aux complexes Lupembien et Tshitolien.
En République Centrafricaine, le complexe Sangoen a été rencontré au Mbomou dans les chantiers de mines à Ambilo, Kono, Téré et Tiaga. Les objets recueillis ne sont pas usés. Les populations préhistoriques ont vécu sur les berges mêmes des rivières, les sédiments ont ensuite glissés latéralement avant d’être recouverts par les alluvions gréseuses fines plus récentes. Les gisements de Nzako sont d’une extraordinaire richesse et c’est par milliers que se rencontrent les objets taillés dans les couches profondes des alluvions. Les bifaces de divers types, généralement taillés à partir d’un éclat, y sont abondants; les hachereaux sont pratiquement absents; on trouve des pics, des racloirs, des galets aménagés, des pièces discoïdes et de très nombreuses pièces bifaciales étroites et allongées. Leur abondance et certaines formes fines et élancées laissent entrevoir une évolution vers des complexes plus résents comme le Lupembien.
Quelques traces de Sangoen ont également été remarquées en Haute-Sangha sur la Ngoré, à Baboungué II près de Salo, en Lobaye, dans les alluvions près de Mbaïki et enfin en Haute-Kotto sur la Boungou.

Les industries du Néolithique :
En République Centrafricaine, la civilisation néolithique semble avoir laissé des traces dans tout le pays. Les recherches ont permis de reconnaître plusieurs faciès, répartis en fonction des conditions climatiques et des environnments différents : zone à forêt tropicale et savanes. Plusieurs haches polies ont été retrouvées en divers points du pays, générallement dans les alluvions récentes exploitées par les chantiers diamantifères mais aussi au cours de travaux agricoles. Comme dans d’autres régions d’Afrique et même d’Europe, elles sont connues sous le nom de « pierres à foudres » et conservées comme talismans.
- Le gisement néolithique de Batalimo, Lobaye :
Ce gisement est situé sur la rive gauche de la Lobaye, vingt kilomètres environ au nord-ouest de Mougoumba. Le gisement est très étendu, plusieurs hectares d’après les observations qui ont été faites. Le site est particulièrement favorable à l’installation d’un habitat; le terrain est très sableux et permet à l’eau de pluie de s’infiltrer rapidement; il forme une butte qui domine de quelques mètres le niveau de la Lobaye; il n’est jamais submergé, même au moment des plus fortes crues. De plus, le fleuve, très poissonneux, était pour les hommes habitant cet endroit une réserve de nourriture complétant l’apport de gibier procuré par la chasse.
En 1968, on effectua une fouille de 6m2 : plusieurs couches furent mises en évidence dont une couche archéologique de couleur grise à noirâtre de 10 à 70cm. Cette couche est extrêmement riche en vestiges lithiques et en céramique : 6824 éclats divers, 287 outils; plusieurs tessons de céramique et trois vases presque entièrement reconstitués ont été recueillis. Aucune trace d’os ou de charbon de bois n’a été observée.
- l’outillage lithique de Batalimo présente peu de variétés; il comporte des éclats retouchés, des racloirs, des percuteurs et surtout des haches taillées qui constituent la partie la plus importante des outils. Ces haches sont le plus souvent de forme triangulaire mais quelques-unes ont une forme subrectangulaire ou trapézoïdale. Elles sont taillées sur les deux faces par grands éclats repris sur les bords par une retouche courte et écrasée, le tranchant est taillée de la même manière et sur quelques exemplaires sommairement poli.
- La céramique constitue la partie la plus spectaculaire du matériel archéologique. A en juger par la quantité de tessons recueillis, 922 sur 6m2 de fouilles, elle devait jouer un rôle très important dans la vie des habitants du lieu. Les formes comportent des vases à panse arrondie ou faiblement ovoïde et é fond plat mesurant en moyenne 13cm de diamètre et d’une hauteur de 12 à 13cm. La partie supérieure s’ouvre par un col très large qui s’épanouit en une sorte de collerette très courte plus ou moins déversée. Le décor des vases, absent dans les parties basales, est d’une grande richesse de composition et exécuté par cannelures, quadrillages, chevrons, impressions au peigne .. La cuisson , faite en atmosphère confinée, est de qualité médiocre mais homogène.
Une datation par thermoluminescence de la céramique de Batalimo a donné le résultat suivant : 380 plus ou moins 220 ap.J-C. A première vue, une datation, pour une industrie néolithique, peut sembler trop récente. En fait, nous nous trouvons dans une zone équatoriale où les civilisations préhistoriques sont très mal connues. Il est possible que dans ces régions, le Néolithique ait eu une durée beaucoup plus longue que dans d’autres secteurs de l’Afrique.
L’état exceptionnel de la conservation de la céramique dans le gisement pose la question de l’abandon de l’habitat. Cet abandon a dû être extrêmemement rapide, des vases entiers étant restés sur place. Il semblerait qu’il soit consécutif à une brusque crue du fleuve ayant fait fuir les habitants et ayant recouvert le site d’alluvions. Par la suite, il n’y a pas eu de nouvelle occupation, les couches supérieures étant stériles.
Le gisement de Batalimo est actuellement le seul de ce  genre qui soit connu et qui ait fourni une industrie lithique associée à une céramique: il est d’une grande importance pour la préhistoire des zones équatoriales.

- Les Kwés : « Kwé » est le nom du bâton à fouir dans la langue bushmen; par extension, il a été utilisé pour désigner les pierres perforées d’aspect très divers et tirées des matières premières les plus variées trouvées en divers points de l’Afrique. Leur usage semble assez varié : en Ethiopie, ils chargent la « dongora », pieu armé d’une pointe de fer à une extrémité et servant à défoncer le sol. L’utilisation la plus courante est celle qui a été observée en Afrique du Sud chez les Bushmen : les kwés sont enfilés sur une tige de bois durcie au feu; cet outil sert aux femmes pour la cuillette des végétaux et en particulier pour déterrer les racines comestibles. Dans la province de l’Orange, des peintures rupestres représentent des femmes portant sur l’épaule le bâton à fouir muni d’un kwé. Les kwés ont pu également servir de tête de massue; certains ont été utilisés comme enclumes, d’autres dans l’installation des souffleries des hauts fourneaux artisanaux ..... Actuellement, au Cameroun, les pêcheurs se servent des kwés qu’ils trouvent accidentellement comme poids pour lester les filets de pêche. Au Katanga, ils sont considérés comme pierres magiques à qui l’on attribue d’innombrables vertus : provoquer la pluie, rendre les femmes fécondes...
En République Centrafricaine, plusieurs dizaines de kwés ont été découverts accidentellement au cours de travaux miniers ou agricoles en divers points du pays. Leur aire de répartition semble couvrir tout le pays mais ils sont plus abondants dans les zones sud à forte végétation et à forêt tropicale.
 

Un art rupestre témoin des migrations africaines :
Au cours des recherches en République Centrafricaine, cinq sites d’art rupestre ont été découverts.
- Région de Ndélé, secteur de la Koumbala, abri de Toulou :
Cet abri est situé à 80Km à l’est de Ndélé, sur la piste Ndélé-Tiroungoulou. Il est creusé dans une énorme formation gréseuse près du marigot qui lui a donné son nom. Il est long d’une trentaine de mètres et sa hauteur varie de 6 à 7m. Il est peu profond mais plusieurs couloirs et diverticules perçent la masse rocheuse de part en part. La situation de cet abri à proximité d’un cours d’eau et ses dimensions exceptionnelles font qu’il a été occupé depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. De ce fait, les dessins et graffitis qui sont visibles sur ses parois appartiennent à plusieurs époques :
- graffiti au charbon de bois et en blanc, traits, lignes enchevêtrées et personnages divers;
- personnages peints en blanc, les bras en « anse de pot », imitation de personnages plus anciens peints en rouge que nous mentionnerons plus loin;
- plusieurs animaux (buffles et éléphants) et un avion, traité en blanc et ocre;
- ponctuations et personnage stylisé en rouge;
- dans un diverticule, côté sud, et dans un creu de roche très accentué, deux personnages en rouge, hauts de 34 et 38cm, aux bras en « anse de pot »;
- dans un diverticule très bas, au centre de l’abri, une frise de neuf personnages : deux silhouettes en noir, le corps étant constitué par une tache, et une série de sept personnages d’un style différent, traités en blanc, noir et rouge. Les six premiers portent un collier et des ornements aux chevilles; ils semblent marcher sur le septième qui leur fait façe, le bras droit levé et tenant dans sa main un objet blanc.
Ces peintures, étant donné leur position éloignée de l’ouverture de l’abri, sont bien conservées; elles nous paraissent être les plus anciennes avec les personnages en rouge et les ponctuations de même teinte.

- Abri de la Koumbala :
Cet abri, situé à quelques kilomètres à l’est du précédent, possède des peintures traitées uniquement à l’ocre rouge : plusieurs séries de ponctuations disposées sur lignes verticales ou horizontales, deux mains positives, deux signes formés de cercles et de traits et des traces impossibles à identifier en raison de l’état de conservation.
- Haute-Kotto :
Le Djébel Méla est une formation gréseuse située dans le massif du Tondou sur la rive gauche du cours supérieur de la Kotto. Les peintures rupestres sont situées dans un petit abri, elles sont toutes traitées à l’ocre rouge. Sur la paroi principale, on distingue des signes géométriques : triangles, cercles, pontuations... puis un personnage et un félin. Certains signes ont été légèrement creusés et polis avant que la teinte rouge ne soit étalée. Un panneau, à gauche de l’abri, possède un second groupe de signes et de ponctuations surchargé de plusieurs personnages filiformes traités par piquetage.
- Mbomou, gravures des sources du Mpatou :
Ce site se trouve sur la gauche de la piste Bakouma-Ambilo et à environ 35Km de Bakouma. Les gravures sont situées sur une dalle horizontale de latérite; elles sont traitées par piquetage. On y trouve des cercles, simples ou avec une croix ou une cupule au centre; de nombreux couteaux de jet de types divers et une silhouette humaine stylisée.
- Mbomou, gravures rupestres de Léngo :
Ce second site de gravures rupestres se trouve près du village de Léngo, 12Km environ à l’est de Bakouma. Les gravures ont été exécutées sur une dalle horizontale de près de 200m de long sur 25 à 30m de large. Les gravures ont d’abord été creusées dans la latérite par piquetage, puis certaines ont été partiellement polies. Les traits sont, pour la presque totalité, en U et profonds de 1 à 3cm; le nombre de figurations dépasse 300 :
- animaux dont des antilopes, félins, oiseaux ....
- une figuration humaine : homme masqué à tête d’oiseau;
- couteaux de jet de divers types et une flèche;
- lances et calebasses;
Cet ensemble, compte tenu des lances et couteaux de jet qui y figurent, peut être attribué à l’Âge du fer, sans qu’il soit possible actuellement de donner d’autres précisions.

Conclusion :
L’art rupestre de la République Centrafricaine ne semble posséder aucune similitude avec celui du Sahara. C’est sans doute vers l’Afrique du Sud et de l’Est qu’il faut en rechercher l’axe de pénétration. Cet art est très proche de celui qui est connu en pays bantou; il est donc récent, voire historique. Il reste cependant important pour étudier les migrations et mouvements de populations à une période très mal connue de la Protohistoire ou de l’Histoire de l’Afrique centrale.

La civilisation mégalithique de Bouar : tumulus et pierres dressées :
On a découvert de nombreux monuments mégalithiques entre Bouar et Niem en direction de la frontière du Cameroun, situés sur la ligne de partage des eaux des bassins du Tchaet du Congo. Ces monuments se présentent sous la forme de tumulus de dimensions variables, surmontés d’un certain nombre de pierres dressées dont plusieurs ont une hauteur hors sol dépassant parfois trois mètres. Pierre Vidal a fouillé trois de ces monuments dans les environs de Bouar : Tajunu Beforo I, Tajunu Gam et Tajunu Tia. Ces fouilles ont permis de préciser la structure interne composée de cinq éléments :
- éléments mégalithiques : base des grandes pierres debout; petites pierres debout souterraines; rangées de caveaux;
- deux autres éléments de structure constitué par une double couche de terre et une couche de pierres sèches et de pierrailles.
La stratigrapie semble assez simple : couche de terre en surface; couche de pierres sèches et de pierraille avec installations mégalithiques; couche de terre remuée et installée par les constructeurs. Comparativement à l’ampleur des fouilles, le mobilier découvert est très modeste et provient essentiellement  de la couche mégalithique ou immédiatement au dessous :
- céramique : tessons isolés ou en petit nombre, souvent décorés par incision ou par impression; trois céramiques intactes ou du moins reconstituables, avec ou sans décoration;
-quartz : plusieurs fragments dont certains taillés;
- objets en fer, scories et morceaux de terre réfractaire provenant d’un haut fourneau, une boucle en fer à Tajunu Gam et cinq objets en fer forgé, peut-être des lingots monétaires, en forme de double fer de lance dans le grand caveau de Beforo I.
Dans les trois monuments fouillés, des foyers ont été mis à jour, les uns avec bûches carbonisées et les autres vides; il s’agit peut-être de foyers rituels. Des charbons recueillis ont fait l’objet de datations au Carbone 14; les résultats sont les suivants :

1- Bouar - Tajunu Beforo I : environ 5490 av.J-C
2- Bouar - Tajunu Tia I : environ 30 ap.J-C
3- Bouar - Tajunu Be Yole : environ 610 av.J-C
4- Bouar Tajunu  Zupaya : environ 450 av.J-C ........
Nous ne donnons ici que quelques exemples de datations. Les dates semblant le mieux convenir aux monuments trouvés s’échelonnent entre 610 av.J-C et 30 ap.J-C. On pense que certains objets (en particulier ceux en fer) ainsi que les monuments ont été réutilisés une première fois au cours des siècles.
Si, dans l’état actuel des recherches, les mégalithes de Bouar ne peuvent être attribués au Néolithique, l’on peut cependant dire que la civilisation qui les a édifiés primitivement  lui est au moins contemporaine.

Des sites protohistoriques ou historiques d’une grande richesse :
Dans l’est et le nord-est de la République Centrafricaine, toutes les formations rocheuses pouvant offrir un abri et une protection ont été occupées à certaines périodes.
Haute-Kotto :
- environs de Ouadda, grottes et abris de Yangouabara : céramique et traces de pierres taillées.
- Djebel Mela : habitat d’une extraordinaire richesse sur les pentes et dans les grottes qui percent entièrement les formations gréseuses : céramiques, perles, bracelets en fer, meules, broyeurs ...
Région de Birao :
- environs de Ouanda Djallé : villages entiers à l’est de Ouanda Djallé et sur la rive droite de la Wakouma au pied des formations rocheuses, emplacements de caves, foyers en céramique, meules, broyeurs et tessons de poterie. On a aussi découvert un haut fourneau pour le traitement artisanal du minerai de fer.
- environs de Tiroungoulou : traces d’habitat sur toutes les « kagas » granitiques ou gréseuses au sud-ouest de Tiroungoulou sur la piste de Ndélé : céramique, meules et broyeurs. La « Kaga Moutou », à 25 Km environ du village, en direction de Ndélé, est particulièrement remarquable. Sur ses pentes gisent des centaines de meules en grés ou en granite, des broyeurs et de la céramique.
Région de Ndélé :
Entre le pont de la Gounda, affluent rive gauche de l’Aouk, et Ndélé, s’étend une région à formations gréseuses, érodées et creusées par l’érosion offrant  de trèsnombreux abris plus ou moins vastes. Tous ces abris possèdent des traces d’occupation récente : céramique, meules, broyeurs, tuyères de hauts fourneaux et souvent un outillage lithique (haches polies, quartz ...). C’est dans ce même secteur que se trouve les abris de Toulou et de la Koumbala, sites à peintures rupestres dont nous avons déja parlé.
- Plateau de Ndélé : ce plateau, situé au nord de la ville et facilement défendable, a servi aux environs de 1894 de position fortifiée au sultan Senoussi à la suite de différends avec le sultan Ouaddaï. Les restes de cette occupation sont encore bien conservés : remparts, tessons de céramique décorée .....
Kémo-Gribingui:
On a remarqué dans les environs des Mbrés un grand nombre d’abris creusés dans les grés de cette région; tous paraissent avoir été habités. On a recueilli des restes de mâchefer et du minerai concassé, opération effectuée avant qu’il ne soit mélangé au charbon de bois dans les hauts fourneaux. Un petit abri a livré une céramique décorée et vernissée au graphite.
On ne sait que peu de choses sur la période ancienne ou « historique » de la République Centrafricaine. Il reste beaucoup de travail à effectuer pour les spécialistes.
Conclusion :
La Préhistoire de la République Centrafricaine se rattache à celle du bassin du Congo et ne semble pas avoir, du moins à partir du Paléolithique moyen, de similitude avec ce que l’on rencontre plus au nord et au Sahara. Les points de contact  semblent se situer à l’est et au sud et la pénétration vagues d’occupation semble s’être arrêtée sur les zones à forêt primaire et à savanes arbustives comme le montre l’art rupestre qui est à repprocher de celui de l’Afrique du Sud et qui n’a rien de commun avec le Sahara.

b) Préhistoire en Angola : la nécropole de Kapanda
La nécropole de Kapanda avait été repérée lors d’une campagne de recherches et de prospections archéologiques réalisée en Angola en 1991. Le site archéologique se trouve à proximité et en amont du barrage centrale électrique de Kapanda qui était en voie de construction dans la région du Moyen Kwanza . La nécropole est constituée de 23 tumulus répartis en trois secteurs.
 

D) L’Afrique du Nord

- Le pré-acheuléen (ou civilisation des galets aménagés, industrie lithique primitive) :
Il ne semble pas que la présence d’hominidés au Maghreb et au Sahara soit aussi ancienne qu’en Afrique orientale et méridionale. Nous n’avons pas de traces d’Australopithèques, ni par leurs ossements, ni par une industrie sur éclats précédant celle des galets aménagés. Cependant, ces derniers sont présents au Maroc, en Algérie et au Sahara, et semblent aussi ancien qu’à Olduvai, soit entre 1 et 2 millions d’années.

- Industries acheuléennes :
L’acheuléen est très abondant au Maghreb et se présente dans trois types de gisements :
a) les gisements en rapport avec le quaternaire du littoral. Au Maroc atlantique, une séquence archéologique partant des galets aménagés du pré-acheuléen et aboutissant au paléolithique moyen a été reconstitué.
b) les gisements de dépôts de fleuves et de lacs. Les premiers sont très rares et leur interprétation est le plus souvent imprécise. C’est le cas pour de nombreux sites algériens, marocains et tunisiens où les gisements de rives de lacs sont rares. En revanche, l’acheuléen lié aux dépôts lacustres est de règle, plus au sud, de la Mauritanie à la Libye.
c) les gisements en rapport avec d’anciennes sources artésiennes, qui semblent avoir attiré les hommes de l’acheuléen à l’atérien (industrie paléolithique avec pointes et racloirs). C’est le cas de sites comme Aïn Fritissa (Maroc) ou Ternifine (Maroc). Dans ce dernier gisement, l’industrie acheuléenne et la faune sont très riches, associées à un crâne d’hominidé, dénommé Atlanthrope et rattaché à Homo erectus.
Sur le plan des outils anciens, l’acheuléen saharien et maghrébin ne diffère pas beaucoup de celui défini en Europe. Les éclats, les bifaces et les trièdres en sont les composantes principales. Une place très importante est faite aux hachereaux taillés à partir d’éclats (technique de Levallois utilisé). L’hominidé, autour de ces industries, appartient à l’espèce homo erectus : il est daté environ de 4 à 500 000 ans. Il devait connaitre le feu et peut-être le langage.

- Le Moustérien :
Les industries découvertes tant à l’est qu’à l’ouest du Maghreb sont caractéristiques du moustérien (industrie du paléolithique moyen caractérisé par de pointes et racloirs obtenus par la retouche d’éclats sur une seule de leurs faces) et présentent encore un abondant débitage Levallois. Ce moustérien a connu une évolution originale : l’Atérien (nom d’après le site de Bir el Ater au sud de Tebassa). Il présente une grande abondance d’outils à pédoncule. Il est une évolution précoce du moustérien et durera fort longtemps, envahissant le Maghreb et le Sahara : il s’est écoulé environ entre - 37 000 et - 30 000. L’évolution de sa technologie annonce déja le néolithique.
Quant à l’homme de l’Atérien, de toutes récentes découvertes, faites au Maroc, renforcent l’hypothèse qu’il n’est pas un Néanderthalien comme pour le moustérien, mais déja un Homo sapiens.

- Paléolithique supérieur
Nos connaissances actuelles sur ces périodes s’organisent autour de quatre industries : a) l’Ibéromaurusien, localisé sur le littoral. b) « l’Horizon Collignon », en Tunisie. c) le Capsien. d) le Néolithique de tradition capsienne.

a) l’Ibéromaurusien :
La reprise des fouilles dans le gisement de Tamar Hat (Algérie) a permis d’obtenir des dates très anciennes et de mieux connaître ces Ibéromaurusiens, chasseurs de mouflons et habitants de grottes littorales.
L’Ibéromaurusien est en effet une civilisation littorale qui, néanmoins, connaît des pénétrations continentales dont la plus importante preuve est le gisement de Columnata (Tiaret, Algérie). Même analysé en détail, l’outillage ibéromaurusien reste pauvre. Quelques microburins ont été retrouvés, témoin d’une technique originale de fracture de lame. L’industrie osseuse est pauvre et l’on ne retrouve ni art mobilier ni art rupestre alors que cet ibéromaurusien est contemporain chronologiquement des peintures de Lascaux en France, et d’Altamira, en Espagne. Or, les hommes de cette époque sont au Nord comme au Sud de la Méditerranée, des Cromagnoïdes appartenant à l’espèce Homo sapiens, tel le type de Mechta el Arbi en Algérie.
L’hypothèse d’une origine orientale, de laquelle auraient divergé vers le nord de la Méditerranée, le courant « Cro-magnon »européen, et, au sud, le long des rivages africains, les hommes de Mechta el Arbi, a été émise sans preuves tangibles.
Sur le plan anthropologique, on peut envisager qu’ils descendent des Néanderthaliens par l’intermédiaire de l’homme atérien. Mais leur industrie lithique atteste des traditions étrangères au Moustérien et à l’Atérien, qui l’ont précédée.
Ils se maintiendront jusqu’au Néolithique et coloniseront même, au plus tôt vers la fin du IIIème millénaire, l’archipel des Canaries.

b) « L’Horizon Collignon »
Sur des bases stratigraphiques et géomorphologiques, les industries sur lamelles de Tunisie pré-saharienne sont antérieures à toute la série capsienne et sont appelées « Horizon Collignon ». Aucune position chronologique ne peut encore être précisée à leur sujet. La typologie de ces industries comprend une forte proportion de lamelles à bord abattu. Leur origine est peut-être aussi orientale : Cyrénaïque, Egypte ou Proche-Orient.
 

c) Le faciès capsien
La série des industries capsiennes a été définie selon trois styles plus ou moins échelonnés : Capsien typique, supérieur et néolithique de tradition capsienne. Dans l’un et l’autre cas, les gisements sont des tas de rebuts, entremêlant cendres et pierres brulées, ossements d’animaux consommés par l’homme, ses outils de pierre et en os, des restes humains .... L’industrie capsienne est de fort belle qualité : on retrouve de vrais microlithes géométriques (trapèzes, triangles ..).
Le Capsien typique n’est connu que dans une zone très limitée (frontière algéro-tunisienne). Il ne couvrirait que le VIIème millénaire et son auteur nous est à peu près inconnu.
Le Capsien supérieur nous présentent de nombreux styles qui envahissent l’ouest algérien et une partie du Sahara. Il représente une industrie d’objets de petite taille, riche en microlithes géométriques. Descendant jusqu’au Vème millénaire, le Capsien supérieur perdure et se poursuit jusqu’au stade néolithique.
La civilisation capsienne a donc duré près de 2000 ans. Les capsiens n’appartiennent pas au type cromagnoïde de Mechta Afalou : ce sont des Méditerranéens (non exempts de caractères négroïdes) dont le sujet le plus complet est l’homme de l’Aïn Dokkara (Tebessa), qui remonte au VIIème millénaire. Les habitants du capsien se comptent par centaine : leurs habitations étaient constituées de huttes de branchages, peut-être colmatées avec de l’argile. La chasse ne joue pas un rôle de premier plan et ce sont les mollusques terrestres qui occupent une place importante dans leur alimentation. Les Capsiens enterrent leur mort dans des positions variables; ils sont également les premiers artistes du Maghreb : objets de parures, plaquettes gravées, pierres sculptées.

