Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

L'armée rwandaise semble avoir soutenu les rebelles tutsis qui ont affronté l'armée zaïroise dans l'est du Zaïre à partir de septembre. Le retour au Rwanda d'une grande partie du million de Hutus rwandais réfugiés au Zaïre depuis juillet 1994 devrait toutefois atténuer cette nouvelle menace de déstabilisation de la région. Sur le plan financier, l'effort de guerre risque de peser sur l'économie rwandaise, toujours convalescente après la guerre civile.
Les donateurs se sont engagés à hauteur de 627 millions de dollars pour la période 1996-1998, sur la foi des déclarations rassurantes du gouvernement, dont les priorités affichées sont le rapatriement des réfugiés et la réhabilitation du système judiciaire, qui devrait permettre de juger les quelque 800000 personnes soupçonnées de génocide emprisonnées au Rwanda. Les bailleurs de fonds ont également noté avec satisfaction les promesses de privatisation de l'économie et de réduction du taux d'inflation.
Considéré par la Banque mondiale comme le pays le plus pauvre de la planète (80 dollars de revenu annuel par habitant contre 120 en 1990), le Rwanda remonte la pente: la production agricole est en hausse de 15%, cette année, en raison, notamment, du retour des réfugiés, et cinquante-quatre des quatre vingt-huit entreprises industrielles rwandaises fonctionnent à nouveau
Ces progrès pourraient toutefois être remis en question si le Rwanda, qui apparaît comme une puissance régionale, devait supporter d'éventuels contrecoups du conflit du Kivu.

A la suite du retour d'un demi million de réfugiés hutus du Zaïre, fin 1996, une guérilla a surgi au Rwanda, et l'armée régulière ne parvient pas à la neutraliser. Sans pour autant représenter une menace pour Kigali, les rebelles hutus ont toutefois installé une insécurité permanente dans le Nord-Ouest, où les représailles de l'armée tutsie font de nombreuses victimes civiles. La victoire des rebelles congolais (ex-zaïrois) appuyés -sinon menés -par les troupes rwandaises confère à l'homme fort du Rwanda, le général Kagame, une influence régionale que même le Kenya a dû reconnaître. A l'origine hostile aux nouveaux dirigeants de Kigali, Nairobi souhaite aujourd'hui l'intégration du Rwanda à la communauté économique d'Afrique de l'Est, qui profiterait à l'industrie kenyane.
La production agricole de 1997 a été identique à la précédente alors que les terres cultivées ont augmenté d'un tiers. Mais le Rwanda a accueilli depuis 1996 un million de réfugiés au total, et ]es récoltes ne couvrent que 70 % des besoins. Le déficit alimentaire, estimé à 190000 tonnes pour 1997, s'explique par l'insécurité dans le Nord-Ouest, l'absence pour les travaux des champs des 110000 détenus soupçonnés de génocide et les restrictions imposées aux travailleurs migrants. Les exportations de café ont légèrement augmenté grâce, il est vrai, au café burundais, frappé d'embargo mais écoulé en contrebande par le Rwanda.

La nouvelle rébellion congolaise, qui a éclaté en août 1998 dans la province du Kivu, voisine du Rwanda, est la deuxième campagne militaire en moins de deux ans à laquelle participent activement les forces rwandaises, déjà aux prises avec une rébellion intérieure qui ne désarme pas depuis deux ans. Un rapport d'Amnesty International, rejeté par Kigali, accuse l'armée rwandaise d'être à l'origine de disparitions et de massacres de civils dans le Nord où sévit la guérilla et où l'on dénombre 630000 déplacés, forcés et volontaires. Une enquête des Nations unies conclut à une responsabilité du régime rwandais dans les massacres de dizaines de milliers de réfugiés hutus dans l'ex-Zaïre en 1997. En septembre, 125000 détenus soupçonnés de génocide s'entassaient dans les prisons, dont l'entretien annuel coûte 27 millions de dollars (160 millions de francs), un quart étant pris en charge de l'Etat. Les observateurs des droits de la personne de l'ONU, interdits d'activité par le gouvernement, se sont retirés en juillet.
Réunis en juin en Suède, les pays donateurs ont salué le retour de la stabilité socio-économique au Rwanda et se sont engagés à lui verser plus de 250 millions de dollars (1 ,5 milliard de francs) sur trois ans. Mais le ministre du budget s'est plaint de ce que ces engagements n'étaient pas tenus. Le gouvernement annonce que, d'ici trois ans, 44 entreprises publiques seront vendues au privé. La récolte de thé de 1998 atteindra un record, grâce aux pluies abondantes et grâce au programme de remembrement financé par l'Union européenne.

Cinq ans après le génocide, la réconciliation nationale entre Hutus et Tutsis semble bien lointaine. Certes, des élections locales ont eu lieu pour la première fois depuis 1994 mais, malgré la satisfaction un peu rapide des bailleurs de fonds, aucune analyse approfondie de leurs résultats n'a été réalisée. La période de transition, qui devait se terminer en 1999, a été prolongée de cinq ans par le gouvernement.
Le Rwanda a poursuivi l'assainissement de ses comptes afin de restructurer son économie, rencontrant quelques succès, comme en témoigne la croissance qui dépasse 7 %. L'économie rwandaise demeure d'autant plus faible que les secteurs du thé et du café, qui représentent 90% des recettes à l'export, sont en crise. Les exportations n'ont couvert que 25% des importations en 1999. Pour équilibrer son budget, le Rwanda demeure donc très dépendant de l'aide internationale.

Un déficit céréalier de 158000 tonnes est apparu fin 1999, faute de pluies, et a rendu nécessaire une nouvelle aide d'urgence d'un montant de 10 millions de dollars (60 millions de francs). Le Rwanda est aussi handicapé par les dépenses de la guerre que Kigali mène en ROC. Le dernier budget, d'un montant de 169 milliards de francs rwandais (83 millions de dollars ou 500 millions de francs), comportait une réduction symbolique des dépenses militaires de 62 millions (177000 dollars ou 1 million de francs). En réalité, ces dépenses échappent aux comptes officiels.
L'accord de Lusaka, signé au cours de l'été par les Etats impliqués en ROC et par une partie des groupes armés qu'ils soutiennent, prévoit le désarmement de la rébellion hutue, mais cet accord est resté lettre morte. Les combats ont repris de manière sporadique sur plusieurs fronts.

2000

La manne internationale qui a submergé le pays après la guerre et le génocide de 1994 ayant diminué de moitié, le Rwanda peine à construire son autonomie économique. La croissance ralentit au fur et à mesure que les soutiens extérieurs s'amenuisent, chutant de 9,5% en 1998 à environ 5 % pour l'année 2000.

Certes, tous les indicateurs ne sont pas dans le rouge: le déficit courant est réduit à 10% du PIB et les réserves de change sont supérieures à huit mois d'importation. Mais handicapé cette année par la hausse du prix du pétrole et les limitations de charge à l'essieu des camions en provenance du Kenya, deux facteurs ayant contribué à renchérir le coût des transports de près de 50 %, le Rwanda, pays enclavé, continue d'être dépendant de l'extérieur. Le tiers environ du budget est financé par les bailleurs de fonds, notamment l'Union européenne, qui contribue pour environ 10 %, avec 26,6 millions d'euros, tandis que 90 % des investissements publics sont pris en charge par des donateurs.

Il n'en demeure pas moins que les cultures de rente (café, thé), n'ont pas tenu leurs promesses en partie à cause de l'effritement des cours mondiaux, en partie à cause de la sécheresse, qui a également malmené la production agricole dans son ensemble (91 % de la population active), sauvée de justesse d'une catastrophe par les bons résultats du Nord, bien arrosé par les pluies.

Une réunion des bailleurs de fonds, en novembre, a mis en lumière l'agacement croissant des pays donateurs, y compris des Etats-Unis, à cause des dépenses militaires induites par la guerre au Congo qui pourraient atteindre la moitié du budget rwandais.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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