
ARTICLES EXTRAITS DE LA PRESSE AFRICAINE
1998
Pour prendre le pouvoir au Rwanda,
le Front patriotique a utilisé depuis 1990 des procédés
meurtriers qu'on retrouvera plus tard dans l'AFDL de Kabila. A la tête
de la guerre contre le
général rwandais
Habyarimana puis de celle contre le maréchal zaïrois Mobutu,
un homme à la personnalité et au passé inquiétants,
le général Kagame. Son parcours, n'est qu'une longue trace
de sang.
En octobre 1990, le président
ougandais Museveni, un Tutsihima, lâchait sur le Rwanda les réfugiés
tutsis rwandais de son armée. Quelques années plus tôt,
ils combattaient à ses côtés dans sa guérilla
victorieuse contre Milton Obote. A lui, Museveni, d'aider à son
tour ses "boys" rwandais du FPR (Front patriotique rwandais) récemment
constitué. De cette façon, en cas de victoire du Front, les
effectifs étrangers de ses forces de sécurité seraient
réduits, et le territoire ougandais débarrassé de
réfugiés encombrants et turbulents, mal vus des populations
pour être trop présents dans tous les secteurs, au point de
constituer une mafia. De plus, le Rwanda voisin serait dirigé par
un régime frère, augmentant ainsi la puissance régionale
et internationale du groupe ethnique des Tutsis. Tel était le calcul
fait.
La force du FPR : les armes la
propagande, les réseaux, la machine de propagande des Tutsis rwandais
se mit en marche. Au long de la guerre, elle fut active à Bruxelles
surtout. La diaspora rwandaise y était importante et le FPR y disposait
d'un bureau permanent, à proximité de l'ambassade d'Israël.
La Belgique devint ainsi la base principale d'une campagne médiatique
et diplomatique contre le régime hutu du général Habyarimana,
en appui des actions militaires du Front. Là et ailleurs dans le
monde, le FPR avait mis en place, dans les milieux appropriés, des
réseaux efficaces d'agents et de sympathisants chargés d'influencer,
de récolter des informations, de lever des "cotisations" pour l'effort
de guerre. Partout des filles et des épouses rwandaises furent sollicitées
pour séduire.
A ses débuts, le FPR était
un mouvement politique de réfugiés tutsis radicaux. Il lui
eût été difficile de faire admettre que le retour de
réfugiés (tous ne souhaitaient pas rentrer définitivement
au pays) justifiât à lui seul une agression extérieure
contre un régime généralement bien considéré.
Le Front s'appliqua alors à faire passer dans l'opinion internationale
que l'attaque militaire menée depuis l'Ouganda n'était pas
une agression d'un pays contre un autre, mais une action légitime,
organisée par des "déserteurs" de l'armée ougandaise,
visant à substituer un système démocratique à
un régime dictatorial et raciste, qui écrasait la population
et s'opposait radicalement au retour dans leur pays de Rwandais exilés
à l'étranger avant et après le renversement par les
Hutus de la monarchie tutsie, en 1961.
A la tête du régime
exécré se trouvait le général Habyarimana,
dont un politicien français tiers mondiste, peu avisé en
l'occurence, avait dit qu'en naissant il avait trouvé la sagesse
dans son berceau. La vérité se situe entre ces deux présentations:
le président rwandais fut très populaire après son
coup d'Etat en 1973, un peu moins à la fin des années 80.
En ce qui concerne sa sagesse, il faut relever que l'une de ses fautes
politiques fut de n'avoir prêté une attention suffisante ni
aux aspirations de retour au pays de la diaspora tutsie, ni aux intérêts
de la majorité des populations de l'intérieur du pays. Le
président était dépendant d'une belle-famille à
la mentalité archaïque, pour qui l'intérêt national
se réduisait par trop à celui des Hutus du nord du pays,
sa région d'origine.
Il reste que le FPR déclencha
le conflit alors que le Sommet de La Baule venait d'avoir lieu. Un vent
de réformes démocratiques traversait l'Mrique et gagnait
le Rwanda francophone. A ce moment, le recours à la violence pour
contraindre le régime était une solution inadéquate,
en tout cas prématurée. Tout pouvait encore se négocier.
Mais le FPR, dont le poids politique à l'intérieur du pays
était faible, ne voulut pas d'une évolution pacifique du
Rwanda vers le multipartisme, puis vers des élections qui lui auraient
été sans doute défavorables: il n'avait aucune audience
chez les Hutus, qui forment les huit dixièmes de la population,
et les Tutsis de l'intérieur ne se sentaient pas très concernés
par une organisation de réfugiés.
Le FPR a donc retenu une technique
courante de propagande, et il s'est appliqué à faire du président
Habyarimana la personnification du mal rwandais, le symbole odieux d'une
dictature féroce dont il fallait venir à bout pour le bien
du peuple. Le président restait populaire et puissant. Le FPR devait
donc le discréditer pour l'affaiblir et susciter une opposition
interne qui diviserait les Hutus. Il excita le ressentiment populaire et
rassembla toutes les arguments possibles qui justifieraient la destitution
par la force d'un personnage censé être haï de tous.
Les Tutsis du Rwanda pris en otages.
Sous des dehors plaisants trompeurs,
souvenir des cours royales rwandaises d'antan, la direction du FPR dissimule
un extrémisme qui l'a conduit, d'après des témoignages
crédibles, à faire passer ses ambitions politiques avant
la vie des populations tutsies restées au pays. Le Front patriotique
savait parfaitement qu'en attaquant militairement le Rwanda pour renverser
son régime il faisait prendre un risque mortel à ces populations
tutsies numériquement très minoritaires. Pour son ambition
personnelle, le Tutsi Kagame a pris le risque de sacrifier ses compatriotes
tutsis de l'intérieur.A l'évocation de l'éventualité
de telles représailles, la réponse donnée dans les
milieux dirigeants du FPR était "On ne fait pas d'omelette sans
casser d'oeufs". Je me souviens par ailleurs d'un Tutsi me disant à
Bujumbura: "II ne faut pas considérer le génocide rwandais
comme un drame, mais considérer qu'on a coupé les vieilles
branches [entendre: les populations intérieures] d'un arbre pour
permettre le développement de nouvelles branches plus saines et
plus vigoureuses." En d'autres termes, le génocide a bien été
pris en compte dans les plans du FPR. Et maintenant que celui-ci dirige
en fait le pays, un témoin rwandais affirme: "On utilise les Tutsis
de l'intérieur comme des chèvres pour attirer les loups".
Au début du mois de janvier, Amnesty International a résumé
la situation: "Les massacres de ces trois derniers mois semblent être
les plus importants qu'aient commis l'APR [note: Armée patriotique
rwandaise] et les groupes d'opposition armés depuis au moins deux
ans".
Le général Kagame,
ou le Jules César de l'Afrique!
Malgré sa responsabilité
directe ou indirecte dans le génocide et dans d'innombrables massacres,
Paul Kagame fait l'admiration de Thtsis extrémistes. Sa victoire
en 1994 sur l'armée gouvernementale rwandaise devrait être
regardée comme une "oeuvre divine à l'instar des récits
bibliques", a estimé à l'époque du génocide
un journal de Bujumbura, pour qui Paul Kagame et Jules César étaient
"les deux plus grands génies militaires de l'histoire". Moins lyrique,
le général américain George Jolwan, commandant en
chef de l'OTAN, qualifiait Paul Kagame de "visionnaire".
Pour le capitaine Barril,
l'attentat aérien de Kigali a été perpétré
par le FPR et l'Ouganda. Du côté français, les appréciations
à l'égard de Kagame et de ses actes sont différentes.
Le capitaine Paul Barril, dans une interview donnée au magazine
Playboy quelques mois après l'attentat aérien de Kigali d'avril
1994, affirme qu'il est convaincu que cet acte a été «programmé
et exécuté par le FPR [Front patriotique rwandais] avec la
complicité de l'Ouganda".
L'opération exécutée,
"Kagame en profite, avec ses 20 bataillons, pour ouvrir le feu" un peu
partout dans le pays. Le génocide rwandais ? Le FPR l'a provoqué
et en partage la responsabilité: "au moment donc de cette apothéose
pour lui [Note: l'attentat aérien et la reprise de la guerre, jusque-là
suspendue par les Accords d'Arusha], le FPR ...donne l'offensive de partout.
Kagame se couvre aux yeux de la communauté internationale, en créant
des provocations avec des Tutsis isolés, pour avoir un massacre
de Tutsis... et devant cette image de Hutus massacreurs, la France est
obligée de dégager et de se replier."
Enfant, Kagame était surnommé
"Le méchant"...
Selon Barril, le plan de Kagame,
"un homme très intelligent", était d'ouvrir un deuxième
front tutsi au Burundi en provoquant l'assassinat de son président
hutu: "Aussi, depuis 1992, Kagame a-t-il déstabilisé le Burundi;
j'ai failli être enlevé en octobre 93 à Bujumbura.
..où j'étais allé voir le président Ndadaye
pour le mettre en garde sur le coup d'Etat qui se tramait. Kagame était
à Bujumbura le jour où il y a eu l'assassinat du président
Ndadaye, ce n'est tout de même pas un hasard."
La liste des crimes n'est pas close.
Au début de la guerre contre le Rwanda, le premier chef militaire
du FPR, le général Fred Rwigyema, a été tué.
Sur ordre de son rival Kagame, dit-on souvent dans les milieux rwandais.
De même, sur ordre de qui a été assassiné André
Ngandu Kisases, le premier commandant en chef de l'Alliance, sachant que
Kabila n'a aucune autorité effective sut son armée ? Là
encore, l'armée rwandaise est souvent montrée du doigt, et
donc son ministre de la défense Paul Kagame, par ailleurs vice-président
de la République.
Pour le reste, il faut savoir qu'avant
d'être le "Jules César" africain, Paul Kagame a été
un enfant qui "avait une méchanceté hors du commun", affirme
un document, au point que ses condisciples le surnommaient 'Kagome', (Le
méchant). Plus tard, signale l'organisation belge "SOS Rwanda-Burundi",
il s'illustrera sous le sobriquet de "Pilate" en raison des "tortures qu'il
a infligés à la population ougandaise quand il était
à la tête des services secrets de ce pays."
Au fait, les massacres de populations
civiles lors de la guerre d'agression du Zaïre, c'est encore lui.
Vraiment, il n'a pas fini d'étonner, le petit Paul alias "Le méchant",
devenu "Jules César".
1998
POUR LA première fois, une
commission d'enquête parlementaire s'est penchée sur le génocide
rwandais de 1994, qui a entraîné le massacre de 800 000 à
1 million de personnes, principalement des Tutsi, mais également
des Hutu opposés au régime du président assassiné,
Juvénal Habyarimana.
C'est au Parlement belge que revient
l'honneur d'avoir analysé sans équivoque, après de
multiples auditions et études de documents, les mécanismes
et les événements qui ont conduit au troisième génocide
de l'histoire de l'humanité après celui des Annéniens
et des Juifs.
Le rapport d'enquête de plus
de 1 000 pages, dont un résumé est dorénavant accessible
sur Internet (http:// www.senate.be), apporte non seulement un témoignage
historique très précis sur le contexte et la préparation
du génocide, mais il met également le doigt sur les dysfonctionnements
de l'action internationale et les responsabilités des différents
protagonistes de l'époque.
Evoquant des « erreurs »,
des « négligences » et des « mauvaises évaluations
», la Commission d'enquête relève que « la communauté
internationale n'a pas pris suffisamment en compte (...) les informations
concernant les atteintes aux droits de l'homme et la préparation
des massacres » .
« Outre les responsables rwandais,
note le rapport, des autorités politiques et militaires de la Belgique,
des Nations unies et de l'ensemble de la communauté internationale
sont directement ou indirectement responsables de certains aspects des
événements dramatiques postérieurs au 6 avril 1994
au Rwanda. »
Considérant que les implications
du génocide n'ont pas été adéquatement prises
en compte, la Commission met directement en cause l'actuel secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, qui était secrétaire
général adjoint chargé des opérations du maintien
de la paix au moment des massacres, pour son refus de laisser témoigner
devant elle des fonctionnaires dépendant du système des Nations
unies, y compris lui-même, qui auraient pu apporter des précisions
capitales.
Tout en indiquant que cela ne relève
pas de sa compétence, la Commission d'enquête souligne également
« qu'il y aurait lieu d'examiner de plus près le rôle
joué par la France avant, pendant et après les événements
». Le Parlement belge conforte ainsi tous ceux qui souhaitent que
la France officielle, compte tenu de ses liens privilégiés
avec le régime Habyarimana et de son opposition viscérale
au Front patriotique rwandais (FPR), l'ex-rébellion armée
actuellement au pouvoir à Kigali, clarifie son rôle durant
la préparation et l' accomplissement du génocide.
1998
Outre leur appui politique au régime
du général tutsi Paul Kagame, les Etats-Unis apportent une
assistance militaire à son armée, connue comme l'une des
plus répressives d'Afrique et le bras armé d'un terrorisme
d'Etat intérieur et extérieur. Elle est notamment accusée
d'assassinats politiques, mais surtout de crimes contre l'humanité
commis depuis des années sur le territoire rwandais et au Zaïre
pendant la guerre contre le régime Mobutu.
Les autorités américaines
semblent ne pas s'en émouvoir, alors qu'elles ne cessent de combattre
Cuba, l'Iran, la Libye, le Soudan ou l'Irak. Ainsi, en mars dernier, le
Sénat américain a voté à l'unanimité
un texte déclarant Saddafi Hussein criminel de guerre et réclamant
son jugement devant un tribunal international, notamment à cause
de tirs de missiles irakiens sur Israël.
Lors de son périple africain
en mars et avril derniers, le président Bill Clinton s'est aligné
sur la position gouvernementale rwandaise. Pendant sa halte à l'aéroport
de Kigali, il a déclaré que la communauté internationale
et des pays africains portaient une part de responsabilité dans
le génocide rwandais de 1994 pour avoir refusé d'intervenir
militairement afin d'arrêter les tueries.