d) le Néolithique
C’est une survivance du Capsien au Maghreb. Viennent s’ajouter la céramique, les outils de pierre polie et la production de nourriture (typique du Néolithique). Les armatures de pointe de flèche, si abondantes au Sahara, ne font que témoigner du prolongement d’une forme de vie de chasseurs fixés dans des régions qu’ils exploitent par une économie pastorale pré-agricole, tout en transhumant parfois dans les régions montagneuses.
Entre le Vème et le Ier millénaire, il y a d’autres formes de Néolithisation au Maghreb. Tout d’abord, les régions restées à l’écart du Capsien ont connu une évolution originale qui présente deux caractéristiques essentielles : l’évolution à partir de l’Ibéromaurusien, et, surtout, les contacts avec l’Europe méditerranéenne. Il y a en fait plusieurs faciès littoraux du Néolithique maghrébin qui attestent de ces caractéristiques et de contacts avec l’Europe, par exemple par leur céramique, les importations d’obsidienne, verre volcanique naturel. Bien que les crânes des Capsiens soient identiques à nombre de crânes des populations actuelles, on pense que les véritables Protoberbères n’apparaissent qu’au Néolithique parce que les coutumes funéraires capsiennes ne semblent pas avoir vécu dans le monde libyco-berbère. On observera cependant que la coutume capsienne de l’utilisation et de la décoration de l’oeuf d’autruche qui caractérisait la « Capsian way of life » s’est maintenue à travers le Néolithique jusqu’à des populations libyennes d’époque historique. Le peuplement historique du Maghreb résulte certainement de la fusion, dans des proportions qui restent à préciser, de ces trois éléments, ibéromaurusien, capsien et néolithique.

e) Fin du Néolithique
Vers le milieu du IIème millénaire, la période humide du Néolithique prend fin. Dès lors, l’Afrique du Nord, coupée presque totalement de l’ensemble du continent par un désert, s’est trouvée dans une position quasi insulaire, ne communiquant aisément avec le reste de l’Afrique que par l’étroit couloir tripolitain.
Dès la fin du IIIème millénaire av.J-C, les tessons peints de Gar Cahal, dans la région de Ceuta, sont à rapprocher de la céramique chalcolithique de Los Hillares; il faut donc supposer des rapports par voie maritime qui remontent peut-être au IVème millénaire. A partir de -2000, ivoire et oeufs d’autruche sont importés d’Espagne. Vers -1500, on constate dans l’ouest de l’Afrique mineure la présence de pointes de flèches en cuivre ou en bronze importées à l’origine sans doute par des chasseurs d’Ibérie. On peut signaler les nombreux emprunts faits par l’Afrique mineure orientale à ses voisins européens : tombes rectangulaires existant en Sicile dès -1300, céramique répandue dans le sud de l’Italie vers -1500...
Il était nécessaire de souligner l’originalité profonde de l’Afrique mineure en bordure du continent africain. Elle résulte à la fois de l’asséchement du Sahara et de l’apparition de la navigation.
Libyco-berbères (Maures et Numides sur le littoral, Gétules sur les plateaux), Sahariens blancs ou métissés de la bordure du désert comme les Pharusiens, les Nigrites ou les Guaramantes, tels sont les peuples de l’Afrique mineure à l’époque des premières navigations phéniciennes, tels resteront-ils pendant toute l’Antiquité.
 

E) Le Sahara

Tout d’abord, il faut savoir que le Sahara, tel qu’il se présente aujourd’hui à nos yeux, est très différent de son aspect durant la préhistoire (présence d’un couvert végétal et d’une faune). On ignore le déroulement exact de la désertification ayant poussé les populations a émigré vers des régions périphériques plus clémentes.

a) L’apparition de l’homme du Sahara et l’industrie des galets aménagés
On sait que les galets aménagés sont les premiers outils portant des traces observables dus au travail humain. On a émis l’hypothèse que ces objets seraient l’oeuvre d’un Homo habilis, dont on n’a pas encore, au Sahara, trouvé de traces.

b) L’Homo erectus, fabriquant de bifaces
A la civilisation de galets aménagés succède le Paléolithique inférieur caractérisé par le biface et le hachereau. Alors pays de grands lacs, le Sahara connaissait une hydrographie importante et des précipitations suffisantes pour assurer une végétation abondante.
A Tihodaïne, en Algérie, une industrie acheuléenne a été trouvée accompagnée d’ossements de rhinocéros, d’éléphants, d’hippopotames, de bovidés, de buffles, de crocodiles ...Tabelbala Tachenghit (Algérie) est connu pour ses bifaces en grès-quartzite rougeâtre, mais surtout par son impressionante série de hachereaux révélant la technique Levallois. L’Acheuléen couvre toute la superficie du Sahara.

c) L’Atérien
En plus de la technique Levallois, on peut y voir un caractère essentiel : la présence d’un pédoncule à la base des outils : pointe retouchée ou brute, grattoir ou burin. C’est en un mot une industrie de chasseurs et de migrateurs. On a pris l’habitude d’attribuer cette industrie à l’Homo sapiens.
L’Atérien est une industrie nord-africaine qui a rayonné vers le sud pour s’arréter, en gros, le lond des rives des grands lacs du Sahara méridional. La dispersion de l’Atérien est immense, puisqu’on en trouve en Tunisie, au Maroc, en Algérie, en Mauritanie septentrionale et au Fezzan. Difficile à situer, il semble apparaitre vers - 35 000 et s’éteindre vers - 9000.

- Le Néolithique
Nous ignorons l’essentiel de la genèse des ethnies néolithiques. D’après certains travaux, on remarque que le peuplement néolithique saharien est caractérisé par le métissage de Noirs, d’une part; et d’autre part de Blancs d’origine proche-orientale.

1) Néolithique de tradition soudanienne
Il semble que la vague la plus ancienne du peuplement néolithique du Sahara soit celle qui, formée sur les bords du Nil, à hauteur de Khartoum et de Shaheinab, a effectué un mouvement d’est en ouest le long des grands lacs. Elle ne parait pas avoir dépassé de beaucoup la frange orientale de l’Aouker (Mauritanie), ni avoir pénétré dans la forêt. En revanche, elle a poussé au moins deux reconnaissances vers le Nord, l’une au Hoggar, l’autre vers la Saoura. Ce Néolithique de tradition saoudanienne se reconnait facilement grâce à la facture et à la richesse des décors de la céramique.
Les premiers occupants néolithiques du Sahara sont des pêcheurs-chasseurs-cueilleurs. Ils sont friands d’hippopotames, de poissons des lacs et de melons d’eau. On chasse à l’arc et au javelot, comme en témoignent les armatures de pointe de flèches; on pêche au harpon et à l’hameçon en os. Ajoutons que ces hommes ont du connaître la navigation.

2) Le Néolithique guinéen
La première vague néolithique avoisine, au sud, la progression d’une autre ethnie africaine qui va occuper la forêt. En dépit de son importance, ces vestiges resteront longtemps masqués par le couvert forestier. Ce néolithique, bien identifié en Guinée, sera appelé pour cette raison néolithique guinéen.

3) Le Néolithique de tradition capsienne
Un peu plus tard, le néolithique de tradition capsienne, qui résulte de la néolithisation sur place du capsien paléolithique d’Afrique du Nord, va commencer son mouvement vers le sud. Il parviendra en Mauritanie du nord-est, atteindra le Hoggar.
Sa céramique est peu ornée, et de facture grossière. L’industrie est d’une technique rigoureuse et son faciès saharien s’enrichit d’une prolifération d’armatures de pointes de flèches. La pierre polie y est souvent fort belle; on trouve également des perles caractéristiques confectionnés à partir de coquilles d’oeufs d’autruche.

4) Le Néolithique du littoral
Un autre faciès, essentiellement littoral et plus septentrional que le précédent, se détache d’un fond paléolithique : le néolithique ibéromaurusien. Il se répartit le long de la côte atlantique marocaine; on le trouve aussi près du littoral du sahara marocain et mauritanien. Il s’agissait de pêcheurs, grands consommateurs de mollusques. Leur céramique est peu ornée et grossière.

5) Le Ténéréen
Par ses armatures en fleur de lotus, ses disques, ses grattoirs concaves, ses éléments de scies, ses haches à gorge, le Ténéréen semble être un faciès original. Son outillage lithique est riche de formes évoquant l’énéolithique égyptien. Quant à sa céramique, elle est en tout point comparable à celle du néolithique de tradition soudanienne, et également à celle du Soudan néolithique.
 

6) Le Néolithique du dhar Tichitt-Oualata (Mauritanie)
D’importants travaux poursuivis dans cette région montrent que l’industrie, assez tardive, est liée à un exceptionnel ensemble de villages en pierres sèches où l’urbanisme et l’art des fortifications sont du plus haut intérêt. On a en effet la preuve que dès -1500, les communautés locales consommaient le mil, ce qui donne un sens précis à l’énorme quantité de matériel de meunerie existant dans les ruines des villages. Par sa céramique, la civilisation du dhar Tichitt-Oualata était africaine; sans doute est-elle venue de l’est et plus particulièrement du proche Tilemsi (voir en page 22 pour plus de détails).
En somme, le néolithique saharien s’étend du Vème millénaire au début du Ier millénaire av.J-C. Pendant cette période, le niveau des lacs n’aura pas cessé de décroître : la faune et la flore se dégrade poussant l’homme a émigré avec ses troupeaux.
 

F) L’Afrique occidentale

- L’homme préhistorique
Jusqu’ici, on n’a trouvé en Afrique occidentale ni vestiges des formes anciennes de l’humanité, ou d’hominidés, ni outillage de l’époque correspondante.
La faune animale et les restes humains font largement défaut. Cependant, un spécimen humain, appelé Tchadanthropus a été mis au jour au Tchad. Ses fragments de crâne sont trop incomplets pour l’arribuer avec certitude à l’espèce Homo habilis ou Homo erectus. Il faut rappeler que l’Afrique occidentale ne montre pas d’exemples de cette dernière forme d’hominidés, bien que des spécimens du même type, baptisés Atlanthropus mauritanicus, aient été trouvés en Algérie.
Bien que les outils de l’homme préhistorique aient été taillés tant dans l’os et le bois que dans la pierre, il est rare que le bois se conserve, et la composition des sols en Afrique est impropre à la conservation de ces matériaux. On a trouvé, en plusieurs endroits d’Afrique occidentale des galets aménagés; néanmoins, rien ne permet d’affirmer qu’ils datent de la même période que ceux d’Olduvai. Une étude minutieuse des galets aménagés découverts le long de la rivière Gambie, au Sénégal, a démontré que certains d’entre eux devaient avoir une origine néolithique tandis que d’autres remontaient au Late Stone Age.
L’étude du Lac Tchad fait ressortir l’existence de hauts niveaux à partir de -40 000. Ces faits indiquent une période de forte humidité pendant laquelle il semble que la forêt d’Afrique occidentale se soit étendue sensiblement plus au nord qu’aujourd’hui. Puis, vers -20 000, il semble que l’Afrique occidentale ait été soumise à un climat beaucoup plus sec qu’aujourd’hui. Il est probable que presque toute la forêt ait disparu, à l’exception de forêts reliques dans des régions de plus grande humidité, telles les côtes du Libéria, une partie du littoral de la Côte d’Ivoire, le delta du Niger et les montagnes du Cameroun. Vers -10 000, les conditions semblent avoir évolué vers une plus forte humidité. Il est probable que pendant cette période, la forêt soit à nouveau remontée vers le Nord.

- le « Early Stone Age » (- 2 500 000 à -50 000)
On a signalé la présence de bifaces au Sénégal, dans la République de Guinée, en Mauritanie et au Ghana. Leur aire de répartition a fait l’objet de cartes, qui semble-t’il, indiquent une colonisation à partir du Niger. Ils caractérisent la période acheuléenne. Les derniers stades de l’Acheuléen, caractérisés par de beaux bifaces taillés au percuteur tendre (bois ou os) abondent au Sahara. Peut-être peut-on lier cette réputation à une époque où les pluies ont dû être plus abondantes dans le nord du Sahara et, reculant vers le sud, la zone désertique ne devait offrir que peu d’attrait à ces populations de chasseurs-cueilleurs. Les hautes terres du plateau de Jos au Nigeria semblent avoir échappé à cette règle; il est possible que le climat s’y soit montré moins aride et qu’il est favorisé l’existence de vastes prairies parsemées de bois, que recherchait l’homme acheuléen (niveau du site daté de -39 000). A cette même époque, il est vraisemblable que le massif du Fouta Djalon (Guinée) était aussi très propice à l’implantation humaine : un certain nombre d’outils acheuléens y ont été découverts. On trouve également des vestiges de l’Acheuléen moyen et supérieur disséminés autour et au nord du Haut-Sénégal.

- « le Middle Stone Age » (-50 000 à -15 000)
Quelques rares spécimens de type lupembien (de Lupemba au Zaïre, association d’outils massifs et de pièces foliacées retouchées sur les deux faces) ont été découverts au Ghana et au Nigeria, sur le plateau de Jos. A Nok, les industries d’abord identifiées comme lupembiennes se raprocheraient plutôt d’un Paléolithique moyen de tendance moustérienne. Des industries comparables ont été signalées au Ghana, en Côte d’Ivoire, à Dakar et dans le Sahara central.

- « le Late Stone Age » et le Néolithique
Dans presque toute l’Afrique, le Late Stone Age est caractérisé par l’apparition de très petits outils de pierre, les microlithes.
Au Ghana, succédant à une phase dotée de microlithes et de poterie, la culture de Kintampo présente des haches polies, des bracelets de pierre et un type particulier de broyeur, mis en forme par percussion. La phase ancienne de cette culture remonte à -1400; la phase récente a livré des bovidés domestiqués et des chèvres naines. Au nord de Gao, au Mali, entre -2000 et -1500, les populations pastorales vivaient surtout de pêche. Ils connaissaient la poterie, utilisaient des pointes de flèches, des haches polies et peu de microlithes. Dans le nord-ouest du Nigeria, on trouve mille ans plus tard une situation à peu près analogue : il est vraisemblable que les pasteurs, gardiens de bovidés, aient aussi cultivé le sorgho dans l’argile fertilisée laissé par le retrait du lac Tchad. Ils possédaient poterie, haches polies et de nombreux objets en os, mais pas de microlithes. A l’opposé, le long de la bordure méridionale de l’Afrique occidentale sur le littoral atlantique, on trouve une adaptation à un milieu écologique totalement différente. Là, les populations du Late Stone Age exploitaient les coquillages abondants dans les lagons et les estuaires, tant par la pêche que par la capture à partir du rivage. Leurs déchets constituaient la matière des amas coquillers que l’on retrouve de la Côte d’Ivoire (de -1600 au XVIème siècle), au Sénégal et au Nigeria (entre -3000 et -1000).
Au cours du IIIème millénaire, lorsque les pasteurs du Sahara émigrèrent pour la première fois vers le sud, ils ne firent pas que rencontrer des « chasseurs à microlithes », ils abandonnèrent une région dans laquelle ils disposaient de silex en abondance pour une autre riche en quartz, matériaux moins propices à la taille bifaciale. Ntereso, au Ghana, daté du IIème millénaire av.J-C, est le seul site ayant conservé cette technique de taille.Cette migration n’a guère exercé d’influence visible sur le type physique, les deux groupes de population étant de type négroïde.
Ce qui s’avère le plus important, c’est la domestication sur place de graminées sauvages, d’où la culture des millets africains (millet de Guinée, première moitié du second millénaire ...)

- L’avénement du métal
Pourquoi l’Afrique occidentale n’a pas connu l’âge de bronze ? Pourquoi ne fut-elle pas davantage influencée par l’ancienne civilisation égyptienne ?
Les raisons résident en partie dans le fait que le IIIème millénaire a vu la désertification du Sahara, qui cesse dès lors de jouer le rôle de zone de contact indirecte entre l’Egypte et l’Afrique occidentale.

-Les débuts de l’âge de fer (-400 à +700)
L’Afrique occidentale a appris du monde extérieur les techniques de métallurgie du fer. Il ne s’agit pas seulement d’une importation d’objets finis, mais d’une connaissance de la transformation du métal. Dans le Nigeria central, à Taruga, on a étudié un certain nombre de sites de fonderie de fer; le Carbone 14 indique des dates allant du Vème au IIIème siècle av.J-C. Des fouilles pratiquées dans les terres d’habitation de la vallée du Niger témoignent aussi de la présence d’une métallurgie du fer au IIème siècle av.J-C.
Définition : la fabrication d’objets en fer a commençé par l’extraction et le martelage de fer pur provenant sans doutes de météorites. L’utilisation des minerais de fer pour obtenir le métal nécessite de pouvoir atteindre des températures de l’ordre de 2000 degrés dans des fourneaux dans lesquels le minierai concassé est mélangé à des charbons de bois et la combustion accélérée par des soufflets et des systèmes de tuyères. On obtient une loupe de fer qui est martelée à chaud pour donner une barre de fer résistante. Les objets en fer sont façonnés par de nouveaux martelages de cette barre.
D’après nos connaissances actuelles, il semble que deux civilisations aient initié l’Afrique occidentale à cette métallurgie : les Guaramantes d’Afrique du Nord et le royaume de Méroé, au Soudan.
Nous citerons, comme autre exemple, le site de Taruga où de nombreuses statuettes en terre cuite, attribuées à la civilisation de Nok, ont été datées de -620. Elles sont associées à des objets de fer et des tuyaux servant à la fonderie. Les statuettes sont peut-être les plus anciennes effigies des ancêtres des tribus Yoruba actuelles.
Près de la rivière Gambie, au Sénégal et en Gambie, on a retrouvé un grand nombre de piliers dressés verticalement, isolés ou disposés en cercle. Les mégalithes les plus travaillés sont double et tendent à représenter une lyre. Les fouilles opérées aux alentours ont été éclairées par trois datations indiquant les VII et VIIIème millénaires. Il semble qu’il s’agisse d’éléments funéraires.
A la lisière nord de l’Afrique occidentale, des populations noires sont entrées en relation avec les Berbères nomades du désert qui, équipés de chameaux, transportaient vers le nord l’or de l’Afrique occidentale. A la fin du VIIIème siècle de l’ère chrétienne, la réputation du Ghana « terre de l’or » avait atteint Bagdad. Ces régions septentrionales de l’Afrique occidentale étaient alors dotées des techniques agricoles et d’une maitrise de la technologie du fer.

a) Le Mali préhistorique
Le Mali a connu vers le Vème siècle avant J-C une vie humaine et culturelle intense. Sa préhistoire, que nous découvrons seulement aujourd'hui, est antérieure à toute autre forme de civilisation au Sud du Sahara. Les traces de l'homme malien mettent en évidence de nombreux foyers de vie autochtone, une présence active et intelligente, une aube culturelle dont les outils retrouvés constituaient les premières lueurs. Le plein soleil brillera au Moyen-Age, au moment des grands empires, âge d'or de l'histoire du Mali.
Le climat particulièrement humide et la nature exubérante de l'holocène ancien et moyen furent propices à l'épanouissement de la vie humaine. Des rivières toujours en crue, des grands lacs pouvant atteindre une surface de 500 km2, des forêts- là où nous trouvons aujourd'hui des régions arides et assoifées-, avaient peuplé la vallée du Niger d'une faune et d'une flore presque équatoriales.
Toutes sortes d'animaux (tortues d'eau douce, buffles, hippopotames, girafes, crocodiles....) étaient représentés dans ce Mali verdoyant, immortalisés par les gravures rupestres que les premiers artistes du Sahara ont laissé dans l'Adrar des Iforas.

L'ancêtre négro-africain des populations sahéliennes
Dans ce contexte écologique, 4500 ans avant J-C, la vallée de l'Ouest Tilemsi, à cette époque fleuve impétueux qui drainaient les eaux du massif de l'Adrar des Iforas , vit naître l'homme d'Asselar, premier ancêtre négro-africain des populations sahéliennes.
Vers la même époque, d'autres groupes humains ont façonné habilement les premiers instruments en pierre et en os leur permettant de s'adonner à leurs activités, rudimentaires certes, mais qui préludaient déja à la pêche et à l'agriculture.
Au Mali, on a aussi parler de révolution néolithique, tant le bond en avant de la pensée et de la créativité a été rapide, depuis l'outillage taillé le plus utilitaire (couteaux, grattoirs, pointes de flèche ...) jusqu'aux instruments plus élaborés tels les haches, les meules et les broyeurs qui permirent les premiers développements de la vie rurale, et les harpons, les barbelures et les hameçons qui, comme dans le site de Hassi el-Abiod, témoignent de l'existence de villages de pêcheurs économiquement et socialement organisés.
La céramique également, cette première expression plastique du génie artistique de l'homme, a fait son apparition très tôt au Mali, environ 7000 avant notre ère, à Teghaza et à Hassi el-Abiod. Précisons que les foyers les plus anciens de la poterie en Afrique apparaissent dans le Hoggar (Sahara algérien) 8000 ans av.J-C et dans l'Aïr nigérien, ceux-ci remontant à 9300 ans.
Mais, dés le IIIème millénaire av.J-C, les conditions climatiques se sont fait plus sahariennes. La sécheresse et les vents brûlants chargés de sable ont vidé les lacs, tari les rivières et recouvert de dunes les prairies et les berges. Les hommes ont alors essayé de résister à cette désertification en se regroupant autour des points d'eau résiduels. En vain. Ils durent se replier dans le delta intérieur du Niger et dans le Tilemsi. Le mode de vie allait brusquement changer : les pêcheurs et les cultivateurs devinrent des éleveurs.
Les premiers bovins et caprins domestiqués au Mali l'ont été à Karkarichinkat, dans le bas Tilemsi, entre 4000 et 3500 av notre ère. Cette domestication vient probablement du Sahara central (Tassili, Aïr), où elle était acquise depuis le VIème millénaire. Le gisement de Kobadi, près de Nampala, nous a livré des traces d'une forte tradition de pêche et de chasse.
Enfin, des groupes migrèrent vers les dhars du Sud-Est de la Mauritanies, en bordure de l'immense cuvette de l'Aoukar, encore en eau, et furent à l'origine d'une civilisation de bâtisseurs, pasteurs et agriculteurs qui dura du début du IIème millénaire au milieu du Ier millénaire av notre ère, si brillante que l'on a parlé de dernier paradis néolithique.
Un gisement d'industrie néolithique d'un intêret certain a été découvert en 1983 par une expédition italienne dans la région de Taourdei, environ 300 Km à l'est de Gao. L'existence de très nombreuses gravures rupestres avait été signalé par Henri Lhote. Entre autres, les pasteurs préhistoriques du Sahel malien avaient reproduits sur des blocs de granit des girafes, des lions, des antilopes, des autruches, des chevaux.... Tout autour, on a trouvé des haches en pierre polie, des meules et des pointes de flèche, qui remontent sûrement au Paléolithique inférieur.
Près du même gisement, on dénombra plusieurs puits le long du lit d'une rivière asséchée. Sur un diamètre de 2 Km, on trouva également quantité d'éclats de pierre et de déchets lithiques, dont le nombre indiquait qu'ils avaient été utilisés pour la fabrication d'instruments à usage artisanal.
Le principal produit de cet "atelier préhistorique" était toutefois constitué par des colliers en grain de cornaline. La matière première était amenée d'ailleurs; la perforation de la pierre était effectuée très habilement à l'aide de poinçons et de petits disques posés dans un creux qui avait été taillé là où on avait choisi de faire le trou.
Les spécialistes de l'expédition italienne ont établi que cette partie du Sahel malien présentait le reliquat d'une activité humaine sans solution de continuité depuis le paléolithique jusqu'à l'époque dite caméline, au Ier millénaire de l'ère chrétienne. Ces récentes découvertes nous restituent un échantillon complet de l'écologie sahélienne depuis les temps de la grande faune tropicale jusqu'à la désertification actuelle.

b) Les potiers de l’Aïr (Niger)
C’est en 1978 que Jean-Pierre Rosset annonçait l’existence d’un centre saharien d’invention de la céramique datant de -10 000 ans au lieu dit Tagalagal.
En arrivant sur le lieu de sa découverte, l’archéologue trouva sur le sol des tessons de poterie, des meules intactes ou brisées, des outils de pierre de toute nature. Les datations au Carbone 14 effectuées en 1980 indiquaient un âge compris entre -10 000 et - 9000.
Souvent d’assez grande dimension pour qu’on puisse reconnaître la forne des vases, les tessons de Tagalagal présentent une variété surprenante dans le décor réalisé avec divers moyens : peigne fileté souple ou impression pivotante. Une telle maîtrise de la technique évoque une industrie déja ancienne dont les débuts pourraient remonter au commencement et non à la fin du Xème millénaire avant nos jours. L’abondance du matériel de broyage traduit l’importance des céréales sauvages dans l’alimentation.

Les plus anciens sites à céramique en Afrique et dans le monde
L’accroissement des dates au Carbone 14 relatives au Sahara et à ses marges permet de distinguer trois secteurs où des tessons de poterie ont été datés du Xème millénaire avant nos jours (entre -8000 et -7000).
Les sites archéologiques des massifs du Sahara central sont les plus nombreux et les plus significatifs. L’Aïr et ses abords ont fourni neuf dates (dont Tagalagal, Tassili-n-Ajjer ...).
Dans le Sahara oriental, plus précisément dans le quadrant sud-est du désert occidental d’Egypte, l’équipe de la « Southern Methodist University » ont exploré des sites devenus célèbres dans la préhistoire africaine de Nabta Playa, Bir Kiseiba ...tous situés au nord du 22ème parallèle (à la hauteur d’Abou Simbel). Dans ces sites datés du Xème millénaire, la céramique est très loin d’être aussi abondante et surtout aussi élaborée que dans les massifs du Sahara central. Les tessons sont rares, toujours de très petites tailles et il n’est pas question de reconstituer la forme du vase en entier.
Les poteries découvertes en Syrie sont considérés comme les plus vieilles céramiques connues à ce jour dans le monde occidental. De nos jours, on les date cependant de -6000 av-J-C (les dates de -8000 et -7000 représentent des inventions sans lendemain). A ce propos, citons Gabriel Camps « C’est en fait autour de -6000 av.J-C qu’il faudrait situer, en Syrie occidental, l’établissement défénitif de cultures munies de céramique succédant à un très long Néolithique précéramique »
L’apparition de la céramique utilitaire en Afrique précède donc de plus de 1000 ans le même phénomène au Proche Orient. Il est donc impossible de continuer à soutenir que, dans l’Ancien monde occidental, tous les éléments du Néolithique sont nés au Proche-Orient. Les plus anciennes poteries égyptiennes ont été datées de la fin du VIème millénaire av.J-C : -5200 au Fayoum; -4800 à Merimde. On ne peut plus affirmer que, dans le continent africain, tous les éléments du Néolithique sont venus de l’Egypte.
Plus encore que l’époque, le contexte dans lequel est née cette invention essentielle différentie les deux régions. Au Proche Orient, la production de nourriture (agriculture et élevage) précède la poterie. Au Sahara, la céramique apparaît dans un cadre pré-pastorale et pré-agricole.
Il reste plusieurs questions auxquelles il n’est pas possible de répondre aujourd’hui : A qui ressemblaient ces premiers potiers et d’où étaient-ils venus ? Où avaient vécu leurs ancêtres durant les soixante-dix siècles d’hyperaridité qui précède le dernier Humide Saharien ?

c) Préhistoire en Côte d’Ivoire
A deux reprises, en 1987 et 1990, une mission belge de prospection archéologique a pu effectuer une reconnaissance aprrofondie des rives du fleuve Comoë, et du territoire dans le secteur nord de la sous-préfecture de Téhini, en pays lobi.
Les sites préhistoriques et protohistoriques de la Comoë, découverts sur une distance d’environ 35Km, le long des rives de ce fleuve sub-sahélien, sont non seulement nombreux mais riche en matériel.
La préhistoire, en phase initiale, se manifeste par des galets aménagés, de taille assez modeste, qui ne sont pas sans rappeler l’Oldowayen de Tanzanie (Oldowayen : du site Olduvai au nord de la Tanzanie, où l’industrie lithique du lit inférieur est considérée comme préacheuléenne : galets grossièrement taillés, éclats de taille attribués à l’Homo habilis). Ils indiquent dans la chronologie africaine, une présence humaine très ancienne que l’absence de stratigraphie dans la région considérée ne permet pas de dater avec précision. Un outillage au faciès très frustre, fort semblable au Tshitolien d’Afrique centrale et utilisant comme lui le grès et le quartz, succède aux galets aménagés (Tshitolien : culture préhistorique tirant son nom d’une région au sud du Zaïre; elle se développe vers -15 000 av.J-C; l’industrie lithique se caractérise par une réduction des dimensions des outils qui apparait bien sur les pics et les pointes bifaces et par des microlithes triangulaires). Ces deux types d’outils sont rares et ne se trouvent que dans quelques sites proches de la Comoë alors que les très nombreux sites de la Comoë possèdent un matériel lithique très différent.
Une autre catégorie regroupe en effet, en quantités importantes, des outils dont la typologie se rapproche beaucoup de la catégorie précédente de type Tshitolien mais qu’un chercheur, G.Szumowski, intégrait dans le Néolithique soudanais. Après analyse de cet outillage, nous opterions plûtot pour une culture lithique qui aurait précédé les outils à tranchant poli du Néolithique de cette aire culturelle. Le fait d’avoir utilisé, pour la confection de cet outillage, un schiste verdâtre légèrement quartzeux ne facilite guère son étude. Il faut noter qu’aucun atelier de taille n’a été retrouvé pour les outils oldowayen ou tshitolien mais que pour cette troisième catégorie d’outils, plusieurs ateliers ont pu être mis en évidence non loin du fleuve Comoë d’où les tailleurs de pierre préhistoriques extrayaient sans doute leur matière première. Un outil de cette troisième catégorie apparaissait, à environ 50cm sous le niveau actuel du sol, dans une stratigraphie naturelle mais cet indice stratigraphique reste encore insuffisant pour permettre une datation.
Le Néolithique et son outillage typique tels qu’on les observe dans la majeure partie de l’Afrique occidentale, sont ici omniprésents, étroitement mêlés aux vestiges protohistoriques, quasi contemporains, de la métallurgie du fer. Près de Comoë, on rencontre de nombreuses haches brisées avec, pour certaines, la totalité de leurs débris encore en place; le sens de la cassure ainsi que le matériau employé indiquent qu’elles étaient utilisées comme houes agricoles et non en tant que haches au sens classique du terme. Nous avions naguère constaté la même utilisation pour des outils à tranchant poli à l’ouest de l’Afrique centrale.
Dans la région de la Comoë, les sites du Néolithique sont difficilement dissociables des sites de la métallurgie du fer (très récente) dont plus de 200 fourneaux ont été répertoriés dans la zone prospectée. La curieuse découverte, à trois reprises et sur des sites éloignés les uns des autres, d’une « pierre à foudre », herminette néolithique en pierre, déposée en plein centre de fourneaux de fonte du fer, pourrait correspondre à des pratiques rituelles propres aux métallurgistes du fer (pierre à foudre : dans toute l’Afrique occidentale, les haches polies sont regardés comme des objets d’origine céleste; ces objets sont tombés du ciel, envoyés par Dieu pendant les orages, se confondant avec la foudre pour ébranler les arbres, tuer les hommes et les animaux : d’où leur nom de pierres à foudre. Les fétichistes soudanais les considèrent comme de bons talismans ou gris-gris alliés avec la divinité). La prospection a encore permis de découvrir des fusaïoles en terre cuite, typiques du Néolithique, sans doute liées au filage du coton que les indigènes de cette région connaissaient avant l’arrivée des Blancs. Un labret en quartz pourrait expliquer l’existence des nombreux débris de microlithes en quartz observés un peu partout.
Il se vérifie donc qu’à des époques très lointaines, le fleuve Comoë a été une voie de pénétration de populations suivant sans doute le courant général de migration nord-sud dû à la progression du désert sahélien. Le fait par ailleurs que les vestiges d’outillage lithique soient particulièrement rares dans les régions non irriguées du nord de la Côte d’Ivoire viendrait confirmer cette conclusion.

Les ruines mystérieuses du pays Lobi :
Aucun vestige préhistorique n’a pu être découvert dans l’espace prospecté en pays Lobi, à environ 30Km au nord de Téhini, à proximité immédiate du Burkina-Faso et à près de 75Km du fleuve Comoë. Dans cette région non irriguée en saison sèche, cette absence de vestiges préhistoriques viendrait confirmer les conclusion précédentes.
Par contre, quinze ruines de pierres découvertes de part et d’autre de la piste reliant les localités de Gogo et de Govitan, en pays Lobi, sont manifestement d’une époque plus résente. Elles s’apparentent aux ruines, beaucoup plus nombreuses, que l’on rencontre dans le sud-est du Burkina-Faso.
Ces vestiges, inatendus en Afrique noire où les constructions de pierre sont relativement rares, intriguent depuis longtemps les archéologues. Plusieurs archéologues connus (Delafosse, R.Mauny ...) s’intérèssent à ces ruines depuis 1902.
La quinzaine de ruines connues sont disséminées dans la savane arbustive, le plus souvent à coté de marigots taris en saison sèche. Ce sont des soubassements de murs en pierre formant des quadrilatères ou des rectangles, dont la hauteur actuelle atteint parfois 1m pour une largeur moyenne de 65cm. Les blocs de pierre naturels en latérite qui abondent sur les sites constituent le matériau le plus fréquemment utilisé; des blocs en quartz aurifère ont aussi été employés. Mais le fait le plus surprenant est que sur les treize ruines qui ont pu être étudié méthodiquement, trois ont montré, dans la composition de leurs murs, de très grosses scories provenant de la métallurgie du fer dont plusieurs fourneaux ont été repérés à proximité des ruines. Les angles arrondis ainsi que de rares traces de banco (matériau traditionnel, sorte de pisé) subsistant parfois à la base des murs, dénotent une parenté évidente avec l’habitat traditionnel contemporain bien que ce dernier n’utilise pas de pierres pour la construction des soubassements.
A l’intérieur des ruines, le niveau du sol est nettement plus élevé qu’à l’extérieur, ce qui est dû à l’effondrement des toits en terrasses que supportaient les murs. Les bouquets d’arbres, souvent anciens, qui ont poussé à l’intérieur des ruines, prouvent qu’il y a eu une occupation humaine dont les résidus, en ces sols quasiment stériles, n’ont pas manqué d’être réutilisés par la nature. Ces « effondrements » pourraient constituer une couche archéologique d’un grand intêret (étude des pollens, de la céramique...). Une datation par dendrochronologie des plus vieux arbres serait également intéressante.
Il apparaît que les treize sites étudiés sont relativement récents et ne semblent pas avoir remplaçé, comme on le constate le long du fleuve Comoë, des sites plus anciens. Aucune trace d’outillage lithique, même d’époque néolithique, n’a pu être décelée. Etant donné le caractère ingrat des lieux (sol stérile, bêtes sauvages créant une insécurité permanente que dénonçaient encore à une date récente les traditions orales) la région ne fut certainement occupée par l’homme que parce qu’elle offrait du quartz aurifère recherché par des populations déja bien formées, semble-t’il, aux techniques de la prospection minière et du travail des métaux. La découverte, sur au moins trois des treize sites, de vestiges évidents d’un travail du fer incite également à évoquer des populations de métallurgistes, les débris de quartz aurifère attestant quant à eux la présence de chercheurs d’or. L’hypothèse émise par H.Labouret qui attribuait ces sites aux populations Koulango, établies plus au sud aujourd’hui, semble se préciser. Une découverte, faite il y a quelques années, de bronze coulés à la cire perdue dans la région toute proche de Doropo pourrait indiquer une présence ancienne des Koulango dans la région. Un de ces bronzes représente en effet un groupe familial, identique à ceux utilisés rituellement jusqu’à une date récente par les Koulango pour célébrer la fécondité, à l’occasion d’une fête des moissons annuelle. Ce groupe découvert à Doropo est d’un archaïsme évident tandis que sa réplique plus au sud dans la région occupée maintenant par les Koulango témoigne, par sa facture conventionnelle et stéréotypée, d’un art décadent. Les preuves définitives de cette première occupation Koulango restent à apporter.

d) Brillantes cultures du Sénégal
En l’absence de sources écrites antérieures au IXème siècle ap.J-C, l’archéologie est la seule à pouvoir éclairer l’âge d’or sénégalais. Des milliers de cercles mégalithiques et tumulus abritant de vrais trésors demeurent les seuls témoins de l’aventure technique et spirituelle vécue dès l’âge de fer, par une grande civilisation africaine.
Situé à l’ouest du continent africain, le Sénégal se trouve tout entier dans le domaine climatique soudano-sahélien à l’exception de sa marge sud-ouest qui bénéficie d’un climat d’affinités guinéennes. Zone de contacts et véritable creusets de civilisations, il a mis en relation les peuples de la forêt et de la savane, ceux du Sahel et les nomades du grand désert saharien, par le biais des routes caravanières venues du bassin de la Méditerranée.
Les groupements humains de l’âge du fer ont laissé des vestiges variés qui témoignent d’une aventure technique et spirituelle au cours de laquelle les populations ont fait preuve d’une remarquable maîtrise des techniques métallurgiques et d’une intense vie spirituelle. Celles-ci sont également à l’origine d’un commerce à longue distance à travers la bande sahélienne et le désert du Sahara. C’est de tout cela que rendent compte les anciens villages du Fouta, les ateliers de métallurgistes et les imposants monuments funéraires que sont les tumulus de terre, les sépultures mégalithiques et les tumulus coquilliers. La recherche archéologique et l’exploitation des sources orales permettent aujourd’hui de comprendre des aspects jusque-là méconnus de ces cultures qui méritent largement d’être classées au nombre des grandes civilisations archéologiques du continent.
Si ailleurs dans le monde, la classification courante des civilisations humaines en deux grandes périodes (Préhistoire et Protohistoire) offre souvent un cadre commode de référence, on est très vite conduit à en relativiser l’efficacité dès qu’on est confronté au contexte ouest africain où archéologie protohistorique et Histoire ont le même objet. Cette ambiguité, loin de constituer un obstacle, est en réalité une chance extraordinaire pour la restitution d’une histoire qui manque cruellement de sources écrites avant le IXème siècle ap.J-C.

Architecture funéraire de pierre et de terre :
- La zone des mégalithes occupe le centre-ouest du Sénégal et une partie de la Gambie. Elle a la forme d’une ellipse dont le grand axe d’environ 350Km relie les villes de Kaolack et Goudiri. Sa superficie est de près de 38 000Km2; sa cartographie fait état de 1987 sites comprenant 817 cercles mégalithiques. L’architecture des monuments permet de les classer en quatre catégories : le cercle mégalithique, le cercle pierrier, le tumulus mégalithique et le tumulus pierrier.
Les monuments les plus spectaculaires sont les cercles mégalithiques qui sont des eneintes faites de blocs cylindriques de latérite taillés dans la cuirasse qui affleure par endroits. Leur poids varie de quelques centaines de kilogrammes à plusieurs tonnes suivant la taille du monolithe. Le site le plus remarquable de l’aire mégalithique est incontestablement celui de Sine Ngayen qui comporte 51 cercles et tumulus lesquels sont flanqués à l’est d’une arête frontale constituée d’un ou plusieurs monolithes.
Les fouilles ont révélé que ces monuments ont tous une fonction funéraire avec très souvent des inhumations multiples qui suggèrent l’existence de sépultures principales accompagnées de sacrifices. Les individus étaient entourés d’un mobilier divers : armes, parures, céramique. Des pratiques rituelles ont été observées sur plusieurs objets; les pointes de lance étaient recourbées et les fonds des poteries perçés.
L’édification des monuments couvre une période assez vaste allant du IIème siècle avant J-C au début du XVIème siècle. L’origine puis la disparition de la pratique mégalithique au Sénégal restent énigmatiques. Les sources orales assimilent les monolithes à des pierres levées symbolisant des mariées pétrifiées après la violation d’un interdit.
- Les tumulus de terre sont relativement courants au Sénégal. Il s’agit d’une pratique funéraire dont le témoignage écrit le plus ancien est celui rapporté par El Bakri (XIème siècle) à propos des funérailles du roi du Ghana. L’auteur rapporte : « A la mort du roi, ils dressent un immense dôme en bois au dessus de sa sépulture. On y apporte le corps que l’on place sur un brancard garni de quelques tapis et coussins. Ils posent près du mort ses parures, ses armes et ses objets personnels pour manger et boire accompagnés de mets et de boissons. On enferme avec lui plusieurs de ses cuisiniers et fabricants de boissons. Une fois la porte fermée, on dispose sur l’édifice des nattes et des toiles. Toute la foule assemblée recouvre de terre le tombeau, qui devient peu à peu comme un tumulus impressionnant ».
La zone d’implantation des tumulus se situe dans le quart nord et le centre-ouest du pays. On a reconnu plus de 8000 monuments répartis en 1896 sites. Les fouilles dans cet ensemble ont été effectuées par J.Joire et G.Duchemin : elles ont porté sur 21 monuments près de Rao dans la région de Saint-Louis. Elles ont confirmé la fonction funéraire des monuments dont certains contenaient un important mobilier. C’est le cas par exemple du tumulus « P » de Rao dans lequel a été découvert un pectoral. Il s’agit d’une impressionnante pièce en or, joyau des collections archéologiques du Sénégal. La richesse de certains mobiliers ainsi que la majesté des tumulus qui les abritent confirment les indications données par les sources traditionnelles qui les attribuent à des personnages importants, sans doute de rang princier.
La position chronologique des tumulus de terre est encore assez mal connue; la série ne comporte que deux dates pour le secteur de Rao dont l’âge se situe entre le VIIIème et le XIIIème siècle ap.J-C. Certaines données ethnographiques montrent que chez les Sereer, on édifie encore des tumulus appelés Lomb, toutefois moins massifs que les monuments anciens.

Amas et tumulus coquilliers :
La zone des amas coquilliers occupe le littoral atlantique sénégalais. Il s’agit d’accumulations artificielles de coquillages marins sur lesquels ont été édifiés des monuments funéraires. Certains travaux ont fourni des dates cohérentes allant du IVème au XVIème siècle pour l’édification des amas et tumulus coquilliers du delta du Saloum. Durant cette période, l’exploitation intensive des mollusques marins dont les coquillages étaient déposés sur place a abouti à de véritables îles artificielles dont certaines culminent à plus de 10m au-dessus du niveau de la mer.
L’érection des tumulus, beaucoup plus tardive, débute seulement au VIIIème siècle pour se poursuivre jusqu’au XVIème siècle. Ces tumulus coquilliers renfermaient un important matériel céramique, métallique et osseux qui révèle de traditions culturelles différentes, ainsi qu’un grand nombre d’inhumations. D’après certaines estimations, on pourrait évaluer à 18 000 le nombre d’individus inhumés dans les 903 tumulus inventoriés dans le delta du Saloum.
Dans le delta du fleuve Casamance, la fouille de huit amas coquilliers à Niamun et Samatit atteste une occupation humaine du IIème siècle av.J-C au XVIIIème siècle après J-C. La phase I de cette occupation chronologie représente la fin du Néolithique. La phase II qui débute au IIème siècle ap.J-C est liée à l’apparition de la métallurgie

Les anciens villages de la vallée du fleuve Sénégal :
La zone dite des anciens villages s’étend de Dagana jusqu’à près de 200Km au sud de Bakel, dans un vaste espace compris entre le réseau hydrographique fossile du Ferlo au sud et la vallée du fleuve Sénégal au nord. Elle se prolonge sur la rive droite tout au long de la moyenne vallée en territoire mauritanien. Près de 400 sites sont aujourd’hui signalés. Dans la plaine d’inondation, les populations ont développé une stratégie d’occupation de l’espace afin de se mettre à l’abri des crues annuelles du fleuve. Les levées situées à partir de 9m au-dessus du niveau de la mer ont ainsi constitué les zones de prédilection des premiers occupants de l’île à morphil - bande de terre de 17 000Km2 prise entre deux bras du fleuve - où le grand site de Cuballel (Tioubalel) a été occupé sans interruption durant l’ensemble du Ier millénaire ap.J-C. L’étude  de ce site - objet d’un imposant sondage de 60m2 et profond d’environ 6m - a abouti à l’élaboration d’une chronologie céramique cohérente en quatre phases cimentée par près de vingt dates Carbone 14, constituant aujourd’hui la véritable colonne vertébrale de la chronologie de l’âge du Fer au Sénégal.
Durant tout le premier millénaire, les populations de l’île à morphil ont vécu dans une relative autarcie à l’écart des grandes routes commerciales qui mettaient déja en relation de vastes espaces dans la zone soudano-sahélienne. Celles-ci développent cependant une importante industrie métallurgique et une belle production céramique et pratiquent la pêche, la chasse et l’agriculture. Ce n’est que vers la fin du Ier millénaire et surtout entre le IXème et le XIIème siècle que toute la région va s’ouvrir aux grandes routes commerciales avec notamment l’arrivée du cuivre qui devient un produit courant au côté du fer, massivement présent depuis le début de l’occupation humaine dans l’île à morphil. Cette phase est surtout bien représentée sur les sites du Jeeri avec le sepectaculaire site de Sincu-Bara (Sintiu Bara) qui a livré un important matériel cuivreux dont une mitre, des clochettes et plusieurs harnachements de chevaux qui témoignent de l’existence d’une cavalerie de luxe et sans doute d’une vie princière pleine de faste.
Au regard de la diversité et de la qualité des informations qu’elle livre, l’archéologie se présente comme l’une des sources les plus fécondes de l’histoire du Sénégal.
 

G) La Vallée du Nil

La première culture est celle de l’Oldowayen caractérisée par des galets aménagés.

- Le Old Stone Age
Dans la vallée du Nil, les témoignages de cette civilisation se manifestent sans interruption apparente du Soudan à l’Egypte.
L’Acheuléen inférieur, dont témoignent des bifaces tranchants sinueux, parfois grossiers, s’accompagne de galets aménagés, à Atbara, à Wawa et à Nuri. L’Acheuléen  moyen et supérieur, étudié surtout au nord, se distingue par le perfectionnement de la finition et l’apparition d’industries de technique pré-Levallois. On trouve de rares hachereaux, bifaces à biseau distal, au Soudan.
En Nubie égyptienne, l’Acheuléen fut retrouvé sur les anciennes terrasses du fleuve. En Egypte, les gisements stratifiés de l’Abbassieh (près du Caire), ceux qui ont été récemment étudiés à Thèbes et les anciennes terrasses du Nil révèlent dans des étages successifs, des industries acheuléennes. Partout en Egypte et en Nubie, on suit le progrès technologique, et sans doute culturel, menant de la taille bifaciale au débitage Levallois.

- Le Middle Stone Age
Des conditions de vie nouvelles motivent à ce moment la généralisation de l’usage d’outils sur éclats; ceux-ci se substituent aux bifaces qui se raréfient rapidement, puis disparaissent. Elaborés souvent à partir de la technique pré-Levallois, ils ont un talon à facettes et proviennent de nucléus préparés produisant des éclats à forme prédéterminés.
En Afrique, ce procédé se maintient dans certaines régions jusqu’au néolithique. Peu étudiée au sud du Soudan, l’industrie moustérienne à débitage Levallois existerait à Tangasi et, sous une forme plus évoluée, à Abou Tabari et à Nuri. En revanche, des recherches récentes éffectuées au nord établissent trois ensembles distincts : le Moustérien nubien, parfois associé à des outils du Paléolithique supérieur (-45 000 à -33 000); le Moustérien denticulé et le Sangoen-lupembien.
En Nubie soudanaise, le Khormusien se distingue de ce Moustérien septentrional par des éclats Levallois retouchés, des denticulés et plus rarement des burins. Il est daté de -25 000 à -16 000.
L’Atérien, industrie typique du Maghreb et du Sahara méridional, se signale par des éclats se terminant à la base par un pédoncule prononcé et par l’usage de la taille foliacée. Débutant sans doute avec le Moustérien, il durera dans certaines contrées, occasionellement jusqu’au néolithique. En Nubie égyptienne, il est associé à une faune très riche : rhinocéros, grands bovidés, antilopes, gazelles ....
A propos de l’homme responsable de ces industries, il faut noter la découverte à Silsileh, en 1962, de deux fragments de calottes crâniennes : aucune identification n’a encore été éffectuée.
 

- Le Late Stone Age
Au Soudan, le Late Stone Age a été étudié dans les régions septentrionales; il rassemble deux industries : le Gemaien, près de Halfa (-15 000 et -13 000) et le Sébilien (-13 000 et -9600).
En Nubie égyptienne, deux industries ont été identifiées : l’Amadien et le Sébilien.
En Egypte, on distingue trois faciès appartenenant au Late Stone Age : le Ghizéen, identifié près du Caire; le Hawarien, s’étendant d’Esna à la pointe du delta et le Kharguien, dans l’oasis de Kharga.
La technique de Levallois prédomine dans l’ensemble de ces faciès. Ils se différencient par les proportions variables de grattoirs, burins, lames et outils denticulés. Seul le Hawarien est de tendance microlithique, annonçant la période suivante : l’Epipaléolithique.

- L’Epipaléolithique
Dans la vallée du Nil, cette période se différencie en général de la précédente par le remplacement des techniques de débitage d’éclats, par celles de lames et lamelles microlithiques à talon facetté. On constate cependant des persistances, des résurgences ou des chevauchements entre faciès différents.
Les recherches effectuées au nord du Soudan et au sud de la Nubie égyptienne ont exhumé un complexe de 13 industries, qui représentent sans doute le faciès d’une même culture. Citons quelques-unes de ces industries :
Le Halfien, où est utilisé un nouveau type de retouches très fines (vers -18 000 à -15 000); le Qadien, où des sépultures intérieures aux habitants ont révélé des fragments de crânes proches de l’espèce cro-magnoïdes (vers -12 000 à -5000); le Silsilien, comportant des restes humains cro-magnoïdes (vers -13 000); le Sébilien, conservant la technique Levallois (vers -11 000); le Natoufien, industrie originaire de Palestine, aurait opéré des intrusions succesives en territoire égyptien.

- Néolithique et Prédynastique: période couvrant deux millénaires, de -5000 à -3000
De nomade ou semi-nomade, l’homme de la vallée du Nil annonce les principaux éléments de notre civilisation moderne : l’habitat fixe, l’usage de la poterie, la domestication et l’élevage, l’agriculture et la multiplicité d’un outillage qui sert à satisfaire des besoins grandissants.
a. Au Soudan, quatre complexes culturels s’individualisent :
- le Khartoumien : c’est peut-être la plus ancienne culture de cette période au Soudan. Il est repéré dans plus d’une douzaine de localités. Les renseignements fournis par les fouilles de Khartoum offrent la preuve d’un habitat fixe par l’usage de huttes en clayonnage, l’utilisation massive de poterie à décor incisé de lignes ondulées ou imprimé de points, et l’emploi de meules. L’outillage lithique abonde : en quartz, microlithique et géométrique. Les harpons en os suggèrent la pratique de la pêche. Les objets de parure comprennent des perles discoïdes en oeuf d’autruche; l’ocre rouge ou jaune est utilisé pour la peinture corporelle. Les morts sont enterrés dans les maisons, couchés sur le coté; ils sont de type négroïde. Ils ont subi de leur vivant une mutilation dentaire rituelle, que les Capsiens, les Ibéromaurusiens du Maghreb et les Néolithiques du Kenya pratiquaient également. La faune qui leur est associé comprend le buffle, le crocodile, l’antilope, le chat sauvage, l’hipoppotame, et une quantité énorme de poissons (vers - 4000).

- le Shaheinabien apparait dans des sites dispersés au sud de la 6ème cataracte (cataracte: ensemble de rapides coupant le cours du Nil; il en existe six entre Assouan et Khartoum). Il dérive sans doute du Khartoumien mais s’en différencie par l’usage d’une poterie engobée rouge, de gouges planes et de haches polies en os. L’équipement lithique s’enrichit de microlithes et de têtes de massues planes ou convexes. Les harpons en os persistent, cependant qu’apparaissent le hameçon en acre et les perles en amazonite. Buffles, antilopes, girafes étaient chassés, et la chèvre naine domestiquée. Le Shaheinabien témoigne de points communs avec le nord de l’Egypte, le Fayoumien par exemple. Le site de Kadero, autre exemple de cette culture, a fourni des sépultures relativement récentes (vers -3500, -3000).

Signalons l’existence du Négadien II près d’Abou Simbel. A partir de la Ière dynastie, les contacts entre la Nubie et l’Egypte se ralentissent. Les faciès nubien évoluent sur place, jusqu’au Nouvel Empire et seront appelés successivement groupe A, groupe B et groupe C nubiens.

b. Le groupe culturel du Sud (Haute-Egypte)
Le groupe culturel du Sud se manifeste dès le début comme une civilisation avancée.
- Le Tasien : existe en Moyenne-Egypte, à Taza, Badari et Matmar. La poterie tasienne est de couleur brune, plus rarement rouge et à bords noirs. Les formes des vases rappellent le calice. L’équipement lithique comprend des haches polis, des grattoirs et des couteaux. On trouve des anneaux, des bracelets en ivoire et des coquilles marines. Les usages funéraires révèlent des tombes ovales ou rectangulaires pourvues à l’occasion d’une niche latérale abritant le corps couché sur le coté, membres repliés, tête au sud et le visage tourné vers l’ouest.
- Le Badarien : localisé surtout en Moyenne-Egypte, se retrouve à Badari, Matmar et Hemamiéh. La poterie badarienne, de très belle facture, est de couleurs variées : rouge, brune, grise et rouge à bord noir. Une vaisselle de pierre polie complète ce mobilier. De haute valeur artistique sont les cuillerons, les peignes, les anneaux de bras, les hameçons et les figurines en os et en ivoire (ces dernières ont peut-être une fonction rituelle). La parure comporte des perles de quartz dans du cuivre fondu, des coquillages et des palettes à fards en schiste. Le blé, l’orge et le lin sont cultivés, le boeuf et le mouton sont domestiqués, la chasse à la gazelle, à l’autruche et à la tortue pratiquée. Les demeures, sans doute de simples huttes légères, ont disparu. Les traditions funéraires sont les mêmes qu’au Tasien; les fosses ovales et circulaires sont cependant plus fréquentes. Des sites badariens se rencontrent également le long de la vallée du Nil, dans le désert oriental et en Nubie.
- Le Nagadien I ou Prédynastique ancien Amratien (vers - 4000 à -3500) : repéré en Moyenne-Egypte, en Nubie et au désert oriental, est plus récent que le Badarien. La poterie nagadienne n’est plus à décor incisé, mais peint en blanc sur fond rouge et composé de sujets linéaires et naturalistes. Les vases de pierre, tubulaires, souvent en basalte, à anses perforés, se terminent fréquemment par un pied cônique. L’outillage en pierre, de taille bifaciale, comprend des flèches, des couteaux de divers types, des haches polies et des têtes de massues discoïdes ou côniques.  Les palettes à fards en schiste, les objets d’os ou d’ivoire représentent des sujets humains et animaux (on leur suppose une fonction rituelle et magique). Seul le site de Mahasna a fourni des maisons, abris légers en pallissades.
L’usage accru du cuivre caractérise cette première période nagadienne.
- Le Nagadien II ou Prédynastique moyen Gerzéen (vers -3500 à -3100) : il est repérable depuis l’entrée du Fayoum à Gerzeh, jusqu’en Nubie égyptienne méridionale, ainsi qu’à Hemamieh et Mostagedda. La poterie à décor blanc est remplacée par une poterie rose à décor brun, aux sujets codifiés et emblématiques : spirales, barques, végétaux, personnages aux bras levés ... Typiques sont les aussi les vases à anses ondulées, qui deviendront tubulaires ensuite, et perdront leurs anses à l’époque protohistorique. L’outillage lithique comprend, entre autres, des couteaux en forme de V ou à tranchants concavo-convexes. Les manches se recouvrent à l’occasion de feuilles d’or ou d’ivoire. L’industrie du cuivre plus développée produit des pointes, des épingles, des haches. Les figurines d’os ou d’ivoire se schématisent, elles aussi, à outrance. Les habitations sont rondes, en argile et légérement enterrés; un abri les recouvre. Les pratiques funéraires se perfectionnent : le mort est entourré d’un coffre de bois, de limon ou de briques, et accompagné d’offrandes placées dans des fosses latérales.

c. Le groupe culturel du Nord (Basse-Egypte)
Le groupe culturel du Nord se différencie sensiblement de celui du Sud par l’extension des agglomérations, la poterie monochrome et l’usage, à certaines époques, d’inhumations intérieures aux maisons.

a. Le Fayoumien B appartiendrait au Paléolithique final, ou à un Néolithique précéramique. Il comprend à la fois des lamelles simples et microlithes et un ensemble de pointes de  flèches et de gouges suggérant des contacts avec le Sahara (vers -6500 à -5190).
b. Le Fayoumien A possède une céramique de  facture grossière, de formes variées dont on peut retenir les vases à pied ou garnis de mamelons rappelant le Badarien. L’industrie est de tradition néolithique. On retrouve une industrie osseuse diversifiée et des palettes à fards. Aucun habitat construit n’a été retrouvé, mais des silos se sont conservés, faits de corbeilles enfoncées en terre. Les habitants consommaient du porc, de la chèvre, du boeuf, de l’hippopotame et de la tortue. Aucune sépulture n’a été mise à jour.
c. Le Mérimdien (-4180 à -3580) provient d’une seule agglomération de plus de deux hectares à l’ouest du delta. La poterie est décorée de motifs incisés, en relief, figurant souvent des feuilles de palmier. L’outillage de pierre et d’os se rapprochent de celui du Fayoum. La parure est aussi diversifiée qu’aux époques précédentes : bijoux, palettes à fards en schiste ou en granit, matériuax importés du Sud de l’Egypte. Les formes de l’habitat varient, de huttes légères et ovales à des constructions plus résistantes. Les morts étaient inhumés dans des fosses ovales, sans mobilier, parmi les habitations. Le chien, la chèvre, le mouton étaient domestiqués. On chassait toujours l’hippopotame tout en pratiquant la pêche.
d. L’Omarien A a été mis à jour près d’Hélouan. Il s’agit d’une agglomération située sur une falaise abrupte, exemple unique en Egypte. La céramique, d’une belle qualité, est monochrome et de formes très diversifiées. L’industrie du silex est de taille bifaciale. L’outillage lamellaire apporte des caractères nouveaux : les couteaux à dos arqué, rabattu vers la pointe en sont les meilleurs exemples. L’industrie de l’os est de belle qualité. Les objets de parure, plus nombreux, comportent des coquilles et des gastéropodes de la Mer Rouge, des perles taillées dans les coquilles d’oeuf d’autruche, l’os, la pierre et les vertèbres de poisson. La faune comporte des bovidés et des chèvres domestiqués, et un certain nombre d’autres animaux chassés ou pêchés. On y cultivait le blé, l’orge, le lin auxquels vient s’ajouter des plantes sauvages. Les habitations sont de deux types : les unes ovoïdes, au toit soutenu par des piquets; les autres rondes, partiellement creusés dans le sol. Les morts, inhumés dans le village même, sont disposés selon une orientation constante, dans un vase, la tête au sud, le visage tourné vers l’ouest.
e. L’Omarien B serait contemporain du début du Nagadien I méridional. Il fut identifié à l’est du site précédent et en diffère par les pratiques funéraires et l’industrie de pierre, de dimensions plus réduites. Ainsi, le cimetière, nettement distinct de l’agglomération, comprenait des sépultures recouvertes d’un tertre de pierre.
f. Le Méadien a été révélé par des fouilles encore incomplètes dans une seule agglomération proche de deux nécropoles à Méadi, près du Caire, et dans une troisième nécropole découverte à Héliopolis (banlieue sud du Caire). La céramique méadienne est monochrome et moins fine que celle d’Omari. Les modèles les plus fréquents sont des vases ovoïdes et allongés à rebord prononcé, les plus typiques sont des vases dont la base est formée d’un bourrelet circulaire, rappelant les vases de basalte. On trouve des vases à décor brun et des vases tubulaires qui suggèrent des importations en provenance du Sud (plus précisèment de la période du Nagadien I). On note la pauvreté des objets de parure.
La culture méadienne nous fournit, pour la première fois dans les civilisations prédynastiques du nord de l’Egypte, l’utilisation massive du cuivre. On peut attribuer ce fait nouveau des Méadiens aux gisements miniers du Sinaï. Les ressources animales et végétales rassemblent des espèces domestiquées identiques aux époques précédentes.
Dans l’agglomération de Méadi, on a trouvé un grand nombre de piquets enfoncés dans le sol, qui ont permis de définir deux types d’habitations légères : ovale et rectangulaire, ce dernier étant construit en briques sèches. Un troisième type, souterrain, avait pour accès des marches. Les cimetières, séparés des villages, contenaient des tombes rondes ou ovales, préservant des corps repliés sur le coté, tête au sud et façe vers l’ouest. On enterrait, également dans ces cimetières, des animaux, sans doute sacrés, tels les gazelles ou les chiens.
Cette culture semble être une période de transition annonçant le Prédynastique et le début de l’époque historique. L’avénement de l’époque historique, avec l’introduction de l’écriture, l’unification de l’Egypte sous un seul roi et le développement de l’usage du métal, n’a pas pour autant modifié certains aspects du mode de vie des anciens habitants de la vallée. Cela concerne, notamment, la persistance de l’usage du silex taillé.
 

UN CAS PARTICULIER : LES BRILANTES CULTURES DU SENEGAL

EN L'ABSENCE DE SOURCES ÉCRITES ANTÉRIEURES AU IXe SIÈCLE APRÈS J.-C., L'ARCHÉOLOGIE EST LA SEULE APOUVOIR ÉCLAIRER L'ÂGE D'OR SÉNÉGALAIS. DES MILLIERS DE CERCLES MÉGALITHIQUES ET TUMULUS ABRITANT DE VRAIS TRÉSORS DEMEURENT LES SEULS TÉMOINS DE L'AVENTURE TECHNIQUE ET SPIRITUELLE VÉCUE DÈS L'ÂGE DU FER, PAR UNE GRANDE CIVILISATION AFRICAINE.

PAR HAMADY BOCOUM.

Situé à l'ouest du continent africain, le Sénégal se trouve tout entier dans le domaine
climatique soudano-sahélien à l'exception de sa marge sud-ouest qui bénéficie d'un climat d'affinités guinéennes. Zone de contacts et véritable creuset de civilisations, il a mis en relation les peuples de la forêt et de la savane, ceux du Sahel et les nomades du grand désert saharien, par le biais des routes caravanières venues du bassin de la Méditerranée.

UNE HISTOIRE SANS ECRITURE

Les groupements humains de l'âge du Fer ont laissé des vestiges variés qui témoignent d'une aventure technique et spirituelle au cours de laquelle les populations ont fait preuve d'une remarquable maîtrise des techniques métallurgiques et d'une intense vie spirituelle. Celles-ci sont également à l'origine d'un commerce à longue distance à travers la bande sahélienne et le désert du Sahara. C'est de tout cela que rendent compte les anciens villages du Fouta, les ateliers de métallurgistes et les imposants monuments funéraires que sont les tumulus de terre, les sépultures mégalithiques et les tumulus coquilliers.
La recherche archéologique et l'exploitation des sources orales permettent auiourd'hui de comprendre des aspects jusque là méconnus de ces cultures qui méritent largement d'être classées au nombre des grandes civilisations archéologiques du continent.
 Si ailleurs dans le monde, la classification courante des civilisations humaines en deux grandes périodes (Préhistoire et Protohistoire) offre souvent un cadre commode de référence, on est très vite conduit à en
relativiser l'efficacité dès qu'on est confronté au contexte ouest africain où Archéologie protohistorique et Histoire ont le même objet. Cette ambiguité, loin de constituer un obstacle, est en réalité une chance extraordinaire pour la restitution d'une histoire qui manque cruellement de sources écrites avant le IXème siècle après J.-C.
C'est là une donnée qu'il convient de bien spécifier pour comprendre les civilisations africaines pour lesquelles les sources orales et les vestiges des cultures matérielles sont à bien des égards les seuls repères fiables, la présence ou non de l'écriture n'ayant aucune pertinence pour cette Afrique-là. Comme partout dans le monde, ce sont les structures monumentales qui, les premières, ont focalisé l'intérèt des premiers chercheurs et fait l'objet des travaux les plus importants jusqu'à une période récente. Ces ensembles funéraires se répartissent en trois aires relativement homogènes composés de milliers de monuments, dont la reconnaissance a été effectuée par V. Martin et Ch. Becker (1977).

ARCHITECTURE FUNÉRAIRE DE PIERRE ET DE TERRE

La zone des mégalithes occupe le centre-ouest du Sénégal et une partie de la Gambie. Elle a la forme d'une ellipse dont le grand axe d'environ 350 km relie les villes de Kaolack et Goudiri. Sa superficie est de près de 38 000 km2. Sa cartographie fait état de 1987 sites comprenant 817 cercles mégalithiques. Une architecture des monuments permet de les classer par commodité en quatre catégories
le cercle mégalithique, le cercle pierrier, le tumulus mégalithique et le tumulus pierrier.
Les monuments les plus spectaculaires sont les cercles mégalithiques qui sont des enceintes faites de blocs cylin driques de latérite taillés dans la cuirasse qui affleure par endroits. Leur poids varie de quelques centaines de kilogrammes à plusieurs tonnes suivant la taille du monolithe. Le site le plus remarquable de l'aire mégalithique est incontestablement celui de Sine Ngayen qui comporte 51 cercles et tumulus lesquels sont flanqués à 'est d'une arête frontale constituée d'un ou plusieurs monolitiies.
Les fouilles ont révélé que ces monuments ont tous une fonction funéraire avec très souvent des inhumations multiples qui suggèrent l'existence de sépultures principales accompagnées de sacrifices. Les individus étaient entourés d'un mobilier divers: armes, parures et céramique. Des pratiques rituelles ont été observées sur plusieurs objets ; les pointes de lance étaient recourbées et les fonds des poteries percés.
L'édification des monuments couvre une période assez vaste allant du II siècle avant J.-C. au début du XVIème siècle. L'origine puis la disparition de la pratique mégalithique au Sénégal restent énigmatiques. Aucune filiation pertinente n'a encore été établie par la recherche archéologique. Quant aux sources orales, elles sont pour le moment bien évasives, assimilant les monolithes à des pierres levées symbolisant des mariées pétrifiées après la violation d'un interdit.
Les tumulus de terre - ou Mbanar en langue Wolof - sont relativement courants au Sénégal. Il s'agit d'une pratique funéraire dont le témoignage écrit le plus ancien est celui rapporté par El Bakri (XIème siècle) à propos des funérailles du roi de Ghana. L'auteur rapporte  "A la mort du roi, ils dressent un immense dôme en bois, au dessus de sa sépulture. On y apporte le corps que l'on place sur un brancard garni de quelques tapis et coussins. Ils posent près du mort ses parures, ses armes et ses objets personnels pour manger et boire accompagnés de mets et de boissons. On enferme avec lui plusieurs de ses cuisiniers et fabricants de boissons. Une fois la porte fermée, on dispose sur l'édifice des nattes et des toiles. Toute la foule assemblée recouvre de terre le tombeau, qui devient peu à peu comme un tumulus impressionnant"
La zone d'implantation des tumulus de terre se situe dans le quart nord et le centre-ouest du pays. V. Martin et Ch. Becker ont reconnu plus de 8 000 monuments répartis en 1896 sites. Les fouilles les plus importantes dans cet ensemble ont été effectuées par J. Joire et G. Duchemin, entre 1941 et 1942. Elles ont porté sur 21 monuments près de Rao dans la région de Saint-Louis. Elles ont confirmé la fonction funéraire des monuments dont certains contenaient un important mobilier C'est le cas par exemple du tumulus "P" de Rao dans lequel a été découvert un pectoral. Il s'agit d'une impressionnante pièce en or, joyau des collections archéologiques du Sénégal.

La richesse de certains mobiliers ainsi que la majesté des tumulus qui les abritent, et dont certains ont nécessité plusieurs milliers de journées de travail, confirment les indications données par les sources traditionnelles qui les attribuent à des personnages importants, sans doute de rang princier.
La position chronologique des tumulus de terre est encore assez mal connue ; la série ne comporte que deux dates pour le secteur de Rao dont l'âge se situe entre le VIIème et le XIIIème siècle après J.-C. Toutefois des données ethnographiques récentes
(V Martin et Ch. Becker 1982) montrent que chez les Serer on édifie encore des tumulus appelés Lomb, toutefois moins massifs que les monuments anciens.

AMAS ET TUMULUS COQUILLIERS

La zone des amas coquilliers occupe le littoral atlantique sénégalais. Il s'agit d'accumulations artificielles de coquillages marins (Arca senilis; Giyphea gasar et Donax rugosus essentiellement) sur lesquels ont été édiliés des monuments funéraires.
Les travaux de G. Thilmans et Dioron Boumak (1974) et Fabura (1974 et 1982) ont fourni des dates cohérentes allant du IVème au XVIème siècle pour l'édification des amas et tumulus coquilliers du delta du Saloum. Durant cette période, l'exploitation intensive des mollusques marins dont les coquillages étaient déposés sur place a abouti à l'émersion progressive de véritables îles artificielles dont certaines comme à Dioron Boumak culminent à plus de 10 m au-dessus du niveau de la mer.
L'érection des tumulus, beaucoup plus tardive, débute seulement au VIIIème siècle pour se poursuivre jusqu'au XVIème siècle. Ces tumulus coquilliers renfermaient un important matériel céramique, métallique et osseux qui relève de traditions culturelles différentes, ainsi qu'un grand nombre d'inhumations. D'après une estimation de G. Thilmans (1982, p. 50) on pourrait évaluer à 18000 le nombre d'individus inhumés dans les 903 tumulus inventoriés dans le delta du Saloum.
Dans le delta du fleuve Casamance, la fouille de huit amas coquilliers à Niamun et Samatit par O. Linares de Sapir (1972) atteste une occupation humaine du IIème siècle avant J.-C. au XVIIIème siècle après J.-C. La phase I de cette chronologie représente la fin du Néolithique. La phase Il qui débute au IIème siècle après J.-C. est liée à l'apparition de la métallurgie.
La  position  littorale  des  amas coquilliers a favorisé de nombreuses mentions de la part des voyageurs européens qui ont relaté la collecte, le traitement et le commerce à longue distance dont les mollusques faisaient l'objet, ainsi que l'utilisation des amas comme nécropoles.
 

LES ANCIENS VILLAGES DE LA VALLEE DU FLEUVE SENEGAL

La zone dite des anciens villages s'étend sans interruption de Dagana jusqu'à près de 200 km au sud de Bakel, dans un vaste espace compris entre le réseau hydrographique fossile du Ferlo au sud et la vallée du fleuve Sénégal au nord. Elle se prolonge sur la rive droite tout le long de la moyenne vallée en territoire mauritanien. Près de 400 sites sont aujourd'hui signalés. Dans la plaine d'inondation, les populations ont développé une stratégie d'occupation de l'espace afin de se mettre à l'abri des crues annuelles du fleuve. Les levées situées à partir de 9 m au-dessus du niveau de la mer ont ainsi constitué les zones de prédilection des premiers occupants de l'île à morphil - bande de terre de 17 000 km2 prise entre deux bras du fleuve - où le grand site de Cuballel (Tioubalel) a été occupé sans interruption durant l'ensemble du 1er millénaire après J.-C. L'étude de ce site - objet d'un important sondage de 60m2 et
profond d'environ 6 m - a abouti à l'élaboration d'une chronologie céramique cohérente en quatre phases (S.K. & R. Mclntosh, H. Bocoum, 1992) cimentée par près de vingt dates14 C, constituant aujourd'hui la véritable colonne vertébrale de la chronologie de l'âge du Fer au Sénégal.
Durant presque tout le premier millénaire, les populations de l'île à morphil ont vécu dans une relative autarcie à l'écart des grandes routes commerciales qui mettaient déjà en relation de vastes espaces dans la zone soudano-sahélienne. Celles-ci développent cependant une importante industrie métallurgique et une belle production céramique et pratiquent la pêche, la chasse et l'agriculture.
Ce n'est que vers la fin 1er millénaire et surtout entre le IXème et le XIIème siècle que toute la région va s'ouvrir aux grandes routes commerciales avec notamment l'arrivée du cuivre qui devient un produit courant au côté du fer, massivement présent depuis le début de l'occupation humaine dans l'île à morphil. Cette phase est surtout bien représentée sur les sites du Jeeri (en dehors de la plaine d'inondation) avec le spectaculaire site de SincuBara (Sintiou Bara) qui a livré un
 important matériel cuivreux dont une mitre, des clochettes et plusieurs éléments de harnachement de chevaux qui témoignent de l'existence d'une cavalerie de luxe et sans doute d'une vie princière pleine de faste.
 Au regard de la diversité et de la qualité des informations qu'elle livre, l'archéologie se présente comme l'une des sources les plus fécondes de l'histoire du Sénégal. C'est pourquoi, aller à la recherche de "l'âge d'or" de la Sénégambie c'est, avant tout, aller à la rencontre de l'archéologie qui, plus que les rares documents écrits et les sources orales, apparaît comme un énorme fonds d'archives. Mais ce fonds n'est pas indestructible. Aussi, importe-t-il d'approfondir les recherches et de veiller à la sauvegarde du patrimoine archéologique sénégalais.

Bibliographie générale :


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier