Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
BILAN ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Comment brosser un tableau fidèle de l'économie du Zaïre, pays en guerre et où les statistiques sont, de longue date, encore moins crédibles qu'ailleurs ? L'Etat zaïrois est en déliquescence, et 70%, de l'activité estime-t-on -y emprunte des circuits parallèles. Seule l'industrie minière, cruciale il est vrai, publie des chiffres à peu près vraisemblables.
Une première chose est sûre: la monnaie zaïroise a fondu en 1996, comme glace au soleil de Kinshasa. Le taux d'inflation dépasse 700 %, le dollar se négociant autour de 20000 zaïres (un zaïre, rappellent certains, valait deux billets verts en 1967). La cotation de la monnaie échappe à la Banque centrale, dévêtue de toute autorité en la matière. Chaque matin, les banques de Kinshasa ajustent leurs taux de change sur ceux que pratiquent les « marnas », reines du marché noir, sur les trottoirs d'un quartier de la ville, que chacun appelle avec humour et dérision « Wall Street ».
Autre certitude: les fantastiques richesses du sous-sol zaïrois continuent de susciter l'intérêt soutenu des compagnies minières étrangères et fournissent la quasi-totalité des ressources en devises de l'Etat. Le Zaïre est l'un des tout premiers producteurs de cobalt, dont il abrite 28%, des réserves mondiales. Il est aussi le troisième producteur mondial, après l' Australie et la Russie, de diamants industriels. Ceux-ci représentent les trois quarts des recettes budgétaires.
Ils assurent aussi une relative prospérité -cas unique au Zaïre -à la première province productrice, celle du Kasaï oriental, qui vit dans une semi autonomie tolérée par Kinshasa, au point d'avoir refusé d'adopter la nouvelle monnaie mise en circulation depuis 1992. La MIBA, principale compagnie productrice associant l'Etat (80%) et la Sibeka, une filiale de la Société générale de Belgique, est en plein essor.  Et la production de l'ensemble de la province aurait dépassé 250 millions  de dollars en 1996.

Ruinée par l'hyperinflation et par les graves troubles ethniques qui ont fait fuir, souvent d'ailleurs vers le Kasaï, les techniciens et les ingénieurs du Shaba, l'industrie du cuivre reste en piètre état. Le Zaïre ne produit plus que 50000 tonnes de métal rouge par an, soit dix fois moins qu'en 1990, et n'en exporte pratiquement plus.
Pour l'instant, la désuétude de cet outil de production et les incertitudes de la situation politique découragent les investisseurs, voire les éventuels repreneurs dans l'hypothèse d'une privatisation. Mais des groupes miniers sud africains, notamment Iscor et Gencor, souhaitent s'impliquer dans les secteurs du cuivre et du cobalt, dans cette province du Shaba de plus en plus tournée vers l' Afrique australe.
Les ressources minières donnent lieu à un pillage de l'économie qui ne cesse d'enrichir les barons du régime, ceux qu'on appelle « les nababs », et d'appauvrir encore plus les gens du peuple qui creusent et « cassent le caillou », et qui sont payés en monnaie de singe. Les trafiquants, eux, acheminent en fraude or et diamants vers Anvers. L'argent sale, provenant de la drogue ou des trafics d'armes, est ainsi recyclé au Zaïre, noyé dans les tonnes de monnaie locale qui alimentent l'hyperinflation.
Le mauvais exemple, il est vrai, vient d'en haut, et depuis longtemps. On estime, de source zaïroise, à 12 millions de dollars par mois le budget de l'intendance pour l'entretien et l'approvisionnement de toutes les résidences du président Mobutu Sese Seko dans son pays et à l'étranger. Ses factures impayées l'ont mis en délicatesse avec les autorités de certains pays où il séjourne, notamment la Suisse, la France et les Etats-Unis.
Depuis 1992, l'Union européenne a suspendu ses programmes de coopération avec le Zaïre pour protester contre la lenteur du processus de démocratisation. Mais elle reste le premier donateur, en limitant son aide aux programmes d'urgence humanitaire, à l'assistance alimentaire et aux cofinancements avec les organisations non gouvernementales. Ces fonds bénéficient directement aux couches les plus pauvres.

En entrant sans combattre dans Kinshasa, le 17 mai , les troupes de l' Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFOL) offraient le pouvoir à Laurent-Désiré Kabila, qui se proclamait aussitôt chef de l'Etat. Soutenu par les Etats-Unis, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Zambie et l'Angola, celui-ci prêtait serment le 29 mai. Devant une pléiade de chefs d'Etat de la région, dont aucun -à l'exception du Zambien Frederik Chiluba -n'avait lui-même affronté le verdict d'un scrutin démocratique au suffrage universel, Laurent-Désiré Kabila faisait le procès du mobutisme et confirmait l'interdiction de toute activité politique. Il estimait à deux ans la période de transition nécessaire pour conduire le pays, redevenu République démocratique du Congo (ROC), comme au lendemain de l'indépendance en 1960, à de prochaines élections pluralistes. Les Zaïrois -surtout les Kinois -lui avaient réservé un accueil chaleureux. Il était le libérateur, le tombeur du maréchal Mobutu Sese Seko, dictateur honni qui avait maintenu le pays sous sa coupe plus de trois décennies. Mais les Zaïrois allaient bientôt déchanter. Habitués à l'effervescence politique depuis le début des années 90, avec l'avènement du multipartisme et la catharsis de la Conférence nationale souveraine (CNS), ils ont mal supporté le gel des activités politiques, l'interdiction des manifestations et les arrestations d'opposants, incarcérés avec les dignitaires du régime déchu. La population n'a pas compris non plus pourquoi les libérateurs se comportaient comme la soldatesque de  Mobutu, réquisitionnant maisons, voitures et autres biens prétendument mal acquis. Les Kinois ont rapidement considéré qu'il s'agissait là de racket. Très critiques à l'égard du nouveau pouvoir, ils observent avec circonspection les efforts du gouvernement en matière économique.

Le bilan du mobutisme est désastreux. Le pays est dévasté. Les chiffres donnés par la Banque mondiale à l'automne 1994 et repris par les économistes de Kabila avant d'établir leurs priorités sont éloquents: le PIB équivaut à celui de 1958, alors que la population a triplé depuis lors; l'investissement public est tombé de 14% du PIB en 1958 à 1% en 1996; la majorité des entreprises publiques sont insolvables.
En juillet, les conseillers du président ont organisé un « Colloque national sur les priorités du développement » d'où a jailli le concept d' « économie sociale de marché », que le gouvernement présente simplement comme « un mode de production dans lequel le " social " est restitué au sein des préoccupations de développement ». Le nouveau gouvernement a élaboré un « programme minimum de reconstruction nationale de trois ans (1997-1999) », dont la réalisation devrait coûter plus de 18 milliards de francs. Les priorités: transports-communications, agriculture, santé, éducation, sécurité-justice, industrialisation, information et mines.
Les conseillers de M. Kabila, promoteurs de l' « économie sociale de marché », sont aussi les chantres d'un « panafricanisme progressiste », seul à même, selon leurs dires, de permettre le développement harmonieux du pays. Mais par-delà ces concepts -comme celui de 1.« industrie industrialisante » sensée sortir le Katanga et ses mines des affres de l' « industrie extractive coloniale » -, des mesures concrètes ont d'ores et déjà été prises. La fin de l'émission monétaire -y compris pour la monnaie de substitution -a contribué à juguler l'inflation, qui est passée de 395% en 1996 à 11% en 1997. Le dollar s'échange pour 115000 nouveaux zaïres. L'appréciation de la monnaie locale a amélioré le pouvoir d'achat. Les impôts ont été réajustés et les droits de douanes baissés.
Un collectif budgétaire a été défini pour les six derniers mois de 1997. Il se chiffre à 310 millions de dollars 1,8 milliard de francs -, le double de ce qui était prévu par le dernier gouvernement. La banque centrale travaille en collaboration avec le ministère des finances afin de préparer un budget pour 1998. Les arriérés persistent. Les nouvelles autorités, acceptant le principe de la continuité de l'Etat, reconnaissent la dette extérieure, estimée à plus de 80 milliards de francs, bien qu'elle n'ait « pas profité au peuple congolais ». Kinshasa considère qu'au regard des potentiels du pays, il n'est pas impossible d'apurer les arriérés. Mais pour faire redémarer l'économie, le pays a besoin de concours extérieurs et les bailleurs de fonds ne sont pas disposés à mobiliser sans contreparties. Plus généralement, les Occidentaux, échaudés par l'attitude du gouvernement au cours du second semestre, font dépendre leur aide du respect des droits de l'homme et des efforts en faveur de la démocratisation et de l'amélioration des relations du pays avec les instances internationales.

La guerre affecte de nouveau ce pays, l'un des plus riches -potentiellement -de la planète. Par une curieuse ironie de l'Histoire, le Rwanda et l'Ouganda, alliés les plus proches de Laurent-Désiré Kabila, président auto proclamé de la République du Congo (RDC, ex-Zaïre), ceux-là mêmes qui l'avaient installé au pouvoir en mai 1997, soutiennent matériellement et militairement les rebelles congolais qui ont pris les armes, le 2 août, contre le régime de Kinshasa.
Les armées ougandaise, rwandaise et -à un moindre niveau -burundaise sont engagées sur le terrain aux côtés des rebelles qui ont lancé leur mouvement depuis les provinces du sud et du nord du Kivu, dans l'est du pays, initialement pour défendre les intérêts d'une communauté congolaise d'origine tutsie, les Banyamulenges. La rébellion est entrée en action peu de temps après que Laurent-Désiré Kabila et son entourage eurent décidé de chasser les quelque trois mille conseillers rwandais qui faisaient la pluie et le beau temps à Kinshasa. D'origine tutsie -comme le régime et l'armée de Kigali -, ils étaient dans tous les rouages du pouvoir, jusqu'à la tête de l'institution militaire puisque James Kaberere, l'un des « fils spirituels » du président ougandais, Yoweri Museveni, dirigeait l'état-major.
Le « commandant James », un Tutsi ougandais d'origine rwandaise, avait salué le drapeau congolais au nom des Forces armées congolaises (FAC) lors des cérémonies marquant, en mai, le premier anniversaire de l'accession au pouvoir de Laurent Désiré Kabila. Trois mois plus tard, il dirigeait lui-même une opération militaire visant à prendre Kinshasa par l'ouest, alors que la rébellion avançait  à l'est. L'opération allait réussir lorsque l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe décidèrent d'épouser la cause de Laurent-Désiré Kabila.

 Seule l'intervention des militaires angolais empêcha Kinshasa de tomber aux mains des rebelles et de la coalition rwando-ougandaise. Le Tchad et le Soudan rejoignirent bientôt le club des amis de Laurent-Désiré Kabila et dépêchèrent quelque deux mille hommes en RDC, sur un financement libyen.
Le gouvernement avait prévu d'organiser, en mai, une conférence internationale, en marge des fêtes du premier anniversaire de l'accession au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. Seuls, trois des seize chefs d'Etat invités firent le déplacement: le zimbabwéen Robert Mugabe, le Centrafricain Ange-Félix Patassé et le vice-président sud-africain Thabo Mbeki. Le gouvernement n'eut d'autre solution que d'annuler le sommet. Thabo Mbeki rentra en Afrique du Sud, tandis que MM. Patassé et Mugabe restèrent pour les festivités. L'Ouganda, le Rwanda et le Burundi, notamment, qui reprochaient au régime de Laurent-Désiré Kabila de n'avoir pas su ou voulu mettre un terme à l'insécurité régnant à leurs frontières, avaient décidé de boycotter l'invitation, soulignant leur désaccord avec Kinshasa.
Depuis le déclenchement des hostilités, une dizaine de « sommets » ont été organisés pour essayer de trouver une solution à la crise. L'initiative la plus sérieuse, lancée lors du sommet franco-africain, fin novembre à Paris, n'a pas été suivie d'effet. Cette guerre saigne à blanc l'économie congolaise, que le gouvernement s'enorgueillissait d'avoir stabilisée. Mais les succès revendiqués en matière économique étaient prématurés: le FMI estime que l'inflation était de 176% en 1997, alors que le chiffre officiel annonçait 13,7 %. La croissance du produit intérieur était largement négative pour la même année, et les effets de la guerre ne laissent rien présager de bon pour les chiffres 1998.
Avec six mois de retard sur la date prévue, le gouvernement a lancé le 30 juin sa nouvelle monnaie, le franc congolais, dont la valeur équivalait à 100000 nouveaux zaïres. La Banque du Congo avait annoncé que cette monnaie flotterait librement. Le cours initial d'achat de la banque centrale était fixé à 1,45 franc congolais pour un dollar et à 1,38 à la vente. Mais fin juillet, le cours était déjà tombé à 1,53 franc congolais pour un dollar et la monnaie perdait progressivement jusqu'à 70%, de sa valeur, contraignant la banque centrale à annoncer le 20 octobre qu'elle cessait toute émission monétaire. Cette mesure portait ses fruits. Quatre jours plus tard, le dollar s'échangeait contre 2,5 francs congolais alors qu'il en valait encore 4 la semaine précédente.
La RDC a finalement renoncé, le 20 octobre, à instituer un monopole d'achat des matières précieuses, et notamment de l'or et du diamant, dont la création, officiellement annoncée le 18 septembre, avait perturbé le commerce des pierres, accroissant encore un peu plus les difficultés de l'économie congolaise.

La deuxième année de guerre (1999), en République démocratique du Congo (RDC), a été celle de l'atomisation. Le Rwanda et l'Ouganda, engagés dans ce conflit pour déposer Laurent-Désiré Kabila, ont vu leurs intérêts diverger et Kabila rester au pouvoir, tandis que les rébellions qu'ils soutiennent se sont fragmentées en autant de factions, tout en continuant leur découpage à la kalashnikov de la RDC, dont ils occupent près de la moitié du territoire.
Côté gouvernemental, les alliés ont également perdu leur belle ordonnance. Le Tchad et le Soudan se sont piteusement retirés; la Namibie et l'Angola ont limité autant que possible leur engagement aux côtés de Kinshasa. Le Zimbabwe est resté l'allié le plus fidèle de Laurent-Désiré Kabila, mais son chef de l'Etat et son entourage, directement impliqués dans l'exploitation de richesses minières du Katanga, maintiennent avec des difficulté croissantes 11000 hommes sur le terrain en dépit d'une opinion publique de plus en plus hostile à cette intervention.

L'éclatement de la rébellion congolaise s'est produit lors de la scission du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Pour financer la guerre, l'Ouganda et le Rwanda se sont lancés dans l'exploitation de l'or, du diamant, des bois précieux et des minerais rares des zones conquises. A Kampala et Kigali, des compagnies commercialisant les minerais s'installent. De Beers, la première société dans le monde pour l'exploitation du diamant, aurait ouvert un bureau dans la capitale rwandaise. Sur le terrain, les deux armées sont devenues concurrentes.
En août, c'est l'affrontement. Kisangani, ville partagée en secteurs d'influence, est l'objet de quatre jours de combats violents au terme desquels on relève plusieurs centaines de morts. Les Ougandais doivent avouer leur défaite et abandonner la troisième ville du pays aux Rwandais. Cette défaite est cuisante pour Kampala, qui voit son rôle de leader régional sérieusement contesté. Toutefois, l'année 1999 se termine par un gel des fronts, dont chacun sait qu'il est temporaire. Certes, l'accord de Lusaka signé par les six Etats impliqués dans le conflit, le 10 juillet, et par les trois mouvements rebelles, en août, a prévu un retrait progressif des armées et un désarmement des rebelles, mais le cessez-le-feu qui l'a précédé a été constamment violé.
Par ailleurs, si la plupart des acteurs du conflit ont montre leur lassitude, l'armée rwandaise, tout au contraire, a mis le pied en RDC en août 1998 avec la ferme intention de neutraliser complètement la rébellion hutue qui s'y trouve. Or cette guerre a constitué une véritable opportunité pour les groupes d'ex-soldats rwandais et de miliciens extrémistes hutus. Laurent Désiré Kabila a bien compris qu'en armant, en regroupant et en demandant à ses alliés d'entraîner ces hommes, il pouvait facilement constituer une armée de supplétifs de 15000 à 18000 hommes. Kigali n'est donc pas prêt à accepter une paix qui verrait ses ennemis se renforcer.

Dans le même temps, à Kinshasa, la politique économique du gouvernement s'est révélée catastrophique. Les hommes d'affaires étrangers, en vertu de nouvelles règles, ont été contraints, à partir de la mi-septembre, de déposer une caution de 500 000 dollars pour pouvoir travailler sur le territoire, tandis qu'obligation était faite d'effectuer toutes les transactions commerciales en francs congolais. Chacune de ces mesures a eu pour effet d'accentuer un peu plus la chute de ce franc congolais qui s'échange certes à 4,9 pour un dollar au taux officiel, mais en vaut, en réalité, 14,5 au marché noir. En dépit de ces difficultés, la fin de l'année 1999 a vu le retour de la RDC sur la scène internationale, essentiellement pour des raisons diplomatiques. Malgré les arriérés de dette du pays, qui se montent à 14 milliards de dollars (84 milliards de francs) contractés par les gouvernements de l'ancien président Mobutu, les bailleurs de fonds ont fait une timide manoeuvre d'approche. Une mission conjointe de la Banque mondiale et du FMI a, par exemple, laissé envisager en fin d'année la possibilité de crédits « post conflit» ou « d'urgence » qui seraient une véritable bouffée d'oxygène pour le régime.
Parallèlement à ces dissensions, le dépeçage du Congo se poursuit. A l'ouest de l'Ouganda, une partie du territoire limitrophe est même constituée en province par les autorités ougandaises, dotée par leurs soins d'une femme gouverneur et rebaptisée Kibali-lturi. Ce redécoupage en forme d'annexion n'a cependant pas porté chance à ses habitants, puisque les conflits entre bergers hamas et agriculteurs Ilendus ont fait 100 000 déplacés et plusieurs milliers de morts, c'est-à-dire plus que les combats sur les fronts congolais.

2000

L'année 2000 aura été une descente aux enfers. Une étude des taux de mortalité d'avant guerre, rapportés à ceux observés depuis le début du conflit, en août 1998, a permis à une organisation américaine, International Rescue Commit tee, de se livrer à ce constat terrible: la guerre en République démocratique du Congo (RDC) a tué 1,7 million de personnes, dont un nombre insignifiant dans les combats. Les maladies, les privations et les massacres ont été les grands fossoyeurs de ce conflit.

Le fond du gouffre semble encore loin d'être atteint, puisque l'accord de paix de Lusaka, signé pendant l'été 1999, et les nombreux cessez le-feu qui l'ont suivi n'auront été que des chiffons de papier. Pourtant, aucune des deux coalitions qui se font face et qui regroupent six pays étrangers ne semble en mesure de l'emporter. Le groupe soutenant la RDC (Angola, Namibie, Zimbabwe) cache de moins en moins son agacement devant la politique erratique du président Laurent Désiré Kabila et songe à un désengagement progressif, plutôt qu'à une intensification de son effort de guerre. Malgré d'importants achats de matériels militaires, notamment des bateaux et des avions de transport en ,provenance de l'ex-bloc soviétique, malgré une politique de recrutement intensive, Kinshasa ne semble pas en mesure de reconquérir ses territoires de l'Est.

Dans le groupe adverse (Rwanda, Ouganda et Burundi), l'année aura vu les deux principaux acteurs se livrer une nouvelle et terrible guerre fratricide en milieu d'année. La « guerre des six jours » à Kisangani, en juin, a opposé Rwandais et Ougandais. Ces combats, qui ont fait 700 victimes parmi les civils congolais, ont renforcé les doutes sur la nature des motivations de Kampala et Kigali. Cherchent-ils à pourchasser au Congo leurs propres ennemis ou veulent ils contrôler les ressources minières de la région ? Un comité d'enquête des Nations unies doit rendre dans le courant de l'année un rapport sur l'étendue de ces pillages.

Au fil des mois, l'impéritie des différents groupes rebelles congolais téléguidés par le Rwanda et l'Ouganda est apparue de plus en plus clairement, les mouvements se fragmentant en groupuscules qui n'hésitent plus à se faire la guerre mutuellement. Le fractionnement du pays est donc peu à peu remplacé par son émiettement.

Dans ce contexte, la décision du président Kabila d'installer un Parlement, l'Assemblée constituante et législative-Parlement de transition, à Lubumbashi, capitale de la province du Katanga, montre qu'il envisage de se replier dans son fief, ce qui accentuerait un peu plus l'éclatement du pays.

Les conditions d'existence des Congolais ont connu une nouvelle détérioration. Le déficit alimentaire pour le pays s'élève à 1 million de tonnes pour l'année 2000. Le Programme alimentaire mondial (PAM) juge la situation si grave qu'il s'attend à une « catastrophe humanitaire », relevant que 16 millions de Congolais -le tiers de la population -n'ont pas suffisamment à manger. L'économie est détruite par la guerre. En accordant le monopole du commerce du diamant à une firme israélienne, le gouvernement a paralysé l'économie. Depuis le mois d'août, plus aucune devise n'est entrée sur le sol congolais, puisque le secteur diamantaire apporte 70% des recettes en devises du pays.

Résultat de cette asphyxie financière, le franc congolais a connu une dévaluation accélérée. Dès le 21 janvier, il a perdu 43,75% de sa valeur, plongeant de 4,5 à 8 francs congolais pour 1 dollar américain. En octobre, le dollar s'échangeait contre 80 FC, puis contre 125 FC en fin d'année. L'inflation pourrait atteindre 200 %. Malgré les 425,6 millions de francs promis par l'Union européenne pour la réalisation de programmes de réhabilitation et de restructuration, le Congo est un pays en danger.

Source :
Bilan du Monde, 1996-2001


 


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