L'accusation vaut pour les Etats-Unis surtout. Leur ancien sous-secrétaire d'Etat Hermann Cohen: « Les Etats-Unis ont refusé de parler d'un génocide [rwandais] qui aurait établi des obligations juridiques [d'intervenir militairement] ». Comme le président Clinton a lui-même longtemps interdit qu'on parle de génocide autour de lui, il s'est gardé de critiquer le Front patriotique rwandais (FPR) qui avait formellement interdit toute opération militaire étrangère, sous peine de riposte armée de sa part. Le président Clinton a encore moins reproché au FPR, un mouvement sans assise populaire de Tutsis extrémistes réactionnaires, d'avoir ouvert en 1990 une guerre de conquête du Rwanda jusque-là en paix, qui a engendré dans la population hutue une hostilité grandissante à l'égard de la minorité tutsie intérieure. Il n'a pas évoqué non plus la lourde responsabilité dans le génocide revenant aux auteurs de l'attentat aérien de Kigali d'avril 1994, son facteur déclenchant. Il a préféré s'aligner sur la position simpliste du FPR selon laquelle l'origine du génocide se situait uniquement dans une politique gouvernementale visant la destruction systématique d'une partie de la population rwandaise, soient les Tutsis et les «Hutus modérés». Mais quelques jours plus tard, en France, l'ancien ministre Bernard Debré avancera une thèse indiquant, données à l'appui, que les missiles qui ont abattu l'avion présidentiel provenaient certainement des Etats-Unis d'où ils auraient été livrés à l'Ouganda.
Dans l'Afrique des Grands Lacs, les
Etats Unis, le FMI et la Banque mondiale semblent marquer une préférence
pour les régimes autoritaires en place dirigés par des chefs
de guerre tutsis. Ceux-ci prétendent appliquer leurs principes de
libéralisme économique et de « bonne gouvernance »,
au détriment des aspirations démocratiques et des besoins
sociaux de leurs populations. Le président ougandais Museveni, le
vice-président rwandais Kagame, et le major burundais Buyoya ont
pris le pouvoir par la force, et ils dirigent leurs Etats grâce à
des nomenklaturas corrompues et aux méthodes répressives
de leurs armées et de leurs polices politiques. Au Congo-Kinshasa,
le président autoproclamé Kabila était initialement
l'homme de paille de ces dictateurs.
La connivence entre des responsables
américains et ces dictatures semble reposer sur une vision darwinienne
du règne vivant, qui reconnaît la domination du plus fort
sur le plus faible, et donc l'émergence du groupe le plus agressif
sur les autres groupes concurrents. Dans les sociétés humaines,
cette vision se nomme libéralisme et capitalisme sauvages. Bien
avant que les chefs de guerre tutsis de l'Afrique des Grands Lacs, passés
et actuels, ne fondent leur pouvoir sur la force des armes et le non-droit,
les Etats-Unis se sont créés sur le génocide des Indiens
d'Amérique et sur l'esclavage des Noirs. Le cinéaste américain
Steven Spielberg a dénoncé le racisme américain en
déclarant au magazine belge Ciné Télé Revue
:.
« J'ai adopté deux petits
Afro-Américains: Théo et Mikaela. En les regardant, je me
suis dit que je devais impérativement tourner « Amistad »,
afin qu'ils sachent que les EtatsUnis d'Amérique ont du sang sur
les mains. A travers ce film, j'espère aussi que le ministère
de l'Education de ce pays fera en sorte que le thème de l'esclavagisme
-sujet ô combien tabou -ne soit plus délibérément
évité, écarté, dans les maigres cours d'histoire.
Mon souhait le plus cher serait que les écoliers, sensibilisés
par ce drame, comprennent quels ont été les tenants et aboutissants
de cette honteuse époque et, surtout, qu'ils n'oublient jamais que
l'Amérique, avant d'être la patrie des opprimés et
de toutes les libertés, a été un véritable
enfer. Pis: une prison à ciel ouvert pour des millions de Noirs
africains. Il est plus que temps d'apprendre aux nouvelles générations
que l'histoire des Etats-Unis n'est pas jalonnée que de gloires,
de victoires et de bonnes consciences. L'Amérique n'a jamais pu
regarder en race son propre holocauste. »
La dernière étape
du voyage africain de Bill Clinton fut l'île de Gorée au Sénégal,
où des esclaves noirs étaient embarqués pour les Amériques.
Le Monde écrit: «Lors de son escale en Ouganda, Bill Clinton
avait exprimé les "regrets" des Etats-Unis pour l'esclavage, mais
avait exclu de présenter des excuses en bonne et due forme, comme
le réclament des membres de la communauté noire américaine.
»
Les préoccupations du général
Kagame sont tout sauf démocratiques. Déjà tout au
long de sa guerre contre le Rwanda du général Habyarimana,
il a fait passer sa volonté de puissance avant la vie des Tutsis,
par des actions militaires et des revendications politiques exagérées,
qui ont entraîné une radicalisation ethnique de la société
rwandaise, puis le génocide de 1996. Lequel fut précédé,
accompagné et suivi de grands massacres de populations civiles hutues
par l'Armée patriotique, qualifiés eux aussi de génocide
par certains. Après la prise de pouvoir du général
Kagame, ses services de propagande et leurs relais étrangers se
sont employés à détourner les regards des crimes du
FPR et à les orienter dans une direction donnée. Par une
sorte de racisme inversé, ils ont propagé des thèmes
tel celui du Rwanda pré colonial sans ethnies et heureux grâce
à la monarchie tutsie, ou celui du Hutu "génocidaire" porteur
d'une idéologie de la haine ethnique visant l'extermination des
minorités tutsies de la région. Selon les autorités
rwandaises, cette idéologie aurait été introduite
dans le pays par une Belgique sous influence hitlérienne: «
Après avoir établi une théorie raciste exportée
d'une Europe fasciste, le colonisateur [belge] a fortement basé
sa gestion du territoire sur une politique rigide de catégories
sociales, balayant totalement l'équilibre de la société
traditionnelle rwandaise.», accuse en 1996 un document de l'ambassade
du Rwanda à Bruxelles.
Plus récemment, le président
rwandais Pasteur Bizimungu, un "Hutu de service" membre du FPR, dira dans
un discours démagogique et vengeur prononcé le 4 juillet
1997, jour anniversaire de la « libération » du pays
par le FPR, que «les chaînes, les travaux forcés, le
rouet le mépris, le racisme, ce sont les Belges et l'ONU qui doivent
en répondre en ce qui concerne le Rwanda.», tout comme ils
«doivent encore répondre de la manière dont ils ont
géré ce pouvoir [de tutelle].» Ils doivent aussi répondre,
selon le président rwandais, d'actes supposés de génocide
commis sous la tutelle belge: « Entre 59 et 62, il y a eu quatre
ans de génocide. Je n'ajoute pas de massacres, mais seulement de
génocide. Ils doivent en répondre.» Et dédommager
le Rwanda, précise le président, avec des fonds disponibles
chez les Blancs qui ont «détruit l'Europe dans la guerre de
40-45, tuant 6 millions de juifs ».
Dans un autre discours prononcé
en octobre 1996, au moment de la guerre du Rwanda et de l'Ouganda contre
le régime Mobutu, le même président Bizimungu a émis
des prétentions territoiriales sur le Zaïre oriental. Il a
évoqué une nécessaire solidarité transfrontalière
entre les populations tutsies du Zaïre et le Rwanda, justifiée
par l'existence d'un hypothétique grand Rwanda précolonial
où « Même la région jadis appelée Bishugi
considérée aujourd'hui comme berceau des Banyamulenge, tous
les habitants de ces contrées étaient des Rwandais. Ces Banyamulenge
dont vous entendez parler sont nos congénères avec qui nous
partagions le Rwanda. (...) Lors de la scission du Rwanda en deux parties
par les Blancs, ces populations de Masisi et ces Banyamulenge étaient
établies là où elles sont depuis quatre cents ans.
»
Le concrétisation de ces
revendications a commencé avec la guerre menée en 1996 et
1997 contre le régime Mobutu par de prétendus "Banyamulenge".
En réalité, sur le terrain ont opéré surtout
des "brigades internationales tutsies" composées de détachements
des armées ougandaise, burundaise, et surtout rwandaise. Après
leur victoire par Laurent Désiré Kabila -interposé,
des troupes rwandaises sont restées dans le pays et ont constitué
le cadre des Forces armées congolaises, les FAC. L'ordre de renvoi,
donné à la fin de juillet dernier par le président
autoproclamé Kabila aux éléments de l'Armée
patriotique rwandaise, a déclenché une nouvelle guerre des
"Banyamulenge" contre le régime, autrement dit une nouvelle intervention
des armées précitées dans le but probable d'installer
au pouvoir une équipe plus docile. Entre temps, le Rwanda avait
réussi à mettre en place un dispositif militaire et un cadre
administratif dans des régions du Congo-Kinshasa oriental. l'avenir
dira vers quelle forme juridique éventuelle ce dispositif d'occupation
évoluera à la suite de la guerre en cours.
Un hégémonisme tutsi
sur les populations dites bantoues se justifie, disent les idéologues
tutsis du Rwanda et du Burundi, par les besoins de sécurité
de leurs minorités ethniques confrontées en permanence à
un mortel "péril hutu" dû à un "virus ethnique" qui
aurait désormais contaminé les populations du Congo-Kinshasa.
La sécurité des Tutsis nécessiterait la prise de mesures
particulières: l'Armée patriotique rwandaise et les Forces
armées burundaises sont très majoritairement tutsies, de
même que le pouvoir politique, l'administration et le secteur privé.
Le général Paul Kagame
cumule les fonctions de vice-président de la République,
de ministre de la défense et de président du FPR. Par l'autorité
qu'il détient, il porte sans doute aucun une responsabilité
pénale personnelle dans la guerre contre le régime Habyarimana,
dans le génocide rwandais, et dans les crimes contre l'humanité
perpétrés par son armée lors de la guerre d'agression
contre le régime Mobutu. Au Rwanda, les morts de la guerre et du
génocide sont estimés à un million de personnes. Lors
de la guerre au Zaïre, de 200 à 300 000 personnes ont disparu
dans des actions, notamment des opérations de l'armée rwandaise,
désignées dans un rapport des Nations unies comme des «crimes
contre l'humanité» ou même des «actes de génocide»
peut-être.
Le général Kagame
aurait peine à justifier devant son opinion publique ses actions
et leurs conséquences. Depuis le conflit qu'il a ouvert en 1990,
son pays a connu un génocide, une ruine totale et il connaît
en ce moment une nouvelle guerre civile et la famine. Les Nations unies,
dans leur rapport 1997 sur le développement humain, placent le Rwanda
à la 174e place sur 175 pays notés. Au fond du tableau figurent
d'autres pays de "bonne gouvernance", également en guerre, soutenus
par les USA, et dirigés par des minorités "nilotiques": Ouganda
(15e), Erythrée (168e), Burundi (16e), Ethiopie (170e).
Le pari proposé par cette
"nouvelle génération de dirigeants africains" est de mener
leurs pays par la force, sans obligation démocratique, en invoquant
une sorte de droit des minorités à l'exception politique,
ces minorités étant censées posséder des aptitudes
supérieures pour le commandement et l'organisation, dont seraient
dépourvues les populations "bantoues", moins combatives. Depuis
plusieurs années, ces minorités, ou plutôt des groupes
à l'intérieur de ces minorités, servent de relais
au leadership mondial des Etats Unis, qui voudraient les voir assurer la
stabilité de la région et servir de rempart contre le "péril
islamiste".
La mise en oeuvre de cette politique
hégémoniste est décevante. l'Ethiopie et l'Erythrée
sont en guerre, et des rébellions sévissent en Ouganda, au
Rwanda et au Burundi, malgré le renforcement des capacités
militaires locales. Par exemple, le budget de la défense du Burundi
a doublé entre 1995 et 1997, et représente désormais
39 % du budget national; celui du Rwanda absorberait actuellement 50% des
recettes fiscales de l'Etat.
Dans ces deux pays, les dirigeant
tentent de faire croire que le problème est de trouver des institutions
satisfaisantes pour tous. le problème n'est pas là. Le problème
premier est de résorber au plus tôt la criminalité
d'Etat en permettant à la justice internationale de poursuivre les
dirigeants impliqués dans des crimes contre l'humanité. Ils
sont connus de tous. Ces criminels neutralisés, des institutions
judiciaires neutres et performantes pourraient enfin se mettre en place,
ce qui implique un contrôle et une assistance internationaux. On
peut raisonnablement espérer qu'alors ces magistratures mixtes pourront
traiter d'autres dossiers criminels. Certains concernent des crimes impunis
vieux de trente ans parfois.
N'est-ce pas de cette façon
que Bill Clinton aurait dû s'adresser à la "nouvelle génération
de dirigeants africains" de la région des Grands Lacs ?
1999
Après six années de
guerre civile, l' assassinat, dans la nuit du 28 au 29 août, de trente-huit
personnes par un groupe de rebelles hutus burundais est venu rappeler qu'à
Bujumbura la violence fait toujours partie du quotidien. Depuis plusieurs
semaines, les raids meurtriers se multiplient sur les hauteurs du lac Tanganyika.
De même, au-delà des frontières burundaises, l'extrémisme
hutu demeure un phénomène avec lequel ceux qui recherchent
une solution pacifique à la crise des Grands Lacs doivent nécessairement
compter.
Rebelles et militaires burundais
s'efforcent de se tenir à l'écart du conflit, mais cela ne
les empêche pas, à l'occasion, de tirer parti de l'extrême
confusion qui règne dans la région. Ainsi, l'Armée
patriotique rwandaise (APR) et l'armée burundaise, toutes deux à
majorité tutsie, n'hésitent pas à mener des opérations
conjointes. De même, les extrémistes hutus burundais coopèrent,
à l'occasion, avec leurs homologues rwandais. « Établi
à la demande de l'ONU et publié en août 1998, le rapport
de la Commission d'enquête sur les trafics d'armes dans la région
reproduit, en annexe, des lettres qui démontrent la collaboration
entre les rebelles hutus rwandais et les Burundais des Forces pour la défense
de la démocratie (FDD) », indique la journaliste belge Colette
Braeckman. De là à parler d'un « Hutu Power »,
qui, à l'instar des partisans de l'empire Hima Tutsi, agirait de
manière concertée pour prendre le pouvoir au Rwanda et au
Burundi (où les Hutus représentent environ 85 % de la population,
contre 15 % pour les Tutsis), il y a un pas que les spécialistes
se refusent à franchir.
Contrairement à leurs homologues
burundais, les lnterhamwes originaires du Rwanda sont, eux, très
impliqués dans le conflit congolais. Ils en sont même, selon
Paul Kagamé, la cause principale: l'homme fort de Kigali répète
sur tous les tons que son pays n'est intervenu dans l'ex-Zaïre que
pour sécuriser sa frontière occidentale. Le
2 août 1998, l'Ouganda et
le Rwanda ont choisi de lâcher Laurent-Désiré Kabila
et d'entrer en guerre contre la RDC. Du coup, les extrémistes hutus,
qui, depuis 1994, harcelaient le pouvoir de Kigali à partir de leurs
bases arrière du Nord-Kivu, se sont découvert des intérêts
communs avec Kabila. Mieux, ils se considèrent désormais
comme ses alliés naturels dans sa lutte contre « l'agresseur
rwando-ougandais ». Bref, ils sont devenus une composante essentielle
de la guerre. Selon l'organisation humanitaire britannique African Rights,
entre 30 000 et 40 000 miliciens interhamwes et membres des ex-Forces armées
rwandaises (FAR) seraient actuellement engagés contre le régime
mis en place par le Front patriotique rwandais (FPR). Plusieurs centaines
d'entre eux se battent aux côtés des Forces armées
congolaises (FAC). Et pas seulement dans le Kivu. Le chef rebelle congolais
Jean Pierre Bemba, leader du Mouvement pour la libération du Congo
(MLC), affirme, par exemple, qu'au mois de juin, lors de leur conquête
de la région de l'Equateur, dans le nord de la RDC, ses hommes ont
eu à affronter des miliciens hutus, les contraignant à se
réfugier de l'autre côté de l'Oubangui, en territoire
centrafricain.
Mais l'intervention des lnterhamwes
ne se limite pas à la ROC et au nord-ouest du Rwanda.
Certains d'entre eux, fuyant devant
l'offensive du FPR consécutive au génocide de 1994, avaient
trouvé asile au Congo-Brazzaville, où ils se sont enrôlés
dans les milices locales. Plus à l'est, les extrémistes rwandais
coopèrent, de manière ponctuelle, avec la rébellion
ougandaise de l'Allied Democratic Front (ADF). Le 1er mars dernier, ils
se sont tristement illustrés par l' assassinat de huit touristes
occidentaux dans le parc national de Bwindi, au sud-ouest de l'Ouganda.
À côté des belligérants
officiellement reconnus comme tels et signataires des accords de Lusaka
-qu'il s'agisse des États impliqués dans la guerre ou des
mouvements rebelles congolais -, les lnterhamwes font donc figure d'électrons
libres. Totalement incontrôlables, ils sont souvent dénoncés
comme l'un des principaux obstacles à la paix. Leur désarmement
constitue l'un des points essentiels du projet de cessez-le-feu élaboré
en Zambie (on sait que ce texte a été paraphé, le
10 juillet, par les six Etats impliqués dans la guerre, puis le
31 août, par les deux factions rivales du Rassemblement congolais
pour la démocratie). Dans la pratique, leur neutralisation risque
toutefois de se heurter à de sérieuses difficultés.
Aldo Ajello, l'envoyé spécial
de l'Union européenne dans la région des Grands Lacs, a,
dans un premier temps, suggéré d'offrir « une prime
à la démobilisation d'un montant d'environ 3000 dollars par
personne, payables en cash ou sous forme d'outils et d'intrants agricoles
», rappelle Colette Braeckman. Cette solution, qui, dans le
passé, a été expérimentée avec succès
au Mozambique, a été rejetée par Kigali, qui
estime qu'à la différence des combattants du Mouvement de
rénovation du Mozambique (Renamo ), « les extrémistes
hutus sont mus par une idéologie et sont peu sensibles à
l'argent ».
Pour les radicaux tutsis rwandais,
la lutte contre les lnterhamwes constitue, à l'évidence,
un alibi commode pour justifier le maintien d'un état d'urgence
propice à tous les débordements. En refusant de pardonner
aux « génocidaires », Kagamé et ses amis ne font
que renforcer dans leurs convictions ceux qui ont pris le maquis. Dans
le camp d'en face, le désarmement des miliciens hutus n'est pas
forcément mieux accueilli. Pour Kinshasa, les lnterhamwes constituent,
sur le plan militaire, un renfort déterminant. Selon certains, ils
formeraient même aujourd'hui le « noyau dur » des Forces
armées congolaises. En cas de retrait des alliés angolais
et zimbabwéens, leur neutralisation serait une véritable
catastrophe.
Désarmer les belligérants
ne sera donc pas une partie de plaisir. Et une éventuelle intervention
des casques bleus pour amener à composition des rebelles qui se
comportent de plus en plus en seigneurs de guerre paraît bien aléatoire
(voir page 33). Le précédent somalien (le fiasco de l'opération
Restore Hope, en 1993) étant encore dans toutes les mémoires,
il est douteux que les Occidentaux prennent le risque de se lancer dans
l'aventure. « Le désarmement des Interhamwes pose un énorme
problème, confirme le chercheur congolais Anicet Mobé, de
l'École des hautes études en sciences sociales, à
Paris. Quel pays acceptera de fournir des soldats à la force d'interposition,
sachant très bien qu'ils risquent d'y laisser la vie ? »
La situation n'est guère plus simple au Burundi. Car même s'il n'est pas officiellement partie prenante dans la crise des Grands Lacs, le pays se trouve, de fait, dans l'oeil du cyclone. Dans toute la région la capacité de nuisance des extrémistes paraît intacte. A Kigali comme à Bujumbura, la troupe s'enlise dans des opérations de répression aussi systématiques que vaines. Au sein des deux armées, les éléments les plus radicaux n'hésitent pas à recourir à des méthodes pour le moins expéditives. Les forces de l'ordre burundaises sont ainsi accusées d'avoir massacré plusieurs dizaines de civils, en représailles à des raids d'extrémistes hutus. Les soupçons sont, en tout cas, suffisamment précis pour que les Etats-Unis et l'Union européenne aient réclamé, le mois dernier, aux autorités de Bujumbura la mise sur pied d'une enquête indépendante.
L'armée burundaise, qui, depuis
l'accession au pouvoir de Pierre Buyoya (en juillet] 996), semblait être
parvenue à améliorer la situation sécuritaire du pays,
se retrouve aujourd'hui en position plus que délicate. Même
si les factions rebelles paraissent beaucoup plus divisées que les
lnterhamwes du Rwanda, leurs effectifs -extrêmement fluctuants -sont
tout de même estimé à quelque 8 000 hommes. En outre,
elles bénéficient de soutiens jusque dans les faubourgs de
la capitale, alors que les combats entre l'APR et les lnterhamwes seraient
cantonnés au nord-ouest du Rwanda. Réfugiés en Tanzanie
ou en RDC, les rebelles burundais mettent à profit la perméabilité
des frontières pour rejoindre leurs bases arrière. De même,
l'armée burundaise profite du chaos qui règne dans l'est
de la RDC pour y exercer un « droit de poursuite ». Constamment
harcelée, elle peut difficilement faire plus. Certains officiers
supérieurs estiment aujourd'hui qu'une solution militaire n'est
plus d'actualité.
« L'armée a fait son
travail, c'est aux politiques de le terminer », estime l'un d'eux.
Une réflexion qui, au-delà du Burundi, concerne l'ensemble
de la région. Reste à savoir si toutes les parties impliquées
en sont convaincues.
2000
Aimé ou honni, l'homme fort du Rwanda ne laisse pas indifférents ses compatriotes. L'élection -par les députés et les membres du gouvernement -du général Paul Kagamé à la présidence de la République par 81 voix contre 5 pour son unique adversaire Charles Murigande, secrétaire général du Front patriotique, met en tout cas fin à l'ambiguïté qui dominait les relations au sommet du pays. La fracassante démission de Pasteur Bizimungu le 23 mars dernier a en effet contraint Kagamé à jouer cartes sur table. Eternel numéro deux, tout en étant le véritable interlocuteur des chefs d'Etat étrangers, Kagamé fut le stratège de la prise du pouvoir en juillet 1994, puis de la politique régionale et militaire du Rwanda qui, sous son commandement, a d'abord participé au renversement de Mobutu et, une année plus tard, suscité la rébellion visant à écarter du pouvoir son ancien allié, Laurent-Désiré Kabila. Si les motivations de sécurité intérieure ont certainement motivé l'implication première du Rwanda dans les affaires congolaises, il est clair que Kigali s'est depuis pris au jeu, Kagamé cachant mal ses ambitions de leadership régional. A l'intérieur cependant, son pouvoir repose de plus en plus sur les Tutsis de la diaspora qui ont regagné le pays après la guerre et dont les relations avec la communauté restée dans le pays demeurent empreintes de méfiance. Les rescapés du génocide se disent victimes d'un ostracisme de la part de leurs congénères rentrés à la faveur de la victoire du FPR, qui les auraient affublés d'une terrible réputation de "collaborateurs" de l'ancien régime d'Habyarimana.
Quant aux hutus, ils perdent aujourd'hui leur représentant le plus illustre au sommet de l'Etat. Jeune technocrate bardé. de diplômes acquis dans des universités françaises, Hutu déjà promis à une belle carrière sous l'ancien président Habyarimana, Pasteur Bizimungu constituait, avec d'autres éminents Hutus, la caution politique dont le FPR avait besoin pour combattre un système politique qui discriminait les Tutsis. Il offrait, en outre, la preuve que le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis demeurait possible, même après le génocide contre les Tutsis et les massacres de Hutus partisans de l'unité nationale. Quelques jours avant sa démission, Bizimungu accusait avec véhémence l'Assemblée nationale de harceler les responsables politiques, essentiellement des Hutus, afin de les acculer à la démission suite à des allégations de corruption. Lui-même n'aura pas échappé à des insinuations malveillantes de corruption et d'affairisme... Accusé par ailleurs d'avoir bloqué la nomination du nouveau gouvernement pendant vingt -deux jours -parce que le ministre à la Présidence, Patrick Mazimhaka, n'était pas maintenu dans ses fonctions -Bizimungu semble avoir signé ainsi son acte final à la tête de l'Etat. Car Paul Kagamé tenait, dit-on, à prouver que les responsables soupçonnés de corruption, qu'ils soient hutus ou tutsis, ne pouvaient demeurer au sein du gouvernement. D'ailleurs, l'Assemblée nationale souhaitait entendre Patrick Mazimhaka sur un dossier de détournement de fonds publics datant de l'époque où il était ministre de la Réhabilitation.
IL FAUT RAPPELER OU' AVANT BIZIMUNGU,
DES MINISTRES, ET même un président de l'Assemblée
nationale avaient déjà été amenés à
démissionner ou à fuir le pays. Un conseiller du Président
avait même été assassiné devant sa maison dans
la même période. Démissions, défections, assassinats,
un vent de folie s' est-il emparé de Kigali ? Les accusations fusent
de partout pour fustiger la reconstitution de l' Akazu ("petite maison"),
sorte de "cercle intime" autour du pouvoir, déjà dénoncé
à l'époque d'Habyarimana. La nouvelle "petite maison" serait
constituée par un groupe restreint d'officiers supérieurs,
pour la plupart anglophones, venus d'Ouganda. Ils auraient fait main basse
sur la ville et sur le pays. Et surtout, ils seraient accusés d'incompétence
dans la gestion de l'Etat.
Les mouvements d'opposition hutus,
animés notamment par un ancien Premier ministre, Faustin Twagiramungu,
font feu de tout bois et tirent à boulets rouges sur le régime
de Kigali à partir de l'étranger, de la Belgique en particulier.
La guerre au Congo cristallise tous les fantasmes, toutes les animosités
et toutes les frayeurs dans l'opinion rwandaise. Les relations entre le
Rwanda et les Nations unies sont exécrables. Et si celles avec le
Tribunal pénal international d'Arusha s'améliorent, celles
avec l'Eglise catholique ne sont guère reluisantes. Paul Kagamé
est constamment malmené par une certaine presse internationale qui
lui attribue des pouvoirs quasi illimités, et néanmoins maléfiques.
Lui, saurien à sang froid, semble avoir fait le pari d'ignorer ces
attaques.
Il fallait s' y attendre: la démission
de Bizimungu a déclenché des commentaires haineux à
Kinshasa, où on se plaît à jeter de l'huile sur le
feu. Kagamé y est désigné comme "le Hitler africain
". Les clichés de l' empire hima-tutsi ressortent de la naphtaline.
L'Ouganda a perfidement proposé l'asile politique à Bizimungu
s'il le demandait. Les séquelles de la bataille entre les troupes
rwandaises et ougandaises à Kisangani sont apparemment encore bien
vivaces et les haines bien tenaces.
Alors, Kigali citadelle assiégée ? Même les combattants de la première heure dans les rangs du FPR semblent saisis par le doute. Le FPR, assurent ses adeptes les plus fidèles, a échoué dans la lutte contre la corruption et surtout dans la résolution à l'amiable des conflits internes en évitant que ces différends débordent sur la place publique. L'opposition entre Bizimungu et Kagamé n'aurait jamais dû paraître au grand jour. Dans les cercles du pouvoir, on estime que l'absence d'un arbitrage avisé met à mal la crédibilité de l'Etat.
CEPENDANT, LA PERTURBATION manifeste du paysage ne provient pas d'une prétendue incapacité des Hutus et des Tutsis du Rwanda à partager le pouvoir. Rappelons que Bizimungu est hutu, que son épouse est tutsie et qu'il se battait pour conserver un ministre tutsi. Le MDR, le parti de l'ancien Premier ministre Pierre-Célestin Rwigema -qui a démissionné avant Bizimungu -est composé exclusivement de Hutus. Ce parti aurait dû normalement déplorer la démission de Bizimungu, un Hutu. Au contraire, il s'en réjouit. L'ancien président de l' Assemblée nationale, M. Sebarinzi, qui a fui le pays, est un Tutsi, comme Kagamé. Et le conseiller de Bizimungu abattu était un Tutsi. En fait, un mot revient comme un leitmotiv dans cette crise politique du Rwanda: corruption. Les alliances semblent se faire et se défaire en fonction de l'accès, supposé ou réel, aux richesses, à l'intérieur du pays comme sur les champs de bataille au Congo. Et dans ce contexte général, le fait ethnique semble jouer un rôle mineur. Dans ce cruel Monopoly, la redoutable commission d'enquête de l'Assemblée nationale, dirigée par Mme Kabuye, semble, elle, tenir un rôle essentiel : celui du pivot qui distribue les cartes et les guillotines.
Certes, la démission de Pasteur Bizimungu place le Rwanda à la croisée des chemins. Mais celle-ci peut constituer une occasion pour rebondir. Paul Kagamé et le FPR ont d'immenses défis à relever. Les citoyens attendent notamment que l'articulation des institutions soit mieux définie. Les relations entre l'Assemblée nationale et le gouvernement, largement bâties sur la logique des accords d'Arusha, devront également être mieux circonscrites afin de donner la priorité à la cohérence et à l'harmonie des institutions. Malgré toutes les contradictions d'un pouvoir installé à l'issue d'une tragédie extrême, le Rwanda continue de donner la preuve au monde qu'il peut renaître de ses cendres.
ANALYSE
Les milices Interhamwe se sont rendues tristement célèbres pour leur participation, aux côtés des ex-Forces armées rwandaises (FAR), au génocide d'avril 1994. Après leur défaite contre le FPR (Front Patriotique rwandais), ces dernières se sont repliées dans l'est de l'ex-Zaïre mais ont effectué de nombreuses incursions meurtrières en territoire rwandais. Quand les camps de réfugiés se sont vidés, avec l'avancée des troupes du FPR et de l'AFDL dans le Kivu, en 1996, nombre d'ex-FAR et d'Interhamwe sont entrés au Rwanda avec l'intention de continuer leurs actions de déstabilisation de l'intérieur, tout en gardant des bases dans le Kivu. Selon l'organisation non-gouvernementale ICG, environ 15000 d'entre eux, armées et entrainés, continuent à opérer dans la région de Masisi dans le nord Kivu. Leurs sources de financement ou leur éventuel soutien diplomatique sont difficiles à établir, mais on sait que de nombreux officiers des ex-FAR réfugiés à l'étranger sont chhargés de cette tâche. La rébellion contre Kinshasa a accusé, à plusieurs reprises, Kabila, d'utiliser les Interhamwe dans sa contre offensive.
Implication du Rwanda dans le conflit en RDC
En 1996, le Rwanda avait, avec l'Ouganda,
placé Kabila à la tête de la coalition qui devait provoquer
la chute de Mobutu, en Mai 1997. Aujourd'hui, Kigali est pourtant, avec
Kampala, l'un des principaux soutiens de la rébellion congolaise.
Pourquoi un tel revirement ? Ironiquement, les raisons sont, au départ,
les mêmes que celles qui avaient poussé le Rwanda à
porter au pouvoir Kabila. Pour le régime à dominante tutsie,
il s'agissait alors essentiellement de mettre fin aux activités
des ex-FAR et des miliciens Interhamwe. Fidèles à l'ancien
régime hutu responsable du génocide de 1994, elles disposaient
de bases arrières au Kivu, avec la bénédiction de
Mobutu.
La situation ne s'est guère
améliorée par la suite. Le Rwanda a continuà à
subir des attaques meurtrières. Pour les dirigeants de Kigali, Kabila
n'a pas tenu sa promesse de mettre fin aux activités des différents
groupes extrémistes hutus qui continuaient à opérer
sur son territoire. La rupture des deux pays a été consommée
quand Kabila a décidé, fin juillet 98, le renvoi des troupes
rwandaises stationnées dans l'ex-Zaïre. En soutenant les adversaires
de Kabila, Kigali entend donc assurer sa propre sécurité
au nom de la crainte d'un nouveau génocide. Depuis la scission du
rassemblement des Congolais (RCD) en mai 99, le Rwanda s'est, néanmoins,
rangé derrière la faction Goma, dirigé par Emile Llunga,
un ancien dignitaire du régime Kabila.
Reste que l'implication rwandaise
dans le conflit congolais n'obéit pas seulement à des motifs
sécuritaires : elle cache aussi des intérêts économiques.
Les richesses en diamant et en or des zones controlées par le RCD-Goma
sont une manne, dont nul ne doute qu'elle est exploitée par le Rwanda
et ses alliés.
En Avril 2000, des tensions sérieuses
étaient rapportées entre le Rwanda et l'Ouganda sur territoire
zaïrois.
MARS 2000
LA CRISE, qui couvait depuis plusieurs
mois, a éclaté. Le président rwandais, Pasteur
Bizimungu, a démissionné,
jeudi 22 mars, invoquant " des raisons personnelles ". Réunie en
session extraordinaire le jour même,
l'Assemblée nationale de transition a accepté, à
l'unanimité, cette démission.
Hutu et francophone, Pasteur Bizimungu
constituait avec le véritable " homme fort " du
pays, le vice-président Paul
Kagamé, tutsi et anglophone, un duo censé symboliser la
réconciliation nationale,
après le génocide qui avait fait entre 500 000 et 800 000
morts
parmi les Tutsis et les Hutus modérés,
en 1994. Mais la réconciliation n'a jamais été que
de
façade. Et, depuis des mois,
des rumeurs faisaient état de tensions entre les deux hommes.
M. Kagamé est président
du Front patriotique rwandais (le parti au pouvoir) et
M. Bizimungu en est le vice-président.
Bien qu'il se soit défendu
de viser le poste de président du pays, Paul Kagamé, qui
détient
déjà la réalité
du pouvoir, est donné par les observateurs comme le favori pour
remplacer
M. Bizimungu, qui était président
depuis juillet 1994.
C'est d'ailleurs Paul Kagamé
qui va assurer l'intérim de la présidence de la République,
alors que beaucoup estimaient que
le président du Parlement, Vincent Biruta, devait,
constitutionnellement, prendre le
relais. Composée de quatre textes différents (la
Constitution de 1991, les accords
d'Arusha, la déclaration du FPR du 17 juillet 1994 et le
protocole d'accord des partis autorisés
au Rwanda), la Loi fondamentale rwandaise prévoit
deux cas de figure en cas de vacance
de la présidence. Selon les accords d'Arusha, c'est le
président du Parlement qui
doit assurer l'intérim, mais d'après la déclaration
du FPR, qui
institue le poste de vice-président,
c'est à ce dernier de combler la vacance du pouvoir.
