Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
PATRICE LUMUMBA
VIE ET MORT DE LUMUMBA

Lumumba : un franc-parleur au sang chaud; un indiscipliné politique à la solde des communistes ou un visionnaire téméraire aux accents nationalistes?
Je confronte ce que j'ai oui-dire à ce que je sais maintenant par la lecture de l'histoire.

De l'oralité à l'écrit
Depuis quelques temps, des spéculations se font de plus en plus jour et insistantes non seulement sur la nécessité de redorer la figure de Lumumba mais aussi sur une éventuelle redébaptisation de Kinshasa en l'honneur du héros national. Outre le fait que je perçois cela comme des rumeurs non fondées, je tiens à considérer une telle tentative, si elle devrait jamais se réaliser, pour un retour éhonté vers un mythe qui n'ose pas regarder l'histoire en face.
Après la chute de la dictature, il faudrait bien comprendre le rôle et la figure de Lumumba car le règne de Mobutu a occulté et altéré, à tort d'ailleurs, certains aspects de la réalité historique de notre pays. 32 ans c'est long voire très long au point où le président Clinton, un peu agacé, disait de Mobutu : "Quand j'étais étudiant il était président, quand je suis devenu gouverneur, il était toujours président et quand je suis président il est encore président". Moi je dirais au contraire, "quand Lumumba est mort, je n'étais même pas encore né !" Qu'importe si ce qui fait autorité dans la vérité est passé de l'oralité à l'écrit; de la gérontocratie ou de la génération des cheveux gris à la spécialisation et à la maîtrise scientifique du domaine; de l'arbre à palabre aux débats parlementaire et juridiques, aux forums des média etc. Toutefois l'hiatus entre générations me parait encore et toujours perceptible, c'est-à-dire entre d'une part ceux qui ont connu l'odieuse colonisation et en portent encore parfois des stigmates, ceux qui ont dansé "Indépendance Tsha Tsha", et d'autre part, la génération montante qui n'a eu de cette période qu'un regard lointain des facettes choisies et souvent bigrement maquillées pour le besoin de la cause. En scrutant l'histoire, je trouve qu'il y a deux périodes importantes dans le parcours du héros : avant l'indépendance (le héros) et après l'indépendance (l'indiscipliné).

A. Avant l'indépendance : Le héros

Lumumba est le héros national, ai-je appris à l'école primaire. Sa mort est même parfois considérée comme un martyre au même titre que celle des victimes de la répression du 4 Janvier 1959.

1- La naissance du héros et l'histoire
L'histoire veut que ce soit le passage du général De Gaule à Brazzaville en Août 1958 qui ait fait tilt dans la conscience de cet employé de Postes l'amenant à insister pour le droit des congolais d'accéder, comme les autres peuples, à l'indépendance. Le Général en effet offrait aux congolais français la possibilité de choisir le statut de leur territoire : soit en faire un Etat indépendant et souverain, soit adhérer à la France au titre de territoire d'Outre-Mer. Lumumba, alors basé à Stanleyville (Kisangani), exaspéré par des atermoiements belges sur la question, adresse deux jours après, un Mémorandum au Gouverneur Général Belge au Congo demandant l'indépendance immédiate et l'intégration des leaders africains dans le groupe d'études censé former la Police nationale. Le Postier, qui dirige le Cercle des évolués, fonde en octobre 1958, le Mouvement National Congolais (MNC), premier Parti supra-ethnique, 8 ans après la fondation d'un autre plus tribal, l'Association des Bakongo pour l'Unification, l'expansion et la défense de la langue Kikongo (ABAKO) par Edmond Nzeza-Landu. Lumumba, lui, préconise :
- de préparer les masses et l'élite à assurer les affaires publiques
- de continuer le processus de démocratisation
- d'implanter la déclaration des droits de l'homme
- de sortir du néocolonialisme par la non-violence.

De retour de Accra où il participait à la All-African People's Conference, il tient un rassemblement populaire à Léopoldville cette fois, au cours duquel il déclare que l'indépendance n'est pas un cadeau de la Belgique mais un droit mérité du peuple congolais. Le lendemain, c'est au tour de l'Abako de tenir meeting. Celui-ci sera violemment réprimé créant ainsi des tensions dans la population. Le 8 janvier Kasa-Vubu est arrêté et le 12 l'Abako dissoute. Libéré, il fait un tour en Belgique. De retour, en Mai il ressuscite l'ABAKO qui s'appelle tout simplement l'Alliance des Bakongo.
Le 29 octobre 1959 d'autres Partis nationalistes rejoignent le MNC, notamment : - le Centre du Regroupement africain, - le Parti du Peuple, - l'Union de la jeunesse et, tenez-vous bien, - l'Union nationale du Rwanda.
Mais bientôt des tensions internes secouent le Parti qui se disloque en deux ailes : le MNC-Lumumba et le MNC-Kalonji. Les partis nationalistes dont le MNC en tête décident de boycotter les élections nationales prévues en Juin 1960. Une autre vague de violence explose et Lumumba est rendu responsable. Il est arrêté le 1er Novembre 1959 mais sera relâché afin de participer à la conférence de la Table ronde à Bruxelles en janvier 1960, où sera fixé l'indépendance du Congo pour le 30 juin 1960.
Un mois avant la date de l'indépendance, en Mai 1960, lors des élections nationales, le MNC-Lumumba obtient 33 Sièges, l'ABAKO 12 . Mais lors de la formation du gouvernement, c'est plutôt Kasa-Vubu qui est élu par les deux chambres, avec 159 voix contre 43, au poste de Chef de l'Etat; Lumumba est, avec ses 33 sièges, le Premier ministre. Etait-il déçu ou désillusionné ?
Bref, je retiens de cette période que Lumumba a :
- prôné et réveillé le sentiment national. Son mouvement s'ouvrait à tous, contrairement aux autres qui s'affichaient sans ambages régional ou tribal;
- présenté l'accession à l'indépendance comme un droit dévolu à tous de jouir de la liberté et de déterminer sa destinée;
- souligné la nécessité de rompre avec un passé autrement douloureux pour se prendre en charge en tant qu'adulte.

B. Après l'indépendance : l'indiscipliné

Cela peut paraître osé aux yeux de ceux qui ont fait de lui un mythe, mais laissons parler les faits historiques.
Le jour même de l'indépendance a lieu le premier acte d'indiscipline du premier ministre, ce qu'il convient d'appeler en langage courtois l'incident diplomatique.
1. Après les discours du roi Baudouin et du président Kasa-Vubu, Lumumba surprend le protocole, prend la parole, déplie des papiers soigneusement cachés et c'est l'incendiaire speech. Il se moque tout à la fois du protocole et des règles de préséance. Indiscipline ou héroïsme ? Besoin inavoué de porter à tout prix le chapeau sans doute. Ce que tu souhaitais est là, alors pourquoi cracher l'animosité ? Pauvre Lumumba, les élections ne t'ont pas hissé au poste que tu aurais sans doute voulu occuper; la postérité essaie en vain de te l'assurer ne serait-ce que dans l'imagerie populaire alors que l'histoire te le prive à tout jamais.
2. Et quand la crise née de la Force Publique donne l'occasion à Moise Tshombe et son CONAKAT(Confédération des Associations du Katanga) de passer du simple voeu fédéraliste à une factuelle sécession - le pas était si proche pour tarder à être franchi - Lumumba identifie judicieusement les coupables : les belges. Bravo. Mais on aurait tort de penser que ce sang chaud s'arrêterait là. Le premier ministre déclare la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique et demande aux belges de quitter le territoire national dans les 12 heures. Mon pauvre ! Il y a bien quelqu'un au-dessus de toi. Héroïsme ou indiscipline ? Mettez-vous à la place du Chef de l'Etat et encaissez pareilles décisions-surprises de la part de votre premier ministre...
3. Décidément il outrepasse ses prérogatives, constate le Chef de l'Etat.
Le calme ne pourrait être tenu pour un défaut et le respect des règles pour de la faiblesse. Kasa-Vubu sort de son apparente torpeur, signe le 05 Septembre 1960 une ordonnance qui limoge le premier ministre et nomme Joseph Ileo. Mais comme on peut s'en douter, le soir même l'ancien premier ministre annonce à son tour la révocation du chef de l'Etat. A ce stade, j'ignore si la Constitution prévoyait et reconnaissait au premier ministre (ancien) le droit de démettre un chef de l'Etat élu par le parlement.
Mobutu interviendra pour neutraliser les deux politiciens, mais ce n'est pas encore le grand départ en politique de José de Banza (pseudonyme du journaliste Mobutu) ou plutôt si. Le président demande l'aide des casques bleus de l'ONU (première mission du genre dans l'histoire de l'Organisation) alors que l'ancien premier ministre s'adresse, lui, au Ghana qui réagi promptement. Ne s'est-il pas lié d'amitié avec N'Krumah ?
Cela ne semble pas suffire car bientôt il demandera l'aide de la Russie communiste. Mon pauvre! Aujourd'hui c'est un motoculteur que tu aurais reçu et on t'aurait indiqué ton "vrai" métier en lieu et place de toutes ces gesticulations sur la scène politique. Je me demande bien ce que cela aurait donné aujourd'hui que d'avoir embrassé, à cause de toi, le communisme. Ce n'est pas de gaieté de coeur que la Russie et certains autres anciens pays communistes ont dédié des universités à Lumumba.
4. Lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies, l'ancien premier ministre envoie une délégation parallèle à celle du bloc Kasa-Vubu - Ileo - Mobutu. L'ONU vote pour cette dernière. Lumumba, ancien premier ministre, perçoit son échec. Tout est perdu, le rêve fini, il faut rentrer dans la ville-berceau de son activité politique : Stanleyville. Pour tenter de nouveau, qui sait. Oui il faut rentrer d'où l'on est parti et où de surcroît le MNC a encore pignon sur rue. Mais le retour en arrière est trop tard. Oui, l'autoroute est faite pour des grandes vitesses. Aux commandes de la machine on peut rouler aussi vite que l'on veut mais il faut savoir décélérer à temps et se ranger du bon côté pour ne pas rater la sortie car la marche arrière n'est jamais autorisée et elle est mortelle. Le retour en arrière sera hélas trop tard car il n'arrivera jamais à destination...

Héroïsme contesté ?

Il est certes de bon ton de se replacer dans l'environnement de gestation et d'éclosion d'une telle volonté d'affirmation. Je relève deux points :
1. Le mérite de Lumumba ne me semble pas résider dans l'exigence de l'indépendance. Ceci était le voeux des belges eux-mêmes qui, sous la pression internationale et devant la vague d'émancipation de ces années-là, s'apprêtaient eux aussi, comme les britanniques et les français, à lâcher bride. Mais confrontés au manque criant des cadres dans les différents secteurs de la vie publique, ils préconisaient un délai "raisonnable" afin de nous y apprêter. Il est vrai que 30 ans de prévu sonnaient à la fois injurieux et fourbe de leur part. Mais.
2. Le mérite de Lumumba en tant que chef de file des "nationalistes" (ce mot me fait toujours peur, encore que certains l'emploient fièrement pour caractériser l'action de Lumumba !) est, je crois, l'exigence de l'indépendance IMMEDIATE. La nuance est de taille. En cela l'héroïsme ne me parait pas aussi évident que l'oralité a coutume d'en broder les exploits, car, non seulement il était déjà question de l'indépendance en milieu belge, mais surtout une telle revendication n'a pas eu l'air de choquer l'administration coloniale. Le dialogue et la tolérance entre belges et évolués congolais existaient. En 1950 fut fondée l'ABAKO. Il y avait une liberté d'expression prélude à la démocratie. En 1957, les congolais ont élu leur premier bourgmestre à la tête de la commune de Dendale, M. Joseph Kasa-Vubu, la zone qui probablement porte son nom.
Sans la liberté d'expression, tous ces Partis politiques fondés par les congolais (MNC, ABAKO PSA; Cercle des évolués...) ainsi que tous ces journaux (la Voix du Congolais, la Croix du Congo...) dans lesquels ils s'exprimaient librement, seraient inexistantes, leurs éditeurs seraient mis en prison et les présidents des Partis seraient relégués dans leurs villages d'origine... Mais tel n'était pas le cas tant et si bien que la revendication de l'indépendance a été perçue comme légitime côté belge.

Dans son discours le roi Baudouin exhortait les congolais à ne pas encore entreprendre des réformes qui pourraient compromettre leur avenir et de ne remplacer l'organisation laissée par les belges que si l'on était sûr et capable de faire mieux. L'héroïsme serait dans l'accélération du processus auquel les circonstances prêtaient déjà le flanc. Il est vrai que pour ceux qui ont reçu de plein fouet l'atrocité de la colonisation belge, l'accession à l'indépendance ait été un Ouf de soulagement et que celui qui s'y est investi de façon décisive soit pris pour un héros, mais la suite des événements ne doit pas être cachée. Parfois l'on entend dire, comme pour justifier ses empiètements dans les prérogatives du chef de l'Etat, qu'il était courageux alors que Kasa-Vubu était mou. Quelle justification !

Débaptiser Kinshasa ?
Pour quelle raison ? La capitale porte déjà un nom du terroir et en outre une telle tentative irait bien à Kisangani d'où est parti son inspiration politique et où son successeur Gizenga avait élu domicile pour perpétuer l'oeuvre du héros.
Qu'est-ce que cela ajouterait à notre identité ? Besoin d'afficher des attaches communistes manquées ou nostalgie envers un homme aux prouesses héroiques contestées ? Déjà avec la "République Démocratique du Congo" on ne s'en accommode que difficilement et ce n'est pas sans raison que la presse internationale et même certains natifs parlent volontiers de "Congo-Zaire" en lieu et place de la RDC. Remarquons que personne ne l'a officiellement suggéré, mais le sens pratique et commun l'impose.
Les débaptisations ne servent à rien si les pratiques dont on veut se départir perdurent. On nous a parlé des panneaux géants dans Kinshasa portant des inscriptions : "Le peuple congolais t'assure de son soutien"; on nous a aussi parlé des chansons révolutionnaires en l'honneur de l'AFDL qui ouvrent des journaux télévisés... J'ai du mal à le croire. Je voudrais me rassurer que cela est faux.
Le besoin du mythe prime sur la réalité historique. Ce n'est pas exagéré de dire que dans certaines régions du pays le nom de Gizenga par exemple rentrait dans l'imaginaire populaire et jouait le rôle d'un mythe kabbalistique pour ne pas dire prophétique. Tel est le cas de Lumumba où la tendance est grande de verser dans le genre épique. On nous dit qu'il a "lutté" pour l'indépendance mais l'on oublie de dire qu'il a été premier ministre et on cherche à occulter ses "exploits" au poste de premier ministre. Laissons parler l'histoire car le héros était un homme.
Jean-Baptiste NDEKE, Germany

Lumumba fut donc le symbole de la lutte anti-coloniale; il fut un symbole pour toute l'Afrique, pas seulement au Congo. Il défendait l'indépendance et la liberté pour l'Afrique. Il fut un panafricaniste convaincu tout comme N'Krumah et Sékou Touré. Ce qu'il voulait pour le futur Congo indépendant :


La Mort de Patrice E. Lumumba

Par Jean Milabu, MD

Patrice E. Lumumba est né le 2 juillet 1925 a Onalua, dans la province du Kasai dans la Republique Democratique du Congo alors Congo Belge.
Il fut le tout "premier" Premier ministre de la République du Congo et d’ailleurs demeure le seul premier ministre elu democratiquement par le Peuple Congolais jusqu’a ce jour.

Le 5 septembre 1960, il sera illegalement demis de ses fonctions par le president Kasa Vubu avec la benediction de l’administration americaine du President Eisenhower. Mais le Parlement congolais elu aussi democratiquement le reconduira dans ses fonctions a la primature.

Avec l’aide de la CIA et la complicite des Forces de L’ONU, notre Heros National sera arrete le 1er decembre 1960 par son soi-disant ami et homme de confiance, le colonel Joseph Mobutu.

Ce dernier le transfera au Katanga chez le seccessioniste Moise Tshombe, "un deal"?

Patrice Lumumba fut assassiné le17 janvier1960 dans des circonstances questionables. Interroge a ce sujet, Tshombe declara qu’il etait abattu lors d’ une tentative d’evasion de la prison d’Elizabethville (Lubumbashi). Moise Tshombe refusa de recevoir et de cooperer avec l’enqueteur de l’ONU, l’ethiopien Iyassu Mengasha, se defendant que la mort de Lumumba etait une affaire purement interne du Katanga.

Mr. Patrice E. Lumumba fut ses etudes dans une ecole des missionnaires protestants a Katatako-Kombe dans la province du Kasai. Apres ses etudes il travailla a Kindu-Port-Empain. A la meme epoque il ecrivait des essais et poemes pour des journaux congolais. Il se deplaca ensuite pour Leopoldville (Kinshasa) ou il travailla comme un clerc a la grande poste. Il fut promu au poste de comptable et mute a Stanleyville (Kisangani) ou il continua a contribuer a la presse congolaise.
En 1955 il fut elu president regional du syndicat independant des travailleurs congolais.
En 1956, il effectua un voyage d’etudes en Belgique sous les auspices du ministere de colonies. A son retour il fut arrete pour detournement d’une somme de $2,500 et condamne a 12 mois de prison, mais la peine fut reduite.

En octobre 1958, il fonda le MNC, le Mouvement National Congolais, le premier parti qui avait un caractere national.
En decembre 1958, il participa a la premiere Conference Pan-Africaine a Accra ou il rencontra d’autres nationalistes comme Kwame Nkrumah, etc...

Le 30 octobre 1959, il sera accuse et arrete d’avoir instigue les emeutes qui resulterent en 30 fatalites.

En janvier 1960, lors de la Conference de la Table Ronde a Bruxelles, les delegues de MNC refuserent de participer aux travaux en l’absence de leur leader Lumumba qui etait toujours en prison au Congo. Lumumba fut libere et pilote a Bruxelles ou il participa a la Table Ronde.

En mai 1960, Lumumba et le MNC remporterent l’election nationale mais “on” essaya de l’empecher de former un gouvernement. Finalement le 23 juin 1960, il forma son gouvernement et le 30 juin le pays acceda a l’independance.

La mort de notre heros national est et restera un topic chaud, une enigme, un complot peut-etre pas comme celui de la mort du president Kennedy, mais un mystere que le Peuple Congolais voudrais bien elucider. Certes la tache sera difficile car les principaux pions et acteurs sont morts. Une enquete officielle parlementaire pourra un jour mettre a reste les circonstances de sa mort. ( Il faudra d’abord avoir un Parlement elu democratiquement et non impose).

Je ne pretends pas etre un temoin oculaire ou specialiste en matiere mais apres une longue et exaustive “litterature search” sur l' internet, je suis tombe sur des articles interessantes et des faits effrayants que j’aimerais partager avec vous.

Lumumba a ete tue avec l'encouragement du president americain Eisenhower qui defendait les interets des grandes puissances financieres de l’Ouest (Morgan et Rockefeller,...).

La CIA mena une covert operation sous l’egide de son directeur Allen Dulles en utilisant des congolais en place: Mobutu, Tshombe, Kalondji, peut-etre Kasa-Vubu et les forces de l’ONU, celles-la memes qui devraient proteger le premier ministre.

En tant que médecin, je suis effrayé et concerné par le fait que la CIA avait depeché au Congo au mois de septembre 1960, un de ses specialistes, le Dr Sidney Gottlieb, avec une arme biologique mortelle (un virus) pour assassiner le premier ministre Lumumba, quelle obsession de tuer ce pauvre Congolais de 35 ans et pere de famille?
Et combien de Congolais allaient etre tues par ce virus?
L’annonce ce mois de la decouverte du virus du sida chez un congolais de 1959 me fait gratter le cerveau, est-ce-t-un autre virus qui fut inocculé au Congo par les puissances etrangeres?

Dieu seul le sait. En 1958-59, le Peuple Congolais reclamait deja son independance, le virus du sida etait peut-etre introduit pour eliminer l’elite congolaise de l’epoque. Il est bizarre que le sang ou tissu de cet individu soit preseveré jusqu’a ce jour, était-il un des guinea-pigs?

Le Peuple Congolais continuera a pleurer et a respecter son heros national pendant que les politiciens utiliseront son nom et sa memoire pour des gains personnels et pour discrediter leurs adversaires.

Mobutu avait essaye de tromper l’opinion congolaise et mondiale en placant sa photo sur un billet de 20k pour cacher ses mains souillees avec le sang de Lumumba.
Le gouvernement de Kabila n’a pas hesite de publier un document implicant le president de l’UDPS dans la mort de Lumumba pour le salir.
Le role de Tshisekedi dans l’assassinat de Lumumba reste a elucider et je soutiens l’appel fait par son epouse pour investiquer cette affaire.
Tshisekedi etant encore vivant il serait juste et souhaitable pour qu’il se defende devant le peuple Congolais pour redorer son blason terni par les accusations du gouvernement Kabila.
A mon avis Kasa-Vubu avait joue un role minime dans l’assassinat de Lumumba car il n’a rien gagne de cette mort . Il n’etait pas tres ambitieux et assoiffe du pouvoir et notre systeme parlementaire et la constitution de l’epoque ne lui permettaient pas de gouverner .
Mobutu, Tshombe et Kalondji avaient beaucoup a gagner et representaient chacun une puissance etrangere (Etats-Unis, Belgique, France, Afrrique du Sud, etc...).

Enfin, Lumumba a ete eliminé parce que l’Occident l’avait accuse d’etre communiste et avait tres peur de lui au point de l’assassiner pour preserver leurs interets dans notre pays , Il est une Victime de la guerre froide et de l’imperialisme.

En soi, Lumumba etait un "Nationaliste" qui mettait le Congo au-dessus de tout. Il etait elu democratiquement et avait l’appui et la confiance du Peuple Congolais.
En Juillet 1960, il s’etait rendu a Washington pour rencontrer le president Eisenhower et demander une aide militaire mais celui-ci lui refusa toute aide et le condamna a mort. Une attitude contraire aux principes americains de liberte et de democratie.
Lumumba n’etait pas un communiste, il etait un chretien protestant qui etudia chez les missionnaires Americains et quand il avait besoin de l’aide, il s’adressa d’abord aux Americains ne se rendant pas compte que la Belgique et les USA etaient membres de l’OTAN et partenaires militairement et economiquement.

Le gouvernement de Kabila se declare lumumbiste mais oublie que Lumumba etait elu democratiquement et cherchait toujours a unir et a regrouper les Congolais dans la gestion de la chose de l’Etat.
Il n’avait jamais executé ses compatriotes. Et il n'était pas un dictateur

La nuit est froide au Katanga, ce 17 janvier 1961. Dans la savane boisée, les phares de voitures de police illuminent une clairière dominée par un grand arbre, en face d'une fosse fraîchement creusée. Quand on l'y amène, l'homme semble pris d'un long frisson.
Pieds nus, vêtu de haillons maculés de sang et le visage tuméfié, il marche avec peine, sans dire un mot, comme hébété. Sur un ordre bref, quatre armes automatiques crachent le feu. Traversé par une énorme rafale, s'écroule, disloqué, Patrice Emery Lumumba, 36 ans, premier Premier ministre de l'ex Congo belge devenu indépendant moins de sept mois plus tôt.

Sur ce drame, le plus cruel de ceux qui marquèrent la décolonisation de l'Afrique, des milliers de pages ont été écrites, des dizaines d'hypothèses formulées, qui s'empressent généralement de rejeter la responsabilité du meurtre sur les haines (d'ailleurs réelles) entre factions congolaises et des « règlements de compte » entre leurs dirigeants respectifs. Las! Pour la première fois aujourd'hui, l'accès aux divers fonds d'archives, tant belges qu'américains et onusiens, vient de permettre au sociologue flamand Ludo De Witte de brosser un tout autre tableau. De son exposé parfois touffu, marqué d'incertitudes de détail mais appuyé sur une documentation accablante, ressort en effet une conclusion irréfutable: l'assassinat de Lumumba est un crime d'État, décidé au plus haut niveau par le pouvoir belge, puis supervisé concrètement par ses propres hommes, avec la bénédiction américaine de la CIA (qui avait pensé un moment s'en charger elle-même) et l'hypocrite complicité de l'appareil des Nations unies. Toute l'affaire se ramenant presque à la chronique d'une mort annoncée, tant apparaissent nombreux les « tueurs » virtuels, le seul problème étant de savoir qui acceptera, finalement, de se salir les mains.
Dès le 30 juin 1960, en vérité, quand l'ex-Congo belge accède à l'indépendance, Patrice Lumumba, son héros, va, dans le moment même de son triomphe, sceller, sans le savoir, son destin. Ce jour-là, au Palais de la Nation de Léopoldville -ancienne résidence du gouverneur général, transformée en siège du nouveau parlement -, Baudouin, roi des Belges, devant un parterre de personnalités, préside à la transmission solennelle de la souveraineté de Bruxelles au nouveau pouvoir congolais. Mais, impudeur ou inconscience, il ne le fait qu'en présentant l'indépendance du Congo comme généreusement octroyée par la Belgique et marquant « l'aboutissement de l'ouvre conçue par le génie du roi Léopold II ». Et d'ajouter dans la foulée, sur un ton paternel: « Ne compromettez pas l'avenir par des réformes hâtives, et ne remplacez pas les organismes que vous remet la Belgique, tant que vous n'êtes pas certain de pouvoir faire mieux. [...] Nous sommes prêts à rester à vos côtés pour vous aider de nos conseils... » Hommage et appel pour le moins incongrus, quand on sait que Léopold Il avait fait de  « l'État libre du Congo » ( sic) sa propriété personnelle, férocement exploitée au prix de ce qu'on a pu comparer à un véritable holocauste.
Prenant la parole après Baudouin, Joseph Kasavubu, nommé six jours plus tôt président de la République, s'abstient poliment de commentaire.

Et c'est alors que l'inattendu arrive. Ajoutant au programme officiel des cérémonies, le président de la Chambre donne la parole au Premier ministre Patrice Lumumba. Et, fort de la légitimité que lui confère sa large victoire aux élections du 25 mai, ce chef charismatique du Mouvement national congolais (MNC) brise aussitôt l'aimable consensus de ce qu'on appellerait aujourd'hui le « politiquement correct ». S'adressant non point au roi, devenu blême, mais aux
« Congolais et Congolaises, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux », il rappelle ce que fut « l'humiliant esclavage » imposé par ce Léopold II dont Baudouin vient de glorifier le génie: « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument
légaux, qui ne taisaient reconnaître que le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir: accommodante
pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. [...] Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'une justice d'oppression et d'exploitation ? »

Interrompu huit fois par les applaudissements des Congolais présents, Patrice Lumumba est salué finalement par une véritable ovation. Pour les notabilités belges, depuis le roi Baudouin, livide jusqu 'au Premier ministre Gaston Eyskens, en passant par le général Janssens, commandant en chef de la Force publique, dont la lèvre tremble de colère dans un visage cramoisi, l'affront est de ceux qu'on ne pardonne pas.
Pourtant, limitée au verbe, l'insolence serait peut-être restée sans conséquence: il faut bien tolérer parfois, on le sait, que les opprimés se défoulent. Mais Lumumba a un défaut: les actes suivent ses paroles. Le 5 juillet, quand les soldats congolais de la Force publique (créée en 1886 par Léopold II pour maintenir l'ordre colonial) se mutinent contre. leurs officiers belges, il démet le général Janssens, qui s'opposait à toute africanisation des cadres: Victor Lundula le remplace, à la tête d'une . nouvelle Armée nationale congolaise (ANC), dont le colonel Joseph-Désiré Mobutu est nommé chef d'état-major.
Du coup, la Belgique se hâte d'allumer un contre-feu. Moïse Tshombe, son homme de paille, déjà installé par ses soins  et qui s'oppose a toute africanisation de l'armée, proclame en toute illégalité, le 11 Juillet, la sécession de sa riche province qui reste ainsi, pratiquement, aux mains des Belges. Il vaut la peine de rappeler ici que le parti de Tshombe, la Confédération des associations du Katanga (Conakat), dans son manifeste de 1959, non seulement se distinguait de tous les autres partis en s'opposant à l'idée d'un gouvernement congolais, mais invoquait, pour ce faire, une déclaration de Mgr Jean-Félix de Hemptine, évêque du Katanga: « La race noire n'a rien derrière elle. Peuple sans écriture, peuple sans histoire, sans philosophie, sans consistance aucune... » D'où l'objectif de la Conakat : « Veiller à la sauvegarde de la confiance des braves gens venus nous aider à sortir de notre stagnation ».

Le mécanisme qui s'enclenche alors est proprement celui qui va conduire au meurtre de Lumumba. Dès le 13 juillet, l'ambassadeur belge à Léopoldville se met en quête d'un éventuel autre Premier ministre et songe d'abord au ministre des Affaires étrangères, Justin Bomboko, à qui il ne cache pas, télégraphie-t-il à Bruxelles, « notre espoir de le voir à la tête de l'armée ou du pays ». Ajoutant: « Il comprend notre position et déplore les faiblesses de son gouvernement. » L'ONU, pour sa part, en la personne de son secrétaire général Dag Hammarskjold, et tout en accédant à la demande de Lumumba d'un envoi de Casques bleus pour remplacer les troupes belges, refuse de s'opposer à I'« indépendance » du Katanga, dont elle n'ignore pas le caractère. Alors adjoint sur place de Dag Hammarskjold, Ralph Bunche lui a télégraphié le 2l juillet, pour confirmer au début d'août: « Tshombe est une marionnette manoeuvrée par les Belges: il ne prend aucune décision qui ne soit inspirée par les Belges, ne tient aucune réunion officielle sans la présence d'un Belge et, sans les Belges, n'aurait pu accéder au pouvoir. »
Quant aux Américains: le 26 août, Allen Pulles en personne, directeur de la CIA, télégraphie à Lawrence Devlin, l'un de ses agents à Léopoldville :
« Nous avons décidé que l'éloignement [de Lumumba] est notre objectif le plus important et que, dans les circonstances actuelles, il mérite grande priorité dans notre action secrète. » Et Ludo De Witte de préciser que le chef des opérations secrètes de la CIA, Richard Bissell, avouerait par la suite : « La CIA étudia un éventail de méthodes pour se débarrasser de Lumumba, dans le sens de le détruire physiquement, de le mettre hors de combat ou d'éliminer son influence politique. »

Comme il faut bien, toutefois, ménager les transitions, c'est Joseph Kasavubu qui, dans un premier temps, se fait l'instrument du complot. Longuement chapitré par l' ambassadeur des États-Unis, Clare Timberlake, et bien que ses fonctions soient essentiellement protocolaires, il annonce, le 5 septembre, avoir démis de ses fonctions le Premier ministre Lumumba et six autres ministres -mais non Bomboko qui, lui, a contresigné le décret. un petit coup de force qui, en un sens, fait long feu: Lumumba annonce aussitôt qu'il destitue Kasavubu, puis se voit, deux jours plus tard, confirmé dans ses fonctions par la Chambre et le Sénat. Et ceux-ci, le l3 septembre, lui accorderont même les pleins pouvoirs. Bref, Kasavubu, maladroit, « a déclenché son action trop tôt » câble à Bruxelles Marcel Dupret, consul général à Brazzaville, tandis qu'à Léopoldville l'ambassadeur américain Timberlake estime que, devant la Chambre, par son « discours magistral », un « Lumumba en pleine forme a ridiculisé » le président.
Mais la volonté d'éliminer le Premier ministre ne s'en trouve que renforcée. Abandonnant toute fiction de neutralité, l'ONU, par crainte de réactions populaires, garantit sa protection à Kasavubu et à Bomboko. Un Bomboko dont Timberlake, sans pudeur, télégraphie au département d'État qu'il a « l'intention de le laisser temporairement ministre des Affaires étrangères » (sic). Quant à Dag Hammarskjold, dans le télégramme à son adjoint Andrew Cordier (qui vient de remplacer Ralph Bunche) où il entérine le « coup » de Kasavubu, il ajoute ce post-scriptum presque incroyable qui laisse le champ libre, en les « couvrant » par avance, aux initiatives les plus extrêmes : « Puis-je ajouter une remarque irresponsable ? Des personnes responsables sur le terrain peuvent s'autoriser, dans le cadre de principes impérieux, de faire ce que je ne pourrais justifier si je le faisais moi-même : courir le risque de ne pas être accepté quand cela n'a plus aucune importance. »

Les Belges, pour ce qui les concerne, ne sont pas longs à traduire. Le 10 septembre, le ministre des Affaires étrangères, Pierre Wigny, écrit à ses collaborateurs à Brazzaville: « Les autorités constituées ont le devoir de mettre Lumumba hors d'état de nuire. » Il ne précise pas comment. Mais le colonel Louis Marlière, un des personnages clés dans la lutte contre les nationalistes congolais, n'a pas besoin qu'on lui fasse un dessin. Il le fait lui-même, sous la forme d'un « plan Barracuda » visant à faire enlever Lumumba par le commandant Noël Dedeken, ancien chef des commandos de la Force publique.
Étudié au plus haut niveau, avec le concours du major Jules Loos, conseiller militaire du nouveau ministre des Affaires africaines, le comte Harold d'Aspiemont Lynden, et un moment approuvé, ce plan finira par être abandonné à la mi-octobre, peut-être comme trop voyant: mieux vaut se dissimuler, le plus possible, derrière des personnalités congolaises. Or dans l'intervalle, le l4 septembre, Kasavubu a prétendu dissoudre le Parlement congolais. Et le soir même, entrant dans le jeu, le colonel Mobutu procède à son premier coup d'État: il annonce à la radio qu'il « neutralise les politiciens jusqu'au 31 décembre » et remplace le gouvernement par un collège de commissaires présidé par... Justin Bomboko. Autour de Lumumba, le cercle se referme. La CIA, restant à l'arrière-plan, a tout approuvé par avance. Les Nations unies assurent, avec bienveillance, l'appui de leurs Casques bleus. Dans un télégramme du 6 octobre, le comte d' Aspremont Lynden peut écrire sans fard :
« L'objectif principal à poursuivre dans l'intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique est évidemment l'élimination définitive de Lumumba. »
Bien entendu, rien n'indique explicitement qu'il s'agit de tuer. Mais voit on jamais de tels mots dans des messages officiels ? Les nazis eux-mêmes n'y recouraient pas et il faut bien l'avouer: la formule « élimination définitive » a comme une odeur de« solution finale ».

Reste à mener l'affaire à bien en utilisant au maximum des hommes de main congolais. Le 10 octobre, le colonel Mobutu fait encercler la résidence de Lumumba, dont il coupe le téléphone, par un cordon de l'ANC que doublera, en toute collaboration, un cordon de Casques bleus. Le Premier ministre déchu se trouvant ainsi prisonnier et dans l'incapacité de rameuter ses partisans, les Belges annulent le « plan Barracuda », trop compromettant, pour rechercher d'autres méthodes d'« élimination », tout en consolidant le régime sécessionniste du Katanga, base d'une « reconquête » du pays. Dans le même temps, d'ailleurs, ils ont renforcé leur contrôle sur cette « équipe Mobutu » qui, sous l'autorité nominale de Kasavubu, détient le pouvoir de fait à Léopoldville : un de leurs agents, Georges Denis, « conseille » Kasavubu ; André Lahaye, ancien commissaire de la Sûreté nationale, fait de même avec son ex-informateur Victor Nendaka, devenu chef de la Sûreté des mobutistes. Et le colonel Louis Marlière, l'homme de « Barracuda », se charge personnellement de Mobutu, qui avait été jadis son sergent dactylographe.

Le 27 novembre, cependant, Lumumba réussit à s'enfuir, espérant gagner Stanleyville, aux mains des siens. Alors c'est la traque, où tombent les derniers masques. Et d'abord celui de l'ONU qui, deux mois plus tôt, avait assuré sa protection à Kasavubu et Bomboko, mais la refuse aujourd'hui à Lumumba. Car Hammarskjold s'inquiète: son adjoint, Rajeshwar Dayal, qui a remplacé Andrew Cordier, lui a télégraphié d'urgence: « Si Lumumba réussit à atteindre Stanleyville, alors la situation change sur l'heure. » Et le secrétaire général de promettre à l' ambassadeur américain auprès des Nations unies que, dans ce cas, il interposerait des Casques bleus entre Stanleyville et Léopoldville, l'incertaine armée de Mobutu « n ' étant pas capable » de résister à une offensive nationaliste. Mais le fugitif n ' atteindra pas Stanleyville. Freiné par des pluies torrentielles et bien qu'acclamé par ses partisans, il est rattrapé le 1er décembre près de Lodi, dans le Kasaï, par des soldats de Mobutu. Amené à leur base de Mweka, il y est arrêté, entravé et violemment frappé sous les yeux de Casques bleus ghanéens indignés mais qui, sur instruction formelle de leurs supérieurs, s'abstiennent de le libérer.

Bref, l'ONU a pratiquement livré Lumumba à Mobutu, qui le ramène aussitôt à Léopoldville où il est à nouveau sauvagement battu avant d'être transféré le 3 décembre au camp militaire Hardy, de Thysville, au sud de la capitale congolaise. Tout cela sans intervention de l'ONU, alors même qu' à Thysville, nombre de Casques bleus (notamment marocains), protestent contre le traitement infligé au prisonnier. Ce qui fait d'ailleurs craindre à l'onusien Dayal comme au commissaire Lahaye que n'éclatent des soulèvements visant à libérer Lumumba.
D'où la fébrilité avec laquelle les responsables belges -inquiets de la faiblesse des mobutistes, et plus encore de l'offensive, à partir de Stanleyville, des partisans de Lumumba regroupés par Antoine Gizenga étudient le moyen de se débarrasser au plus vite, et « définitivement », de leur dangereux otage. Le 4 janvier, le comte d'Aspremont Lynden, dans un télégramme à Brazzaville destiné à André Lahaye, attire sa « toute spéciale attention sur les conséquences désastreuses [qu'aurait] la libération de Lumumba. Le danger de telle situation, ajoute le ministre, doit être porté avec insistance à la connaissance des commissaires généraux. »

Ses craintes ne sont pas sans fondement. Dans la nuit du 12 au 13 janvier, des mutineries éclatent au camp Hardy et à Sonankalu, l'autre camp militaire de Thysville. Les soldats revendiquent des augmentations de soldes, la formation d'un nouveau gouvernement et la libération de Lumumba. Pour les responsables belges, tandis qu'un vent de panique balaie Léopoldville, il faut désormais agir vite. Mais il n'y a là aucune improvisation: tout juste d'ultimes ajustements à des plans longuement discutés. Depuis deux mois, en effet, une idée a pris corps: celle de remettre Lumumba, loin de la capitale, à des « autorités » congolaises locales qui se chargeraient de le liquider. Une seule incertitude persistera, semble-t-il, jusqu'au dernier moment: faut-il choisir le Katanga, où la haine de Tshombe pour l'ex-Premier ministre n'est pas un mystère, mais qui peut hésiter à se compromettre ? Ou le Sud-Kasaï, où Albert Kalonji, mégalomane qui s ' est proclamé, depuis le 31 mars, « monarque de droit divin », a juré de transformer en vase le crâne de Lumumba ?
De toute évidence, les Belges préfèrent la première solution, n' envisageant de se rabattre sur la seconde qu' en cas de nécessité absolue. Dès le 14 janvier, le colonel Marlière envoie un message-radio au commandant Verdickt, officier de renseignements de la Gendarmerie katangaise, à Élisabethville : « Demande accord du Juif pour recevoir Satan » ( « le Juif » est le mot codé pour Tshombe, « Satan » désignant Lumumba. L'après-midi du même jour, Lahaye revient à la charge: « Le collège des commissaires généraux se permet d'insister afin d'obtenir un accord pour le transfert de Lumumba au Katanga. Sa présence à Hardy risque de provoquer de nouveaux déboires. » Le « Juif » hésite-t-il encore ? Pour achever de le convaincre, le comte d'Aspremont Lynden en personne, par l'intermédiaire d'Henri Créner, consul général de Belgique à Élisabethville, lui fait tenir, le 16 janvier, ce télégramme comminatoire: « Minaf [ministère des Affaires africaines] Aspremont insiste personnellement auprès président Tshombe pour que Lumumba soit transféré au Katanga dans les délais les plus brefs... Prière me tenir au courant. »

Ainsi commence le dernier jour du condamné: soit un calvaire où les responsables belges ne laisseront rien au hasard. Ils ont suscité la chute de Lumumba, permis son arrestation, décidé son « élimination définitive » et organisé, à cette fin, son transfert au Katanga. Ce n'est pas pour s'exposer maintenant au moindre risque d'imprévu. Ils seront
donc présents, vigilants, à chaque station du chemin de croix.
Le 17 janvier, Victor Nendaka, qui a réglé avec Lahaye et Marlière les modalités pratiques de l'opération et couvert dans la nuit les cent cinquante kilomètres qui séparent Léo de Thysville, se présente à 4 h 30 à l'entrée du camp Hardy. Il a choisi d'arriver avant l'aube -et le réveil des militaires -pour éviter des réactions des Casques bleus marocains, qu'on sait favorables à Lumumba. Accompagné de trois soldats dans un convoi de deux voitures, il a déjà avec lui deux prisonniers : Maurice Mpolo, qui fut ministre de la Jeunesse et des Sports, puis brièvement chef d'état-major, et Joseph Okito, vice-président du Sénat congolais. Promptement réveillé dans sa cellule, Patrice Lumumba vient les rejoindre et, à 5 h 30, muni d'une escorte renforcée, le convoi quitte le camp dont le commandant, Louis de Gonzague Bobozo, câble aussitôt à Léopoldville : « Le colis est parti. »

Il faut une heure et demie aux « livreurs » pour gagner par une mauvaise route, à soixante kilomètres, la petite piste en gazon de la compagnie des Ciments du Congo. Une heure plus tard y atterrit un Dragon rapide, appareil léger de la compagnie Air Brousse piloté par le Français Jean Beaumont. Nendaka y prend place avec ses trois prisonniers et ses trois soldats: des Balubas de l'ANC -dont le lieutenant Zuzu, une « brute sanguinaire », écrit Ludo De Witte -, qui commencent à molester les détenus, stoppés seulement par le pilote, qui craint pour la stabilité de son avion. Parti à 8 h 15, celui-ci atterrit à 9 h 30 à l'aéroport de Moanda, petite station balnéaire au bord de l'Atlantique, où il n'y a pas de Casques bleus. Là, depuis 7 heures, attend un DC 4 avec deux passagers -les commissaires mobutistes Ferdinand Kazadi, chargé de la Défense, et Jonas Mukamba plus quatre hommes d'équipage: le commandant de bord, le Belge Piet
Van der Meersch, spécialement choisi par Lahaye et Marlière ; le premier
officier, l'Australien Jack Dixon ; le radio de bord, le Belge Jean-Louis Drugmand ; enfin le mécanicien, le Français Robert Fau.

À 10 heures, le DC 4 décolle pour Élisabethville et, durant tout le trajet, plus de six heures, les trois prisonniers, ligotés, les yeux, les oreilles et la bouche recouverts de ruban adhésif, sont affreusement maltraités sous les yeux impassibles des commissaires mobutistes. Lumumba, notamment, est roué de coups de pieds dans le ventre ; sa barbiche et des touffes de cheveux lui sont arrachés, qu'on le contraint d'avaler; les verres de ses lunettes, écrasées sur son visage tuméfié, le couvrent de coupures sanglantes.
Il est 16 heures quand la tour de contrôle de Luano, l'aéroport d'Élisabethville, signale l'approche de l'avion, qu'on fait tourner en l'air pendant que se tient une réunion chez Godefroid Munongo, le ministre des Affaires intérieures de Tshombe, avec son chef de cabinet Victor Tignée et les conseillers belges du régime. L'un de ceux-ci, le commissaire Frans Verscheure, vrai responsable des services de police, est chargé de coordonner les opérations, tandis qu'un second, le capitaine Julien Gat, chef de la Police militaire d'Élisabethville, s'occupera plus spécialement des prisonniers. De toute façon, dans la gendarmerie katangaise comme dans la police militaire, ce sont les officiers belges qui « exercent le commandement effectif pour tout ce qui sort de la routine ». Ainsi est-il décidé, provisoirement, d'amener les prisonniers dans la maison, encore inoccupée, d'un colon belge, Lucien Brouwez, que le commissaire Verscheure s'occupe incontinent de réquisitionner.
Le DC 4, à 16 h 50, peut donc atterrir. « Du sang à la commissure des lèvres, le visage tuméfié, abrutis, prostrés, plus morts que vifs » -au dire d'un témoin, le major Guy Weber, du « Bureau-conseil » de Tshombe -les prisonniers sont traînés, frappés à coups de crosse, puis jetés « comme des sacs » dans une jeep où les soldats les piétinent. À deux cents mètres de là, le sous-officier suédois Lindgren, qui commande les six soldats
d'un poste de garde de l'ONU, observe la scène à la jumelle : mais son chef, le NéoZélandais Jan Berendsen, averti, ne juge pas bon d'intervenir.

 A 17 h 30, les trois martyrs sont donc enfermés à la « Maison Brouwez » sous la conduite de six ou sept policiers militaires katangais et de six Belges, dont le commissaire Verscheure, le capitaine Gat et le lieutenant Claude Grandelet, de la police militaire d'Élisabethville, qui a reçu d'un de ses chefs, le lieutenant Gabriel Michels, une consigne formelle: « Si des troupes suédoises ou marocaines de l'ONU devaient arriver, il y a ordre de tirer à vue sur les soldats de l'ONU... En cas de désastre, il faut plutôt tuer Patrice Lumumba que de le voir libéré par l'ONU ! »
Un tel « désastre » ne se produira pas. Entre 17 h 30 et 19 heures, ce ne sont pas d'importuns Casques bleus qui frappent à la porte de la Maison Brouwez, mais les ministres katangais Godefroid Munongo, Jean-Baptiste Kibwe et Gabriel Kitenge, enfin Moïse Tshombe lui-même. Et ils ne se bornent pas à frapper à la porte mais, eux aussi, de concert avec les soldats, sur les prisonniers que Verscheure décrira « ficelés comme des saucisses, la figure gonflée à la suite des coups reçus, inertes et muets ».

Le meurtre est dans l'air. II n'a cessé de l'être depuis le début de cette journée tragique: inévitable conclusion de ce crescendo de violence. Peut-il alors se demander qui a décidé, concrètement, d'en finir le soir même ? Ludo De Witte, qui pose la question, cite des participants qui se renvoient la responsabilité les uns sur les autres, évoque les beuveries des ministres katangais comme les faux-fuyants des conseillers belges et pense que la décision a été prise vers 21 heures chez Tshombe, de concert avec le commissaire Prans Verscheure. Et, de fait, c'est Verscheure qui, de ce moment, prend les choses en mains. Revenu à la Maison Brouwez, il annonce au capitaine Gat que les prisonniers « ont été condamnés à mort par le gouvernement katangais » (sic), lui indique le lieu de l'exécution et lui demande de mobiliser une escorte de militaires sûrs, après que des policiers auront creusé les tombes destinées aux suppliciés.

Les deux Belges sont des organisateurs efficaces. À 22 heures, à la Maison Brouwez, se forme un convoi composé de quatre voitures américaines et de deux jeeps. Dans les trois premières prennent place Tshombe, ses ministres Munongo, Kitenge et Kibwe, plus le chef de la police Pius Sapwe, dont Verscheure est officiellement le « conseiller ». Dans la quatrième, conduite par Verscheure lui-même, il y a le capitaine Gat et, sur le siège arrière, les trois prisonniers, menottes aux poignets. Dans les deux jeeps se trouvent quatre officiers katangais de la police et cinq policiers militaires.
Il est 22 h 45 quand le cortège arrive, à cinquante kilomètres de là, dans une région marécageuse bordée d'une savane boisée dont une clairière est déjà illuminée par les phares des premières voitures de police. Huit militaires et neuf policiers ont été sélectionnés pour l'exécution. Profonde d'un mètre cinquante, une fosse de deux mètres sur trois a été facilement creusée dans le sol meuble. Descendant l'un des premiers, le capitaine Gat échange quelques mots avec les ministres katangais qui se regroupent à quelques mètres de la route. Les prisonniers sont alors sortis de la voiture. Verscheure leur enlève les menottes et Lumumba, qu'il fait marcher devant lui, demande: « On va nous tuer, n'est-ce pas ? »
« Oui », répond le commissaire. Selon Gat, on offre aux condamnés « le temps de se préparer, de dire leurs prières », ce que refuse Lumumba. Verscheure prend alors Joseph Okito par le bras et l'amène au pied d'un grand arbre, face aux deux militaires et deux policiers du premier peloton d'exécution, armés de fusils PAL et de stenguns Vigneron. Une rafale, et le vice-président du Sénat tombe mort, son corps aussitôt jeté dans la fosse. Le commissaire fait de même avec Maurice Mpolo, devant un deuxième peloton dont la rafale, comme celle du premier, est déclenchée par le capitaine Gat. Vient alors Lumumba qui tressaille, « muet, complètement hébété, les yeux voilés, sans opposer aucune résistance ». À son tour il est fauché par la mitraille et jeté dans la fosse.
Toute l'opération a pris à peine quinze minutes. Quatre jours plus tard, deux Belges seront envoyés sur les lieux pour déterrer les corps, les découper à la scie à métaux, broyer les crânes et jeter le tout dans un grand fût d'acide sulfurique.

À Bruxelles, le 14 février, devant la Chambre belge, le ministre des Affaires étrangères Pierre Wigny déclarera: « Le gouvernement belge a été entièrement étranger à l'arrestation, au transfert, au traitement et au sort final de M. Lumumba. J'ai appris par la presse le transfert de M. Lumumba, tout comme vous, et le premier souci que j'ai eu, parallèlement à celui de M. d'Aspremont Lynden, a été de demander à notre consul général là bas de faire immédiatement les démarches pour que ce pisonnier politique soit traité avec l'humanité à laquelle a droit tout prisonnier».

JEUNE AFRIQUE
Marcel Péju

A lire absolument :
"L'assassinat de Lumumba" par Ludo de Witte, édition Khartala, février 2000


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