Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Le Sénégal en un clin d'oeil
LE SENEGAL EN UN CLIN D'OEIL

Sénégal (État), officiellement république du Sénégal, pays de l'Afrique de l'Ouest, ouvert sur l'océan Atlantique, limité au nord par la Mauritanie, à l'est par le Mali, au sud par la Guinée et la Guinée-Bissau. La Gambie, constitue une enclave tout en longueur dans le sud du Sénégal, à l'intérieur duquel elle pénètre profondément. Le Sénégal, dont la capitale est Dakar, couvre une superficie de 196200km2. Ancienne colonie française, devenu indépendant le 20juin 1960, le pays joue depuis cette date un important rôle dans la région et plus globalement sur le continent africain.
Le pays et ses ressources

Relief et hydrographie

Le Sénégal est couvert de plaines ondoyantes ne dépassant guère quelques dizaines de mètres au-dessus du niveau de la mer. Les contreforts du Fouta-Djalon, au sud-est du pays, culminent à 494m dans la région de Kédougou!; les collines du Fouta-Toro, dans l'Est, bordent la vallée du fleuve Sénégal. Sur la côte, dans la presqu'île du Cap-Vert, les collines volcaniques des Mamelles atteignent 104m!; dans le reste du pays, quelques grandes dunes donnent l'illusion d'un relief. Les côtes, d'une longueur totale de 500km, présentent une large diversité. Elles sont sableuses, rectilignes et basses de l'embouchure du Sénégal à la presqu'île du Cap-Vert. Celle-ci, qui forme l'extrémité occidentale de l'Afrique à la pointe des Almadies, est rocheuse, découpée et accompagnée d'îles (Gorée, Ngor) et d'îlots (les Madeleine, Yoff)!; elle est dominée par une corniche d'une dizaine de mètres de hauteur. La baie de Dakar est l'une des plus amples et des mieux protégées du continent. Au sud, le rivage est bas, parfois marécageux et bordé de mangroves à l'embouchure des cours d'eau.
Le fleuve Sénégal, qui a donné son nom au pays, forme la frontière avec la Mauritanie!; son principal affluent, la Falémé, marque les limites avec le Mali dans sa presque totalité. Au centre, le Saloum reçoit son affluent le Siné peu avant son embouchure et se jette dans la mer par un long estuaire encombré de mangroves et d'une végétation inextricable (forêt des îles du Saloum). Le cours supérieur du fleuve Gambie, dont la source se trouve en Guinée, traverse la région forestière et accidentée du Niokolo Koba. Au sud, la Casamance arrose la province du même nom. Ces fleuves sont sujets aux variations saisonnières, en particulier le Saloum, né au centre du pays dans une région affectée par la sécheresse. Ils ne sont navigables qu'en pirogue pendant les basses eaux, sauf le bras principal du Sénégal qui a été aménagé pour permettre l'irrigation de son delta (barrage de Diama à 25km en amont de Saint-Louis).

Climat

Le climat est tropical. Il se caractérise par une longue saison sèche de novembre à juin et une saison humide de juillet à octobre, plus longue en Casamance. Cependant, la côte (de Saint-Louis à la presqu'île du Cap-vert) est soumise à l'alizé durant la saison sèche. La température diurne moyenne est de 23,3!°C en janvier, et de 28,3!°C en juillet. Les précipitations annuelles sont plus importantes dans le Sud, avec une moyenne de 1400mm, et chutent considérablement dans le nord, avec moins de 381mm. Au centre des régions non soumises à l'influence marine, le Ferlo est une vaste plaine en voie de désertification que la sécheresse de ces dernières décennies, accentuée par l'harmattan soufflant du désert, a transformé en une plaine de poussière.

La faune et la flore

Le nord du pays fait partie du Sahel, une zone transitoire entre le Sahara et les savanes plus humides. Dans cette région, la savane arborée qui dominait autrefois, laisse de plus en plus place à une savane arbustive, voire à une steppe à épineux, sous l'effet de la désertification. Ne subsistent que quelques îlots de forêt résiduelle et des baobabs. La forêt-galerie borde le fleuve Sénégal et ses différents bras aux cours erratiques. Plus au sud, dans la région du fleuve Gambie, les arbres sont plus nombreux et les forêts-galeries plus denses aux embouchures. La mangrove borde les rives des fleuves qui subissent des remontées de sel marin. L'extrême-sud du pays, en bordure de la Guinée-Bissau, est occupé par une forêt tropicale dense et humide, où poussent différentes essences telles le palmier à huile, l'acajou et le teck, importé d'Asie pour le bois d'œuvre. La faune est assez diversifiée!; les grands mammifères sont rares et les éléphants, les lions, les guépards et les antilopes sont principalement retranchés dans le sud-est du pays, peu peuplé (parc du Niokolo Koba). Hippopotames et crocodiles vivent dans les cours d'eau du Sud. Le pays compte de nombreuses espèces de serpents, parmi lesquelles le cobra et le boa. Le delta du Sénégal est le paradis des oiseaux, en particulier des migrateurs européens. Des lamantins remontent parfois le cours du fleuve.
Ressources minières
La vallée du Sénégal fut au centre d'une importante activité métallurgique au Moyen Âge. Aujourd'hui, les phosphates de chaux et d'alumine calcite hydratée, extraits dans la région de Thiès, constituent la principale ressource minière du pays. Il existe un gisement de calcaire argileux près de Rufisque (cimenterie) et du marbre dans les environs de Kédougou au Sénégal oriental. Des gisements de pétrole et de gaz naturel ont été découverts en mer à la fin des années 1970 mais demeurent inexploités. Le pays dispose également d'importants gisements de minerai de fer, dont l'extraction est cependant impossible actuellement, du fait de leur profondeur.
Population et société

Démographie

En 1995, la population du Sénégal était estimée à 8,31millions d'habitants, soit une densité moyenne de 43habitants au km2. Cependant, la plus grande partie de la population est concentrée sur la côte et les zones de culture de l'arachide au centre. Au début des années 1990, le taux de croissance annuelle de la population était de 3,3p.100. L'espérance de vie s'élevait à quarante-huit ans pour les hommes et à cinquante ans pour les femmes.
Plusieurs communautés habitent le pays. Les Wolof (33p.100 de la population) cultivent principalement l'arachide dans le centre. Les Sérères (20p.100) sont plutôt regroupés sur la côte et dans la région de Thiès. Les Peuls (15p.100), des pasteurs souvent sédentarisés et vivant parfois en complémentarité avec les agriculteurs, sont présents dans toutes les zones sahéliennes et les montagnes du Sud. Leurs proches parents, les Toucouleurs> (10p.100), vivent dans la vallée du Sénégal. Les Diolas (8p.100) constituent la communauté la plus importante de Casamance. Les Bambara, les Malinkés (6p.100 chacun) et les Sarakolés (2p.100) constituent de petites communautés dans les régions périphériques proches du Mali ou de la Guinée. Les Bassari habitent les contreforts du Fouta-Djalon. À Dakar, et dans les agglomérations au nord de la Gambie, les Maures tiennent généralement le commerce de détail.

Découpage administratif et villes principales

Pour une meilleure administration locale, le pays est divisé en dix régions. Chacune d'entre elles est administrée par un gouverneur et dispose d'une assemblée régionale, dont les membres sont élus. Dakar, la capitale, qui compte plus d'un million d'habitants, est le principal port du pays ainsi que le premier pôle économique. Il sert également de port maritime au Mali!; un quai spécialement dédié à ce pays enclavé en reçoit les matières premières par le chemin de fer Dakar-Niger. Les autres grands centres urbains sont Thiès, Kaolack, Saint-Louis, tous situés dans l'ouest du pays. Tambacounda est la principale ville du Sénégal oriental. Le long du fleuve Sénégal, Podor, Dagana, Matam et Bakel, comptoirs de traite ou postes militaires français édifiés au XIXesiècle à l'époque de la pénétration française, sont devenus des agglomérations avec la sédentarisation des nomades et l'essor des échanges avec la Mauritanie et le Mali. À Rosso, de part et d'autre du bac qui traverse le fleuve et complète la route Dakar-Saint-Louis-Nouakchott, une population de plus en plus nombreuse s'est établie de part et d'autre du fleuve, lequel fait ici office de frontière avec la Mauritanie.

Langues et religions

Le français est la langue officielle. Le wolof, le sérère et le peul (poulaar) sont les langues africaines les plus parlées Voir Afrique, langues d'. Le wolof est cependant la langue prééminente et des efforts ont été faits dans le domaine de l'éducation pour la promouvoir comme langue écrite. De nombreux Sérères sont catholiques et la religion traditionnelle est encore pratiquée par une partie de la population de Casamance. Près de neuf habitants sur dix sont des musulmans sunnites regroupés en confréries. La plus importante, celle des mourides, se trouve essentiellement chez les Wolof!; elle a fait du travail manuel (notamment la culture de l'arachide) et de l'attachement à son initiateur, Amadou Bamba M'Backé, la base de sa foi. Le «!Calife général!» des mourides se trouve à Touba, centre de pèlerinage. Le poids politique et économique du mouridisme est incontournable. La confrérie tidjane, moins importante, professe un islam plus classique et plus mystique.

Éducation et institutions culturelles

Au début des années 1990, environ 40p.100 des adultes étaient alphabétisés. L'école est obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 12ans. Cependant, à la fin des années 1980, seulement 60p.100 des enfants dans la tranche d'âge concernée étaient scolarisés à l'école primaire, et 15p.100 dans l'enseignement secondaire. Plus de 15000étudiants poursuivaient des études supérieures dans des institutions locales. Environ 3000élèves étudiaient à l'étranger, principalement en France.
Jusqu'à l'indépendance en 1960, l'université de Dakar, fondée en 1949, a reçu les étudiants des autres pays francophones de l'Afrique sahélienne en attendant la création de pôles universitaires dans leur pays respectif. Elle a été à l'origine des premières recherches en histoire et en ethnologie africaines dans la région. Dakar, où s'est tenu le premier festival mondial des Arts nègres en 1966, abrite un musée des Beaux-Arts, un musée d'Ethnologie et, à Gorée, un musée d'Histoire de la Mer.

Gouvernement et vie politique

L'établissement d'institutions démocratiques et du multipartisme, dès 1970, a longtemps été cité en exemple sur un continent où dominaient les régimes autoritaires. Aux termes de la Constitution de 1963, plusieurs fois amendée, un président élu au suffrage universel pour cinq ans détient le pouvoir exécutif. Il nomme le Conseil des ministres qui fait office de gouvernement. Le pouvoir législatif est exercé par l'Assemblée nationale dont les cent vingt membres sont élus au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. La vie politique fut dominée, depuis l'indépendance, par l'Union progressiste sénégalaise (UPS) alors dirigée par Léopold Sedar Senghor. L'UPS s'est transformée en Parti socialiste (PS), affilié à l'Internationale socialiste, lorsqu'en 1970, furent autorisés le Parti démocratique sénégalais (PDS), dirigé par Abdoulaye Wade, le Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS) et le Mouvement pour le socialisme et l'unité (MSU), qui formèrent une coalition en septembre 1994. En 1981, Abdou Diouf a succédé à Senghor à la présidence de la République.

Économie

En 1994, le Produit national brut (PNB) s'élevait à 3,8milliards de dollars, soit un revenu moyen par habitant de 470dollars. Malgré la prédominance de l'agriculture industrielle et vivrière, l'industrie sénégalaise a connu un essor sensible, parmi les plus importants d'Afrique, à la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante. Cependant, l'économie reste très dépendante de la production d'arachide et l'inflation, supérieure à 30p.100 en 1994, s'est conjuguée aux troubles en Casamance qui pèsent sur le tourisme pour entraver la progression économique. La dévaluation de moitié du franc CFA n'a pas donné les résultats escomptés. L'aide technique et économique provient principalement de la France, de l'Union européenne et de la Banque mondiale.

Agriculture

Les deux tiers de la population pratiquent l'agriculture ou l'élevage. Les terres arables représentent 27p.100 de la superficie. Elles pâtissent de la monoculture de l'arachide et s'épuisent, quand elles ne sont pas victimes de la désertification due aux sécheresses qui affectent le Sahel depuis les années 1970. Les vents chargés de sable en provenance de la Mauritanie transforment progressivement le Ferlo, au centre du pays, en une zone aride. Le Sénégal est l'un des premiers pays producteurs d'arachide, cultivée notamment dans les sols sableux du centre. Pour trouver de nouveaux sols plus riches, des cultivateurs wolof ont émigré vers les terres grasses de Casamance, bouleversant le rythme des cultures traditionnelles de la région et causant de graves problèmes politiques et communautaires. Des efforts de diversification, axés surtout sur la culture maraîchère d'exportation et la mise en valeur du delta du Sénégal ont entraîné l'expansion des cultures de la tomate, du riz et de la canne à sucre. Au début des années 1990, la production annuelle se chiffrait à 578000tonnes d'arachides, 446000tonnes de mil, 117000tonnes de sorgho et 177000tonnes de riz non décortiqué. Le bétail comprenait près de 3millions de bovins, 3,6millions de moutons, 2,3millions de chèvres.
La déforestation en zone sahélienne pour le bois de chauffe destiné aux centres urbains a accentué la désertification. Dans le Sud, la production annuelle de bois se chiffrait à 4,2millions de m3 à la fin des années 1980. Le poisson abonde le long des côtes!; le pays a accordé des droits de pêche à des armements étrangers et a lancé une campagne pour la motorisation des barques locales. Au début des années 1990, la prise annuelle était de 258900tonnes de poissons d'eau de mer (principalement la sardine), 18500tonnes de poissons d'eau douce et 22300tonnes de crustacés!; l'épuisement des bancs, causé par la pêche industrielle, affecte directement la pêche traditionnelle.

Mines et industries

Les phosphates constituent la principale ressource minière du pays. La production annuelle se chiffrait à 2millions de tonnes à la fin des années 1980. Une raffinerie de pétrole d'une capacité annuelle de 900000tonnes fonctionne avec du pétrole importé. Les autres activités industrielles concernent l'agroalimentaire (huile d'arachide, sucre raffiné, conserveries de poisson et farine), le ciment, les chaussures et les textiles, les engrais artificiels, les produits chimiques et le tabac.
Au début des années 1990, les centrales électriques avaient une capacité effective de 231000kWh, avec une production annuelle de 868millions de kWh. L'ensemble de la production en électricité est d'origine thermique.
Échanges
Le Sénégal est membre de la zone franc . Sa monnaie est le franc CFA, divisible en 100centimes. La BCEAO, basée à Dakar, assure les fonctions de banque centrale pour tous les États de l'Afrique de l'Ouest membres de la zone franc.
La balance du commerce extérieur est régulièrement déficitaire. Au début des années 1990, les exportations annuelles se chiffraient à 883millions de dollars, et les importations à 1,3milliard. L'arachide et ses dérivés (huile, tourteaux), les phosphates, le pétrole raffiné, le poisson et les textiles sont les produits les plus exportés. Le pétrole brut, les denrées agroalimentaires de base et les céréales représentent la majeure partie des importations. La France, le Nigéria, l'Italie, l'Inde et les États-Unis sont les partenaires commerciaux privilégiés du Sénégal. Le Sénégal importe du bétail sur pied de Mauritanie. La fraude avec la Gambie constitue un problème important pour le pays.
Le gouvernement a fortement encouragé le tourisme et les entrées ont connu un essor considérable au cours des années 1970. Les plages, la diversité des côtes et les parcs nationaux (Niokolo Koba au Sénégal oriental, Djoudj dans le delta du Sénégal), constituent les principales attractions du pays. Toutefois, depuis 1990, les événements politiques en Casamance et les troubles sociaux dus à une mauvaise situation économique ont sérieusement affecté ce qui constitue pour le pays une source importante de devises.
Le pays est doté d'un important réseau routier de 4500km de routes bitumées. Une voie ferrée assure la liaison entre Dakar et Saint-Louis en desservant Thiès et la zone d'extraction des phosphates de Taïba!; une autre, le Dakar-Niger, sert au désenclavement du Sénégal oriental et surtout du Mali.
La télévision et la radio dépendent de l'État. Au début des années 1990, le pays comptait quelque 850000postes de radio et 61000postes de télévision. Le Soleil, principal quotidien édité à Dakar, tire à près de 30000exemplaires et une presse diversifiée et satirique anime la vie politique.

Histoire

Le Sénégal préhistorique

Les premières recherches sur la préhistoire du continent africain commençèrent à l'initiative de Théodore Monod, fondateur de l'Institut français d'Afrique noire (IFAN) à Dakar, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le Sénégal fut donc l'un des premiers pays d'Afrique de l'Ouest à faire l'objet de recherches sur cette période. Des bifaces en amande caractéristiques du paléolithique inférieur ont été découverts dans la presqu'île du Cap-Vert, ainsi que d'autres objets lithiques plus élaborés (hachereaux, racloirs) dans la région de Rufisque et au bord des rivières du Sénégal oriental. Le néolithique, avec des industries très diversifiées et de belles céramiques, est présent sur presque tout le territoire, en particulier sur les côtes basses libérées des eaux par les transgressions marines et les dépôts alluvionnaires. De nombreuses buttes de coquillages contenant des «!débris de cuisine!» (par exemple, des poteries cassées) témoignent d'une importante population de pêcheurs et commerçants (marigot de Khant dans le delta, embouchure du Saloum). L'époque protohistorique (mille ans environ avant notre ère) marqua l'apparition de l'âge des métaux dans la vallée du Sénégal avec des buttes contenant d'anciens fours pour la fonte du minerai et leurs tuyères, des tombeaux en forme de tumulus. Dans le centre du pays, débordant sur la Gambie, on trouve un ensemble de cercles de mégalithes (cylindres et pierres lyres) unique en Afrique de l'Ouest, couvrant un secteur de 100km sur 250km.

Les royaumes sénégalais

De nombreuses tombes contenant de beaux objets en fer ou en or sont contemporaines de l'arrivée de l'islam au sud du Sahara et sont attribués aux Sérères. Du VIIesiècle de notre ère date aussi la formation des premiers royaumes connus, en particulier le Djolof qui présentait de lointaines parentés avec l'empire du Ghana, son voisin oriental. Au XVesiècle, les provinces du royaume devinrent autonomes et fondèrent les royaumes du Cayor, du Walo, du Baol et du Siné-Saloum. La traite des Noirs, liée au commerce avec les Maures et, bientôt, avec les Européens, attisa les conflits. Au IXesiècle, les Toucouleurs s'installèrent dans le Fouta Toro et la vallée du Sénégal!; le puissant royaume de Tekrour domina l'est du pays du XIe au XIVesiècle. Jusqu'à la fin du XVIIIesiècle, ce qui restait du Djolof exerçait encore une prééminence formelle sur ses voisins.

Les rivalités européennes

Les premiers échanges commerciaux avec l'Europe eurent lieu lorsque les Portugais atteignirent l'embouchure du Sénégal et le Cap-Vert en 1444. Le troc fut la première forme de commerce: les Portugais échangeaient des étoffes et des métaux contre de la poudre d'or, de la gomme arabique et de l'ivoire.
Après 1600, les Hollandais et les Français chassèrent les Portugais et, en 1700, la France dominait le commerce de la région côtière. Malgré la rivalité franco-britannique et de nombreux conflits à la fin du XVIIesiècle et durant tout le XVIIIesiècle, l'influence française s'étendit (l'île de Gorée changea plusieurs fois de mains jusqu'en 1815 lorsque le congrès de Vienne l'attribua à la France). Établie à Saint-Louis, la France entreprit la remontée méthodique du fleuve Sénégal pour parvenir aux pays du Niger, malgré la résistance des Toucouleurs d'El-Hadj Omar et des Peuls du Fouta Toro.

La colonisation française

Sous le commandement de Louis Faidherbe et de ses successeurs, la France étendit et renforça son contrôle sur les populations. En 1895, le Sénégal devint officiellement une colonie française, administrée depuis Saint-Louis. En 1902, le gouvernement s'installa à Dakar, qui devint la capitale de l'Afrique-Occidentale française. La France développa l'économie sénégalaise autour de la culture de l'arachide destinée à l'exportation.
Les Africains de Saint-Louis et de l'île de Gorée devinrent citoyens français et envoyèrent un député pour les représenter à l'Assemblée nationale en 1848-1852. Après 1871, les habitants de Dakar et de Rufisque bénéficièrent également de la citoyenneté et purent élire un représentant (pour des raisons religieuses, les musulmans refusèrent de s'y associer). En 1914, Blaise Diagne fut le premier Noir siégeant au parlement français!; il conserva son poste de député jusqu'en 1934. Après la Seconde Guerre mondiale, une assemblée territoriale fut créée au Sénégal, et tous les habitants majeurs de la colonie obtinrent le droit de vote. Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor, députés au parlement français, dominaient alors la vie politique locale.

Indépendance

En 1958, le Sénégal obtint le statut de république autonome, puis l'indépendance en juin 1960, et forma la Fédération du Mali avec le Soudan français (actuel Mali). Le 20août 1960, le Sénégal quitta la Fédération. En 1962, à la suite d'une épreuve de force avec son Premier ministre, Mamadou Dia, le président Senghor orienta le pouvoir vers un régime présidentiel dans le cadre d'une nouvelle Constitution, qui prit effet en 1963. Il remporta les premières élections présidentielles et fut réélu régulièrement jusqu'en 1978. L'économie se diversifia, mais l'exportation de l'arachide demeurait essentielle pour le commerce extérieur et subissait, comme les phosphates, les variations des cours mondiaux. Les étudiants manifestèrent plusieurs fois contre le régime, notamment en 1968 et en 1973. En 1970, un amendement à la Constitution autorisa le multipartisme (limité à trois partis). À la fin de 1980, Senghor démissionna et Abdou Diouf, son Premier ministre depuis 1970, assura la présidence. En 1982, le Sénégal et la Gambie s'allièrent pour former la confédération de Sénégambie, dirigée par Diouf, et le Sénégal intervint pour mater un coup d'État contre le président gambien Daouda Jawara. Cette confédération, vieux rêve d'un Sénégal coupé de sa province méridionale de Casamance et victime d'une fraude douanière importante au profit de la Gambie, fut dissoute en 1989. En 1991, les deux nations signèrent un nouveau traité de coopération.
Lorsque Diouf et le Parti socialiste remportèrent les élections de 1988 avec une large majorité, les mouvements d'opposition manifestèrent violemment dans les rues de Dakar et le gouvernement proclama l'état d'urgence. La fin des années 1980 fut également marquée par des tensions avec la Mauritanie en raison, notamment, d'une mauvaise délimitation de la frontière sujette aux variations du lit du fleuve. L'hostilité latente entre les Sénégalais et les Maures entraîna des émeutes dans les deux pays marquées par des violences entre les deux communautés. Plus de 400personnes furent tuées!; les deux pays opérèrent des expulsions croisées et la guerre fut évitée de justesse. Diouf fut réélu en 1993, mais l'opposition contesta à nouveau les résultats. L'agitation continua de façon spasmodique au cours de l'année 1994. En mars 1995, le Premier ministre, Habib Thiam, annonçait à la demande de Diouf, et dans l'espoir de pallier l'instabilité politique, la création d'un nouveau gouvernement au sein duquel l'opposition était représentée par le Parti démocratique sénégalais.
Depuis 1982, le Sénégal doit faire face, en Casamance, à un mouvement indépendantiste apparu parmi les Diolas (80p.100 des 800000habitants de la province), qui protestent notamment contre l'installation de Sénégalais venus du nord du pays, principalement des Wolofs cultivateurs d'arachide. Une guérilla active et meurtrière s'est installée dans cette région forestière depuis le début des années 1990, provoquant la fuite des populations en Guinée-Bissau. En 1996, des pourparlers de paix prometteurs se sont engagés entre le gouvernement et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dirigés par l'abbé Diamacoune Senghor, le leader indépendantiste, mais la tension persiste toujours. Celle-ci se manifeste notamment à l'occasion des élections législatives de mai 1998, remportées par le Parti socialiste qui, avec 50,12 p. 100 des voix, obtient 93 sièges sur 140. Elle se traduit aussi par une intervention armée du Sénégal en Guinée-Bissau aux côtés de la Guinée-Conakry pour y appuyer les forces gouvernementales dans leur lutte contre une mutinerie de militaires. À la suite d'un accord entre les belligérants, le Sénégal et la Guinée se retirent. Les combats reprennent ensuite en Casamance dans un contexte élargi lié à cette intervention armée et aux alliances passées par la guérilla.
Les récentes lois françaises sur l'immigration ont poussé les marchands ambulants wolof, et même des étudiants, à tenter leur chance aux États-Unis où ils ont trouvé un bon accueil dans la communauté noire américaine. Plus de 25 000 Sénégalais vivaient ainsi à New York en 1998. De son côté, l'île de Gorée et sa «Maison des esclaves» au large de Dakar, est devenue un haut lieu de pèlerinage pour les Américains d'origine africaine (Afro-Americans) en quête de leurs racines. Il en résulte une démultiplication des échanges culturels, politiques et commerciaux avec les États-Unis.

C'est lors de l'élection présidentielle de Mars 2000 qu'Abdoulaye Wade est devenu le nouveau président du Sénégal. Il a battu son rival de toujours, Abdou Diouf.

Source :
Microsoft Encarta


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier