Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL
LE RWANDA EN UN CLIN D'OEIL

Rwanda, officiellement République rwandaise, pays d'Afrique centrale situé au cœur de la région des Grands Lacs africains, bordé au nord par l'Ouganda, à l'est par la Tanzanie, au sud par le Burundi et à l'ouest par la République démocratique du Congo et le lac Kivu. La capitale, Kigali, se trouve au centre du pays. Le Rwanda, qui couvre une superficie de 26 338 km², est l'un des plus petits États du continent, mais sa densité de population est l'une des plus fortes. C'est l'une des causes du drame humain qu'a vécu le «pays aux mille collines» depuis 1994, marqué par les massacres de plusieurs centaines de milliers de Tutsi et de Hutu.

LE PAYS ET SES RESSOURCES

Relief et hydrographie
Le Rwanda est formé de hauts plateaux situés sur la ligne de partage des eaux des bassins du Nil et du Congo. À l'ouest, un massif montagneux, d'une altitude moyenne de 2 740 m, domine le lac Kivu (1 460 m) et se prolonge au nord par la chaîne volcanique des Virunga dont le point culminant est le volcan Karisimbi (4 507 m). Le plateau central, d'une altitude moyenne de 1 700 m, est traversé de rivières et de ravinements remblayés d'alluvions, qui forment des collines bien découpées. À l'est, en direction de la frontière tanzanienne, savanes, lacs et marais se succèdent le long de la rivière Kagera, qui est la plus importante des sources du Nil.

Climat
Le climat subéquatorial est tempéré par l'altitude. On distingue deux saisons sèches, l'une courte en janvier, l'autre s'étalant de mai à septembre. Le régime des pluies est irrégulièrement réparti. Les précipitations sont abondantes sur les sommets (plus de 2 000 mm sur la crête Congo-Nil) mais diminuent sur les plateaux orientaux (787 mm).
Les températures moyennes annuelles varient de 19°C à Kigali à 22,8°C dans la région du lac Kivu, avec une forte amplitude nocturne en montagne où elles peuvent descendre jusqu'à 0°C.

Flore et faune
La forêt primaire, autrefois très étendue, se limite aujourd'hui aux montagnes de l'ouest (avec une végétation qui s'étage avec l'altitude et disparaît au sommet des volcans) et à la région du lac Kivu. Les sols volcaniques sont fertiles. On y trouve des eucalyptus, plantés en grand nombre pour protéger les sols, des acacias dans la savane et des plantations de palmiers à huile. Au nord-ouest, quelques groupes de gorilles des montagnes vivaient encore en liberté sur les pentes des volcans Virunga avant les événements de 1994. À l'est, le parc national de la Kagera abrite de nombreux animaux sauvages : éléphants, hippopotames, crocodiles, léopards, troupeaux de zèbres et d'antilopes.

Ressources naturelles
Les principales ressources minérales sont la cassitérite (minerai d'étain), le tungstène, le béryl et l'or. D'importantes réserves de gaz naturel dans les profondeurs du lac Kivu devaient faire l'objet d'une exploitation.

POPULATION ET SOCIÉTÉ

Démographie
En 1998, la population du Rwanda était estimée à 7,96 millions d'habitants contre près de 8 millions lors du recensement de 1991. Entre 1993 et 1994, la guerre civile a fait environ huit cent mille morts et jeté hors des frontières deux millions de réfugiés (principalement au Congo et en Tanzanie). On décompte également trois millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays. Avant les massacres, la densité de sa population était l'une des plus fortes d'Afrique : 301 habitants au km2 en 1991, et près d'un tiers en plus dans les régions de culture. La plupart des Rwandais vivaient en zone rurale dans des fermes individuelles dispersées dans les collines?; le taux d'urbanisation était l'un des plus faibles du monde (5 p. 100). Aujourd'hui, les campagnes sont désertées et la capitale, Kigali, est passée de 130 000 à 250 000 habitants.
La composition de la population rwandaise est semblable à celle du Burundi, «frère jumeau» du Rwanda : cultivateurs hutu (environ 85 p. 100 de la population avant la guerre civile), éleveurs tutsi et Twa, des Pygmées considérés comme les premiers habitants de la région. Le pays, ayant subi de grands mouvements de population depuis l'indépendance (réfugiés tutsi d'abord, puis hutu depuis 1994 avec le retour des Tutsi), l'image de la société rwandaise en a été profondément modifiée. Par voie de conséquence, les statistiques sont à considérer avec prudence.

Langues et religions
Les langues officielles sont le kinyarwanda (apparenté aux langues bantoues) et le français; le swahili, la langue véhiculaire de l'Afrique orientale, (voir Afrique, langues d') et l'anglais sont également parlés. Les chrétiens sont les plus nombreux (catholiques 65 p. 100, protestants 9 p. 100); 17 p. 100 de la population adhèrent à des croyances animistes, 9 p. 100 sont des musulmans.

Éducation
Aucune statistique ne peut rendre compte de la situation actuelle de l'enseignement, qui était autrefois gratuit et officiellement obligatoire pour les enfants âgés de sept à quinze ans. À la fin des années quatre-vingt, moins de la moitié de la population adulte était alphabétisée. Le nombre d'enfants scolarisés approchait le million dans le primaire contre à peine vingt mille dans le secondaire. L'université nationale de Butare, inaugurée en 1963, comptait environ mille sept cents étudiants.

Institutions et vie politique
La Constitution de 1978 prévoyait un régime de parti unique sous l'égide du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), à vocation multiethnique mais en réalité dominé par les Hutu. Le pouvoir législatif était exercé par une assemblée élue, le Conseil national du développement (CND), et le pouvoir exécutif était confié à un président assisté d'un Conseil des ministres. Le président de la République rwandaise, le général Juvénal Habyarimana, porté au pouvoir par un coup d'État en 1973, fut régulièrement élu en 1978, 1983 et 1988. Puis une nouvelle Constitution fut mise en place en 1991, instaurant une démocratie pluraliste. Un poste de Premier ministre fut créé et le CND fut remplacé par une Assemblée nationale de transition. Parallèlement, la guerre menée depuis 1990 par les troupes du Front patriotique rwandais (FPR, dirigé par d'anciens exilés tutsi depuis l'Ouganda) aboutit à la signature des accords d'Arusha (ville de Tanzanie) en août 1993. Mais le Premier ministre, Faustin Twagiramungu, un Hutu modéré, président du principal parti d'opposition, le Mouvement démocratique républicain (MDR), ne parvint pas à former le gouvernement de coalition prévu par ces accords.

Le 6 avril 1994, l'avion transportant les deux présidents (hutu) du Rwanda, Juvénal Habyarimana, et du Burundi, Cyprien Ntavyamira, fut abattu alors qu'il s'apprêtait à atterrir à l'aéroport de Kigali. La mort du président Habyarimana fut immédiatement suivie du massacre systématique des Tutsi et de l'assassinat des Hutu modérés par les milices extrémistes «?Interahamwes?», faisant environ huit cent mille morts entre avril et juin. Par la suite, le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Boutros Boutros-Ghali, qualifia de génocide le massacre des Tutsi. Un gouvernement s'inspirant des accords d'Arusha fut mis en place le 19 juillet à Kigali par le FPR, après sa victoire sur les Forces armées rwandaises (FAR). Il excluait l'ancien parti unique MRND du fait de sa responsabilité dans le génocide. Le régime présidentiel avait une forte composante militaire dominée par les Tutsi. Ainsi le nouveau président, Pasteur Bizimungu (FPR), était encadré par le général Paul Kagamé (dirigeant de la rébellion tutsi), vice-président et ministre de la Défense. Le Premier ministre, Faustin Twagiramungu (MDR), démissionna de ses fonctions un an plus tard, le 28 août 1995, et remplacé par Pierre-Célestin Rwigyema, également hutu et membre du MDR. L'emprise tutsi s'accentua encore par la suite avec les départs progressifs des Hutu modérés.

ÉCONOMIE

Avec un produit national brut (PNB) de 200 dollars par habitant, le pays était l'un des plus pauvres du monde en 1993. La production agricole, à la base de l'économie du pays, s'est effondrée. Une grande partie des paysans a fui le territoire rwandais en 1994 et tenté de survivre grâce à l'aide internationale dans les camps de réfugiés du Congo et de Tanzanie. Économiquement, le pays, malgré la mise en place d'un programme d'ajustement structurel appuyé par le Fonds monétaire international (FMI), était déjà au bord du gouffre avant la guerre. Le service de la dette extérieure était passé de 2,1 milliards de francs en 1990 à 5,1 milliards en 1994.

Agriculture
L'économie du Rwanda est traditionnellement fondée sur l'agriculture, qui occupait 82 p. 100 de la population active avant 1994. Elle représentait alors 41 p. 100 du PNB et 90 p. 100 des recettes d'exportation. La majeure partie des terres cultivées, qui occupaient la moitié de la superficie du pays, étaient consacrées aux cultures vivrières : haricots secs (21 p. 100 des terres cultivées), patates douces (14 p. 100), sorgho (9 p. 100), bananes plantain et manioc. Le reste des terres cultivées était destiné aux cultures commerciales, en premier lieu celle du café arabica, dont la production annuelle avait considérablement chuté (31 900 t en 1989?; 20 000 t en 1993, 18 000 t en 1998). Celle du thé venait toujours loin derrière (5 000 t en 1994, 10 000 t en 1998) mais ses ventes représentaient 1,2 p. 100 du PNB contre 2,2 p. 100 pour le café. Quant à l'élevage, il occupait une place modeste. Le cheptel comptait 1,5 million d'ovins et caprins, 610 000 bovins (une tête de bétail pour quatre habitants). Le retour de réfugiés tutsi pratiquant l'élevage a accentué la pression sur les terres agricoles.

Mines et industries
L'activité minière a toujours été faible et s'est trouvée d'autant plus désorganisée par les événements. Au milieu des années quatre-vingt, la production d'étain extrait de la cassitérite s'élevait à 1 160 t, en 1996, elle était de 200 t. Suivaient le béryl, le tungstène et l'or. Les investissements lourds engagés par la Société minière du Rwanda (Somirwa) entre 1977 et 1981 - notamment pour la construction d'une fonderie d'étain à Kabuyé - avaient entraîné sa faillite, dans le contexte d'une conjoncture mondiale déprimée. L'industrie est inexistante.

Échanges
La monnaie est le franc rwandais, émis par la Banque nationale du Rwanda, fondée en 1964. Les partenaires commerciaux traditionnels pour les exportations (café, thé et cassitérite) sont l'Allemagne et les autres pays de l'Union européenne (UE). Les importations (véhicules, carburant, textiles et biens d'équipement) proviennent essentiellement de Belgique, du Kenya, de France et du Japon. Les exportations, passées de 102,6 millions de dollars US en 1990 à 94 millions en 1993, étaient de 154 millions en 1996. Mais les importations étaient restées fortes : 286 millions en 1993, 325 millions en 1996. La part des besoins militaires avait dans la même période considérablement augmenté : 0,1 p. 100 des importations en 1990 contre 26 p. 100 en 1991. L'année suivante, l'ensemble des dépenses militaires étaient évaluées à 35 p. 100 du budget de l'État.
L'enclavement du Rwanda est un trait marquant de son économie. Le réseau routier s'étend sur environ 14 900 km mais il ne comporte que 7 p. 100 de routes carrossables qui permettent de gagner les réseaux ougandais et kenyan. La plupart des marchandises en provenance ou en partance du Rwanda transitent par le port de Mombasa, au Kenya. Le système ferroviaire est inexistant. Le principal aéroport international se situe près de Kigali.

HISTOIRE

Les premiers habitants connus du Rwanda furent vraisemblablement des Pygmées , ancêtres des Twa actuels. Des fouilles archéologiques ont mis au jour une métallurgie du fer et des poteries - apparentées à la culture bantoue - que la datation au carbone 14 fait remonter au premier millénaire avant notre ère. On les attribue à une population qui serait originaire du bassin du Congo et dont l'arrivée dans la région remonterait à cette époque. Ce peuple d'agriculteurs aurait ensuite cohabité avec les Tutsi, des pasteurs venus du Nord, qui se seraient installés progressivement entre le Xe et le XVe siècle. Ces trois communautés partageaient la même langue, le kinyarwanda, et la même religion à l'arrivée du colonisateur. Le roi ou mwami était l'image d'Imana, le dieu suprême, et régnait sur l'ensemble de ses sujets, les Banyarwanda. Sous son arbitrage, le pays était régi au plan administratif par les chefs de sol (généralement d'origine hutu), les chefs de pâturages (d'origine tutsi) et les chefs d'armées (recrutés chez les Tutsi). Le pouvoir était aux mains d'une aristocratie tutsi, mais les mariages entre familles de pasteurs et de cultivateurs n'étaient pas rares, sauf dans l'aristocratie qui conservait ainsi le pouvoir.

Colonisation européenne
C'est en 1858 que le premier Européen, John Hanning Speke, découvrit la région des grands lacs, sans entrer cependant dans le pays. Dans les années 1880, il fut suivi par des explorateurs allemands puis des missions catholiques furent établies. En 1890, les Allemands parvinrent à intégrer le Rwanda (Ruanda) ainsi que le Burundi (Urundi) à leurs possessions d'Afrique orientale malgré les réticences du mwami Musinga. Les Belges, aidés par les Anglais, en chassèrent les Allemands et occupèrent le pays en 1916. Puis le territoire du Ruanda-Urundi fut placé sous mandat de la Société des Nations (SDN) et son administration fut confiée à la Belgique. Dans un premier temps, celle-ci gouverna en s'appuyant sur les autorités en place, le mwami et l'aristocratie tutsi, dont les pouvoirs furent cependant modifiés et figés par la réforme de 1926 (les fonctions de chef devinrent héréditaires). Le mwami Musinga fut destitué en 1931 et exilé au Congo belge (actuelle République démocratique du Congo). Il fut remplacé par son fils Mutara III Rudahigwa, jugé plus docile. Appliquant le système de l'administration indirecte, la nouvelle administration autochtone fut chargée par la puissance coloniale de faire exécuter les travaux de mise en valeur du pays. Dans cette optique, les Banyarwanda furent soumis en 1934-1935 à un recensement des hommes adultes et valides, à qui l'on délivra un livret d'identité où figurait la mention de l'appartenance sociale, dite «ethnique».

Les missions chrétiennes, protestantes à la fin de l'époque allemande, catholiques sous la colonisation belge, se multiplièrent et prirent en main l'éducation sur l'ensemble du territoire tandis que le jeune mwami Mutara - il avait vingt ans au moment de sa prise de fonction - se fit baptiser en 1943. Mais ses relations avec l'Église et les autorités de tutelle se dégradèrent peu après, en raison du transfert toujours plus important des pouvoirs locaux à l'administration coloniale. Il demanda notamment la suppression des corvées publiques et de la chicotte, et le rétablissement de l'élection des chefs, tandis que la majorité hutu, dont les responsables n'avaient comme formation que les écoles des missions, demandait à être associée au pouvoir. Dès 1956, par l'intermédiaire du Conseil supérieur qu'il présidait, et sous la pression de ses conseillers, il réclama un calendrier précis pour l'accession du pays à l'indépendance, tandis que la majorité hutu faisait passer les réformes sociales et politiques avant l'indépendance qui aurait redonné aux Tutsi le pouvoir absolu qu'ils détenaient avant la colonisation. Une exigence qu'il s'apprêtait à présenter devant les Nations unies en 1959 lorsqu'il fut inopinément convoqué à Bujumbura, alors capitale du Ruanda-Urundi. Sa mort - mystérieuse - fut annoncée dans la soirée du 25 juillet 1959. Dès lors, le pays plongea dans la guerre civile.

La révolution hutu
Après la mort du mwami Mutara, décédé sans héritier, son successeur, , Kigeli V, illégitime aux yeux des Hutu et imposé par les conseillers du souverain défunt, appliqua une politique de fermeté dans la défense des privilèges de l'aristocratie tutsi. Les revendications socio-économiques avaient pris, depuis la publication, en 1957, du Manifeste des Bahutu, une dimension politique, sous l'impulsion du Parmehutu (parti du Mouvement de l'émancipation hutu), et dégénéra en affrontements communautaires. L'Église prit alors fait et cause pour la majorité hutu et l'administration coloniale laissa se développer les révoltes qui éclatèrent en novembre 1959 et qui ensanglantèrent le pays après l'assassinat d'un responsable politique hutu. Les Tutsi, très minoritaires, furent massacrés et pourchassés. L'année suivante, le mwami dut quitter le pays, plus de deux cent mille Tutsi firent de même. En janvier 1961, la république fut proclamée et un référendum, organisé quelques mois plus tard, rejeta par 80 p. 100 des voix la monarchie. Le Parmehutu remporta les élections, en septembre, obtenant 78 p. 100 des suffrages à l'Assemblée nationale. Le 26 octobre 1961, son dirigeant, Grégoire Kayibanda, secrétaire de l'archevêque du Rwanda, fut élu président de la République rwandaise.

Indépendance
Sur l'insistance du Conseil de tutelle de l'ONU, la Belgique proclama l'indépendance du Rwanda le 1er juillet 1962. Le Parmehutu se transforma en Mouvement démocratique républicain (MDR), qui domina la vie politique pendant les dix ans qui suivirent. Grégoire Kayibanda fut successivement reconduit aux élections de 1965 et de 1969. En 1963, une tentative de coup d'État des exilés Tutsi échoua et entraîna une nouvelle série de massacres perpétrés contre les Tutsi. La violence reprit en 1966 dans les écoles et à l'université, à la suite de l'incursion d'une poignée de Tutsi armés à la frontière sud. Enfin, quand des troubles éclatèrent au Burundi voisin, dominé par les militaires tutsi, qui avaient supprimé la royauté, et que des Hutu cherchèrent refuge au Rwanda, il s'ensuivit encore une nouvelle vague de violence à l'encontre des Tutsi. Mais des dissensions apparurent également entre les Hutu du nord, chez lesquels la pression tutsi avait été plus récente, et ceux du centre, et du sud du pays.

La deuxième République
En juillet 1973, le président Kayibanda fut déposé sans effusion de sang par le ministre de la Défense, le général Juvénal Habyarimana, un Hutu du Nord. Le Parlement et le MDR furent suspendus et, dans sa première déclaration officielle, le nouveau chef de l'État s'éleva contre la politique de discrimination ethnique et régionale de son prédécesseur. Une politique qu'il reprit pourtant largement à son compte par la suite en instituant un système de quotas dans les écoles et l'administration. Ainsi, aucun Tutsi ne figura parmi les cent quarante-trois bourgmestres (maires) que comptait le pays, pas plus qu'à la tête des dix préfectures. En 1975, le président Habyarimana fonda son propre parti, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), et une nouvelle Constitution fut adoptée en 1978 qui entérina le régime de parti unique. Après avoir déjoué un coup d'État en 1980, il fut reconduit sans opposition en 1983, puis en 1988. En 1990, la Belgique, la France et plusieurs pays d'Afrique centrale envoyèrent des troupes au Rwanda pour contrer un coup d'État préparé par des exilés Tutsi à partir de l'Ouganda, où ils aidèrent l'actuel président Museveni, Tutsi lui aussi, à prendre le pouvoir. Réunis au sein du Front patriotique rwandais (FPR), ceux-ci étaient soutenus par des Hutu modérés, opposants au régime et vivant à l'intérieur du pays. Pressé par son opposition et par la vague de démocratisation qui traversait le continent, le président Habyarimana accepta de mettre en place une nouvelle Constitution en 1991 qui donna naissance à une démocratie pluraliste. Le Conseil national de développement fut remplacé par une Assemblée nationale de transition et un poste de Premier ministre fut créé.

Le génocide rwandais
Un accord sur le partage du pouvoir entre le MRND, le FPR et les partis d'opposition fut signé en août 1993 à Arusha en Tanzanie. Mais le Premier ministre Faustin Twagiramungu (un Hutu modéré, président du MDR) ne parvint pas à former son gouvernement de coalition, tandis que le front patriotique rwandais, venu d'Ouganda, envahit le nord du pays, entraînant le massacre de dizaines de milliers de Hutu. Le 6 avril 1994, l'avion transportant les deux présidents (hutu) du Rwanda et du Burundi fut abattu par deux missiles alors qu'il s'apprêtait à atterrir à l'aéroport de Kigali. La mort du président Habyarimana fut immédiatement suivie du massacre systématique des Tutsi et de l'assassinat des Hutu modérés par les milices extrémistes. Ce véritable génocide, qui fit plus de 500 000 victimes, se déroula sans qu'interviennent ou cherchent à s'interposer les Nations unies ou les puissances occidentales, certaines pourtant présentes dans le pays (Mission des Nations unies d'assistance au Rwanda [Minuar], France, Belgique). Le 23 juin, le gouvernement français lança l'«Opération Turquoise», une intervention militaro-humanitaire mandatée par l'ONU. Une zone de sécurité fut instaurée dans le sud-ouest du pays. Alors que les tentatives de médiation pour un cessez-le-feu échouaient, les combats tournèrent à l'avantage du FPR soutenu par l'Ouganda qui s'empara de Kigali le 4 juillet. Les Forces armées rwandaises (FAR) se replièrent dans la zone de sécurité, entraînant avec elles des civils hutu qui craignaient les représailles. Au total, près de 2 millions de réfugiés se répartirent ensuite entre la Tanzanie et le Zaïre, où d'immenses camps furent installés aux abords de Goma. Malgré l'intervention des organisations humanitaires, l'aide se révéla insuffisante et les épidémies - le choléra notamment - se propagèrent.

Un gouvernement s'inspirant des accords d'Arusha fut mis en place le 19 juillet à Kigali par le FPR, excluant cependant l'ancien parti unique MRND du fait de sa responsabilité dans le génocide. Le régime présidentiel, dirigé par Pasteur Bizimungu (FPR) est caractérisé par une forte composante militaire tutsi. Pour avoir critiqué la dérive du régime, le ministre de l'Intérieur Seth Sendashonga fut démis de ses fonctions (il sera assassiné à Nairobi en 1998), en même temps que le Premier ministre hutu, Faustin Twagiramungu (MDR) démissionnait pour protester contre la volonté du FPR d'exercer le pouvoir sans partage; il fut remplacé par Pierre-Célestin Rwigyema. La Ligue rwandaise des droits de l'homme et les organisations internationales ont dénoncé les arrestations arbitraires et le climat de suspicion régnant dans le pays. Cette situation a contribué à retarder le retour des réfugiés, réclamé de plus en plus fortement par le Zaïre.

Le problème des réfugiés
Les nouvelles autorités de Kigali furent rapidement soumises à de fortes pressions internationales pour favoriser le retour des réfugiés. En réaction, le régime se durcit davantage, décidant brutalement, fin avril 1995, d'évacuer les camps de déplacés installés dans la zone de sécurité, où la propagande des partisans de l'ancien régime était très active. Plusieurs centaines de personnes furent tuées par l'armée tutsi dans le camp de Kibeho. Le 9 juin, Kigali imposa au Conseil de sécurité une réduction drastique du mandat et des effectifs de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), renouvelée une dernière fois pour six mois. Enfin, en décembre, le gouvernement fit expulser quarante-trois organisations non gouvernementales (ONG) qui avaient dénoncé le massacre de Kibeho. Dans le même temps, les responsables du génocide en exil préparaient leur revanche depuis les camps du Zaïre. En 1997, l'aide apportée aux troupes de Laurent-Désiré Kabila par l'Ouganda et le Rwanda obligea les quelque 400 000 réfugiés hutu rwandais à fuir dans les forêts du Zaïre. Quelques groupes finirent par rentrer au Rwanda, mais la grande majorité fut victime de massacres perpétrés par des Tutsi rwandais et zaïrois appuyant les rebelles. Ne pouvant obtenir des autorités congolaises l'autorisation de mener une enquête impartiale, l'ONU décidait de sa suspension (avril 1998). En juin 1998, un rapport de l'ONU a accusé l'armée rwandaise et les troupes de Laurent-Désiré Kabila d'avoir commis en 1996-1997 des massacres pouvant être qualifiés d'«actes de génocide»..

Tribunal pénal international
En novembre 1994, le Conseil de sécurité de l'ONU créa à Arusha (Tanzanie) un Tribunal pénal international pour le Rwanda, afin de permettre le jugement des auteurs du génocide. Son procureur, le juge malgache Honoré Rakotomanana, annonçait cependant le 19 février 1996 qu'il avait signé deux mandats d'arrêt contre d'anciens responsables hutu détenus à Lusaka, en Zambie. Parallèlement, le nombre des détenus en attente de jugement n'a cessé d'augmenter (69 000 début 1996 contre 28 000 un an auparavant) dans les prisons de Kigali. Le TPR a entendu son premier témoin le 10 janvier 1997 et a, depuis lors, poursuivi l'audition des témoins et des prévenus, dont l'un deux, ancien haut responsable dans l'ancien gouvernement rwandais, a admis que celui-ci était au courant des projets de massacre contre la communauté tutsi. En mai 1998, après l'exécution publique (condamnée par la communauté internationale) de 22 personnes jugées coupables de génocide, le Rwanda suspendait la mission du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU et expulsait son porte-parole. De plus en plus contesté sur sa volonté d'agir en faveur de la réconciliation et du partage démocratique du pouvoir, le régime s'est attaqué à la fraction des Hutu modérés qui lui avaient servi de caution lors de sa prise du pouvoir en 1994. La plupart de ces derniers, qui détenaient des postes de responsabilité, ont démissionné en 1995, ont été exclus sous l'accusation, non démontrée, de «génocide» et ont parfois même été mystérieusement assassinés. Par ailleurs, l'Ouganda a pris ses distances vis-à-vis de son allié rwandais à propos de l'occupation du Kivu et a négocié directement avec Kabila, laissant le Rwanda supporter seul l'impopularité de l'occupation de cette région de la République démocratique du Congo, où la disparition tragique des quelque 300 000 réfugiés hutu n'a toujours pas été élucidée. En juin 1999, le gouvernement a décidé de prolonger sa propre existence pour quatre ans.
Fin Mars 2000, on apprenait la démission de Pasteur Bizimungu. Le général Paul Kagamé a été élu à la présidence de la République par les députés et les membres du gouvernement : il a récolté 81 voix contre 5 pour son unique adversaire Charles Murigande.

Source :
Microsoft Encarta

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