LA RÉCONCILIATION MENACÉE
Dès lundi, Pasteur Bizimungu avait menacé de
démissionner, lors d'un discours
devant le Parlement pour la prestation de serment du
nouveau gouvernement, après
avoir vivement critiqué les parlementaires et certains
membres du FPR. M. Bizimungu était
en désaccord sur la composition du nouveau
gouvernement, annoncée dimanche
19 mars. Après le massacre de centaines de milliers de
personnes, principalement d'ethnie
tutsie, par des extrémistes Hutus en 1994, le FPR avait
constitué un gouvernement
" mixte " de " réconciliation nationale ". Mais, depuis, plusieurs
membres de cette ethnie ont quitté
le gouvernement. Accusé de corruption, le premier
ministre Pierre Célestin
Rwigema, un Hutu, a démissionné le mois dernier. Lundi, Pasteur
Bizimungu avait vivement critiqué
le Parlement pour ses enquêtes, dirigées, selon lui, contre
la corruption des seuls dirigeants
hutus. Les médias nationaux n'avaient pas retransmis ses
propos.
Des " dissensions " entre le général
Kagamé, ministre de la défense, et le président
Bizimungu, avaient retardé
la formation du nouveau cabinet. Cette querelle s'était conclue
par l'exclusion du gouvernement
de Patrick Mazimhaka, ministre à la présidence, membre
influent du FPR et proche de M.
Bizimungu. Cette démission risque de creuser davantage le
fossé de méfiance
entre la majorité hutue et la minorité tutsie, qui tient
les leviers de
pouvoir. Le président démissionnaire
était l'un des premiers hutus à avoir rejoint la
rébellion à majorité
tutsie du Front patriotique rwandais (FPR), créée en 1987
en Ouganda
et aujourd'hui au pouvoir à
Kigali. Considéré dans les années 1980 comme un proche
de
l'ancien président hutu,
Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat a déclenché
le génocide de
1994, il avait fini par se brouiller
avec lui et avait rallié le FPR en août 1990, avant le
lancement d'une offensive militaire
rebelle sur le Rwanda, en octobre 1990. - (AFP, Reuters,
AP.)
LE SIDA TOUCHE GRAVEMENT LE RWANDA
HALF a million Rwandans are infected
with the HIV virus and those who are sick as a result live in harsh conditions,
shunned by society and victims of lack of health service funding, according
to officials.
"We believe there are half a million
people with the (Human Immunodeficiency) virus. These figures are enormous
and we must face the consequences," Health Minister Ezechias Rwabuhihi
said on Tuesday.
"Our hospitals are overstretched. Staff in some health services are overstretched. In Kigali, you will find two sick people to a bed. This cannot be tolerated for very long.
"This is why we are starting to raise awareness among familes to teach them how to live with Aids," he said, of the Aquired Human Immunodeficiency Syndrome which usually follows HIV infection.
"Those with Aids do not ask for much. It is enough to feed them, to show them affection and to care for them instead of placing them in dark corners when they can still live for a long time," the minister said.
Since the epidemic was first recorded in Rwanda, some 150 000 people have died of Aids, according to figures from the national anti-Aids programme.
Some 20 000 of these were children.
Just over 11 percent of Rwandans
are infected with the HIV virus. In sub-Saharan Africa as a whole,
the figure is eight percent.
A national conference is being held
in Kigali this week with the aim of increasing society's acceptance of
people living with Aids.
It brings together the sick, national
and international non-governmental organisations and United Nations agencies.
"This conference should allow us to break the silence, make families and the community accept people with Aids and to set a programme to care for and protect them," explained Calixthe Rutshamihigo, who represents people living with Aids.
"Everybody tries to hide their seropositivity and only a few have the courage to admit it... Those known to be HIV-positive are shunned as if they were cursed. One would think Aids was destined to a particular group of the population and that those with Aids are condemned to death and are frightening," said Rutshamihigo.
"We are conducting awareness campaigns to lead the public and the authorities to invest in the care of the sick and to break this marginalisation.
"We are trying to convince people that a person living with Aids is person like any other," he added.
"The lack of access to health care is particularly important for retroviral treatment and the treatment of opportunistic diseases, because often those with the virus are poor," he said.
The health minister said that more emphasis would be placed on testing for the HIV virus and that additional centres for this purpose would be set up.
On health care he said "we do not manufacture medicines. They are still too expensive for our country. This is why we are asking the international community to show its solidarity because the future of Africa is threatened by Aids."
The state has allocated the equivalent of 600 000 dollars to the fight against Aids this year.
Tritherapy treatment costs about 1 500 dollars a month in Rwanda, while the monthly cost of treating diseases resulting from the HIV virus is about 260 dollars. The average income in Rwanda is 180 dollars a month.
GROS PLAN SUR KAGAME
Rwanda's new acting President, Paul
Kagame, has been a soldier for most of his adult life.
Born in the western Rwanda region
of Gitarama in 1957, he left with his family for Uganda four years later
amid growing anti-Tutsi violence in his home region.
He joined Yoweri Museveni's National Resistance Army (NRA) in 1979, and spent years fighting in the Ugandan bush.
Mr Kagame was made head of NRA military intelligence in 1986 and was always viewed as a close ally of Mr Museveni, both as a guerrilla fighter and in the Ugandan military afterwards.
But Mr Kagame's first allegiance was to Rwanda. Together with Fred Rwigyema, a longstanding friend, Kagame was instrumental in establishing the Rwandan Patriotic Front (RPF), drawing heavily on Rwandan soldiers who had fought alongside him in the NRA.
Military commander
When the RPF first invaded Rwanda from Uganda in October 1990, Paul Kagame was in the United States on a military training programme.
The RPF overthrew the previous Hutu extremist government
After Fred Rwigyema's death on the
second day of the war, Mr Kagame became military commander of the RPF.
On taking power in July 1994, Mr
Kagame took on the vice-presidency of Rwanda and the defence portfolio,
leaving the presidency to Pasteur Bizimungu, a Hutu who had joined the
RPF in Uganda after breaking with the regime of Juvenal Habyarimana.
Paul Kagame is normally viewed as
the most powerful man in Rwanda.
Although Kagame often mocks his
image as a military strongman and powerbroker, little takes place in Rwanda
without his knowledge.
Ascetic
Colleagues hint at an ascetic temperament,
presenting the vice-president as an incorruptible teetotaller and strong
disciplinarian.
Mr Kagame eschews any form of flamboyance
and is a low-key, dry public speaker. He is married with four children.
Leisure pursuits include playing tennis and reading.
Like the RPF as a whole, Mr Kagame
downplays any ethnic agenda in Rwanda, presenting himself as a Rwandan
and not a Tutsi. He is a frank and forthright critic of the United Nations,
believing the UN could have done far more to prevent the genocide of 1994.
Paul Kagame is also a firm advocate
of Rwanda's continuing military engagement in the Democratic Republic of
Congo, arguing that vital security issues are at stake and nobody but Rwandans
will protect his country's security.
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental
BBC Africa

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier