Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Géopolitique Sénégal
GEOPOLITIQUE DU SENEGAL

État africain indépendant depuis 1960, après l'échec de la fédération du Mali. Par sa position géographique à l'extrémité occidentale du continent, le Sénégal a une double vocation de contact. Largement ouvert sur l'Atlantique, il a joué précocement le rôle d'une plaque tournante des échanges entre l'Afrique, l'Europe et l'Amérique. Le fleuve Sénégal qui le limite au nord et lui a donné son nom a été, à partir du XIe siècle, plus qu'une frontière, un espace de contact avec l'Afrique blanche (l'empire almoravide s'étendit jusqu'au Sénégal) et de pénétration de l'islam.

Bien qu'il soit de superficie et de population modestes, le Sénégal exerce un fort rayonnement extérieur ; cela est dû à l'ancienneté de ses liens avec l'Europe, symbolisée par l'îlot de Gorée, jadis entrepôt d'esclaves en partance pour l'Amérique, mais surtout au rôle de Dakar qui fut la capitale de l'Afrique-Occidentale française (AOF) jusqu'en 1960, et à la personnalité unique de son premier président, Léopold Sédar Senghor.

Par ailleurs, les libertés démocratiques et le multipartisme, instaurés bien avant que la vague de contestation des pouvoirs autoritaires ne secoue l'Afrique, donnent à l'expérience sénégalaise un caractère d'exemplarité. Mais le Sénégal doit faire face à des difficultés économiques persistantes, aux tensions sur la frontière mauritanienne et au séparatisme casamançais.

Les fondements de l'identité sénégalaise

La formation du territoire est l'héritage de quatre siècles d'une histoire coloniale dominée par l'action de la France, installée à Saint-Louis et à Gorée dès la seconde moitié du XVIIe siècle. Deux siècles plus tard, sous l'action de Faidherbe, une véritable colonie se substitua aux comptoirs, Dakar, fondée en 1857, devenant le point de départ de la conquête coloniale. Le cours moyen et inférieur du fleuve Sénégal a servi de frontière  naturelle  au nord et à l'est, englobant dans la colonie les anciens royaumes wolof et sérère. La définition de la frontière méridionale, plus complexe, résulte de négociations avec le Portugal qui était installé à Bissau : c'est une frontière périodiquement chaude, car elle partage des populations apparentées, ce qui permet aux séparatistes diola de Casamance de trouver facilement refuge en Guinée-Bissau.

Le Sénégal est handicapé par une discontinuité territoriale majeure : la Gambie ¨, ex-colonie britannique, sépare la Casamance du reste du pays. Après les indépendances, une fédération de Sénégambie a été constituée en 1982, mais elle fut dénoncée en 1989. Depuis cent cinquante ans que le problème est posé, le Sénégal n'a toujours pas pu absorber cette basse vallée de la Gambie qui isole la Casamance et maintient un terrain florissant pour la contrebande.

La Casamance humide et forestière mise à part, l'espace sénégalais se partage entre les domaines sahéliens et soudanais. Les populations paysannes sont traditionnellement établies dans la vallée du Sénégal et l'ouest du pays où la proximité de l'Atlantique atténue les rigueurs climatiques. L'intérieur a longtemps été abandonné à l'élevage extensif des Peuls, mais depuis le début du siècle la recherche de terres neuves pour l'arachide a provoqué la formation d'un véritable front pionnier où les Wolof se sont particulièrement distingués.

Sans être majoritaire, le groupe wolof (entre le tiers et 40 % de la population) occupe une position dominante ; sa langue est devenue une lingua franca pour les trois quarts des habitants ¾ le français restant toutefois langue officielle. Sa filiation avec le célèbre royaume du Djolof, qui se constitua au XIVe siècle entre Sénégal et Cap Vert ¨, nourrit un fort sentiment identitaire. Comme 90 % des Sénégalais, les Wolof sont musulmans.

On ne trouve de noyaux chrétiens que parmi les Sérères de l'arrière-pays de Dakar, et les Diola de Casamance. Cette toute petite minorité a pourtant reçu la visite du pape en 1992 ; cela n'a été possible que grâce à une certaine tolérance de l'islam sénégalais, épargné dans l'ensemble par l'activisme intégriste. Deux confréries religieuses y jouent un rôle majeur, le tidjanisme, venu du Maghreb, et le mouridisme, fondé par Amadou Bamba à la fin du siècle dernier ; on honore sa mémoire à Touba dont la mosquée, la plus grande d'Afrique noire, attire d'immenses pèlerinages.

Les Mourides ont encadré la paysannerie wolof et exercé une action déterminante dans l'expansion de la culture de l'arachide ; celle-ci est à l'origine du pouvoir économique des marabouts, ces lettrés de l'islam, qui occupent une position éminente dans la société sénégalaise. Depuis l'indépendance, l'alliance entre le gouvernement socialiste et les marabouts est une constante de la politique sénégalaise.

Le Sénégal a une vieille tradition du débat politique. Dès le XIXe siècle, les habitants des communes de Saint-Louis, Gorée, Dakar et Rufisque jouissaient des droits des citoyens français. Les syndicats, la presse, le milieu étudiant sont volontiers frondeurs. Le pays doit à l'intelligence et à l'habileté politique de son premier président d'avoir pu dominer le tumulte des premières années d'indépendance.

Chose exceptionnelle en Afrique, Senghor a démissionné en 1980, après avoir préparé sa succession et porté à la présidence Abdou Diouf. Celui-ci a été reconduit à la tête de l'État en 1988 et en 1993. Le parti socialiste, au pouvoir depuis l'indépendance, est la cible d'une opposition qu'a légalisée l'instauration d'un multipartisme sans restriction en 1981, mais qui reste affaiblie par ses divisions. En 1991 l'opposant le plus notoire, Abdoulaye Wade, chef du Parti démocratique sénégalais (PDS), est entré dans un gouvernement d'union nationale. Avec la campagne pour les élections présidentielles de 1993, le PDS et son chef ont repris le combat politique contre Abdou Diouf. Cependant, aux élections législatives de mai 1993, le parti socialiste d'Abdou Diouf, tout en perdant des sièges et malgré l'avancée du Parti démocratique, conserve la majorité absolue au Parlement.

Défis économiques et incertitudes politiques

La diversification, grâce au développement de la pêche et du tourisme, d'une économie autrefois entièrement soumise à la culture de l'arachide n'a pas suffi à desserrer l'étau d'un endettement considérable lié pour partie aux dépenses de l'État et au coût de gestion de nombreuses entreprises publiques. Dans le cadre de l'ajustement structurel, la privatisation en cours fait appel aux investisseurs nationaux ou étrangers, notamment français, et aux Libano-Syriens qui constituent une importante et active minorité commerçante depuis la fin du XIXe siècle.

Le secteur diversifié de l'aide internationale occupe une place exceptionnelle, conséquence de la bonne image de marque du Sénégal et de sa position stratégique : il reçoit plus de quatre fois l'aide moyenne par habitant distribuée à l'Afrique noire. Des compléments de ressources proviennent d'une émigration, vers d'autres pays africains et vers la France, qui touche surtout les Wolof et les populations du fleuve, Toucouleur et Sarakolé.

Ces dernières ont été au centre de la crise sénégalo-mauritanienne de 1988 qui a vu des affrontement interethniques sanglants. Parallèlement aux massacres de Noirs en Mauritanie, les commerçants maures ¨ de Dakar ont été victimes de la vindicte populaire. Les conflits fonciers liés aux incertitudes du tracé frontalier et aux transformations consécutives aux aménagements du fleuve font de la vallée du Sénégal une zone de tensions internationales impliquant les trois pays associés dans l'Organisation pour la mise en valeur de la vallée du Sénégal (OMVS), Mali, Mauritanie et Sénégal. Autre périphérie qui devient une zone de conflit explosive, la basse Casamance, où les Diola mènent depuis quelques années un combat sinon séparatiste, du moins destiné à faire reconnaître leur identité, avec le soutien de groupes armés basés en Guinée-Bissau. La crise a pris une ampleur inquiétante depuis 1992 avec la multiplication des attentats meurtriers. Elle porte atteinte à l'économie nationale (pêche, tourisme) et menace la paix civile : le problème casamançais représente la crise la plus grave de toute l'histoire du Sénégal.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier